‹ La Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus et le P. Augustin de Backer. Avec un portrait du P. de BackerChapitre 9 sur 20 · SUR QUELQUES MATHÉMATICIENS JÉSUITES · texte numérisé non relu

SUR QUELQUES MATHÉMATICIENS JÉSUITES

P. Béraud, Laurent.

Voici ce qu'écrit de la Lalande sur le P. Béraud : « Laurent Béraud, professeur de mathématiques au collège des Jésuites de Lyon, était né dans cette ville, le 5 mars 1702; il y mourut le 26 juin 1777. Nous avons de lui diverses observations d’éclipses , de comètes , de passages de Mercure ; des observations faites en correspondance avec La Caille qui était au cap de Bonne-Espérance, pour déterminer les parallaxes de Mars et de Vénus, dont il donna lui-même les calculs. Ce fut à ses leçons, en 1746, que je pris le goût de l’astronomie, dont je me suis occupé toute ma vie. Montucla, Bossut, Fleurien et plusieurs autres élèves distingués dans les mathématiques déposent du mérite de cet habile professeur. »

de la Lande, Bibliographie astronom. 1780.

P. Boscovich, Roger.

Boscovich est connu surtout par la mesure du degré en Italie. Il a mérité que de la Lande fit son éloge dans le Journal des Savants.

« Bientôt après La Caille, deux savants Jésuites, les Pères Maire et Boscovich, entreprirent la mesure du degré du méridien en Italie, sous les auspices du pape Benoit XIV. Chargés de lever la carte de l’état ecclésiastique, ils commencèrent en 1751 et achevèrent en 1753 la mesure d’une étendue de près de deux degrés, entre Rome et Rimini, vers l’embouchure du fleuve Ausa, dans l’Adriatique: Ils trouvèrent sous cette latitude, qui est de 43°, que le degré contenait 56973 toises. Ils ont décrit avec le plus grand soin leurs opérations dans un livre qui parut, en 1755, sous ce titre : « De litteraria expeditipne per pontificiam ditionem ad dimetiendos duos meridiani gradus, etc. » Le P. Boscovich a donné dans cet ouvrage des recherches profondes sur la question de la figure de la terre, envisagée soit du côté mathématique, soit du côté physique, et le tout exposé avec beaucoup d’élégance et avec cette sobriété de calculs qui est propre aux géomètres italiens et anglais. » Montucla, t. 4, p. 173.

Le P. Secchi en reprenant depuis la mesure de ta base de Boscovich a pu en évaluer le degré d’exactitude : ce J’ai l’honneur de présenter à l’Académie l’ouvrage sur la mesure de la base, exécutée par ordre du gouvernement pontifical sur la Voie Appienne.... Cette base avait déjà été mesurée par Boscovich, mais le terme oriental était

en controverse, car on l’avait perdu. Si l’on retient pour terme de Boscovich celui rétabli par les ingénieurs français dans l’année 1810, sa mesure serait en défaut de — 2^80, ce qui ne doit pas étonner, à cause du peu de confiance que lui-même plaçait dans cette mesure et des grandes difficultés de l’opération dans cette place. »

Secchi, Comptes-rendus de l’Acad. des Sciences , 1860, t. 50, p. 377.

« Roger-Joseph Boscovich mourut le 13 février, âgé de soixante-seize ans. J’ai fait imprimer son éloge dans le Journal de Paris du 13 mars 1787, et dans le Journal des Savants, 1792, p. 411. Il était connu surtout par la mesure du degré en Italie, qui a fait le sujet d’un travail important, traduit en français en 1770. »

de la Lande, Bibl. astron., p. 671.

Bouvet, Joachim.

« Le P. Bouvet fut l’un des six premiers missionnaires mathématiciens que Louis XIV fit partir à ses frais pour la Chine, en 1685.... On s’occupait alors en France de rectifier la géographie et l’astronomie. L’Académie des sciences avait fait partir plusieurs de ses membres pour diverses contrées de l’Europe, de l’Afrique et de l’Amérique. Il était plus embarrassant d’établir des observateurs à la Chine ; la difficulté d’y* pénétrer fit jeter les yeux sur les Jésuites, qui étaient admis dans cet empire. Les missionnaires qu’on joignit au P. Bouvet furent les Pères Fontanay, Tachard, Gerbillon, Lecomte et Visdelou. Aprè§

avoir été admis dans l’Académie des sciences, et pourvus par ordre du roi de tous les instruments de mathématiques qui' leur étaient nécessaires, ils partirent de Brest le 3 mars 1685, et ne touchèrent la Chine que le 23 juillet 1687.... Le P. Bouvet fut attaché à la personne de l’empereur Kang-hi comme maître de mathématiques et passa de longues années à dresser la carte de l’empire.

Abel-Rémusat, dans la Biogr. univ. art. Bouvet.

Clavius, Christophe.

Le P. Clavius fut employé par Grégoire XIII à la réforme du calendrier. Bailly dit que Clavius avait été chargé de tous les calculs nécessaires à la perfection de ce calendrier et qu’il combattit victorieusement tous ses adversaires.

Bailly, Hist. de V as tr on. moderne, t. l,.p. 396.

