‹ La Bibliothèque canadienne [microforme]Chapitre 163 sur 177 · DIALOGUES DES MORTS · texte numérisé non relu

DIALOGUES DES MORTS

| PARMENISQUE, Tus'ocrrre DE Cuio.

Tue’ooriTe. Tout de bon, ne pouviez-vous plus rire, a+ Près que vous eûtes descendu dans l’Antre de ‘Frophonius ?

arunNeQuee Non, j'étais d’un sérieux extraordinaire.

Tue'o. Si j'eusse su:que l’Antre de Trophonius avait cette vertu, j'eusse bien dû y faire un petit voyage. Je n'ai que trop ri pendant ma vie,. et mème elle eût .été plus longue, si j'eusse moins ri. [ne mauvaise raillerie m'a amené dans le lieu.où nous sommes, Le roi ANTIGONUS était borgne: je l'avais cruellement offensé; cependant il. avait RENE À n’eh ‘avoir,aucun ressentiment, pourvu que j'allasse me présénter devant lui On m’y conduisait presque par force, et mes gmis me disaient pour m’encourager : “ Allez, ne craignez rien; votre vie est en autel dès .que vous ,aprez paru aux yeux du roi.— “Ah1° leur répondis-je, % si je he puis obtenir ma grâce sans paraître à ses yeux, je suis perdu.” Antigonus, qui était disposé à me pardonner up crime, ne me but. pardonner cette lé hors de

plaisanterie,‘ et:il m'en .çouta.la fête pour avoir rai

mon,sérieux...Je,commençais & prendre mon parti, coinme Alans: une maladie incurable, lorsque je fis, par hazard un voya-

à Délos. La, je contemplai avec. surprise la magnificence des temples d‘Apollon, et Ja beauté. de, ses statues, ” Îl était partout en marbre ou en.or, ét dela, main des meilleurs ouvriers de la Grèce; mais. quand je\vips à une Latone ‘de bois, qui était très mal.faite, et. qui ayait fout Pair, dune vieille, je

nt à

Dialogues des Morts. &st

f’éclatai de rifé, pat la comparaison:des statiies du fls à celle dé lx ière, Jé ne puis vous exkptither aséez combien je fus étoriné, cofitent, charmé d'avoir ri. Jentendis alors le ‘vrai suhs dé l'ôracle: Je he préséntai. point d'offrandes à tous ces Apollëns d'ér où de tnarbre ; la Latoné de bois eut tous mes dohs.éttohs mes vœux. Je lui Îs je ne sais combien de shcrifices ; je l'énflimai toute d‘encens, et j‘eusse élevé un temple à Litône qui fait rire, si j'euése été en état d'en faire la dépense:

Tuto: -Ïl mé semble qu‘Apollon pouvait vons rendre la

faculté de fire sans et ce füt aux dépens de sh mère : vous : 'ob

hautes vu qué trop effkt que Latone,

ÂR: Quand on est de mauvaise humeur, on trouvc que Îés hommes né valent pas la: peine gd'on’en rie:: ilé-sont faits pour être ridicules, et ils lé soht ; cele n'est pas étonnant : mais die déesse qui se rmet à l'être; l‘est bien ‘davantage. Déuilleuts Apollon voulait apparemment me faire voir que imon sér .: était un mal qui ne poutait être guéri par tous les remèds: : :‘iains, et que j'étais réduitdans un état où:j'avais béséin 4: secours même des dieux:

. Tur'o Céttejoie et vette gaité que vos enviez est envoré un bien plus grand mal. Toût un.'peuple en aiété autrefois Atteint, ét: En a extrèmentent souffeit

Pan: Qoi lil stest trouvé tout un peuplé trop-disposé à

ets qui étaient propres a faire le urèmé

la‘faieté: et à la joie? ‘© Pug'oi Oui, c'étaient les Tirinthiens.

AR. Les heureuses gens | Li

! Turo. : Poñit du tout, Comme ils he pouvaient plus prendre leur sérieux sur rien, tout étäit en désordte parmi eux, S'lsstassemblaient sur Ha plate, tous leursentretiens roulaient sur des foligs, au lieu de rouler sur les affaires publiques ; :stils recevaient des ambassadeurs, il les:tournaient en ridicule ; stls ténnient le Conseil ‘dé ville, les avis des plus graves sénateurs ‘étaient qué des bouffonneries ;'et'en toutes sortes d'occasions, He ee à où une ‘action raisonnable eût été un-frodige:chez les Tirinthiens. Îls se sentirent enfin imcommodés :de-cet -esprit dé plaisanterie, du moins autant que vous lfaviez été de Yotte tristesse ; et ils atlèrent consaiter Koracle de Delphes,

aüssi bien que vons mais pour une fin bien différente, c'est-à-

dire, pour lui detnamder tes moyéñs de recouvter un :peu de sérieux. :L’orache répondit que s'ils voulaient : sacrifier: un tauréau à Neptune, sans rire, ilserait désormais n:keur:pouvôir-tlêtre: plus: süges. Un ‘sücrifice n’est ‘pns né’ action si

