Tome VII. AOÛT, 1828. Numero IIL
ns
HISTOIRE DU CANADA
M. Levasseur traça aussitôt un fort, qui fut achevé le lendemain. On y enferma le magazin des vivres, les canots, et les bateaux, ct lo garde en fut confiée au marquis de Crisasi età M DesserGens, tous deux capitaines, auxquels on donna cent cinquante hommes choisis. On avait cru pouvoir surpendre les Iroquois, du moins quant au lieu de l'attaque, mais un transfuge du village de la Montagne, qui avait été détaché avec plusieurs autres lu même village pour faire des prisonniers, les instruisit du véritable dessein des Français. Un autre avis que ce même transfnge alla ensuite donner au canton de ‘Tsonnonthouan, qui était le sien, produisit un effet tout contraire à celui qu’il en attendait : M. de Callières, qui connaissait assez les sauvages pour s'attendre que quelques uns d’eux déserteraient, s'était avisé de dire assez haut, en partant de Catarocouy, qu’il ne fallait point être surpris de ce que les Outaouais n'’arrivaient point, puisque M. de Fronienac lesavait fait prier d'attaquer le canton de Tsonnonthouan, tandis qu’il marcherait contre celui d’Onnontagué,. Le déserteur ne manqua pas d'aller porter cette nouvelle dans son canton ; ce qui fut cause que tous les guerriers y restèrent pour le défendre. |
Ce même soir, on apperçut une grande lueur du côté du grand village d'Onnontagué, et l’on jugea, comme il était vrai, que les sauvages y avaient mis le feu. On avait déja découvert beaucoup
de pistes de gens qui allaient à Goyogouin et à Onneyouth, et
qui venaient de ces deux cantons ; et l'on ne douta point que les Onnontagués n’y eussent envoyé toutes leurs bouches inutiles, et n’en eussent fait venir tous ceux qui étaient en état de porter les armes. PA
Le 3 Août, l'armée alla camper à une demi-lieue du débarquement, près des Fontaines sallées, Le lendemain, M. de Subercase la rangea en bataille sur deux lignes, et fit les détachemens nécessaires pour porter l'artillerie. M. de Callières commandait la ligne de gauche, et M. de Vaudreuil, celle de droite : le général était entre les deux, porté dans un fauteuil, environné de sa maison et des volortaires, ayant devant lui le canon.— Tous VII.—No, II, K
82 Hisioire du Canada.
Le chemin était très difficile, et l’on ne put arriver que le soir fort tard au village, que l’on trouva presque réduit en cendres : deux Français.qui y étaient prisonniers depuis lor:temps venaient d’y être massacrés.
x Ce qui surprit davantage,c'est que les ennemis eussent ruiné un fort où ils auraient pu se defendre longtemps. On ne come pre pas comment les Anglais, qui l’avaient bâti, l’eussent ainsi abandonné,et n’eussent fait aucun movement pour defendre leurs alliés. Quinze cents Iroquois,autant,ou même moins d’Anglais, et quelques pièces d’artillerie, qu’on aurait pu facilement faire venir de la Nouvelle York, la proximité des bois, ‘si propres aux ambuscades, et la facilité de défendre le Rigolet, auraient suffi pour mettre le comte de Frontenac en danger d’être battu, ch du moins dans la nécessité de s’en retourner sans avoir rien ait.
Le 5 au matin, on apprit de quelques captifs, qui s'étaient échappés, que tout ce qui n’était pas en état de porter les armes à Onnontagué, s'était refugié à une lieue de là. Dans l'après diner, un soldat français, qui avait été pris avec le P. Millet, arriva d'Onneyouth, chargé d’un collier de la part des chefs de ce canton, pour demander la paix. Le général le renvoya sur le champ, avec ordre de dire à ceux qui l'avaient député , qu’il voulait bien recevoir leurs soumissions, mais à condition qu'ils viendraient s’établir dans la colonie; qu’au reste, il allait faire marcher des troupes de leur côté, pour savoir leur dernière ré-
onse.
£ En effet, le chevalier de Vaudreuil partit le lendemain, pour ce canton, à la tête de six ou sept cents hommes. Ilavait ordre de couper les bleds, de bruler les villages, et de recevoir six chefs en qualité d’otages, et au cas qu’on lui fît la moindre résistance, de passer au fil de l'épée tous ceux qu’il pourrait joindre.
