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III. Histoire générale de Vart

IV. Matériaux pour l'histoire générale de Vart. Milizia, Hegel, Guizot, Quatremère de Quincy, Louis Vitet,

Charles Blanc, nous entretiendront tour à tour de la nature de l'art, de ses moyens d'expression, de ses règles, de sa dignité, de son idéal; Hogarth, Lotze, Tœpffer, Charles Lévêque , du goût, de la beauté. C'est dans cette partie qu'on trouvera le livre célèbre de J. Milsand sur John Ruskin, le grand apôtre de l'art préraphaélique en Angleterre.

Ce titre ne comprend pas plus de 18 ouvrages. Les théories pures, en effet, ne doivent pas compter sur une trop grande place dans la bibliothèque d'une Ecole où l'élève doit

trouver avant tout l'exemple, puis après le précepte, et réserver son opinion sur les théories pour le temps où son éducation artistique sera complète.

Aussi déjà le second titre : Du rôle de l'art dans le monde, se compose-t-il , à peu d'exceptions près , de recueils figurés où le texte est surtout explicatif et historique.

Dans le premier chapitre : Des religions , passant successivement des plus anciens monuments païens aux objets d'art chrétien les plus modernes , nous pouvons suivre des yeux, dans les recueils d'Overbeck, de Lajard, de Louis Millin , les évolutions de l'histoire des anciens dieux et des personnages héroïques. Arrivés à l'art chrétien, nous apprendrons avec Raoul Rochette, Napoléon Didron, les PP. Cahier et Martin, à reconnaître l'origine et à suivre les développements de l'idée chrétienne dans l'iconographie religieuse ; avec Luigi Canina, Albert Lenoir, et surtout avec le bel ouvrage anglais de Henry Gally Knight sur l'architecture ecclésiastique de l'Italie, nous suivrons l'histoire de l'architecture chrétienne. Ce titre comprend 1 7 ouvrages, tous de grande valeur.

Le second chapitre : De la société, se subdivise en six paragraphes. C'est ici qu'on peut commencer à reconnaître comment le Catalogue est véritablement un traité de philosophie de l'art. Suivons ces divisions ingénieuses, et nous verrons comment l'art et la société s'influencent réciproquement, comment la littérature à son tour va de l'un à l'autre, et finit par se confondre avec tous deux dans la magnifique unité de l'intelligence humaine. Destination des ouvrages d'art (Quatremère de Quincy); effets et influence de la peinture sur les hommes, sur leurs mœurs et sur le gouvernement (G. Marie Raymond); recherches sur les obstacles au progrès des arts en Angleterre (James Berry); idées sur la direction des

arts et sur le maintien du goût public (Léon de Laborde); tels sont les titres des ouvrages où les auteurs les plus éminents ont traité la grande question des rapports entre l'art et la société.

Vient ensuite dans des ouvrages spéciaux la non moins importante question de l'enseignement et du patronage officiel des arts, traitée d'abord exprofesso dans une série de quinze ouvrages dont quelques-uns portent les noms d'Emeric-David, de Victor Baltard, de Beulé, de Viollet-le-Duc. Un paragraphe séparé contient l'histoire et l'organisation des corporations et des académies. A côté de recueils de discours de Coypel, de Reynolds, on trouve les vieux règlements, les mémoires, les histoires des corporations d'arts et métiers.

La pièce maîtresse de cette collection est un recueil d'Académies « au nombre de 4 30 et plus », dessinées d'après le modèle vivant par les professeurs de l'ancienne Académie royale de peinture, depuis 4664 jusqu'en 4763. Beaucoup portent les signatures de Mignard, Jouvenet, Lafosse, Bouchardon, Audran, etc.

Un chapitre à part comprend le recueil des documents législatifs sur la réglementation des beaux-arts en France et à l'étranger. Ce n'est pas la partie la moins curieuse de la Bibliothèque.

Le paragraphe qui suit est consacré à l'art officiel qui comprend : Solennités et Fêtes; Entrées de villes; Funérailles. C'est dans la première partie qu'on trouve les Plaisirs de Vlsle enchantée ou les Festes et Divertissements du Roy à Versailles, en 4664, suite de gravures extrêmement curieuses par Israël Silvestre , et qui fait partie du Cabinet du Roy. La Russie a fourni ici un luxueux contingent : c'est la Description du sacre et du couronnement de Leurs Majestés

impériales Alexandre II et l'Impératrice Marie- Alexandrovna. Cet ouvrage, imprimé avec un luxe digne du sujet, est encore plus remarquable par les gravures sur bois et les excellentes chromo-lithographies dont il est orné.

S'il est vrai que l'état de l'art soit le plus sûr témoignage de la grandeur d'un peuple, la vue de ce livre et des autres publications russes de même valeur, que possède la Bibliothèque, est faite pour donner une bien haute idée de la civilisation russe. Elle est faite encore pour éveiller un autre sentiment, que nous avons trouvé très vif dans le cœur du directeur et du bibliothécaire, et dont nous sommes heureux de nous faire l'interprète, parce que nous le partageons : c'est le sentiment de la reconnaissance. La Russie, outre ce beau livre, en a donné trois autres : les Comptes-rendus de la Commission impériale, les Antiquités de l'empire de Russie, et les Antiquités du Bosphore cimmérien qui ne sont pas moins admirables.

Comment l'art et la littérature se touchent-ils, ou plutôt comment pourrait-il exister un seul produit où l'art et la littérature ne soient pas combinés dans une proportion quelconque, telle est la question qui résume le troisième et dernier chapitre du titre. Là sont rassemblés tous les ouvrages dont le caractère dominant est la littérature d'art. D'abord les rapports de l'art avec la société, comme par exemple dans le livre où sir J.-G. Wilkinson nous montre les mœurs et l'histoire des anciens Egyptiens, en comparant leurs monuments d'art avec les textes qu'ils ont laissés ; ou bien encore dans Y Histoire de France d'après les monuments, par Bordier et Charton. Viennent ensuite les symboles, allégories et emblèmes, comme Y Explication de la Danse des morts delà Chaise-Dieu, par Ach. Jubinal.

Les Salons , Expositions , Livrets , Critiques des œuvres d'art, forment à coup sûr une des plus intéressantes parties de la Bibliothèque. Parmi les 59 ouvrages qui s'y trouvent groupés, deux surtout sont faits pour attirer l'attention ; ce sont : De Vétat des beaux-arts en France et du Salon de 4840, par M. Guizot (Paris, 1810), et Salon de 4822, par A. Thiers (Paris, 1822), ce dernier rarissime. Rien n'est plus intéressant que de lire ces deux petits livres où l'on retrouve tout entiers, aussi entiers qu'ils l'étaient, ces deux hommes qui n'ont jamais changé d'un trait. A côté de ces illustres critiques, Louis Enault, Théophile Gautier, E.-J. Delécluze, A. Barbier, P. Mantz, A. Jal, viennent tour à tour donner leur jugement sur des Salons moins perdus dans la nuit des temps.

