‹ La bibliothèque de Grenoble, 1772-1878Chapitre 30 sur 34 · béjuy · texte numérisé non relu

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Il est bien évident que cette liste, quoiqu'elle contienne treize noms de plus que celle qui a été donnée par mon prédécesseur et celle qui est gravée sur les tables de marbre, dans le vestibule de la Bibliothèque, n'est pas encore complète, puisque M. de Sauzin, qui était président de la direction de la Bibliothèque depuis sa création,, dit (vers 1 783) : « que les frais de premier établissement avaient coûté 120,000 fr. (V. p. 51), et ces frais furent couverts par les souscripteurs. »

' Ces secrétaires étaient: MM. Chaumas, Laforte, Boisset et Reinier.

J'e&père, avec le temps, compléter ce « Livre d'or » de la Bibliothèque» et le faire suivre de la liste de tous les donateurs sans exception. Cette liste, qui exigera plusieurs feuilles d'impression, trouvera sa place dans les « Annales de la Bibliothèque » que je compte bien publier quelque jour. Quand le Dieu de la Bibliothèque me fera quelque loisir, au lieu de lui offrir — comme Virgile à Auguste — le sang d'un agneau, je lui offrirai ces Annales, et je suis sûr que mon offrande lui sera plus agréable que le sang de plusieurs troupeaux de n'importe quelles bétes.

Lettre de M. de Belxnont aux Directeurs

Il A la BinlmT.nAmiA

Au Château de Varces, le 2 septembre 1776.

Je reçois, Messieurs, avec toute la reconnoissance que je dois à tout ce qu'ont de flatteur pour moi les sentimens dont veulent bien m'hônôrer des patriotes tels que vous, la lettre que vous m 'a vés fait l'honneur de m'écrireàToccasion du raédaillier que je remis il y a quelques jours à Tun de vos très aimable et très estimable collègue, pour le faire parvenir à la bibliothèque j)u'b]ique et vous l'offrir de ma part, non comme un don, mais à titre de tribut patriotique ou plustôt comme une dette qu*il me tardoit d'acquitter. Ce médaillier, vous le sçavés. Messieurs, n'êtoit entre mes mains qu'un dépôt, consacré depuis long temps par une destination qui n'a jamais varié, quoiqu*à regret suspendue par les obstacles que rencontra, dans le temps, un projet

que vous me rappelles d'une façon si flatteuse et dont Texécûtion m'eut procuré Thonneur de poser la première pierre du grand Edifice, dont le suffrage public et un choix éclairé vous ont déférés la direction ; mes vœux du moins, quoiqu'un peu plus tard, ont étés bien remplis et j'aurai toujours à jouir de la satisfaction secrette d'avoir, avant tant d'illustres émules, lancé dans le sein de la Patrie une heureuse étincelle qui bientôt fit éclôrre cet embrasement d'émulation générale auquel nous devons un établissement si propre à y faire germer à jamais le goût de la littérature, des sciences et des arts et qui déjà, dés sa naissance, réunit tant de richesses I Mais ce n'est pas assez d'avoir franchi les premiers pas, et c'est sans doute à vous. Messieurs, qu'est réservé l'honneur d'élever à la Patrie de nouveaux trophées I Dépositaires de ses thrésors littéraires, vous lui devés de nouveaux efforts pour sa gloire ; vos assemblées semblent être déjà tout à la fois et les préludes et les présages d'une académie naissante, et les talents épars n'attendent qu'un signal pour venir se rassembler autour de vôtre œgide sous les lois d'une heureuse confœdérâtion. Echo du vœu public, j'ai crû. Messieurs, vous devoir cette effusion patriotique et ce sera toujours avec le plus vif empressement que je saisirai toutes les occasions de cultiver les sentimens que vous voulés bien me témoigner, et de vous convaincre que rien n'égale ceux de considération, d'estime et d'attachement, avec les quels je vous prie de me croire audelà de toute expression. Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.

Le M'* de Belmont.

Mémoire de M. de Sauzin à

Monsieur de BeruUe fils m'a communiqué, Monsieur, la notte que vous lui avez remise concernant la bibliothèque publique de Grenoble, lors du travail que vous avés fait concernant le collège de la même ville ; comme je me trouve Président de la direction de cette œuvre depuis son établissement, je crois devoir vous en faire connoitre dans un détail plus exact que celui qu'on a pu vous fournir, Torigine, le progrés et la constitution ; vous me permettrésd'y ajouter quelques réflexions sur un objet si digne d encouragement pour le genre de son institution, unique peut-être dans le royaume, par les circonstances de sa formation.

