‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 2)Chapitre 15 sur 30 · EXEMPLES ET FIGURES TIRÉS DE L'ÉCRITURE · texte numérisé non relu

EXEMPLES ET FIGURES TIRÉS DE L'ÉCRITURE

[Elie]. — N'accusons pas la faiblesse de notre nature comme nous mettant dans une impuissance absolue de parvenir à la gloire des saints ; accusons plutôt notre lâcheté, puisque les saints dont nous faisons la fête étaient d'une même nature que nous. S. Bernard remarque que le texte sacré, parlant d'Elie, dit qu'il était un homme passible, semblable au reste des hommes : Elias homo erat similis nobis, passibilis ; de peur que l'éminence de sa sainteté, l'éclat de ses miracles, et ce char ardent qui l'avait enlevé vers le ciel, ne nous fît paraître qu'il était d'une autre nature que nous, pour nous dispenser de le suivre. Que les vertus héroïques des saints n'étonnent donc pas notre esprit : ils étaient de même nature que nous, formés du même limon et composés de la même terre. Leurs re liques, qui reposent dans nos temples, marquent qu'ils ont été mortels.

Et cependant, avec la grâce de Dieu, ils so sont élevés au-dessus de leur nature. S'ils ont été saints quoiqu'ils fussent hommes, quelle excuse pouvons-nous alléguer pour nous dispenser de les suivre ? Sera-ce l'indignité de nos péchés qui abattra notre courage ? Il est vrai que c'est un contrepoids à notre élévation ; mais j'apprends par les vies des saints qu'ils ont quelquefois été coupables, et que les péchés qui avaient combattu la sainteté devinrent dans la suite la matière de leur victoire.

S. Augustin remarque que ceux qui sont les plus grands saints dans le ciel étaient tombés, pendant leur vie, dans les plus grandes fautes. Dieu l'a permis, et il l'a fallu, de peur que, s'ils eussent été impeccables, nous n'eussions pris de là occasion de croire qu'ils eussent été d'une autre espèce que nous, et qu'ils n'eussent pas été sujets aux mêmes passions : Te nobis impeccabilitas, dit ce saint Père, daret occasionfm existimandi separatos esse à naturâ fallibili. Mais quand nous voyons qu'ils ont été aussi coupables que nous, qu'en même temps que nous publions leurs vertus nous parlons aussi de leurs crimes, et que cependant ils sont devenus saints, ne pouvons-nous pas conclure évidemment que, si nous sommes d'une même nature, nous pouvons parvenir à une même gloire ?

[les patriarches]. — Bien loin que Dieu ait défendu d'honorer les saints, il semble qu'il n'ait rien omis pour porter les hommes à leur rendre honneur, soit lorsqu'ils se représentent leurs combats sur la terre, soit maintenant qu'ils sont couronnés dans le ciel. Quels éloges n'a-t-il point faits lui-même d'Abraham et de quelques autres patriarches ? N'a-t-il pas fait éclater leur vertu lorsqu'elle était obscurcie par la calomnie ou lorsqu'elle était cachée dans les solitudes ? Quelle vengeance n'a-t-il point tirée des outrages qu'on leur a faits ? De quelles bénédictions même temporelles n'a-t-il pas comblé ceux qui les ont reçus avec honneur et traités avec respect? S. Paul n'en parle-t-il pas comme de personnes que le monde ne méritait pas de posséder ? Quibus dignus non erat mundus. Les souverains et les grands de la terre n'ont-ils pas été loués et récompensés de mille faveurs du ciel pour avoir suivi leurs conseils? Et, comme si ce n'était pas assez de les avoir rendus respectables par leurs vertus, il les a voulu combler d'honneur en leur donnant la puissance des signes et des prodiges, comme il a fait à l'égard de Moïse, qu'il établit en quelque manière le Dieu de Pharaon. On sait l'honneur qu'il fit rendre à Daniel par les princes même de la terre, en donnant à ce prophète la connaissance de l'avenir, aussi bien qu'au saint patriarche Joseph. Que n'a-t-il point fait pour rendre illustre et glorieux l'incomparable Josué ? Ne l'a-t-il pas conduit et soutenu de toute sa puissance ? N'a-t-il pas, en sa faveur et à sa présence, entr'ouvert les fleuves pour les faire passer à pied sec à son peuple ? N'a-t-il pas fait tomber les murailles des villes les plus fortes ? Et oe grand conquérant n'a-t-il pas

par le crédit qu'il avait auprès de Dieu, étendu sa puissance jusque sur le soleil, en suspendant sa course? Quel homme a jamais été plus glorieux et plus honoré ?

Dieu a toujours comblé les saints de tant de faveurs pour les faire honorer et respecter des hommes, que ce qu'il possède par sa nature les saints le tiennent de lui à titre de récompense et de faveur. Tout ce qui est dans l'univers leur paie un tribut d'admiration et de respect. Les démons même les craignent comme leurs vainqueurs, malgré l'envie qui les possède. Les pécheurs rendent hommage à leur vertu et en admirent l'éclat, quoiqu'ils n'en aiment pas la pratique. Les rois les révèrent comme leurs maîtres, et ceux qui se croient au-dessus de toutes les grandeurs mortelles s'estiment heureux de s'abaisser à leurs pieds, et d'aller à deux genoux les invoquer à leurs tombeaux. Les peuples célèbrent leurs fêtes ; les anges la solennisent dans le ciel : Dieu même les environne des rayons d'une immortelle lumière, et, si la gloire du siècle est l'ouvrage du démon, comme dit S. Hilaire, la gloire des saints est sans doute le chef-d'œuvre de la puissance de Dieu.

| Saiiils dans tous les états]. — Je vais vous prouver, dit S. Chrysostôme, par une induction prise del'Ecriture-Sainte, qu'il n'est point d'état ni de condition licite dans laquelle on ne puisse être saint, avec la grâce que la divine Providence a assignée et préparée pour acquérir la sainteté. Vous êtes marié, dites-vous : Moïse l'était aussi : et qui vous empêchera de vous retirer chaque jour, comme lui, pour traiter avec Dieu de l'affaire de votre salut et de votre sanctification ? Vous avez un grand nombre d'enfants ; la mère des Machabées en avait sept, et elle n'a pas laissé d'être sainte, et de préférer, quand il l'a fallu, l'amour de Dieu à celui de son sang. Vous êtes noble, obligé de paraître avec éclat dans le monde : David, Josias, Ezéchias, étaient aussi nobles que vous, puisqu'ils étaient de race royale : cependant le gouvernement d'un Etat ne les a pas empêchés de se sanctifier ; ils ont conservé l'humilité dans la grandeur, et ils ont vécu à la cour sans être infectés de ses vices. Vous êtes juge : voilà quel était l'emploi de l'incomparable Samuel: imitez ce modèle, et vous serez irréprochable dans votre charge; elle vous servira de moyen pour pratiquer les vertus les plus héroïques. Vous êtes riche : Abraham l'était, je crois, plus que vous. Job était riche aussi: soyez, comme lui, le pied du boîteux, l'œil de l'aveugle, le père de l'orphelin, le défenseur, le nourricier des pauvres : et ainsi vos richesses vous serviront pour acquérir et pratiquer la sainteté. Vous êtes pauvre, et votre pauvreté est surchargée de maladie : voyez Lazare dans l'Evangile, pour être pauvre et malade, il n'a pas laissé de devenir un grand saint. Vous êtes un artisan, obligé de travailler tout le jour et une partie de la nuit pour entretenir votre famille : S. Joseph était dans la même condition, et ses vertus cependant l'ont élevé au plus haut comble de la gloire. —

Vous suivez le train des armes, vous vivez à la guerre : souvenez-vous de ce brave centurion romain, dont il est fait mention dans les Actes des Apôtres : il est dit que c'était un homme de piété et craignant Dieu : Religiosus ac ttmens Deum n/m omni domo sua. Bien éloigné de s'enrichir des dépouilles des autres, il faisait de grandes libéralités aux pauvres, et, parmi le bruit des armes, il tenait son cœur en paix et son esprit recueilli en Dieu par la prière : Faciens eleemosynas multas plebi, et deprecans Deum souper. — Il est donc aisé de montrer, par de tels exemples, que l'on trouve assez fréquemment dans les livres saints, que, comme c'est Dieu qui a établi la diversité des professions et des états nécessaires dans le commerce du monde, il a aussi assigné un fonds de grâces pour y garder sa loi dans chaque condition, c'est-à-dire pour y vivre saintement. Si donc l'enfer est rempli de gens de qualité, de gens de cour, de soldats, de marchands, d'artisans ; si les chrétiens de tout état se damnent tous les jours par milliers, ce n'est pas leur état, ce n'est point leur condition qui en est cause ; c'est que, dans leur état, comme dit le prophète, ils n'ont point voulu se servir de la grâce de Dieu, qui est présentée à tous les hommes pour observer ses commandements : Longe a peccatoribus salus , quia justificationes tuas non exquisierunt (Ps. 108).

[Pratiquer uneyertu particulière] . — Quoique la sainteté consiste dans l'assemblage de toutes les vertus, S. Pierre Damien remarque fort sagement que les saints se sont appliqués à quelques vertus en particulier, et s'y sont rendus excellents, sans cependant négliger les autres. Ainsi, Abraham se signala par la foi, Moïse par la douceur, Phinéès par la ferveur de son zèle, S. Pierre par son ardente charité, S. Jean par la virginité ; et, quoique celui qui aspire à la sainteté doive avoir toutes les vertus et tâcher de les pratiquer, à l'imitation des saints, néanmoins, dit ce Père, il est de la prudence d'enchoisiruneenparticulier.pourlaquelle on ait un plus grand attrait, et qui soit plus conforme à l'état, à l'emploi et à l'inclination, afin de se la rendre plus familière, et d'en produire des actes plus fréquents et plus parfaits, vu qu'il ne faut quelquefois qu'une vertu pour acquérir toutes les autres, tant elles ont de connexité ensemble.

Quoique l'exemple de tous les saints soit très-utile pour nous porter à nous sanctifier comme eux, la même prudence qui règle le choix des vertus dont la pratique nous est plus nécessaire ou plus convenable doit aussi régler le choix des saints dont la vie est plus conforme à celle de notre profession et de notre état : Habet unum quodque propositum principes suos , dit S. Jérôme (Epist. ad Heliodor). Chaque institut et chaque profession, dit ce saint, a ses premiers hommes, dont l'exemple sert de modèle sur lequel les autres se doivent former : Episcopi et presbyteri habent in exemplum Apostoîos et apostolicos viros.

[Les saints de l'ancienne loi proposés par S. PaulJ. — C'était par les exemples des pères de l'ancienne loi que S. Paul engageait les premiers chrétiens à la pratique des vertus pour se sanctifier. Depuis Abel jusqu'à Moïse, et depuis Moïse jusqu'aux prophètes, il leur mettait devant les yeux tous les justes de l'ancien testament: ces justes cachés dans des cavernes, errant dans la solitude; ces justes exténués déjeunes, accablés de pénitences; ces justes accusés, calomniés; ces justes enfin dont le monde n'était pas digne : Quibus dignus non erat mundus (Heb. n). Eh bien, concluait l'Apôtre, qui peut donc maintenant nous retenir? fortifiés de ces exemples, que ne courons-nous dans la carrière qui nous est ouverte ? et, puisque nous sommes les héritiers, les descendants des saints, à quoi tient- il que nous soyons saints comme eux ? — Ce raisonnement de S. Paul doit encore avoir une force toute particulière et toute nouvelle pour nous, puisque cette infinie multitude de saints , formés dans la religion chrétienne, a bien grossi cette nuée de témoins dont parlait l'Apôtre des gentils. Car que pouvons-nous dire, surtout à la vue de tant de martyrs, nous dont la foi n'est plus exposée à la violence des persécutions ; nous dont Dieu n'éprouve plus la constance par des tourments ; nous qui, comme dit S. Cyprien, pouvons devenir saints sans effusion de sang ? Ne sommes-nous pas les plus méprisables des hommes si les difficultés nous étonnent? Ne faisons-nous point outrage à la grâce de notre Dieu si nous doutons qu'elle nous puisse soutenir dans des peines trèslégères, ayant soutenu les saints martyrs dans les plus cruels supplices?

