PAR 4. DE STAEL HOLSTEIN
Le N°. LXXXV de I‘Edinburg Review, contient la critique et de nombreux extraits de l'ouvrage ci-dessus. Nous mettons sous les yeux de nos lecteurs les suivants, qui nous ont-paru d‘autant plus intéressants, qu’ils semblent se rattacher aux auestions importantes qui ont été agitées dernièrement dans notre parlement provincial, et qui s‘agitent maintenant dans quelques uns de nos papiers publics, relativement aux propriétés foncières et aux lois par lesquelles elles se régissent.
‘ Jin Angleterre, les fortunes de l‘aristocratie sont immenses; le luxe est poussé à un excès inoui chez les hommes de la classe supérieure. La propriété foncière est concentrée dans un assez
etit nombre de mains: l’étendue des f£rmes est fort considéra- Île; l‘exploitation des terres emploie d'énormes capitaux; l'agriculture se fait en grand et sclon des métl'odes scientifiques. Des lois prohibitives ont porté le prix des grains à un taux exagéré.— La classe des non-propriétaires est beaucoup. plus nombreuse qu'en France; près d’un dixième de ;a population est assité par Ja taxe des pauvres. |
‘ Un maitre de forges français, voyageant en Angleterre pour s’instruire des progrès qu’y a fait la fabrication du fer, descendit, il y a quelques années, au fond d’une mine de charbon située dans un des districts où les opinions radicales étaient le plus r ‘pandues parmi le peuple. Arrivé dans les galeries souterraines, il s’entretint avec les ouvriers, de la nature et de la durée de leur travail, de leur salaire, de leur nourriture, de tous les détails de leur condition. Les ouvriers, à leur tour, intéressés, par la conversation d‘un homme qui montrait une connaissance précise de leurs intérêts et de leurs besoins, attirés d’ailleurs par la libéralité des opinions qu’il manifestait, lui adressèrent quelques questions sur létat de la classe laborieuse en France. Combien d‘ouvriers employez vous? lui demandèrent-ils.—Quatre ou cinq cents.—C’est: quelque chose, et quel est leur salaire? Que coutent, dans la partie de la France que vous habitez, la nourriture et 1 entretien d'u famille?—Leur salaire est inférieur au vôtre; mais cette infériori
236 | Lettres sir l Angleterre.
est plus qe compensée par le bas prix des objets de première né. cessité.— Vous avez raison, lui répondirent les mineurs, après avoir fait entr‘eux un petit calcul qui leur prouvait qu’en effet Ja conditition des ouvriers était inellleure en France qu'en Angleterre; mais combien de tems travaillent-ils par jour?— Huit heures, terme moyen.—Pas plus! Et que font-ils du reste de leur jour. née? Ils cultivent leur héritage, et travaillent pour leur propre compte—Que dites-vous, leur héritage? Ils sont donc propriétaires? Ils ont un champ, une maison à eux?—Oui sans doute, du moins la plupart de ceux que j‘emploie. A ces mots, l‘étonnement se peignit sur toutes les physionomies. Et cet héritage, reprit le plus intelligent des mineurs, que devient-il à la mort du père?—Il se partage entre les enfans.—Quoi! éalement?—Oui sans doute, ou à peu-près.—Mais une petite propriété partagée entre plusieurs enfans doit se réduire à rien.—Non, car lorsque:l‘un d’eux n’est pas assez riche pour acheter la portion de ses frères, Ja propriété se vend, et passe entre les mains d’une personne qui peut la conserver entière et l'améliorer.
“ Ici finit le dialogue; mais ces deux idées d’ouvriers-propriétaires et de partage égal entre les enfans, avaient si vivement frappé les mineurs anglais, que le dimanche suivant, ils en firent l‘ob-
Jet d’une discussion en règle, dans un de ces clubs où les hommes,
même de la classe pauvre, se réunissent pour lire la gazette, ou - pour s’entretenir de leurs intérêts communs; clubs où les formes d‘une bonne délibération sont généralement beaucoup mieux observées que nous ne le voyons en France dans des assemblées politiques d’un plus haut parage. Après un long débat, on alla aux voix, et la majorité prononça que sans doute il était bon que les ouvriers fussent propriétaires, mais que l'héritage devait passer à l‘ainé, et n'être point divisé.