Feu M. de Caulet, évêque de Grenoble, pendant le cours de son épiscopat, qui a duré cinquante cinq ans, avait formé une bibliothèque de quarante deux mille volumes.

On avoit espéré pendant quelque temps qu'il la destinait à être publique, mais il n'en disposa pas, elle resta dans sa succession qui fut dévolue à M. le marquis de Grammont son neveu.

La disparution de ce trésor littéraire frappa tous les esprits : le projet de l'acquérir pour le rendre public, fut fait par des citoyens zélés, et adopté avec empressement par des corps et des particuliers. Une souscription fut ouverte, et lorsqu'elle fut portée à une somme qui permettait d'espérer le succès de l'établissement, une assemblée générale des souscripteurs fut tenue ; ils choisirent douze d'entr'eux à qui ils donnèrent pouvoir de traiter de l'acquisition des livres, de rechercher un local capable de les contenir, et de faire à cet égard toutes les conventions, nécessaires. Il fut arrêté quils rendroient compte de leurs démarches a une autre assemblée générale, que le nombre des directeurs seroit porté à vingt cinq. L'assemblée fut tenue en son *

tems et le bibliothécaire fut nommé : il fut décidé qu'il seroit du nombre des vingt cinq directeurs. MM. les souscripteurs me firent l'honneur de me mettre à la lête des douze qu'ils venaient de choisir, et, en cette qualité, j'eus l'honneur de rendre compte du tout à M. le chancellier et à M. le marquis de Honteynard, alors secrétaire d'Etat de la province, et leurs réponses furent approbatives.

L'acquisition des livres, fut faite au prix de 45,000 liv. , auquel M. le marquis de Grammont le réduisit pour conserver à Grenoble le monument formé par son oncle ; car je suis particulièrement instruit, ainsy que le public, qui'il lui avait été fait des offres bien plus avantageuses.

Il falloit un local spacieux pour emplacer cette collection. Sa destination devait être rendue publique, ce qui exigeoit un local commode pour le service. Nous étions autorisés à le chercher ou nous trouverions ces avantages reunis, le collège possédoit beaucoup de batimens dont une partie lui étoit inutile pour ses exercices. Les jésuites même ne s'en servaient de leur tems que pour leurs congrégations , qu'ils avoient multipliées suivant leurs coutumes. C'est de cette portion de bâtiment que nous traitâmes avec le bureau du collège, qui, par l'édit de fév. 1763, en avoit l'administration. Il nous céda le second et le troisième étage de cette partie de bâtiment, àcondition que nous nous chargerions de l'entretien du toit, et cette charge est si onéreuse qu'il a fallu tout notre zèle pour le bien public, pour nous résoudre à la prendre sur nous avec si peu de moyens.

Le terrein de l'emplacement une fois décidé, on fut obligé de le mettre en état de servir au nouvel usage auquel il étoit destiné ; je ne rappellerai pas en détail les difficultés qu'il fallut vaincre, les travaux nécessaires pour y parvenir ; ils furent longs et très dispendieux.

Pendant qu'on y travaillait, il nous fut représenté que nous pourrions y joindre un cabinet d'histoire naturelle. Une galerie ouverte au second étage joignoit la bibliothèque, neservoit à rien au collège, nous en demandâmes la concession, qui nous fut ac-

eordéesous les mêmes conditions, ce qui augmente encore l'étendue de nos engagements ; en sorte que la plus grande partie des batimens pour 1 entretien du toit est entièrement à notre charge et le collège en est exonéré; considération importante pour lui.

Le résultat de nos opérations a été, Monsieur, que, parle local actuel, on entre par une salle de 44 pieds de longueur sur 28 de largeur; elle conduit aune autre de 120 pieds de long sur 24 de large, ayant desfenestres à droite et àgauche, trois grands bureaux dans la longueur, et à chaque fenestre une table et un pupitre ; nous fournissons aux amateurs le papier, les plumes, et Técritoire.

En retour de cette grande salle, on va au cabinet d'histoire naturelle qui, par les dons qu'on nous a fait, est entièrement garni, et fait Tétonnement de tous ceux qui Tont vu.

L'ordre des avocats qui avoit ausy une bibliothèque la uni à la notre, sous la condition que deux de ses membres nommés par Tordre seroient associés à la direction comme députés de leur ordre, qui les nommoit au bout d'un certain tems. Nous nous engageâmes aussi à donner à MM. les avocats l'usage de la salle attenant le logement du bibliothécaire pour remplacer celle de leur bibliothèque, où ils tenaient auparavant les assemblées de leur ordre. — Cette salle est la même où s'assemble la direction, entre la grande salle de la bibliothèque et l'appartement du bibliothécaire.

