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110 Les Sauterelles.
terelles, d'une manière terrible; toute espèce de verdure fut mangée, sans épargner même l'écorce si amère des orangers et dés grenadiers. Il s’en suivit une famine épouvantable, . On voyait les pauvres errer çà et là dans les campagnes, soutenant leur existance avec les racines des plantes ; des femmes et des enfans suivaient les chameaux, et recueillaient dans leur fumier les grains d'orge qui n'avaient pas été digérés, et les dévoraient avec avidité.. En conséquence, il en périt un nombre immense, et l’on rencontrait- dans les rues-et sur les chemins, les cadavres des morts restés sans sépulture.
En 1799, avant la peste, la surface de la terre, depuis Mogadore jusqu’à Tangiers, fut couverte de sauterelles.—Toute la contrée depuis les confins du Sahara, fut ravagée par elles : mais de l’autre côté de la rivière Elchos, on n’en voyait pas une, : quoiqu'il n’y eût rien pour les empêcher de voler de l’autre bord. Tout le pays au nord d'El-Arich était plein de légumes, de fruits et de grains, offrant le contraste le plus frappant avec la désolation du district voisin.—Enfin-elles furent toutes précipitées dans l’océan occidental par un violent ouragan; le rivage, comme dans les exemples précédents, fut cou. vert de leurs carcasses, et l’horrible infection qu’elles jettaient, causa une peste; mais lorsque le mal cessa, leurs dévastations furent suivies d’une récolte fort abondante.
Un Monsieur qui résidait à Smyrne, visitant Ephèse en 1824, : raconte dans une lettre à l'écrivain, qu'il a voyagé au travers d’une ermée de sauterelles, qui étaient en si grand nombre, que l'air en était obscurci: elles .offraient l'apparence d’une grosse tempête de neige, (excepté pour la couleur, qui était d’un jaune foncé au lieu d’être blanche et elles étaient si yoraces, que quelques morceaux de pain jettés à terre furent dévorés à l'in. stant. Non seulement l’air était rempli de ces insectes, mais la terre en était couverte, de sorte que. son cheval en avait écrasé des centaines. Et il dit qu'on n'aurait pas même pu jeiter un schelling par terre sans qu'il tombât sur une sauterelle. Elles avaient environ deux pouces de long, et étaient d’une couleur de nankin pâle,
Le bruit que font les sauterelles, lorsqu'elles sont occupées à l’œuvre de destruction, a été comparé au pétillement d’une fl imme poussée par le vent, et l'effet de leurs ravages a été com-
paré au feu. |
Les sauterelles ne paraissent pas formées pour voler bien loin; cependant il est rapporté d’après une autorité digne de foi, que le 21 Novembre 1811, le navire Georgia, capitaine Strokes, dans un moment où les îles Canaries\ (qui étaient les terres dontil était le plus près) étaient éloignées. d’environ 200 milles, étant tout à coup surpris par un calme, après avoir eu une bonne bris
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Jnstitut de France.
DeLALANDbE, en mai 1773. Des personnes faibles moururent d’effroi, des femmes avortèrent, et Certains hommes surent trop bien exploiter à leur-profit la terreur qu'inspira cette, prétendue comète : ils vendirent fort cher des places en paradis. L'’annonce de la comète de‘ 1832 pourrait logs les mêmes effets, si l'autorité de l’Académie n'y portait un prompt remède, et beaucoup de bons esprits implorent en ce moment sa salutaire intervention.” “à ae:
Comme il est extrêmement probable que l'Académie ne fera aucune réponse à cette lettre, nous entrerons ici dans quelques Eee LA montreront combien les terreurs populaires que redoute M. G*##* seraient dépourvues de fondement.
La comète qui doit paraître en 1832 est la comète de 6 ans À? dont l'orbite a été calculée en France par an de nos astronomes les plus distingués (M. Damorseau,) membre de l’Académie des Sciences. Tout ce qu’on a dit en Allemagne sur cette co- . mète est fondé sur les résultats obtenus à Paris. Or ces résultats | sont si loin d'être inquiétants, qu'ils ne laissent pas la moindre possibilité d’un accident, La comète de 1832, dans sa plus courte distance de la terre, en restera éloignée de plus de seize millions de lieues. ÆElles’en approcherait mille fois davantage, qu’il n’y aurait rien à en redouter. En 1770, une comète ap-
rocha à 750,080 lieues (environ neuf fois plus loin que la lune.) lande. évalue à 13,000 lieues la distance où une comète pourrait produire sur la terre des désordres sensibles.