laisante d‘ellémême ; cependant, pour la faire sérieusement,

Hs y'upportèrent bien des préparatifs :: ils résolurent de nty:re-

tevoir:- point de jeuneb gens, : mais veulement des vicillurds, ‘et

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non: pas ‘encore tontes sortas de vieillards, mais seulement ceux qui avaient ou des maladies, où bexucoup de dettes, ou des fernmes très incommodes.. Quand ces personnes choisies futentsur:le bord de la: mer, pour immoler. la. victime, il fut besoin, malgré les femmes, les dettes, les: maladies .et ‘âge; qu'ils con:posassent leur air, baissassent les yeux à terre, et se mordissen ies lèvres ; mais, par malheur, il.sé trouva là un pofant, qi s‘yiétait coulé : on voulut le chasser, selon l'ordre, etil crin : Quoi, avez-vous peur que je n‘avale votre taureau ?” Cette sottise déconcerta toutes ces gravités contref:i: tes.: on éclata de rire ; -le sacrifice fut troublé, et la raison ne revint, point aux Tirinthiens. Ils eurent grand tort, après que le taureau leur ent marqué, de ne pas songer à;cet Antre de.Trophonius, qui avait la veriu dé rendre les gens si sérieux; et qui fit un effet si remarquabie sur vous, bi

Pan... A la vérité, je descendis dans I‘Antré de Trophonius ; mais IAntre de Trophonius, qui m'attrista si fort, n‘est pag te qu‘on pense, ) À

Tae'o. Et qu'est-ce donc? COR

__ Par. Ce sont les réflexions: j‘en avais fait, et je ne riais plus: Si léoracle :eût erdonné aux Tirinthiens d‘en faire, ils’ étaient guéris de leur.enjouement. ;

Tue’o. Jéavoue que je ne sais pas trop ce que,c‘est que lea réflexions; mais je ne puis concevoir pourquoi elles seraient si chagrines.. Ne saurait-on avoir des vues saines; qui fe soient en même temps tristes. N'y at-il qué l‘erreur qui soit gaie; et la raison n‘est-elle faite que pour nons tuer ?: Fe re

Par. ‘ Apparemment, l'intention de la Nature n'a pas été qu‘on pensât avec beaucoup de raffinement; car elle vend ces sortes de pensées-là bien cher, Vous voulez faire des: réfle= xions, nous dit-elle; prenez-y'garde: je m‘en vengerai par la tristesse qu'elles vous vauseront, #

Tue’os Mais vous ne me dites point pourquoi la Natere ñe veut pas qu'on pousse les réflexions jusqu‘où eiles peuvent aller,

Par. Elie na mis les hommes au monde pour vivre, et vivre, c‘est ne savoir ce qte l‘on fait, la plupart du temps: Quand nous découvrons le peu d'importance de ce qui nous occupe et de ce qui nous touche, nous arrathons à la Nature on secret: on devient trop sage, et on ne veut plus agir; voilà ce que la Nature ne trouve pas bon. |

Tues'o. Mais la raison qui vous fait penser mieux que les autres, ne laisse pas de vous condamner à agir comme eux.

Par. Vous dites vrai : il y x une raison qui nous met au-dessus de tout par les pensées ; il doit y en avoir ensuite une autre qui nous ramène à tout par les actions; mais à ce compte-!à même, ne vaut-il presque pas autant n‘avoir point pensé ? (FoNTEN ELLE.)

Ce naire toute A la tomb que sur À tretis com} joie « res p l'invi digni besy renc min,

ement s, où oisies il fut l‘âge, , et se là un rdre, >. taurefÀ:

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ou 488 FETE DES AMES.

Cette fête se célèbre au Japon toùs Jes ans, et dure. orci nairement deux jours. À l'entrée de la nuit, ‘on ‘illumine. toutes les maisons, comme pour une, réjouissance-publique. A la faveur d.: cette clarté, on.sort de Îa ville, qn va visiter les tombeaux des morts. et on leur porte des vivres. On s‘imagine que durent cette fête, .les âmes de chaque défunt reviennent sur la terre voir lurs parens et amis. Chaque Japonais sten-

tetient avec les morts qui le touchent de près. Il leur fait des

complimens sur leur retour en ce monde, et leur témoigne sa joie de les revoir. Après le repas, chacun invite les, âmes de

ves parens à venir se promener à la ville. On suppose que

l'invitation est acceptée et on s‘y transporte pour les recevoir dignement. Les préparatifs achevés, les Japonais, un ‘flam- ‘beau allumé à la main, sortent une deuxième fois, vont à la rencontre des morts, qu'ils supposent s'être déjà mis en che min, les éclairent, et rentrent: avec eux dans -la ville, où ile