6 Voila donc des ouvriers, des prolétaires, radicaux par leurs
opinions ou leurs passions politiques, qui se prononcent contre l‘alité des partages, et en faveur du droit d’ainesse. Il serait diffile ue donner une preuve plus forte de l’empire universel que cet ordre d'idées exerce en Angleterre.”
Ce que dit M. de Sraez HozsTEIx par manière de réponse à ce que peuvent objecter des Anglais, d‘après leur prédilection pour le droit de primogéniture, contre la loi du partage entre les enfans, peut stappliquer au Canada aussi bien qu’à la France.—
En général, les Anglais qui ont voyagé en Canada, et qui ont écrit fa relation de leurs voyages, ont parlé avec beaucoup d’exagéation sur ce sujet, et n’ont pas peu contribué à donner à leurs compatriotes des notions fausses sur ce qui a lieu ici relativement aux propriétés foncières, ainsi qu’à beaucoup d‘aütres objets.
6 Quel est donc, dit-il, ‘état réel de la France? Le morcellement des propriétés y va-t-il croissant d’une manière si effrayante? En aucune façon, Nous. voyons, au contraire, que dans
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Gasconismes el Gasconades, 237
le voisinage des villes riches, en général, «ur tous les points où les Capitaux s'accumulent par le commerce ou par l'industrie, les propriétés foncières tendent à se concentrer, Dans les provinces mêmes, qui ne jouissent pas de cet avantage, et où la division des héritages est poussée benucoup trop loin, l'intérèt de l’agriculture mettra un terme à ce morcellement, Déjà il n’est pas rare, dans diverses parties d8 la France, de voir une famille de paysans convenir que l‘un des frères restera propriétaire de ia ferme paternelle. Les autres reçoivent de lui ou une somme d‘argent, ou * une partie du revenu, &c."
a GASCONISMES ET GASCONADES,
L'expression à fuire trembler est si firgilière aux Gascons qu'ils l'emploient à tout propos, Quelqu'un faisait observer ce gasconisme”à un officier gascon, qui répondit par cette gasconade:— Que l'expression, cela fuit trombler, est la plus forte qu’un Gascon puisse employer en quelque circonstance que ce soit, parce: qu‘il n’y a rien dans la nature qui soit audessus de ce qui fait trembler un Gascoa.
On citait dans une compagnie deux braves officiers dont on faisait l'éloge: ‘ Ne soyez pus surpris de leur valeur, dit un Gascon; l’un est de Gascogne, et l'autre mérite d’en être.”
Un Gascon voyant qu'on s'étonnait de ce qu’il tremblait en prenant ses armes, dit: “Mon corps tremble de peur pour les dangers où il prévoit que mon courage le portera tantôt.”
Un mousquetaire gascon, passant dans une révue devant Louis XIV, fit faire à son cheval un mouvement si brusque, que le chapeau du cavalier vola à terre, Un de ses camarades le lui présenta à la pointe de son épée, Sandis, s'écria le Gascon, j'aurais mieux aimé que vous m’eussiez percé le corps que mou chapeau. Le roi ayant entendu cette réponse, lui en demanda la raison.— Sire, dit-il, j'ai crédit chez an chirurgien, mais je n’ai pas la même faveur chez un chapelier,”
* Un officier gascon représentait à Louis XIV le besoin qu'il avait d'argent pour faire son équipage, Le roi, qui cherchait à adoucir son refus, lui ayant dit qui si sa paie et sa pension ne suffisaient pas, son père pouvait, de tems à autre, lui envoyer quelques lettres de change: “ De l‘urgènt de mon père, Sire, repartit promptement le Gascon! Votre majesté, qui est toute puissante, ferait plutôt faire un pet an cheval de bronze, que de tirer une lettre de change de notre pays” Le roi supris d’une expression si extraordinaire, sourit, et accorda au Gascon une partie de ce qu'il demandait, n Gascon était à la comédie dans le parterre; et comme il re
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muait toujours, son épée se mettait dans les jambes de ceux qui | étaient près de lui. Un officier s’en trouvant embarrassé; 4 Monsieur, lui dit-il, votre épée m'’incommode:” Cudédis, lui répondit le Gascon, elle en a bien incommodé d'autres.”
