BANQUE
bctus, patée- , élégant et >. lecture m'a is manqué de ds à tous les ais il me soit re délicieuse.
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Histoire d'un Actionnaire de la Banque Lafarge. 159
Je me retirai tranquille chez moi, en attendant qu'il plût à mes camarades de s’éteindre dans la proportion stipulée dans mon bref. Au bout de l’année, me trouvant avoir besoin de fonds, je me présentai à la banque: je demandai honnêtement si la mortalité humaine allait son petit train, s’il y avait de quoi vivre avec les morts, et je m‘informai avec empressement de la santé de cent dix-neuf mille quatre cent soixante-huit personnes, composant la masse des actionnaires, sans me compter, Un commis, à qui je m‘adressai, me dit, qu'il m'était bien obligé, de leur part, de ma politesse, que tcus se portaient à merveille, et il m‘exhiba des régistres mortuaires en blanc. A la bonne heure, lui dis-je, l‘année suivante me dédommagera; car il faudra nécessairement qu'on y meure à douze pour cent, autrement, il y aurait erreur et lésion. Je repassai en effet, six mois après, ayant senti augmenter mes besoins;. j’obtins la même réponse, et les actionnaires semblaient s'être donné le mot pour jouir de la meilleure santé. Pour le coup, je me retirai un peu piqué; j‘en voulais surtout à MM. de Buffon et de Parcieux, que je regardais comme les seuls coupables, et comme ayant induit en erreur Mr. Lafarge, sur la moyenne proportionnelle de la longévité des hommes, et sur la délicatesse de leur santé. Cependant j'étais talonné par mille besoins, .et j'avais pour mon compte la mort sur les lèvres. C'était bien une espèce de consolation pour moi, qui suis né bon et sensible; car,. disais-je, si personne ne veut mourir pour m‘obliger, je mourrai moi-même, et cela obligera quelque malheureuse famille sur qui retombera mon action. J'ai dit que j‘avais la mort sur les lèvres, mais elle ne voulut pas aller plus loin; je restai debout, et assez vivace: cela me parut d‘autant plus étonnant, que je ne mangeais presque point, n’ayant pas l‘occasion de diner gratis, et n‘étant affilié à aucune société épicurienne. Il ne restait presque plus rien dans mon domicile qu‘une couchette et des prospectus. Je jugeai qu'il y avait lä-dessous quelque chose de surnaturel, mais ne port deviner ce que c'était, le désespoir me prit un matin; je formai le projet de me jetter par la fer ‘re, qui était située avaniagqusement à cinquante degrés au-dessus de l‘entresol. Après avoir fait quelques dispositions testamentaires, je me mis en train et pris mon élan; je ne languis pas beaucoup en l'air; cependant j‘eus encore le tems d‘y faire quelques réflexions sur les tontines en général, et sur la tontine Lafarge en particulier; je sentis parfaitement que ma vitesse était multipliée par ma masse, et je mfattendais bien à arriver sur le pavé en capitolade; mais voyez un peu la singularité de. ma destinée; au moment de ma chûte, une charrette à foin passa sous mes fenêtres; je tombai dessus, et au lieu de me faire le moindre mal, je me donnai au contraire une
secousse agréable, qui me remit les humeurs en équilibre et qui me fit un bien infini. (Cela me raccommoda un peu avec la vie;
ainsi je résolus de la conserver, quoiqu'elle fût à charge à plus de- Tous IL—No. 5, US du ns à.
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cinquante familles honnêtes, intéressées comme moi à la mortalité humaine. Je me mis à voyager pour m‘étourdir sur ma situation, espérant trouver, du moins, à mon retour, les régistres de la banque en meilleur état, d'autant mieux que je laissai alors mon pays, (c'était en 1793,) dans des dispositions assez meurtrières. Je partis après avoir emprunté quelque argent, et avoir donné pour caution mes espérarices Lien légiaties, Je n'avais d'autre passeport
ue mes coupons d‘actionnaire, Je fus arrèté à toutes les municipalités de ma route; mais sur la simple vue dé mes coupons, on jugea que je n'étais pas né dans la classe suspecte des riches; on crut que je n'avais “en, et on me relâcha partout.
J’arrivai à Bordeaux, où, après m‘ètre reposé un instant, j'allai m‘nformer s’il ne partait pas quelque vaisseau pour les Antilles, On me dit que la frégate l’Impérissable était sur le point de faire voile pour St. Domingue, et que j'avais une heure pour faire mes malles, Je n’en pris pas tant, et je fus prèt à être embarqué sur le champ. Après trois jours de navigation heureuse, nous fümes accueillis px une tempête horrible, qui nous mit bientôt dans le plus grand danger. L’Impérissable avait déja beaucoup souffert dans ses autres voyages, et ne put lutter longtems contre la tourmente, Elle finit par couler à fond, et par périr toute entière— L'équipage périt aussi. Seul, je m’accrochai, comme par miraele, au mât de misaine, qui flottait au gré des ondes déja appaisées, Ensuite, m‘étant saisi d’une longue perche qui me servit de balancier, je me mis à me promener, tout droit, de long en long, sur ce mât, à limitation du fameux danseur de corde For10s0.
