DE TOUS LES SAINTS
AVERTISSEMENT
Puisqu'il n'est pas possible, comme j'en ai déjà averti plus d'une fois, de fournir aux prédicateurs les matières du panégyrique de chaque saint en particulier, j'ai cru ne pouvoir mieux finir cette troisième partie de mon ouvrage qu'en donnant de quoi faire l'éloge de tous les saints en général. C'est entrer d'iu s le dessein de l'Eglise même, qui a déterminé un jour auquel elle fait une formelle de tous les saints, par la raison que, le nombre en étant presque in/mi. elle s'est crue obligée, pour leur rendre le culte qui leur est dû, de le leur rendre en commun par cette solennité.
l/caUeurs, comme mon dessein a toujours été de faire un choix des saints que Ton prêche ordinairement, j'ai, en quelque façon, suppléé aux autres dont on entreprendra de faire réloge, ayant mis dans ce volume, aussi bien que ■■< précédents, des saints de tout caractère : car il ne se peut faire que celui gui ne te trouvera pat dans notre recueil, et dont on voudra faire l'éloge, n'oit bien du rapport. <) quelqu'un de ceux dont nous avons parlé, s'il n'y est ■ ment semblable.
De plus, je suis bien aise d'avertir que, pour ce panégyrique de tous les saints en général, nous ne nous étendrons point sur la grandeur du bonheur qtfils possèdent, parce que nous en avons amplement traité au titre Béatitude, la Morale, mois seulement sur les moyens qu'ils ont pris pour y parvenir, sur les exemples de vertus qu'ils nous ont laissés, et comment dans tous les états et dans toutes les conditions on peut devenir saint.
Desseins et Plans.
I. — Vidi turbam magnam, quam dinumerare nemo poterat, ex omnibus gentibus, stantes ante thronum (Apoc. vu). — Cette troupe innombrable, tirée de tous les peuples de l'univers, marque rassemblée de ceux qui sont écrits dans le livre de vie, et dont les noms seront révélés au jour où cbacun recevra selon ses œuvres. C'est cette grande troupe de saints que l'Eglise révère particulièrement en ce jour ; et, comme elle en fait le sujet d'une de ses principales solennités, elle veut qu'elle soit pour tous ses enfants le sujet d'une joie et d'une consolation universelle, en leur représentant qu'il n'est aucun d'eux qui ne puisse être un jour de cette troupe bienheureuse et innombrable des saints, dont elle leur propose aujourd'hui la gloire à honorer et les exemples à suivre. — Trois choses nous éloignent ordinairement de la sainteté : — On se représente le nombre des saints si petit, que l'on désespère en secret d'y trouver place ; on se figure la sainteté si difficile à acquérir, qu'on abandonne l'ouvrage de sa sanctification avant d'y avoir travaillé ; on ne connaît pas les moyens de se sanctifier, ou du moins on affecte de les ignorer, et sous ce prétexte on les néglige .Pour remédier à ces trois maux, que fait aujourd'hui l'Eglise ?
1°. Elle nous anime à nous sanctifier, en nous faisant considérer la troupe innombrable des saints.
2°. Elle nous fait espérer le secours de leur intercession dans l'ouvrage de notre sanctification.
3° Elle nous propose leurs exemples pour nous conduire dans l'exécution de ce dessein.
Le grand nombre des saints nous encourage à nous sanctifier ; leur intercession nous aide à cet ouvrage, et leur conduite nous apprend à nous sanctifier. (Essais de Panégyriques).