[S. Augustin]. — On peut rappeler ici l'admirable vision dont Dieu favorisa S. Augustin quelque temps avant sa conversion. Il lui fit voir la chasteté sous la figure d'une grande dame environnée d'une multitude infinie de jeunes enfants et de jeunes filles qui avaient inviolablement conservé leur pureté, et cette dame lui disait : Numquid non poteris quod isti, et istœ ? Eh quoi ! ne pourrez-vous pas faire ce que tous ces enfants ont pu faire? n'aurez-vous pas assez de courage pour suivreUeurs exemple ? Il est vrai qu'ils ne l'ont pu par leurs propres forces, mais par la vertu du Saint-Esprit, qui se communique àtoutes les personnes qui veulent embrasser la perfection. — Appliquons-nous à nous-mêmes cet exemple, et croyons que, pour peu que nous voulions prendre de peine de marcher dans le chemin de la vertu, battu et fray é par tant de personnes de tout sexe, de tout état et de tout âge, la grâce ne nous manquera point pour parvenir à cet h eureux terme où elles sont courageusement parvenues en travaillant de leur part, et coopérant à la grâce pour parvenir à cette; immortelle gloire dont jouissent à présent les saints.

[Les Israélites en face h U terre promise]. — Sitôt que le* Israélites aperçurent

la terre promise du haut de la montagne Amana, ils mirent sur leurs tètes des couronnes de fleurs, afin d'entrer tout couronnés dans cette heureuse terre, où ils devaient vivre avec une pleine liberté. Cette terre promise n'est que la figure du -ciel, qui est proprement la terre sainte, où nous devons aspirer et que l'Eglise nous montre aujourd'hui pour nous animer davantage à sa conquête. Les saints qu'elle nous met devant les jeux sont les véritables Israélites, munis chacun d'une couronne comme autant de rois de ce royaume céleste, qui nous invitent à la possession de ce mémo royaume. Leur pouvoir n'a point d'autres bornes que la toute-puissance de Dieu, qui est leur chef. Ils ont pour richessesles fonds inépuisables dont Dieu même jouit, et dont la plénitude n'a point de mesure ni de fond. Ce sont ces biens sans nombre que l'Eglise nous propose aujourd'hui d'acquérir, en nous invitant, par l'exemple de tous les saints, à suivre leurs traces, si nous voulons entrer en possession de ce même royaume qu'ils ont acquis par leurs mérites, en travaillant courageusement à la poursuite d'un si grand bien.

} Le nombre des saints]. — C'est une remarque assez curieuse, qu'ont faite de savants hommes, que l'on ne peut trouver aucun emploi ni aucune vocation, dans aucun royaume ou dans aucune république, où il n'y en ait quelques-uns reconnus pour saints par l'Eglise: pour nous convaincre que, comme cène sont pas n on plus les conditions ni les emplois qui font les saints, ce n'est pas ce qui les empêche de l'être, mais la vie qu'on y mène et la fidélité avec laquelle on s'y acquitte de sesdevoirs. C'est ce que Tertullien disait aux chrétiens de son temps : JSihil refera ubi suis, extra sœculum estis. Qu'importe de quelle profession vous soyez, pourvu que Dieu vousy ait appelé? Ainsi, je ne m'informe point si vous êtes séculier ou religieux, engagé dans les ordres sacrés ou dans le mariage : ce qui doit être commun à tous les chrétiens, de quelque condition et de quelque profession qu'ils soient, c'est d'être éloignés de la corruption du siècle: ce qui se peutfaire en toutes sortes de conditions. En effet, parmi les souverains, qui sont ceux d'entre les chrétiens qui semblent avoir plus d'obstacles à leur salut, on en compte plus de six cents canonisés, après avoir vécu au milieu d'une cour profane, sans être infectés de l'air contagieux des vices qui en rendent le séjour si dangereux. Quelle est la condition où il y ait plus de licence et moins de religion que dans la profession des armes? et cependant on ferait des armées de ceux qui s'y sont sanctifiés ; on a vu des légions entières qui ont mieux aimé perdre la vie que de renoncer à leur foi. Parmi les gens d'affaires, quels périls ! quelle difficulté de se sauver! quels embarras ! et néanmoins il y en a eu des milliers qui ont fait paraître une vertu consommée, et qui se sont élevés au plus haut degré de la sainteté. — Or, cette multitude de saints, de tout état et de toute condition, sont, au sentiment du grand Apôtre, une nuée de témoins, qui déposeront un jour contre nous, et qui nous reprocheront notre lâcheté î

Tantam kabentes testium nubem. Leur nombre sera une conviction claire et manifeste que nous avons pu nous sanctifier, et que ce ne peut être que notre faute si nous y avions manqué. Testiwnnubcm: c'est une nuée qui est au-dessus de nous, et suspendue, pour ainsi dire, aumilieu de l'air, nous marquant qu'ils ont été sur la terre sans y être attachés d'affection: qu'au milieu des affaires, dont ils semblaient être accablés, ils se sont élevés par leur piété et n'ont pensé qu'au ciel. Testium nubem : c'est une nuée qui porte des pluies de grâces, et qui les obtient de Dieu pour ceux qui sont dans les mêmes emplois et qui expérimentent les mêmes difficultés. Mais prenons garde que ce ne soit une nuée qui crève un jour sur notre tête et qui éclate en foudre en prononçant l'arrêt de notre condamnation, si nous sommes assez malheureux pour nous perdre.

[S. lgnace|. — Il n'y a personne sur qui l'exemple des saints ne puisse faire la même impression qu'il fit autrefois surl'espritdu grand S.Ignace fondateur de la Compagnie de Jésus, lorsqu'il était encore entêté de la gloire du monde qu'il espérait acquérir par les armes. Ayant lu par hasard comment les saints avaient méprisé cette gloire mondaine pour laquelle il avait une si ardente passion, et ce qu'ils avaient si généreusement entrepris pour travailler à la gloire de Dieu, il conçut tant d'admiration pour leur courage, un désir si pressant de les suivre, que dès ce moment il prit la forte et généreuse résolution de renoncer au monde et de n'aspirer qu'à cette gloire immortelle. C'est ce que l'exemple des saints a souvent fait sur l'esprit des hommes, et c'est aussi pour ce sujet que l'Eglise nous propose aujourd'hui leurs grands exemples, dans cette solennité, pour nous animer aies suivre.

[Se dépouiller de tout]. — Combattre comme les athlètes et àl'exempledes athlètes, courir dans la carrière du salut, qui nous est ouverte, en sorte que nous remportions le prix, c'est dans la pensée de S. Paul, à quoi nous sommes appelés, et ce qu'ont pratiqué les saints : Sic cvrrite ut comprehendatis. Or, les athlètes, disait ce grand apôtre, pour être plus libres dans la course et moins embarrassés dans le combat, se dépouillent de tout, et nous apprennent par là que nous devons, comme chrétiens, être détachés de toutes les choses du monde : Omnis autem qui in agone contenait o.b omnibus se abstinet. La différence entre eux et nous, c'est que les athlètes n'en usent ainsi que pour gagner une couronne corruptible. Différence bien capable de nous confondre, si nous ne les imitons pas. C'est encore là un des motifs qui a inspiré aux saints non-seulement tant de courage, mais encore un détachement du monde si parfait dans les combats qu'ils ont eu à soutenir contre les ennemis de leur salut,

[Aman]. — La magnificence de Dieu envers ses élus est telle que je puis m'écrier ici, avec le prophète : a Ah ! Seigneur, que vous êtes grand d'élever

vos serviteurs à un si haut degré de gloire, au-dessus de toutes les grandeurs mortelles ! » et ajouter, avec l'envieux Aman conduisant son rival en triomphe : « C'est de la sorte qu'on doit honorer ceux que le roi du ciel et de la terre a voulu honorer de son amitié et de sa faveur ! » Mais» esprit de schisme, que tu es contraire, en ce point, à l'esprit de Dieu, de ravir aux saints l'honneur que Dieu leur a toujours fait rendre par son Eglise dans tous les siècles ! Il n'est point nécessaire de rapporter ici quantité de passages et de citations. Les fêtes qui sont instituées pour cet effet, les discours et les éloges que les Cyprien, les Grégoire de Nazianze, les Chrysostôme, les Ambroise, les Augustin, ont prononcés pour exhorter les peuples à les honorer ; les solennités qui se faisaient aux tombeaux de ces bienheureux, les conciles assemblés contre les iconoclastes : tout cela fait une tradition constante de l'Eglise primitive jusqu'à ce malheureux siècle, voisin de notre temps, où l'on a vu s'élever une si pernicieuse erreur contre le culte des saints, dont des preuves, si fortes et si convaincantes, ne peuvent encore les faires revenir; jusquelà que quelques-uns d'entre eux aiment mieux répondre que tous les Pères et les docteurs de 'l'Eglise sont tombés dans l'erreur que de confesser qu'ils y sont eux-mêmes ; d'autres avouent qu'on a, à la vérité, de tout temps honoré les saints, mais qu'on ne les a pas invoqués, et s'efforcent du moins de retrancher une partie de ce culte qu'ils ne peuvent entièrement abolir.

Gardons-nous bien d'imiter ces lâches murmurateurs d'Israël, qui ne voulaient pas entrer dans la terre promise parce que, disaient-ils, ils y avaient vu des monstres : Vidimus monstra. Mais, leur dit le fidèle Josué> qui était leur conducteur, de quoi vous plaignez-vous ? le Seigneur est avec vous : que devez-vous appréhender ? Nobiscum est Dominus, nolite metuere. Ce sont ces mêmes paroles que le Seigneur nous dit quand nous nous plaignons de la difficulté des voies qui conduisent au salut : Noli metuere, ne craignez rien. Qu'avez-vous à craindrez, lâche chrétien, quand je suis avec vous? Vos difficultés sont-elles plus grandes que celles des saints ? Le chemin qui conduit au ciel est-il moins praticable qu'alors ? N'ètes-vous pas de même nature, de même condition qu'eux? Vous avez les mêmes secours, la même grâce vous est offerte : quel est donc le sujet de votre crainte, si ce n'est votre lâcheté ?

[Effet de l'exemple]. — Comme il n'y a rien de plus pernicieux que le scandale, selon Tertullien, parce que c'est l'exemple d'une mauvaise chose qui l'autorise en quelque sorte et qui fortifie l'inclination au mal dans les âmes, Scandalum rei malœ exemplum œdificans ad delictum, aussi le bon exemple est le moyen le plus fort que Dieu emploie pour attirer les hommes à la vertu. C'est pour cela que le Saint-Esprit nous a laissé dans les saintes Ecritures les vies des saints de l'ancien testament, que les principales actions des Apôtres sont rapportées dans les Actes, et que

l'Eglise conserve dans ses annales la mémoire de ce que les saints ont fait pour acquérir la gloire dont ils jouissent, afin que ces grands exemples, présents à notre esprit, nous encouragent à vaincre les obstacles qu'ils ont surmontés, pour que nous puissions arriver au même terme. — Et comment est-ce que la vie d'un saint nous persuade la sainteté? En deux manières, dit S. Chrysostôme : en nous faisant comprendre la perfection de la sainteté, et en corrigeant les vices qui nous en éloignent. En considérant la vie d'un saint, je reconnais que rien ne mérite d'être aimé ni estimé que la vertu ; et en faisant réflexion sur ce que les saints ont fait, j'apprends ce que je dois faire moi-même. Ce fut ainsi qne Mathathias, l'illustre chef des Machabées, conserva ses enfants dans le culte de la vraie religion. « Représentez-vous, leur disait-il, l'exemple de ces Israélites fidèles à la loi de Dieu desquels vous descendez : le zèle d'un Elie, la fidélité d'un Abraham, la douceur d'un David, l'obéissance d'unlsaac, la chasteté d'un Joseph. C'est de cette manière que ce grand homme persuadait aux siens la vertu, par l'exemple de leurs saints ancêtres.

