La bibliothèque de Charles d'Orléans, comte d'Angoulême au château de Cognac en 1496
CHARLES d'ORLÉANS, comte d'AngouIême, père de François P', mourut à Châteauneuf, le 1" janvier 1496. La bibliothèque laissée par ce prince et conservée au château de Cognac, résidence habituelle des Valois- Angoulême, fut inventoriée les 20 et 21 novembre 1496, par François Corlieu, lieutenant général du sénéchal d'Angoumois, pour très haut et très puissant prince monseigneur le duc d'Orléans (depuis Louis XII), et très haute et excellente princesse madame la comtesse d'Angoulème (Louise de Savoie), tuteurs du jeune comte François et de sa sœur 3Iarguerite. Corlieu s'adjoignit, en qualité de greffier, maître Hélie duTillet, notaire royal , fit jurer h la comtesse de « bien et loyaument montrer et exhiber tous et chacuns des biens meubles , lettres, titres et enseignements qu'elle avait ou pouvait avoir par devers elle ou autres appartenant à ses
-enfants, » et proccda ensuite h linventaire de tous les biens meubles, en présence de Hélie de Poliguno , sieur de Fléac, et Geoffroy du Puy-du-Fou , sieur (i'Amailloux, désignés par la veuve du comte Charles pour l'assister.
Le catalogue commence par un manuscrit de Boccace, historié et armorié. Il comprend plus de 180 volumes en 75 articles , les uns manuscrits, les autres imprimés. Labibliolhèquedu comte d'Angoulême, sans être aussi riche que celle laissée par le comte Jean (1) son père , renferme néanmoins de beaux livres et peut prendre un rang honorable parmi les bibliothèques princières du temps.
Dans l'inventaire de 1496, fort irrégulier du reste, et peu explicite en ce qui concerne les livres (2), nous n'avons pu reconnaître aucun des premiers produits de nos presses angoumoisines. A l'époque de la mort de Charles d'Orléans, Angoulême possédait cependant une imprimerie depuis cinq ans (3) , et il est fort pro-
(1) Inventaire des livres trouvez en l'armoire de feu Monseigneur, le premier jour de juing l'an mil inr lxvii. Cet inventaire inédit contient 467 articles; nous le publierons prochainement.
(2) Plusieurs livres manuscrits de la bibliothèque du comte Jean doivent se retrouver dans celle de son fils. L imperfection de l'inventaire de 4496 permet difficilement de les reconnaître. Nous indiquerons ceux d'entre eux qui nous paraissent avoir cette provenance.
(3) L'imprimerie fut établie à Angoulême en 1491. Le premier livre connu sorti des presses angoumoisines porte cette date. Le Grœcismus d'Eberhard de Réthune parut deux ans plus tard ; mais , <;omme le premier, il est sans nom d'imprimeur. Cette édition du iGrœcismus de 149R à .\ngoulême parut longtemps douteuse k
bable que le comte d'Angoulème avait fait entrer dans sa bibliothèque les quelques ouvrages imprimés au chef-lieu de la province depuis 1491, ouvrages qui se sont perdus ou auront pu se trouver réunis , sans désignation particulière, aux livres qui n'ont pas été l'objet d'un inventaire spécial et détaillé.
La publication du catalogue des librairies de nos comtes d'Angoulème, si elle n'ajoute pas des documents nouveaux à l'histoire littéraire du XV siècle , prouvera du moins que Charles V et Philippe le Hardi de Bourgogne , le duc d'Orléans et le duc de Berry ne furent pas les seuls princes de la famille du roi Jean qui prirent plaisir à rassembler des livres. Cet amour des lettres, qui distingua les Yalois-Angoulème, était un précieux héritage qu'ils léguèrent à leurs descendants (1).
l'abbé de Saint-Léger, malgré l'assertion de Prosper ?^iarchand ; mais Saint-Léger changea d'avis lorsqu'il vit annoncer : Auctores VIII, etc., Engolisnia^, 1491, in-i», dans Y Index Uhrorum du P. Xavier Laire, part. -2, p. 68, n^ 14. Nous reproduisons le titre complet de ces deux ouvrages :
1" Auctores VIII : nempe Calho , Facetus . Theodulus de contemptu mundi , Florelum, Alamis de parabolis, fabnlae Aesopi et Thobias. — în fine : felir libclloriDn finis qxws auctores vulgo nppellant corrector. impressor. (jue Engolismc die XVII. mensis maii anno Domini M. CCCC. LXXXXI, in-4", sans nom d'impritneur.
