‹ La Bibliothèque canadienne ou Miscellanées historiques, scientifiques et littéraires [microforme] (volume 2)Chapitre 74 sur 81 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

Muguet de Mai, Lis des vallées.—Retour du bonheur.—Le mu-

guct aime le creux des vallons, l‘ombre des chênes, le bord des ruisseaux: dès les premiers jours de Mai, ses fleurs d'ivoire s’en-

s stériles, L se dessè-

s, placées e toutes à es espèces s, quoique e chaque e particues obserés de chauilles, des les années ait ce les cCebsiue à exacte, l‘éil sufirait ination ét NE/£, dens 50, 1751 et que le bouemer l‘orge, son d'autres encer. On érieure à l‘a- 1 de choisir, es dans l’ansulteraient la Il faudrait que pays, un paratives sur peut être exet quand on de leurs hae de prouver 10mInes igno=

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Le Langage des Fleurs. sil

tr'ouvrent, et versent leurs parfums dans les airs. A ce signal, Je rossignol quitte nos haies et nos buissons, et va chercher au sein des forêts uie compagne, une solitude, et un écho qui réponde à sa voix: guidé par le parfum du lis des vallées, le charmant oiseau a bientôt choisi son asile; il sty établit, en chasse ses rivaux, et y célèbre, par des chants mélodieux, la solitude, l‘imour ot la fleur qui, chaque anmée, lui annonce le retour du bonheur.

Troëne — Définse.—Vourquei, disait une jeune mère de famille au vénérable pasteur de son village, n'avez-vous pas planté une forte palissade d’épines à la place de cette haie de troëne fleur:

ui entourre votre jardin? Le pasteur lui répondit: Lorsque vous défendez à votre fils un plaisir dangereux, ln défense s'embellit sur vos lèvres d’un tendre sourire; votre regard le caresse; et s‘il se mutine, votre main maternelle lui offre aussitôt um joujou qui le console: de mème la haie du pasteur doit éloigner les indiscrets, ne blesser personne, et offrir des fleurs à ceux mêmes qu'elle repousse,

Narcisse— Egoïsme—Le narcisse des poëtes répand une douee odeur; il porte une couronne d‘or au centre d’une large fleur, toujours blanche comme l‘voire, et légèrement inclinée: cette plante parait naturelle à nos climats; elle ainse ombre et la fraicheur des enux.

Les anciens voyaient dans cette fleur la métamorphose d’un jeune berger qu’ Amour punit de son indifférence par un fatal égarement. ille nymphes nimèrent le beau Narcisse, et connurent le supplice d'aimer sans retour. Echo, la triste Echo, fut mées par cct ingrat: elle était belle alors, mais la douleur et In

onte effacèrent sa beauté; une affreuse maigreur se répandit sur tout son corps; les dieux en eurent pitié; ils changèrent ses os en paris mais ils ne purent uérir son âme, qui gémit encore dans es lieux écartés, où tant de fois elle suivit le cruel qui ne put l‘aimer.

Fatigué par l'exercice de la chasse, et par la chaleur qui desséchait la terre, le beau Narcisse se reposa un jour sur un épais xazon, au bord d’une fontaine dont les eaux limpides n‘avaient Jamais été troublées: le berger, attiré par la fraicheur, veut se désaltérer; il se penche vers le: pur chrystal de cette onde perfide; il se voit, il s’admire, et reste si frappé de son image, que eh yeux fixés sur cette ombre, il perd tout mouvement, et semble une statue attachée sur la rive. Amour qui se venge d‘un cœur rebelle, embellit cette image de tous les feux qu’elle inspire; puis il sourit d’une si folle erreur, abandonnant sa victime au délire qui doit la consumer. Echo séule fut témoin de sa peine, de ses larmes, de ses soupirs, des vœux insensés qu'il s’adressait à lui-même. Sensible encore, la nymphe répondit à ses plaintes, et redit son dernier adieu, qui ne füt pas pour elle; même en expirant, le malheureux cherchait encore au fond des eaux l'erreur qui l'avait

