‹ La Bibliothèque canadienne ou Miscellanées historiques, scientifiques et littéraires [microforme] (volume 2)Chapitre 71 sur 81 · ANECDOTES · texte numérisé non relu

ANECDOTES

La Reine EzisABrTH voyageait souvent dans les différentes prories de Ra Latin n jour qu’elle passait par Coventry,

e corps municipal vint la complimenter, et le maire finit sa longue et ennuyeuse harangue par ces mots: “ Nous n'avons plus qu'une grâce à demander à V. M. c’est qu’elle veuille bien nous permettre de la conduire jusqu'au gibet”. (A une tieue de la ville.)

Cette princesse revint une seconde fois dans la même ville;' le. maire se hâte de débiter un compliment en vers préparé depuis longtemns, et qui commençait ainsi: |

JVe, men of Coventry Nous, gens de Coventry

Are very glad to see Sommes bien aises de voir

Your royal majesty. Votre royale majesté,

Good lord, Aow fuir you be! Grand dieu! que vous êtes’ bellef

La Reine l‘interrompit, en répondant sur le même ton:

My royal majesty Ma rayele majesté

Is very glad-ito see Et bien aise de voir

Ye, men of Coventry. 7 Vous, gens de Coventry,

Good lord, what faols you be! Grand dieu! que vous êtes bêtes!

On raconte du maire de Coventry un autre’ trait qui ne fait pas honneur au génie des habitans de cette ville. Georges I avait accordé üne somme considérable pour rebätir leur hôtel de ville. — Lorsque le.bâtiment fut achevé, ‘on mit une inscription dans laquelle on lisait ces mots: Anno Domini, &c. Le corps munucipal s’assembla, et décida qu’au lieu d’Anno Domini, il fallait mettre Georgio Domini, attendu que la Reine ANNE était morte, et que le don avait été fait par Garros

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Anecdotes. 165

Le Comte de Rocngsrer rencontrant un jour Isaac Barrow, dit aux personnes avec lesquelles il se trouvait: Il faut que je m‘amuse de cet original; puis s’approchant de lui: Docteur, s’écria-t-il, je me prosterne devant vous jusqu'aux cordons de mes souliers.—Milord, reprit Barrow, en otant son chapeau, je me prosterñe devant vous jusqu’à terre.—Rochester recommença ses salutations, en disant: Docteur, je suis à vous jusqu’au centre de la terre.—Milord, je suis à vous jusqu'aux antipodes. Rochester presqu‘au bout de son role s’écria: Docteur, je suis à vous jusqu’au fond des enfers—Milord, reprit Barrow, je vous y laisse; et, en disant ces mots, il s’en alla.

Quand Gorrces II nomma le général WoLre pour commander l'expédition contre Québec, le duc de Newcastle représenta à sa Majesté le danger de cette nomination, attendu que Wolfe n’était pas un général, mais un fou, un enragé. “ Est-il bien vrai qu'il soit enragé, demanda le roi? Eh bien! je souhaite qu’il morde tous mes autrés généraux, et qu’il leur communique sa maladie.”

Expliquez-moi, je vous prie, dit un jour Louis XV à M. de VERGENNES, la c'i‘férence qu'il y a entre ‘un wAig et un toryen Angleterre.—JLa différence est absolument dans le nom, reprit le ministre: les torys sont whigs quand ils ont besoin de places; et les whigs sont torys quand ils les ont obtenues. :

Ex 1764, un habitant de Londres, nommé J. Boxn, homme d’esprit et grand amateur de la déclamation, prit tellement en affection la tragédie de Zaire de VoLTaIRE, que non seulement il l’apprit toute par cœur, mais la fit traduire en anglais par un des meilleurs poëtes de Londres. Il mit tout en œuvre pour faire représenter cette traduction au théâtre de Drury-lane; les directeurs s‘y refusèrent, et pendant deux ans, M. Bond les sollicita én vain de se rendre à ses désirs. Enfin, voyant qu'il n’en pouvait rien obtenir, il prit le parti de représenter lui-mème, avec quelques autres amateurs, sa pièce favorite,

