‹ La Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus et le P. Augustin de Backer. Avec un portrait du P. de BackerChapitre 12 sur 20 · AU MOMENT DE LA SUPPRESSION DE LA COMPAGNIE · texte numérisé non relu

AU MOMENT DE LA SUPPRESSION DE LA COMPAGNIE

d’après de la Lalande ( Astronomie , 3e édit. 1792) et Montucla ( Hist . des Mathémat ,),

Pékin. Il y avait à Pékin, depuis trois siècles, un observatoire impérial bâti sur les murs de la ville tartare, qu’il surpassait de 12 pieds; mais le P. Yerbiest, en 1669, ayant été fait président du Tribunal des mathématiques. Obtint de l’empereur Kang-Hi de faire construire de nouveaux instruments. On en peut voir le catalogue dans les mémoires du P. Le Comte (t. 1, p. 99), dans l’ouvrage du P. Verbiest qui a pour titre : Astronomia Europæa sub imperatore tartarico-sinico Kam-Hi ex umbra in lucem revocâta. Dilinga, 1687, in-4*, ou dans la grande description de la Chine que le P. Duhalde a donnée en 1736, en 4 vol. jn-f. Vers 1745, on a bâti un observatoire dans la maison

des Missionnaires français, et, en 1778, on y a fait des réparations considérables ; il y a eu aussi des observations faites au Collège des Jésuites portugais, et à la résidence de St- Joseph qui dépend de ce Collège. M. Pingré a donné les positions de ces quatre observatoires dans sa description de Pékin, en 1765. Ces différents observatoires ont procuré beaucoup d’ observations. Le P. Gouye en publia une partie en 1688 et en 1692; le P. Noël en 1710; le P. Soucier en 1732 ; et le P. Hell en a donné un volume à Vienne en 1768, qui contient les observations faites depuis 1717 jusqu’en 1752. On peut voir les résultats de quelques unes dans les mémoires de l’Académie des Sciences pour 1764. Les PP. Fontanay Ricci, Gaubil, Benoit, Jacques, Collas, Kôgler, Slaviseck, Hallerstein, et beaucoup d’autres Jésuites s’y sont distingués, malgré les devoirs d’un genre bien différent auxquels ces missionnaires étaient liés.

— M. le Baron de Hübner, le célèbre auteur de « Sixte- Quint» visita en 1871 les derniers restes de l’observatoire du P. Verbiest ; j’aime à mettre en regard de l’énumération froide de de la Lande les réflections que cette vue inspira au diplomate voyageur :

« Dans la cour, il y deux planisphères supportés par des consoles de bronze, en forme de dragons, magnifiquement ciselés. Sur l’entablement de la tour, également en plein air, on voit plusieurs quadrants et un globe céleste sur lequel est marqué le ciel de Pékin ; le tout en parfait état de conservation. Mon compagnon (M. Fritsche, jeune savant russe, chargé par son gouvernement d’une mission scientifique) m’assure qu’au point de vue scientifique, çes

instruments sont des chefs-d’œuvre. Ils ne le sont pas moins comme œuvre d’art.

Regardez cette muraille massive, cette longue enfilade de bastions crénelés, produits et agents de la force brutale ; à vos pieds, dans la ville, un dédale de huttes surmontées d’une forêt, au dehors le désert, puis des horizons qui fuient et, au dessus, le dôme azuré. Partout, un profond silence, interrompu seulement par des sons qui semblent descendre des régions célestes; ce sont de blanches nuées de pigeons qui, d’une hauteur prodigieuse, font vibrer en passant leurs harpes éoliennes. Tout, dans cette scène, est étrange fantastique ou barbare, excepté ces instruments destinés à mesurer le ciel, abandonnés mais respectés par les hommes et par les éléments, restes éloquents d’une époque déjà lointaine où il semblait possible que des millions d’êtres humains, non par la force, mais par la persuasion, et à la double lumière de la prédication et de la science, fussent gagnés aux bienfaits de la civilisation. »

de Hübner, Promenade autour du monde , t. 2, p. 266, 2e édition.

Wurtzbourg. En 1768 on a bâti un observatoire à Wurtzbourg, capitale de la Franconie et résidence du prince de Wurtzbourg, sous la direction du P. Huberti.