Mes Tablettes de 1813,

charmé; on assure même qu’en descendant aux enfers, il la rede-

manda aux eaux ténébreuses du Styx, des bords duquel rien ne pet put le détacher. Les nayades, ses sœurs, déplorèrent sa perte, et de couvrirent son corps de leurs’ longues chevelures; elles prièrent , les dryades d'élever un bucher pour ses funérailles. : Echo sui- #qu vait ces nymphes, et redisait leurs plaintes d’une voix désolée; tre le bucher s‘élève, mais le corps qu‘il doit mettre en cendre n‘ex- VNI iste plus; on ne trouve à sa place qu‘une fleur pâle et mélanco- on} lique, qui se penche sur l‘eau des fontaines, comme Narcisse sur | celles du Styx. - tre Depuis ce jour, les Euménides parent leurs fronts terribles de à d’une couronne de ces fleurs, qu’elles ont consacrées elles-mêmes Pol à l’égoïsme, qui est de toutes les fureurs la plus triste et la plus Fa |

funeste. Ù

Thym-Activité-Des mouches de toutes les formes, des scarabées infar de toutes les couleurs, les diligentes abeilles, les papillons légers, des : environnent les touffes fleuries du thym. Peut-être que cette hum- PÉ ï ble plante paraît à ces légers habitans de l‘air, qui ne vivent qu'un WW Yer: printems, comme un arbre immense aussi vieux que la terre, cou- k bi vert d‘une verdure éternelle, sur laquelle ces fleurs brillent com- à me de superbes amphores, toutes pleines de miel à leur usage; gr:

Les Grecs regardaient le thym comme le symbole de l'activité; mon: sans doute ils avaient observé que son parfum, qui fortifie le Ecri cerveau, es: très salutaire aux vicillards, auxquels il rend de l‘é- HIauc nergie, de la souplesse et de la vigueur.

L’activité est une vertu guerrière qui toujours s’ossocie avec le véritable courage. (C’est pour cela qu’autrefois, les belles brodaient souvent, sur l‘écharpe de leurs chevaliers, une abeille bour-

part, sans

donnant autour d‘une branche de thym. Ce double symbole di- retir

sait encore que celui qui l‘avait adopté mêlerait la douceur à toutes quel

ses actions, :

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MES TABLETTES DE 1813. trou

tente Le Camp des V , à la Pointe Henri. Après avoir habité, ny pendand 21 jours les casernes de Kingston, pendant 10 jours, des a

quartiers préparés par nous, mais non pour nous, chez un Mr. SMITH; et pendant 4 jours un camp dressé aussi par nous, mais

le c

pour d’autres encore, sur les hauteurs de Kingston, nous avons es recu ordre du Général PRE/vosr, (1), le 17 Mai, de traverser à la D Pointe Henri, (2) où nous sommes logés sous des tentes, toujours 8) plantées par nous, au milieu de souches, troncs d'arbres, et cail- ae

loux de toutes espèces et dimensions; partageant notre couche avec des reptiles de toutes formes et sortes; exerçant dans les plus

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Mes Tablettes de 1813. 213

petits détails, la charité la plus ample envers dix millions d’insectes tous plus dégoutants les uns que les autres.

“ Phlébotomisés par les maringouins, bistourisés par les moustiques, ventousés pariles brulots, nous sommes de plus menacés d‘ètre mangés vifs par les rats dé bois, quand ils auront fini de nos vivres. Que de Jampires dans un pays où il n‘y en a point, diton! Priez pour rous.

“ Lassé par le travail de l'extérieur, trempé par la pluie, je rentre sali par les oiseaux! Je m'assieds...à Instant, un horrible crapäud saute familièrement sar mes genoux! Je me précipite sur mon grabat...bientôt la couleuvre m‘en chasse, en venant s’y glisser près de moi. Sfagit-il de souper? La poële à fondre le lard de provision (car on est ici sur la ration,) est au pouvoir d’une infame araignée à paniers, pour parler poliment, qui, du centre des réseaux dont elle a couvert l’ustensile-en tous sens, et où elle se tient immobile et menaçante, semble encore nous défier et braver! % Ecure donc, pauvre garçon.” —Veut-on ensuite concasser le biscuit dans le lard fondu, pour l‘attendrir, la puce des bois qui

. s‘est trouvée sous le hachoir, en perdant la vie a empesté le man-

ger! “Ah! Capitaine, que faire?—Eh bien, fat hr” Quoi, monsieur.”— Allume la chandelle, butor, allume la chandelle.” Ecrivons du moins nos misères. Bon.dieu, quelle Pointe! quel maudit endroit! La lumière s‘apporte. Dans un moment, le martinet est couvert de cadavres hideux et effrayants, et bientôt la cohorte des curieux et bruyants frappe-d'abord entre de toute part, assiège le flambeau, vous le souffle impudemment au nez, sans manquer de vous pocher les yeux, et de vous donner, en se retirant, le Don soir au front. Oh, dieu! quel pays! mais aussi quelle mine que la Pointe Henri pour un naturaliste!

