‹ La Bibliothèque canadienne [microforme]Chapitre 96 sur 177 · HISTOIRE DU CANADA. * | (CONTINUATION · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU CANADA. * | (CONTINUATION

CouME la prise du fort George était un événement impot:

| tant, le marquis de Vaudreuil en, envoya la nouvelle en France

ar les premiers. vaisseaux, .et écrivit au ministre des colonies, pour apprendre de‘lui -les intentions du gouvernement, .quant aux opérations qu'il croirait nécessaires pour la défense du Canad, Îllui communiqua, en mème temps les vues du mar: qais de Montcalm, qui, après la prise du fort George, lui avait écrit une lettre, où il lui disait, “ que la colonie avait besoin de troupes, de provisions, d'artillerie et d'effets militaires de’, toutes sortes; qu’il devrait y être envoyé une seconde compa+, grie d'artillerie avec un nombre suffisant d'officiers; qu’il con, viendrait de réduire Îles con pégries de la marine à cinquante, hommes, chacune: mais qu’il fallait un plus grand nombre d'officiers pour commander les différents Sa de de Canadiens et de sauvages ; que les soixante et douze compagnies, des troupes du roi devraïent .être-portées au complet de qua rante cinq hommes, chacune; ce qui y ferait une augmentation de trois cent soixante hommes, auxquels il conviendrait de joindre trois cents fusiliers du, Roussillon ; et qu’à l'égard des huit compagnies tirées des régimens de la Reine et de L:"guedoc, il serait à propos qu’2iles. fussent inçorporées, et com= mandées par les huit plus anciens lieutenans, si l'on croyait devoir exempter les capitaines du service, &c. ”, . | Tandis que ceci se passait au fort George, M. de Lignety, Ex avait remplacé M. Dumas, au fort. Duquesne, et M, de ellestre, qui. commandait au Détroit, agissaient aussi sur l'offensive, au moyen de partis de. Canadiens et de sauvages, qu'ils envoyaient de temps à autre, sur les dertières des colonies de la Virginie et de Pensylvanie. .. Fa Cependant la corruption semblaii faire tous les jours des progrès. La misère des Acadiens restés à Mirainichi, loin de diminuer, allait toujours en augmentant. Les vivres qu’on leur Tour IX No. XIII A,

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fournissait consistaient principalement en morue sèche où à: lée, et très souvent elle était pourrie et incapable de servir à le nourriture ; tellement qu'un grand nombre: moururent file faim et de misère ; ce qui n'empèchait pas les agens de deman. der pour eux autant d’argent-et de provisions que si leur nom. bre u'eût pas diminué, afin de s’approprie: le surplus. Le commissaire n‘était nas moins payé que s’il eût eu à pourvoir à la a ra dunc re de familles qu'il y avait d'abord dans l'établissement, , l'intendant Bigot avait une part dans ses immenses profits. due PESTE

M. Esrese, qui était, depuis quelques années, garde-ms. gazin général à Québec, étant passé en France, on lui donna pour successeur M. de CLAvERY, premier commis de la société d’accapareurs, dont nous avons déjà eu plusieurs, fois béca. sion de patler, , La place de contrôlleur, devenue vacante par la démission de M. Bre’An», fut donnée a M. de V..... : d‘une cupidité insatiable, et sans aucun scrupule sur les moyens de s'enrichir; ce dernier se prétalut de son emploi pour son avantage privé, et pour celui de la société, qui lui donnait une part dans ses gains. Les officiers qui comman. daient aux différents postes, et qui avaient droit de commercer avec les sauvages, tiraient’ les approvisionnemens qui leur étaient nécessaires des magazins de cette: société, à condition qu’elle aurait sa part de leurs; profits, Toutes les fois qu'on mettait en campagne des détachemens de troupes ou de milices, des bateaux de la société les accompagnait chargés de mar: chandises, et afin qu’il ne lui en coutât rien, on les faisait con. duire par des soldats ou des Canadiens. Souvent mème les présens envoyés aux sauvages étaient saisis par les | ohne gazins des différents postes, en vertu d’un ordre de l'intendant, et revendus à la couronne.

