‹ La Bibliothèque canadienne [microforme]Chapitre 14 sur 177 · LE FAUX CURTIUS · texte numérisé non relu

LE FAUX CURTIUS

Le brick danois Anna, capitaine Holl, se trouvait à Bahid (Brésil), au mois d'octobre dernier. Le 20 du mème mois, il se disposait à quitter ce port pour Pernambuco, afin d‘y compléter son chargement, et retouner ensuite en Europe. Vers midi, je capitaine Holl reçut à bord la visite d‘une homme enveloppé d‘un manteau à demi usé, qui demanda la faveur d‘un entretien particulier. Le capitaine fit éloigner son mousse, invita l‘étran-

r à s'asseoir, et sgres plusieurs paroles insignifiantes, l‘hom-

e aù manteau expliqua en ces termes le sujet de sa misston : # Je suis Florentin ; je m‘appelle Zeretti; depuis deux mois, Je montre à Bähia un cabinet de figures en cire; mais je fais peu de chose dans cette ville. J'ai même contracté quelques dettes qu'il m‘est imposible de payer en ce moment. Je voudrais Ne à Pernambuco, où je suis certain de gagner beaucoup d'argent, et de pouvoir satisfaire, mes créanciers de Bahia. Ces Brésiliens sont impitoyàbles: j'aurais beau leur donner ma parole d'honneur de leur envoyer de Pernambuco le montant da euiré créances, ils ne me croiraient pas, ét je suis informé que demain ils doivent faire saisir mon cabinet; Pour sortir d‘embarras, j'ai résolu de partir secrètement; votre navire doit mettre à la voile demain avant le lever du soleil; je vous promets à mon arrivée à Pernambuco, de bien reconnaître le service que vous m'‘aurez rendu, si vous consentez à recevoir, à la nuit tombante, les cinq caisses de. figures que j'aurai soin de tenir prêtes, et qu’il sera facile d‘embarquer sans que la douane s‘y oppose, attendu qu'un des gardiens du port est moï compatriote, et favorisera mon départ par tous les moyens propres à assurer le succès de ma fuite . FE TE fe Mo à Après quelques difficultés, dont l’adroit Florentin triompha sans peine, le capitaine danois consentit à recevoir le nouveau Curtius et son cabinet; les dispositions furent prises en conséquence, et le soir du mème jour, le cabinet de figures et son propriétaire furent installés dans les emménagemens du brick. À neuf heures du matin, on leva l'ancre, et le navire fit voile avec bon vent pour sa destination, Pendant la preure, journée, il ne se passa rien de remarquable à bord. Le fflorentin causait familièrement avec l'équipage, s’informant avec adresse de la valeur de la cnrgaisôn, et faisant de fréquentes descentes dans la cale pour s‘assurer, disait-il, que ses caisses n'étaient point exposées à des avaries. Vers le soir, les allées et vennès eontinuelles du Florentin excitèrent quelques soupçons, sans toutefois qu’on y attachâ: trop d'importance. Qu'avait-on à redouter d’un individu seul et sans armes au milieu de dix marins forts et robustes? A minuit, lorsqu‘une partie de l’équipage était livrée au sommeil, le quart entendit un grand remue-més+

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page dans la cale; il voulüt prévenir le capitaine, qui était descendu dans sa chambre, mais il n’en eut pas le tems ; il distinun mêine au milieu du tumulte la voix du capitaine qui appeait du secours. Avant qu'on ait eu le tems de se reconnaitre, on vit sur le pont une douzaine d'hommes armés jusqu'aux dénts qui frappaient d’estoc et de taille tous les marins qu'ils rencontraient, : | :

‘’En peu de tems ils furent en possession du navire ; le capitaine, le secand, deux matelots et le maître d'équipage avaient perdu la vie dans cette horrible mélée ; leurs corps furent jetés a la mer. Le mousse et un autre matelot, qui ne s'étaient point

endormis, profitèrent du tumylte géñéral ; ils se jetèrent dans.

le cunot et s’éloignèrent à force de rames du navire, sans provision, sens boussole et abandonnant au'hasard le soin de leur destinée. ‘ La fortune ne leur fut point contraire; ils atteignirent la côte du Brésil, et firent au consulat de leur nation le rapport des évenemens dont, ils avaient, été les témoins., Des renseignemens postérieurs ont fait connaître que le soi-disant

Florentin était un pirate, dont le navire avait été brisé sur la côtes. ‘ qu’il avait échappé au naufrage avec une douzaine de ses com-

plices, et que les prétendues caisses de figures en cire qu’il avait mises à bord du brick danois renfermaient ses compagnons, qu'il avait fait embarquer de nuit pour les soustraire à tous les re-

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