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I. LES HALLES

Une halle aux draps s'appelait alors en latin : Domus in qua venduntur panni, c'est-à-dire une maison où se vendent des morceaux d'étoffe. Celle ([u'on signale à Louvain vers 1190 a disparu. La première pierre de la Halle actuelle fut posée en 1317. Deux inscriptions encastrées l'une dans la façade nord l'autre dans la façade est. nous ont conservé cette date et le nom des trois maîtres maçons qui dirigèrent la bâtisse : Jean Stevens, Arnold More et Godefroid Kaes.

Les Halles ont été construites en grès brabançon. Elles forment un long trapèze de (>1 mètres sur 21 au

grand axe orienté du nord au sud. Leur façade prin cipale donne sur la rue de Namur et se trouve par conséquent exposée cà l'Est. A ce bâtiment les architectes du xiv0 siècle avaient joint deux ailes perpendiculaires, descendant le long de la rue des Cordes et de la rue Kraeken, dans la direction du Vieux Marché (i). Leur largeur était, à l'intérieur, de plus de 11 mètres. On ne sait quelle fut leur longueur — de 12 mètres pour le moins — ni quand on les abattit — mais ce dut être avant le xvnc siècle (2).

(1) Pour cette description des Halles primitives je nie suis servi de l'étude de M. Hissette, Halles aux draps ou Halles universitaires de Lorrain, dans la Revue de l'afit chrétien, t. LU (1909) pp. 21 1 et suiv. : 369 suiv. Mais il a fallu la corriger bien souvent par les résultats des recherches récentes de M. le chanoine Lemaire, professeur à l'Université. Ce savant archéologue n'a encore rien publié sur les Halles ; espérons qu'il ne lardera pas à le faire. Je lui présente ici l'expression de ma gratitude pour tous les services qu'il m'a rendus dans la confection de cet article.

(2) La gravure des Halles en UiOti, reproduite par Gramaye, ne présente plus ces ailes (cfr. Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, p. 42. Louvain, 1895).

Longtemps on a soutenu contre la vérité que les Halles primitives ne comportaient qu'un rez-dechaussée. L'étage primitif avait, il est vrai, beaucoup moins d'élévation que l'étage actuel, construit en 1680. Auparavant les grandes fenêtres en arc surbaissé n'existaient pas. Le toit naissait à la hauteur même où finissaient les niches.

On peut encore admirer aujourd'hui les deux façades richement décorées par les architectes du xiV siècle. D'abord celle de l'Est. A l'étage aveugle se succèdent des niches, larges, au tympan triangulaire, de contour très nettement mouluré. A la façade nord, au contraire, des dais remplacent les tympans et des socles ornent les niches. Un curieux manque de symétrie se remarque à cette façade. Les niches y sont plus allongées à la partie ouest qu'à la partie est. C'est que le terrain s'incline fortement vers l'Ouest. Jadis les parois étaient surmontées d'une balustrade qui cachait les chéneaux du toit.

Gomme aux Halles d'Ypres, il s'ouvrait primitivement beaucoup de portes aux Halles de Louvain. Voici la répartition des treize principales : cinq sur la façade est, quatre sur la façade ouest et deux aux autres façades. Et je ne parle pas des portes secondaires. (Tétaient de simples baies quadrangulaires qu'une bande appareillée séparait d'une fenêtre partagée par un meneau vertical. De celles-là on en comptait douze, toutes semblables, rien qu'à la façade de la rue de Xamur. Chacune des grandes portes au contraire différait de sa voisine. Par la finesse des lignes, les tympans, ajourés ou non, l'ornementation si riche surmontant certaines archivoltes, elles figuraient parmi les chefs-d'œuvre de la sculpture médiévale dans nos provinces. Il n'y a pas un mois qu'on entreprit de mettre à nu celles qui avaient été murées. A la partie orientale de la façade sud apparaît maintenant

un tympan très remarquable. Deux aflges encensent un saint dont la statue a disparu ; plus bas, un fou agite de chaque main une sonnette.

Une gravure des Halles en 1606, insérée dans le hovamum de Gramaye il), nous présente une superstructure très curieuse : deux combles parallèles, séparés, du nord au sud, par une gouttière centrale ; chacun de ces combles divisé en cinq toits transversaux, rappelant le système Raikem. Mais seuls les combles parallèles sont primitifs. On en voit de semblables aux Halles de Gourtrai. Des vitrages occupaient toute la surlace des deux pignons du nord et du sud et assuraient l'éclairage. Du côté des grandes faç-ades. il n'y avait sans doute que des lucarnes.

A chaque angle de l'édifice se dressait une tourelle escalier, couronnée d'une flèche de pierre.

Tel fut à peu près l'aspect extérieur des Halles commencées en 1317. A l'intérieur, on retrouve assez aisément la disposition primitive du rez-de-chaussée : deux salles spacieuses, de grandeur presque égale, mais de niveau différent ; les coupant par moitié, du Nord au Sud. des arcades en plein cintre et en arc surbaissé qui retombent sur de grosses bases cylindriques. Jadis un large passage voûté partait de la porte principale de la façade est et reliait la rue actuelle de Namur au Vieux Marché. Une de ses parois était constituée par le mur de refend auquel s'adossent les escaliers monumentaux. De l'autre, on a retrouvé au moins quelques fondations à six mètres plus au Sud.