Après deux ans de travail et de dépenses, la bibliothèque publique fut enfin ouverte ; peu de tems après fut proposée la jonction du cabinet d'histoire naturelle dont j'ai parlé, tout a été conduit à sa perfection, le public en jouit quatre jours de la semaine, m^tin et soir.

Cet établissement pour lequel nous n'avons eu d'autres fonds que la générosité des corps et des particuliers étonne tous ceux qni Tçnt vu, nous y avons dépensé plus de cent dix mille fr. Vous apprétierés par ce trait, Monsieur, la vivacité du zèle qui 1« fojpjpépt la con$t/iD^e ^\x patriotisme qui 1'^ exécuté.

C'est en cet état Monsieur, que le roy, par ses lettres patentes du mois de novembre 1780, enregistrées au parlement, a mis à cet établissement le sceau de son autorité, et nous ne voyons rien qui puisse infirmer la légalité de cette œuvre publique après cette autorisation.

Ce n'est pas tout, Monsieur, les augmentations qui se font chaque jour par des dons et des libéralités en livres et en objets d'histoire naturelle, en antiques, en médailles, nous ont convaincu de la nécessité d'augmenter notre local. Une occasiom s'est présentée de nous assurer un terrein voisin.

Une maison dite des repenties qui touchoit a l'appartement du bibliothécaire par ses murs, a été unie a une autre maison ditte la propagation. Les batimensde la première étant désormais inutiles, ont été mis en vente aux enchères. M. le comte des Adrets l'a acheté; nous avons acquis de lui la partie supérieure de cette maison qui nous touche, notre projet est de porter dans cette partie le logement du bibliothécaire ; et, en mettant à niveau de nos* salles le nouveau corps de logis que nous venons d'acquérir, nous aurons une salle de 116 à 120 pieds de longueur, en continuation de la grande et sur la même largeur. L'arceau de la première de 44 pieds fera l'entrée, ce qui nous donnera une salle de 230 a 240 pieds de longueur, avec les mêmes aisances. Il faudroit voir le local. Monsieur, pour sen faire une idée ; je puis vous assurer que nous serons bien récompensés si nous parvenons a l'exécuter. Ce sera une dernière preuve que nous donnerons au public de notre zèle pour son service.

Cette acquisition a été, sur la demande des directeurs, confirmée par le roy par lettres patentes du 9 fév. 1783, enregistrées au parlement. Seconde autorisation légale de notre établissement.

S. M. a même daigné nous donner en dernier lieu une marque

bien flatteuse de la satisfaction qu'elle a de notre conduite. M. le

baron de Breteuil nous a fait savoir par M. le duc de Tonnerre

' que le roy a bien voulu comprendre la bibliothèque publique

de Grenoble dans la liste des établissements aux quels S. H. fait

présent de tous les livres qui sortiront des presses de Timprimerie royale, et il en a déjà été remis. Ce surcroît de richesses que nous devons a un ministre aussi connu par l'étendue de son génie que célèbre par ses talents, est un témoignage préciSux de Tapprobation que S. M. veut bien accorder à notre zèle et a nos travaux qui ont élevé un monument si précieux a la province de Dauphiné et si honnorable à la ville de Grenoble.

Aussi depuis l'ouverture de la bibliothèque, voit on le public y abonder assidûment quatre jours de la semaine; La culture de Tesprit s'étend, les connoissances font un progrès sensible ; on y voit communément quarante ou cinquante personnes lire et travailler avec ordre et dans un silence qui prouve le bon emploi du tems.

Je suis toujours plus surpris lorsque je considère le point d'oik nous sommes partis, et celui où nous sommes, sans avoir eu aucun secours du Gouvernement. L'établissement se soutient et senrichit beaucoup, mais quelles sont nos ressources? mille fr. par an que M. Necker nous a donné, le parlement nous donne six cent livres, la ville autant, un honnoraire a chaque çéception davocat, quelques légères contributions sur les réceptions au parlement; avec cela nous payons le bibliothécaire, deux domestiques, les dépenses courantes; et comme on s'y attend bien, il nous reste plusieurs parties à acquiter.

Jaurois désiré. Monsieur, pouvoir abréger cette exposition de la naisssance, du progrés, et de l'état actuel de la bibliothèque publique, mais je vous avoue que nous ambitionnons fort votre approbation, ami des lettres comme vous l'êtes, homme de lettre très distingué vous même, par l'étendue de vos connaissances, vous serés plus en état que personne d'apprétier nos vues, nos motifs et notre conduite, nous avons aussy pensé que ce tableau historique était nécessaire pour préparer aux reflections que j*ai annoncé devoir le suivre.