A Vienne, l’observatoire de l’Université, occupé par le P. Hell, a été bâti en 1.755, aux frais de l’impératrice Marie- Thérèse ; il est rempli des instruments dont Marinoni donna la description (De astronomia spécula domestica, et organiço apparatu astronomiço, Viennee, 1745, in-folio).

On y voit un quart de cercle mural de 1 0 pieds , et l’impératrice y a joint plusieurs instruments modernes.

L’observatoire du Collège académique, occupé depuis 1754 par le P. Liesganig, renferme des instruments modernes et faits avec soin ; deux quarts de cercle muraux de 9 pieds de rayon, un secteur de 10 pieds, une lunette méridienne de 6 pieds, une pendule de Graham etc. Le secteur a été fait, sous la direction du P. Liesganig, par le Fr. Kamspock, jésuite. C’est le P. Franz, professeur à Vienne, qui forma en 1735 cet observatoire, de même que plusieurs autres établissements utiles. Divers jésuites et même d’autres amateurs ont contribué à la dépense et fait un fonds pour l’entretien de celui qui aide l’observateur.

L’observatoire de l’Université a été décrit par M. Bernouilli ( Lettres sur différents sujets , 1777, I, 46).

A Tyrnaw, près dé Presbourg en Hongrie, il y a un observatoire remarquable par le grand nombre d’observations du P. Weiss, qui sont imprimées depuis bien des années.

A Bude, où l’Université de Tyrnaw a été transférée, l’on a bâti un bel observatoire, en 1780. (. Ephérn . de Berlin 1780; M. Bernouilli, Nouv. lett. 3e cahier; Ephém. de Bell, 1781). Le P. Weiss y a fait beaucoup d’observations, comme il avait fait à Tirnaw.

A Manheim , dans le Palatinat, le prince Charles

Théodore, électeur de Bavière, protecteur auguste des sciences, a fait bâtir vers 1772, un grand observatoire qui a 108 pieds de hauteur, mesure du Rhin; on y voit un mural de 8 pieds de rayon fait par Bird, une excellente lunette méridienne de Ramsden, un Secteur au Zénith fait par Sisson; on attend même un grand équatorial de M. Ramsden. Le P. Christian Mayer y avait fait beaucoup d’observations, comme on le voit dans son ouvrage, De novis in cœlo sidereo phœnomenis, 1779. Il était secondé par le P. Metzger.

Le Prince avait fait bâtir, vers 1762, un observatoire près des jardins de Schwetzingen, à deux lieues de Manheim, où le P. Mayer travailla pendant quelques années ; mais il était plus petit que celui de Manheim.

A Prague, le P. Stepling, jésuite a fait bâtir un observatoire à ses frais, secondé par le P. Retz, général de la Compagnie de Jésus. Le P. Stepling a fourni aussi les instruments ; deux muraux de 6 pieds faits à Prague, une lunette méridienne de 2 pieds et demi etc...

A Gratz, capitale de la Styrie, le Collège des Jésuites forma un observatoire dont le P. Tirnberger avait la direction, et le P. Mayr y était à la tête de dix jeunes Jésuites consacrés spécialement aux mathématiques.; il a été pendant deux ans dans l’observatoire du P. Liesganig.

A Wilna. Elizabeth d’Oginsky Puzynina de Mscislau, à la sollicitation du P. Zébrowsky, jésuite et professeur de

Wilna, conçut le dessein de contribuer au progrès de l’astronomie en faisant bâtir un observatoire magnifique, et l’exécuta en 1753 ; il est élevé sur le 3e étage du Collège Académique; il contient deux grandes salles, l’une au dessus de l’autre, et deux tours, une à l’orient, une à l’occident. En 1767, elle joignit à cet établissement un fonds de 6000 ducats ou 66,000 livres de France, dont le revenu sert à l’entretien de l’observateur et à l’acquisition des instruments : on y a mis en conséquence un sextant de 6 pieds, fait par Canivet à Paris ; une lunette méridienne de 4 pieds; une lunette parallactique de 4 pieds; un quart de cercle de 2 pieds fait par Ramsden; trois pendules à secondes ; une lunette achromatique à grande ouverture de 3 pieds et demi ; un héliomêtre achromatique; deux lunettes achromatiques de 12 pieds etc. Le roi de Pologne, par des lettres patentes, a donné à cet observatoire le titre d’observatoire royal et celui d’astronome royal au P. Poczobut, jésuite, qui y travaille depuis 1765. Puisse un aussi bel exemple que celui de cette illustre polonaise avoir encore quelques imitateurs.