Viennent ensuite les écrits périodiques sur les beaux-arts, au premier rang desquels brille notre Gazette des beaux-arts française, à côté de la Gazette des beaux-arts de Lùtzow. Il y a dans cette section 8 ouvrages seulement : mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit ici de tous les beaux-arts en général , et que nous retrouverons d'autres livres, ceux-là spéciaux, sur l'architecture, la peinture et la sculpture.

Quant aux poèmes sur les beaux-arts, il n'en est pas un qui ait jamais justifié le mot d'Horace : Ut pictura poesis erit. En parcourant ces médiocres élucubrations, on reconnaît que si les arts sont liés entre eux par des rapports, ce n'est point du tout par quelque analogie dans les moyens d'expression, mais uniquement par une similitude d'effets propres à chaque art et inséparables de ses procédés spéciaux. Un art peut représenter le symbole ou l'allégorie d'un autre art, mais jamais l'effet.

Seize Dictionnaires et Encyclopédies, dont chacun vaut à

lui seul tous ces poèmes, ouvrent aux chercheurs et aux érudits les trésors de cette science facile qui permet de s'édifier en quelques minutes sur n'importe quel sujet. On trouvera là Baldinucci, François Brulliot (Monogrammes), Guénebault (Iconographie chrétienne), William Smith (Antiquités grecques et romaines); l'excellent dictionnaire anglais d'archéologie d'Antony Rich, celui des antiquités chrétiennes de l'abbé Martigny, et enfin cet intéressant Dictionnaire de l'Académie des Beaux-Arts, dont M. Ernest Vinet a été pendant quatre ans rédacteur auxiliaire.

Quelques mélanges de pièces relatives aux beaux-arts, quelques ouvrages de bibliographie en cette matière, complètent ce chapitre. Sauf les ouvrages de Rodolphe Weigel et de Georges Duplessis, qui sont généraux, les autres ne constituent que des bibliographies particulières.

Le titre III du Catalogue : Histoire générale de l'art, nous montre les origines et les développements, non pas de certains arts en particulier, mais de l'art en général, d'abord chez les anciens et particulièrement chez les Grecs, puis chez les modernes; et ici M. Vinet divise ses documents en généralités d'une part, et en histoire particulière, d'autre part, de chacun des pays de l'Europe.

On voit là : les ouvrages de Winckelmann, traduits en

français ou en italien ; les Leçons sur l'histoire et la théorie des beaux-arts, par Schlegel ; les Etudes sur les beaux-arts, par F.-B. de Mercey; YÉtude sur Vhistoire de Vart, par L. Vitet; les Manuels, de Vasari, de Clarac; le Mémoire sur l'ancien état des beaux-arts en Suède, par Brunn-Neergaard ; l'important ouvrage du comte Athanase Raczynski, sur Y Histoire de l'art moderne en Allemagne; les Ducs de Bourgogne, par Léon de Laborde.

La France y est représentée par les Monuments français inédits, de M. X. Willemin, et surtout par l'admirable publication des Archives de la Commission des monuments historiques ; l'Italie et l'Allemagne, par les curieux ouvrages de Ch. Fréd. de Rumohr, de L. Cittadella, d'Ernest Fœrster.

Le titre IV, Matériaux pour l'histoire générale de l'art, se divise en : Archéologie , Géographie d'art, Biographie universelle des artistes , et Biographie et Correspondance des écrivains d'art et des amateurs. Monuments, collections, vases, bijoux, médailles, costumes, armes, meubles, orfèvrerie, émaux, pierres gravées, recueillis dans toutes les époques et dans tous les pays ; missions et explorations scientifiques, voyages d'art; vues pittoresques; notices enfin et travaux de tout genre sur ces chefs-d'œuvre, tel est le domaine immense qu'il nous faut parcourir en quelques lignes. Ici la matière est si vaste que nous sommes forcé de nous borner à indiquer en passant, en courant, ce qui nous a le plus particulièrement frappé.

Dans le paragraphe des Monuments figurés, il faut signaler d'abord Les Tombeaux des Grecs, dessinés et publiés par le baron de Stackelberg, et surtout les Comptes-rendus de la Commission impériale archéologique de Saint-Pétersbourg, un des plus beaux ouvrages connus en ce genre. Il

ne faut [ras oublier, parmi les recueils d'archéologie, les Annales et le Bulletin de l'Institut archéologique de Rome et celui de l'archéologie napolitaine, deux collections des plus rares et des plus importantes.

Les Antiquités du Bosphore cimmérien, conservées au Musée impérial de l'Ermitage, nous montrent une des plus belles séries peut-être de vases antiques qui se puisse voir. La Bibliothèque ne compte pas moins de \ 9 ouvrages, tous de premier ordre, sur les vases peints.

Nous recommanderons encore le magnifique ouvrage des Miroirs étrusques, ouvrage allemand, par Edouard Gerhard, parmi 13 ouvrages sur l'Étrurie ancienne.

Un paragraphe particulier du Catalogue est réservé à Herculanum et à Pompéi.

Je me souviens de l'émotion extraordinaire que j'ai ressentie à la représentation de je ne sais quelle féerie, dont un des tableaux représentait Pompéi, non pas en ruines telle que nous la voyons aujourd'hui , mais en plein soleil , splendide de luxe et de gaieté, avec ses palais et ses temples polychromes, et animée par une foule aux vêtements bariolés de mille couleurs. A la pensée que tant de vie, tant d'art, tant de puissance intellectuelle, avaient été étouffés sous un peu de matière brute , les larmes me vinrent aux yeux , et je n'ai pas été le seul à éprouver ce sentiment. Mais combien il redouble lorsqu'on parcourt les recueils où sont reproduits les monuments et les peintures d'Herculanum et de Pompéi ! (1).

L'ouvrage allemand de Zahn, sur Les plus beaux ornements et les peintures les plus remarquables de Pompéi,

(1) Il est juste de rappeler ici que les costumes de ce tableau, dont les croquis ont figuré à l'Exposition du Costume, en 1874, au Palais de l'Industrie, sont l'œuvre de M Lacoste.

d' Herculanum et de Stabiœ , donne encore une idée plus étonnante de cette civilisation. Exécuté en lithographie coloriée, à une époque (1 828) où la lithochromie n'existait pas encore, il est d'une étonnante perfection, et d'une fidélité telle, que tout ce qui a pu entrer dans les dimensions du format de l'ouvrage est calqué de grandeur naturelle sur le mur. Les Maisons et Monuments de Pompéi, par les frères Nicolini, dessinés par Abbate et lithographies par Richter, peuvent rivaliser avec la première publication. Cette section spéciale comprend 10 ouvrages.