APPLICATIONS DE QUELQUES PASSAGES DE L'ÉCRITURE

Quis ascendet in montent Domini ? (Ps. 23). — Comment monter en effet sur ce rocher inaccessible, tout rempli d'épines, tout hérissé de ronces, tout teint du sang et tout moite des larmes de ceux qui ont passé devant nous ? Comment marcher par un chemin si impraticable ? C'est l'objection que font ordinairement les hommes pour autoriser leur lâcheté et leur négligence. Déraisonnable sentiment, qui fait tous les jours tant de coupables, mais qui est solennellement combattu par les exemples des saints, et par l'expérience que nous avons de leurs combats et de leurs victoires ; de sorte que nous pouvons dire de tous ce que Tertullien a dit de l'un d'entre eux: Consistit Job in exemplum infidelium.J ob se présente sur son fumier, comme sur un théâtre victorieux, pour être confronté avec tous les esprits lâches et délicats, qui disent que la patience dans les douleurs est impossible à la nature des hommes. Mais ce qui s'est fait par une grâce particulière dans un seul homme, tous les saints ensemble nous le montrent possible par leur exemple, pour nous convaincre évidemment que la sainteté n'est pas impossible, comme nous nous le persuadons faussement.

Vidi turbam magnant. (Apocal. vu). — La Providence de Dieu a voulu qu'il y eût des saints de toutes sortes de conditions, et même de celles où la vertu et la sainteté paraissent les plus difficiles. Il y a des rois et des princes saints : et cependant la cour est fort opposée à la sainteté, par

sa mollesse et par ses vanités. Il y a des soldats saints : et cependant la guerre est contraire à la piété. Tous ces saints s'assemblent aujourd'hui, et, nous montrant leurs exemples, nous ùtent toute excuse. Cette troupe de saints, dit l'Apôtre, est une nuée de témoins qui nous convainquent que nous pouvons être saints : Impositam habemus nubem testium. La nuée ne se forme pas tout d'un coup , elle s'amasse des vapeurs peu à peu, qui s'évaporent enfin en pluie par les vents et les orages : Ainsi Dieu, depuis la naissance du monde, a ramassé peu à peu des saints de divers endroits de l'univers, pour en faire une nuée de témoins qui nous prouvassent, par l'exemple de leurs vertus, que nous pouvons devenir aussi des saints.

Sancti estote, quia ego sanctus sum. (Levit. xi). — N'est-il pas surprenant que Dieu fasse aux hommes un commandement de s'élever audessus des faiblesses de leur condition et de la faiblesse de leur être, pour se rendre semblables à lui, pour mériter de régner éternellement avec lui dans le ciel ? Qu'y a-t-il dans l'homme qui ne soit un obstacle à son bonheur, et qui ne semble même opposé au commandement qu'il lui fait d'être saint ? La sainteté est un éloignement de toutes sortes de souillures^ un détachement de toutes les choses de la terre, une victoire entière sur toutes les passions, un attachement inséparable au Créateur par une charité ardente ; et, afin que cette sainteté soit consommée, hors d'atteinte de tous les hasards auxquels elle est exposée en cette vie ; il faut jouir du souverain bien, dont Dieu ne donne la possession qu'à ceux qu'il a prédestinés de toute éternité. D'ailleurs, quel est l'homme à qui Dieu intime un tel commandement ? Pécheur avant même de naître, né avec le penchant au mal qui dérègle toute sa vie, aveugle dans la connaissance de son véritable bien, faible et inconstant dans les poursuites qu'il en fait, esclave de ses passions, porté aux biens sensibles, vivant au milieu des pièges et des embûches de ses ennemis, entouré de toutes parts de dangers évidents dans un monde corrompu où tout le porte au vice et le détourne de la sainteté : c'est à cet homme-là, c'est à ce sujet si faible, que Dieu commande d'être saint ! Mais cette même ordonnance de Dieu prouve la possibilité d'obéir de la part de l'homme, puisque, Dieu n'étant pas moins juste que saint, il ne peut jamais commander aux hommes une chose qui soit au-dessus de leurs forces.

Filii sanctorumsumus. (Tob. vin). — L'Eglise nous présente, dans cette solennité de tous les saints, l'image de la sainteté, non pas dans les combats, mais dans les triomphes, non plus traînée sur les échafauds pour y être exposée aux bêtes et aux plaisirs sanguinaires d'un peuple barbare, mais élevée sur des trônes, pour nous dire et nous persuader que nous sommes les enfants des saints : Filii sanctorum sumus. Voyez-vous sur ces trônes brillants ces saints couronnés de gloire ? Soyez persuadés,

à ce spectacle, de la noblesse de votre extraction et de l'obligation où vous êtes d'exprimer leur sainteté par vos mœurs, pour avoir part à l'héritage qu'ils possèdent et qu'ils veulent aussi vous procurer. C'est proprement en ce jour que se vérifie la vision de S. Jean : Vidi civitatem sanctam, Jérusalem novam, descendentem de cœlo. Elle descend, cette sainte cité, par sa protection, multipliant les intercessions et les satisfactions des saints pour le bien commun de l'Eglise. Elle descend pour recevoir l'honneur que l'Eglise militante lui rend en ce jour ; elle descend, enfin, par l'idée de sa gloire, pour relever les espérances des chrétiens, et pour leur persuader la sainteté par les motifs de cette espérance. Car un des plus pressants moyens dont la grâce de Dieu se sert pour nous exciter à la sainteté, c'est l'espérance de la gloire qu'il a promise aux saints, parce que c'est un motif qui anime notre courage pour suivre constamment ce dessein, comme l'espérance des avantages qu'on attend est le plus commun ressort des plus importantes actions de notre vie. Ce n'est pas que je veuille dire que le principal motif de notre sainteté doive être cette vertu intéressée : nous devons servir Dieu principalement pour l'amour de lui-même ; mais la providence de Dieu se sert encore de ce moyen pour animer notre courage et exercer notre vertu.

Quis ascendet in montent Domini? (Ps. 23). — C'est en vain que, nous laissant emporter à notre malheureuse tiédeur et à notre paresse criminelle, et perdant courage à la vue des difficultés imaginaires ou véritables qui se rencontrent dans la pratique de la vertu, nous disons en soupirant : Quis ascendet in montem Domini ? 0 Dieu ! qui est-ce qui pourra monter sur la montagne du Seigneur ? 0 Dieu ! qu'il y a de peine à se sauver, et que cette sainteté qu'on nous prêche est difficile ! C'est avec injustice que nous regardons cette montagne du Seigneur comme un rocher inaccessible, tout rouge du sang de ceux qui essaient d'y monter. Cette nuée de témoins que Dieu nous présente en ce jour nous contraindra bientôt d'avouer que toutes les peines que nous nous forgeons ne sont qu'un fantôme qui nous fait peur ; qu'il n'y a jamais eu de gens plus heureux ni plus satisfaits que les saints ; qu'ils ont trouvé doux et aimable tout ce qui paraît terrible aux yeux de la chair. Ces mauvais chrétiens qui veulent s'excuser de faire leur devoir, et qui allèguent des impossibilités imaginaires fondées sur leur état et leur condition, sont facilement convaincus par le témoignage des saints, non-seulement d'injustice mais d'infidélité. .

Sancti estote, quia ego sanctus sum. (Levit n). — L'Eglise a vainement employé, durant le cours de l'année chrétienne, tous les motifs dont elle a pu s'aviser pour nous exciter à la vertu. Elle nous a mis inutilement devant les yeux toutes les merveilles de la naissance, de la vie et de la mort du Sauveur, dans les saintes solennités de ses fêtes. C'est en vain

quelle nous a découvert, dans ces jours célèbres; tous les miracles de l'amour infini de Dieu envers nous, toutes les mystérieuses actions qu'il a bien voulu faire pour notre salut. Ces grands spectacles, qui ont autrefois étonné jusqu'aux créatures insensibles, et qui ont surpris toute la nature, n'ont point touché la dureté de nos cœurs. Enfin, la passion que l'Eglise a pour notre bien lui fait faire aujourd'hui un dernier effort ; elle ouvre le ciel, et étale devant nous la pompe de la Jérusalem céleste, afin d'animer notre ambition et de réveiller notre piété languissante. Kespice, dit-elle à chacun de nous, Sion civitatem solemnitatis nostrœ: Jetez les yeux sur la grandeur et la beauté de la sainte Sion : vous verrez que rien ne peut être comparé aux richesses et à la gloire de cette auguste cité, et que bien que Dieu paraisse riche et libéral partout, c'est là seulement que sa grandeur et sa magnificence éclate. Si vous avez quelque passion pour la véritable gloire, si vous aimez les plaisirs et les richesses solides, c'est là qu'il s'en trouve des trésors inépuisables, là en sont les sources éternelles. C'est ainsi que l'Eglise veut piquer notre lâcheté par nos propres intérêts. Elle nous fait montre du séjour de tous les biens pour nous enflammer à la pratique des vertus ; elle nous propose le bonheur infini des saints pour nous faire marcher sur leurs traces et nous donner le courage de les suivre.

Hœc est voluntas Dei, sanctificatio vestra (Thessal. i). — Dieu ne nous commande pas, remarque S.Augustin, de faire des prodiges qui étonnent les esprits et qui renversent l'ordre de la nature ; il ne nous commande pas de prendre en main le gouvernement du monde et de donner des lois à l'univers, parce que sa puissance et sa sagesse conduisent toutes choses à leurs fins avec autant de force que de douceur. Ces emplois sont des prérogatives incommuniquables de sa majesté, et dont l'imitation n'est pas moins impossible que le dessein en serait funeste à une nature faible et impuissante, qui doit recevoir sa perfection d'en-haut, et dont la dépendance et la soumission fait tout le bonheur. Il nous commande d'être saints parce qu'il est saint : Sancti estote, quia ego sanctus sum. — Mon Dieu, que' votre bonté pour les hommes est charitable et désintéressée ! De toutes Jes adorables qualités qui doivent rendre votre essence divine l'objet des abaissements et des respects profonds de toutes les créatures, il n'y en a point qui vous soient plus chères que la sainteté : et cependant c'est cette auguste qualité que vous avez choisie pour nous en faire part, parce que c'est elle seule que nous pouvons imiter avec succès, et qui nous puisse donner les moyens de vous plaire.

Vidi turbam maynam quant dinumerare nemo poterat (Apocal. vu). — Les démons ont publié et autorisé les vices par le grand nombre des hommes vicieux, et par cette foule de mauvais exemples que les SS. Pères appellent le torrent impétueux de Babylone, qui entraîne tous les faibles

dans les enfers. Aussi la bonté de notre Dieu, dans cette fête, veut combattre les vices et nous porter à la vertu par cette multitude innombrable de bienheureux qui se sont sanctifiés dans tous les états, dans toutes les contrées, dans toutes les parties de l'univers : Ex omnibus gentibuset tribubus et populis et linguis. Ces saints qu'on nous propose dans la gloire, ce sont autant de docteurs et de prédicateurs qui nous prêchent la sainteté, et qui nous la persuadent de la manière la plus éloquente et la plus forte ; qui est le langage des œuvres, infiniment plus persuasif que celui des paroles. 0 Dieu ! les forts, les éloquents et les pathétiques sermons que nous pouvons entendre dans nous-mêmes si nous voulons méditer les vertus des saints ! Oh ! les savantes leçons d'humilité, de patience, de douceur, de courage, de zèle pour la gloire de Dieu, de haine du péché et d'amour de la vertu, nous entendrons si nous voulons monter sur les amphithéâtres des saints martyrs, ou pénétrer dans ces cavernes sanctifiées par la présence des saints confesseurs et des saintes vierges.