En 1788, le P. Poczobut a fait faire un autre observatoire plus commode et l’on y a placé un mural de 8 pieds fait par M. Ramsden.

A Bréra. L’observatoire qui est actuellement le plus remarquable et le plus utile de l’Italie, fut construit en 1765 aux dépens du Collège des Jésuites de Bréra, par le zèle du P. Pallavicini, alors recteur, sur les dessins du P. Boscovich qui contribua lui-même à la dépense. Ils firent faire à Paris un quart de cercle piural et un sextant mobile de

6 pieds de rayon, avec une lunette parallactique et des pendules par M. Lepaute... La description de cet observatoire est dans les Ephémérides de Milan pour 1776 et 1780, dans le Journal des Savants, oct. 1776, dans les lettres de M. Bernouilli 1779, III, 135, 162. Le P. la Grange y avait travaillé longtemps.

A Florence, le P. Ximenez avait fait construire un observatoire au Collège des Jésuites, et un quart de cercle mural plus grand qu’aucun de ceux que l’on connaît ; et à sa mort il l’a légué au Collège.

A Parme. J’ai vu encore en Italie en 1765 l’observatoire du P, Belgrado, à Parme (V. mon Voyage d’Italie, t. I; et les lettres de M. Bernouilli, III, 183).

A Brescia. Le P. Cavalli, jésuite, avait un observatoire à Brescia.

A Venise. Le P. Panigaï en avait un à Venise.

A Rome, le P. Asclepi avait disposé au Collège romain un emplacement pour son observatoire et nous en avons reçu des observations.

Un autre observatoire a été construit aux frais du Cardinal Zelada dans la partie méridionale du Collège romain ; il est très élevé et très complet ; on y a mis le quart de cercle de 3 pieds et demi et le grand secteur du P. Boscovich, avec un télescope de Ramsden et un équatorial de Dollond.

A Naples. J’ai vu en 1765 de beaux instruments au Collège des Jésuites, de Naples,

A Lisbonne. En Portugal, le roi Jean V, fit élever un observatoire dans son palais à Lisbonne ; il fit construire à Paris, en 1728, un mural de 2 pieds et demi de rayon et un sextant de trois pieds ; le P. Carboni et le P. Copane, jésuites, y firent diverses observations.

Les Jésuites firent aussi élever un observatoire dans leur Collège de St-Antoine (Philos. Trans. 1727, n<> 400).

A Coimbre, il y a aussi un observatoire occupé par le P. Monteiro.

A Marseille. Le P. Pezenas avait rendu célèbre l’observatoire de Marseille.

A Lyon l’observatoire du Collège fut bâti par le P. de Saint-Bonnet, vers 1684. Il est très élevé et très beau (M. Bernouilli, II, 51 et 246). Les PP. Béraud et Lefèvre y travaillèrent avec le P. Bonnet.

A Avignon. Le P. Bonfa fut probablement le fondateur de l’observatoire, vers 1683. Le P. Pezenas et le P. Morand l’ont occupé (M. Bernouilli, II, 59, 248).

A Ingolstadt, le P. Grammatici dirigea l’observatoire pendant plusieurs années, et eut pour successeurs le P. Schreïer et le P. Césaire Amman. (Bibl. Astronom. p. 376).

A Breslau, l’observatoire était occupé par le P. Kochanski (Bibl. Astron. p. 287).

A Sienne par le P. Troïli (Bibl. Astr. p. 53).

N. B, L’observatoire de S^-Croix à Marseille avait été

fondé par le R. P. Lavat, auteur de nombreux Mémoires sur la réfraction, et fut dirigé ensuite par les PP. de Chazelles et Pézenas. C’est sous le P. Pézenas que cet établissement devint l’observatoire royal de la marine (1749).

— D’après un travail récent de MM. C. André et G. Rayet, astronomes adjoints de l’observatoire de Paris. (Les observatoires en Europe et en Amérique etc. Paris, Gauthier Villars, 1874) le nombre des observatoires établis dans le monde entier s’élevait, vers la fin du siècle dernier, à cent trente. Sur ces cent trente observatoires, trente deux avaient donc été fondés ou du moins se trouvaient dirigés par des Jésuites.

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