La salle du Nord comprend cinq travées, dont charnue séparée en deux par une arcade. A l'exception de ses portes murées et de ses escaliers du xvne siècle; elle a gardé son cachet médiéval, surtout depuis que le recteur Mgr Namèche en a fait décrépir les murs et

(1) Cfr. supra, p. 5, n. 2.

mettre en valeur les chapiteaux et les consoles. La salle du Sud, au contraire, a subi beaucoup de remaniements. Jamais les Halles ne furent voûtées. Le plancher de l'étage était porté par de vigoureuses poutres, dont les extrémités reposaient sur des consoles.

Il y a longtemps que l'état des niches aux façades nord et est désole, par leur délabrement, les archéologues. Le visiteur reportait bien vite les yeux sur l'ornementation des portes et de l'intérieur. Qui ne connaît ces délicats chapiteaux de colonnes, feuillages de chêne, de vigne, d'érable ? Ces culs-de-lampe si vivants, de l'homme accroupi, de la chèvre à tête d'homme, des deux chevaliers, du silène, etc. ? Ces consoles au dessin infiniment varié ? Et l'on venait à peine de découvrir dans l'ancienne salle du Sud des sculptures non moins finement ouvrées. Je ne voudrais pas dire que tous ces bijoux d'architecture ont été anéantis. Il en est cependant dont vous ne trouvez plus que la place. D'autres ont été bien mordus par les flammes.

Un mot seulement de l'étage. Comme au rez-dechaussée, une épine de colonnes y courait du nord au sud. Mais au lieu de deux salles il n'y en avait qu'une, mesurant quatre mètres environ du plancher à la naissance de la charpente des combles. L'éclairage venait directement des pignons et des lucarnes, dont nous avons déjà parlé.

Bâtie au xive siècle, la Halle aux draps de Louvain jouit aussi en ce siècle de sa plus grande prospérité. A l'étage s'empilaient les ballots de laine, de cette laine écarlate que la ville exportait vers tous les marchés de l'Europe ; au rez de-chaussée, dans ces deux pièces spacieuses, tous les jours, à partir de midi, les acheteurs affluaient devant les stalles des drapiers, des toiliers, des cordiers. Faut-il en croire le témoignage,

bien postérieur, deJuste-Lipse (1) ? Si grand était alors le nombre des ouvriers de l'industrie drapière qu'il fallait, à leur sortie des ateliers, sonner la grosse cloche afin que les mères s'empressassent de garer leurs enfants de cette cohue. Mais la prospérité de la ville de Louvain se vit bientôl menacée, puis frappée par la concurrence anglaise. Quand l'Université reçut en 1 i25 -a bulle de fondation, une partie de la Halle était déjà désaffectée. La science allail y remplacer le commerce.

D'ailleurs on se garda de lui ouvrir largement les portes. Quoique dès 1 433 les cours de toutes les facultés, sauf de celle des arts, se donnent à la Halle, l'Université es1 parcimonieusement reléguée, en cadette de la maison, dans le coin sud sud-ouest. Elle y occupe l'espace correspondant à deux arcades au rez-de-chaussée et à l'étage. Encore n'est-elle pas propriétaire des locaux que la ville a bien voulu lui aménager. Ils sont « mis à sa disposition ». L'expression est à retenir : elle reviendra souvent dans la suite. Les comptes de la ville mentionnent sans doute des travaux importants exécutés aux Halles en 1459, en 1481 et en 1564; néanmoins les vénérables facultés restèrent à l'étroit et très longtemps... jusqu'à l'année 1676.

Année mémorable que celle-là dans les fastes de l'Université catholique. La Halle tout entière fut achetée à la ville, avec des échoppes qui la flanquaient au Nord vers le Vieux-Marché. Bientôt les travaux recommencèrent. D'alors datent le surélèvement de l'étage, la construction des grandes fenêtres au-dessus des niches et, à la partie centrale des façades est et ouest, l'addition d'un second étage, orné de pilastres doriques accouplés et couronné d'un fronton. Dans la salle des Pas Perdus fut jeté l'escalier monumental. Etablie princièrement dans ses pédagogies et ses collèges, la

(I) CSté par Van Even, op. cit., p. 42.

faculté des arts ne pouvait être admise au partage des auditoires de l'étage. Ceux-ci s'ouvraient tous les quatre sur une grande pièce appelée plus tard salle des Portraits. Le droit canon et la théologie s'installèrent respectivement en face de la médecine et du droit qui occupaient les angles nord-est et nord-ouest. La disposition des locaux était simple, commode. Il y avait là de la place et du jour. Vous n'en eûtes pas autant, étudiants en droit de ce début du xxe siècle pour qui, à la douleur d'être exilés des Halles antiques et relégués sous la Bibliothèque, s'ajoutait l'ennui d'être serrés sur des bancs étroits, durs et sales, dans des pièces maussades et sans style.

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