A propos d'un ouvrage de Wolfgang Helbig sur les peintures murales des anciens, nous nous permettrons de signaler à M. Vinet un travail de M. Benjamin Fillon sur la Villa et le tombeau d'une dame romaine, découverts en 1 847 à Saint- Médard-d es-Prés, aux environs de Fontenay-le-Comte. On a trouvé là un document unique sur la question : c'est, à côté des peintures faites par cette artiste sur les panneaux de sa villa, la boîte à couleurs et les couleurs dont elle s'était servie , couleurs si bien conservées que M. Chevreul a pu les analyser. Ces objets, absolument uniques dans l'histoire de l'archéologie, figuraient à l'Exposition universelle de 1867 sous le n° 1277 du Catalogue de l'Histoire du travail.

Les Explorations et missions scientifiques comprennent 27 ouvrages. Nous citerons particulièrement : d'abord {'Expédition d'Egypte, parles savants français; les voyages de MM. Léon de Laborde en Orient, F. de Saulcy autour de la mer Morte, Georges Perrot et Edmond Guillaume en Galatie et en Bithynie, Léon Heuzey en Macédoine et en Acarnanie, Ernest Renan en Phénicie, Jules Oppert en Mésopotamie; pour l'Angleterre, les beaux ouvrages de Fellows, de Layard, de C.-T. Newton sur la Lycie, Ninive et Haliearnasse. VEx~

pédition scientifique en Egypte et en Ethiopie, par Lepsius, 12 vol. in-plano, publiée à Berlin, est peut-être ce que la Bibliothèque possède Je mieux en ce genre.

Sous le titre de Mélanges d'archéologie classique sont réunies 14 monographies sur des sujets limités; nous trouvons là les noms de Panofka, de Quatremère de Quincy, de Lenormant, de de Witte, d'Heuzey.

Enfin l'archéologie gallo-romaine nous montre, parmi 9 ouvrages spéciaux, les trois principaux livres, Normandie souterraine, Sépultures gauloises, Seine-Inférieure historique et archéologique, du savant abbé Cochet, qui est, comme on sait, le grand-maître de l'archéologie gallo-romaine.

L'archéologie du moyen -âge comprend les monographies de monuments, les trésors d'abbayes ou d'églises, les armes et armures, la chevalerie, les costumes, les émaux et bijoux, enfin les musées et collections. Le plus ancien de ces ouvrages est VHistoire des hauts faits de l'empereur Maximilien 1er, par Treitzsaurwein. Quoiqu'il ait été publié seulement en 1775, les planches dont il se compose étaient gravées et conservées à la Bibliothèque de Vienne depuis le temps du règne de Maximilien , lequel était né en 1 459 et mourut en 1519. Nous avons donc là un des plus beaux et des plus rares incunables qui existent au monde. Ses planches sont tout ce qu'on peut voir de plus curieux, tant par la composition que par les procédés de dessin et par la bizarrerie des costumes. On voit là des batailles où les tas d'hommes et de chevaux empêtrés les uns dans les autres, le tout hérissé de lances, de flèches et d'épées, ressemblent à s'y méprendre aux batailles fantastiques de Gustave Doré.

L'Autriche figure encore brillamment dans cette série par un ouvrage qui est en cours de publication : Collection des

équipements et armes de la collection I. R. d' Ambras, photographiés par Grall, avec texte historique et descriptif par M. de Sacken. Il faut voir encore les Joyaux du Saint-Empire romain, œuvre de cette imprimerie impériale de Vienne qui a produit tant de chefs-d'œuvre. Ce livre colossal avait été donné par l'empereur d'Autriche à Napoléon III, qui en avait fait cadeau à M. Cornu. Cet honorable artiste l'a légué à la Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts. Il est renfermé dans un écrin, et relié en chagrin La Vallière avec compartiments, cadres en bronze doré, médaillons en argent bruni. L'auteur en est M. Bock, conservateur du trésor d'Aix-la-Chapelle.

Les lithochromies qui représentent les joyaux de grandeur naturelle sont autant de chefe-d'œuvre : c'est là qu'on peut voir la fameuse Couronne de fer, et s'assurer par ses propres yeux qu'elle est en or.

Les Antiquités de l'empire de Russie, contenant 520 planches chromo-lithographiques, ne forment pas moins de 6 tomes d'atlas en 4 volumes in-folio et 6 tomes de texte en un volume in-4°. C'est là un des plus précieux trésors de la Bibliothèque, et l'Europe artistique n'a rien produit en ce genre qui soit plus beau.

Citons toutefois, à l'honneur de la France, de l'Allemagne et de l'Italie , les Monuments d'art du moyen-âge chrétien dans les provinces rhénanes, par Weerth ; les Arts somptuaires, dessins de Ciappori, texte de Ch. Louandre et impressions en couleurs par Hangard-Maugé ; le Trésor de Véglise de Conques, par A. Darcel; le Dictionnaire raisonné du, mobilier français, par Viollet-le-Duc ; la Armeria Real de Madrid, texte par Ach. Jubinal et dessins de Gaspard Sensi ; enfin Y Orfèvrerie mérovingienne, les Œuvres de saint Éloi et la Verroterie cloisonnée, par Charles de Linas.

Les costumes de tous les pays et de tous les temps forment la matière de 16 ouvrages. Le livre italien de Lorenzo Roccheggiani donne tout ce qui se rapporte aux Égyptiens , aux Étrusques , aux Grecs , aux Romains : c'est un des recueils les plus curieux. On verra aussi avec le plus vif intérêt celui de Camille Bonnard. La Science du costume, par Hermann Weiss, est l'ouvrage imprimé le plus important de cette partie du fonds.

Une mention spéciale est due à YHistoire des arts industriels au moyen-âge et à l'époque de la Renaissance , par Jules Labarte. Ce livre, qui a coûté plus de 100,000 fr. à son auteur, est d'une exécution achevée. Certaines planches sont des chefs-d'œuvre. L'ouvrage se compose de 4 volumes de texte in-8° et de 2 volumes d'atlas in-4°. C'est un des livres les plus consultés de la Bibliothèque.