L'exemple donné par la compagnie fut imité par quelques uns des commandans des postes : sous.le prétexte quie les sauvages manquaïient des effets qui leur étaient nécessaires; ils en faisaient de grandes demarides ; et il ne les avaient pas plutôt reçus, qu'ils se les appropriaient, s’en servaient, ou les ven: daient, suivant qu'ils y trouvaient mieux leur compte. Peu coutents de cela, quelques uns allèrent jusqu’à présenter des cor ptes pour des effets qu’ils n'avaient jamais fournis ; et leg parties intéressées s'ehtendlaient si bien entr'elles, que ces comp: tes n'étaient pas plutôt présentés qu'approuvés et payés. S'il faut en croire Mr. Smith, un officier, beau-fiis du marquis de Vaudreuil, qui avait été envoyé à Michillimakinac, poor y faire sa fortune, ayant présenté un compte de dix millions de livres, pour des articles qu'il n'avait point fournis, ia somme Jui fut aussitôt payée par l'ordre de l'intendant: De là l‘énor:

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Histoire du Canada. 247

me quantité de papier-monaie, ou d'ordonnances, dont le pays se trouva comme-inondé, en 1760, et qui lui occasionna une rte si considérable. :

Cependant la forteresse de Louisbourg, appellée alors la clet du Canada, qui avait été bloquée en.[757,' par une flotte nglaise D ndts par l‘aniral. comte de Loupoun, fut atta-

que et prie, dans l'été de cette année 1758. ÇCy futle 9 Juin,

it l'abbé Raynal, à qui nous empruntons en,grznde partie çe

récit, qu'ure flotte composée de vingt trois vaisseaux de ligne et de dix-huit frégates, qui portait seize mille hommes de troupes aguerries,. jetta l‘ancre dans la baie .de Gabarus, à üne emi- lieue de Louisbourg; Comme il était démontré qu'un. débarquement. fait à une’plus grande distance ne pouvait servir de rien, parce qu'il serait impossible de transporter l’artille. rie et les. autres choses nécessaires pour un grand siège, on s‘était attaché à le rendre impraticable au voisinage de Ja place, L'assail} nt vit la sagesse des mesures qui lui annonçaient des nérils et des difficultés : il crut alors devoir appeller la rused son secours, et pendant que par une ligne pro ongées il mena qi et couvrait toute la côte, il descendit en force sur le rivage

‘de l‘anse ax Cormoran,

Cet endroit était faible par sa nature : les Fr” ‘ais l'avaient étayé d‘un bon parapet, fortifié par des canons dont le feu se soutenait, et par-des pierriers d‘un gros calibre. Derrière ce ranpurt étaient deux mille bons soldats et quelques sauvages. En avant il y avait un abattis dfarbres si serré, qu'on aurait eu bien de la peine à y passer, quand même il n'aurait pas été défendu. Cette espèce de palissade, qui cachait tous les préparatifs de défense, ne paraissait, dans l‘éloignement, qu‘une plaine verdoyante. de |

C'était le salut de la colonie, si l‘on eût laissé à l‘assaillant le temps d'achever son. débarquement, et de s‘avançer dans Ja confiance de. ne trbuver que peu d'obstacles à forcer. Alors, accablé tout à coup par le feu de l'artillerie et de la mousques terie, il eût infailliblement péri sur le rivage, ou dans la pré> cipitation de l’embarquement, d'autant plus que la mer était

dans cet instant fort agité. Cette norte inopinée aurait pu rom-

pre le fil de tous ses projets. Mais l’impétuosité française fit échover toutes les précautions de la prudence : à peine les Anglais eurent fait quelques mouvemens pour s'approcher du rivage, qu’on se hâta de découvrir le piège où il devait être pris. Au feu brusque et précipité qu’on fit sur leurs chaloupes, et plus encore, à l’empressement qu’on eut de déranger les branches d'arbres qui masquaient des forces qu’on avait tant d’intérêt à cacher, ils devinèrent le péril où ils allaient se jetter. Dés ce moment, revenänt sur leurs pas, ils ne virent plas

