LE TUTEUR' ET $A PUPILLE
Ux particulier jouissant d'une fortune assez considérable, la laisse, en mourant, 4 sa fille unique, et il nomma son frère exécuteur de son testament Re Phéritière. Ell avait environ dix-huit anss. et, dans le cas où elle mourrait sans ètre mariée, ou dans celui où :s’étant mariée, elle n'aurait point eu d’enfans, son bien revenait:4.son..tuteur, ou aux héritiers de ce.tuteur, , Cette circonstance. fit que plusieurs parens de la jeune personne répan- . dirent dans le: monde qu’il était inprudeut de la laisser demeurer chez son-oncle, soit qu'ils y crussent du danger, soit qu'ils fussent mécontents,de ln disposition, qui, en. éffet, était très préjudiciable à leurs: intévêts et à leurs espérances. Quoi qu’il en soit, l‘oncle, sans avoir égard à ces propos; emmena sa nièce dans une mâison de campagne qu‘il avait près de la forêt d‘Esping, et peu après
elle dparu Vtis
On fit de grandes recherches à ce sujet, et comme on disait qu'elle était sortie avec:son.oncle, pour aller dans la forêt, et quil était revenu sans elle,.on l‘arrêta. Quelques joras après, il subi un. Jonginterrogatoire dans lequel il convint dféire sorti avec s5 nièçé,.etassura que comme il revenait à la maison, elle s‘était amue
D sée derrière lui, qu‘il lésvait cherchée-avec soin dans le bois, sans
pouvoir la retrouver, qu'il ne savait pas d'ailleurs où elle était, ni ae PR PR Léntérét qu‘il avait à ls mort de’sa pupille, et le zèle intéressé des autres parens Rxfierens les soupçons contre lui, de sorte qu'on le retint en prison. Le lendemain, de nouveaux, faits fournirent les:-plas fortes'preuves contre lui. : On apprit qu‘un gentilhomme du voisinage avait fait sa cour à sa nièce ; que quèlques jours avant u‘elle disparut, il avait fait un voyage vers le nord ;.que Ia jeune nblualle avait déclaré vouloir se marier ‘aveë hi à son retour; que l‘oncle avait souvent désapprouvé ce mariage avec les termes es plus forts ; qu'elle avait beaucoup pleuré et lui avait reproché ce procédé, ainsi que l‘abus de son autorité sur elle. , Une femme déposa et jura qu‘ayant passé par la forèt d‘Esping, vers les onze
| heures du matin, le même jour que la jeune fillé avait disparu, | elle-avait entendu une voix de femme qui disputait avec chaleur,
sur quoi elle s'était A de plus près, et sans voir personle avait entendu la même voix prononcer ces. mots: ne.me
tuez gas, mon oncle, ne me tuez pas ; qu'étant fort effrayée, et ayant entendu un .coup de fusil du même côté, elle avait fait beaucoup de diligence pour s‘éloigner; que d‘ailleurs elle n‘avait poinf eu de repos qu'elle ne fût venue déclarer ce qui lui était arrivé. . ILparut.sur ces preuves, qu'on trouva évidentes, que.cet homme avait assassiné sa nièce, pour hériter de ‘son bien. L‘impatience . de Je punir d‘un crime si atroce fut telle, qu‘on le can
106 Anecdotes.
damna promptement à mort, et qu'il fut exécuté avec la même diligence. kX
aviron dix jours après l‘exécution, la jeune fille qu'on croyait morte, revint à la maison. Il se trouva que tous les faits qui avaient induit en erreur les juges et le public, n‘étaient pas moins vrais; et voici comment tout s'était passé.
‘La jeune fille déclara qu'elle était convenue avec son amant de se sauver avéc lui. Ïl avait répandu le bruit quél allait faire un voyage dans le nord, et il s‘était caché dans une petite cahute de
‘Ja forêt. Elle ajouta que le jour de sa disparution, il avait des
chevaux prêts pour elle, pour lui même et pour deux domestiques; qu'elle était sortie, comme on l'avait dit, avec son oncle; qu‘en revenant, ce dernier lui avait reproché la résolution dans laquelle ‘elle persistait d‘épouser quelqu‘un qu'il n‘agréait pas; qu'après beaucoup de débats, elle avait dit avec émotion: ‘ que vouléz-vous ? ‘j‘ai placé en lui mes inclinations ; si je'ne l‘épouse pas, ma mort en résultera ; ne.me luez pas, mon oncle, ne me tuez pas ;” que précisément comme elle pose cés mots, elle avait entendu près d‘elle un coup de fusil qui l'avait fait tressaillir, et qu‘aussitot elle avait vu sortir du bois un homme ténant'üun pigeon rämier quäl venait de tirer ; qu'‘étant près de l‘endroit fixé pour le rendez-vous, elle avait ‘imaginé quelques prétextes pour ‘que bon oncle prit les devants, et que son amant lui ayant ÿrésénté un cheval qu'il tenait tout prêt, elle était montée dessus, et S‘était éloignée rapidement; qu'au lieu d'aller vers le nord, ils s‘étaient retirés dans un logement que l‘amant avait retenu près de Wind-
sor, où ils s‘étaient mariés le même jour, et qu‘au bout d‘une se-
maine, ils avaient fait, pour leur plaisir, un petit voyage en France, au retour duquel ils avaient appris la catastrophe malheureuse qu'ils avaient occasionnée bien innocemment à leuroncle.