Il y a dans le quartier de Westminister, une grande salle où l’on donne ordinairement des concerts publics. À. Bond la loue pour une seule soirée aussi cher qu’elle. était louée pour l‘année entière ; il distribue les rôles à ses amis et réserve pour lui celui de Laisignan qu’il croit plus convenable à son âge que tout autre; il avait alors plus de soixante ans. Le jour pris pour la représentation, la salle fut remplie de spectateurs qui payèrent tout ce qu‘oh leur demanda pourvoir cette nouveauté. La pièce commença, ét tout le monde applaudit aux talens des acteurs autant qu'aux beautés de la pièce. Lusignan paraît, les applaudissemens redoublent; son imagination s‘enflamme, il se croit dans le palais du soùdan; son âme identifiée avec celle de Lusignan, se livre toute entière aux sentimens de la religion et de la paternité. La vue de

166 Anecdotes.

Zaïre lui donne une telle émotion, que son corps, trop faible, ne peut soutenir tant d’agitation; ses forces l‘abandonnent; 11 tombe sans connaissance; on applaudit beuucoup, L'évanoulsseinent qu’on ne croit qu’imité, paraissait si naturel, qu'on ne pouvait trop admirer la supériorité du talent de l‘acteur à rendre la nature. Cependant la longueur de cette situation commençant à fatiguer, Chätillon, Nérestan, Zaïre elle-même avertirent M. Bond qu'il 6. tait tems d’y mettre fin: il ouvre les yeux, mals les fermant pres. qu'aussitôt, il tombe dans son fauteuil sans prononcer une parole, étend les bras comme pour embrasser %aire, et ce mouvement fut le dernier de sa vie.

M. Prix, père du dernier ministre de ce nom, et le Duc de Newcasrce, Président de l’'Amiranté, étaient d’un avis opposé sur la sortie d’une flotte. Le premier, retenu au lit per la goutte, se trouvait obligé de recevoir ceux qui avaient à lui parler, dans une chambre à deux lits où il ne pouvait souffrir de feu, Le Duc de Newcastle, qui était très frileux, vint le voir, A peiné füt-il entré, qu’il s’écria tout grelottant de froid: Comment, vous n’a. vez point de feu! Non, répondit M, Pitt, je ne puis le supporter quand j'ai la goutte. Le Duc, obligé d'en passer par là, s'assit à côté du malade, enveloppé dans son manteau, et commença à entrer en matière; mais ne pouvant résister plus longtems à la ri- : gueur de la saison; permettez, lui dit-il, que je me mette à l’abri du froid, dans le lit qui est à côté du vôtre; et aussitôt, sans quitter son manteau, il s’enfonça dans le lit de Lady Esther Pitt, et continua la conversation au sujet de cette flotte qu’il n'était pas d'avis d'envoyer en mer. Tous deux s'agitérent avec chaleur, …— Je veux absolument que la flotte parte, disait M, Pitt, en accompognant ses paroles des gesticulations les plus vives, Cela est impossible, elle périra, répliquait le Duc, en faisant mille contorsions. Le chevalier Charles Frengnicx, arrivant ld-dessus, les trouva dans cette posture ridicule, et il eut toutes les peines du monde à garder son sérieux, en voyant les deux ministres d'état délibérer sur un objet aussi important, dans une situation si nou-

velle et si partieuliére.

M. Suarr, le chirurgien, ayant été appellé chez un lord, pour

une blessure trop légère, envoya néanmoins son domestique chez lui, en toute hâte, pour y prendre un tonique convenable, Le soi-disant malade, effrayé de cette précipitation devint pâle, et démanda au chirurgien, avec anxiété, s'il Len quelque danger das son cas, “Oui, milord, répondit le chirurgien #i ce garçon ne court pas à toutes jambes, 1l y a à craindre, ...—Quol donc? Que la blessure ne soit guérie avant qu'il soit de retour,”

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