Filii sanctorum sumus (Tob. vm). Les démons ont corrompu les mœurs des enfants par les mauvais exemples des pères, et le Sauveur nous représente les saints aujourd'hui comme nos pères dans la grâce, nous invitant, par l'alliance que nous avons avec eux, à ne pas dégénérer de leur grâce, et à nous rendre semblables à eux : Filii sanctorum sumus. Voyez quelle est votre alliance : vous êtes les enfants des apôtres, des martyrs et des vierges. — Les démons ont autorisé les vices par le nombre des impies et par la multitude des mauvais exemples : et par la solennité présente le Fils de Dieu les combat. Il élève une multitude de saints, et il nous présente cette troupe innombrable de bienheureux, dont le témoignage est mille fois plus recevable que celui des impies et que les persuasions du démon, qui a coutume de se servir d'eux pour autoriser tous les désordres. — Nous sommes les enfants des saints : que ce titre est magnifique ! que cette qualité nous est glorieuse ! Mais à quelles obligations ne nous engage-t-elle pas ! et qu'elles sont peu observées par les chrétiens de ces derniers temps ! Ne pouvons-nous pas nous plaindre avec justice, comme le prophète, et dire avec lui : « Seigneur, conservez-moi parmi ces troupes innombrables de méchants qui ont éteinttoutes les lumières de la raison et de la foi, et qui se mettent si peu en peine d'observer vos saintes ordonnances ! » C'est en nous représentant l'exemple des saints et en imitant leurs vertus que nous pourrons éviter de si grands maux.

Spectaculum facti sumus mundo et angelis et hominibus (Cor. i). — Les saints ne peuvent-ils pas dire maintenant, dans le ciel, ce que S. Paul disait d'eux et de lui-même sur la terre, qu'ils sont un spectacle exposé non-seulement à notre admiration, mais à notre imitation. Car il semble que chacun d'eux, en nous montrant les actions qui lui ont mérité les

couronnes qu'il porte, nous apprend à combattre et à vaincre. Regardez ces exemples, mais suivez-les en même temps. Combattez comme eux, si vous voulez avoir part à leur gloire. Spectacle glorieux, saints exemples, quelle impression ne devez- vous point faire sur nos esprits ! Que vous nous instruisez puissamment, puisque vous faites voir, par des preuves si sensibles,que nous pouvons devenir ce que sont les saints, puisqu'ils ont été ce que nous sommes, et qu'il n'y a point d'obstacles que nous ne puissions vaincre, puisqu'ils ont été victorieux. Et, comme ils ont été tous admirables par leur sainteté, tous recommandables par quelque endroit, tous signalés par de rudes combats et par de grandes victoires» leurs exemples sont autant de reproches de notre lâcheté, de notre négligence et de notre insensibilité.

Instauras testes tuos contra me (Tob. x). — Dieu fera deux sortes de jugement ; un de comparaison, où il jugera et condamnera les méchants chrétiens par les exemples des saints. Avancez, leur dira-t-il, lâches chrétiens ! pourquoi vous présentez-vous à mon tribunal avec les marque de vos crimes ? N'aviez-vous pas les exemples des saints pour servir de motif à votre pénitence ? Ils ont été de même nature que vous ; vous avez eu les mêmes grâces, vous avez été élevés dans la même Eglise, nourris des mêmes sacrements ; vous avez prétendu à la même gloire : et cependant vous avez dégénéré de leurs vertus ! Vous avez vécu comme si vous aviez été enfants des démons. Allez, malheureux ! vous êtes indignes de posséder le glorieux et éternel héritage que j'ai préparé* — N'attendons pas ce jugement rigoureux ; faisons un jugement anticipé de nous-mêmes ; examinons avec rigueur nos déportements, et voyons combien nous sommes éloignés de la première sainteté de l'Eglise et de la pureté des saints. Aspirons à leur condition et à leur dignité ; disonsnous à nous-mêmes, pour nous animer : Filii sanctorum sumus : nous sommes les enfants des saints, leurs cohéritiers ; nous espérons posséder un jour la même gloire : tâchons donc d'imiter leurs exemples et leur zèle pour avoir part à leur triomphe.

Beati pauperes..., Beati mites..., Beati qui lugent... etc. (Matth. v). — Telle a été la condition des saints dans le temps de leur vie mortelle : affligés, persécutés, méprisés par les impies, ils se consolaient de leurs peines dans la vue de la gloire qu'ils attendaient. Ils joignaient parleurs considérations et leur espérance le présent avec l'avenir ; ils unissaient leurs triomphes avec leurs combats, et par ce mélange des travaux et des récompenses, ils adoucissaient les uns par les autres. Assurés de recueillir en paix et en joie ce qu'ils avaient semé avec larmes et tristesse, impatients d'arriver au terme où la sainteté est récompensée, ils marchaient courageusement, par les voies qui y conduisent, quelque rudes qu'elles pussent être. Dans la liberté qu'ils avaient de choisir ou la féli- T. XVII. 10

cité de ce monde ou celle de l'autre vie, ils vivaient de l'esprit, et mettaient, pour me servir des termes de Tertullien, leurs corps à part, pour mériter la couronne : c'est cette route que nous devons suivre.

Hœc est voluntas Dei, sanctificatio vestra (Thessal. iv). — Vous êtes appelés à un royaume dont la première loi est celle de la sainteté ; vous êtes faits pour servir Dieu, dont la plus forte inclination est celle de sanctifier les hommes ; vous êtes destinés à une gloire qu'il ne donne qu'à ceux qui l'aiment et qui lui ressemblent. N'ai-je"donc pas sujet de vous dire de sa part : hœc est voluntas Dei, sanctificatio vestra? La qualité de saint est celle dont il se glorifie le plus dans les saintes Ecritures. Le ciel, qu'il habite et (ju'il remplit de sa majesté, est son sanctuaire: le cantique éternel qu'on y chante n'est qu'une louange réitérée de sa sainteté. L'occupation qu'il s'y donne, c'est de couronner par sa justice les saints qu'il a rendus tels par sa grâce. Heureux qui, s' élevant par la foi audessus de toutes les choses créées, irait percer les voiles de l'éternité et prendre dans le sein de Dieu l'idée de la sainteté dans sa source ! Mais quelle proportion y a-t-il entre Dieu et l'homme, et quelqu'un peut-il être saint comme le Seigneur ? disait le prophète. Ceux qui ne peuvent soutenir l'éclat du soleil regardent dans de claires eaux l'image qu'il fait de lui-même : et nous, dans l'impuissance où nous sommes de pénétrer les grandeurs de Dieu, contentons-nous de le louer, de l'admirer et de l'imiter en ses saints, qui représentent à nos yeux ses divines perfections. (Fléchier).

i iv.

Passages et pensées des SS. Pères et autres.

Totiès dies natalitios sanctorum célébra- Nous célébrons autant de fois les fêtes mus, quotiès virtutes eo~um recolimus, qui- des suints que nous rappelons le souvenir bus claruerunt in terra. Augustin. Serai, des vertus dans lesquelles ils ont excellé

et se sont rendus illustres.

Imitari non pigeât quod celebrare dele- N'ayons point de honte d'imiter ceux ctul. Id. Serm. 4, 5, de sanctis. que nous honorons par le culte que nous

leur rendons avec bonheur.

Ab Us verè sanctorum martyrum festiva Ceux-là célèbrent véritablement les gaudia celebrantur qui ipsorum exempla fêtes des saints martyrs qui les imitent sequuntur. Ibid. et suivent leurs exemples.

Sanctorum vila nobis est norma vivendi. La vie des saints et leurs actions nous Ambros. de Joseph. sont une règle et un modèle de bien vi-

vre.

Si sandorum eu, is habere consortium, à malitia etnequitiœ cogitatupectusemunda,

au:a tionnisi sanctos, innocentes et puros, toskstis mita suscipiet. llieron. Epist.

Quœ est ista juditia, sanctos colère, et snnetitatem contemnete? Priants gradus pieiatis est sanctitatem diligere, posteù sanctos. Ghrysost Homil. 2't in Matth.

Qui sanctorttm mérita religiosa eharitate miratur, eorum mores sanctos alque justifiant tmitetw. Id. Serm. de Confess.

Qui sanctorum mérita admiratur mirabilis ipsn vitœsanctitate reddatur. Id,

Isiu sunt quœ sanctitatis causa servanda sunt : pudicitia corporis, castitas animœ et tentas doctrinœ. August. Doctr. Christ-.

Quàm magna Deus largietur bonis, qui tàm magna largiatur ingratis ! Eucherius.

Veneremur sanctos, quibus traditum est triumphale regnum, judiciariasedes, angelorum consortium, beara visio, Cltristi conformitas, stellarum claritas, secum mansw grutu societas, et dioini luminis serupiterna comprehensio. Laurent. Justinian. Serm.

de omnibus sanctis.

Noli tantum attendere quà iturus es, sed que venturus. Tolerabis dura temporalia, sed ad lœtitiam pervenies sempiternam, Aug. in ps. 36. Conc. 2.

Si vis suslinere laborem, attende mercedem. Id. Ibid.

Cùm attenderis quid sis accepturus, miraberistanïum daripro tantillo lat'ore. Ibid.

Nonne pro vitâ œternâ cuncta laboriosa sunt subeunda? Non est parvum quid perdere aut lucrari regnum Dei. III Imitai. Christi. 47.

Hi mihi. traditi sunt in magistros et in mediatores, quibus securè me committere possum, quia et notas mihi fecerunt vias vitâ, et illis mediantibus ad mediatorem ascenàere polero. Bernard, de Sanctis.

Uludeamus, fratres, vivere vitâ jusiorum,

Si vous désirez avoir part au bonheur des saints, il faut que vous purifiiez votre cœur de toute alfection impure et criminelle, parce qu'il n'y a <rae les personnes saintes, pures et innocentes, qui entrent en cet heureux séjour.

Quelle sorte de justice est-ce là, d'honorer les saints et de mépriser la sainteté? Le premier degré de la piété chrétienne c'est d'aimer la sainteté, et ensuite Les saints qui l'ont possédée.

Celui qui, par une piété charitable, admire elles mérites et les vertus des saints doit imiter la sainteté de leurs mœurs et de leur vie.

Celui qui est plein d'admiration pour les mérites des saints doit lui-même se rendre admirable par la sainteté de sa vie.

Voici les vertus qu'il faut exactement observer pour être saint ; la pureté, la chasteté du corps et de l'âme, et la véritable doctrine de l'Eglise et de la foi.

Que ne donnera point Dieu aux justes et aux saints dans le ciel, lui qui fait tant de bien en ce monde aux pécheurs ingrats !

Rendons honneur aux saints à qui Dieu a donné un royaume pour fruit de leur triomphe, la puissance sur les vivants et sur les morts, un glorieux commerce avec les anges, une parfaite conformité avec Jésus glorifié, une clarté pareille à celle des étoiles, une claire vue de la divinité, une demeure sûre et tranquille, une agréable compagnie, une éternelle possession de la divine lumière.

Ne regardez pas seulement le chemin par où vous marchez, mais aussi lo lieu où vous devez parvenir. Vous souffrirez pour un temps des choses fâcheuses, mais vous recevrez une éternelle récompense.

Si vous voulez supporter le travail, regardez le fruit qui vous en revient.

S vous considérez la récompense qui vous attend, vous serez surpris qu'on vous donne tant pour un travail si léger.

N'est-il pas juste de souffrir toutes sortes du travaux pour la vie éternelle ? Estce une chose peu importante que de perdre ou de gagner le royaume de Dieu ?

I es saints nous ont été donnés pour guides dans le chemin du salut : nous pouvons marcher en assurance sous leur conduite dans le chemin du ciel où ils sont arrivés, et par leur médiation nous pouvons nous élever au souverain médiateur.

Mes frères, travaillons à vivre de la

sed morte eorum mori utultà magie desi- vie des justes ; mais surtout, efforçons-

deremus. ïd. nous de mourir de leur mort.