Le 6, un prisonnier français, qui s’étuit échappé, donna connaissance de plusieurs caches de bled et de hardes : on s’en saisit, et l’on continua de ruiner le pays, les deux jours suivants. ! Le 8, on prit à l'entrée des boisun Onnontagué âgé de près de cent ans, qui n'avait pu fuir avec les autres, ou qui ne l’avait pas voulu; caril parait, dit Charlevoix, qu'il y attendait la mort avec la même intrépidité que ces anciens sénateurs romains, dans le temps de la prise de Rome par les Gaulois. On eut la cruauté de l’abandonner aux sauvages de l’armée, qui sans égard pour son grand âge, déchargèrent sur lui le dépit que leur avait causé la fuite des autres. “Ce fut, continue le même historien, un spectacle bien singulier de voir plus de quatre cents hommes acharnés autour d’un vieillard décrépit,auquel à forces detortures ils ne purent arracher un seul soupir, et qui.ne cessa, tant qu'il vécut, de leur reprocher de s'être rendus les esclaves des Fran-
Histoire du Canada. 83
çais, dont il affecta de parler avec le dernier mépris. La seule plainte qui sortit de sa bouche fut, lorsque par compassion, ou
soir res : peut-être de rage, quelqu'un lui donna deux ou trois coups de y ve- couteau pour l’achever. “ Tu aurais bien dû, lui dit-il, ne pas abréger ma vie ; tu aurais eu plus de temps pour apprendre à ruiné mourir en homme, (Quant à moi, je meurs content, parce que come je n’ai aucune bassesse à me reprocher.” ainsi Le 9, M. de Vaudreuil, après avoir brulé le fort et les villages leurs d'Onneyoutb, revint au camp avec environ trent-cinq hommes, glais, la plupart prisonniers français, dont il avait rompu les chaines. faire Ils étaient accompagnés des principaux chefs du canton, qui veopres naient se mettre à la discrétion de M. de Frontenac. Ce généaient ral leur fit un accueil favorable, dans l'espérance d'attirer les battu, autres ; mais il les attendit vainement, Il y avait dans cette - rien troupe un jeune Agnier de qui M.de Vaudreuil avait appris qu'il n’y avait aucune apparence que les Anglais vinssént au taient secours de leurs alliés, ét que la consternation régnait partout. armes Sur cet avis, le conseil de guerre fut assemblé, et l’on y déliaprès béra sur ce qu’il y avait à faire, pour mettre la dernière main à et, are une expédition si bien commencée. M. de Frontenac opina d’afs de bord qu’il fallait aller traiter le canton de Goyogouin comme on ya sur avait fait ceux d’Onnontagué et d'Onneyouth : non seulement qu'il cette proposition fut généralement applaudie ; mais on ajouta qu’ils qu'après avoir ruiné ces trois cantons, il était à propos d’y con- ‘faire struire des forts pour empêcher les sauvages de s’y rétablir. re ré- | Cette dernière proposition fut approuvée comme la première: | le chevalier de Callières s’offrit à demeurer dans le pays, penpour dant l'hiver, pour exécuter ce projet, et son offre fut d’abord ordre acceptée. M. de Maricourt et quelque: :atres officiers, la plur six art Canadiens, furent nommés pour y rester sous ses orrésise res ; mais on ne fut pas peu surpris, lorsque, dès le soir même, ndre. le général déclara qu’il avait changé de pensée, et qu’il fallait Cone se disposer à reprendre la route de 'ontréal. PER Ce fut vainement que M. de Callières et quelques autres vouants. Jurent lui faire des représentations, et aie le mécontentenent se
manifesta même assez hautement, surtout parmi les Canadieïs et les sauvages du Sault St. Louis : laissant murmurer les sauvages et tous ceux qui n’approuvaient pas sa résolution, il partit dès le même soir, et alla camper à deux lieues de son fort. Il s’y rendit le lendemain, et le fit raser. J! s’embaraua le 11, et arriva le 20, à Montréal, n'ayant perdu que six hommes dans son expédition.
Il est certain que le comte de Frontenac s'arrêta en très beau chemin, et qu’il lui eût été facile de réduire au moins les Goyoguins ; et sa conduite en cette occasion donna lieu à divers soupçons, qui né pouvaient pas être tous bien fondés. Charlevoix,en rapportant tout ce qui se dit alors sur son compte, réussit assez
S4 Hisioire du Canada.
bien à le laver du reproche d’avoir voulu dominer, ou se rendre nécessaire aux dépens du repos de la colonie qu’il gouvernait, en n’humiliant pas les Iroquois autant qu'il l'aurait pa faire; mais il serait difficile de le disculper entièrement d’un sentiment de jalousie peu séant à un homme de son rang et de ses talens, s’il était vrai qu’on lui eût entendu dire, en donnant l’ordre du retour, “qu’on voulait obscurcir sa gloire,” ou plus explicite. ment, “ que le gouverneur de Montréal était jaloux de sa gloire, et que c'était pour l’effacer qu’il voulait l’engager dans une entreprise dont le succès était incertain.”
Quoiqu'il en soit des motifs qui décidèrent le comte de Frontenac à la retraite.comme il savait que la disette des vivres n’était guère moins grande dans les cantons où il n'avait pas pénétré, que dans ceux qu’il avait ravagés,et que la Nouvelle- York n’était pas en état de leur en fournir, il se flatta que pour éviter leur rnine, ils accepteraient-la paix aux conditions qu'il lui plairait de leur imposer. Pour achever de les y contraindre, il résolut de continuer la guerre,et après avoir donné à ses troupes et aux milices le temps de se refaire de leurs fatigues, il en fit plusieurs détachemens, qui harcelèrent l'ennemi jusqu'à l'automne.
A près avoir donné ses ordres, le général descendit à Québec, où le esp, vaisseau du roi, arriva le 25 Août, avec l'ordre d'y embarquer incessamment des troupes et des Canadiens, sous le commandement de M. de Muys, capitaine, un des officiers les plus capables qu’il y eût alors dans la colonie. Le Wesp devait porter ce renfort droit à Plaisance, et y attendre M. d'Iberville, qui ne devait s’y rendre qu'après avoir enlevé aux Anglais le fort de Pemkuit; une place fortifiée au milieu des tribus abénaquises donnant lieu de craindre qu’à la fin ces sauvages, si utiles à la Nouvelle France, ou ne fussent accablés par les forces de la Nouvelle Angleterre, ou détachés de l'alliance des Français par le défaut de secours de leur part.
MM. d'Iberville et de Bonaventure, compagnons inséparables, il paraît, dans ces parages, étaient arrivés à la Baie des Espagnols, le 26 Juin: ils y trouvèrent des lettres du chevalier de Villebon, par lesquelles ils apprirent que trois vaisseaux anglais les atterdaient à l'entrée de la rivière St. Jean; et ils remirent en mer, le 4 Juillet, pour les aller chercher.