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d'endroit pour descendre qu’un seul rocher, qui. même avait paru, jusqu'alors inaccessible. Le brigadier général "Wory, quoique fortement occupé du soin de faire rémibarquer ses troif. pes. fit signe an major Scorr de s’y rendre, “ts

. Cet officier s‘y. porta aussitôt avec les soldats qu’il comman. dait. Sa chaloupe étant arrivée la première, ét s'étant enfon. cée Jans le moment qu'il mettait pied à terre, il grimpa tout seul sur les rochers ; il espérait trouver cent des siens, qu'on y avait envoyés depuis quelques heures; il n‘y en avait que dix. Avec ce petit nombre, il ne laissa pas de gagner le haut des rochers. Soixante Français et dix sauvages lui tuent deux hommes, et lui en bléssent trois mortellement. Malgré sa fai. blesse, il se soutint dans ce poste important, à la faveur d'un épais taillis Enfin, ses intrépides compatriotes, bravant Île . courroux de la mer et le feu du canon, pour lé joindre, aché. vent de le rendre maître de la seule position qui pouvait leur assurer leur descente.

Dès que les français virent l’assaillant solidement établi sur ie rivage, ils prirent l’unique parti qui leur restait, celui de s enfermer dans les murs de Louisbourg. Les fortifications de cette ville étaient défectueuses, par ce que le sable de la mer, dont on avait été oblige de se servir pour leur construction, nc convient nullement aux ouvrages de maçonnerie. Les revête. mens des d fférentes cuurtines étaient entièrement écroulés. 1 p'y avait quipe casemate ét’un petit magazin:à l'abri des bombes. La garnison qui devait défendre là place n’était que d'environ trois mille hommes, non compris les soldats de ‘mafine. Hub ans Malgré tant de désavantages, les assiégés se déterminèrent à la plus opiniâtre résistanés. Pendant qu'ils se défendaient avec cette fermeté, les grands secours qu’on leur faisait espérer du Canada pouvaient arriver. A tout événement, ils préser- “veruient cette grande colonie de toute invasion pour le reste de la campagne. . Qui croirait que tant de résolution fut soutenue par le courage d’une femme ? Madame dé DrucourT, conti: “nuellement sur les ramparts, la bourse à la main, tirant elle- ‘même, trois coups de canon par jour, semblait disputer au gouverneur, son mari, la gloire de ses fonctions. Rien ne décourageait les assiégés, ni le mauvais succès des sorties qu'ils tentêrent à plusieurs reprises, ni l’habileté des opérations concertées par l'amiral Boscawen et le major général AMHERsr. Ce ne fut qu’à la veille d’un assaut impossible à soutenir qu’on parla de se rendre. Dahs la capitulation de Louisbourg furent comprises toute l‘île du Cap Breton et celle de St: Jean. La garnison de Louisbourg devait être prisonnière de guerre, et transportée en Angleterre. Cette garnison, était d'un peu

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Expéditions Françaises dans la Floride.

plus de cinq mille hommes, y compris les matelots et soldats

demarine, suivant Jerrenys, ‘qui donne au long le détail, ou

plutôt le journal de ce siège; mais il y, en avait une grande

(A continuer: ) EXPEDITIONS FRANCAISES DANS LA FLORIDE.

i ) la n'y avait encore aucun établissement européen dans

oride lorsque l’amiral de Correny forma le dessein dy oh blir une colonie toute composée de gens de sa religion (le cl vinisme ) Cnances IX le iaissa le maître d'user de un À tendue du pouvoir que sa charge lui donnait ; et les França auraient pu réussir, si, moins attachés à découvrir des mines d’or qui n'ont iamais existé dans cette contrée, il avaient eu

