RECHERCHES SUR LB MAIS
M. Moreau DE JoNNEs commence ia lecture d’un mémoire intitulé: ‘ Recherches de géographie botanique sur le maïs (ou bled-d’inde), la synonymie de cette céréale, son pays originaire, l'étendue de sa culture, et son antiquité chez les peuples aborigènes du Nouveau-Monde.”
L'auteur a pour but de prouver: 1®.que le maïs était
cultivé en Amérique à l’époque de la découverte du Nouveaus Monde; 2° que ni les Arabes, ni les Romains, ni les Grecs ne l'ont jamais connu dans l’ancien continent, et qu’en particulier la plante d'Afrique que quelques auteurs ont regardée <omme identique au maïs n'était autre qu’une espèce parti» culière de millet, Ces différents points une fois établis, M. Moreau de Jonnès se propose de chercher quelles lumières peut fournir l’étude archéologique du maïs relativement à l’histoire de l'Amérique avant la conquête. Ce sera l’objet d’une seconde lecture dont nous entretiendrons nos lecteurs.—{Jour« : sal Français.) gi
aire LA LANGUE MIKMAQUE,
Nous voyons disparaître si rapidement les tribus sauv ges de dessus le sol de l'Amérique, que nous avons à craindre qu'il ne reste pas même l’idée d'aucune de leurs langues, après quelques siècles. Mais, serait-ce. donc une si grande perté?. Sans, doute : la perte d’une langue n’est pas une chose de si. pres conséquence, que:les savans. ne.puissent.et ne doivent
regretter. On regrette tous les jours qu'on ne puisse dé-
ls. La Langue Mikmoque.
couvrir Je sens d’un écrit carthaginois qu'on dit être eonservé dans une bibliothèque d'Europe: ‘Dans quelques sièclés d’ici, les savans chercheront peut-être eh ‘vain quelques traces des langues qui ont été si longtemps parlées en Canada. ‘Si l'on regrette déja que nous laissions perdre les anciens noms de nos lacs, rivières, montagnes, &c, pour y suppléer par des nouveaux, que séra-ce, si par notte négligence, nos Inissons éteindre toute idée de ces langues? C'est cette réflexion d'un de vos écrits dans votre savante et intéressänte "Bibliothèque Canadienne, * Mr. Bibaun, qui m’n donné la pensée de vous adresser un court précis de la logique du langage mikmaque, invitant ceux qui ont quelques connaissances dans les autres langues sauvages À en fuire autant. Ces précis doivent être extrèmement courts, puis qu'ils ne sont en partie que pour satisfaire la curiosité des savans, qui aiment à avoir quelques idées même des langues qu'ils ne parlent point. Les préjugés que l’on couserve :contre les tribus sauvages, à cause de leur manière de vivre, qui est si éloignée de nos coutumes ; la rebutante malpropreté de plusieurs de leurs fimilles; la vie vagabonde et fainéante de plusieurs d'entr’eux, principalement de ceux qui courent les côtes nord et sud du fleuve St, Laurent, depuis Gaspé jusqu'à Québec, et qui ne sont souvent que de vils rebuts, chassés par sentence des chefs, des villages qu'ils déshonorent par leur mauvaise conduite ; tout cela nous porte
naturellement à croire que ces peuples ne peuvent rien posséder |
gui mérite le moins du monde la plus légère attention ‘en leur veur. Mais, ici comme ailleurs, il paraît que l’auteur des langues se plaît à confondre la vanité des superbes, en donnant des langues si riches, si énergiques, si abondantes, à des peuples que nous croyons si méprisables. Un avantage que pourrait nous procurer, un jour, ces analyses des langues sauvages, c'est qu'on parviendra peut être à les comparer avec les langues
des peuples du nord de J’Asie, et qu'on pourra découvrir par hi un problème qui nous est encore caché; c’est-à-dire d'où -
viennent les anciens habitans de l'Amérique; de quels peuples sont-ils descendus? Et en interrogeant l’histoire de ces peuples, on pourra peut-être découvrira quelle époque cette partie du globe terrestre a commencé d'être habitée. Comme ces priasen paraitront peut-être chimériques à quelques uns,
âtons-nous de leur prouver qu'elles ne sont pas si vaines. D'après les relations des missionnaires jésuites, sagma, au Japon, signifie empereur ; chez les Mikmaques, sagma est le pluriel de sagmau, et: signifie chef ou prince. : Sanyapsi, d'après les mêmes relations, signifie les pénitens; et enyapsi chez les
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- Jangue: le genre noble pour les c
La Langhé Mikmague. 145
Mikmaques, veut dire, je fais pénitence. Combien d’autres ressemblances ne pourrions-nous pas trouver, si nous étions à même de puiser dans les langues orientales ? Je ne parlerai point des mœurs, des usages, de la physionomie de nos sauvages, et mème de quelques parties de leurs habillemens ; tous les voyageurs s'accordent à dire, dans leurs relations, qu’ils ont Jes plus grands rapports avec les peuples d’au-delà de l'océan Pacifique: quelques uns même prétendent qu'on a rencontré chez eux des sauvages du Canada. Mais enfin, quoiqu'il en soit, Mr. Bibaud, si vous jugez que mon ouvrage n’ennuie point trop vos lecteurs, je vais commencer.