La première que je présente, Monsieur, est que les souscripteurs sont les seuls et les vrais propriétaires de la bibliothèque, du cabinet et de tout ce qui accompagne le monument. Ils en ont confié

Tadministration a des directeurs limités à un certain nombre, mais si on peut sexprimer ainsy, nous ne sommes que leurs mandataires. S. M. nous a reconnu en cette qualité par deux lettres patentes accordées a notre demande, elle nous a autorisé à nommer nos successeurs, lorsque les places deviendraient vacantes, il est difficile de méconooitre à ces traits, une administration légalement caractérisée.

L'établissement de la bibliothèque couteaux citoyens quarante MILLE ECUS, et ce prix est fort augmenté par les dons qui nous ont été faits (*).

Modèle ' en relief de la Bastille.

(Longueur 1^02 ; largeur 0"53 ; hauteur 0'"42. — Longueur du plateau ou bassin sur lequel il repose: 1^20; largeur 0^19).

Ce modèle est un des rarissimes survivants des 83 exemplaires qui furent, en 1 790, envoyés gratuitement par le patriote Palloy à

* Je n*ai porté sur mon tableaa que 100^000 fr. (v. p. 6), mais j'explique dans une note que ce chiffre devait être plus élevé. Je n'avais pas alors connaissance de ce mémoire de M. de Sauzin. Il faut donc ajouter 20,000 fr. au chiffre de 100,000 des frais du premier établissement.

' La vraie place de cet article était sous le chapitre : Collection elhnographique et curiosités, appendice D; mais sa longueur nous la fait renvoyer ici.

tous les chef-lieux de département. Il est « fait des vestiges de la Bastille, c'est-à-dire, modelé en mortier et pierres broillés, de matériaux provenant de la démolition rassemblée et malgaraéeen plâtre ; tous les accessoires y annexés, tant grilles que portes, et autres petits détails, sortent des débris. »

Le plateau sur lequel il repose est un carré long, aux angles arrondis, dont les bords sont surélevés de 0"*08 pour figurer les fossés qui entouraient la Bastille. Le fonds est peint en couleur vert d'eau. Il est armé en dessous de quatre portants carrés en fer, dans lesquels on faisait glisser deux barres de bois pour le transporter à épaules, chargé du modèle de la Bastille, dans les cérémonies. Il était promené par quatre hommes dans toutes les fêtes civiques et notamment le 14 juillet, « comme un trophée de la liberté conquise», dit une délibération du Directoire des Hautes-Alpes.

Tout à côté du modèle en plâtre, j'ai exposé la gravure coloriée de la Bastille (0"78 en hauteur, 0"56 en largeur), qui porte cette dédicace autographe :

« Hommage fait au département de l'Isère, remis à la ville de Grenoble, chef -lieu.

Palloy, patriote. »

La pièce originale et inédite que voici, tout en témoignant que le maître maçon, quelque peu architecte, Palloy était alors plus riche de patriotisme et d'éous que d'orthographe , est pleine de rens^eignements aussi curieux qu'intéressants. Elle nous apprend encore que chacun des envois de ce patriote, un des grotesques de la révolution, était accompagné d'un «camarade, frère d'armes» et d'un ouvrier chargé de déballer et monter les pièces.

Yoici cette pièce, avec son orthographe:

JAQUEMOT

F" «Le Gai

1 qui fui I de Yen Là Gap.

«Le Gamarade»n qui fut chargé 1 de l'envoi fait I

Obsenrations.

Après avoir fait déballer les caisses, voir si les Bastilles sont entièrement garnies dehors.

Extérieur

Composées de 48 grilles de croisées et 2 grilles pour la porte, et de crochets à chaque croisée.

Les deux pont-le-vis avec chaînes,

La porte à deux venteaux et l'imposte,

La plaque de la grande inscription.

Celle de carton des officiers de chaque ville,

La plaque noir du devant et celles des huit tours,

Une capitulation en parchemin.

L'échelle de M. de La Tude, à la tour du trésor.

Dessus les Tours .

De quinze canons.

De dix barils.

De dix paquets de boulets.

Un drapeau,

Deux tampons, avec les soupiraux de canons, La S**-Barbe, garnie de poudre, Une bougie trouvée dessus.

Quatre pierres cy apret et les écrits, .Quatre guerrites, Huit souches de cheminées, Huit tourelles des escaliers.

^Mfa

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