‹ La Bibliothèque canadienne ou Miscellanées historiques, scientifiques et littéraires [microforme]Chapitre 81 sur 90 · Tome VI NOVEMBRE, 1828. Nuwero VI · texte numérisé non relu

Tome VI NOVEMBRE, 1828. Nuwero VI

me op 0

HISTOIRE DU CANADA

Comme cette lettre, ainsi que la réponse qu'y. fit le comte

de Frortenac, jettent quelque nouveau jour sur les vues et les prétentions que l’on avait alors de part et d'autre, au sujet des sauvages, nous les transcrirons l’une et l’autre, du moins en substance.

… Je ne fais que d'arriver des frontières, dit le chevalier de Bellamont à M. de Frontenac, où j'ai eu une conférence avec nos cinq tribus d’Indiens que vous appellez Iroquois. Ils m'ont prié avec instance de les continuer sous la protection du roi, mon souverain, ayant protesté en mème temps une invio+ Table sujétion et fidélité à sa majesté, et s'étant plaints des outrages que leur ont faits vos, Français et vos sauvages du Canada, nonobstant le traité de paix dans lequel ils se croyaient compris, en vertu de la fidélité qu’ils doivent au roi, comme ses sujets. : Îls m’ont aussi représenté que vos gens ont pris ou enlevé quatrevingt-quatorze des leurs, depuis la publication de la paix;. ce qui me surprend d'autant plus qu’on a toujours regardé les Iroquois comme sujets dela couronne d’Angleterre; ce qui se peut faire voir à tout le monde par des preuves solides et authentiques. :

‘6 Le roi, mon maître a trop de pénétration dans les affaires et le cœur trop grand, pour renoncer à son droit, et moi j'ai, ses intérêts trop a cœur pour laisser faire à vos gens la moindre insulte à nos Indiens, et surtout pour souffrir qu’ils les traitent. en ennemis. C’est pourquoi, je leur ai recommandé d’être sur leurs gardes, en cas qu'ils soient attaqués, et de faire main-. basse sur les Français comme sur les sauvages, leur ayant fourni tous les secours dont ils avaient besoin. Vous voyez, , monsieur, que je. ne fais pas difficulté de vous révéler tout mon procédé, dont je suis assuré d’être avoué du roi mon maitre,

‘6 Au reste, si vous ne faites cesser les actes d’hostilité de votre côté, on s’en prendra à vous de toutes les suites. qui pourront arriver, et je laisserai à juger à tout le monde qui, aura le plus de tort, ou de yous ou de moi; vous pour avoir rallumé la gucrie; moi, pour défendre nos Indiens contre vos entreprises.

202 Histoire du Canada.

“6 Ces sauvages voulaient bien me mettre éntre les mains tous les prisonniers qu’ils ont faits sur"vous pendant-la guerre, et dont le nombre était de plus de cent, à condition que-je leur assurasse que de votre côté vous relâcheriez tous'ceux des leurs que vous retenez ; mais je n’ai pas voulu me'charger de tout cela que je n’eusse su encore une fois votre résolution. Je vous. envoie pourtant quatre prisonniers français, que nos Indiens avaient amenés à Orange, avec mon passeport pour les conduire en Canada.‘ Si vous consentez à un échange de prisonniers de part et d'autre, vous ferez bien de m’en avertir, afin que je fasse assembler ceux des vôtres qui Sont entte les mains de nos Indiens.

# L’on me mande qüe les vôtres ont tué deux Anglais, auprès d’on village nommé 4/fäade, comme îls étaient occupés à faire Jenr récolte sans armes, se croyant eh sureté à cause de la paix: On ne saurait entendre parler de semblables cruautés sans horreur et toutefois l’on tient que la récompense que vous donnez à vos alliés et qu’on dit être de cinquante écus pour chaque chevelure, les y encourage. Vous ne prendrez pas; je crois, en mauvaise part, si je vous dis que cela semble: tout à fait contraire au christianisme, 5 SELS “Deux Onnontagués sont venüs' m’avertir qtie Vous aviez envoyé deux révoltés leur tribu, pout dire aux cantons supé: rieuts, qu’au cas qu'ils ne vinssént pas en Canada danis quarantecinq jours, vous marcheriez dans leur pays à la tête d’ime armée, pout les ÿ contraindre par la force. Et toi, de mon côté, j'envoie aujourd’hui mon lieutenant gonverneut avee des troupes réglées pour s'opposer: aux hostilités que vous'entre: prendrez. Je veux même; s'’il'est besoin, armer tout ce: qu'il y a d'hommes dans les provinces de mon gouvernement pout vous repousser, et tâcher de faire représailles du: démmage que vous ferez à nos Indiens:” | | L La lettre de M. de Frontenac, en réponse à celle du gouver: neur anglais, est.datée du 21 Septembre. Hl lui dit: : : ‘6 Je n'aurais pas été si longtemps sans envoyer savoir de vos nouvelles, et sans répondre aux honnètetés qu’il vous a plu me faire par MM. Sthniller et Dellius, si les vaisseaux que j’attendais de Franee fussent plutôt arrivés ici. | ‘“ Les dépèches que j'ai rèçues de la eout m'ont appris; comme de votre côté vous avez dû le savoir; que les rois, nos maîtres avaient résolu de nommer, chacun de leur part; des commissaires. pour régler les limites des pays sûr lesquels devait s'étendre leur domination en ces contrées. Aïnsi, mon: sieur, il me semble qu'avant de le prendre sur le ton que vous faites, vour auriez dû atténdre ln décision que les commissaires