Mais tout est primé par les trois ouvrages de Théodore Valerio : Etudes sur les populations hongroises, etc.; Souvenirs de la monarchie autrichienne, et Populations des provinces danubiennes. Le premier de ces ouvrages se compose de deux suites , l'une de 80 aquarelles et l'autre de 80 croquis, tous dessins originaux de la main du maître. L'atlas est in-folio; les personnages sont en quart de nature. C'est une collection sans prix; comme intérêt, elle est incomparable, et à voir les petites lithographies cotonneuses de Valerio que les marchands ont vendues si longtemps, on ne se douterait pas de ce qu'il y a de vigueur, d'esprit et d'originalité dans le crayon et dans le pinceau de cet artiste.

Un dernier paragraphe réunit deux ouvrages sur les ruines du Mexique et de Palenqué ; l'un, les Antiquités mexicaines, d'Alexandre Lenoir; l'autre, les Monuments anciens du Mexique, par Frédéric de Waldeck, texte par Brasseur de

Bourbourg. M. Frédéric de Waldeck est certainement le doyen des artistes du globe, car il est aujourd'hui âgé de cent neuf ans. A une de nos dernières expositions, on a pu voir de lui un tableau portant cette inscription : « Loisirs d'un centenaire », et qui représentait une scène d'amour dans l'antiquité.

Le chapitre de la Géographie d'art se compose des guides artistiques, des publications et notices sur les musées, galeries, collections, peintures, et de voyages d'art dans tous les pays de l'Europe. On trouve là, outre les excellents guides anglais de Murray, tous les renseignements sur les trésors d'art de l'Angleterre, de la Prusse, de l'Allemagne et de l'Italie ; des descriptions de Paris , de Versailles ; des monographies d'églises, comme celle de Notre-Dame de Paris, par Lassus et Viollet-le-Duc; de la Cathédrale de Bourges, par les P. P. Martin et Cahier, de la Compagnie de Jésus; des Monuments et antiquités d'Arles, par Estrangin; la Galerie de Dresde; les Musées d'Espagne, par L. Viardot; la Description du Musée des antiques, commencée par Visconti et achevée par de Clarac; la Collection Sauvageot, par Alfred Darcel ; le Catalogue de la collection de M. Ch. van Hulthem, de Gand ; les descriptions des musées de Rome, Pio Clementino, du Capitole; le Vatican, de Pistolesi; La Peinture au Vatican, 346 photographies par Braun, et La Peinture à Florence, 64 photographies par le même.

Le paragraphe des Voyages nous offre, dans une série de 49 ouvrages spéciaux, les noms de Mérimée, de Caumont, Mercey, Alf. Darcel, Rey et Chenavard, et surtout le beau livre des Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, par Ch. Nodier, J. Taylor et Alph. Cailleux.

Parmi les Vues pittoresques , signalons d'abord la Grèce,

par le baron de Stackelberg, superbe ouvrage. On peut admirer, dans les Photographies d'Athènes, par Bonfils, un des meilleurs produits de cet art moderne.

Parmi la Biographie universelle des artistes, il est juste de signaler comme tout à fait hors ligne le Nouveau dictionnaire général des artistes, par le Dr G.-K. Nagler, de Munich. C'est le plus riche et le plus exact des ouvrages de ce genre. On le réimprime en ce moment.

La section des études générales se termine enfin par quelques recueils de lettres d'artistes et d'amateurs. On y remarque, parmi les anciens, une lettre de Nicolas Poussin au P. Nicaise; un recueil de lettres d'artistes et d'amateurs, par Jay ; des testaments d'artistes vénitiens, par L. de Mas-Latrie; parmi les modernes, la correspondance du peintre Gérard avec une notice par M. Viollet-le-Duc. A cette série se joignent les trois ouvrages de J. Dumesnil sur les amateurs, et celui d'Henri Chardon sur les amateurs et collectionneurs nouveaux.

Nous avons ainsi parcouru rapidement la partie du Catalogue qui intéresse le plus les critiques et les amateurs d'art. Si nous donnions autant de détails sur la seconde partie du Catalogue, Études spéciales, il nous faudrait étendre les proportions de notre travail jusqu'à en faire un livre. Nous nous bornerons donc à indiquer sommairement les grandes divisions de la nomenclature établie par M. Ernest Vinet, et nous décrirons ensuite les ouvrages qui nous paraissent les plus dignes d'attention. Aussi bien avons-nous fait connaître la théorie de M. Ernest Vinet assez pour qu'on puisse tout à la fois en apprécier la valeur et en deviner l'application.

Les Études spéciales comprennent huit divisions : Dessin et arts du dessin; Architecture; Sculpture; Iconographie; Gravure ; Lithographie ; Photographie ; Arts industriels.

C'est dans cette partie qu'on peut voir avec quelle exactitude M. Ernest Vinet a su proportionner le nombre de ses catégories à celui des parties réelles de son objet. Pour l'architecture, la sculpture, la peinture et la gravure, il a appliqué une division uniforme entre la partie technique et la partie historique et descriptive de chaque art et la biographie des artistes spéciaux.

Pour le dessin, la gravure et la sculpture, qui sont plus particulièrement délimités par la spécialité de leurs procédés, il a placé, en avant des deux parties technique et historique, une première section sous le titre de Traités généraux. Pour l'architecture, qui tient à tous les arts et à toute l'histoire, il a formé un groupe d'une autre nature , comprenant les vues générales , l'enseignement , la législation , les dictionnaires et écrits périodiques, et il lui a donné le nom d'Introduction. Pour la peinture, c'est Y Esthétique qui sert d'introduction. Pour la lithographie et la photographie, une seule partie, Manuels, Traités et Ouvrages spéciaux; pour l'iconographie, recueils de Statues, Bustes et Portraits. Enfin, pour les arts industriels, trois divisions : Application, Histoire, Produits.

Ainsi que nous l'avons indiqué plus haut, l'architecture occupe dans la Bibliothèque une place proportionnelle à celle qu'elle occupe dans l'enseignement de l'École. Sur 320 inti-

tulés qui composent, en cette partie, la nomenclature de la Bibliographie de M. Ernest Vinet, 110 sont réservés à l'architecture. Outre les matières de l'introduction, nous trouvons : dans la partie technique , tout ce qui a trait à l'ordonnance, aux proportions, à l'exécution, aux divers genres, aux restitutions d'édifices tant anciens que modernes, aux projets et prix académiques ; dans la partie historique et descriptive, l'histoire et la représentation de monuments de tous les peuples et de toutes les époques ; enfin la biographie.

En étudiant avec la plus grande attention cette partie de la division méthodique des matières, je n'y ai pas trouvé de mention relative à l'architecture militaire, qui, par l'importance des monuments qu'elle a laissés, me semble mériter une place à part. C'est une lacune que je me permettrai de signaler à M. Ernest Vinet, lacune de pure forme, au reste, car les ouvrages sont dans le Catalogue, mais ils n'y forment pas un groupe déterminé.