Ils les rencontrèrent le 14, et d’Iberville ay int démâté le Vexwport, de 24 pièces de canon, s’en rendit maître, sans avoir perdu un seul homme. Cinquante Micmacs, qu'il avait embarqués sur son bord, contribuèrent beaucoup à sa victoire, Le lendemain, les deux vaisseaux français s’'approchèrent de la rivière St. Jean, où Villebon les attendait avec cinquante sauvages. Ils y restèrent jusqu’au 10 Août, et y débarquèrent les munitions dont on les avait chargés pour le fort de Naxont, qu’on avait substitué à celui de Jemset, Les cinquente sauvages de Villebon, qui
Histoire du Canada
venaient à eux.et qui les tenaient entr’elles et la terre, D'fberville cria aussitôt au sieur de LAUsoN, qui commandait le New-port, de se tenir le plus près de lui qu’il serait possible. Vers le soir, l'escadre anglaise etant déja fort proche;d'Iberville fit revirer de bord et porter à terre: puis, après avoir fait environ une lieue, il longea la côte en tirant vers les Monts Déserts. Alors les An: glais, désespérant de le joindre, ou n'osant s'approcher d'une côte qu’ils ne connaissaient peut-être pas bien, changèrent aussi roule, et prirent celle de la rivière St. Jean, Le lendemain matin, d’Iberville ne les voyant plus, s’éleva au large, et courut ain. si jusqu'à l'Ile Royale ; ce qui l'empêcha d’embarquer un assez grand nombre de sauvages, qui l'attendaient au port de la Hève, et qui devaient l'accompagner à Terre-Neuve, Il débarqua même dans l'Ile Royale, ceux quil avait esubarqués à la Baie des Espagnols et à la Rivière St, Jean, à l'exception de trois, quine voulurent pas le quitier, et il mouilla dans la rade de Plaisance, le 12 Septembre, n'ayant perdu dans son expédition, que le jeune Dura:T, garde-marine, qui servait d'enseigne sur son bord. Cependant l’escadre anglaise qui avait manqué les trois vaisseau français,continua sa route vers l’Acadie, et jetta l'ancre visà-vis d'un établissement français appellé Beuubassin, où elle débarqua quatre cents hommes, parmi lesquels il avait cent cinquante sauvages, D'abord le commandant et ses gens parurent disposés à ne faire aucun mal aux habitans,
qui au temps de la conquête de l’Acadie par le chevalier ,
Phibs, s'étaient engagés à demeurer fidèles au roi d’Angleterre, et avaient été reçus sous sa protection. Mais une affiche contenant quelque reglement pour la traite, et signée du comte de Frontenac, ayant eté montrée au commandant, il éclata en reproches contre les habitans, les traita de sujets rebelles,et leur église, leurs maisons, leurs granges, leurs bestiaux, leurs meubles, tout fut détruit ou réduit en cendres.
De Beaubassin l’escadre se rendit à la rivière St. Jean. Après y avoir découvert et enlevé quelques caches de munitions et de marchandises, que les Français y avaient faites, elle reprit la route de Boston. Elle n'avait pas encore fait beaucoup dechemin, qu’elle fut rencontrée par ::c frégate de 32 pièces de canon et deux autres petits bâtimens, commandés par un capitaine anglais nommé S1K1K, qui, en vertu d’un ordre dont il était porteur, l’obligea de retourner à la rivière St. Jean, pour attaquer le fort de Naxoat. Ainsi la flotte ennemie, augmentée de trois vaisseaux et de deux cents hommes ne débarquement, reparut à D de la rivière St. Jean, lorsqu'on la croyait proche de
sion.
Le chevalier de Villebon en reçut le nouvelle le 12 Octobre, par son frère, M. de Neuvizzerrs, le plus jeune des fils du baron de Békancourt. Il avait écrit la veille, au P. SrMoN, ro-
erville w-pOTt, le soir, irer de lieue, es And’une t aussi in maut ain.
n assez | Hève, barqua aie des quine isance, le jeune ord.
is vVaiscre visoù elle | avait et ses abitans, 1evalier 'Angleune afnée du il éclavelles,et , leurs
, Après set de prit la dechee canon ine antit porittaquer de we parut
Ehe de
Jctobre, fils du LON, ro-
son frère, par M, pe Gax | DE NES, un KDE Lacors, écrivain du roi, et . le à it à Pagnie de l’Acadie, il He à "Aa, et toute sa garnison oo E
Vo Qu ne barangue pathétique à Iaaueie rome par le on de Vive le Rain On ne répondit que Ans le: même temps les si TISTE, flibustier, NIET au fa ; : Fo GHANCOURT et Bar-
Villebon leur commanda dese met Avec dix Français, M. de
eux autres chal Près: on les laissa a après quoi on tira
s m mousqueterie de na.
me sut rand feu, et les Fr n fs me Ra cés sur le bord de la rivière se batti Mi fin au combat. lcendemai
e fort TeCommencça. à t; “Les AO
cqn’avec les deux tée, et} jafiire. de Ces pièces fut bie.
qu’elle fut Du ol “ue 1 feu si terrible s ur ee Sieurde Fararer arriva de: Quél lempsaprès,
extrême. our avoi is Luébec; appris le Hège pp ra à: la déféns e reste du Jour, le feu de 1a
On lui: assi na-aussitô poste place fut tels | gi Li dsl
88 Histoire du Canada.
Sur le soir, les Anglais allumèrent fun feu qui occupait un grand espace, et l'on ne douta point qu'ils ne songeassent à décamper. En effet, quelque temps jee on les vit qui chargeaient leurs chaloupes. M. de Villebon voulut engager les sauvages que commandaient Clignancourt et Baptiste, à passer la rivière au-dessus du fort, pour tomber ensuite sur eux; mais il s’y refusèrent. Le lendemain, le camp des assiégeans se trouva vide. Neuvillette fut aussitôt détaché pour les suivre; mais après qu’il eut fait trois lieues, il les trouva embarqués dans quatre bâtimens d'environ soixante tonneaux, et descendant la rivière à la faveur d'un bon vent. Iltira beaucoup sur eux, pour leur faire croire que ies sauvages étaient à leurs trousses ; après quoi,il retourna au fort, Tandisque les Anglais recevaient cet échec sur la côte de l’Acadie, une poignée de Français et de Canadiens entreprenait de les chasser des postes qu’ils occupaient dans l’île de Terre-Neuve. | M. d’Iberville était arrivé à Plaisance, comme on l’a vu plus haut, le 12 de Septembre. Le gouvcrneur de cette place et de tous les établissemens français dans l’île, était un M. de BrouiL- LAN, homme brave etactif; officier habile etexpérimenté; mais en même temps brusque, hautain, et avide de richesses autant ou plus que de gloire militaire.* Trois jours avant l'arrivée de d'Iberville, il était parti avec neuf vaisseaux, pour aller attaquer St. Jean, le plus considérable des établissemens anglais en Terre- Neuve. L'attaque se fit, mais ne réussit point, et M. de Brouil. lan revint à Plaisance, le 17 Uctobre. [Il y trouva M. d'iber. ville, qui n'avait pu aller le joindre, faute de vivres. Il n’avait pas cependant perdu son temps; car, après plusieurs excursions our reconnaitre le pays, ayant reçu par le Wesp et le Postillon es secours d'hommes et les provisions qu’il attendait de Québec, ilfit ses préparatifs pour aller attaquer Carbonnière, le poste anglais le plus reculé vers le nord. Il était sur le point de partir pour cette entreprise; lorsque M. de Brouillan débarqua à Plaisance: il lui communiqua son dessein ; mais le gouverneur lui déclara nettement-que ce projet n’était point de son goût ; qu'il n’y consentirait jamais, et que s’il s’obstinait à le suivre, il empécherait les Canadiens de l'accompagner. D'Iberville le connais. sait assez pour craindre que, s’il entreprenait de lui tenir tête, il ne poussât les choses à quelque extrémité fâcheuse. Il crut donc qu'il valait mieux quitter la partie : il résolut même de repasser
CO
CT Oo =
* En 1692, secondé du baron de Lanowrax, capitaine réformé, le même dont nous avons des mémoires sur le Canada, et de quelques autres officiers, mais n'ayant que cinquante hommes de garnison, et à peu près autant d'habitans, M. de Brouillan repousa l'attaque d’une escadre anglaise formidable contre sa place, avec une yigueur et une habileté qui lui frent beaucoup d'honneur.