en auront faite, et ne pas vous ingérer de vouloir traverser

ON CE OR LT fe

" Misltoire du,Cunaux, 203

çette affaire, qui était déja.commencée, et qu'on peut regarder çomme domestique, puisque c’est un père qui tâche de ramener ses enfans, par toutes sortes de voies, à leur devoir, en commençant par celles de le douceur, résolu d’user des plus sévères, au cas que.les premières-n’aient point d'eet. C’est une chose ue vous devez regarder comme entièrement séparée des traités à paix et d'amitié que les rais nos maîtres ont faits ensemble, et vous n’y. pouvez entter sans faire connaître qu’au lieu,d’em. ployér toutes sortes de moyens pour tâcher d'entretenir la correspondance entre les. deux nations, vous cherchez des prétextes, pour donner atteinte aux traités qui ont été concl's, et dont je doute que vous fussiez autorisé. par. sa majesté britannique. Car pour moi, ‘en voulant obliger les Iroquois à exécuter la parole qu’ils m'ont donnée, avant qu’on püt:savoir que la paix füt faite entre les deux.couronnes, et pour. laquelle ils m'ont donné des otages; je ne fais que suivre la route que j'avais déja prise; .mais vous; monsieur, vous vous détournez de la vôtre, en prétextant des prétentions qui sont nouvelles. et qui y’ont aucun fondement. se ‘ En eflet, vous voudrez bien que je. vous dise que je suis, ssez informé: des sentimens. des. Jroquois, pour savoir, qu'il n’y a pas une des cinq.nations qui voulüt être sôus la domination d’Angletetre, et que vous n’avez aucune preuve pour les convaincre de votre drait; au. lieu que celles que nous avons, et. que l’on remettra entre les mains des commissaires, sont. si inconstestables, : que je doute qu’on y puisse faire la moindre replique. Ajnsi, monsieur, je suis.résolu d'aller toujours mon. chemin, .et je vous: prie de-ne point faire de démarches pour me traverser, parce qu’elles vous seraient inutiles, et que toute la protection et le secours que vous me déclarez leur avoir déja donné, et leur vouloir continuer, contre les termes du traité, ne me ferunt. jamais beauconp de peur, et ne m’obligeront point, de changer mes desseins ;.au contraire, ils m’engagéront-plutôt à les presser: davantage, .quelques suites funestes qu'ils puissent avoirs (Ce sera vous, monsieir, qui en répondrez et du côté

du-roi votre. maître, et du côté du ciel.

“On vous a mal informé, lors qu’on vous a dit que les Français, et les sadvages. habitant parmi nous avaient fait des. outrages aux Iroquois. Il est-bien vrai que les Outaouais, et en particuliér les Algonquins.ont fait un coup considérable sur. les Onnontagués, parce que cette nation, aussi bien que les. autres, s'était déclarée ne vouloir point la paix avec eux. Cependant, j'ai lieu de.croire que si les Iroquais ne m’ont point ramené tous les prisonniers qu'ils ont faits sur nous; c’est parceque vous vous y êtes formellement opposé. Lorsqu'ils se ran-.

|. was à leur devoir, etqu’ils au'ont, effèctué leur parole, je.

eur rendrai ceux qui sont ici.

204 Histoire du Canada. .

“ Je m'étais assez expliqué ar: sujet des sauvages de l’Acadie ; et j'ai Ed be appréhendé que si on ne leur rendait:au: plutôt ceux de leur nation qui sont retenus prisonniers à Boston, de: si mauvaise foi, ils ne formassent quelque entreprise contre: votre colonie, Je suis pourtant fèché du coup que vous me mandez qu'ils ont fait; ce qui m’oblige de leur envoyer un second ordre pour faire cesser tout acte d’hostilité ;: mais je vous prie de leur renvoyer leurs gens, sur lesquels vous ne; m'avez fait aucune réponse. : Vous voyez que: je vous parle avec autant de franchise et de liberté que vous faites.”

On voit que les deux gouverneurs poussaient loin leurs.prétentions au sujet des Iroquois. -: Mais ce n’était pas seulement;: suivant Charlevoix, sur le pays et les:personnes de ces sauvages que M. de Bellamont étendait les siennes. .On lui avait persuadé, et le ministre Dellius l'avait déclaré en termes formels, * au chevalier de Callières, à son passage à. Montréal, queiles. Anglais ayant -succédé à tous les droits des Hollandais, :lorsqu'ils leur avaient cédé Surinam en: échange de la Nouvelle. York, Michillimakinac et tout ce que est. au sud de ce poste. devaient leur appartenir. Le gouverneur de Montréal demanda au ministre sur quoi il appuyait ‘cette prétention, et où il avait: appris que la Nouvelle Belgique, avant d’être devenue la Nouvelle York, s’étendit à&.tous les pays. dont il parlait ‘Pour. nous, ajouta-t-il il nous sera aisé.detmettre dans.la dernière: évidence que nous avions découvert et possédé le pays des Outaouais, et même celui des: Iroquois, avant qu'aucun Hollandais y eùt mis le pied, et que le droit de possession établi.

ar plusieurs titres en divers endroits des Cantons, .n’a été: interrompue que par la guerre que nous avons été obligés de faire à cette nation, à cause de leurs révoltes et de leurs insultes.” M. Dellius vit bien,:à la manière dont lui parlait M. de Cal-. lières, qu’il était inutile d'insister davantage, et le chevalier de. Bellamont ne jugea pas à propos d’incidenter sur cet article, dans ses lettres au comte de Frontenac. : ..

H'réussit un peu mieux du côté de P Acadie. : Le: chevalier. de Villebon, dans une lettre.qu’il écrivit à M. de Pontchartrain, le 3 Octobre de cette année; mandaïit à -ce ministre que les + Anglais songeaient a rebâtir le fort de.Pemkuit, et à peupler les deux bords du Kennebec; qu'il n'avait pas assez de forces pour s'opposer ouvertement à ces -deux entreprises, mais qu’il tâcherait de les faire échouer, :au moyen ‘des sauvages. Il ajoutait que les : Anglais continuaient à faire la.pêche le long des côtes de l’Acadie; que les habitans du Port Royal avaient écrit au gouverneur de la Nouvelle Angleterre pour lui demander sa protection, et qu'un nommé Le Borcxs, fils ou neveu de celui qui était entré autrefois dans les droits du sieur d’Aunay.

LME! 0 mm "ue

Ffstoire du Canada. 205

de Charnisé, se portant pour seigneur de tout le pays, depuis

les Mines jusqu'à l'Ile Verte, se faisait donner par les Anglais cinquante écus pour:chaque bâtiment qui venait trafiquer dans l'étendue de son prétendu domaine.:

On comptait à la cour de Frunce et en Canada, que dans le règlement des limites, auquel on travaillait, on se releverait de -ces différentes prétentions. Mais on ne faisait passez réflexion que celui qui possède a un grand avantage sur celui qui ne fait que prétendre à la possession., En effet, quoique les bornes méridionales de. la Nouvelle France eussent été fixées antérieurement au Kennebec, et qu’ussez récemment les Anglais eussent été chassés de Permkuit, cependant, comme ils y étaient revenus, MM..ne TazLaro et D'IIERBAULT, commissaires du roi de France, furent ‘obligés de rapprocher les frontières françaises en deça de cette r'vière, et de les fixer à celle de Sr. George, située. presque à égale distance du Kennebec et de Pentagoët; et cette disposition fut confirmée en 100, par M. de ViMieu de la part de sa majesté Très-Chrétienne, et par M. Souprick, de la part du roi d'Angleterre.