'2° Grœcismus de figuris et octo partibus orationis cum eœpositione Johannis Vincentii Metulini aquitannici in Pictaviensi univer sitate regentis. Angolismi , 4493, in-î».
Le premier de ces ouvrages avait été signalé déjà comme le premier livre imprimé à Angoulème, par notre honorable et, savant collègue et ami, M. Eusèbe Castaigne, bibliothécaire, (\a.ns son Indicateur angoumoisin (p. 6-2), publié en 4838.
(1) Le comte Jean le P>on composa, pendant sa captivité en Angleterre, un recueil de préceptes latins intitulé le Caion mora-
Les bibliothèques de Jean et de Charles d'Orléans (1467 et 1496), augmentées par Louise de Savoie, allèrent sans doute plus tard, avec les livres apportés de ^'aples par Charles VIII et les acquisitions ou les conquêtes de Louis XII à Pavie, se fondre avec la librairie du duc Charles d'Orléans pour former la bibliothèque de Blois sous François I", qui en ordonna la translation à Fontainebleai! en 1544. Celte collection comptait alors 1,890 articles, dont 110 seulement imprimés. Henri IV la fit transporter à Paris en 1595, chez les jésuites du collège de Clermont. Après de nombreuses vicissitudes , cette bibliothèque fut enfin installée en 1721, par ordre du régent, dans la rue Richelieu.
Le catalogue de la librairie du comte d'Angoulême , dont nous avons fait prendre copie a la Bibliothèque Impériale (f. des Bl. Mant., vol. 49, P 267), est intitulé : Coppie de l'inventoire des biens 'meubles demeurez du décès et trespas de feu monseigneur le conte d'Ancjolesme.
Usé. Un manuscrit des poésies de son frère, Charles d'Orléans, contient également quelques pièces de vers de ce prince.
François 1er, en outre de ballades, épîtres et chansons , écrivit en Espagne une relation en vers de sa campagne d'Italie.
Marguerite est l'auteur de poésies recueillies en -1047 et de contes et nouvelles souvent réimprimés.
Henri II adressa quelques vers à sa maîtresse Diane de Poitiers ; Charles IX fut poète et composa la Chasse royale; sa sœur Marguerite, première femme d'Henri IV, a laissé des mémoires intéressants.
Nous terminerons en citant encore Louise de Savoie , Jeanne d'Albret, sa petite-fille; Henri de Valois, grand prieur, bâtard d'Henri II ; Charles de Valois, duc d'Angoulême , fils naturel de Charles IX et de Marie Toucliet.
Ce précieux document n'existe donc point à la Bibliothèque à l'état d'original. Nous ne savons si l'on pourrait retrouver ce dernier dans le n° 2529 du tome II du catalogue analytique des archives de M. le baron de Joursanvault, décrit sous ce titre : Un volume grand in-A", dos de maroquin, contenant l'inventaire de la librairie et des meubles du duc d'Orléans (lisez comte d'Angoîdême) au château de Cognac, 1496.
Ce catalogue, tout imparfait qu'il est , peut encore , croyons-nous, fournir d'utiles indications. Nous n'hésitons donc pas à le publier. Nous réclamerons seulement quelque indulgence pour les lacunes ou les Terreurs que présentera ce travail qui péchera nécessairement en plus d'un point. Nous trouverons notre excuse dans notre éloignement des grands dépôts publics de Paris et dans le peu de ressources qu'offrent nos bibliothèques départementales, difficultés bien grandes contre lesquelles ont à lutter chaque jour les travailleurs de la province.
Après les écrivains et les bibliographes que nous avons soin de citer toutes les fois que des emprunts leur sont faits, nous avons souvent consulté les publications de MM. Barrois, Le Roux de Lincy et Hiver de Beauvoir (1).
(1) J. Barrois. — Bibliothèque protypographique ou librairies des fils du roi Jean, Charles V, Jean de lierri, Philippe de Bourgogne et les siens. Paris, 4830, in-4°.
