‹ La Bibliothèque canadienne ou Miscellanées historiques, scientifiques et littéraires [microforme] (volume 2)Chapitre 75 sur 81 · UN COPISTE · texte numérisé non relu

UN COPISTE

On peut dire que la masse de la population canadienne est composée d'agriculteurs. Il n’y a pas de gens plus heureux au monde. Leur travail suffit pour procurer les choses nécessaires à la vie, et le profit leur en est assusé tout entier et sans défalcation.

‘ Parmi eux l‘ambition et la vanité créent rarement des besoins artificiels, et ne mêlent point l’amertume aux jouissances réelles. Dans les situations ordinaires de la vie, ils ont de la vivacité et de la gaité. Ils se soumettent avec résigndtion aux maux dont il leur est impossible de se garantir. Ils sont fermement attachés à leur religion, à leurs lois, à leurs coutumes, à leurs manières, et absolument ennemis de toute innovation. Ils ont quelque chose du caractère français, coinme les habitans de la Nouvelle Angleterre ont du caractère anglais, mais modifié chez les uns et les autres suivant les circonstances; et ce caractère est différent conséquemment, dans la mème proportion, de celui de leurs pères.

& Partout il est facile de se procurer des terres, et de vivre pales travaux de leur culture. Le sort de l’homme ne dépend que du Tout-puissant et de ses propres efforts. En Amérique, l‘esprit d'indépendance des Anglais a dégénéré, et a fait place à la licence: chez les Canadiens, le sentiment de la servitude s’efface,

‘ Le paysan canadien connait des supérieurs; il a du respect pour eux: mais il attend des égards en retour, et ceux qui y manquent envers lui se rendent coupables à ses yeux d’une faute qu'il ne pardonne guère. Envers ses égaux, il est officieux et poli.— Il ne connait point d‘inférieurs. Ce qu‘l possède, il le doit à son travail, et tout homme bien élevé est dans la mème situation. Si l‘un d’eux sert l‘autre, ils vivent néanmoins ensemble comme membres de la même famille,

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6 Le cultivateur canadien aime la société, et ce goût va chez lui jusqu'à l'excès. C’est ce goût qui empèche les jeunes gens d‘aler au loin pour avoir de Pl terres; il est aussi la source du désir qu‘il a d’avoir pour lui la bonne opinion des autres; sentiment qui souvent dégénère en vanité.

‘ Dans sa personne il est de taille moyenne. Son maintien annonce la fermeté et l‘activité. Il n’y a pas de peuple qui puisse soutenir de plus rudes fatigues ni u plus grandes privations.— La gaité de son caractère contribue particulièrement à l‘en rendre capable. Son esprit n‘est pas cultivé: ses idées sont bornées. Il a d‘heureuses dispositions naturelles. Dans le cours ordinaire des affaires, il raisonne et agit d’après sa propre expérience. Il se défie de ce qu'il lit et de ce qu’on lui dit, particulièrement quand les choses viennent de ceux qui ne sont pas de la même classe que lui, Dans les affaires de religion, il s‘en rapporte à un curé; et si celui-ci veut vivre bien avec son troupeau, il ne doit point se

mêler d’autre chose à l'égard de ses ouailles, que de ce qui regarde son ministère.” |

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EXTRAITS, Des Notes sur un Voyage en Amérique; par Mr. Morms Binsecx.®

Il n‘y a rien à Vincennes qui, à la première vue, donne de l‘endroit une idée bien favorable, mais on en prend une meilleure opi nion à mesure qu‘on le connaît mieux; car il renferme des personnes fort agréables; et on remarque beaucoup de propreté et d‘ordre dans Fe maisons et dans la manière de vivre. Il y règne aussi un degré de politesse qui fait connaître l‘origine de l‘établissement d‘une manière bien flatteuse pour les Français.

C'est dans le caractère national un phénomène que je ne puis expliquer; mais c'est aussi un fait qui ne peut être révoqué en doute, que l‘urbanité des manières qui distingue cette nation de toutes les autres, ne se perd jamais entièrement; et que la politesse française se fait remarquer jusqu‘à ce que toutes les traces de l‘origine française soient effacées, Un Français du Canada, qui, après avoir passé vingt années de sa jeunesse parmi les sauvages, stétablit au milieu des bois derrière les derniers établissemens dans les Etats-Unis, conserve encore une forte teinte du savoir-vivre des Français.

Est-ce par cette qualité engageante que les Français ont obtenu un si grand ascendant parmi les sauvages? Je pense qu‘on peut attribuer cet ascendant avec autant de probabilité à leurs

* Notes on a Journey in America, &c.

218 Extraits.

manières conciliantes qu'a un plus grand fond de probité, bien quecétte probité en ait été généralement regardée comme la cause,

Cette ténacité de caractère national, sous tous les changemens. du climat et des circonstances, dont les Français fournissent plusieurs exemples frappants, est d‘autant plus curieuse, qu'elle n'est pas générale parmi les nations, bien que les Allemands en offrent, me dit-on, des exemples également remarquables. Ce pays-ci fournit des occasions for ies, pour faire des observations sür: ce sujet intéressant. |

Qu'est-ce qui distingue un Anglais des autres hommes? ou y at-il quelque marque % caractère national que ni le tems ni le. climat, ni les circonstances ne puissent effacer? Un Anglo-Américain n‘est point Anglais; mais un Allemand demeure Allemand, et un Français demeure Français, jusqu‘ la troisième, et peutêtre jusqu'à la dixième génération.

