RAISON
t aux Algéde Turcs, illement les de Francs.
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Dictionnaire de la Folie et de la Raison. 163 Ertrait des admirables secrets de Th. Wecker.
Quand le prêtre a conjoint les deux époux, le mari, tout frais béni, donne à sa femme l‘anneau d‘alliance, pour sceller cette conjonction. Ce moment est du plus grand intérêt pour les femmes, et mérite toute leur attention. Si le mari arrête l'anneau à l'entrée du doigt, et ne passe pas la seconde jointure, la fenime sera reine et maîtresse de tout ce qui se fera dans le ménage.— Mais lorsqu‘un homme a l‘impolitesse d’enfoncer l‘anneau jusqu‘à l‘orrigine du doigt, et de le fixer lui-même à la place qu'il doit occuper, cet homme sera le souverain seigneur, et étre de tout ce qui se fera chez lui.
Ainsi les demoiselles bien nées ont soin de courber le. doigt annulaire, au moment où elles reçoivent l’anneau conjugal, de façon qe s‘arrète au bout du doigt; et c’est à ce petit moyen qu'elles
oivent le plaisir de gouverner encore leur mari, qui se vante toutefois de conduire sa barque tout seul.
Bien.—1l y a autant de sentimens que de personnes, touchant le souverain bien; car chacun le trouve dans ce qui fait l’objet de ses affections.—Escine le plaça dans le sommeil; les Espagnols, flegmatiques et paresseux comme lui, ont adopté son système, du moins en pratique.—ZE/Non mit le souverain bien dans les coups de poing et les jeux de crocheteur: la populace angluise a pensé comme Zénon.—Epicure plaça le souverain bien dans les plaisirs: il a chez les Français bon nombre de partisans.—An1sTOLE enfin, qui avait de J‘âme cette noble idée que doit s‘en faire un sage, trouva le souverain bien dans la sagesse et la vertu..…..Il a peu de sectateurs.
L'orgueilleux ne soupire qu'après les honneurs. Tout est bien pour l’avare, s‘il se voit ertourré de monceaux d’or. La coquette ne voit de souverain bien qu'une foule d’adorateurs soumis. Un homme de lettres se ep‘ de la misère, en méchant du laurier, comme disait DurresNy; et un véritable ami de la patrie est heureux, au sein de l‘indigence, s’il voit son pays florissant.
Capitulation.—Une fille et une femme attaquées doivent se défendre. Prises de force, elles doivent se tuer comme Lucrèce, ou se bruler comme Moscou.—Cette maxime est un peu rude; mais on ne capitule point avec le déshonneur.
Comédie Universelle. —Le monde en est le théâtre, et les hommes en sont les acteurs. Les hazards composent la pièce; la fortune distribue les rôles; les théologiens gouvernent les machines, et les philosophes sont les spectateurs: L‘homme recherche l‘erreur, et l‘erreur l‘environne, On paie à la porte une monnaie qu’on nomme peine, et on reçoit en échange un billet marqué inquiétude. — Les riches occupent les loges; les puissans l‘amphithéâtre; le parterre est pour les malheureux. Les femmes portent les rafraichissemens à l’entour, et les disgrâciés de la Fortune mouchent Tes chandelles, Le temps tire le rideau. La comédie commence
164 Anecdotes.
par des larmes et des soupirs; viennent ensuite les projets chimériques, ct les folies qui composent les chœurs. Les insensés applaudissent, et les sages sifflent la pièce. On voit paraître des géans, qui tout d’un coup deviennent pygmées, et des nains qui grandissent imperceptiblement, et s'élèvent à une hauteur extraordinaire. On aperçoit des gens d'esprit, qui retombent en enfance; des savans qui n’ont jamais rien appris; des politiques qui ne savent pas gouverner leur muison, et qui veulent gouverner l’état, dé pieuses figures qui prêchent la vertu avec un cœur tout noir de crimes; de petits esprits qui font les athées en public, qui ont peur des revenans quand ils sont seuls, et qui tremblent au bruit du tonnerre. On entend partout des cris et des plaintes. Le sang eoule; on se bat, on se déchire, on vieillit sans avoir trouvé la paix du cœur; et la mort baisse la toile.
Celui qui veut se divertir de ce drame, n’a qu’à se mettre dans quelque petit coin, d’où il puisse commodément voir tout, sans être vu, et se moquer d’une ext’ ..gance qui le mérite si bien.