Ex omnibus sanctùnisi lu etiam aliquan- Si en considérant la multitude des

do U7ius est, heu! nullus es. Fasti Mariani, saints, vous n'êtes vous-même de ce

I Novemb. nombre, vous êtes compté pour rien, hélas !

Homo quœrit requiem non in regione sud. L'homme cherche le repos, mais il ne

Augustin, in ps. 48. le cherche pas là où il le doit trouver.

Actuosas sanctorum vitasvelutsimulachra II faut recueillir avec soin les plus

quœdam spirantia aspicere oportet, proba- beaux traits de vertu qui éclatent dans

que illorum opéra sua mutando f'acere. les actions des saints, aiin de se les ren-

Basil. Epist. ad Gregor. Nazianz. dre propres en les imitant.

Quamvis unusquisque sanctus omnibus Quoique chaque saint doive posséder

florcre virtutibus debeat, una tamen virtus toutes les vertus, il y en a toujours une

cuique est prœ cœteris eligenda, cui mens qui doit être la vertu particulière à choi-

famtliariùs inharendo deserviat. Petrus sir entre les autres, à laquelle on s'atta-

Damiaui, Opusc. ix, 1. che particulièrement, et qui nous doit

être plus familière.

Ce qu'on peut tirer de la Théologie.

[Cette fête regarde aussi les pécheurs] . — Il est juste, puisque les saints se réjouissent dans le ciel de la conversion même d'un seul pécheur, que les pécheurs aussi se réjouissent sur la terre de la félicité des saints. Nous, créatures fragiles, qui gémissons encore ici-bas sous lejougdela vanité, même sans le vouloir, qui vivons dans une inquiétude continuelle, au milieu de nos passions, comme au milieu d'une nation perfide et rebelle, et qui combattons sous les enseignes du Fils de Dieu souffrant et humilié, ne devons-nous pas regarder avec une sainte émulation ceux qui, vainqueurs du monde et possesseurs d'une tranquille et bienheureuse immortalité, goûtent les fruits de leurs travaux et régnent éternellement avec Jésus-Christ? C'est pour cela même que l'Eglise nous ordonne de les honorer et de les louer, après la consommation de leur sainteté.

[Honorer les saints]. «- Une indiscrète vanité avait introduit parmi les païens l'usage de célébrer le jour d'une malheureuse naissance où, mortels et pécheurs tout ensemble, ils venaient éprouver les infirmités du corps et celles de l'âme ; mais une prudente charité a établi parmi les chrétiens la coutume d'honorer la mémoire des saints lorsque le ciel s'ouvre pour eux, et que, laissant à la terre leurs dépouilles mortelles,

ils vont comme des aigles renouveler leur jeunesse aux rayons du soleil éternel. Dieu les a choisis dans toutes les parties du monde, afin que la gloire de son nom fût universelle, que chaque peuple eût ses apôtres et ses prophètes, que son Evangile fût prêché et pratiqué parmi toutes sortes de nations, et qu'il restât partout des témoignages irréprochables de sa vérité, des exemples de sa sainteté et des miracles de sa grâce. Nous honorons tous les saints séparément dans le cours de Tannée, et nous les honorons tous en corps le jour de leur fête commune, afin que, convaincus par cette multitude, ou, comme dit l'Apôtre, par cette nuée de témoins, nous admirions la grandeur de Dieu dans l'excellence de sa gloire, les richesses de sa honte dans la diversité de ses vocations et do ses dons, sa fidélité dans l'exécution de sa promesse et les secrets de sa providence dans les voies qu'il ouvre à chacun pour sa sanctification particulière. (Fléchier).

[Désir universel de félicité]. — Tous les hommes, quelque action qu'il fassent, quelque mouvement qu'ils se donnent, se proposent toujours un certain honneur, une certaine félicité ; mais ce désir vague et indéterminé ne peut avoir en ce monde un ohjet fixe qu'en nous proposant la gloire dont les saints sont en possession. Cette seule vue nous portera à prendre les moyens d'y parvenir, puisque c'est le seul hien qui peut ahsolument contenter et remplir nos désirs de tout point. En voyant qu'il n'y en a point d'autre que la sainteté, nous serons animés à prendre et à suivre ce moyen, surtout si nous faisons attention à ces paroles du prince des Apôtres : Satagite ut per bona opéra certam vestram vocationemet electionem faciatis (I Pétri i) : travaillez et appliquez-vous à acquérir la gloire à laquelle vous êtes appelés, et qui est votre fin. C'est l'unique nécessaire dont parle l'Evangile. Mais ne prétendez pas l'obtenir par une autre voie que par la sainteté, qui consiste à fuir le mal et à pratiquer le bien ! Satagite per bona opéra. Voilà la source de tous les malheurs et de tous les désordres de la plus grande partie des hommes : ils ne pensent jamais à la fin pour laquelle ils sont créés, et même, loin d'avoir cette unique vue, ils font leur fin des moyens que Dieu leur a donnés pour y arriver : car ils n'ont d'autre pensée ni d'autre désir que de s'établir en ce monde ; ils ne cherchent qu'à pousser leur fortune ; ils se forment mille projets d'ambition, et n'aspirent qu'à une gloire mondaine et périssable : d'où il arrive que, comme cette fin est criminelle, les moyens qu'ils prennent pour y arriver n'ont garde de les sanctifier.

[les saints daus la gloire]. — S'il est juste d'honorer les saints qui sont encore sur la terre, parce qu'ils pratiquent les volontés de Dieu, qu'ils annoncent ses miséricordes, qu'ils défendent ses vérités, quelle vénération devons-nous avoir pour ces âmes bienheureuses qui, étant entrées dans l'état de la vie cachée, laborieuse et crucifiée du Sauveur, ont

passé, après les peines et les souffrances de cette vie, dans l'heureux séjour de son repos et de sa gloire ! A ce culte de piété nous devons ajouter un culte de louange, qui rende témoignage à leur vertu, et qui reconnaisse la justice et la vérité de leur sainteté. Deux choses troublent la vérité dans le monde : la flatterie et la médisance. L'une corrompt la vertu, l'autre la décrie ; la flatterie déguise tout, la médisance défigure tout. Il est d'autant plus équitable de rendre aux Saints l'honneur qui leur est dû, qu'ils sont infiniment au-dessus et des flatteries et des médisances, et que, par la grâce du Seigneur, à qui ils sont entièrement attachés, ils n'ont rien à craindre de ces deux témoins de la sainteté que nous honorons en leurs personnes.

[On n'adore pas les saints] — C'est une vérité dont tous les docteurs catholiques conviennent, que la vénération que l'on doit aux saints n'est pas celle que l'on doit à Dieu, et jamais chrétien ne l'a cru, mais ce n'est pas non plus celle qui est due aux souverains et aux princes de la terre, ni aux personnes considérables par leurs belles qualités, et qui peuvent être méprisables par d'autres endroits, quoique leurs vices et leurs dérèglements ne nous dispensent pas de respecter en eux les dignités dont ils sont revêtus. Ce n'est pas pour les qualités naturelles qui peuvent avoir été dans les saints, telles que seraient l'esprit, la science , le courage, la naissance, ou les vertus purement morales, en quoi ils peuvent s'être rendus recommandables aussi bien que les autres hommes. Ces sortes d'avantages n'entrent point en considération dans le culte que nous leur rendons, et je ne crois pas non plus que ce soit par cet endroit que nos adversaires conviennent qu'on leur doit quelque sorte d'honneur et de culte ; c'est seulement pour leur piété, la sainteté de leur vie, la gloire dont il a plu à Dieu de les mettre en possession. Qu'on me dise donc quel nom il faut donner à ce culte. L'Eglise l'appelle un culte religieux: qu'y peut-on trouver à redire, puisqu'il est d'un culte supérieur à ce qui est purement humain ? Car enfin, la grâce, la gloire, la sainteté et les dons du ciel, en quoi les saints se sont signalés, méritent qu'on les regarde sur un autre pied que le commun des hommes. Le culte et l'honneur qu'on leur rend doit donc être supérieur à celui qu'on doit aux grands du monde, et d'ailleurs infiniment au-dessous du souverain culte qui n'appartient qu'à Dieu.

[Les saints sont nos médiateurs]. — C'est une des choses qui choquent le plus les protestants ; que la coutume des catholiques d'invoquer les saints. S'ils avaient consulté les pères sur ce sujet, ils n'auraient pas préféré leur sentiment particulier au sentiment universel de l'Eglise ; ils auraient appris que le Verbe Incarné est à la vérité le seul médiateur de rédemption et de propitiation, comme tous nos théologiens le leur ont dit tant de fois ; c'est-à-dire que lui seul nous a rachetés par le mérite de son

sang:, que lui seul a payé le juste prix de notre rachat, et que lui seul nous a réconciliés avec un Dieu offensé. C'est ce que S. Paul exprime dans ce passage même qu'ils ont corrompu : Qui dédit redemptionem semetipsum pro nobis, il s'est livré lui-même pour prix de notre rédemption. Mais il n'est pas vrai qu'il soit le seul médiateur d'intercession et de prière, puisque nous voyons, dans l'Ecriture, qne les anges dans le ciel et les hommes sur la terre prient pour nous, et qu'il n'y a nulle raison pour contester aux bienheureux cet emploi et ce secours qu'ils rendent aux hommes, qui sont leurs frères, et au bonheur desquels ils se sont intéressés durant leur vie. Car enfin, qui pourra s'imaginer que ces véritables amis nous manquent au besoin, que leur protection finisse ou que leurs prières cessent lorsqu'elles peuvent agir plus fortement et devenir plus puissantes et plus efficaces ? Unis plus étroitement à Dieu, sont-ils pour cela moins liés d'intérêt avec les hommes? ou bien ont-ils perdu làhaut le crédit qu'ils avaient ici-bas ? Ont -ils moins de faveur auprès de ce souverain, ou de charité pour nous, qu'ils n'avaient alors ? et Dieu, qui a pardonné à tout un peuple à la prière de Moïse mortel, ne fera-t-il pas quelque chose en considération de tant de médiateurs qui vivront éternellement, et qui sont toujours en sa présence et près de sa personne ?

| On peut prier les saints]. — Si c'est une justice et un devoir d'honorer les saints, c'est aussi une sainte et salutaire pratique de les invoquer ; et comme la mémoire des vertus qu'ils ont pratiquées mérite notre admiration, le crédit qu'ils ont acquis auprès de Dieu dçit exciter notre confiance. Sans m' arrêter ici à recueillir sur ce sujet les sentiments d'une ennuyeuse controverse, sans entrer dans des curiosités inutiles, je dis avec les théologiens, qu'il y a une invocation de grâce, de salut et de rédemption, qui ne peut appartenir qu'à Dieu seul. Lui seul peut mouvoir et créer un coeur pur et un esprit droit, par la force de son esprit et par l'efficace de sa parole ; lui seul peut donner à des plantes stériles ces accroissements d'amour et de foi que ne peut donner ni celui qui plante ni celui qui arrose; lui seul répand la charité dans nos cœurs, par son esprit qui opère en nous, selon son bon plaisir, et la volonté et la bonne œuvre. Mais il y a une invocation d'assistance, de sollicitation, de prière, qui s'adresse, non pas directement àcelui qui peut éclairer notre âme par lui-même et de sa propre lumière, mais à ceux que nous croyons être aimés de ce Dieu de vérité et de charité, desquels, comme de ses favoris, on demande l'intercession et la prière, C'est en ce sens que S. Paul soDicitait les fidèles d'Ephèse qui vivaient encore, les exhortant à s'employer avec vigilance et persévérance à prier pour tous les saints et pour lui-même afin d'obtenir de Dieu qu'il lui ouvrît la bouche, et qu'il lui donnât des paroles pour annoncer avec liberté les mystères de l'Evangile. Il adresse la même prière aux Thessaloniciens et aux Colossiens : Priez pour nous, leur dit-il. Que s'il était juste et pieux de leur dire pen-

dant leur vie Priez pou?' nous, ce ne peut être assurément une idolâtrie de leur dire la môme chose après leur mort.