II. — Beati pauperes spiritu, 'quoniam ipsorum est regnum cœlorum (Matth. v). — S. Ambroise remarque, en expliquant ces paroles du Sauveur, que dans la morale chrétienne la béatitude commence par ce qui fait la misère dans l'opinion des hommes, c'est-à-dire la pauvreté. Heureux sont les riches, dit le monde : Beatum dixerunt populum cui hœc
Bienheureux, au contraire, le peuple qui l'ait de sou Dieu toutes ses richesses : /ieatns pojiuliis cujns Dominas Dev& ejus (Ps. 143). — Bienheureux, dit le Fila de Piev, les pauvres d'esprit: Beati pauperes spiritit- Ces paroles sont également vraies, soit qu'on les entende d'une félicité présente ou d'un bonheur à venir, puisqu'il n'y a que les pauvres d'esprit, -à-dire ceux qui sont libres et dégagés des soins et des affections de la terre (pii soient heureux, autant qu'on le peut être en ce monde, et que d'ailleurs cette même pauvreté d'esprit, qui fait ce qu'il y a de \ raie félicité sur la terre, est la seule voie pour arriver au parfait bonheur de l'autre vie. De là vient que le Sauveur, qui jusque-là n'avait parlé que par la bouche des patriarches et des prophètes, ouvrant sa bouche divine pour enseigner les hommes par lui-même, établit pour fondement de sa céleste doctrine ce grand principe, qui renverse d'abord toutes les maximes du monde qu'il vient combattre : Beati pauperes spîritu. Mais il ne s'arrête pas là : il marque, dans la suite de l'Evangile de ce jour, les divers moyens d'arriver à la félicité, en parcourant les différentes sortes de vertus que les saints ont pratiquées : et ainsi il nous propose les deux plus puissants motifs qui soient capables d'exciter dans les âmes l'amour de la piété : l'exemple et la récompense : Beati pauperes : voilà ce qui fait la sainteté : Quoniam ipsorum est regnum cœlorum : voilà la récompense. Il faut donc considérer :
1°. Que les saints nous ont laissé des exemples de piété qui doivent nous exciter à nous sanctifier comme eux.
2°. Que les saints jouissent dans le ciel de la béatitude de Dieu même, et que par conséquent nous devons aspirer à la même félicité, de Panégyriques.)
III. — Beati qin persecutionempatiuntur pr opter justitiam, quoniam ipsorum tti regnum oœUrrum (Matth. v.)| — S'il ne fallait que souffrir pour être heureux.il n'est point d'homme sur la terre qui ne pût légitimement prétendre à la félicité, puisqu'il n'en est point qui ne souffre ; mais la promesse du souverain bonheur ne regarde que ceux qui souffrent pour la justice. Tous les saints, dont l'Eglise célèbre aujourd'hui la mémoire, se trouvent renfermés dans ce caractère : ils ne sont entrés dans la gloire aveu Jésus- Chhi.-t leur chef que par la voie des souffrances. Ils ont tous porté une partie de la croix du Sauveur, bu une portion de son calice ; c'est à ce prix qu'ils ont acheté la béatitude dont ils jouissent: Beati qui persecutionem petiuntur propter justitiam. — C'est ce qui m'oblige à fonder l'éloge que j'en dois faire en général sur la gloire commune. Ils sont tous saints, parce qu'ils ont tous souffert, et ils ne doivent leur félicité qu'au bon usage de leurs peines. Je me propose donc de vous entretenir aujourd'hui de la liaison de la gloire des saints avec leurs souffrances, et de vous montrer :
1°. Que les peines de cette vie leur ont donné une sainte impatience d'arriver au ciel.
2°. Que la joie qu'ils ont espéré goûter un jour dans ce lieu de délices leur a donné du courage pour supporter les peines de cette vie. {Essais de Panégyriques.)