‘La Baie d'Hudson demeura toute entière aux Français, parce qu’ils. eu étaient les possesseurs actuels. Mais il ne fut rien réglé quant au pays des Iroquois, parce que ces sauvages protestereut de leur indépendance, .et qu'apparemment on ne voulut; ni-d'une part ni de l’autre, ‘s’en faire des ennemis.

Pour -revenix à: M. de Frontenac, il y avait à peine deux mois qu’il avait écrit au chevalier de Bellamont la lettre que nous venons de rapporter, lorsqu’ik fut attaqué d'une malaiies dont le danger se déclara d'abord, et dont il mourut, en effet, le 28 Novembre. Il était dans sa soixante dix-huitième année; mais, dit Charlevoix, dans un corps aussi sain qu’il est possible de l'avoir à cet âge, il conservait toute la fermeté et toute la vivacité d'esprit de ses plus belles années. ; Il mourut comme il avait vécu,. chéri de plusieurs, estimé de tous, et avec la gloire d'avoir souteuu, et même fait prospérer, sans presque aucun secours de France,:une colonie ouverte.et attaquée de toutes parts. et qu’il avait trouvée sur le penchant de'sa ruine. Un esprit qui se laissait facilement prévenir, et qui revenait difficilement de ses préventions; une humeur un peu atrabilaire, et une jalousie peu digne d’une grande âme, çontrastaient singulière-

ment-avec le caractère ferme, noble et élevé qui lui mérita

l'admiration des Français et des sauvages,

: Les Iroquois n’eurent pas plutôt appris que M. de Frontenac D'était plus, qu'ils crurent pouvoir rompre impunément l’engagement qu'ils avaient pris avec lui. Néanmoins ils voulurent

rendre quelques mesures avant de se déclarer. Au mois de Mars suivant, ils envoyèrent des députés à Montrésl; ils

06 Histoire du Canada, .

pleurèrent à leur manière la mort d’Ononthio, et ils présentèrent, a M. de Callières, qui était chargé du commandement général, trois prisonniers français, en lui promettant que tous les autres. lui seraient renvoyés, s’il voulait mettre en liberté tous ceux; de leur nation qu’il retenait encore.

- Ils le prièrent ensuite de leur donner M. de Maricourt et, deux sauvages domiciliés pour aller avec eux à Orange, où se. ferait l'échange des prisonniers, et oùla paix se conclurait.: Hs lui témoignèrent ençore qu'ils désiraient que le P. Bruyas, un de leurs anciens missionnaires, . fût de ce voyage. et que le: P. de ELamberville revint de France pour résider parmi eux, comme autrefois. Enfin ils lui représentèrent qu’ils ne pour raient mettre en lui une entière confiance, tant qu'il: tiendrait: sur le feu la chaudière de guerre, et qu'il n’arrêterait.point la: hache de ses alliés. EL d 14 ke

M. de Callières leur répondit que la chaudière. demeurerait sur le feu jusqu’à çe que la paix fût conclue; qu'il. voulait en. traiter à Montréal, et non pas à Orange, et qu’il n’entendrait. à aucune proposition de leur part, qu'ils n’eussent satisfait à, toutes les conditions auxquelles ils s’étaient engagés avec le.feu, comte de Frontenac; qu’alors M; de Maricourt et le P. Bruyas. iraient avec eux, et. qu'il écrivait en France, pour y solliciter le. retour du P; Lamberville., Hs parurent satisfaits de cette réponse, à laquelle .pourtant- on s’apperçut qu'ils ne s'étaient, pas attendus, et ils se bornèrent à demander sureté pour aller. et venir librement, Hs obtinrent soixante Jours de.trève, et Véchange de quelques prisonniers, qu'ils redemandaient avec de vives instances, et en partant, ils promirent, d'être de retour. avant le mois de Juin. ut pe « : 4

L'arrivée des premiers, vaisseaux de France apprit au chevalier de Callières que le roi l'avait. npmmé. pour. succéder au comte de Frontenac, et la joie que toute la colpnie em témoigna ne le flatta pas moins que le choix de son souverain. .Il avait eu un rival dans M. de Champigny, et peut-être ne lui füt-il préféré que parce que 30R envoyé avait fait. plus de: diligence que celui de l’intendant. Tous deux étaient dignes de la place, et, dit Charlevoix, il n’est pas aisé de dire:lequekaurait été plus agréable aux habitans du Canada. Le zèle, le désintéres-. sement, l'équité, la douceur de M: de Champigny, le rendaient. très propre à gouverner une-colonie où il y avait assez de bras pour exécuter ce qu’un chef sage et aimé, comme il l'était, aurait résolu dans le conseil ; mai le chevalier de Callières joignait hux mêmes avantages celui de pouvoir se montrer à la tête des: troupes, qui avaient marché plus d’une fois sous ses ordres, et qui admiraient également son courage, sa prudence: et sa sagacité. - Le gouvernement de Montréal, qui devepait vacant,

rence.

ace, t été

aient.

bras

au-= g nait e des:

et sa

éres=.

ps, et.

ee

# Histoire du Canada, 207

par la promotion de M. de Callières, fut donné nu chevalier de Vaudreuil, que ses manières nobles et engageantes, son activité, et la confiance des gens de: guerre rendaient très propre à occuper un poste de cetté importance. | u commencement de l'hiver, M. de Callières reçut, par lé chevalier de Bellamont; une lettre par’ laquelle le roi (de Frante) lui ordonnait de faire cesser tout acte d’hostilité entré ‘les Français et les Anglais. (Cette lettre avait été adressée ouverte: au général anglais; et le roi d'Angleterre ävait adressé pareillement: au chevalier de Callières, celle qu'il'écrivait, en conformité, à M. de Bellamont, M. de Callières jugea à proi de l'envoyer à: Bostün par M. de La VALLIERF, major de ontréal, et dé faite atcoïnpagner cet officier par le P. Bruyas: Ces députés étaient chargés de retirer tous les Français prisonniers dans la Nouvelle Angleterre; et il leur avait été re: tommandé de voir dans quèlle: disposition était le gouverneut anglais au sujet des Abénaquis et des Iroquois. q 8 derniers avaient tout récemment envoyé vitie dépütation à M. de Callières, pouf lé complimientet sur sa promotion au ne général; thnis les députés n’avaient point parlé J'affaires. Il paraissait némmoins qu’en général les Contons étaient assez: disposés à la paix; et qu'ils ne différaient de la conclure que par la considération des Anglais. M. de Bellamont, qui connaissait les engagemens qu’ils'ataient pris avec M. de Frontenac, et qui n'avait pas renoncé au dessein de se rendre: arbitre de la paix; leur ‘ayant demandé de le venit trouver: à Orange, ils le refusèrent. Surpris de ce refus, il lear envoya des personnes de confiance, qui vinrent à bout de lettr persuader de trainer l'affaire en longüeür. : | Hs n'exéeutèrent donc point la promésse qu'ils avaient faite tout récemment au chevalier de Callières d'envoyer des députés’ à Montréal: avant le mois de Juin: ee général: n’eñ fut pas beaucoup surpris{: mais en renverset les batteriés de M. de’ Bellamont, il envoya à Onnentagué une copie de lettre du roï d'Angleterre à ce général? et en cela; il avait pour but, premièrement, de faire connaître anx Iroquois que les Anglais ne: les regardaient plus que comme des sujéts de leur roi; cat ce