Pendant quinze jours, nous avons été dans cet enfer; mais, dieu merci, ces tems fâcheux vont cesser, et de plus agréables vont leur succéder. Après vous avoir montré le revers de la médaille, il convient de vous en montrer le beau côté.

‘ Lorsque nous vinmes à la Pointe Henri, le 17 Mai, nous trouvâmes en effet l‘emplacement qu’occupent maintenant nos tentes, (3) hérissé de souches, &c. et le terrain fort inégal. Il n’y avait alors que fort peu de tems d‘écoulé depuis qu‘on en avait rasé le bois qui la couvrait. A force de travail, nous sommes enfin parvenus à déblayer la place, et à niveler le site où repose le camp des V . Jlest formé de deux rangées de marquises qui bordent de droite et de gauche une longue et large rue, servant comme d‘avenue aux quartiers de notre major, tenté à l‘une de ses extrémités: l’autre issue est fermée par un petit retranchement. Vraiment, dans un beau jour, notre petit campement offre un joli coup d’œil.

“ L’élévation et la position de ce site que rien ne commande aux environs, nous font appercevoirà la fois, un lac immense

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s'ouvrant devant nous, et dans le lointain, quelques Îles boisées: à droite, la ville et son joli côteau; le port et ses vaisseaux; ln Pointe Frédérick, ses fortifications et ses chantiers: à gauche, VZe Wolfe, (4) dont la grande surface est couverte de bois et par= semée d‘habitations, .

Hors de la ville et du contrôle immédiat des Grosses-tôtes,

sous le commandement d’un supérieur (5) qui sait se faire aimer, nous avons l'espoir de vivre ici sans PAIE heureux et tranquilles.” * Le Caporal, ou Lance-Sergeant CHRE/TIEN,=t6 Cananocouïi, (comme on l’a déjà vu,) est un poste à 85 milles plus bas que Kingston: nous y avons une redoute, La garnison qu'on ÿ entretient est formée de la milice de l'endroit et de troupes qu’on y envoie d'ici.

6 Neuf Voltigeurs, sous les ordres du Caporal où Zance-Ser geant CHRE/TIEN, y faisaient devoir, le 14 Mai, lorsqu'un officier commandant une chaloupe canonière en croisière, le Lieutenant MasoriBanxs, y vient débarquer 830 hommes de milice qu’il avait à bord. Il avait apperçu un semblable vaisseau enneini sur le fleuve, et avait proposé à son monde de courir lattaquer; mais ces bonnes gens qui ne se sentent pas encore las de vivre, il fuut croire, se refusèrent, du mieux qu'ils purent, à ses offres hostiles ct sanguinaires. Le poltron a, tout aussi bien que lé brave, sa petite rhétorique; et l’habileté des soldats philosophes du gun-boat à faire entrevoir les risques d’une telle entreprise, frappa tellement notre marin, qu’il rama aussitôt vers Cananocoui,

“ Vous concluez de là sans doute, que convalneu de la justesse du raisonnement qu’on vient de lui faire, il s'est enfin rendu à lw raison, et qu’il est revenu à des sentimens plus humains, Hélas! vous êtes dans l'erreur. Ce sont des dnex damnées que ces matelots anglais, qui n’aiment que plaies et bosses, Ïls n'ont aucune notion de la logique des collèges; ou, s'ils en parlent, ce n‘est qu'avec le sourire du mépris, prétendant que le boulet est le meilleur argument du monde, et qu’on tire plus de raison d’un bon canon que du cerveau le plus fécond, &e, &e, &e, Voila d’étranges gens, direz-vous! N'importe, ‘ Après avoir mis à terre les trente logiciens, qu’il honorait d‘une autre épithète, m’a-t-on dit, l'officier de marine, qui n‘avait pas renoncé à son projet d'attaque, demanda si quelqu'un voulait en partager l'exécution volontairement. À sa grande satisfaction, À trouva autant de gens de cœur qu’il pouvait en avoir besoin: un subalterne et dix hommes du 104e régiment; Chrétien et les neuf Voltigeurs, s'offrirent comme volontaires, avec la permission du commandant du poste, le colonel de milice Srone. On s‘emb, qua à deux heures de l‘aprèsmidi. Six hommes d’équippage, que notre marin retint avec lui, poussèrent à l'instant au large, et donnèrent après la chuloupe ennemie. Îls ne purent jamais la rejoindre,