LM 1 plus à de OUILmais ant ou de d’Iuer St.
Terre- Rrouil. ’lbern'avait ursions pslillon juébec, bste anartir NPlaieur lui ; qu'il empêonnaistête, il ut donc epasser
me dont mais À * 0 M. de lace, avec
Histoire du Canada. 89
en France, et de laisser M. de Brouillan chargé seul d‘une expédition dans laquelle il désespérait de pouvoir agir de concert avec lui. Mais les Canadiens n'eurent pas plutôt été informés de cette résolution, qu’ils déclarèrent tous unanimement qu’ils s'étaient engagés à lui seul, qu’ils avaient ordre de M. de Frontenac de le reconnaître pour leur chef, et qu'ils retourneraient plutôt à Québec que d'en accepter un autre.
& D'Iberville était Canadien,” dit ici Charlevoix, et personne n’a fait plus d'honneur à sa patrie ; aussi était-il l’idole de ses compatriotes. En un mot, ces braves Canadiens était la dix ième légion, qui ne combaltait que sous la eondufte de César, et à la tête de laquelle César était invincible. D'ailleurs,” ajoutet-il, le gouverneur de Plaisance avait la réputation d'être dur et haut dans le commandement, et il n’y eut jamais de troupes avec lesquelles on réussit moins par la hauteur ct la dureté, que les milices canadiennes, très aisées cependant à conduire, lorsqu‘on sait s‘y prerdre d‘une manière toute opposée, et qu'on a su prance leur estime.”
. de Brouillan voulant qu‘on commencât par attaquer la capitale, il fut réglé qu'on se rendrait séprrément à St. Jean ; M, d‘Iberville avec ses Canadiens, ct le gouverneur avec ses troupes et ses milices ; que quand ils se seraient réunis, M. de Brouillan aurait tous les honneurs du commandement; mais que le pillage (c'est l‘expression de Charlevoix,) serait partagé de telle sorte entre les deux troupes, que d'Iberville, qui faisait la plus grande
artie des frais de l'expédition, aurait aussi la meilleure part du utin.
M. de Brouillan s'embarqua sur le Profond, que commandait toujours M. de Bonaventure, qui, quoique Canadien et aini de d'Iberville, n'avait pris aucune part à ses démélés avec le gouverneur de Plaisance. M. de Muys s'embarqua aussi avec ce dernier, qui avait trouvé le secret de s’attacher cet officier, en lui faisant espérer de le mettre à la tête des Canadiens, qui, (remarque encore Charlevoix,) dans toute autre occasion n'auraient fait au cune difficulté de marcher sous ces ordies.
D'Iberville partit le ler. Novembre, par terre, avec tous les Canadiens, plusieurs gentilhommes et quelques sauvages. Après neuf jours d'une marche difficile, il arriva au poste appellé le Forillon. Le chevalier de RANGoNE, gentilhomme augoumois, l’y joignit le lendemain, venant de St. Jean, où M. de Brouillan l'avait envoyé avec quelque soldats, pour examiner en quel état se trouvait ce poste. Le 12, il alla seul à Rognouse, autre petit . poste abandonné, où était le rendez-vous général, pour s’aboucher avec M. de Brouillan. Il y eut encore ici une nouvelle brouillerie au sujet du commandement et du butin à faire, et
puis une nouvelle reconciliation & à la modération de d’Abar-
Tous VII.—No. III,
90 Biographie.
ville. Les deux commandans partirent ensemble pour aller à la Baie de Toulle, sur le chemin de Rognouse à St, Jean. ls rencontrèrent sur leur route le sieur de PLA1::. gentilhomme canadien, que d’Iberville avait envoyé à la découverte avec douze hommes, et qui lui amenait douze prisonniers. On apprit d'eux qu'il y avait cent-dix Anglais à la Baie de Toulle, et que tous ceux qui avaient abandonné les postes conquis ls le gouverneur de Plaisance, (dans son expédition contre St. Jean,) n'y avaient perdu que leurs maisons ; qu’ils comptaient bien les rebâtir au printemps, et y faire leur pêche à l’ordinaire, Ces avis confirmérent d’Iberville dans la pensée que c'était par les bois qu’il fallait attaquer les Anglais dans cette Île; par la raison que de cette manière,on leur enlevait généralement tout ce qu'ils a bee ne savaient plus où serefugier. C'est ce qui
engagen à renvoyer le Profond en France, avec tous les prisonniers dont il croyait pouvoir disposer.