inonarqué en: patlait sur ce ton dans sa lettre ; én second lieu,’

de leur apprendre qu’ils ne dévaient plus attendre de secours de la Nouvelle York, ‘et que jconséquemment,: il ne lui serait pas' difficile de les réduire par: la force, s'ils refusaient de faire la: paix-aux conditions: que son prédécesseur leùr avait proposées.

- Cette démarche dé M. de Callières produisit l’effet qu’il ert avait attendu: :à''la vérité, les Cantons aimèrent mieux dissi+ muler le ressentimént que leur causaient les prétentions des Anglais que de se brouiller avec*eux; et se’ contentèrent de’

208 Histoire du Canadr,

eur déclarer ‘qu'ils voulaient. bien être leurs.fnères,. mais non pas leurs sujets; mais: après avoiritergiversé eycoyre, quelque temps, et cherché à: se venger de leurs pertes:sur ceux des alliés des Français qu'ils en croyaient les auteurs, ils-sangèrent tout de bon à s’accommoder, tandis qu'il était encore. en leur pouvoir de le faire avec honneur.et avec avantage. +

En conséquence de cette résolution, -deux ‘députés furent envoyés au gouverneur général, Ils arrivèrent.à. Montréal. le 21 Mars 1700, Ils. n'étaient .revètus. d'aucun pouvoir; -mais ils étaient chargés d'annoncer; une -députation générale des Cantons pour le mois de Juillet, Ils. donnèrent, pour ce yetardement des excuses dont M. de Callières, ne.se montra pas trés satisfait, + :. 3 orne der et ht .… Trois mois après, un;bôn,nombre:d’Outaouais débarquérent à Montréal, où se :trouvait-alors M, de ,Callières. | Jls-lui dirent (ce qu’il savait déja), que les Iroquois étant venus-ehasser sur leurs terres, ils les avaient attaqués, et en avaient tué vingthuit, tant hommes que femmes; mais que Les autres leur ayant représenté qu’ils avaient cru pouvoir chasser partout; puisque toute hostilité était suspendue de la part des Français et de leurs alliés, ils leur avaient promis de ne point faire de mal aux terne jusqu'a ce. que la volonté de leur père Ononthio eur fût connue. hi RUN TI M. de Callières, après:les avoir écoutés tranquillement, leur dit qu’ils ne lui disaient pas.toute.la vérité; qu'il.était informé qu’aprés le coup qu’ils avaient-fait sur. les Iroquois, .ils.avaient envoyé quelques uns de jeurs prisonniers aux Cantons, pour négocier avec eux sans sa participation ; que c'était, mal débuter

avec lui, que d’agir avec cette indépendance dans uve :affaire

aussi importante, et après les assurances qu'il. leur avait données de ne rien conclure avec les Troquois, que. de concert avec eux ;

qu’il espérait, qu'à laveuir: ils seraient. plus avisés et plus. çir-.

conspects, et ne le mettraient plus dans le cas deleur faire des reproches bien fondés. ; à 4 +4,15 4, jy wa

. Le 18 Juillet, deux. député du canton .d’Onpontagué, .-et quatre de celui de Tsonnonthonan:arrivèrent à Montréal. .: Ils furent présentés par M. de: Maricourt au:gouvemneur génépal, : qui voulut bien leur:donner une audience, publique... Ils y

urent conduits en cérémonie, et'en,se rendant: chez M.de.

Callières, ils pleurèrent les Français. morts pendant la.guerre, et prirent leurs âmes à témpins de la sincérité de leur procédé. Dès qu’ils eurent.été. introduits dans la :salle-du conseil,-où

le gouverneur général était avec toute sa cour, ils déclarèrent .

qu'ils venaient de la part des-quatre contons supérieurs, dant.ils avaient les pouvoirs; :que.ce n’était pas la première fois qu'ils

traitaient sans les Agniers, et que si, parmi eux, il n’yavait

Biographie. 209

rsonne des cantons de G in et d’Onneyouth, c'est ue ler leur ayant envo eter Schuiller, pour les dissuader

* de descéndre à Montréal, les députés de ces. deux cantons ‘étaient allés savoir de lui, quelle raison il avait de s'opposer à

ee voyage.

: ls se plaignirent ensuite de ce qu’étant allés à la chasse sans défiance, sur-ce qu’on leur avait assuré que la paix était faite entre les F'rançais et les Anglais, et que leurs alliés y étaient compris, les Outaouais d’une part, les 1ilinois et les Miamis de l’autre, les avaient attaqués, et leur avaient tué cent cinquante hommes. Enfin;'ils demandèrent que le P. Bruyas et MM. Maricourt et Joncarut les: accom assent à leur retour chez etix ; tien n'étant plus capable, dirent:ils, de convaincre les Cantons qu'Guonthio voulait sincèrement la paix, que d’avoir pour eux cette condescendance. Ils ajoutèrent que ces trais envoyés ne repartiraient point de leur pays, sans en avoir retiré tous les prisonniers français qui y étaient encore retenus, :

À Continuer:

EE BIOGRAPHIE; : Bonaovst.-{John), Anglais, lieutenant-général en Amérique, filé naturel de lord Binezty, entra de bonne heure dans le service. En 1765, il eut le commandement d’un corps de trouenvoyéen Portugal pour la défense de ce royaume contre les. agnols, : À son retour en Angleterre, il. devint conseiller privé, et fut: nommé merhbre du parlement. Dans la guerre américaine, envoyé dans le Canada:en 1715, dans l’année 1771, on lui confis le commandement de l’armée du Nord, qui aurait dû être donné à Sir Guy Canzerow; qni connaissait beauconp mieux la situation du-pays. 4 + L'objet de la campagne de 1777 était d'ouvrir une commubicatior entre New-Vor et le Canada; et par. ce moyen de séparer la Nouvelle Angleterre d'avec les autres états. . Bur-

gne d'abord de se mettre en possession de la forde Piemderege, avec une armée d'environ 4,000 Anglais ‘et 3000 Allemans. Îl quitta le fort S. Jean, le 16 Juin, et

remonta jusqu’au lac Champlain, où il prit terre, près de Crown : Point, auquel endroit il:rencontra les Indiens et leur donna le

‘de la guerre. Il leur adressa un discours qui avait pour objet de s'assurer de: leurs dispositions amicales, ainsi que de leur ion. Il avait également pour objet de mitiger leur févocité naturelle, Burgoyne saisit cette circonstance pour Tous VII.—No. VI. B

Biographit.

lès bien convaincre de la différence qu'il y a entre l'ennemi sur le champ de bataille et l'ennemi désarmé, ainsi que celle qui se trouve entre l'ennemi et les habitans sans armes. : Il promit des récompenses pour chacun des prisonniers qu'ils auraient respectés, mais aucune pour ceux dont on lui présenterait les crâûnes, ou dônt la figure aurait été balafrée par eux, La tentative et le désir de créer quelques limites et de réprimer la manière de faire la guerre usitée parmi les sauvages; font honneur à l'humanité de Burgoyne; mais il n’est pas facile de justifier ses liaisons avec un allié doht la fureur, une fois excitée, ne pouvait être réprimée que bien difficilement.

11 publia, le 29 Juin, un manifeste qui avait pour objet de jeter l'alarme parmi les habitans des pays à travers lesquels il serait forcé de passer; et le termina en disant; .4 J'ai la confiance d’être innocent aux gr de Dieu et des hommes; .en dénonçant et en exécutant la vengeance de l’état contre ceux

ui en sont devenus volontairement le rebut.. Le messager de la justice et du courroux les attend dans le champ de a taille; la famine, la dévastation et toutes les horreurs qui s’attachent à leurs pas, ainsi qu’une persécution militaire qui réqugne à mon cœur, mais qui fait partie de mon devoir, les priveront de tous les chemins qui les rendraient à leur domicile.”

Le ler. Juillet, il confmencça par inveftir Ticonderoga, ou le

général SarnT-CLarr, était stationné avec environ 8,000 hommes. effectifs de‘troûpes réglées, parmi lesquels plusieurs n'avaient ÿas de bayonnettes. Les ouvrages étaient étendus et incomplets ; ils euraient exigé dix mille hommes pour leur défense. L'armée. anglaise était plus forte qu’on ne l'avait espéré. Quand l'inves-

tissement eut été achevé presque en entier, le général Saint. .

Clair convoqua un conseil de guerre: il y fut résolu qu’on. évac::rait le fort le plutôt possible, En eonséquence, on se. prépara à la retraite dans la nuit du 5 Juillet, , Le lendemain. matin, Burgoyne se'mit à sa poursuite, avec une grande division,

de l'armée, et se rendit sur deux frégates et dans des bntcarxe, arméi, et les suivit jusqu’à la thûte du Skeensbor "5 : nisis

aæyapc éprouvé une co par les ouvrages qui avaient été: construits dans cet endroit; il retourna à la baie du Sud, où il: débarqua. Cependant il suivit les Américains à partir de. Skeensboro::zh ‘jusqu’au fort Edward, sur la rivière d'Hudson; où, après a«:" conduit son armée avec des fatigues et des, travaux incro,..bis: à travé!s des déserts, il arriva le 80 Juillet.

S'il était recouzué à Ticonisroga, et'qu’il'se fût embarqué sur.

le lac St Ceorg:, il lui aurait été possible de gagner le.fort:

St. George, où il y avait une route ferrée assez large pour que

les voitures les plus lourdes y puésent passer, et qui conduisait

au fort Edward: Mais il dédaignait tout ce qui aurait eu l'air.

Biagraphie, 211

d'un mouvement rétrograde, quoigue ce "se fût le seul. propre à lui faciliter la route vers le lieu de sa destination, plus promptement et avec beaucoup moins de difficultés.

A son approche, le général ScHuyLEn, qui avait été joint par Saint Clair, vers A mé de l’ouest de la rivière d'Hudson, se retira à Saratoga.. Le colonel SAINT-LEGER avait été destiné. à se rendre du Canada à Albany par une route différente, Il devait remonter le fleuve St. Laurent jusqu’au lac Ontario, et ue la descendre le Mokawk ; en conséquence, il avait atteint ls source de cette rivière, et il devait investir le fort Schuyler, nommé autrefois le fort Séanwir, quand la connaissance de ses. opérations fut dannée à Burgoyne, qui s’apperçut aussitôt de la nécessité d’un mouvement rapide vers le bas de In rivière, d'Hudson, afin de l’aider dans son projet, et d’efféetuer la jonction des deux armées. Mais ce projet ne pouvait être exécuté :sans l’aide de bœufs attelés, de voitures de transport et de provisions. . Pour se les procurer, il détacha le colonel Baun, avec environ 600 hommes, vers Benmington, ville située a environ 24 milles à l’est de la rivière d'Hudson, où des provisions considérables avaient été déposées pour l’arméa américaine du nord. Mais Baum fut défait à Wallon Creek, à environ sept milles avant Bénnington, le 16 Août; et le colpnel BREYMAN, qui s'était avancé pour le secourir, à la tête d’environ 500 hommes, fut obligé de faire sa retraite,

Ce fut le premier échec que l’armée du nord éprouva. Ca désastre fut, peu de jours après, suivi par un autre: le colonel Saint-Leger ayant été abandonné par les Indiens alliés, qui furent alarmés de l'approche du général ArNoLp, et du bruit de ls défaite de Burgoyne, fut obligé de lever le siège du fort Schuyler, avec une si grande précipitation, que l'artillerie, avec una grande partie des bagages, les munitions et les approvisionnemens tombèrent au pouvoir des Américains. Comme il se hâtait de retourner dans le Canada, Burgoyne fut ceupé, et déçu de l'espérance qu’il avait d’être renforcé par une jonction; et les forces américaines furent à mème de se çogcentrer, afin de s'opposer à ses entreprises.