Dans la sculpture, dans la peinture, dans la gravure, nous retrouvons, d'une part, les ouvrages sur les procédés spéciaux de chaque art; d'autre part, les documents historiques sur l'art ancien et sur l'art moderne.

Les ouvrages de Vallée , de Jean Cousin , le Polyclète de Godefroy Schadow ;. Lavater, André Vésale, Salvage, Gerdy, Fau, Vignole, Abraham Bosse, Bibiena, Chevillard, tels sont les noms qu'on rencontre parmi l'indication des 61 ouvrages que possède la Bibliothèque sur l'enseignement, les proportions et la physionomie de l'homme, l'anatomie, la perspective.

Je voudrais qu'on eût pensé un peu plus aux animaux, qui sont étudiés peu ou point, sauf le cheval, le chien, et un peu le lion, et que tout le monde semble s'accorder à laisseï

dans le domaine de l'art empirique. Au reste il ne faut pas s'étonner du silence du Catalogue sur une partie de la littérature d'art qui est encore à naître et où il y aurait, je crois, de la gloire à moissonner. Il serait à désirer que des artistes tels que notre grand Barye, Mène, Fratin, Rosa Bonheur, Brascassat, eussent écrit des traités sur la partie de l'art où ils ont produit tant de chefs-d'œuvre.

Le paragraphe de Y Ornement comprend 2 ouvrages presque de premier ordre et du plus grand prix. Le plus rare, un petit volume grand comme la main et qui vaut 2,000 fr. au bas mot, c'est le livre des arabesques et nielles de Du Cerceau, simple recueil de 80 petites planches d'ornements gravés, sans une ligne de texte. Dans les Arts décoratifs de M. Ed. Lièvre on voit, reproduites dans de superbes chromo-lithographies, les collections de MM. de Saulcy, Riocreux, Jacquemart, du Sommerard, de Witte, de Longpérier, Henry Colle.

Le Recueil d'estampes relatives à l'ornementation des appartements aux xvie, xvne et xvme siècles, par MM. Destailleur, Pfnor, Carresse et Riester, aussi beau comme impression que comme illustration, fait voir dans toute sa magnificence ce grand art de Louis XIV, trop longtemps oublié, et chacun des maîtres qui y figure par ses œuvres y a une notice particulière.

Mais ce que cette partie a d'incomparable, c'est un recueil des gravures des loges du Vatican , par Volpato , coloriées à l'aquarelle par Savorelli. C'est cette collection qui a servi, à l'état de portefeuille , à Duban pour les décorations des loges de la galerie de l'Ecole.

Les Ornements de toutes les époques classiques, par Zahn, recueil de 1 00 planches chromo-lithographiées, peuvent riva-

User avec ces beaux ouvrages. Il faut encore citer la collection des prix d'ornement dits prix Rougevin, formant 28 feuilles de dessins originaux.

Pour l'architecture, les ouvrages à citer seraient trop nombreux, si nous voulions essayer de donner seulement un échantillon de chaque série. L'introduction comprend 12 ouvrages, où l'on voit les noms de Patte, de de Caumont, de Viollet-le-Duc, pour les généralités; l'ouvrage de M. Lâchez, sur l'enseignement de l'architecture à l'École des Beaux- Arts; le Manuel d'architecture de Fergusson, et enfin le Recueil des calques des études des élèves architectes de l'Académie de France à Rome, forment 30 vol. in-folio. Ces études, au nombre de 222, sont signées de noms qui tous, sauf un petit nombre, sont devenus célèbres.

Parmi les dictionnaires, on peut voir réunis côte à côte celui de Quatremère et celui de Viollet-le-Duc, le premier niant l'art gothique, le second l'exaltant, et chacun ayant fait un ouvrage excellent; plus loin, dix recueils périodiques, au premier rang desquels on remarque la Revue de César Daly et YEncyclopédie de Victor Calliat et Adolphe Lance.

Dans la partie technique on compte 405 ouvrages, dont 20 sur la décoration intérieure et extérieure des édifices. C'est dans ce groupe qu'on trouvera le superbe ouvrage, avec notices ,en anglais , français et allemand , de Louis Gruner, sur les Décorations de palais et d'églises en Italie. Les planches chromo -lithographiées sont très belles comme gravure au trait ; nous recommandons la planche 34 , Vue extérieure de la Chartreuse de Pavie, qui est prodigieuse de finesse et de détails. Une idée très heureuse est d'avoir, à la fin du recueil, réuni sur deux ou trois planches les échantillons coloriés de chacun des détails des monuments représentés en noir dans

l'ouvrage, de sorte qu'on peut colorier les ornements qu'on voudrait reproduire ou imiter.

Les ouvrages sur les divers genres d'édifices chez les anciens et les modernes sont au nombre de 150. L'Angleterre peut être fière du contingent qu'elle a fourni à cette partie du fonds. On peut dire que, par des œuvres telles que : le Temple de Jupiter Panhellenius, de Cockerell; les Effigies tombales de la Grande-Bretagne, par Stothard ; les livres de Stuart et Revett, Chandeler, Wilkins, Stanhope, Irwood, Penrose , Falkener, sur la Grèce et l'Asie-Mineure , elle s'est presque approprié ce domaine. Tous ces beaux ouvrages sont réunis à la Bibliothèque.

La France peut leur opposer des ouvrages moins nombreux , il est vrai , mais qui ne le cèdent en rien aux leurs : le Voyage en Perse, de MM. Eugène Flandin et Pascal Coste ; les Monuments de Ninive, par Botta ; le Parthénon, par L. de Laborde; Y Acropole d'Athènes, par Ernest Beulé. L'Allemagne figure surtout dans cette partie par ses historiens, et l'Italie par de magnifiques ouvrages sur les palais et villes, parmi lesquels il faut feuilleter le Palais ducal de Venise, par Fr. Zanotto, gravé au trait avec une merveilleuse finesse. Cet ouvrage est très rare.

Au reste on ne trouvera pas seulement des édifices, mais aussi des fermes , des cottages , des chalets suisses , des maisons d'ouvriers, et ici au moins on n'a pas oublié les animaux, car si on ne trouve rien à la Bibliothèque qui enseigne à les dessiner, on y trouvera du moins un traité, et in-folio encore, des Bâtiments propres à loger les animaux qui sont nécessaires à l'économie rurale (Leipsig, 1802).