[C'est J.-C. qu'on honore en eux]. — Si l'honneur que l'on rend aux saints est rendu au Sauveur même qui est leur chef, il n'y a point de doute que le mépris que l'on a pour leur personne ne tourne aussi au déshonneur du même Fils de Dieu, qui lui-même les a comblés d'honneur lorsqu'ils vivaient encore parmi nous. Que s'ils méritent notre respect étant encore dans cette vie mortelle, combien davantage les devons-nous honorer lorsqu'ils sont réunis au Sauveur dans la gloire, et combien plus le mépris que l'on a pour eux est injurieux à Dieu ! Qui vosspernit mcspernit, disait le Sauveur à ses apôtres étant encore sur la terre. Nous voyons clairement, par ces paroles du Fils de Dieu, quelle obligation nous avons d'honorer les saints, qui sont ses amis, et desquels il a voulu que les cendres même fussent en vénération parmi les fidèles. Nous avons donc tout sujet de condamner ceux qui, loin d'honorer les saints comme amis de Dieu, non-seulement les décrient, mais les méprisent pendant que, par une tradition de tous les siècles, autorisée par l'Eglise universelle, nous sommes en possession de les honorer et de les invoquer dans nos besoins comme nos médiateurs de prière et d'intercession auprès de la divine majesté.

[On peut se sanctifier partout]. — Ce n'est pas assez que chaque condition, prise en général, ait ses grâces et ses moyens de parvenir à la sainteté, chacune a encore ses avantages propres et singuliers pour parvenir à la fin pour laquelle nous sommes créés : ce qui nous prouve en même temps qu'il n'y en a aucune où on ne puisse devenir de grands saints. Je le conclus du commandement que Dieu même en a fait : Hœc voluntas Dei, sanctificatio vestra. Car, supposé d'un côté ce principe, que Dieu demande de nous que nous aspirions à une haute sainteté, et qu'il ait proposé les plus riches couronnes et les premières places de son royaume à quiconque s'efforcera de les emporter par ses mérites ; et d'autre part qu'on ne puisse douter que ce ne soit parune disposition particulière de sa sagesse qu'il a établi tant de conditions différentes, comme je le présuppose toujours, qui ne conclura aussitôt que, comme sa sagesse infinie a ordonné cette diversité d'états, sa bonté les a aussi tous rapportés au salut éternel comme des moyens à leur fin, et que dans chacun il y a des avantages pour y arriver? Autrement, dans cette distribution où nous voyons tant d'inégalité, quoique Dieu ne doive rien à personne, les hommes néanmoins, se croyant lésés, auraient quelque sujet d'envier les uns le sort des autres, de se plaindre qu'on leur imposerait une obligation au-des- ' sus de leurs forces, ou du moins de s'imaginer que Dieu les aurait en quelque manière négligés en comparaison des autres. C'est pourquoi on peut dire qu'il en est à peu près comme dans l'ordre de saprovidencenatu-

relie, où Dieu a fait une si juste compensation des biens et des maux qui se trouvent dans chaque condition, que chacune a ses avantages propres et particuliers pour vivre content dans le monde, lesquels ne se trouvent point dans les autres.

[Dlou lui-même honore les sainte]. — Pour concevoir une grande idée de l'honneur dû aux saints, il faut considérer l'honneur que Dieu même leur fait de les prédestiner de toute éternité à la couronne de gloire, tout ensemble couronne de miséricorde et de justice à leur égard, C'est une couronne de justice, parce qu'il ne la donne qu'à ceux qui la méritent ; c'est une couronne de miséricorde, parce qu'il leur donne par sa pure bonté les moyens nécessaires pour la mériter. Il veut qu'ils la méritent, et il fait voir par là le grand honneur qu'il leur fait en leur donnant occasion de gagner par leur courage et parleur vertu une gloire immortelle, qui surpasse infiniment toute la gloire des plus grands monarques de la terre. Il leur donne aussi les moyens de la mériter, sans lesquels ils n'y pourraient parvenir, et c'est par là qu'il leur témoigne le grand amour qu'il leur porte. Admirons son infinie bonté, aimons et honorons ceux qu'il aime et qu'il honore. Rendons honneur aux saints, à qui Dieu a donné un royaume pour fruit de leur triomphe, une puissance de juges sur les vivants et sur les morts, un glorieux commerce avec les anges, une parfaite conformité avec Jésus-Christ, une claire vue de la divinité et une éternelle possession de la lumière divine.

[l'homme appelé à une gloire immortelle]. — Il est très-important de bien concevoir, et de ne jamais oublier, que la gloire immortelle, cette fin si noble et si élevée à laquelle Dieu appelle tous les hommes, tant en général qu'en particulier, ne se peut acquérir que par des moyens propres et proportionnés, qui sont les vertus et les bonnes œuvres que l'homme, pré- ' venu et secouru de la grâce, doit nécessairement pratiquer pour être saint, et pour répondre, autant qu'il est en son pouvoir, aux grands desseins de Dieu sur lui. Or, la pensée et la vue d'une si noble fin doit exciter puissamment un chrétien à faire de nobles et saintes actions : ce qui s'appelle travaillera acquérir la sainteté, l'unique et indispensable moyen de parvenir à la gloire, à laquelle nous devons tous aspirer sans exception. Pourquoi ? C'est qu'il y a cette différence entre l'homme et les êtres inanimés ou dépourvus de raison, que ceux-ci vont à leur fin par un instinct naturel et imprimé dans le fond de leur être, sans s'en écarter jamais, n'ayant pas besoin de délibérer ni de choisir, ce dont ils sont incapables; mais, pour l'homme, comme Dieu l'a destiné aune félicité immortelle dont il ignore les voies, non-seulement il a besoin d'implorer le secours de la grâce, mais il doit concourir avec elle pour y parvenir.

[Nous réveiller de notre assoupissement |. — La sainteté n'est autre chose qu'un

assemblage de toutes les vertus, un exercice de toutes sortes de bonnes œuvres, un amas de mérites et de bonnes actions par lesquelles on acquiert la gloire que Dieu a destinée à ses élus; et, comme la fin que nous nous proposons est la première cause de toutes nos entreprises, que c'est elle qui met toutes nos puissances en mouvement, à moins d'avoir en vue cette fin, d'envisager ce terme et d'aspirer à cette gloire immortelle, dont les saints sont en possession et que nous devons partager un jour avec eux, à moins d'y penser et d'y l'aire de sérieuses réflexions, il est difficile de comprendre comment on peut avoir assez de courage pour se résoudre à pratiquer les vertus et à employer les moyens nécessaires pour y parvenir. La sainteté coûte beaucoup à la nature ; elle demande du soin, de l'application, de la contrainte, et, si l'on n'est point assez courageux pour se faire violence à soi-même, on court grand risque de n'y jamais atteindre. Il faut donc quelque chose de grand pour exciter nos désirs languissants, pour réveiller notre esprit de l'assoupissement étrange où il est à cet égard, et pour piquer notre ambition naturelle, en nous proposant un si grand bien pour objet. Autrement, nous ne ferons que de faibles efforts sur nous, et nous avancerons fort peu dans cette carrière si pénible de la sainteté.

[Les douze tribus d'Israël]. — S. Thomas dit que le Fils de Dieu, étant monté sur une montagne lorsqu'il prêcha les huit béatitudes, jeta les yeux sur tous les prédestinés, et que, selon ses différents regards, il marqua les différents moyens de parvenir au bonheur éternel dont jouis sent les saints ; que, ayant vu les anges, qui se sont sauvés par leur humilité, comme les démons se sont perclus par leur orgueil, il dit: Beati pauperes spiritu; que, jetant les yeux sur les patriarches, dont le caractère est la douceur etlapaix, il dit : Beati mites. Mais pourquoi le Sauveur parcourut-il les huit béatitudes, si ce n'est pour nous apprendre qu'il y a plusieurs voies pour aller au ciel, comme il se fit plusieurs ouvertures dans la mer Rouge pour faire passer les Israélites à la terre promise? Les douze tribus d'Israël sont les figures de tous les états établis par la Providence, dans lesquels on peut se sanctifier. Les uns se sanctifient par les larmes, les autres par la douceur, ceux-là par une affection particulière pour la pauvreté, ceux-ci par un exercice héroïque de la virginité ; quelques-uns par la mortification, d'autres par les exercices de la charité. Enfin il n'y a point de peine dans )a voie du ciel que les exemples des saints n'aient adoucie.

[Les prières des saints]. Les prières des saints sont plus efficaces que les nôtres. Pourquoi ? Parce que la dignité ,de la personne donne un grand poids à la prière, et que les bienheureux sont incomparablement plus grands et plus élevés que nous. Je ne dis pas seulement qu'ils prient pour nous d'une manière dégagée de tous les défauts, que la présence de Dietj

les rend attentifs, comme l'exercice de son amour les rend fervents, ce qui ne se rencontre point sur la terre : je dis qu'ils prient pour nousavec plus d'empressement que nous ne pourrions faire pournous-mêmes ; qu'ils prient d'une, manière qui irait jusqu'à l'inquiétude, si l'état de leur gloire les rendait capables de s'affliger de nos misères, étant, dit S. Cyprien, inquiets sur notre immortalité, quelque assurance qu'ils aient de la leur: De sua immortalitate securi, de nostrô solliciti.

Endroits choisis des livres spirituels et des Prédicateurs.

[Dieu veut nous reudre heureui]. — Si le commandement que Dieu a fait aux hommes d'être saints nous surprend, parce que l'exécution en est aussi difficile que l'obligation en est pressante et indispensable, j'ose dire que, d'autre côté, rien ne nous doit davantage faire connaître le désir ardent et sincère qu'a ce même Dieu de nous rendre éternellement heureux. Car enfin, il faut conclure de là qu'il ne s'est pas contenté de nous avoir créés pour cette fin, ni de nous avoir donné les moyens nécessaires pour y parvenir, mais qu'il nous presse encore et nous oblige de prendre la voie qui conduit à ce souverain bonheur, parce que, comme rien de souillé ne peut entrer dans le ciel, et que le seul mérite y donne accès, la sainteté, condition sous laquelle la gloire nous est promise, consiste à éviter le péché qui nous en peut exclure, et à pratiquer les actions de vertu qui nous font mériter cette récompense. Mais, comme la sainteté est devenue quelque chose de violent à la nature corrompue, et qui demande qu'on fasse de continuels efforts sur soi-même afin de l'acquérir, Dieu, pour faciliter le commandement qu'il nous en a fait, nous propose la gloire des saints comme l'objet le plus capable de nous y animer. Les raisons en sont claires par les qualités même de cette gloire qui nous est proposée, qui est en même temps notre dernière fin, et qui fait, par une conséquence nécessaire, notre béatitude et notre souverain bonheur. (Houdry. Sermons).

I ! : '.uii:v — Quand le? snints ne verraient pas en Dieu

comme dans un miroir universel tout ce qui se passe dans ce monde,

quand ils ne seraient pas doués de cette grâce prophétique qui peut leur faire voir et le présent et l'avenir, ne savent-ils pas, par leur propre expérience, les dangers que nous courons dans ce monde? N'ont-ils pas éprouvé que l'homme est faihle de sa nature, et méchant par inclination et par habitude ; qu'il] y a en nous une source de mauvais désirs qui croissent, et qu'il faut retrancher à toute heure par la mortification et la pénitence ; que la plus tranquille vertu est exposée à de grands orages, et que ce monde est une terre qui dévore ses habitants, par des haines, des amours, des passions et des intérêts même imperceptibles? Ils ont ressenti comme nous les tribulations de la vie, mais ils ont possédé leur âme dans leur patience. Le monde les a persécutés, méprisés, calomniés ; mais ils ont profité des malices mêmes du monde. Le démon, comme'jun lion rugissant, leur a livré des assauts; mais ils ont fortement résisté par la foi, suivant le conseil de S. Pierre. De ce port tranquille où l'esprit de Dieu les a portés, ils voient les orages et les tempêtes qui nous agitent. Leurs dangers sont passés, et les nôtres ne sont que trop présents ; nous sommes éprouvés comme eux, et nous n'avons pas leur vertu pour nous soutenir dans ces épreuves.