: principalement en vue de ts à des richesses naturelles d’un

pays fertile et couvert d’une multitude d’animaux,dont les

250 Expéditions Françaises dans la Floride.

fourrures précieuses pouvaient, former une branche’ considérs. ble de commerce, | loi

Outre le désir de trouver de l'or, qui fut toujours le premier motif des aventuriers qui allèrent dans le. Nouveau-Monde, ;]

araît que d’autres vues contribuèrent à déterminer la cour de France à envoyer une colonie à la Floride. Lex protestans sé. taient beauconp multipliés dans le royaume, et l’on croyait de. voir redouter des gens qui, par leurs principes de relivion, semblaient naturellement portés à l'indépendance. On juges donc qu'il était avantageux d‘éloigner ceux qu‘on re ve 14 comme des ennemis domestiques, et lon fut charmé qu'ils prise sent d'eux-mêmes le parti de s‘expatrier.

Le capitaine Risaur, homme d‘expérience, zélé calviniste fut choisi pour le chef de cette émigration. Il partit de Dieppe avec deux vaisseaux, et arrivé la à Floride, il vint prendre terre à l‘embouchure d‘une rivière qu'il appella rivière de Mai, du nom du, mois où il là découvrit. Il éleva qur ses rives une for. teresse qu'il appelln Charies-Fort, du nom du roi Charles IX, alors. régnant en France. Iléleva ensuite une petite colonne de pierre, sur laquelle il fit graver les armes de France, I] prit ainsi possession du pays au nom du roi, continua sa route, donnant le nom de nos principales rivières à toutes celles qu'il rencontrait, et.traça dans une ile un petit fort qui fut bientôt en état de loger tout son monde, Il ne pouvait le placer mieux, les campagnes des environs étaient belles et’ riantes, le terrain fertile, coupé par plusieurs rivières abondantes en poisson, et les bois remplis de gibier. Les lentisques y répandaient l‘o. deur la plus suave, et les sauvages de ces cantons étaient les plus sociables de l Amérique. |

Ribaut, . fort satisfait de son établissement, retourna en

France, pour y chercher. un nouveau renfort ; mais malheureusement, ce renfort n‘arriva point, èt la colonie se trouva réduite à la dernière extrémité. Le chef représenta vivement à se petite troupe les maux qu'elle avait à craindre dans le dénuement.où elle était réduite, et il fut conelu d‘une voix unanime, que, sans perdre un seul jour, on construirait un bâtiment, et qu'on retournerait incessamment en Europe. Mais comment exécuter ce projet sans constructeurs, sans voiles, sans corda-

s et sans agrès? La nécessité, quand elle est extrème, ôte Xp des difficultés. (Chacun mit la main à l‘œuvre; des gens qui de leur vie n‘avaient manié ni hache ni outil, devinrent autant de charpentiers et de forgerons. La mousse et une espèce de filasse qui croit sur les arbres de cette partie de la Floride, servirent be À pour calfater le bâtiment; chacun donna ses chemises et les draps de sonlit pour faire des voiles. On fit des cordages avec l'écorce des arbres, et en peu de

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Expéditions Françaises dans la Floride, 251

emps,- le navire fut achevé et lancé à l‘eau.. La mème con« Er qui en avait fait LÉ GS la construction sans matéaux et sans ouvriers, fit affronter tous les périls de la navigafon, avec très peu de provisions et point de matelots Ils n'é- .

tient pas encore loin en mer, lorsqu'ils furent arrêtés par un

calme opiniâtre,. qui leur fit consommer le peu de vivtes qu'ils avaient embärqués. La portion fut bientôt réduite à douze ou quinze grains de maïs pe jour. Cette modique ratioë ne dura ns même longtems. . L’eati douce manqua aussi tbut-à-fait.