Parmi ces beaux livres, il en est trois qui méritent une mention à part. Ce sont les Monuments de l'Espagne, pu-

bliés par le gouvernement espagnol ; Les monuments de l'art du moyen-âge dans l'Italie méridionale, par G. Schulz, continué par von Quast, publié à Dresde et qui est la contre-partie de Pouvrage de M. le duc de Luynes sur les monuments de la Pouille et de la Calabre. Nous recommandons aux amateurs la planche 22 , représentant les portes de la cathédrale de Ravello : on voit dans ce beau livre quels trésors d'art renferme cette partie peu explorée de l'Italie méridionale ; enfin Y Art arabe d'après les monuments du Kaire, par Prisse d'Avennes. Le spectacle de certaines planches, comme la mosquée d'Ibrahim-Agha , la faïence murale du tékieh des derviches, la mosquée du Thelây d'Abou-Razyd, les incrustations en marbre, les pages du Coran, les ornements en papier découpé, les grillages en bois tourné, les menuiseries délicates, les tapis, les métaux, les dallages, tout cela n'est pas seulement la plus splendide des fêtes que h vue puisse donner à l'esprit, mais c'est aussi un sujet de méditations bien profondes quand on songe à ce que représentent de grandeur et d'intelligence ces monuments de peuples et d'époques sur lesquels nous nous croyons tellement en progrès.

La Suède est magnifiquement représentée par les Monuments Scandinaves du moyen-âge avec les peintures et autres ornements qui les décorent, par M. Mandelgren. C'est le seul ouvrage de ce genre sur une partie de l'histoire de l'art qui présente le plus grand intérêt.

Nous ne pouvons pourtant passer sous silence les Tombeaux d'Italie, de Grandjean de Montigny, ouvrage qui peut rivaliser avec celui de Stothard; les 15 ouvrages qui forment avec ceux-là le groupe de Y Architecture funéraire sont d'ailleurs tous de premier ordre.

Pour l'architecture privée , nous citerons un Recueil factice de l'œuvre complet d'Israël Silvestre, comprenant plus de 300 pièces montées sur feuillets blancs in-folio, et qui servit de morceau de réception à Israël Silvestre présenté par Le Brun, en 1670, à l'Académie royale de peinture et de sculpture. C'est un des recueils les plus précieux de la collection, et il est unique.

Nous arrivons enfin , et c'est par là que nous finirons sur l'architecture, à l'œuvre incomparable qui fait la gloire de l'Ecole et de la Bibliothèque, et dont l'acquisition est l'honneur du bibliothécaire actuel : les Restaurations des monuments antiques de la Grèce et de l'Italie, depuis l'année i788 jusqu'à présent, par les élèves architectes de 4Q année de l'École française de Rome. Ce recueil en 57 vol. atlas, (jui comprend 63 restaurations, se compose de 697 dessins au lavis de 2 mètres au moins de largeur sur 1 mètre 50 au moins de hauteur, montés sur onglets et reliés. Chaque restauration est accompagnée d'un mémoire.

Il faut avoir vu ces travaux pour se faire une idée de ce qu'ils représentent de recherches et de talent. Percier, Hugot, Duban, Labrouste, Duc, Vaudoy.er, Baltard, Lefuel, Ballu, Garnier, Ancelet, Guillaume, tels sont, parmi tant d'autres qu'on ne peut tous nommer, les hommes que l'École a donnés à la France, et qui tous sont arrivés au premier rang de leur art. La valeur de ce recueil est incalculable.

En mettant à 100 fr. chaque dessin, sans compter le mémoire, on n'arriverait qu'à 69,700 fr., somme évidemment dérisoire pour représenter un pareil trésor.

C'est M. Ernest Vinet qui, par l'énergie de ses revendications, a tiré ce recueil de la Bibliothèque de l'Institut pour

le faire joindre au fonds d'une école à laquelle il appartient incontestablement, puisqu'il en est l'œuvre.

La restauration de la Voie Appienne, par M. Ancelet, et qui a valu à son auteur le grand prix d'honneur à l'Exposition universelle de 1867, fait partie du recueil.

Un arrêté du ministre de l'instruction publique a ordonné la reproduction de cette œuvre par les procédés de la lithochromie. Une Commission spéciale, nommée à cet effet, s'est mise en rapport avec la maison Firmin Didot, qui a entrepris des essais. Une somme de 2,000 francs a servi de premier fonds. Quand cet ouvrage sera achevé, la France pourra se vanter d'avoir publié le plus beau livre qu'on aura encore vu. Son honneur artistique ne lui permet pas de laisser ralentir un seul jour cette entreprise.

1 1 1 ouvrages composent le fonds de la sculpture. Visconti, Overbeck, Perkins, de Clarac, Conze, Kekulé, ont là leurs livres les plus autorisés.

Nous citerons, entre autres recueils, Y Œuvre de Canova; celui de Jean Goujon; ceux de Fogelberg, de Thorwaldsen ; Y Iliade et YOdysséeàe Flaxman; les Terres cuites, par Campana ; les Marbres Campana , par Henry d'Escamps ; ceux de Berlin , par Panofka ; enfin le bel ouvrage de Grimer sur les Bas-reliefs du dôme d'Orvieto.

Sur la peinture, 392 ouvrages en tout. Nous trouvons là tout ce qui fait autorité en fait d'ouvrages généraux. Citons notamment : le Traité de la Peinture de Léonard de Vinci ; celui de Cennino Cennini; celui d'Abraham Bosse; les Observations de Taillasson, un des meilleurs ouvrages de critique qui existe; un travail curieux de M. Feuillet de Conches sur les peintres européens en Chine et les peintres chinois; l'ouvrage de M. Chevrcul sur la définition et la dénomination des

couleurs ; le livre de Mérimée sur l'histoire des procédés de la peinture à l'huile.

Le groupe des œuvres des miniaturistes est à lui seul un trésor. Les Statuts de l'ordre du Saint-Esprit, par le comte Horace de Viel-Castel: le Livre d'heures de la reine Anne de Bretagne, par l'abbé Delaunay; Y Art de l'enluminure, par Tymms et Wyatt ; les Fac-similé des miniatures et ornements des manuscrits anglo-saxons et irlandais, par J.-O. Westwood, lithographiés par Tymms, seraient à coup sûr d'incomparables ouvrages, si celui de M. le comte Auguste de Bastard sur les Peintures et ornements des manuscrits depuis le ive siècle jusqu'à la fin du xvie, n'était pas luimême le dernier mot de la perfection et de la beauté. Ces deux volumes in-folio valent à peu près 20,000 fr. Photographies, lithochromies, gravures, pages de pourpre écrites en lettres d'or, initiales à figures d'oiseaux, de poissons, de serpents; alphabets dits ichthyomorphes, zoomorphes, ophimorphes ou serpentins, et surtout pages de missel encadrées d'une architecture vraiment céleste, voilà ce que ce livre contient.