Le général Games arriva le 19 Août, pour remplacer Schuy:. der, et pour prendre le commiandement de l’armée américaine du nord. Sa présence, avec les évènemens récents, fit arriver sous ses drapsaux une milice nombreuse, et inspira à son. armée le désir et l'espérance de prendre toute l’armée anglaise. Burgoyne ne put commencer de se mettre en marche, à cause de la nécessité de transporter des provisions du fort St, George,

‘ét chaque: instant de retard augmentait les difficultés de sa

marche. Ayant établi un: pont de bateaux sur la rivière d'Hudson, il passa cette riviere le 13 et 14 de Septembro, et

212 Biographie,

alla camper sur les ksuteurs et dans les plaines de Sarotogä. Gates s’avança aussitôt vers -lui, et campa à trois milles de Stillwater. Burgoyne ne eraignait pas de donner une batuille : il s’errocha dans ce:dessein,-et le.19, il y eut un engagement terrible. L'action commença vers les trois heures, et ne finit u’à la nuit, quand :les. Américains, sous .le commandement "Arnold, se retirèrent dans leur camp. La perte du côté des Américains, en tués et blessés, fut environ de 3 à 400; la perte des Anglais fut de près de 600 hommes. Burgoyne connut alors que l’ennemi qu’il avait à combattre était capable de se battre en rase campagne, avec une intrépidité et cet esprit d'ensemble que l’on n’attend que des vétérans.—Comme il avait renoncé à toutes les communications avec les lacs, il s’apperçut alors de la nécessité d’une diversion en sa favear; par l’armée anglaise de: New-York. . Il écrivit de suite à ce sujet, à Sir William Howe et au général CLinron, de la manière la plus pressante; mais ils ne lui accordèrent aueun secours effectif, Dans le même temps, il fut abandonné par les Indiens ses alliés: ils avaient été déçus dans leurs espérances de pillage, et leur enthousiasme était refroidi: ces hordes du désert, dont il se vantait, dans ses proclamations, qu’il n’aurait qu’à élever les bras en l’air, et frapper des mains, et qu’ils exécuteraient sa vengeance, étaient maintenant sourdes à toutes les considérations de l’honneur, et ne pouvaient être émues par aucünes considérations que celles de la détresse dans laquelle leur défaite. pouvait.tout à coup les plonger. Les difficultés s’augmentaient autour; de lui son armée était réduite à environ cinq mille hommes, et ils n'avaient que la demi-ration de vivres, et comme Îles magazins de fourrage étaient épuisés, sès chevaux périssaient en grand nombre. L’ar. mée américaine était tellement augmentée qu’il lui était devenu très difficile d'effectuer une retraite sûre. Dans cette extrémité, il prit la résolution d'examiner s’il aurait la possibilité d'avancer, ou celle de déloger les Américains, et de les forcer de camper à une plus grande. distance, de telle manière qu’il pôt faire sa retraite, dans le cas où il se verrait forcé à cette triste extrémité. date: NET + Dans cette intention, il détacha un corps de quinze :cents hommes, qu’il commanda en-personne: il avait soùs ses ordres les généraux Puicrprs, REIDESsEL et Frazen. Ce détachement, parti le 7 ‘Octobre, était à peine à un demi-mille des Américains, quand il fut attaqué sur sa gauche, d’une manière terrible et fürieuse, par'les ordres de Gates, qui avait apperçu les mouvemens des Anglais. ÆEn-même temps, Arnold attaqua vivement la droite, sous les ordres de Burgoyne, qui, après avoir perdu plusieurs pièces de campagne et une grande partie

Biographée sis

de son artillerie, rentra dans son camp. Les Américains le suivirent, et livrèrent un assaut aux ouvrages qui le défendaient, dans toute leur étendue de la droite à la gauche. Les fortifications ss trouvèrent prises vers la. fin du jour, et le colonel Brooks, qui avait délogé la réserve, composée de troupes allemandes, occupa tout le terrain qu'il avait gagné. Dans cette action, Burgoyne perdit un grand nombre de ses meilleurs officiers, parmi lesquels était st le général Frazer et le colonel Breyman: il y eut beaucoup d'hommes de tués, et plus de 200 furent faits prisonniers, avec neuf canons de çuivre. On lui enleva tous les ré re et les effets de camp de La brigade allemande. ‘ Après le désastre du jour, il profita de la nuit pour chunger sa position, et pour se défendre aveg avantage, dans un camp trés fort, sur les hauteurs. . Cependant, dans 1x crainte de s’y voir attaqué. de tous les côtés, dans la matinée du lendemain, il commença sa retraite sur Saratoga, où il arriva le 10, Dans sa marche, il réduisit en cendres toutes les maisons des habitations, | . Ce mouvement avait été prévu, et déja une armée, postée sur ses derrières, était prête à lui couper la retraite. Nul autre moyen de franchir ce manvais pas ne Jui fut laissé que celui “d'abitéstiner son artillerie et.ses bagages, et de passer à gué la rivière d'Hudson, pour se: sauver au fort St. George, ar des routes impraticables pour.les voitures de. transport. À fut.encore privé de cette dernière-ressource par les Li in tions de Gates; qui avait placé de forts détachemens dans tous les:endroits guéables; de sorte qu'il'ne. pouvait y passer qu'avec de l'artillerie, * Dans cetté situation embarrassante, quand

. son :arméé se trouva’ réduite à-environ 3500 combattans, et

qu'il n’y avait aucun moyen .de se. procurer des provisions,

pour renouveller. celles qui étaient .presque épuisées, il con-

voqua un conseil de guerre, Il y.fut décidé à l'unanimité que Yonentrerait en négociation avec le général Gates, Les troupes de. Burgoyne furent. d’abord requises de poser leurs armes à terre dans leur caïnp, et de se rendre volontairement prison

… niers de guerre, mais cette demande ayant.été aussitôt rejettée, a

le général américain ne crut pas nécessaire d’insister sur la g

-rigueur de cette proposition. La convention fut signée le 17

Octobre, et l’armée anglaise dans la même journée, sortit de son camp avec tous les honneurs de; la guerre. Il fut stipulé qu’elle aurait la liberté de s’embarquer pour l'Angleterre, et qu’ellé ne’servirait'pas contre -les Etats-Unis, pendant tout le

temps de la guerre. Le nombre total des prisonniers s’éleva à 5952. En juillet, l'armée de Burgoyne était composée de

2000 hommes: l’armée de Gates, en y comprenant 1600 mala- -des,. se montait à 18,200. L'armée.de Burgoyne fut escortée

914 Histoire Naturelle.

jusqu'à Cambridge, dans le Massachusets, où elle demeurs jusqu’en Novembre de l’année suivante, époque à laquelle le congrès décida qu’elle serait envoyée à Charlotteville, dans la Virginie. Cette détention de l’armée avait pour motif la crainte. où fon était que la convention ne fût rompue, et l’on voulut attendre la nouvelle de sa ratification par la Grande-Bretagne.