Le Roux (le Lincy. — La Bibliothèque de Charles d'Orléans à son château de Blois, en I4"i7. Paris, 1843. in-S».
Hiver de Beauvoir. — La librairie de Jean, duc de Berry, au château de Mehun-sur-Tèvre , 1416. Paris, 1860, in-S".
— lo-
ir.
CHARLES d'ORLÉANS, comte d'ANGOULÉME, fils de Jean d'Orléans et de Marguerite deRohan , naquit en 1459. Agé de neuf ans à la mort de son père, il resta sous la tutelle de sa mère , à qui le roi Louis XI donna pour coadjuteur honoraire Yves du Fou , gouverneur d'Angoumois. Son mariage fut proposé , si nous en croyons les chroniqueurs François de Corlieu et Vigier de La Pile (1), avec Marie de Bourgogne, fille (le Charles le Téméraire et d'Isabelle de Bourbon , qui épousa Maximilien d'Autriche. Cette assertion nous paraît romplètement dénuée fie fondement. Corlieu et Vigier de La Pile auront fiiit confusion. Il existe en effet aux Archives Impériales (2), h la date de décembre 1481, un contrat de mariage de Charles, comte d'Angoulême, et de Charlotte, fille du duc de Brabant, comte de Nevers ;3), contrat qui ne tut pas suivi d'exé-
(4) François de Corlieu. — Recueil en forme d'histoire de ce qui se treuve par escrit de la ville et des comtes d'Angoulestne , p. 48, col. 2, de la réimpression publiée à Paris en I8i6, par M. l'abbé J.-H. Michon, d'après l'édit. d'Angoulême de 1623.
François Vigier de La Pile. — Histoire de l'Angoumois, publiée en 4846, par M. l'abbé J.-H. Michon. Paris, in-4'^, p. xliv, col. 2.
(2) Archiv. imp., p. 1403.
(3) Jean de Bourgogne, comte d'Étampes et de Nevers, fils du troisième fils de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, naquit en -1415, le jour même où son père était tué à la bataille d'Azincourt. — Devenu comte de Nevers et de Rethel en 1464, h la mort de son frère Charles, décédé sans entants légitimes, ce prince prétendit à la succession de Brabant, qui depuis la mort du dernier duc, en 1430, était passée à la branche aînée de Bourgogne.
cution, nous ne savons pour quel motif. Cette date de 1481 concorde, à quelques mois près, avec celle de « mil quatre cens octante » fixée par Corlieu , peu exact en chronologie, et qui oubliait que Marie de Bourgogne, à cette époque, était mariée depuis au moins trois ans avec Maximilien (20 août 1477), et mère depuis deux ans de Philippe le Beau [né en 1478).
Le comte d'Angoulême épousa, par contrat du 16 février 1487 (vieux style), LOUISE DE SAVOIE , née le 11 septembre 1476 de Philippe II, dit sans Terre, comte de Bugey et seigneur de Bresse, puis duc de Savoie (1), et de Marguerite de Bourbon. Cette princesse lui apporta en dot trente-cinq mille livres (2).
Mort sans héritiers mâles en 1491, Jean avait eu de sa seconde femme Paule de Brosse, dite de Bretagne, morte en 1479, Charlotte, comtesse de Relhel, mariée à Jean d'AIbret, seigneur d'Orval, et morte en 1300.
(1) Philippe succéda au duché de Savoie par la mort de Charles II, son petit-neveu, mort enfant en 1496, fils de Charles. Ce Charles et Philippe étaient enfants d'Amédée, beau-frère de Louis XI , frère de Charlotte de Savoie , sa femme , et Amédée et Charlotte étaient enfants de Louis de Savoie, mort en 1463. Philippe, père de la comtesse d'Angoulême, mourut le 7 novembre
(2) «En faveur et contemplation duquel mariage, iceluy monsieur de Bresse sera tenu , promet et gage payer et bailler au dit monsieur le comte d'Angoulême ou au porteur de ces lettres pour luy la somme de trente-cinq mille livres tournois. » La somme devait être payée en trois pactes : 1° 13,000^ le jour des épousailles; 2» 10,000^ au jour Saint-Jean-Baptiste 1489, et le résidu montant à 10,000^ tournois à la Saint-Jean-Baptiste 1490.
(Contrat passé par-devant Ant. Satin et Pierre Pichon, clercs notaires du roy au châtelet de Paris.)