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Lance-Ser- ‘in officier Lieutenant ice qu’il aéhneini sur iquer; mais ivre, il faut es hostiles ct ave, sa peu gun-boat à pa tellement

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| chiloupe en-

Mes Tablettes de 1818. 215

‘6. Frustré de nouveau dans son attente, mécontent d’avoir manqué son coup, une seconde fois, mais ne voulant pas revenir sans avoir rien fait, Majoribanks résolut de faire une descente à Grawely- Point. (6) Il en fait la proposition; elle est reçue avec joie. Le pilote, disait que les chaloupes américaines s’y rassemblaient le soir pour y passer la nuit, et l’on se proposa aussitôt le malin plaisir d’en escamoter quelques unes,

“ On attère bien en deça du poste, vers une heure du matin du 25 Mai, pour s‘emparer de deux hommes que Chrétien et quelques autres allèrent enlever d’une maison, pour montrer le chemin à la petite troupe et la guider. On arrive enfin à Gravely- Point, à deux heures après minuit, Point de chaloupes ennemies.

‘ On met pied à terre; on laisse quelques soldats du 104e à la garde de la chaloupe, et l’on s’avance avec précaution. Chrétien est en avant; Majoribanks le suit avec le reste de la troupe: ils se rendent ainsi aux casernes bâties à vingt arpens à peu près

‘en avant du. village; ils en brisent les fenêtres à coups de hache

ou autrement. Personne ne se montre, et ils arrivent sans l‘ombre d’opposition à la maison de l’officier commandant: c'était un major, comme on le sut ensuite. Il y avait encore de la lumière chez lui. Le factionnaire demande qui va là! On le menace de lui casser la tête, s‘il ne se rend prisonnier. Il prend la fuite. — Chrétien alors ordonne à ses voltigeurs de se jetter dans la maison par les fénêtres, et lui même il enfonce la porte. Le major, sur ses gardes lui met sur la poitrine un pistolet chargé de douze postes, tire la gâchette, fait fausse amorce! ...et au.:même instant, il est lui-même étendu mort dans la place d’un coup de fusil que Chrétien lui décharge dans le ventre.

‘ On trouva sur une table trois autres pistolets chargés, vingt cartouches et deux sabres, le seul butin qu‘on permit à nos hommes d‘emporter. Toutes ces cartouches contenaient chacune douze petites balles ou postes.

‘ On ordonna en même tems la retraite; et ce ne fut qu'après que nos gens eurent mis au large, que l‘ennemi, (qui avait lâchement déserté ses casernes, et s‘était enfui avant le débarquement de nos braves, ) vint au rivage effrayer les poissons, et se réjouir de notre départ, par une pétérade assez bien soutenue. C‘était se montrer uu peu tard. On remit chez eux les deux habitans

(4) Sir G. Prévost était arrivé à Kingston le 11 Mai, avec le col. Baynes, deux de ses aides-de-camp, et 20 Froquois du Sault St. Louis, sous les ordres du Lieutenant et Interprète B. St. GEnmaAIN, Sir J. Le Yeo y arriva le 12, avec deux brigades de chaloupes canonières.

(2) On a déja vu que la Pointe Henri est vis-à-vis de Kingston.

(3) Cet extrait du journal est du mois de Juin.

(4) Ancienvement la Grande Ile.

(5) Le major F.G. HERIOT.

(6) Ou Cap Vincent, C’est un petit village américain à la sortie du lac Ontario, composé d’une vingtaine de maisons. L'ennemi y a du canon .et des troupes.

216 Le Cultivateur Canadien.

qui avaient servi de guides, et l‘on reprit la route de Cananocoui,

Le Lieutenant de marine rendit compte, dès le même jour, au commodore ŸEo, du sang-froid et du courage qu'avait montrés Chrétien dans cette occasion, et du péril quil avait couru: il le chargea même d‘aller porter sa lettre à Kingston. Sir G. Prévost voulut le voir; il lui fit présent des sabres et des pistolets emportés de Graveley-Point, et il fut promu au rang de sergent.”

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