Pouvons-nous douter que les saints ne soient portés à nous assister de leurs prières et du crédit qu'ils ont auprès de Dieu? Ils sont morts dans la charité ; ils aimaient non-seulement leurs amis, mais encore leurs ennemis, et priaient pour eux, selon les règles de l'Evangile. Ils ont au ciel une charité plus parfaite. Si, dans ces étincelles d'amour, ils priaient ici-bas pour leurs ennemis, que ne feront-ils pas pour leurs amis dans les ardeurs de la charité des saints? Ils sont unis à Dieu de toute leur affection, et selon l'Apôtre, ils deviennent un même esprit avec lui. Dans le sein de cette miséricorde infinie, ils en prennent les impressions, et brûlent du désir de coopérer à notre salut. Nous avons dans cette cour céleste des amis, devant ce juge Souverain qui juge les justices et qui est terrible dans ses conseils, par-dessus les enfants des hommes. L'affaire de notre salut a besoin d'être soutenue : il faut recourir aux saints, qui sont nos intercesseurs, et dire à Dieu, avec le Roi-Prophète : Regardez-moi, Seigneur, et faites-moi miséricorde selon le jugement de ceux qui aiment votre nom.

Si la charité nous presse, comme nous le savons de plusieurs saints, dans le cours de cette vie mortelle, quel pensons-nous que soit leur zèle pour notre salut étant maintenant dans le séjour de la gloire? Ils ont triomphé de toutes leurs passions, et sont allés poser aux pieds de l'agneau leurs palmes et leurs couronnes, il est vrai. Mais, quoique cet être souverain ait rempli tous leurs désirs, quoique leur béatitude soit consommée, n'ayant rien à désirer pour leur bonheur, l'ardeur de leur charité les engage à prier pour nous. Ils vivent même encore dans l'Eglise ; ils nous ont laissé leur esprit, leurs exemples, leurs corps mêmes, comme en otages. Ils attendent que la consommation des saints soit

faite, que leur résurrection soit accomplie, que les ruines des anges rebelles se remplissent ; ils attendent que le temps de notre répromission et de notre récompense arrive ; il leur tarde que le corps des élus soit parfait ; et ce zèle, mêlé d'une sainte mais paisible impatience, fait qu'ils écoutent volontiers nos prières et qu'ils intercèdent pour nous auprès de Dieu, qu'ils aiment et dont ils ont le bonheur d'être aimés. (Fléchier).

[Louer Ûieu dans ses saints]. — Pourquoi ôter à l'Eglise cette partie de l'éloquence chrétienne qui loue les grandeurs de Dieu dans ses saints, qui enseigne les voies de la vérité qu'ils nous ont tracées, qui plaît par le récit de leurs différentes et glorieuses actions, qui, aimant la ferveur des gens de bien, introduit la piété par leurs saints exemples, et persuade la vertu par la vertu même ? Dieu, qui est magnifique dans ses saints, veut bien qu'on les dédommage, après leur mort, de la gloire que leur humilité leur a fait perdre devant les hommes pendant leur vie. On prodigue l'or et les pierreries pour enrichir les châsses où sont enfermées leurs reliques : pourquoi n'emploierait-on pas les grâces et les ornements du discours dans le récit de leurs vertus, qui sont l'image de leur vie et les restes de leur esprit ? D'autre part, qu'est-ce que faire l'éloge des saints, sinon montrer la loi de Dieu réduite en pratique, prêcher l'Evangile que le Sauveur a enseigné par sa parole et qu'il a mis en oeuvre par sa grâce, sinon prêcher la foi qui a opéré par la dilection et qui a produit la docilité et l'obéissance ? Les panégyriques que Ton fait des saints déterminent l'esprit et entretiennent le cœur dans la vertu, par la montre de leurs exemples. Ils font connaître au monde la magnificence de Dieu dans ses élus, les richesses de sa miséricorde et les divins fruits opérés par sa rédemption. La pauvreté de leur vie ôte tout prétexte aux pécheurs de croupir dans leurs ordures ; elle découvre aux hypocrites l'image d'une sincère dévotion, aux infirmes la force de la grâce du Sauveur ; elle inspire aux lâches le courage de suivre leurs devoirs, et fait voir à tous la possibilité de les accomplir. {Le même).

[Ce que nous honorons dans les saiuts[. — Que croyez-vous que j'honore dans les Lucie, les Catherine, les Agnès, les Cécile ? Ce n'est pas cette beauté, cette majesté, qui, tout innocente qu'elle est, ne laisse pas souvent de faire des coupables, qui corrompt les regards, qui forme contre son gré les mauvais désirs, et qui sert, même sans y penser, aux desseins de la vanité. J'honore dans ces vierges saintes, l'innocence du Sauveur, les flammes de la charité que le Saint-Esprit a allumées dans leurs coeurs, la force du Fils de Dieu dans l'infirmité de leur sexe, et la pureté de l'Epoux céleste dans la chasteté de ses saintes épouses. J'honore dans les Henri, les Edouard, les Louis, non pas la noblesse du sang ni les ri" chesses qu'ils ont possédées, ni l'empire qu'ils ont exercé, ni l'éclat de la pourpre dont ils ont été revêtus : c'est la gloire de Dieu que je cherche,

que je révère, dans celle de ces monarques. J'admire, non pas la couronne qu'ils ont portée, mais celle qu'ils ont acquise. Je vois les serviteurs de Dieu dans ceux qui étaient les maîtres des hommes ; j'adore la grandeur de celui qui abat, quand il lui plaît, les hauteurs de l'esprit humain par une humilité chrétienne ; qui a régné en ces saints rois sur la terre, et les fait maintenant régner avec lui dans le ciel. Qu'honorons-nous dans les apôtres ? Est-ce le don des guérisons et des miracles ? Simon-le-Magicien en usait ainsi, et c'est pour cela qu'il s'imaginait le pouvoir obtenir à prix d'argent. Pour nous, nous respectons en eux la vocation de Jésus- Christ, l'Esprit-Saint dont il les a remplis, le zèle qu'il leur donne pour la sanctification des âmes, la part qu'ils ont eue à la publication de son Evangile, les travaux qu'ils ont soutenus et la mort qu'ils ont endurée pour son amour et pour sa gloire. — C'est là l'honneur de religion et de piété que nous rendons aux serviteurs de Jésus-Christ, et qu'il nous a recommandé lui-même de leur rendre lorsqu'il dit : Celui qui vous reçoit, me reçoit, et celui qui ///>■ reçoit reçoit celui qui m'a envoyé ; et celui qui reçoit le juste en qualité de juste recevra la récompense du juste ; non à cause des avantages sensibles et naturels, non à raison de la proximité du sang, de la profondeur du savoir ni de l'abondance des richesses, mais à cause des dons de Dieu reconnus en eux. Laissons les pécheurs honorer les pécheurs pour les dons de la nature ou pour les dons acquis : pour nous, nous respectons le disciple parce qu'il fait la volonté de son maître, le juste parce qu'il a une foi ardente de la justice ; le prophète parce qu'il montre la gloire et les biens à venir, et qu'il inspire le mépris des biens passagers de ce monde. (Fléchier).

[Dieu ne veut que notre sanctification]. — Le seul but de la divine providence à notre égard est de nous sanctifier, et Dieu ne demande autre chose de nous sinon que nous soyons tous des saints. C'est à cette fin qu'il rapporte tous les biens qu'il nous fait : car ce n'est proprement ni les richesses ni les prospérités, ni les grandeurs ni les avantages de la nature et de la fortune , que Dieu veut que nous ayons, quoique tous ces dons viennent de lui ; mais c'est précisément notre sanctification qu'il désire ; c'est le seul point auquel toute la volonté de Dieu se réduit sur nous ; tout le reste nous est donné comme des moyens pour tendre à cette fin. Etes-vous riche, c'est afin que vous vous sanctifiiez par l'usage des richesses. Etes-vous éclairé, c'est afin que vos connaissances vous rendent plus exact dans l'accomplissement de vos devoirs, et que vous aidiez les autres par vos bons conseils à remplir ceux de leur état. Etesvous grand dans le monde, c'est afin que vous usiez de ce monde comme n'en usant point. Tout ce que Dieu a fait pour nous, tout ce que nous devons faire pour Dieu, est fait à cette intention, et c'est là cette seule chose nécessaire dont le Sauveur parle dans son Evangile. En quoi l'aveuglement des gens du monde est déplorable : quand on leur expose les

devoirs du christianisme, la nécessité de faire pénitence, de renoncer à soi-même, de fuir le siècle et ses engagements criminels, ils nous répondent sèchement, comme pour se justifier : Nous serions des saints si nous vivions ainsi, comme si ce n'était pas la fin et la vocation de tous les chrétiens que d'être saints, mais une œuvre de simple surérogation et de conseil ; comme si l'esprit qu'ils ont reçu n'était pas un esprit de sainteté ; comme si tous les préceptes de la morale chrétienne n'étaient pas autant de leçons de sainteté , comme si tous les chefs particuliers sur lesquels ils seront jugés n'étaient pas tous réduits à celui de sainteté. (Fléchier).

[Les saints se sont sanctifiés dans tous les itats]. — Tout le monde peut facilement être convaincu, par la solennité que l'Eglise célèbre aujourd'hui, que, dans quelque état que nous soyons, il peut y avoir entre notre condition et la sainteté une alliance parfaite. En voulez-vous être convaincu ? Entrez en esprit dans cet auguste temple de la gloire où régnent avec Dieu tant de bienheureux de '.ous états. Vous y verrez des saints qui ont tenu dans le monde les mêmes rangs que vous y tenez aujourd'hui, qui se sont trouvés dans les mêmes engagements, dans les mêmes affaires, dans les mêmes emplois, et qui non-seulement s'y sont sanctifiés, mais, ce que je vous prie de bien remarquer, qui s'en sont servis pour se sanctifier. Parcourez tous b;s ordres de ces illustres prédestinés : vous en trouverez qui ont vécu comme vous auprès des princes, et qui n'ont jamais mieux servi leurs princes que quand ils ont été plus attachés à leur religion et à Dieu. Vous en trouverez qui se sont signalés, comme vous, dans la guerre, et peut-être plus que vous, parce que la sainteté, bien loin de les affaiblir, n'a fait qu'augmenter en eux la vertu militaire et la vraie bravoure. Vous en trouverez qui ont manié, comme vous, les affaires ; et, si vous n'êtes pas aussi saints qu'eux, c'est qu'ils les ont maniées plus dignement et plus irréprochablement que vous. Vous en trouverez que leur probité seule a maintenus à la cour , qui s'y sont avancés sans avoir recours aux artifices de la politique mondaine, et qui n'ont dû le crédit qu'ils y avaient qu'à leur droiture et à leur piété. En un mot, vous en trouverez qui ont été tout ce que vous êtes, et qui, de plus, ont été saints. Oui, il y en a dans le ciel de votre état et de votre condition, et ce sont ceux-là que vous devez spécialement honorer. Ce sont proprement vos patrons, et les modèles sur lesquels vous devez vous former. Vous devez vous dire à vous-mêmes : Qu'ont-ils fait quand ils étaient à ma place ? et que feraient-ils s'ils étaient maintenant dans le pas glissant où ma condition, mon emploi m'expose ? C'est ce que vous devez vous demander à vous-mêmes, et sur quoi vous devez régler toutes vos démarches. Dans les autres saints, vous louerez et bénirez Dieu, mais dans ceux-ci vous apprendrez à vous convertir vous-mêmes et à vous sanctifier. C'est en cela que la Providence de notre Dieu est éga.

lement aimable et adorable, de nous avoir donné dans ses élus autant d'idées de sainteté qu'il en fallait pour composer cette variété mystérieuse dont l'épouse de Jésus-Christ, qui est l'Eglise, tire, selon le prophète, son plus bel ornement. — (Bourdaloue).