Les trente-cinq mille livres de 1488 représenteraienlde nos jours, au prix du marc actuel, la somme de 840,000 fr.
Le comte Charles eut une vie assez courte et peu remplie de faits militaires. Il fit cause commune avec son cousin Louis d'Orléans et prit les armes en 1485. Ce prince tenait tout le pays autour de la Charente. Comme Dunois h Parthenay, qui avait réuni un grand nombre de gens sans aveu et de vagabonds , Charles avait mis des troupes sur pied et fortifié Cognac, où il résidait, ainsi que la place d'Angoulême. Cependant il inclinait vers la paix et travaillait à rapprocher les partis. Il n'était pas sans inquiétude, lorsqu'il apprit que Charles VIII et sa sœur Anne de Beaujeu se préparaient à entrer en Guyenne pour réduire la ligue des seigneurs. Le roi arriva bientôt à Poitiers. Comme il poursuivait son voyage de Poitiers à Blaye, il reçut la soumission du comte d'Angoulême, qui l'avait rejoint à Bourg.
Le duc d'Orléans fut battu et fait prisonnier (1488). Le comte se hâta d'intercéder pour le chef de sa maison. Il dépêcha dans ce but deux de ses gentilshommes auprès du roi pour demander sa délivrance ; mais ses lettres restèrent longtemps sans effet, et le duc ne fut délivré qu'après trois ans de captivité.
Le comte Charles, armé chevalier à l'assaut d'Avesnes, reçut de Charles VIII le gouvernement de la Guyenne (1489). A l'époque du mariage du roi avec Anne de Bretagne, il se rendit à Paris pour assister à l'entrée solennelle de la reine. L'expédition de Naples appela bientôt au delà des monts l'élite de la noblesse française. Le comte d'Angoulême se préparait à suivre le duc d'Orléans, qui précédait le roi en Italie, lorsqu'il reçut l'ordre de ne pas quitter le royaume. Des instances fréquemment renouvelées pour obtenir la levée de
cette défense ne furent point couronnées de succès, et Charles dut se résigner, et se borner à aider les princes et l'armée de secours en argent. Après la bataille de Fornoue, il envoya quarante mille francs au duc d'Orléans. Charles VIII , qui avait perdu ses bagages et qui manquait de tout à son arrivée à Asti , fut heureux de trouver cette somme (1). Il s'en empara et poursuivit sa route d'Asti à Verceil pour rentrer bientôt en France.
Le comte d'Angoulême mourut à l'âge de trentesept ans. Son corps fut enterré dans l'église cathédrale de Saint-Pierre d'Angoulême, auprès de celui de son père, et son cœur, porté aux Célestins de Paris, prit place auprès du cœur du comte Jean , dans la chapelle d'Orléans. Ces précieux restes y furent conservés religieusement jusqu'en 1792.
Le comte Charles avait eu deux enfants de Louise de Savoie :
I. FRANÇOIS, d'abord comte d'Angoulême et duc de Valois, puis roi de France, né à Cognac, le 12 septembre 1494, mort à Rambouillet , le 31 mars 1547.
II. MARGUERITE d'Angoulême, duchesse d'Alençon et de Rerry, puis reine de Navarre , née au château d'Angoulême, le 11 avril 1492, morte au château d'Audos, dans le pays de Tarbes, le 21 décembre
Ce prince laissa encore trois filles naturelles :
(i) J. de Saint-Gelais. (Hist. de Charles Vlll, par Guill. de Jaligny, André de La Vigne et autres.) Paris, -1617, 4 vol. in-4o, p. \m.
I. JEANNE, bâtarde d'Angoulême (1), comtesse de Bar-siir-Seine, née d'Antoinette de Polignac, dame de Combronde, et légitimée par lettres de Louis XII au mois d'août 1 501 . Elle fut mariée en premières noces à Jean Aubin, seigneur de Malicorne et de Surgères, et en secondes noces à Jean de Longwy, seigneur de Givry et de Fontaine-Française; elle en eut trois filles ; r Françoise, première femme de Philippe Chabot, amiral de France, qui eut postérité; 2° Jacqueline, deuxième femme de Louis de Bourbon II , duc de Montpensier, et 3° Louise, abbesse de Jouarre.