D'où vient donc l'erreur des journalistes dont parle l’auteur de la leitre? Sans doute uniquement de ce que cette comète passera très près de l'orbite de la terre (à 4 diamètres et demi, treize à quatorze mille lieues ;) de sorte qu’en effet si la terre se trouvait au point de son orbite qui sera un instant voisin de la comète, il pourrait en résulter quelques phénomènes inquiétants. Mais ce cas encore une fois est loin d’être possible pour l’année 1832.
Il est inutile de dire qu’une méprise aussi grossière que celle que nous venons de signaler n’a été commise pay, aucun astronome. La seule publication respectable faite à ce sujet en Allemagne est une Lettre de M. Ozsers, dans laquelle ce savant rend compte des résultats obtenus par M. Damoiseau ; et c'est sans doute parce que des personnes peu instruites ont vu dans cette Lettre, qu’une comèté approcherait en 1832 très près de l'orbite de: la terre, qu'elles 'se sont persuadé que la terre serait rencontrée par clle. OP
La lettre de M. G*** contient relativement à Lalande une assertion que nous. croyons devoir relever. ‘Cet astronome ne fut que la cause bien innocente de la terreur générale qui se répandit dans le public, en 1773, Voici comment les choses se pas-
Instiut de France. 113
sèront.—NewrTon, en parlant des suites que pourrait avoir la rencontre d’une comète qui viendrait choquer la terre, avait dit que la providence avait. tout disposé pour rendre cette rencontre impossible,
Lalande ne partageait pas celte opinion. On ne :connaissait, il est vrai, aucune orbite qui rencontrât celle de la terre ; mais les attractions planétaires peuvent altérer sensiblement les orbites. D'ailleurs on était bien loin de connaître les orbites de toutes les comètes. N'y avait-il pas de la témérité à donner comme certain qu‘aucune des orbites jusque-là non calculées ne rencontreruit l‘orbite de la terre, et que, parmi celles qu'on con: naissait, aucune ne serait jamais dérangée de manière à la cou: per? Il n‘y avait rien que de très juste dans toutes ces remarques de Lalande ; le temps les a confirmées, puisque l'orbite de la comète de six ans trois quarts passe si près de celle de la terre que la moindre perturbation pourrait déterminer leur intersection. Mais, pour qu'un désastre arrive, il ne suffit pas que les orbites se rencontrent : il faut encore que les astres,se trouvent en même temps au point d'‘intersection, et les probabilités pour qu’une pareille rencontre n'est pas lieu sont immenses.
C’est ce que pensait Lalande. Il avait composé sur ce sujet un mémoire pour une rentrée publique de PAcadémie ;, mais, se trouvant placé au dernier rang dans l’ordre des lectures, le temps manqua, et son mémoire ne fut pas lu. Le titre, Réflexions sur des comètes qui peuvent approcher de la terre, annonçait une question faite pour intéresser le plus .grand nombre des auditeurs. On se demanda ce que contenait ce mémoire; on apprit qu'on devait y voir les effets que pourrait produire une comète qui viendrait choquer la terre. Le bruit se répandit que la comète allait arriver, qu’elle était prédite par Lalande. MaAuPenr- TU18, dans ses Lettres sur le même sujet, avait disserté d’une manière bien plus positive et bien plus effrayante, et personne n’y avait pris garde; mais Maupertuis n’était pas connu positivement comme astronome ; il n’avait pas fait d'almanachs, il n’était
as en possession d'insérer dans les journaux l’annonce de tous
es phénomènes astronomiques. L’alarme que fit naître cette prédiction prétendue fut si générale, que le lieutenant de police voulut lire le Mémoire; il n’y. trouva rien qui pût motiver les terreurs qu’on avait conçues, et il en ordonna la prompte publication. Quand il fut imprimé, personne ne voulut y croire : on prétendit que l’euteur en avait Fopprimé la fatale prédiction,
our ne pas effrayer par l'annonce d’une catastrophe à laquelle il n’y avait aucun moyen de se soustraire. Les mêmes terreurs serenouvellèrent à plusieurs époques, mais avec moins de force ; et toujours on en faisait honneur à Lalande, qui n’en avait pas dit un mot. Lin res