Nous recommandons aux amateurs un Fragment de l'Evangile selon saint Marc, tiré d'un manuscrit du prieuré royal de Saint-Martin-des-Champs. (Le manuscrit est à la Bibliothèque de l'Arsenal.) Ici on peut faire les mêmes réflexions qu'à propos de Y Art arabe. Dans nos jugements sur le moyen-âge et sur les peuples orientaux, lorsque nous considérons leur civilisation comme inférieure à la nôtre, ou nous nous trompons absolument, ou bien il y aurait à faire une distinction que pour ma part je crois nécessaire, entre la partie intelligente et la partie brute de l'humanité. Ce sont, je crois, deux histoires différentes qu'on a grand tort de mé-

langer , et il n'est pas étonnant qu'on s'y embrouille , parce que tout ce qui est vrai de l'une est faux de l'autre.

Sur les verrières, les émaux et les mosaïques, la Bibliothèque possède, entre autres traités, celui de John Weale sur les Divers ouvrages d'anciens maîtres dans la décoration des édifices chrétiens ; les Calques des vitraux peints de la cathédrale du Mans, par Eugène Hucher ; les Œuvres complètes de Bernard de Palissy, publiées par P. -A. Cap; enfin les Mosaïques de la chapelle Chigi , à Ste-Marie-du-Peuple, à Rome, d'après les cartons de Raphaël, gravées et publiées par L. Gruner, ouvrage admirablement gravé au burin.

La partie historique et descriptive de la peinture n'est pas moins riche que la partie correspondante de l'architecture. On y trouve les1 ouvrages d'Ottfried Muller, de Rossignol, de Raoul-Rochette, d'Emile Gebhart, d'Arsène Houssaye, d'Alfred Michiels, de Crowe et Cavalcaselle, de Waagen; puis des recueils d'estampes où les chefs-d'œuvre de tous les peintres sont reproduits, tantôt collectivement, tantôt séparément.

Parmi les grands noms qu'on trouve dans cette dernière partie, Raphaël, Michel- Ange, Rubens, Holbein, Ingres, ont là tout ou partie de leur œuvre reproduit. On remarque là les photographies des Peintures de la Pinacothèque du roi Louis Ier de Bavière, par Kaulbach ; l'œuvre de Rembrandt ; toutes les galeries de France et d'Europe ; les Spécimens des galeries publiques de l'Europe, 100 photographies par Braun ; enfin 947 dessins de 4 64 artistes, photographiés d'après les originaux de la galerie des Offices à Florence , de la collection de l'archiduc Albert à Vienne, et de l'Académie des Beaux-Arts à Venise. On voit là les Ports de France, de Joseph Vernet, les Émaux de Petitot, gravés par Ceroni, les Portraits de Van Dyck.

Deux recueils méritent particulièrement d'être signalés : d'abord les Figures de différents caractères, d'Ant. Watteau, série de gravures à l'eau-forte d'un esprit, d'une originalité, d'une variété, d'une élégance, qui sont faits pour donner une idée bien haute de la valeur de ce maître. Cet ouvrage vaut de 10 à 15,000 francs. Ensuite, Y Œuvre de Rigaud, collection de 150 portraits gravés sur cuivre par Vermeulen, Audran, Duchange, Drevet, Edelinck. Ce magnifique et très rare ouvrage est relié en maroquin, reliure et fers du temps. Nous signalerons au hasard les portraits de Coysevox , de La Fontaine, de Boileau, de Fontenelle, et surtout celui de Louis XIV, où il y a des effets de fourrure et de velours comparables à la fameuse Nappe de Masson, dont nous aurons occasion de parler bientôt.

Telle est, complétée par 139 ouvrages de biographie, cette partie de la peinture, où nous aurions voulu pouvoir signaler tant d'autres livres égaux à ceux que nous avons cités. Elle se complète par un appendice, Y Iconographie , commun à la sculpture et à la peinture, et où, parmi les ouvrages tous de premier ordre, nous trouvons les iconographies de Visconti et celle de l'Espagnol Carderera, classiques toutes deux.

La gravure comprend 56 articles. Trois recueils, capables de former à eux seuls une collection sans prix, font de cette partie un véritable trésor. Le Cabinet du Roy forme 23 volumes in-folio. On sait que ce recueil fut commandé pour le roi Louis XIV pour encourager les graveurs de son temps.

C'est dans le premier volume, Tableaux du cabinet du Roy, qu'on trouve les gravures des principaux tableaux de la galerie actuelle du Louvre, exécutées par Edelinck, Picard, Chasteau, Rousselet, Audran, Baudet, Thomassin, Scotin et tant d'autres, et qu'on peut admirer, dans la gravure des

Pèlerins d'Emmaûs , par Masson , la célèbre Nappe dont la prodigieuse perfection a fait donner à la gravure elle-même le nom de Nappe de Masson. Le second volume, Batailles d'Alexandre, où Le Brun a trouvé un moyen d'immortaliser ses tableaux en flattant le grand roi, n'est pas moins intéressant.

Un second recueil, composé de 40 volumes in-folio, est la Chalcographie du Louvre, comprenant, outre le recueil des planches exécutées d'après tous les dessins de maîtres, toutes les gravures dont la chalcographie du musée possède les planches. Cette collection est trop connue pour qu'il soit nécessaire d'en vanter l'importance.

Le troisième recueil est une collection de 15,000 gravures formant 16 volumes in-folio et un volume de table, qui avait été formée par M. le baron Cloquet, membre de l'Académie de médecine, et qu'il a donnée à la Bibliothèque. A une époque où l'on voit tant de soi-disant amateurs engraisser honteusement des collections, pour la vente comme on engraisse des bœufs pour la foire, on est heureux de voir de pareils traits qui honorent également et le donateur qui fait un tel présent et l'établissement jugé digne de le recevoir.

Parmi les livres d'art industriel, nous signalerons, outre les ouvrages généraux de MM. Charles Blanc et Reiber (le Trésor de la curiosité, Y Art pour tous), un recueil de conférences faites à l'Union centrale des Beaux-Arts par M. Eugène Guillaume, directeur de l'École des Beaux-Arts, dans lequel cet artiste éminent, qui est aussi un administrateur et un penseur, a exposé l'idée d'un enseignement des beauxarts appliqués à l'industrie. C'est une des questions les plus difficiles de notre temps.

Sous l'ancien régime, il n'y avait qu'un seul courant dans

l'art industriel, et l'art dominait toujours : aujourd'hui nous avons, à côté de l'art industriel, l'industrie artistique, où l'industrie passe la première. Elle tuera l'art dans ses applications usuelles, si la société doit rester désarmée contre ces tendances qui ont produit, après la pendule de zinc, imitation bronze, la pendule de plâtre doré , imitation zinc, où le cadran est de papier et le ressort de carton-pierre.