IV. — Salutant vos omnes sancti (Cor. n.) — Quoique l'Apôtre ait dit ces paroles des saints qui vivaient encore sur la terre, c'est-à-dire des chrétiens, qui saluaient par l'entremise de S. Paul leurs amis et leurs frères en JÉsus-CHRisT,jene crois pas en faire une application trop forte,nihorsde propos, si, dans ce jour consacré à la mémoire de tous les saints, je vous salue de la part de cette triomphante compagnie. Le ciel, dit S. Bernard, n-'est pas un lieu d'oubli, où l'on ne se souvienne plus de ses amis : Non est cœlum terra oblivionis. Les voiles et les ombres de la foi passent, les gémissements de l'espérance cessent, mais la charité, victorieuse du tombeau et de tous les temps, subsiste éternellement dans cet heureux séjour ; et il ne faut point douter qu'un des principaux effets de cette charité ne soit la compassion pour nos misères. Ils sont au port d'une bienheureuse éternité, pendant que nous sommes encore sur la mer orageuse de ce monde, exposés à mille écneils et à mille hasards. Ils jouissent du fruit de leurs victoires, pendant que nous sommes aux prises avec les ennemis de notre salut; ils sont arrivés au terme, pendant que nous sommes encore dans la voie, et par conséquent en danger de nous égarer, de nous perdre pour jamais. Je les contemple, ces bienheureux, élevés sur des trônes de gloire, dans une majesté qui étonne le ciel, dans la pompe et dans l'appareil de leur triomphe, et ayant sous leurs pieds ce qui fait ici-bas l'objet de notre admiration. Mais il ne faut pas croire que l'éclat de leur gloire les éblouisse tellement qu'ils oublient ceux qui ont tant besoin de leur secours ; et, puisqu'ils ont la bonté de nous saluer, ne manquons pas de les saluer réciproquement. Les saints, dans le ciel, prennent tant d'intérêt au salut des pécheurs, que, au sentiment du Fils de Dieu même, ils se réjouissent et font comme une fête de la pénitence et de la conversion même d'un seul. N'est-il pas juste que les pécheurs, c'est-à-dire les hommes, qui porteront toujours ce nom pendant qu'ils demeureront sur la terre, s'intéressent réciproquement dans le bonheur des saints ? Aussi est-ce pour ce sujet que l'Eglise militante célèbre ce grand jour avec tant de solennité, afin de prendre part à la pompe de celle qui triomphe dans le ciel, et de contribuer à la gloire de ces bienheureux par l'honneur qu'elle leur rend, comme ils contribuent à notre bonheur éternel par leurs prières et par les secours qu'ils nous obtiennent. Ce sont les vues et les motifs que l'Eglise a eus d'instituer cette fête, comme elle s'en déclare elle-même dans les prières qu'elle adresse à Dieu
à cotte occasion. Mais, pour vous faire comprendre mon dessein avec plus de clarté, je vous montrerai :
4°. Que L'Eglise honore les saints d'un culte qui a du rapport à leur état, comme les amis de Dieu et comme ses enfants, qui sont en possession de son royaume, victorieux de ce monde et possesseurs d'une tranquille et bienheureuse immortalité.
.u'elle les invoque dans ses besoins et leur adresse ses prières comme à ses médiateurs, qu'elle emploie pour avoir plus d'accès auprès de Jbsus-Ghbist, et par Jésus-Christ auprès de Dieu.
11 ces deux devoirs que consiste tout mon sujet. (Les preuves s'en trouveront dan» fc second discours préliminaire du premier tome des Panégys uts).
Y. — Sancti estote quia ego sanctus sum (Levit. xi, 41). — Oui, Chrétiens, c'est à Tliomme même que Dieu commande d'être saint. Mais que cet homme est lui-même éloquent pour exagérer les difficultés et les obstacles qu'il trouve dans ia voie de la sainteté, afin d'en faire autant de prétextes u sa h'icheté criminelle ! Il dépeint d'une manière vive sa faiblesse, ngagements, ses fortes habitudes, son tempérament, son naturel ; il se forme une idée de cette sainteté qu'on lui ordonne comme d'une chose impraticable, entièrement au-dessus de ses forces. Mais, faiblesse humaine, difficultés prétendues, excuses frivoles, disparaissez aujourd'hui à la vue de la gloire et de l'exemple des saints que l'Eglise nous met en cette fête devant les yeux. Nous devons travailler à notre sanctification, la gloire des saints nous y anime ; nous pouvons devenir saints, quelque difficulté qu'il y ait dans notre entreprise, l'exemple des Saints nous le persuade : — deux vérités, mes chers auditeurs, que j'entreprends de vous développer aujourd'hui.