Tous VIIL.—No. III. : O0
114 Annales du Lycée d'hstoire. Naturelle, de Ne tw- York.
Avjourd'hui les comètes ne sont plus un objet d'effroi aussi général. À mesure que la masse de ln po on.s'instruit de vantage, les terreurs sv serstitiouses detous res deviennent moins à craindre. Les conjonctions des planètes, qui ontautrefois causé dés terreurs bien plus générales. et bien plus déraisonnables encore, les éclipses, qui ont partagé si longtemps avec les comètes le droit d'épouvanter les peuples de la terre, ont été re. connues incapables de produire auoun des effets qui leur étaient attribués, De toutes ces terreurs, il ne. reste, ivement aux comêtes, qu’une possibilité si peu vraisemblable qu'aucun homme raisonnable ne peut conoevoir de crainte à ce sujet.
Une chose, au surplus, qu’il ne faut pas omettre de noter relativement aux comètes, c'est que les nouvelles données obtenues sur leur constitution sont de nature à modifier beaucoup les idées qu'on se faisait des accidens que pourrait occasionner leur choc. Ces astres en effet, auxquels on supposait une densité qui
vait aller jusqu'à cr ae plusieurs milliers de fois celle. de À terre, sonten général formés de matières si: res qu'on peut appercevoir des étoiles de première. et de seçonde grandeurs qui se. trouvent derrière elles. Ea rapidité. du mouvement des comètes est: encore une circonstance bien propre à rassurer sur les désastres qu’elles pourraient oocasionner, puisqu'il'en résulte que le temps pendant lequel elles. pourraient agir. sur nous, serait nécessairément très court, et n’excèderait jamais, comme. Dion1s Dusesoun la prouvé, deux ou trois heures. Aureste, tout ce qui regarde cette matière se trouve développé dans le dernier
volume de JÆistoire de l’ Astronomie, par mr publié ré-
cemment par M, Maraiau.—(Journal Français.) sen
ANNALES OF TRE LYCEUM OFNATURAL HISTORY. ANNALES DU LYCE'’E D'HISTOIRE NATURELLE, DE NEW-YORK.
Nous ayons reçu les numéros 1x, x et xr de cette intéressante collection, formant le cahier de novembre 1827. Ce cahier est rempli en très-grande Chr par une exposition de la partie systématique de l’ornithologie du nord de Amérique, par M. Cu,-L. BonNAPARTE, sur laquelle nous aurons plus d’une occasion de revenir, [Les autres articles, sont aussi très importans pour les sciences: M. Aug. Smirn a disséqué le protée des lags
menobronchus), et fait des observations sur la sirène interméiaire (siren, infermedius); Le naturaliste. américain n'adopte pas Popinion de M, G. Cuvien que les protées et les animaux e même organization sont des larves quine changent point d'état ;
Le Viriuose Ambulant. 115
mais ses objectiohs sont faibles, et prouvent seulement qu'il n'a | pe compris la pensée du célèbre naturaliste fra . M. MircuezL continue ses travaux ichthyologiques et décrit une espèce de diodon qui paraît nouvelle ; elle a été pêchée entre les Bermudes et Terre-neuve. Mais ce qui, dans ce cahier, attirera Iprinc pie l'attention, ce sont découvertes géologiqués. Ilest prouvé maintenant que le mégatherium de l'Amérique du sud étle bœuf ue a: relégués vers le nord, ont vécu sous la latitude moyenne des États-Unis, où les roches conservent leurs 'dépouilles. On voit aussi que,iparmi les amphibies, quel- 414 capèces étointes sont communes aux deux continens, Les faits se compliquent à mesure qu'ils se multiplient; ils serait puit €ncore imprudent de les classer dans un ordre qu'il audra Changer pour faire plate aux futures découvertes. —( Re-
vue Encs/clapédique.)
ee LE VIRTUOSE AMBULANT.
