Les Hardiesses des rois , par Pierre Sala
Volume in-folio pano de 90 feuillets, vélin, lignes longues, deux miniatures, initiales ; commencement du X\n' siècle. Relié autrefois en veau sur bois, aujourd'hui en veau racine , au chiffre de Charles X sur le do.?. — >'° 701". Fontainebleau n* 921 ; — anc. catal., n" 180).
Pierre Sala écrivit le livre des Hardiesses des rois dans la maison de l'Antiquaille, à Lyon, que FrançoisI»"' luiavaitpermis d'habiter. La Bibliothèque en possède deux exemplaires. L'un, qui fut sans doute donné à François P"", porte le n" 191 , supplément français. L'autre manuscrit, celui décrit sous ce numéro, présente avec l'autre d'assez grandes difTérences. L'épître dédicatoire à François l*"" est en vers hexamètres léonins. Les Hardiesses de Pierre Sala sont au nombre de vingt-huit. A la suite de la Hardiesse de Charles VIII , est l'épitaphe faite à ce prince par Octa vien de Saint Gelais, évêque d'Angoulême , commençant par ces mots :
Le hault seigneur qui en tous siècles reone . Quant il lui pleust faire faillir au règne.
La Hardiesse de François !'•• contre un sanglier, dans la cour du château d'Amboise , a paru dans la Bibliothèque de l'école des Chartes, t. IL (Manuscrits français, t. V.)
L'auteur, que nous trouvons ailleurs appelé Nicole Sala (i), avait été valet de Louis XI et de Charles VIII , pannetier du dauphin Orland, puis maître d'hôtel de Louis XII. A son avènement au trône , François I^' lui avait donné sa retraite et l'avait envoyé finir ses jours dans son hôtel de l'Antiquaille , à Lyon. Sala écrivit alors pour l'amusement et la glorification de son souverain son livre des Hardiesses dont nous citerons le quatrain dédicatoire :
Vostre loyal serviteur et subget , Obéissant , vous envoyé ce gel ; Dont nul avoir il ne quiert ne pourchasse , Fors ung petit de vnsire bonne grâce.
(1) Eysenbach . Histoire du hinson. Tours. 1S48. in-S"
Voici le lôcil du combat île François I*"" contre un sanglier, livré le 2-1 mai lodS :
. Ce fut au temps que le beau roi î'rançois fil le mariage du gentil duc de Lorraine et de M"« Keii.:e de Bourbon. En ces noces il ne vous faut demr.iider quelle compagnie y fut, car je vous peux bien dire qu'elle pouvoit être comparée aux assemblées qui jadis se réunissaient en l'hôtel du bon roi Arlus, car tant y eut à cette fois de princes, de princesses, dames et demoiselles,, chevaliers et gentilshommes, que tout le château d'Araboise en fut plein. Le roi, qui sans cesse ne faisait que penser comment il pourrait de jour en jour donner plaisir à cette brillante société, s'avisa, entre autres passe-temps, d'envoyer ses veneurs en la forêt d'Amboise, pour là trouver le moyen de prendre, à force de cordes, quelque vert sanglier de quatre ans et le lui amener tout vif. Ce qu'il commanda fut fait; car un sanglier tel qu'il avait devisé fut pris et mis dedans un grand cofTre fait de gros barreaux de chêne, bien bandé de fer, propice à ce métier; et après avoir le trappon du coffre bien fermé, fut mis sur un char et irainé jusque dans la cour dudit château.
.. Le roy qui moult désirait de le combattre en ce lieu corps à corps devant les dames, en fut détourné par les prières de la reine et de madame la régente sa mère. Si s'en départit par amour d'elle, et pensa alors qu'il ferait attac'aer des fantômes à cordes au milieu de cette cour, pour voir comme cette furieuse bête les assisterait de prime vue. Sa bauge était fi'iite en un coin, tonte couverte de branches et feuilles.
. Or, il y avait à l'entour de la cour du château des galeries basses et hautes, et quatre escaliers par où on entrait et montait aux galeries. Tous ces passages très bien bouchés de gros bahuts, cotîres et autres choses pour empêcher le sanglier d'entrer dans les galeries, qui étaient si pleines de gens que les uns montaient sur les autres. Le roi, qui s'était placé sur la galerie située entre le portail et les chambres de la reine, qui étaient presque devant le puits, devisant avec ses gentilshommes, attendait que les dames fussent placées et arrangées de manière à voir tout h leur aise, et que le moment propice fût venu de commander que la trappe fijt haussée et qu'on jetât le sanglier hors, pour s'amuser de ses escarmouches.
« Le roi donc , voyant son point , fit signe à ceux qui en étaient chargés de hausser la trappe pour livrer passage à la méchante bête, ce qui fut aussitôt exécuté. Si en sortit hors très furieusement le sanglier hérissé, et faisant claquer des défenses comme