D'un autre côté, le bâtiment faisait eau de toutes parts, et l'équipage, épuisé par là faim; était peu en état de travailler à ls pompe. Dans cette affreuse situation, quelqu'un s‘avisä de dire qu'un seul pouvait sauvér la vie à tous les autres, en sacrijant La sienñe, Cette barbafe broposition ne fut pas rejettée avec horreur ; et l‘on allait «ten temettre au sort pour le choix de la victime, lorsqu'un soldat nommié LacHau, déclara qu'il vouluit bien avancèr sa mort pour retardet celle de ses camarades, 11 fut pris a mot, et on l‘égorgea sur lé chämp sans qu'il fit la mcindre résistante. "Tous ces infortünés aurhient péri de la sorte, les uns après les autres, si bientôt après, on n’eût spperçu la terre, et ensuite un vaisseau qui approchait. Ils en reçurent des secours dont ils avaient le plus graud besoin, et ils apprirent que la guerre civile, rallumée en France plus vivément que jamais, avaic empêché l‘gmiral de Coligny de s‘oc: tuper de la Floride ; mais qu'après la paix qui venait de sé conclure, il alldit apporter tous ses soins au soutien de cet éta: blissement:

En effet, le capitaine Ribaut fit un second voyage avec beaucoup plus de monde que là première fois. Ce furent autant de victimes, que les Espagnols sacrifièrent à Jleur haine eta leur ambition. Ils se regardaient comme les seuls souve: rains du pays; et ne pouvaient. souffrir que -des Français, et moins encore des calvinistes, entreprissent de s’y établir. Cependant, comme les deux nations étaient alors en paix, Ribaut ïe fit aucune difficulté de se fier au commandant espagnol, qui avait donné sa parcie d'honneur de ne lui causer aucune inquiétude ; mais ce dernier s'appuyant sans doute sut ce principe abominable qu'on ne doit point de fai à des hérétiques, les fit tous mourir, On en pendit quelques uns, avec un écriteau portant que ce n’était pas comme Français qu’ils avaient reçu, ce châtiment, mais comme calvinistes, ennemis de la foi,

Le capitaine Ribaut, qui ne fut pas compris dans cette exé-

‘cütibn, demanda à parler au commandant, pour savoir de lui

la raison. d’un traitement si contraire à ce qu'on lui avait pro: mis. On lui répondit.que cet officier n'était pas visible. Un moment après; un simple soldat vint trouver le commandant

259 Noutka.

français, et lui dit: N’avez-vous pas toujours prétendu que ceux qui étaient sous vos ordres vous obéissent posctuellemen.? Sans doute, répliqua Ribaut, qui ne savait où tendait ce dis. cours.—Eh bien, reprit le's0 dat, ne trouvez pas étrange que j'exécute aussi l'ordre de celui qui me commande, et en ache. vant ces mots, il lui enfonçs un poignard dans le cœur; ensuite on lui coupa Ja barbe, que le commandant espagnol envoÿa à Séville comme une marque de sa victoire.

A la nouvelle de cet attentat, toute la France ne respira que vengeance. Un gentilhomme gascon, nommé p8 Gounauks, se dévoua à l'honneur de sa patrie, et dans cette vue, vendit tout son bien, puisa dans la bourse de ses amis, fit choix de gens de bonne volonté, et partit à la tête d’une petite escadre, pour se liguer avec les Floridiens contre les Espagnols. Son projet réussit. Gourgues trouva le moyen de se rendre maître d'un fort qui réunissait tous les ennemis ; et après Je pillage, iffit con. duire les prisonniers au même lieu où les Français avaient été

massacrés. Il leur reprocha leur cruauté, leue perfidie, la vio. lation de leur serment ; et les livrant aux bourreaux, il les fit pendre à ses yeux, avec cette Inantipéion plantée au milieu der

ace : “ Je ne fais ceci comme à Espagnols, mais comme traitres, voleurs et meurtriers.” Cette expédition terminée, qui eût été sans doute plus glorieuse, s’il j eût mis plus de modération, Gourgues revint en France,. où il mourut avec la réputation d’un des plüs grands capitaines de son siècle, eautés de l Mistoire des Elats-Unis,

ne 0 NOUTKA.