Burgoyne lui-même avait obtenu la permission de se rendre en Angleterre, sur parole, où il arriva en mai 1778. Il y fut reçu froidement, et ne put obtenir la permission de se présenter devant le roi, qui-hi fit même ordonner de se rendre en Amerique, comme prisonnier; mais le mauvais état de sa santé ne lui permit pas d'obéir. El finit par, obtenir la liberté de se justifier, par le récit de sa conduite et de ses opérations militaires. Bientôt après cette apologie, il renonça à son traitement militaire, qui se montait à 240,000 francs par année.

Vers la fin de 1781, au moment où la majorité du parlement paraissait déterminée à continuer la guerre, Burgoyne se réunit au parti de l'opposition, et il fit une motion pour que l’on : renonçnt à une guerre injuste et inutile. Il savait qu'il était impossible de conquérir l'Amérique.’ 4 La passion, l'intérêt et A politique, dit-il, peuvent obtenir des succès momentanés et partiels; mais quand nous voyons le triomphe d’un principe s'étendre sur un. continent tout entier, et les Américains résolus à mépriser toutes les difficultés, et à envisager la mort sans la craindre, même pendant plusieurs années, ce ne peut être que par la plus étrange vanité et le comble de la présomption, que nous pourrons nous laisser persuader qu'ils ne sont pas en droit de se défendre.”

Depuis la paix jusqu’à sa mort, arrivéelle 2 août 1792, Burgoyue continua dè mener une vie çonsacrée aux muses et aux plaisirs. On a de lui lz Wierge du Chêne, divertissement; le Bon ton, et l'Héritiére, comédie qui a joui pendant quelque temps de la faveur du public. L’intrigue de cette pièce est bien conçue.—f Dictionnäire Biographique. ) |

——— HISTOIRE NATURELLE, LES FOURMIS, Article extrait en substance des Merveilles du Monde. Ainsi que les abeilles et les quépus, les fourmis se réunissent |

dans une enceinte, où elles se logent, travaillent et vivent en . commun. Leur demeure est une ville où les rues aboutissent

Histoire Naturelle. #15

à différents magazins. Lorsqu'elles vont en maraude, elles y mettent une combinaison qui n’est point ordinaire aux autres animaux. Des coureurs sont envoyés à la découverte, et; sur les avis qu'ils rapportent, des détachemens plus où moins nombreux, en raison de la quantité et de la qualité du butin, se mettent aussitôt en devoir d’aller s’en rendre maîtres. Ni la distance, ni la difficulté du terrain ne sauraient les rebuter. Si un premier détachement ne suffit pas, on en fait partir un second, et même un troisième. Le premier remet ce qu’il rapporte au second, dès qu’il le rencontre, et le second au troisièmez; et ce travail continue jusqu’à ce que tout soit conduit dans les magazins publics.

.. Mais ce qui prouve encore mieux l'intelligence que ces insectes ont reçue de la nature, c’est le soin avec lequel ils éloignent ou -approchent leurs petits de la superficie de l4 terre, selon que le temps est froid ou chaud, sec ou pluvieux. Après la pluie, ils les étalent aux rayons du soleil, et à une douce rosée, après une longue sécheresse. Aux approches de la nuit, de la pluie ou du froid, ils reprennent leurs nourrissons avec leurs pattes, et les descendent si avant en terre, qu'il faut souvent creuser à plus d’un pied de profondeur pour pouvoir les découvrir.

: La vie des fourmis est de quatre à cinq ans; Les plus vieilles acquièrent des aîles et vont chercher leur vie sur les arbres:

Outres les fourmis que l’on voit ordinairement eri Europe, il en est une autre espèce qui habite l'Afrique, et qui surpasse les abeilles, les guèpes et les castors dans l’art de bâtir. Ces insectes; qu’on appelle fermés, fourmis blanches; poux de bois, ou vagvagues, vivent en société, et sont composés de trois sortes d'individus, les mâles, les femelles et les ouvriers, que l’on distingue encore par les noms de éravailleurs et de soldats.

On compte cinq espèces de termès, le belliqueur, le mordant, l'atroce, le: destructeur et le termes des arbres. : Le lieu qu'ils choisissent pour bitir'leurs nids, diffère, Les uns les établissent sur la surface de la terre, ou partie dessus et partie dessous. Les autres les placent sur les branches des arbres,

Les termès belliqueux élèvent des édifices dont la hauteur

pernenns est de dix à douze pieds au-dessus de la surface’ de

a terre, et dont la figure extérieure approche de celle d’un pain de sucre. Îls sont si solides, que l’homme, et même des taureaux sauvages ne sont pas capables de les détruire en montant dessus. Il est à remarquer que si l’on compare ces édifices avec ceux qui sont l'ouvrage des hommes, on verra u’ils sont pour ces insectes, qui ont à peine un quart de pouce e longueur, ce que serait pour nous dés monuemiens cinq fois

#16 Histoire Naturelle,

plus grands que la plus haute pyramdde d'Egypte. Chacun : de ces édifices est divisé intérieurement en un grand nombre d’appartemens, savoir. ? la chambre royale, les nourriceries et les magasins. Ces defniers sont toujours pleins de petites masses de gomme ou jus épaissi de plantes. Quant aux pièces qu'occupent les œufs et les petits, elles sont entièrement com.

ées de parcelles de bois unies ensemble par des gommes, Ces-chambres sont irrégulières, et la lus grande n’a pas un demi-pouce: Elles sont placées auprès de celle de la mère, qui se trouve directement sous le sommet du cône; à peu près de niveau avec la surface de la terre; et à une distance égale de tous les côtés du corps-de-logiss Toutes les pièces qui Venvironnent composent un labyrinthe inextricable. Des galeries plus larges que le calibre d’un gros canon sont prati: quées dans les pièces les plus basses, et aboutissent, en descendant sous terre, à une profondeur de trois où quatre pieds. C’est là que les travailleurs vont chercher le gravier fin qu'ils convettiséent dans leur bouche, en un argile solide, et dont ils construirent ensuite la pyramide, ainsi que tous les bâtimens, à l'exception des nourriceries.