De la Découverte des Sources du Mississipi, &c. par Mr.J. C. Ber- TRAMI.

Le 18 (Juillet 1823) nous primes tous le chemin de terre.— Une prairie dont les bosquets parsemés ça et là entrecoupaient. magiquement les distances et l’horison, fut le premier spectacle qui s’ouvrit à nos yeux. Les parcs artificiels de St. Cloud, de Versailles, de Richmond et de Windsor ne sauraient ètre comparés à: ce superbe ouvrage de la nature.

Un sarcophage indien, élevé à la hauteur d’une quinzaine de pieds, nous arrêta vérs le milieu de ce paradis terrestre, et là Mr. ReNvizze nous montra vers le S. ©. la direction où la rivière de © Ja Terre Bleue se jette dans celle de Sf. Pierre. C’est là le point: le plus éloigné où le P. HENNErIN, et d’autres voyageurs après lui, sont arrivés sur cette rivière.

La rivière de la Terre Bleue est très remarquable chez les sau-. vages. Ils s'y rendent presque tous les ans comme en pélerinage, et pour y chercher de cette terre bleue, très propre pour. faire leurs teintures, et leur fard. A quelque distance de ses sources, vers le Missouri, ils exploitent une pierre rouge, qui durcit: par l'impression de l'air, et dont ils font leurs calumets sacrés. — On a dit que ces deux endroits sont inviolables, et que les ennemis les plus implacables s’y rencontrent en paix; mais tout celæ n’est qu'une fable. Le sauvage exerce partout sa vengeance, et

s’il s’en abstient quelquefois, c’est lorsqu'il est arrèté par quel-

que force majeure.

Le soir, nous fimes halte près d’un petit bosquet qui s’étend sur le bord du Lac des Cygnes. C'était la suison où ces beaux oiseaux, gros'et petits, ne peuvent voler, les uns, parce qu'ils changent de plumes, les autres, parce qu’ils n‘ont que le duvet de len-

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fance. Nous aurions pu fuire une chasse agréable, et la troupe savante aurait pu trouver une occasion favorable de s’instruire, et de fournir de nouvelles connaissances sur le règne animal; mais le major (TAGLIAFERRO,) faisait une gite à et ne semblait s‘occuper que de sa boussole, le seul oracle qu’il consultait,

Dans la matinée du 14, nous traversâmes une autre prairie d’un aspect tout nouveau. De petites buttes, couvertes d’un gazon verdoyant, formaient des ondulations qui représentaient assez une marine que ni VERNET, ni WERDSTAPEN n'auraient pu imiter.— Des élévations lointaines et isolées offraient l'image des pyramides de l'Egypte.

A midi, nous passâmes la rivière St, Pierre, à l'endroit où celle

es? ou y atems ni le.

nglo-Amé-

Allemand, des Liards y afflue du côté du sud, et qui est navigable pour les e;.et peut- canots jusqu’à une assez grande distance dans les terres,

Le soir, après avoir traversé des sites également enchanteurs, entremèlés de prairies et de petits bois, et qui offfaient l’aspect d‘un pays cultivé, nous nous arrêtâmes prêts d’un marais que les

..J. C. Ber- rats musqués avaient parsemés de leurs maisonnettes,

Le Bois Rouge fut notre hôtel du 15, 11 est ainsi appellé d’un

arbre que ces sauvages (les Sciour) peinturent en rouge toutes de terre.— les années, et pour lequel ils ont une vénération particulière — recoupalent Le Bois Rouge est situé sur le bord occidental de lu rivière St

spectacle qui d, de Ver-

Pierre, et une autre rivière qui y afflue, et purtige ce même bois, comparés à:

descend aussi du même côté. Ils l‘uppellent la rivière du Bois Rouge.

Ici, la vallée la plus riante présente aux yeux du spectateur Ia scène la plus intéressante. Jamais illusion ‘plus frappañte n’a transporté mon imagination dans les terres classiques du Zatium et dela Magna Graæcia. Des roes épars, comme à dessein sur la

quinzaine de re, et là Mr.

la rivière de

t là le point plaine, sur des plateaux et des collines représentent au naturel, à igeurs apres une certaine distance, des ruines de tout genre de la vénérable

antiquité. Tantôt vous croyez y voir des substructions thermales, chez les sau-- celles d’un amphithéâtre, d‘un cirque, d’un forum; tantôt les dée en péleri- bris d’un temple, d‘un cénotaphe, d‘une basilique, d’un arc de propre pour triomphe. Je profitai du tems que le sort m‘accorda pour parde ses sour- courir ces lieux enchanteurs; mais seul, afin que dans la douce , qui durcit extase de mes pensées, je ne fusse point interrompu par la pré ets sacrés. — sence de quelque âme froide, ou présomptueuse, Mes yeux renue les enne- contraient à chaque pas de nouvelles imuges, La vue d’une espèce ais tout cela de tombeau me rendit pour quelque tems immobile, Mon cœur ngeance, et . demeura frappé de souvenirs funestes,..Je crus voir le tombeau é par quel- de la Vertu et de l‘Amitié. Ces lieux rendaient la douleur en-

core plus belle, et d’un doux soulagement: j'en aurais joui bien qui s'étend longtems, si je n’eusse pas été avec des gens que des selles brisées, ù ces beaux où d’autres incidens égalément imposants pouvaient seuls arrêter. qu'ils chan- Le granit y domine partout, et il y est si beau et si varié, que

uvet delen- les frippiers trompeurs de la Place Navone, à Rome, le vendraiént

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