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En étudiant ce tableau, en constatant combien infime fat le nombre de volumes entrés dans la Bibliothèque de 1773 à 1811 : 2,219 numéros qui représentent à peine les 6,000 et plus de volumes donnés en 1 773 par Tordre des avocats, on se demande ce que sont devenus, où sont allés les volumes des dépôts qui durent, en 1 797, être réunis aux bibliothèques existantes ou former le noyau de bibliothèques nouvelles.
Pourquoi la Révolution, qui fonda ou enrichit la plupart des Bibliothèques départementales, a-t-elle passé sur celle de Grenoble sans y laisser de trace sensible 7
Comment expliquer ce fait, dont les inventaires très-exactement tenus de la Bibliothèque établissent inexorablement la certitude, et qui est surabondamment prouvé par le Catalogue imprimé de la Bibliothèque? Ce Catalogue, qui contient tous les livres que possédait la Bibliothèque à la fin de l'année 1 839 , comprend 28,872 numéros, et celui très-bien fait de Mgr de Caulet 21,068 : la différence d'un Catalogue à l'autre est de 7,804 numéros. Dans le dépouillement des inventaires nous trouvons une différence en plus de 1,924 numéros, ce qui nous donne le chiffre de 9,728 ouvrages entrés dans la Bibliothèque de 1816 à 1840 , qui figure sur mon tableau.
C'est une énigme dont, jusqu'à présent, et quelque peine que je me sois donnée, je n'ai pu trouver le mot; mais je suis tenace et je finirai peut-être par le découvrir. En attendant, faute de documents précis, je ne peux que me livrer aux explications conjecturales et peu satisfaisantes que voici :
1® Le Dauphiné n'avait pas d'ordres religieux dits leUriSy les livres qu'ils possédaient devaient, pour la presque totalité, faire double emploi avec ceux de la Bibliothèque de Caulet, et le conservateur d'alors, l'abbé Ducros, ne devait pas voir avec plaisir ces dépouilles des couvents entrer dans la Bibliothèque, quoique ce fût le seul moyen de les préserver de la destruction.
2** Mon prédécesseur immédiat déclare que ces livres doubles furent vendus en partie et en partie donnés au Lycée. Je trouve,
d'autre part, qa'il en fat donné aussi» — pins tard, sans doute, — au Grand-Séminaire. Ces yentes, ces dons, eurent-ils lieu à la suite d'une note sans date, que j'ai recueillie il y a bien des années et dans laquelle on se plaint que lencombrement des livres entassés dans les galetas de la Bibliothèque, — 800 mètres carrés de superficie I — est si grand que la circulation y est impossible et que le poids de cet amas de livres est tel que les plafonds de la Bibliothèque menacent de s'effondrer?
3° Le sol de la principale place de la ville de Grenoble fut, pendant plusieurs années, couvert de livres. On les offrait aux acheteurs aux prix que voici : 1 sols h pas, les volumes ordinaires ; 15 sols la même mesure, les volumes bien reliés.
4^ Un cartonnier de ce temps-là achetait des tombereaux de volumes de format in-4^ et in-f* surtout ; il en arrachait les cartons pour son commerce et jetait le reste au papier.
Je tiens les faits articulés sous le numéro 4° et sous le précédent de quatre ou cinq contemporains qui achetèrent beaucoup alors.... au pas. Mais que faisait-on donc à Grenoble des décrets si précis et si tutélaires de la Convention ?
C'est ici le cas de parler des volumes provenant de la Grande- Chartreuse. Ce n'est qu'en 1813 que le bibliothécaire, M. Champollion-Figeac, reçut l'ordre de l'empereur de prendre dans le couvent de la Grande-Chartreuse les livres qui pourraient convenir à la Bibliothèque de Grenoble, et voici ce qu'il dit de sa mission dans VAlmanachde la Cour d'appel de l'année 1815: a Dans l'année 1813, la collection des manuscrits et celle des éditions du XV* siècle ont été augmentées d'environ 300 volumes. »
Les bâtiments de la Grande-Chartreuse, le mobilier, la bibliothèque, etc., étaient, depuis la dispersion des moines, confiés à un séquestre qui ne fut levé qu'à la rentrée des religieux.