M. de Brouillan n'attendait que ce départ pour lever Île masque : il commença par déclarer qu’il prétendait que tous les Canadiens fussent à ses ordres; qu’il leur donnait M. de Muys pour commandant, et qu’il casserait la tête au premier qui refuserait de lui obéir. Il dit ensuite à M. d’Iberville qu’il pouvait ‘allér où bon lui semblerait avec ses volontaires. Celui-ci s’apperçut alors, mais un peu tard, du piège que lui avait tendu le gouverneur cle Plaisance, pour l’engager à renvoyer le Profond, et l'obl.ser jur là 4 rester en Terre-Neuve les bras croisés, tandis que lui-vaême aurait tout l'honneur et le profit de la conquête de St. Jean. M. de Brouillan n’était pourtant pas sans inquiétude du côté des Canadiens : il comprenait qu’il allait allumer une guerre civile, où il ne serait peut-être pas le plus fort. D'autre part, d’Iberville n'était pas peu embarrassé Kii-même par l'impuissance où on le mettait de remplir ses engagemens avec les Canadiens; et il craignait de n’avoir pas assez d'autorité sur eux, pour les empêcher de se faire justice par la voie des ‘armes. Ces réflexions, faites de sang froid de part et d'autre, produisirent une troisième reconciliation : on se promit réciproquement de ne plus parler de rien.
(A Continuer.) Où ie po BIOGRAPHIE. | .CLemenT (Jean Marie Bernard), né à Dijon, lé 25 Décémbr
1742, fut d’abord professeur au collège de cette ville; mais su un mécontentement que lui causèrent quelques nouveaux règle
ver Île ous les > Muys refusepouvait ci s’apendu Île Profond, S és, tanla consans inait allulus fort.
i-même Agemens autorité roie des d'autre, pit réci-
Biographie. 91
mens, il quitta brusquement sa place, et vint à Paris, en 1768° Quoiqu'alors à peine agé de 26 ans, il eut le courage d'attaquer les novateurs dans tout l'éclat de leur gloire, toute la force de leur puissance, et de se déclarer le défenseur du goût, dont tous ses écrits prouvent assez qu'il connaissait les vrais principes. fl les avait puisés à leur véritable source, dans une étude approfondie des chefs-d’œuvre de l'antiquité. “ Peut-être, dit l'abbé SABaATIER, M. Clément a-t-il excédé les bornes de la critique,
non pas en s’écartant, comme o voulu le faire croire, de la modération et de l’honnêtet: mettant trop de sévérité dans ses décisions, et surtout e: d'analyser les beautés, après avoir discuté les défauts. pèce d’injustice a paru
principalement dans ses observations à l'égard de la traduction en vers des Géorgiques de Virc1Lr, par M. l'abbé Deuize.”
Ce reproche n'est pas sans quelque fondement : on peut dire cependant pour la justification de Clément, qu’il était jeunealors et enthousiaste admirateur de Virgile, Chacun exaltait le nouveau traducteur ; il avait égalé, disait-on, et plus d’une fois même surpassé l'original. Clément n'entendit pas de sang froid des éloges qui lui semblaient injurieux à la mémoire du plus grand des. poëtes latins, et il se crut obligé, pour l'intérêt de la saine littérature, de démontrer que cette traduction avait souvent affaibli la haute poésie du modèle.et plus souvent encore substitué le bel, esprit aux images et au sentiment. Donner de l'esprit à Virgile était un crime impardonnable aux yeux du nouvel Aristarque. 1Ils’attacha donc aux défauts, que personne ne voulait voir, et négligea les beautés, que tout le monde voyait assez, Mais en lui-même il rendait justice à la brillante versification de l'abbé Delille, et au rare talent qui avait surmonté en partie les obstacles d’une traduction jusqu’e 'ors iugée impossible.
Quelque parti que l’on prenne sur cette querelle littéraire, on sera toujours forcé de convenir que si les critiques de Clément sont armées quelquefois de trop de sévérité, jamais du moins elles ne portent absolument à faux,et dans un art où à] n’est point de degré du médiocre au pire, l'excès de la sévérité est peut-être préférable à l'excès de l'indulgence. “IL est avantageux et même nécessaire au maintien de la république des lettres, dit encore l’abbé Sabatier, qu’il s'élève de temps en temps de ces asprits assez éclairés pour connaître les règles du bon goût, assez habiles pour démêler les usurpations du mauvais, et assez fermes pour en arrêter les progrès. La littérature est une espèce d'arène où les combattans sont soumis au jugement de chaque spectateur, qui a droit d’y aller combattre à son tour, et personne ne doit s’y engager, s il refuse de s’assujétir aux lois établies,dont, la première est la liberté.” Il eût donc été plus raisonable et souvent plus utile aux auteurs de faire tourner au profit de leurs
RE Y NY pa C |; » & N Ÿ VW ee“ DC Y 2 La «<< < Le < <<° << ù h he.
> O ee <}} 4E É Æ st :
3 A1 Ège Éd O © RSA É 0 593 TA À N cé À en, À | & SS S PSC
Cd
Biogrôphie.
talens les observations du critique, que d'employer leur crédit à
persécuter sa personne. -
Cette réflexion, qui est.de l’auteur que nous venous de citer, nous conduit naturellement à parler du démêlé de Sr. Laupenr avec Clément. Si. Lambert, averti par l'infidélité d'un imprimeur, que la Critique de poëme des Saisons allait paraitre, courut chez le lieutenant de police, se plaindre qu'on osât imprimer une. critique de son poëme,dans laquelle on se perimeticit. disait. il, des personalités odieuses. À ses yeux cette critique etait un libelle. Il parvint à faire enlever ct séquestrer toute l'édition. Clément écrivit à St. Lambert, et sa leitre pleine de railleries, irrita tellement le poëte, qu'il fit agir tousses amis, et obtint un ordre de M. de SARTINE pour l’arrêtation de Clément,
pi fut mis au fort l'Evêque. Il n’yfresta que trois jours; JEAN- JAcQuEs,dit-on, contribua à son élargissement; car le philosophe genevais s'éleva fortement contre cet acte d'autorité. “* Ne pour- -ra-t-on plus, s'écria-t-il, dire que des vers sont froids et rampants sans s’exposer à une détention ignominieuse ?” Une dame,devant | laquelle il parlait ainsi, se hâta d'employer son crédit, et fit rendre la liberté au critique, A quelque temps de-là, cette même dame lisant des vers récemment échappés à la plume de St. Lambert, demanda à Rousseau ce qu'il en pensait ? “ Le nouveau Philoxène, répondit:il, dira qu'on le remène aux carrières.” — L'usage vaulait alors, qu'après avoir été enfermé, on allât faire
une visite à ceux mêmes qui avaient demandé l’ordre de déten- .
tion. Clément se conforme à l'usage : il va voir l’auteur des Saisons. “ J'espère, dit St. Lambert, que nous oublierons ce qui s’est passé.—Monsieur,répondit Clément, en le quittant aussitôt, c’est à vous à l'oublier.” Il avait raison: le souvenir de celte tracusserie despotique ne pouvait être pénible et houteux que pour St. Lambert.