. Avahtehier, au café des Variétés, l'habile violoniste Boucazr ‘était astis ‘en ‘dehors avec quelques-unes de ses connaissances, res enfant de six où sept ans s'arrêta devant la porte et se hit à racler une ouverture. Après avoir exécuté son morceau, le Virtéose imberbe fit sh tournée financière et arriva progrèssiveà M. Boucher, qui lui répondit qu'entre camarades on ne se devait rien. L'enfant répondit d'un ton faté : Bah! vous êtes “donc musicien ?--Probablement, Le petit secoua la tête, et rétpliqua: 'C'ést pour he rien donner que vous dites ça-—-Quel est
on pi r, demanda lartiste.—C'est papa ; mais à présent j'en sais plus que lui.—[H n'est ne à né musicien, ton papa ?—
on, il'est cordonnier.—As-ta des ét sœurs ?-Je n'ai pla qu'un petit frère, maïs il n’a que & ans !-—Quel âge as-tu donc toi ?—Oh1 moi, jai déjà ‘6 ans passés ; je peux aider papa et Taan à gagnèr leur vie.—-ÆEt tu aides déjà tes parens avec ce qué tu gene âirisi ?—Pardine ! certainement, et c'est pour eux tout.—Comment ! tu n’achètes pas quelq teauxet des friandives par-ci par-la, avant que de leur donner le reste.—-C'est mal, ce que vous dites-là.-—Je ne te dis pas de le faire, je te demande si tu le fais? Non, jamais, parce que papa et maman n’ont toujours d'ouvrage, et que papa ne joue pas assez bien du violon pour gagner comme moi.—Aimes-tu jouer du violon ?—Certainement, puisque je joue déjà onze ouvertures, sans compter tout le reste..—Voudraistu en mieux jouer ?—Oui, je le voudrais bien, mais papa ne peut pas m'en apprendre plus.—Veux-tu que je t'enseigne moi?—Bah! vons voulez rire, vous n'êtes peut-être
116 Le Virtuose Ambulant.
pas musicien seulement ; laissez-moi aller à d’autres qui scront plus généreux que vous.—Loin de t'en empêcher, si je t'enseignais, ce serait pour que tu gagnasses davantage.— Vrai ! est-ce pour tout de bon, et cela ne m'empêcherait pas de jouer mes ouvertures ct tout ce que je sais ?—Non, pourvu que tu ne racles pas et que tu fasses tout ce que je te dirai.—Oh ! je les sais bien mes ouvertures, tenez, voulez-vous que je vous les joue ? si c'est vrai que vous êtes musicien, vous verrez bien ? Et il se remit à jouer. M. Bouclier l'interrompit dès les premières mesures pour ui faire quelques observations; l'enfant extrêmement intelligent, les comprit tellement, qu'il ne laissait même pas le temps au virtuose de les lui expliquer entièrement. Il prouvait ainsi qu'il les concevait toutes, lorsque cet intéressant bambin s'arrêta pour lui dire: Avez-vous un crayon ?—Pourquoi faire ?-—Pour m'écrire votre adresse. M. Boucher, charmé que cela vint de l’enfant même, écrivit son adresse et la lui donna ; il lui dit: Tiens, voici mon adresse, surtout ne la perds pas, et viens me voir tous les matins de sept à neuf heures ; je te donnerai plus que des bonbons en t'enseignant, de même que mes fils, à acquérir du talent pour secourir plus utilement ton papa et ta maman, et par la suite, quand ton frère sera grand comme toi, tu pourras l'instruire à ton tour, et un jour suflire à l'existence de toute la famille; mais pour cela, il faut toujours bien aimer tes père et mère, leur donner tout ce que tu gagneras, et beaucoup travailler, afin qu'ils scient plus heureux. À demain, je t'attends, ne l'oublie pas, et dis bien tout cela à ton papa et à (a maman; ne leur cache jamais rien.
En s’en allant, on entendit l'enfant dire : Il est drôle, ce monsieur, si ce n'est pas pour de rire! C'est égal, ila l'air d'un bon homme. Les personnes qui étaient présentes lui dirent de ne pas. manquer cette heureuse occasion ; ils lui expliquèrent ce qu'est M. Boucher, et lui firent comprendre que cette aventure était ce «1 pouvait lui arriver de plus avantageux.
C'est ainsi 2 JarNowick commença; peut-être M. Boucher fera-t-il du petit garçon du café des Variétés, un Pac aniNi! Cecharmant enfant a de l'esprit naturel; on a pu cu juger d'anrès toutes ses réparties : il est possible qu'il de ierre un der ariisles les plus distingués de son époque; et pour cela, il n'a fo/iu qu'un moment à un grand artiste pour nous révéler peut-être ur grand talent dans l’avenir.—( Papier de Paris.)