Un gentilhomme gascon se faisait appeller marquis à la cour du Duc de Savoie, Madane la Duchesse lui demanda, par dérision, dans quel pays était son murquisat, % Il est, répondit le Gascon, dans votre royaume de Chypre”.
Pendant qu’on achevait de bâtir le Pont-Neuf, à Paris, un homme qui avait entendu les entrepreneurs que d’un bon repas qu’ils devaient faire, se mit à toiser le long du pont, sans rien ie à personne. On le croit connaisseur; il est prié à diner. Après le repas, les entrepreneurs lui dire qu'ils voyaient bien qu'il avait quelque pensée sur leur ouvrage qui pourrait le perfectionner. — ‘ Je songeais, leur dit notre Gascon, en sortant de table, que vous avez très bien fuit de vous y prendre en lurge; car si vous vous y fussiez pris en long, vous n’en fussiez pas venus à bout de la mème manière,”
ANECDOTES ANGLAISES, &ec.
Lady Carteret, femme du Lord Lieutenant d'Irlande, disait un jour au docteur Swÿfé: ‘ Léair de votre pays est fort bon.” Swift
se mettant aussitôt à genoux: ‘ Pour l’amour de Dieu, s’écria-til, n'allez pas lé dire en Angleterre; car on mettrait un impot dessus.”
Un noble Lord, rempli d’admiration pour le Pape Clément XIV (GANGANELLI) qu’il venait de quitter, disait à plusieurs de ses compatriotes: Vous connaissez mes richesses et ma fille unique que j'adore? Eh bien! je la donnerais au Saint-Père, s‘il pouvait se marier, tant je suis enchanté de sa personne et de son esprit” Le Pape ayant appris la chose, rit beaucoup de la franchise de ce brave Anglais.
Un quaker étant en berline, se trouvait enfourné dans une de ces petites rues de Londres, qui ne peuvent donner passage qu’à une seule voiture. IL voit venir à lui un cabriolet mené par un petit-maître. Il fallait qu’un des deux reculât: ni l’un ni l’autre n’y paraît disposé. Le quaker, à raison de son âge, invite le jeune fat à céder, d'autant mieux, lui dit-il, qu’il est plus aisé à un wiski de reculer qu’à une berline. Le jeune homme ne répond à Pinvitation que par un insolent persifage. Que fait le quaker? il tire tranquillement une pipe de sa poche, et se met à fumer.— Que fait le freluquet? il tire de sa poche une gazette, et se met à la lire. Un quart d'heure se passe ainsi dans le calme le plus profond. Après avoir achevé'sa pipe, l’imperturbable quaker rompt
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le silence et dit à son adversaire: ami, quand tu auras achevé ta gazette, tu me feras le plaisir de me la prèter; je ’offie ma pipe en échange. Ces paroles prononcées du plus grand sang froid détermninèrent enfin la partie adverse à reculer.
Mn. Wix&ann, juge de paix dans le Glocestershire, accompagnait le convoi funèbre de sa femme, en ques habits de deuil et plongé dans la plus profonde douleur. Tout à coup, un lièvre part d’une haie voisine; aussitôt, Mr, Wingard, oubliant la triste cérémonie, se débarrasse de son monteau, et appellant deux lévriers qui accompagnaient toujours ses pas, il se met à la poursuite du lièvre. Quand il l’eut tué, il rejoignit le cortège, qui s'était arrêté. Allons, messieurs, dit-il, reprenant son ton pluintif avec ses lugubres vêtemens, continuons notre chemin avec les restes de ma chère femme, et achevons la triste cérémonie pour laquelle nous sommes assemblés.”
M. George GReNviie, parent de M. Prrr, s’avisa un jour de se donner les plus grands éloges au milieu de lu chambre des communes, et répéta fréquemment dans son discours le mot where (où); M. Pitt, perdant patience, se lève et semble vouloir sortir de la chambre; mais quand il est près du ministre qui parlait encore, il tourne court, et se met à chanter assez haut ce refrein de chanson:
Gentle shepherd, tell me where, where, where, &c.
Gentil berger, dites-moi où, où, où, &c.
et continue jusqu’à ce qu’il ait atteint la galerie. Cette saillie de gaité excita un éclat de rire universel, et l‘orateur bafoué garda pour la vie le sobriquet de Gentil berger.