On juge des réflexions que je dus faire dans cetté position extraordinaire, au milieu de l'immense océan, et ne devant pas espérer de faire une promenade bien longue, faute dé nourriture, et pouvant perdre l'équilibre à tout moment, de le secours de mon balancier,. Mais quelle fut ma surprise de voir arriver de loin un petit vaisseau. Je me hâtai de faire des signaux de détresse, et d’arborer, pour ainsi dire, pavillon d’actionnaire, en faisant brandir en l‘air mes coupons de banque et mon mouchoir de poche. Je fus donc encore miraculeusement sauvé, recuéilli, et emmené sain et sauf à ma destination, ne sachant que penser et que dire d’une aussi incroyable aventure. :
”. $& Domingue était, au moment où j'arrivai, dans léétat le plus déplorable. ‘Je me fis conduite au quartier Jémérie, où je devais avoir quelques, colons de ma connaissance, Je nty fus pas plutôt arrivé, que des Nègres furieux et révoltés se mirent à égorger tous les blancs, sans distinction de sèxe ni d'âge. J'étais assurément plus blanc que personne, d’après mon extrème paleur et l‘air exténué que j'avais. , J‘attendais mon tour avéc résignation, et je tendais la gorge de la meilleure grâce du monde, . Je le tendis indtilement. Je dis à un Nègre marron qui s‘avançait vers moi ennivré de”carnage, qu’il était bién malheureux pour un action-
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naire de la banque Lafarge de mourir à la fleur de son Âge, uniquement parce qu'il avait eu le malheur de naître avec une peau un peu plus belle que celle d’un Africuin, Je n’eus pas plutôt dit ces paroles; que le Nègre prit une figure riante et me sauta au cou, pour m‘embrasser de 1n manière lu plus aimable, au lieu de m‘égorger et de me mettre en pièces. Il me prit dès lors sous sa protection, et je restai seul de ma couleur, dans le quertier Jérémie, avec la plus parfuite sécurité, Ennuyé de ce séjour, aussi triste que son nom semblait l’annoncer, je profitai du premier vaisseau qui partait pour la France, songeant que j'avais assez voyngé, Je fus bientôt de retour à Bordeaux, sans avoir éprouvé te moindre acaident. Me trouvant au spectacle dans cette ville, le jour de mon arrivée, j‘eus le malheur de marcher, par mégarde, sur le pied d’un Gascon qui était à côté de moi, Il trouva en cela son honneuy tellement compromis, qu’il mé dit à l'oreille que j'étais un lourdenu, que j'aurais la bonté de le suivre, et qu'il allait m'apprendre à marcher. Je le suivis: il fut convenu que nous nous enfoncerions l‘un ou l‘autre une épée dans le corps jusqu'à ce que mort s'en suivit: arrivé sur le champ de bataille, je dis à mon homme: “ Mon cher, je me bats à regret contre vous, jé vous tuerai, j'en suis sûr, les actionnaires de la banque Lafarge sont heureux, et ji l'honneur d'être un des actionnaires de cette banque.” # Ehf qua dé commun,” me répondit-il, ‘ cette banque aveo notre afftire? Il n’y a pas d’actionnaire qui tienne; allons, en garde!” Il n‘y avait rien à repliquer, je me mis .en garde. Je n‘avals jomais manié d'épée, ayant passé ma vie la plume à la main, dans les calculs et les spéculations. Je n‘eus pas plutôt allongé le bras, que mon Gascon se trouva enfilé jusqu'à la garde, comme si on l'avait enfilé exprès. Je retirai mon épée de son corps avec beaucoup de peine, et il tomba mort et noyé dans son sang, Cela m'affecta vivement, d'autant mieux qu'il n'était pas actionnaire, et que je ne gagnais absolument rien-à sa mort, Je’n‘eus rien de plus pressé, après cette affaire, que d'arriver à Paris, .Mon premier soin, comme on peut croire, fut de me présenter à la banque où j'avais affaire. J'avais, en entrant, le pressentiment singulier que je trouverais les clioses dans l‘état où je les avais laissées, On me dit tn effet qu'il n‘y avait rien de nouveau, qu'on en était désolé, mais que les actionnaires de la banque avaient tous l‘âme chevillée dans le corps., Cela ne m‘étonne point, répondis-je, je l'aurais parié.— Vous pouvez, vous fatter d'avoir une banque unique dans son espèce, et je ne voudrais pas pour un empire, n‘ètre pas couché tout . de mon fong sur. votre grand livre, Enfin, après des réflexions plus profondes, rentré chez moi, il . ne me fut pas difficile de reconnaître, comme on dit, le doigt de Dieu dans la banque Lofarge, et de voir que décidément l’immortalité nous était accordée en faveur de nos bonnes actions..…...(Ce
162 Dictionnaire de la Folie et de la Raison.
ui fait bien voir qu'il ne faut jamais, encore une fois, négliger de lire les prospectus, et de porter son argent aux différents particuhiers qui font des affüuires de finance. F.