Après l'aventure du fort J'Evêque, Clément poursuivit sa carrière littéraire. Au mérite de bien analyser un ouvrage,d'en faire connaitre les défauts,et de donner des préceptes de fondés sur la nature et la raison, il joignait encore le talent de la poésie. Plusieurs morceaux des satires qu’il a publiées sont restés dans la mémoire de ceux qui aiment les vers. Sa manière
approcie souvent de celle de DesPrEAUx;,soit pour le fond des choses, soit pour la tournure et le mécanisme de la versification, Son style est toujours simple et noble; et ses périodes enchainées, ses repos Rs M avec art, prouvent qu'il avait reçu de la nature le sentiment de l'harmonie, et que sa muse, ennemie du clinquant et de Ja versification scintillante, ne recherchait que l'or pur des Racine et des Boizeau. LEE Sa conversation était quelquefois gaie, souvent instructive, mais en général modeste et peu brillante ; ilavait besoin d'être
âttoujours
itaussienir de jouteu x
sa CAT° en faire
oujours
nt de la ont resmanière ond des fication.
enchaiu de la emie du hait que
ructive, in d'être
Biographie. 93
excité. On connait delui cependant quelques saillies heureuses: nous citerons entr’autres celle-ci: GiLBERT estimait son talent et lui demandait souvent des conseils; mais les deux satiriques se perdirent de vue pendant quelques mois, Clément était à la cam pagne; il revient à Paris, et rencontre sur le Pont-Neuf Gilbert vêtu d'un habit fort riche et d'une veste de drap d'or: ‘ Eh! bon jour, mon ami, que je suis aise de vous voir! comment vous rter-vous ? Pas mal, repondit Gilbert, ma santé est bonne, et épuis quinze jours ma fortune est devenue meilleure: l’archevêque de Paris m'a fait une pension. En effet, replique aussi- … Clément, vous voila beau et paré comme un devant d'au. Les ouvrages de Clément sont, I Observations critiques sur la noutelleliraduction en vers français des Géorgiques de Virgile, et les poëmes des Saisons,de la Déclamation et de la Peinture. Genève, 1771, 1 vol. in 8°: If. Nouvelles observations critiques sur différents sujets de lillérature. Paris, 1772, 1 vol. in 8°.— Cet ouvrage intéressant, où respire le goût de la saine littérature et de ses vrais principes, doit être lu et médité par tous ceux ui, avec des talens, se disposent à suivre avec fruit la carrière es lettres. IIL. Lettres à Voltaire, Paris, 1773 et 1774, 3 vol. in 8°* L'auteur de la Henriude indigné lui donna le surnom d’Inclément dont le célèbre critique riait souvent lui-même, et ui est devenu presque inséparable de son nom. IV. De /a agédie pour servir de suite aux Lettres à Vollaire. Amsterdam, Paris, 1784, 1 vol. in 8% V. Essai sur la manière de traduire les poëles en vers; 1 vol. in 8°* Cet ouvrage et le précédent sont les chefs d'œuvre de l’auteur, etles principaux titres
‘ qui le placent au premier rang des critiques et des législateurs
littéraires. VI. Médée, tragédie en trois actes, Paris, 1779.— Elle n'obtint aucun succès à la répresentation : on y rersontre cepentant de beaux vers,de belles tirades; l'exposition est digne
‘d'être admirée et d’être méditée par les poëtes En, 2 Nous e
croyons devoir transcrire ici une note écrite dela main de l’auteur sur un exemplaire de Hérée trouvé chez lui après sa mort. ‘L'auteur n'avait que vingt ans, lorsqu'il fit en province cette esquisse-dramatique. Plus de quinze ans après, sa pièce fut jouée à Paris et jugée avec une rigueur qu'ilavait provoquée par ses critiques et ses satircs ; il ne s’en plaignit point, et se soumit de bonne grâce à la loi du talion, On se rappelle cependent que le premier acte de la nouvelle JMfédée fut très applaudi; ce qui n’engagea point l’auteur à la fuire reparaitre au théâtre. . Après avoir donné le préceple, il voulut donner l'exemple, et prit pour lui le conseil qui termine sa troisième satire. Wii. A de critique sur la littérature ancienne el moderne. Paris 1785, 2 vol. in 8% Ces essais pourraient de-