Les sauvages Mikmaques chipgnent deux genres dans leur
oses qui ont vie, etle genre ignoble pour les choses qui en sont privées. Ces deux genres influent non seulement sur Jes noms et les adjectifs, mais encore sur les verbes, comme nous le verrons.
Ils ont deux nombres, le singulier et le pluriel, pour les noms, adjectifs et pronoms; mais ils ont de plus le duel pour les verbes. Ils ont deux temps, le présent et le passé, pour Jes noms et adjectifs. Ils n’ont pas de pronoms possesifs, mais ils emploient l'initiale des pronoms personnels, avec une désinence particulière de leurs noms, pour exprimer la possession d'une chose. Il faut au moins un exemple pour éclaicir ces
régies.
es pronoms dont on prend l’initiale sont #7, je ou moi; kil, toi; oula, cela ; kinowet ninen, nous; kilau, vous; ouaguela, ces choses. (Néoneum, ou négom signifie, lui, elle; néguela, eux, elles). On dira donc, n'ousse, (e final muet,) mon père; Fousse, ton père; eussel ou ouss'l, son père; n’oussinou, ou n’oussinen, notre père; L'oussiouau, votre père; oussioual, leur père. Au temps passé, on dira, n’oussak, mon père; n’oussinak, nos pères; et de plus, en parlant des absents, on dira, n’oussi-ouoouak.” Il faut observer que le £ accentué final ne se prononce as: ilest comme nos s au pluriel: dans le corps du mot, ilne se prononce pas non plus, mais il marque une forte aspiration, et a quelque rapport avec notre # aspirée.
Avant de passer plus loin, f.isons remarquer la différence entre nénen et linou. Cette différence est remarquable: le premier s'emploie quand on adresse. la parole à une personne
istinguée de celles qui parlent: des sauvages parlant à des Français, diront: ninen elnouiek ; nous sommes sauvages, ou plutôt hommes; * mais en parlant entr'eux, ils diront: £énou
elouikou. On aurait bien des langues savantes à parcourir
* Les sauvages s'appellent exclüéiveméht Hommes dans leurs la :
ils appellent les rame ouenous, qui'rient de oubek einou, boinme Dam: elnou, homme anglais, &e.
OM VIL—No. IV. 8
M6. La Langue Mikmaque,
avant de trouvér une distinction si délicate et si bien raisonnée __ Au passé, les noms propresse terminént en o#; comme Piel, ‘ Pielok, ‘Pierre: les nobles en ak; comme, n'oussak, mon pèré; les ignobles en ek, comme, olagan, oülaganek, plat, C’est ün beat plat, oula oulagan kelougit ; t’était un beau plat, -oula culaganek keloulkebenek. | * ‘La maïique du‘pluriel dans les noms nobles est k', mais, ce k° “exige’quelquefois le changement des lettres finales du mot: eptt,‘üne femme, epigik, des femmes; sagmau, un chef, sagmab’, ües chefs. ‘Dans les noms ignobles, le pluriel'est en a, 5/, el, oul : m'Rechen, un ‘soulier, m'kechenel, des souliers. Cette £ finale se prononce éomme dans lé mot anglais able. Chich au bout d’un mot annonce un diminutif: p{benaskar, ün pain; pibenacanchich, ‘un ‘pétit pain. K’chi devant le mot a un effet contraire : pattiach, un pêtre, £'chipaftiach, un évèquet chabéouit, sage, ‘lchichabéouit, t'ès sage, Je ne parlerai point de leurs pronoms, qui suivent en tout les mêmes règles que lés noms, Cotñme, far, lequel, pluriel, tanil, tanak, ah ‘passé noble, fanek, au passé ignoble; fanek, présent ignoble singulier, et faxnKel, pluriel La langue mikmaque peut passér pour urè‘des langues les plus richés en verbes; tous les noms et adjectifs sont susceptibles de devenir verbes: fotrdeau, pierre Koundeoui, je suis pierre. Ils ne peuvent même souvent ‘exprimer lés noms que par quelques personnes de leurs verbes, comme, un sage, chabéouït ; il'est sage, celui qui est sage: Île créateur, Æÿow/f, il nous a crées; le sauveur, ovchaoulk, celui qui nous à sauvés ; de père, ouégouisit, il est père &c.
On distingue les ‘conjugaisons par le présent de l'indicatif: il y'en a en # comme #eloup?, Relougin, kelougit, je suis, tü es, il ést beau, (en prononcçant {ou long’; en le Prononçant bref, il signifie, je parle); d’autres en age, eye, èm, on, &c. Je n’en« trerai point dans ces divisions; je me contenterai de donner un temps avec ses personnes, et ensuite la première personne sin gulière des autres temps. R |