GRANDE COUR
Un corps de garde.
Une bibliothèque,
Une grille à deux linteaux.
Un carcan et deux anneaux.
Un banc et deux consols,
Un peron de la chapelle.
Un peron de Tétat-major,
Une rampe de Tescalier de Tétat-major,
Intérieur "[ Un cadran marquant cinq heures et demie,
Une fleur de lis.
Une inscription.
Les marches des archives.
Une crémaillère et une chaîne,
Un réservoir.
Un tampon et son anneau.
Deux crampons.
Une échelle de mesure.
Attention
Que le nommé qui l'accompagnera dans
son voyage soit muni des outils nécessaires ;
D'ôter le couvercle de la caisse et la partager ensuite ;
On posera la Bastille sur son plateau ;
Faire tous les racordemens nécessaires ;
De tâcher qu'il n'y ait pas beaucoup de curieux lors du décaissement ;
De voir dans la paille si les grilles sont tombées ;
D'ôter la poussière avec un petit houssoir ;
De mettre le petit paquet de poudre contre la S'"-Barbe ;
De poser le drapeau dans une .des tours nommée la Bassinière et où il y a un trou pour le recevoir ;
De semer des petits morceaux de pierres près les créneaux qui sont démolis ;
De mettre la corde proche la potance ;
De mettre le cierge près la chapelle.
Olgection,
Etant arrivé à chaque département, ainsi qu'à chaque directoire, le Voyageur prononcera son discours et il demandera les noms des officiers du Directoire composant le corps de chaque département;
Il demandera aussi les noms des officiers de chaque corps de district;
Il laissera son pouvoir à chaque Département, et aura soin de prier qu'on lui en donne un récépissé, sans cependant paraître le demander, et ce, qu'à la fin de l'assemblée ;
Demander une recommandation de Département en Département ; ne pas trop entrer en matière de conversation ; éviter toute discussion ; écouter avec attention et suivre leur raisoûnement patriotique, et ne rien échaper de tout ce qui peut être utile à la chose publique et aux intérêts de M. Palloy ;
De veiller à la conduite de l'ouvrier ; faire attention qu'il ne reçoive rien directement, ni indirectement; et le soulager dans le cours du voyage si faire se peut ;
Que le Voyageur ait soin d'expliquer, pour ne pas mettre en erreur aucuns Départements, ni Directoire, sur le désir qu'aurait eu M. Palloy de leur envoyer un modèle semblable à celui qu'il a présenté à l'Assemblée nationale, qui aurait été un objet de près de 4,000 livres, mais que le modèle est fait des vestiges de la Bastille, c'est-à-dire, modelé en mortier et pierres broillées, de matériaux provenant de la démolition, rassemblée et malgaméo en plâtre ; que tous les accessoires y annexés, tant grilles que portes, et autres petits détails, sortent des débris.
Beaucoup d'excuses à faire par le retard de l'envoi, qui aurait fait plus d'effet dans un temps plus serein, mais la quantité et l'hommage qu'il fallait faire aux Représentants de la Nation ; cette pièce a causé seul un tems considérable à finir.
Les objets que tous les Voyageurs recevront en leur nom, poste restante, qui leur sera dressé par un de leurs amis ; ce paquet est pour être distribué aux membres du Directoire des districts.
Il renverra la petite carte qui sert d'épitaphe, ou il la gardera, à l'effet de ménager le port de lettre ;
Il m'écrira à chaque arrivée dans les départements, pour connaître Tesprit de celui d'où il est sorti, et leur patriotisme, d'après la réception.
La première caisse contient la Bastille et tous ses accessoiies.
La deuxième caisse contient le plateau, sur lequel est gravé le portrait du Roi.
La troisième caisse contenant :
Deux dessins encadrés, Tun représentant le tombeau des victimes trouvées dans les cachots de la Bastille ; l'autre, représentant le projet d'une pyramide, pour être élevée à Nancy ;
Un tableau sous verre, représentant les trois portraits : du Roi, M. De Lafayette et H. Bailly ;
Le bouquet du Roi ;
Le bouquet présenté à TAssemblée nationale ;
Un boulet et une cuirasse ;
Trois volumes des procès- verbaux de nos électeurs ;
L'histoire de la Bastille, en un volume ;
La Vie de M. de la Tude, en trois volumes ;
Un plan de la Bastille dans un étui de fer-blanc ;
Un petit paquet contenant des objets pour la Bastille ;
Des journaux en prospectus, de M. Bayart.
Une note pour une demoiselle * qui offre un Musée.
Ces deux derniers objets ne me regardent pas, je ne m'en suis chargé qu'à la prière qu'on m'en a faite.
Je prie mon Camarade, mon Frère d'armes, d'exécuter le plus qu'il pourra, et d'approcher aux conditions et supplications notées ci-dessus.
Palloy, patriote.
* Une demoiselle offrant un Musée ! Ventre de biche ! 11 y a de quoi faire rêver les conservateurs du... Figaro, bien autrement que ceux de nos Musées.
Ajoutons, pour compléter cette note, que, dans le but de fêter le 10 août comme il avait fêté le 14 juillet, Palloy envoya, en 1793, à chaque chef-lieu de département, une pierre de la Bastille sur laquelle était gravée la Déclaration des Droits de THomme.
Le patriote Palloy, royaliste constitutionnel, puis successivement girondin, montagnard, hébertiste, thermidorien, partisan du Directoire, bonapartiste enthousiaste, se réveilla bourbonien des pieds à la tête lors de la Restauration , et s'arrangea pour mourir (1835) philippiste après la révolution de juillet. Les curieux qui voudraient faire plus ample connaissance avec lui, n'ont qu'à se procurer l'ouvrage dont voici le titre : Episodes et curiosités révolutionnaires , 2® éd. Paris, G. Decaux, s. d., (1877). Ils trouveront dans ce volume (p. 1-16) de quoi se satisfaire amplement. L'auteur, M. Louis Combe, puise presque toujours ses renseignements aux sources la plupart du temps inédites ou inexplorées avant lui, et les vingt-huit dissertations ou études qu'il a réunies sous ce titre, sur plusieurs points controversés de la Révolution, réduisent à leur juste valeur bien des légendes historiques. Nos compatriotes du Dauphiné pourront y lire un chapitre sur le mot faussement attribué à Barnave: Périssent les colonies pltUôt qu'un principe.