94 Le Phare d'Eddysione.
-venir.classiques ; ils sont pleins d’apperçus neufs ct .d'observations fines, qu décélent le profond Téraleur. VLIT. Satjres, I vol. in 8°: 1785, La troisième édition, qui est.le plus correcte, se tronve dans dans le recueil des Satires du 18e siècle. IX. | 4 A Re harangues de Ciceron.…. Paris, 1786 et | 4787,8 vol.in. 12, , X. Petit Dictionnaire dela Cour et de. la Ville, Paris, 1788, 1 vol. in-12.. Cet ouvrage, devenu rare, prouye.que l’auteur possédait cet esprit d'observation qui,saisissant les rapports élaignés des ahjets, me en faire resortit ayec art Jes nuances les plus délicates. XI. Les Onse Journées, | contes arabes, traduction posthume de GALLAND, revue et corrigée par Clément. Paris, 1798, 1 vo.. in-12. XII Amours de | Leucippe et de Clitophon, traduit du grec d'Acuizze-Tarius, évêque. d'Alexandrie. Paris, 1800, 1 vol. in 12. XIII Journal | Français, rédigé concurremment avec Pazissor. XIV. Journal Litiéraire, Paris, 1796 et 1797, 4 vol. in 80. XV.- Tableau annuel de la littérainre PME, Paris. 180, 1 vol. in 80. X VI. Un nouvelle édition de J. B. Rousseau, avec des Commentaires | par Clément ; ouvrage qui n’a.pas été continué. ‘XVII. Jérue salem délivrée, poëme. imité du Tasse, Paris, 1800, 1 vol. in 8o. | L'auteur ayant appris que LAHARPE promettait au publie une | traduction du Tasse, voulut dévancer son rival, et publia. sa Jé- . D | rusalem avant d'y ayoir mis la dernière main. On y rencontre beaucoup de négligences; on y trouve aussi de grandes beautés, de l'harmonie, de la force, de la richesse. poétique, ct .des morceaux d'une grande facture, qui annoncent un poële nourri dans la bonne école. Si un rédacteur d’Ornemens de la mémoire, si un compilateur éclairé voulait extraire de ce poëme, ç ues uns des passages les plus dignés d'être relenus,ce travail . ontribueràit pas peu à enrichir l'esprit et former, Je goût de la
jeuésse, : à Clément mourut à Paris le 3 Février 1812. M. G. ps LA MapELAines,.son ami, a fait pour lui cette épitaphe. . . ds Cléoent par.ses vers €t.5a Prose, Vengea le dieu du goût trop fréquemment proscrit, Et luftant contre un siècle en proie au bel-esprit, |. Dé l'antique bon-sens fit triompher Ja cause. | : 0. H meurt, maïs il échappe au.néant des tombeaux ; : +, tu. Æteur les hauteurs du Parnasse,
( € nd 6 ‘à Oo b n
| + ee a & b'UTISSEE LE PHARE D'EDDYSTONE.
Les rochers d'Eddystone,sur l'un desquels le‘phare de ‘ce nom
on ne put jamais parvenir à déconvrir le corps <.
Le Phare d’Eddystone. 95
est placé, sont situés, près du snd-sud-ouést du détroit de Plytouth, distant de quatorze milles dù port de cette ville, et près de dix milles du promontoire appellé Ramñead, Comime il $e trouvent précisément près de la place où les vaisséiux font fe Gr f ilest tout naturel de penser que les dangets qu'ils
résentalent étâient des plus grarids, aÿant que le phare fût éta-
li. Leur situation est telle qu'ils sont en butte à toutes les hüules qui viennent du sud-ouest, houle” que tous les matins s'accordent à trouver plus grandes et uns effrayantés Que toutes celles qu'on voit ‘ordinairement dans les autres miérs.—-fl est utile d'observer, qu'en sondant la mér, du côté d’Ed-
dystone, on troute qu’elle a de quatrevingt à quarante ‘brasses de profondeur; d’où il résulte qué toute la mer du sud-
ouest vient incontestablement se briser contre ces maites inébranlables, qui s’étandant à travers le canal, dans ‘une ‘direction nord et sud, augmentent nécessairément la hauteur et la force des vagues qu’un vent frais, au défaut d’un orage, pousse égale mént avec la plus grande violénce.
Tout le monde en Angleterre était persuadé de la nécessit d'établir un phare cans Ces puragés ; mais personné n'osait ‘ charger d'une entreprise qui offrait de si grandes difficultés da son exécution. Cependant ün habitant de Littlebure, dans’ comté d'Essex, nommé Hénry WinsTANLEY, ayant obtenu d gouvernémént les pouvoirs nécessaires pout construire sur lès rochers d'Eddystone, un édifice qui donnât les résultats dési: il le commença en 1696, et le termina dans a a de quatre ans. Satisfait de son ouvragé;it ne duuta pas de sa solidité, pt sur quelques observations qui lui furent faites, à ce sujet, il pondit qu'il était si tranquille sur ce’ point, qu’il désirait qte pendant le séjour qu’il comptait encore faire dans l’édifice qu’il vénait d'élever, une témpête horrible survint, afin de rt ses énvieax, et de prouver à ses concitoyèns que sa confiance était fondée. Jarhais vœu ne fut plus teméraire ; cat le 25 Novembre 1703,:tous:les vents s'étant déchainés avec une. violence dont on n'avait pas encore eu d'exemple;la mer devint furieuse, et la nuit suivante, les vagues s’élevèrent à un hauteur si considérable; qu'elles firent disparaître le phare, ainsi que toutes les personnes qui, l'habitaient., Quelques recherchesque l’on fit, Avr ps instanley,
ses CO | où”, nie, rétrouva ce, que la barre de fer qui avait. servi à le fixer sur
: 4 3 $ : H Hoi Xps qi ni de ceux de ses compagnons d’infortune, et l'o le rocher... ; : | | Six ans,après ce désastre, un négociant nomné Jobn RuxERD; Construisit.un nouveau phare en bois, qué brava fous les ‘élémens pendant l’espace de pr Co dé ce, et fut renversé de fond.en comble, en 1755. . Alors, M. S1MFATON, aüssi ha-!
le 4 Août 1759, il fut entièrement terminé, \pieds d’élévation, et est divisé en quatre éta
La Carotte à Moreau.
bile mécanicien que savant ingénieur, fut choisi comme étant la rsonne la plus capable de refaire cet important ouv et de
ui donner la stabilité nécessaire. En effet, tous ses soins se tournérent d’abord vers ce but, et le fruit de ses réflexions et de sa longue expérience dans les arts qu’il profcssait, le conduisit à se convaincre qu’un édifice en pierre était, sous plusieurs rapports, et particulièrement sous celui de la solidité, préférable à un” de bois, Ce projet trouva un grand nombre de contradicteurs ; mais la constance de M. Simeaton ayant enfin triomphé de tousles obstacles qu'on lui Shprati il ne s’occupa plus qu'à chercher u’elle pouvait être la forme la plus convenable à donner à un ifice destiné à être situé dans une position aussi critique. En
. Conséquence, il rouva qu’en élargissant la base du bâtiment,sans
augmenter pour cela les dimensions de la partie qui se trouverait
| entre le sommet du rocher et celui de son ouvrage, il gagnerait
en force ce qu'il oterait de la résistance à opposer au pouvoir destructeur qu’il avait à combattre,
Toutes ses idées étant fixées, et son plan définitivement-arré. té, il posa la première pierre de son édifice, le 2 Avril 1757, et Il a quatre-vingts
au-dessus desquels est une galarie où le fanal se trouve placé. Chacun de us étages n’a qu’une seule chambre voutée, Ce phare, que tous connaisseurs regardent comme, une des merveilles de l’art, a résisté, jusqu'à présent, à toutes les attaques des élémens réunis.