1°. Il n'est rien de plus capable de nous animer à la sainteté que la gloire des saints.
0». Il n'est rien de plus puissant pour nous persuader qu'on peut acquérir la sainteté que l'exemple des saints.
Et, pour réduire ceci sous une idée plus simple : la gloire qui est la récompense des saints est le plus puissant motif qui nous doit animer à travailler à nous faire saints : c'est mon premier point ; l'exemple des saints est la preuve la plus forte et qui nous fait le mieux sentir que nous pouvons nous sanctifier, c'est le second. (Houdry, Se?'mons).
VI. — Sancti èttote, quia ego sanctus sum (Levit. n). — Lajete que nous célébrons aujourd'hui n'est autre chose qu'un renouvellement de cette alliance qui lie par des noeuds sacrés l'Eglise qui triomphe dans le ciel et
celle qui combat encore sur la terre. C'est un saint commerce d'amour et de charité entre ces deux nobles parties du royaume de Jésus-Christ. Nous devons des acclamations de joie, des applaudissements et des chants de triomphe aux victoires de ces bienheureux conquérants du ciel: nous en devons attendre aussi secours et toute protection. Nous leur devons des respects, de la vénération et des louanges ; ils ne nous refuseront pas non plus leurs faveurs et leur assistance, si nous savons nous les procurer. Le culte le plus agréable que nous leur pouvons rendre est sans doute l'imitation de leurs vertus. C'est par là
1°. Que nous leur témoignerons excellemment l'estime et l'amour que nous avons pour leur sainteté, en exprimant leur image dans notre vie et dans nos mœurs.
2°. — Que nous les engagerons puissamment à nous être favorables, et que nous mériterons leur amitié par un tel témoignage de la nôtre.
VII. — Beau paupéres spiritu, quoniam ipsorum est regnum cœlorum (Matth. v). — Pour peu que nous ouvrions les yeux sur la gloire des saints et sur les travaux qu'ils ont entrepris pour la mériter, il n'en faut pas davantage pour dissiper les deux erreurs qui nous trompent, et pour nous faire marcher d'un pas ferme et prompt dans la voie du salut. C'en sera assez pour nous faire rompre les deux puissants obstacles qui s'y opposent : la négligence et le désespoir, Car enfin, levons les yeux au ciel et contemplons les glorieux avantages dont jouissent les saints ; comparons les moyens dont ils se sont servis ici-bas pour acquérir cette gloire, avec ceux que la religion nous offre tous les jours : et alors nous nous instruirons de nos devoirs. A la vue de leur bonheur, nous voudrions être ce qu'ils sont ; mais, consolons-nous, ils ont été ce que nous sommes, et ils n'ont rien fait que nous ne puissions faire. — Voilà deux grands motifs^ qui feront tout le sujet des deux réflexions que je me suis proposé de faire avec vous. Nous voulons être ce que les saints sont dans la gloire : nous devons donc faire ce qu'ils ont fait sur la terre. Ils ont été ce que nous sommes : nous devons faire ce qu'ils ont fait.
1°. Nous devons faire ce qu'ils ont fait. Il est de notre devoir d'imiter les saints dans leurs peines et la vie laborieuse qu'ils ont menée sur la terre.
2°. Nous pouvons faire ce qu'ils ont fait. Il est en notre puissance d'imiter les saints dans les actions qui les ont conduits à cette bienheureuse gloire.
Nous devons être saints, nous pouvons être saints : c'est tout le partage de ce discours. {Le P. de la Rue).
V\^ — Filii sonctorum sumus,et vilain illam expectamus quam DEVsdaturus