Cysatus.

Le P, Cysatus fut un des quatre astronomes qui firent , en 1631, la première observation du passage de Mercure sous le soleil. Kepler avait annoncé le passage et un grand nombre d’astronomes se tinrent prêts à l’observer, mais « il n’y eut que ceux qui se servirent du télescope, pour contempler immédiatement le soleil ou pour former son image, qui aperçurent la petite planète. Tels furent Gassendi, à Paris; le P. Cysatus, Jésuite à Inspruck; Jean Remus Quietanus, mathématicien de l’empereur Mathias, en Alsace ; et un anonyme à Ingolstadt. »

Montucla, t. II, p. 321.

de Dominis, Marc-Antoine.

de Dominis ébaucha le premier la théorie de l’arc- en-ciel, dans un ouvrage édité à Venise, en i6H, de Dominis était encore Jésuite à cette époque. Après avoir quitté la Compagnie il n’écrivit plus qu’un seul livre sur les mathématiques : Euripus seu de fluxu et refluxu maris.

« La théorie de ce phénomène (l’arc-en-ciel), ébauchée par Antoine de Dominis, évêque de Spolatro, fut développée par Descartes et complétée ensuite par Newton, en ce qui touche l’ordre des couleurs. »

Yerdet, Œuvres, t. 5. Opt. Phys. t. 1, p. 403.

« Hodie convenit inter omnes arcum istum (cœlestem sc.) refractione luminis Solaris in guttulis pluviæ cadentis efflci. Intellexerunt hoc etiam antiquorum nonnulli : inter recentiores autem plenius id invenit, uberiusque explicavit oeleberrimus Antonius de Dominis, archiepiscopus Spalatensis, in libro suo de radiis visus et lucis, quem ante annos amplius viginti scriptum, in lucem tandem edidit amicus suus Bartolus, Yenetiis, anno 1611. In eo enim librO'OStendit vir celeberrimus, quemadmodum arcus interior, binis refractionibus radiorum solis, singulisque reflexionibus inter binas istas refractiones intervenientibus, in rotundis pluviæ guttis effingatur ; exterior autem arcus, binis refractionibus, binisque itidem reflexionibus interjectis, in similibus aquæ guttis efficiatur. Suamque is explicandi rationem experimentis comprobavit, in phiala aquæ plena et globis vitreis aquæ plenis in sole collocatis; quo duorum arcorum istorum colores, in illis se exhibe-

rent contemplandos. Porro eamdem explicandi rationem persecutus est Gartésius in meteoris suis, eamque quæ est de areu exteriori insuper emendavit. »

Newton, Optique, édit. Lausanne et Genève 1740, p. 121 et 122.

Fabri, Honoré.

C’est le P. Fabri qui écrivit, quelques années après la condamnation de Galilée, ces paroles remarquables reproduites par Auzout dans le t. 7 des Mémoires de l’Académie des Sciences , 2e partie, p. 55 : « Ex vestris iisque coriphæis non semel quæsitum est, utrum aliquam-hàberent demonstrationem pro terræ motu adstruendo, nunquam ausi sunt id asserere. Nihil igitur obstat, quin loca ilia in sensu litterali Ecclesia intelligat et intelligenda esse deelaret, quamdiu nulïa demonstratione contrarium evincitur ; quæ si forte aliquando a vobis excogitetur (quod vix crediderim) in hoc casu, nullo modo dubitabit Ecclesia declarare loca ilia sensu fîgurato et improprio intelligenda esse, ut illud Poetæ : Terræque urbesque recedunt.

Quelques auteurs ont attribué au P. Fabri la priorité sur Harvey dans la découverte de la circulation du sang. Voici ce qui en est : Le P. Fabri publia en 1669 son livre : de Homine. Dans son préambule (p. 199) il dit : « Nihil autem adstruam quod meis oculis non viderim et manibus, ut sic loquar, non contrectarim, » et plus loin : « Guil. Harveus.... libellum de præfata circuitione scripsit.... Plurimi in ejus - sententiam iverunt.... Ego verissimam esse semper putavi, eamque, antequam libellus Harvei

prodiret, publiée docui jam ab anno 4638, qui certo longo post tempore in meas manus venit, quod ad ostentationem non dico.... Sed, ut ille nonnulla ex iis quæ prius edideram, in suis exercitationibus aliquot post annis publicavit, licet forte nunquam mea viderit ; — nihil enim vetat quin duobus eadem cogitatio incidat; — ita mihi nonnulla inmentem vénérant et in publicis scholis docueram, quæ deinde, tum apud ilium auctorem, tum apud alios typis mandata inveni. » — Nous n’avons aucune raison de suspecter la sincérité du P. Fabri, et nous aimons à croire qu’il a de son côté découvert la circulation du sangavant que le livre d’Harvey lui fut connu ; mais il suffit de comparer les dates pour voir que la priorité de cette découverte revient à Harvey. En effet, lorsqu’en 1619 Harvey commença à exposer dans ses leçons la circulation du sang, le P. Fabri n’avait que douze ans ; et lorsqu’en 1628 le livre d’Harvey parut pour la première fois le P. Fabri n’était âgé que de vingt-un ans.

Page 1