hu LA CAROTTE A MOREAU. x
Le morceau suivant, quoique déja un peu ancien, nous a paru digne d’être inséré et conservé dans ce recueil, à cause des renx gnemens et des avis utiles qu'il contient. * j
“Le igné a été appellé en grande hâte, Lundi dernier, au secours (le trois enfans de la paroisse de St, Antoine, qu’on disait avoir été empoisonnés par la Carotte à Moreau. Lorsque j'arrivai, un Mes trois enfans, âgé de cinq ans, était déja mort : un autre agé e 7 ans,mourut dans les convulsions les plus horribles, quelqÿes minutes après que je l'eus vu. Le troisième ‘enfant, soit qui eût moins Les de cette racine vénéneuse, on qu’il en ait nhngé après les deux autres,en est revenu. Les deux
remiers fureèt trouvés dans le chemin, dans un état semblable L'éelui que câuse l’ivresse : le troisième se rendit tout de suite à la maison, et dit à sa mère qu'il avait mangé de mauvaises Carottes, qui avaient rendu son frère et l’enfant du voisin bien malades. Avec une présence esprit peu ordinaire aux parens,
Carotte Moreau. 97 elle lui fit avaler abondamment de l’eau chaude et du lait, ce qui le fit‘vomir très copieusement. On'distingua clairement la carotte à moreau dans ce qu'il avait rendu. Ce qu'il y a de sin: gness que le{pouls de cet enfant n'était point du tout alteré, ien que son système nerveux fût dans le plus grand ‘engourrpg et que les prunelles de ses yeux fussent extrêmement atées. URLS Cette plante délétaire, la carotte à moreau, ainsi que l’appellent les paysans, est, comme je l'avais toujours soupconné, la cigûe vénénense, (cicuta virosa) de Linnee. On m'a montré l'endroit où la catastrophe dont je viens de parler, est arrivée, et j'ai vu les restes des différentes racines que ces infortunés enfans avaient mangées. : Ces racines croissaient dans un fossé tout plein d’eau, à côté du chemin; et c'est là une des propriétés distinctives de la cigûe vénéneuse ; d’où vient que les anciens l’apellaient cigûe aquatique (cicuta aquatica) et que les Anglais lui ont donné lemême nom (water hemlock). Les Athéniens se se servaient, dit-on, du jus,ou du suc exprimé de cette plante, pour mettre à mort leurs criminels d'état: c’est avec cette funeste liqueur qu’ils ôtéront la vie à SocrarTe. Ily a trois esèces de cigûes : 1°° la cigûe bulbeuse (cicuta bulbiféra ;) 2°a cigûe tachetée, (cicuta maculala ;) 3°: la cigûe vénéneuse, (cicuta virosa,) qui est celle dent il a été parlé plus haut, Cette dernière est, comme son nom l’indique,beaucoup plus venimeuse que les deux autres, et surtout dans le printemps, lorsque la tige commence à se montrer; et c’est pour en avoir mangé dns cette saison, que ces enfans sont-morts si promptement : le premier ne vécut guère plus d’une heure après en avoir mangé, et le second une heure et demie. Ilarrive si souvent des accidens de cette nature, qu’on est étonné de voir des parens assez négli. , gents pour laisser croître: la carotte à moreau si près de-leurs maisons. Il y a trois ans, deux enfans de la même paroisse sont morts pour en avoir mangé: etil. ÿ.a dix ou douze ans, dans la paroisse de St. François, le père, la mère et sept enfans mouru. rent tous dans la même après-midi, ayant fait cuirune quantité de ces racines, qu'ils avaient prises pour des carottes ordinaires, Il est étonnant qu’on puisse s’y tromper si souvent ; car il ya entre ces deux plantes, une différence frappante, La carotte potagère croît dans un sol léger, sec et sablonneux ; elle est de figure conique, diminuant garduellement à partir de la tête, et se terminant par une fibre : elle a de six à douze pouces de longueur, et est de couleur rouge, jaune ou orangée :'la ‘carotte à moreau, au contraire, croît dans l’eau ou dans un térrain extrémement humide ; elle est bulbeuse, ou en forme de cruche, étant pos à un ou deux pouces au-dessus de la tête; elle Tome VII.—No, II, M: ven
98 Chaton.
nouctue, se terininé hi fn ro eta ten æ CE Chaque ti D m7 ar nr rèsqhe; en divergéant, es ang droits : 1 s gst de conleur Fa où jaunatre, et a ur t oûeur ; lorsqu'on mâche,élle remplit aussitôt la bouche d'une saveur désagréable, qu’ergmatique;.et cette sensatiort ar Ique temps sur là en. Comme je l'ai observé plus haut, il ya trois rc de éigûes : celle dont on se sert en médecine, la cicuta macu/nta où conium maculatuin, est la plus douce des trois, . S'il fallait F6 foi aux histoires étonriantes.que rapporte le Br Srozck, ce serait ufie um spécifique. infaillible pout toutes ces cts factions slonsialomee, qu'on pourrait appeller hertuléennes, et qu'on a toujours regardées eomine lopprobre de la médecine. He docteur pr point: scrupule de la donnét même poyr.un remède infaillible caneer,, Mais hélas! le
spéiiqne est tombé danse l'oubli s -avee celui qui. l'a découvért—
sut pourtant avouér que t'est une bonne médécine dans cèr: tains cas ; mais alors on l'emploie presque tonjouts avec le mercure; soit sous une forme ou sous une autre, ae ma et pe les affections sprsmodiques de l'éstorhac;: elle donne quefois du soulagement: . Les feuilles bro des et appliquées
sur Lg ulcères eanceteut,produisent un bon effet ; rhais elles ré: Pandent une odeur que bien des malades ne peuvent pes sup-
Por Menicus:
ivière Chainbiy, 28 Avril, 1818,
EE