Le nid du termès mordant est d’üne forme cylindrique. El n’a environ que deux pieds d’élévation, et se trotive couvert d’un tait en forme de cône; On l'appelle nid en tourelles Quant au termés fatal; ses édifices sont moins bien travaillés extérieure ment. Ceux du termès des arbres sont sphériques et construits, sait dans les arbres; soit sur les toits des maisons. On en voit quelquefois d'aussi spacieux qu’une barique de sucre; Ils sont composés de partelles de bois, de gommes et de sucs d'arbres, avec lesquels ces insectes forment une pâte qui leur sert à construire. des eellules: ve

Onttrotive dans les nids des termès el/igueux cent travailleurs pourun soldat. Les premiers ont à peine trois lignes de longueur, et vingt-cinq pèsent environ ün gfain: Les seconds sont plu

s:et. longs d’un demi-pouce. Leur office est de percer et

“blesser, Îls s'en acquittent parfaitement,

. Mais l’insecte que l’on regarde comme arrivé à J'état le: plus parfait est celui qui a des ailes, Cette espèce diffère des tra. vailleurs et des soldats; non:seulement par des ailes, mais encore per la forme du corps. Dès qu’il est entièrement développé, ika environ huit lignes de longueur; ses ailes en: ont seize et. ses yeux sont très saillants. C'est immédiatement après Lx saison des pluies qu’ils émigrent pour aller fonder d’autres co» lonies. Ils choisissent toujours un temps humide pour se met» tre en route, msis qu’il en est peu qui échappent aux dangers du voyage! Les oiseaux, les insectes, lés: reptiles carnivores, et jusqu'aux Africains, leur déclarent une guerre ouverte De:

” Histoire Naturelle. ‘217 plusieurs milliers qui Mt: nt dans les airs, après avoir quitté le lieu de leur naissance, 1{ en reste à peine quelques couples, que les travailleurs et les soldats sauvent dela rage de leurs ennemis, en les enfermant dans la chambre royale, où une petite ouverture,, suffisante. pour eux ét les soldats, est ménagée. De ce moment rien ne. manque à ée couple privilégié. : Les travailleurs fournissent à leur subsistance, ainsi qu’à celle de leur grande famille, tandis que .les soldats les gardent et les défendent contre toute espèce d’atteinte.

À mesure que la ponte à lieu les travailleurs emportent les œufs et les placent dans les nourriceries, et, dès que les petits sont éclos, ils en prennent un soin extraordinaire, jusqu’à ce qu'ils les aient misen état de partager les travaux et les charges du gouvernement, J :. Le désastre que le termès, et particulièrement le destructeur, commet, est au-dessus de toute expression. Ces insectes savent tout découvrir, tout annéantir, et une maison qui a le malheur d’être attaquée par cux, peut être, si l’on n’y prend garde, ruinée, en très peu de temps, de fond en comble. : Ils sont d’autant plus dangereux, qu’ils s’avancent sous terre jusqu'aux fondemens des maisons et des magazins, qu’ils y percent tout qu'ils y rencontrent, et. que souvent:on ne s’apperçoit du mal gps n'y a plus de remède, D’après cela, on concevra

acilement que lorsqu'ils parviennent à entrer dans un maga- £in, aucune caisse ni aucunes marchandises.ne.sont à l’abri de leur dévastation. : Les métaux ou le verre sont les seuls objets qui peuvent leur résister. ; , : à dre me:

Ce qu'il y a de, vraiment curieux, et même d’infiniment amusant, en prenant toutefois quelques précautions, c’est d'attaquer l'édifice de ces insectes, et d’y faire une brèche. Aussitôt. onapperçoit-un soldat -qui vient à: la découverte ; deux ou trois autres le suivent de près, et bientôt une armée entière se précipite sur la brèche, pour en défendre l'entrée. Pendant ce temps là, la plus grande agitation règne dans l’intérieur de l’édifice, et les-murs en sont fortement frappés dans toutes les directions. Il arrive quelquefois que les plus braves d’entre lés soldats se jéttent sur les assaillants ; : et dans ce cas, malheur à.ces dérniers,-car indépendemment de .la piqûre des.termès, qui est très douloureuse, 1ls s’accrochent, du premier coup, à.leur ennemi, ne lâchent jamais prise, et se laissent arracher le corps par morceaux plutôt que de fuir. Dès qu'on s'éloigne le calme se: rétablit, ies soldats rentrent dans. la ville, et es travailleurs, la bouche remplie dé mortier, s’empressent, a l’envi les uns des autres, de refermer la brèche, et ne quittent l’ouvrage que lorsqu'il est entièrement terminé. Îl existe encore-une espèce de termès, infiniment plus rare Tone VIL--No. VI. C

218 Le Ver de Terre et le Ver à Soie,

que les belliqueus : ce sont les termès voyageurs. ls marchent en colonnes serrées, sur douge ou quinze de front, Ces colonnes sont composées de vannes au milieu desquels on apperçoit quelques soldats.. Pendant. qu'ils cheminent de la sorte, avec la plus grande vitesse, d’autres saldats sont répandus des deux côtés des colonues,.à la. distance d’un au deux pieds, faisant des patrouilles, et veillant à ce qu'aucun ennemi ne vienne troubler 1a marche des travailleurs. Mais ce qu'il y à de bien plus extraordinaire, c'est de voir encore d’autres soldats juchés sur les feuilles des plantes voisines, à douze ou quinze pouces de terre, et placés ainsi en vedettes, afin de pouvoir avertir de tout ce qui se*passe aux environs Chaque fois que cette garde vigilante frappe des pieds sur la feuille, tout le corps d'armée jui répond par un sifflement. Cette marche guerrière, ou si l’on veut, cette marche militaire, se termins toujours par la rentrée de tout le corps de troupes dans la terre, par deux. ou trois trous qui ont été vraisemblablement pratiqués par l'avant-garde; lorsqu'ils ne sont pas le commencement du chemin couvert qui conduit à la ville des termès voyageurs. Ïl y a aussi, d'après le räppott de Srepmax, des ss d'an pouce de longueur, et extrèmement noires; qui dépouillent, en très peu de temps, un arbre de toutes $es feuilles, qu'elles découpent ensuite en petits morceaux, de la forme d’une pièce esix sous, pour les emporter sous terte. Rien n’est plus amusant que de voir ces armées de fourmis, chacune avec soh morceau de feuille verte, suivre continuellement la même route. Il paraît certain que ces feuilles servent de noürriture à leurs petits.

Page 1