Il y a une trentaine d’années, on se plaignait de ce que les gardes de nuit, ou gens du guet, négligeaient leur devoir à un point insupportable, L'affaire ayant été portée au parlement, un grave sénateur, membre des communes, proposa un bill à l'effet d’obliger les gens du guet à dormir le jour, afin d‘être mieux en état de faire Le service de la nuit. ‘ Parbleu! s’écria Sir James CREAR, je supplie l'honorable membre de me comprendre dans le bi}, cur je souffre tant de la, goutte, que je ne puis. fermer l’œil ni le jour ni la nuit.”
Un jour que Jonson était à table chez la célèbre Madame M1- CAULEY, la conversation tomba sur l'égalité parmi les hommes. La dame soutenait que cette égalité était un droit commun à tous.— Johnson questionné faisait les réponses les plus laconiques, dans lespérance de faire ehanger une conversation qui l’ennuyait.— Comme il vit qu‘il n’y gagnait rien, et que madame Macauley approfondissait de plus en plus la question, il se hâta de manger, se leva de table avec précipitation, et pria un laquais de se mettre à sa place, 6 Que faites-vous donc, docteur?” lui demanda la mai-
Anecdotes Anglaises, &c.
tresse de la maison.—< Madame, répondit Johnson, je pratique légalité que'vous prèchez.”
Un AngJlais présenta au ministre WaLrozr un projet de taxe sur les chiens. Ce ministre, après l'avoir examiné, dit à l’autre: “ Votre idée est heureuse, monsieur; mais si je l‘adoptais, tous les : chiens des trois royäumes aboieraient contre moi.”
Le fameux docteur Heylin, auteur d’un ouvrage intitulé, Des. cription générale du Globe, s'était égaré de sa route, dans un bois, à quelques milles dè sa maison. Il était déjà minuit qu’il arrait encore, et la nuit était fort sombre. Son valet, garçon tout à faitringénu, Hui dit: Parbleu! monsieur, de quoi, diäble, vous ètesvous mèlé de donner une description du monde entier, puisque vous ne pouvez pas trouver votre chemin a trois milles de chez vous tout au plus? -
Un jeune homme ayant dit à un de ses amis qu’il allait consulter le médecin CLirFop, maïs qu’il lui demanderait crédit, parcequ’il n‘avait pas d'argent: ‘ Ne t’avise pas de cela, lui répondit son camarade; car lorsqu'il est malade et qu’il se consulte luimême sur ce qu'il doit prendre, il ti@ une guinée d‘un de ses goussets pour la mettre dans l‘autre.
Le fameux auteur des Droits de l'Homme, Tomas PAYNE, ayant passé de France en Angleterre, au commencement de la révolution, pour y prècher sa nouvelle doctrine, était un jour dans un club avec une société nombreuse, où se trouvait un poëte sa tirique, homme de beaucoup d’esprit et très connu sous le nom de PsrTer Pixpar. La conversation tomba sur la politique. Thomas Payne soutint, que dans toutes les assemblées délibérantes, ce devrait toujours être la minorité qui déterminât la délibération. Peter Pindar sourit à ce paradoxe. Ne conviendrez-vous pas, lui dit Payne, que la proportion des hommes éclairés sur les ignorans, ne peut pas être de vingt, ou tout au plus de trente sur cent? Il y a donc à parier que, dans une multitude d’hommes ras semblés, l'erreur sera du côté de la majorité. Je ne peux nier, dit le poëte, qu'il n’y ait quelque chose de spécieux dans votre argument; mais je ne l‘en trouve pas plus convainquant, et je m'en rapporte là-dessus à la décision de la compagnie. Je vous prends au mot, reprit Payne; je prie ceux qui pensent comme moi de se lever. Il se leva lui-même, pour donner l’exemple, et tous les assistants se levêrent après lui, à l‘exception de Peter Pindar, qui dit: “ Moi, je me lève pour l‘opinion contraire, et comme il est évident que je suis la minorité, il est clair aussi, suivant Mr. Payne lui-même, que c’est moi qui ai raison.” - Ce trait inattendu excita un éclat de rire général qui déconcerta le pauvre Tom, lequel ne pouvant pas soutenir le triomphe de son adversaire, prit le parti de quitter la place,
on, je pratique
projet de taxe +, dit à l’autre:
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intitulé, Des.
dans un bois, ait qu’il arrait n tout à faitrin.
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