Ou mœurs, coutumes, usages des Sauvages du Nordrouest de

y l'Amérique.

A l‘entrée de la baie du Roi Georges, découverte par Cook, est lle de Noutka. Ce pays est couvert de collines escarpées, garnies de bois épais. Les côtes sont aussi boisées, Il y a cisous de petites rivières qui paraissent ne devoir leur origine qu'aux nuages, aux brouillards qui se promènent sur les collines, et aux neiges qui les couvrent. On y troave des frai: siers, des groseilliers, des framboisiers, des aunes noirs, des renoncules, et un grand nombre de mousses et de fougères. Les bois y sont peuplés d'ours, de loups, de renards, de daims, de martres et d'‘écureuils.

-’ Les naturels du pays sont de la taille ordinaire. Ils ont le corps arrondi, sans être musculeux; les vieillards seuls sont maigres. Leur visage est rond et plein, quelquefois large,

respira que OURGU vendit tout Dix de gens adre, pour n projet maître d'un ft con:

avaient été idie, la vio.

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* Noutka. ts

Ïls ont des joues poéminentes, souvent applaties subitement, vers les tempés : leur’nez, applati à sa base, présente de larnarines et une pointe arrondie, Leur front est bas ; leurs

ux petits, noirs, moins vifs que languissants ; leurs lèvres Drivi épaisses, arrondies ; leurs dents assez égales et bien rangées. Ils manqueñt absolument de barbe: quelques uns cependañt en ont une petite touffe À l'extrémité du Mmentoôni Les vieillards ont une barbe épaisse sur le menton, et mêtne des moustaches. Ils ont beaucoup de cheveux, qui sont dùrs ét forts, noirs et lisses, flottants sûr leürs épaules. : IH n’ont rien d’agrénble dahs la forme du corps: leurs grands pieds sont d’une viläine forme, et leurs chevilles très saillantes. ‘ Leur corps, incrusté de peinture, ne peut laisser deviner la couleur de leur teint. Ceux qui sont nétoyés ont presque la blancheur des Européens. Leur physiononiie est, en général, uniforme ét sans expréssion.

Les femmes ont à peu près, la même taille, les mêmes ‘traits que les homme, et il n’est pas facile de les distinguer. * L'hâbillémett commun aux deux sexes, consiste en ün manteau de'lin, garni dañs le ‘haut d’une bande'étroite de fourrure, et dans le bas, de franges ou de glands: il passe sous le bras gauche, est attaché sur le, devant de l'épaule droite, pat: un cordon, et assujéti par un autre-cordon, sur le derrière; les deux bras sont en liberté, et il'laisse'le côté droit ouvert; mais il est quelquefois ‘ceinit d’une bande de natte ou ‘de poils! Par-dessus ce manteau, qui descend jusqu'aux genoûux, est un autre petit manteau de la mème étoffe, garni de franges, qui réssemble à un plat rond, oùvert au milieu, et au travers duquel on pourrait passer la tête. Leur tête est couverte d'un Chapeau fait en cône tronqué, d’une'belle natte. Une houppe arrondie, où une touffe de glands de cuit, le décore souvent au sommet. Les hommes ont ordinairémerit une peau d'ours, de loup, de loutre de mer, dont leë poils sont en-dehors, att:. thée comme un manteau, quelquefois sur le devant du vorps, quelquefois sur le derrière. Leur vêtement est comn ode et ne manque pas d'élégance, quand il est propre; mais il l’est rarement. Leur corps est toujours barbouillé d’une graisse rance, et leur tête, comme leur vèternent, est garnie de vermine. ” Quelquefois, ils se peignent le visage de noir, de rouge et de blanc, et alors ils sont affreux. A leurs oreilles percées sont suspendues des morceaux d’os, des plumes, le petits coquillaes, des faisceaux de poils, où des morceaux de cuivre, Plusieurs ont la cloison du nez percée, et ils y suspendent les fnèmes objets qu'aux oreilles. Leurs poignets sont garnis de bracelets ou de grains blanes, ou de petites lanières de cuir; Tour IX. No. XIII. 87