n‘oublient rien pour les régaler. Le temps uestiné pour la

fète expiré, on chasse à grands coups de pierre ces mêmes Âmes qu‘on vient de traiter avec tant d‘égards, et l‘on'preñd ‘toutes les précautions possibles pour qu‘il n‘en' demeure aucène dans la ville, ce que les Japonais regarderaient comme le plus grand des malheurs. SUR | ane Les Tonquinois de la secte des lettrés rendent un culte raligieux aux âmes de ceux qui sont morts de faim. Les premiers Jours de chaque semaine, ils leur présentent du riz cuit, qu'ils ont été mendier par la ville. L'objet de ce culte est d'obtenir, par le:moyenu de ces âmes, un ésprit subtil et fin; superstition appuyée sur un principe qui paraît sensé} savoir que les gens sobres ont i‘esprit beaucoup plus net et plus dégagé que ceux dont le cerveau est offusqué par les fumées de la bonne chère. Les insulaires des Moluques croient que les.âmes, :arant les premiers. jours qui suivent leur sépara‘*1n d'avec le Corps, reviennent souvent visiter là maison qu'elles habittient-penant la vie; non par un motif dfaffection pour leur anciennedemeure, mais pour satisfaire leur humeur malfaisante, et nuire sunout aux petits enfans, à qui elles en veulent particulièrement. ‘Elles examinert.encore si leurs pareñs songent à elles; et si elles, s‘apperçoivent qu'on les ait déjà oubliées, elles se vengent, d‘une manière cruelle. Dans cette idée, ile traitent les morts, durant quelques jours, avec autant de soin que s'ils étaient vivarts. . Ils préparent.leur lit, leur présentent à boire et à manger,.et poussent l'atten.:on. jusqu'à mettre à. côté d'eux de Ja lumière pour:ies éclairer.

+ To IX. No: XXIIL T

458 … Fête des Morts.

Dans le royaume de Laos, situé dans la presqu'ile au-delà du Gange, quelques uns prétendent que l‘anéantissement est la peine des âmes des méchants, et que les âmes des bons ont revêtues d'un corps subtil et lumineux, dont l'éclat égale celus du soleil. Dans cet étnt, elles vont habiter le plus é evé des cieux, et dans ce délicieux séjour, se livreit à tous les plaisirs imaginables © Lorsqu'elles en sont rassasices, elles peuvent re: ‘“er dans leurs corps, et revenir sur la terre, où elles jou: t de tous les bisns en abondance, et stlèvent Même que ;urivis jusqu'à la dignité royale. D'autres stimaginenñt que les Âmes séparées du corps, choisissent un asile en quelque endroit de la maison, En con-équence, les héritiers. leur rendent de grunds honneurs, et leur présentent des of. frandes qui consistent en mets divers. Tombent-ils malades, ils ne nianquent pas d'attribuer leur maladie au ressentiment des âmes qui n'ont pas reçh d'assez grands honneurs. Ils leur font alors préparer un magnifique festin, accompagné de musique, et la fête dure jusqu'a ce que le malade meure ou soit guéri. Ceux qui suivent cette opinion n‘admettent ni peines ni récompensés, et se livrent sans remords aux plus grands désordes D

Les habitans de l'île de Ceylan croient que les âmes des méehañts acquièrent dans l’autre monde un nouveau degré de méchanceté, par la même raison que les âmes des bons acquiè: rent un riouveau degré de bonté. Ils adimettent des punitions et des récompenses graduées. Plusieurs sont persundées qne les âmes de ceux qui $e sont distingués par une sainteté particulière, sont élevées jusqu’au rang de la divinité. | Dans le royaume de Loango,.en Afrique, éeux de la famille royale‘pensent qu’il ÿ a un: nombre déterminé d’âmes qui ne sortent jämais de la famille, et que celles des morts passent dans les enfans qui naissent. D'autres regardent ces âmes comme des dieux domestiques et des esprits tutélaires. Ils leur rendent le même culte qu'à leurs démons, les placent dans leurs logis, au fond d’une petite niche, et leur offrent chaque jour les prémices des mets servis sur leurs tables.

‘ La préexistence des âmes est un sentiment généralement reçu chez les docteurs juifs. Ils soutiennent qu'elles furent toutes formées et formées pures dès le premier jour de la créa: tion, et qu'elles se trouvèrent toutes dans le jardin d’Eden.

Dieu leur parlait quand il dit; ‘ Faisons l’homme.” Il les

anit aux corps à propoïtion qu'il s'en forme quelqu'un. Ils appaint cétte pensée sur ce que Dieu dit, dans Zsaie: 6 J'ai fait

‘âmes, preuve que l'ouvrage doit être nchevé depuis longtems. . Ces âmes jouissent d’un grand bonheur dans le ciel, en attendant qu'êlles puissent être unies aux corps. . Cependant

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Le Vaisseau d'Hieron. 45T elles penvent mériter encore: ét c’est là une des raisons qui fait la grande différence des mariages dont les uns sont heureux et les autres malheureux, parce qne Dieu envoie les âmes selon leurs mérites. Elles ont été créées doubles, aflii qu'il ÿ en eût une pour le mari et une pour la femme. Lorsque ces âmes faites l‘une pour l‘autre se trouvent unies sur li terre, Jeur condition‘est infailliblement beurense, et le mariage tranquille; mais pour punir les âmes qui n'ont pas répondu à l'ex-

, Cellence de leur origine, Divu sépare celles qui avaient été fuites

l'une por l’utre, et alors il est impossible qu'elles fassent bon ménage. (Dict. Mythologique.) |

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