Mais éloignons ces tristes pensées en jetant, pour adieux à la Bibliothèque, un regard sur les ouvrages consacrés aux vieilles Tapisseries de Bayeux ,• au Musée céramique de Sèvres , à la Manufacture des Gobelins , à l'orfèvrerie , aux émaux.

La Monographie de V œuvre de Bernard de Palissy ; le Recueil des pièces de faïence de Henri II et de Diane de Poitiers; te Recueil de faïences italiennes des xve, xvie et xvne siècles, par Carie Delange et Borneman, nous ramèneront à ces régions sereines où nous pourrons, dans la contemplation de l'œuvre des vieux maîtres de l'art industriel, consoler nos yeux et raffermir notre foi dans cet idéal du beau qu'un grand esprit a défini : « la splendeur du vrai ».

Dans cette course trop rapide à travers tant de belles choses, nous avons pu à peine effleurer un sujet qui pourrait donner matière à un travail bien intéressant s'il était traité à fond. Nous ne nous consolerions pas d'avoir été contraint de passer sous silence tant de noms d'auteurs éminents ou illustres qui se pressaient sous notre plume, si le Catalogue ne consacrait leurs titres à la place honorable qu'ils occupent dans la Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts.

Nous avons eu soin, autant qu'il était en nous, de mettre en lumière les travaux étrangers, oubliant tout pour nous souvenir seulement des liens qui unissent les peuples dans

leur commun amour pour l'art et dans leur admiration universelle pour le génie, nous associant au sentiment élevé qui a dirigé M. Ernest Vinet dans la composition de sa Bibliothèque.

Le relevé que nous avons fait du Catalogue par nationalités nous a permis de compter 153 ouvrages italiens, 401 allemands, 91 anglais, 40 latins, 12 espagnols, 4 belges ou flamands, 3 suédois.

Si l'on veut se donner la peine de revoir notre travail au point de vue de cette statistique, on verra que nous avons réservé une proportion relativement prépondérante aux ouvrages étrangers. Nous avons voulu par là, non-seulement remplir un devoir de reconnaissance envers les peuples qui nous ont enrichis de leurs chefs-d'œuvre, mais montrer combien ces échanges magnifiques font naître de richesses intellectuelles partout où ils se répandent.

Si complète qu'elle soit déjà, la Bibliothèque n'est pas achevée. S'il nous est permis d'exprimer ici nos vœux, nous voudrions la voir s'étendre dans certaines directions. L'art de l'Inde, de la Chine et du Japon, qui est, lui aussi, l'art d'une grande portion de la famille humaine ; l'architecture de l'Amérique du Sud, qui a couvert cette partie du globe d'églises et de palais trop peu connus ; les iconographies d'histoire naturelle, où des recueils admirables offrent à la fois des figures d'animaux de toute espèce et des dessins de produits naturels où l'ornement trouverait des motifs nouveaux ; l'anthropologie enfin, qui a fait de l'étude des types humains une science nouvelle, tout cela doit, par la suite du temps, trouver sa place à la Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts.

Nous voudrions aussi qu'une collection peu nombreuse, mais bien choisie, de dictionnaires et d'encyclopédies, plaçât

entre les mains des élèves et des lecteurs ces renseignements indispensables sur l'histoire, la géographie et la biographie générales, sans lesquels le peintre, le sculpteur, l'architecte, l'écrivain, sont exposés à des erreurs qui ridiculiseraient le plus beau chef-d'œuvre.

Il est enfin un livre dont tout notre travail n'est, en quelque sorte, que le commentaire et la paraphrase, et dont on peut dire justement qu'il est le plus beau de tous : c'est le Catalogue, car il contient l'âme même de la Bibliothèque et l'essence de ce beau travail de toute une vie consacrée à l'art. Sous les lignes froides et régulières de ce plan tracé par la main savante du bibliographe, on sent l'inspiration de l'artiste et l'honnêteté de l'homme.

On le voit très bien et ce sera l'honneur de M. Ernest Vinet et de M. Eugène Guillaume : cette œuvre a été réglée et dominée par les doctrines de l'Ecole des Beaux-Arts, par ce respect des traditions, par ce culte de l'antique, qui survivent à toutes les théories et qui ont maintenu l'art français à une hauteur que d'autres nations peuvent atteindre, mais qu'elles n'ont point dépassée.

JOSEPH BAER ET Gie, RUE DU QUATRE-SEPTEMBRE, 2.

Bladé (J.-Fr.). — Contes populaires recueillis en Amenais. Traduction française et texte agenais, suivis de notes comparatives par M. R. Koehler. Paris, 1874. In-8°, br „ . . 10 fr.

Bunsen (Chr.-C.-J.). — Les basiliques chrétiennes de Rome* relevées et dessinées par Gutensohn et Knapp. Texte explicatif et descriptif par Chr.-C.-J. Bunsen, avec 50 planches. Édition française par Daniel Ramée. Paris, 1872. In-fol. en portefeuille 40 fr.

Galerie de Vienne. — Galerie impériale et royale du Belvédère à Vienne. Publié par Ch. Haas. Francfort-sur-le-Mein, s. d. 4 vol. in-4°, 240 pl., rel. en 2, demi-mar., tête dorée 150 fr.

Galerie Leuchtenberg. — 262 planches au trait sur papier fort. Texte remanié par Passavant. Francfort-sur-le-Mein, 1851. Petit in-fol. cart. non rogné 60 fr.

Galerie Choiseul. — Recueil d'estampes (130) gravées d'après les tableaux du cabinet de M. de Choiseul par les soins de Basan. Paris, 1771. In-4°, cart. n. r. (120 fr.). . 40 fr.

Galerie Poullain. — Collection de 120 estampes d'après les tableaux du cabinet de Poullain., gravées sous la direction de Basan. In-4P, cart. n. r. (120 fr.) 40 fr.

Osten (Fr.). — Les monuments de la Lombardie, depuis le vne siècle jusqu'au xiv% dessinés et expliqués historiquement. Textes français et allemand. Darmstadt, 18i6-54. In-fol., 48 pl., cart. (128 fr.) 80 fr.

Prioux (St-). — Monographie de l'ancienne abbaye royale Saint-Yved de Braine, avec la description des tombes royales et seigneuriales renfermées dans cette église. Avec 27 planches, dont 12 sur acier, 6 en chromo-lithographie et 9 tirées en bistre. Paris, 1859. In-fol. en portefeuille 40 fr.

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