25e Noutka.

ornées de grains blancs; La cheville de leurs pieds est souvens couverte de bandes de cuir ou de nerfs de peaux d'animaux, . Danses visites de cérémonies, oulorsqu'ils vont à la guerre ils ont des peaux d'ours.et de loup garnies de bandes.de fo: rures. Leur tête est chargée de plumes grandes ou petites, et couverte d’un cône d'osier ou d’écorce battue. Leur visage est barbouillé de couleurs mêlées à de la graisse ou du suif, et qui forment différentes figures. Quelquefois, leur chevelure est divisée en paquets liés par derrière, et ornée dé rameaux de cyprès. . Ils se couvrent aussi le visage d’une multitude de mas. ues, de bois sculpté, représentant des têtes d'hommes, d'aigles, e-loups, de marsouins, ou d’antres animaux, etles font do. miner par des morceaux de sculpture taillés comme. la proue d'une pirogue peinte. *.

. Le seul habit qu’ils ne portent qu'à la guerre, est un manteau de cuir double et très épais, qui couvre la poitrine et le cou, et s'étend jusqu'aux talens, ornéde compartimens agréables, et qui est assez fort pau résister aux traits et aux piques, c’est une çotte de mailles complète. Quandils vont se battre, ils

portent éncore un manteau de cuir revêtu de sabots de daim.

suspendus à des lanières de cuir couvertes de plumes. Dès

n'ils se remuent, ce manteau fait un bruit semblable à celui

‘une multitude de clochettes. -

«Ces sauvages-sont d’un .caractère. indolent et paisible ; ils ne manquent ni de docilité ni de bonté, et ont une sorte de poli: tesse naturelle : il ne sont cruels qu’envers leurs ennemis. : Ils sont patesseux. aiment la musique, et la leur est grave, mais touchante ; elle est expressive, cadencée et d’un effet agréable, Un grelot, et un petit siflet, sont leurs seuls instrumens.

Les maisons qui composent leurs bourgades,. sont disper. sées sur trois lignes qui s'élèvent par degrés l’une au-dessus de l'autre: les plus grandes sont sur le devant: de grandes rues séparent les lignes. Leurs maisons sont, à pen de chose près, faites-comme celles des-autres sauvages du nord. Les plan chers.qui forment leurs toits peuvent s’écarter quand il fait beau temps, et se rejoindre, quand il tombe de la.pluie. Il n'ya point de portes ; un espace ouvert, haut de deux pieds, y sert d'entrée, Un petit banc de planches, couvert de nattes, sert de siege et de lit À toute la famille,

Ces cabanes exhalent une puanteur insupportable ; ils y sès chent, ils y vident leurs poissons.. Leurs entrailles mèlées aux restes des repas, offrent des tas d’ordures qui ne s’enlèvent jamais, Elles sont. cependant ornées de statues, faites de blocs de troncs d'arbres sculptés grossièrement, offrant une figure

d'homme. et des bras peints.

À Noutka, les hommes ne témoignent aux femmes ni égards

. gent de b:

nitendressé.

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Les pêch ue les mar était celle « poissons, q terres il y approche u courtes, SUr er qu'à 1 tandis que et couverte ou noir en On distit tosse es avoir le n la peau est àse tirer. d voisent jus C'est su uns et Les :

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porte.ses ;

passer ce terre, ils

Æa Péchedu Loup-marin, LEA

nitendresse. La vie de, celles-ci est très laborieuge ;. mais \es jeunes gens y sont suriout oisifs et indolents; ils se vautrent. qu sole, et se roulent sur le sable, toute.la journée. Les. | files s’y conduisent avec la plus grande déçence,

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