HISTOIRE D'UN ACTIONNAIRE DE LA BANQUE : LAFARGE
Jar toujours singulièrement aimé à lire les prospectus, pateequ'ils sont presque toujours écrits dans un stylé pur, élégant et fleuri, qui gagne l'esprit, et qui va au cœur. Cette lecture m'a couté beaucoup d’argent,.à la vérité, car je n’ai jamais manqué de me laisser aller à la séduction, et de porter mes fonds à tous les établissemens qui se sont présentés, sans que jamais il me soit resté autre chose qué le souvenir L Lo laissé uñe lecture délicieuse. Mais cela ne m’a point dégouté, Dieu merci. : La tontine Lafarge s’est offerte à moi avec des périodes extrêmement arrondies, harmonieuses, et embellies de tous les prestiges de l’éloquence.— D'ailleurs, elle promettait des avantages, pécuniaires audessus de ceux des autres tontines, et qui semblaient avoir une base d’autant plus solide qu’elle était fondée sur la: fragilité de la vie humaine. On me flattait, d'après les calculs perfectionnés de MM. Burron'et PARCIEUX, que, sur cent actionnaires, il en mourrait régulièrement six par an, et qu’il y aurait par conséquent une réversibilité constante et uniforme des actions des morts sur les actions des vivants.—Pour m’assurer de la justesse de ce calcul, j'allai vérifier les régistres mortuaires de St, Eustache, (c'est ma paroisse,) et je m’assurai, par mes yeux, qu'au lieu de Mourir à raison de six pour cent, on y mouräit volontiers à raison de huit.— Alors je me précipitai sur la banque Lafarge, et je priai ces messieurs de vouloir bien convertir sur le champ le reste de mon bien en tontine; à quoi ils Voulurent bien conséntir, en me gratifiant, par dessus le marché, de plusieurs exemplaires de leur)prospectus, dont l'élégance me frappa de nouveau,
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