[Le peu queuous faisons]. — La gloire du ciel, dont jouissent les saints, est un bien si excellent en toute manière, que le Sauveur nous le propose et nous le fait entendre par ce langage plus puissant que toutes les paroles : que, pour arriver à ce terme, il faut les suivre, se servir des mêmes moyens et combattre comme eux, si nous voulons avoir part à leurs couronnes. Si cela est, comme l'on n'en peut douter, souffrez que je vous demande à quel droit vous prétendez avoir le ciel, posséder cette gloire et jouir de ce bonheur. Il faut l'obtenir à titre de récompense, où n'y prétendre jamais; cela est incontestable. Ça donc, faites un peu vousmême la liste de toutes les actions que vous faites pour le mériter : je parle de celles en vertu desquelles la plupart des chrétiens y prétendent. Hélas ! j'y trouve peut-être une messe entendue les jours d'obligation, avec mille distractions ; un sermon où l'on vient souvent plutôt pour voir, pour être vu, que pour profiter de la céleste manne de la parole qu'on y prêche, quelque légère aumône, et enfin quelques prières faites à la hâte le soir et le matin. En vérité, est-ce là tout ce que vous voulez faire pour mériter cette récompense ? Vous-même estimez-vous si peu cette gloire à laquelle vous aspirez ? N'êtes- vous point honteux de prétendre la mériter à si bas prix? Mais peut-on dire, en voyant le peu que vous faites, que vous vouliez la possédera quelque prix que ce soit? Eh quoi ! le Sauveur, à qui cette gloire appartenait par tous les droits imaginables, ne l'a voulu posséder qu'à titre de récompense et de mérite : et par combien de travaux, de sueurs et de souffrances, l'a-t-il voulu mériter vous le savez. Que n'en tirez-vous donc cette conséquence : Puis-je croire que ce qui a été le prix de tant de souffrances me soit donné pour rien? C'est un ordre établi de Dieu que personne n'obtiendra la couronne s'il n'a courageusement combattu et s'il n'est sorti victorieux du combat. (Houdry).

{le ciel ouvert]. — Quel spectacle admirable ne voyons-nous pas aujourd'hui dans l'Eglise : ce que saint Jean vit autrefois dans l'île de Pathmos ! Car n'est-il pas vrai que l'Eglise voit, dans la fête de tous les saints, le ciel descendre en terre, paraître sur nos autels, y montrer sa gloire ; la céleste Jérusalem, unie à la Jérusalem terrestre, lui offrir sa protection pour l'animer? Elle lui tend la main, comme pour l'enlever au ciel avec elle. Quelle autre impression cette pompe magnifique doitelle faire sur nos cœurs, sinon de les enflammer d'un saint désir d'entrer dans oes tabernacles éternels, où un seul jour de plaisir passe infiniment tous les plaisirs que l'on peut goûter sur la terre pendant les millions

d'années ! Chaque fidèle doit aujourd'hui, dans le transport de son cœur, diro comme S. Jean : J'ai vu descendre du ciel la sainte et nouvelle Jérusalem, ornée, comme une chaste épouse, pour être présentée à son époux, et chaque fidèle doit s'écrier: Tirez-nous après vous, et nous nous efforcerons de courir à l'odeur de vos parfums.

Que vous êtes saint, ô mon Dieu ! que vous êtes magnifique dans vos saints ! Qui est-ce qui peut soutenir la vue de leur gloire ? C'est cependant l'objet dont Dieu veut que nous nous occupions aujourd'hui, dans cette grande solennité. Il veut que, dégagés de toutes les affections terrestres, sans nous laisser appesantir par ce corps de corruption, nous contemplions par la foi le ciel empirée, et que, nous unissant avec les saints, nous chantions ce cantique éternel d'une voix infatigable : Sanctus, Sanctus , Sanctus Dominus Deus Sabaoth! Nous vous adorons donc, ô Père éternel, puisque vous nous faites cet aimable commandement ; et nous voue adorons dans l'union de la cour céleste. Nous adorons votre essence divine, qui est la source de toute sainteté. Nous vous adorons, ô Fils unique de Dieu, comme l'idée éternelle de toute sainteté. Nous vous adorons, Esprit-Saint, comme la sainteté personnelle et subsistante, comme la plénitude et le terme de toute sainteté ! Et, passant de vos mystères éternels aux mystères du temps, nous vous adorons encore, Homme Dieu, comme trois fois saint: saint en vous-même, par l'union de votre divine personne avec votre nature ; saint dans les bienheureux, par l'effusion de votre gloire, saint dans les justes de la terre, par l'infusion de votre amour dans leurs cœurs. (Anonyme).

[Ces exemples nous confondent]. — Que nous servira de louer les saints, d'admirer leurs vertus, de composer des hymnes à leur louange, si d'ailleurs nous sommes des spectateurs oisifs de leurs combats et de leurs triomphes, et si nous regardons leurs actions comme de belles peintures, pour repaître nos yeux, sans y prendre aucune autre part ? Nous dirons quelque chose à leur avantage, mais nous n'en tirerons aucun profit ; nous admirerons leur félicité, mais en travaillant à notre malheur par notre indifférence à les imiter ; nous les regarderons triomphants dans le ciel, et cependant nous prendrons le chemin de l'enfer. A quoi nous servira d'élever jusqu'aux cieux la constance et le courage des saints martyrs, pendant que notre lâcheté nous fait cacher jusqu'au centre de la terre, de crainte de souffrir le moindre mal? A quoi nous servira d'admirer la tempérance des confesseurs, les jeûnes des solitaires, la pureté des vierges, pendant qu'un peuple d'ouvriers travaille à notre luxe ? A quoi bon louer la pauvreté des philosophes chrétiens, pendant que nous pillons le bien d'autrui, et que nous n'avons d'autre passion que de nous enrichir par voies permises ou non permises ? A quoi nous servira de célébrer la piété, la continence, la droiture de tant de gens de bien, qui ont mené une vie angélique dans des corps humains, si nous nous aban-

donnons à tous les désordres, si nous voulons ne nous contraindre en rien, et satisfaire nos appétits en toutes choses ? Tout cela ne servira qu'à attirer sur nos têtes une double condamnation, en ce que, ayant eu tant de grands exemples des plus éclatantes vertus, non-seulement nous n'avons pas eu le courage de les imiter, mais loin de là, nous nous sommes abandonnés de plus en plus à tous les dérèglements? {Le même).

[Les reliques des saints]. — La présence des reliques des saints sur nos autels doit nous servir d'un motif plus pressant de culte et de vénération. Car, si nous devons l'honneur à leur mémoire et à leurs noms, combien plus à leur présence ! La raison demande que nous honorions ces précieux dépôts qui ont été autrefois les instruments avec lesquels ils ont courageusement combattu, qui ont été les temples du Saint-Espiït,comme le dit l'Apôtre : Nescitis quoniàm membra vestra lemplu sunt Spirùûs- Sancti ? Ces saints corps servent, de plus, d'instruments à Dieu même pour opérer encore des merveilles ; ils sont les gages qu'ils nous donnent de leur assistance dans nos besoins ; et ils seront, après la résurrection générale, les trônes glorieux sur lesquels se reposera l'Esprit de Dieu. Pourquoi refuserons-nous l'honneur à ces os sacrés que Dieu a sanctifiés durant leur vie, qu'il honore lui-même après leur mort, qu'il promet de glorifier après la résurrection générale ? Les exemples que nous en trouvons dans l'Ecriture nous obligent à ce devoir. Nous y voyons que Dieu même honora le corps de Moïse, l'ensevelissant de ses propres mains, comme le remarque le grand saint Jérôme écrivant contre Vigilance, Moïse n'honora-t-il pas les os de Joseph, ne voulant pas les laisser dans l'Egypte, mais les transportant avec révérence dans la terre promise ? Josias honora les os d'un saint prophète, qu'il trouva parmi les os de plusieurs autres morts, qu'il fit déterrer et brûler, mettant à part ceux du prophète, et ordonnant de les garder comme un dépôt précieux. L'usage de la primitive Eglise, quoi qu'en disent les ennemis de l'Eglise romaine, l'observa ainsi, et c'est la pratique de tous les siècles qui nous ont précédés. Il n'y a rien de si commun, dans les conciles, dans les Pères et dans l'histoire ecclésiastique, que les témoignages, les préceptes et les exemples du culte des saintes reliques. C'est pour ce sujet que nous tenons la tradition apostolique de ne consacrer aucun autel qu'il n'y ait des reliques de quelque saint, conformément à ce que nous semble insinuer S. Jean dans l'Apocalyse, lorsqu'il dit que les âmes des saints martyrs reposent sous l'autel, parce que leurs corps, pour la plupart, y étaient mis. Dieu même a voulu, par des révélations expresses, manifester les reliques cachées, et rien n'est si commun dans l'Eglise. Enfin, nous avons l'autorité, l'antiquité, la raison, les miracles, l'approbation de Dieu même : de sorte qu'il n'y peut avoir que des hérétiques et des novateurs qui trouvent à redire à ce culte. (Houdry).

PARAGRAPHE SIXIÈME. i63

|!ïous devons nous désabuser de la terre], — A la vue de la gloire des saints, que l'Eglise nous met aujourd'hui devant les yeux, nous devons nous désabuser de deux grandes erreurs, qui ont séduit la plus grande partie des hommes, et qui sont cause que très-peu de personnes travaillent à acquérir la sainteté. L'une est de chercher le souverain bonheur, pour lequel nous sommes créés, et de croire le pouvoir trouver en ce monde, par un étrange aveuglement que toutes les lumières du christianisme n'ont pu encore dissiper, quoique les plus sages d'entre les païens mêmes aient reconnu par leur propre expérience que rien n'était capable de nous y rendre heureux, et de nous y donner un solide contentement, parce qu'il n'a qu'un faux éclat, une fausse grandeur et une figure qui passe, dit S. Paul : Prœterit figura hujus mundi. Faux bonheur ! qui rend les grands superbes dans leur élévation, pauvres dans leur abondance, malheureux même au milieu des plus éclatantes fortunes ; faux honneurs, qui nous séduisent, qui nous attirent, à la vérité, quelques respects, mais qui ne sont que de spécieuses servitudes. Faux biens, qu'on n'acquiert qu'avec beaucoup de peine, qu'on ne conserve qu'avec inquiétude, et qu'on ne perd qu'avec des chagrins infinis.

La seconde erreur, dont la pensée de la gloire des saints doit désabuser un chrétien, c'est de croire qu'il y ait une autre voie pour parvenir à la souveraine félicité que celle que les saints ont tenue. C'est uniquement au travail qu'est due la récompense, et la gloire au mérite, et l'un et l'autre se mesurent par la sainteté. Aussi est-ce le dessein de l'Eglise en cette fête, où elle nous fait comme une montre générale de la gloire des saints, nous retraçant en même temps toutes les vertus qu'ils ont pratiquées, pour parvenir à ce bonheur inestimable : Beati pauperes spiritu... Beati qui lugent... Beau miséricordes... Beati qui persecutionem patiuntur, etc. Les uns ont répandu courageusement leur sang pour la défense de la foi ; les autres ont versé des larmes pour l'expiation de leurs péchés ; les confesseurs ont essuyé mille travaux ; les vierges se sont préservées de la corruption du siècle. Enfin, il y a des saints de tout état qui tiennent des palmes en leurs mains pour marque de leur triomphe, différent à la vérité ; mais la sainteté a été le moyen général par lequel ils ont mérité la gloire, comme une couronne de justice, selon que le montre S. Paul : Reposita est mihi corona justitiœ (II Tim. Vf): couronne de justice, parce qu'elle n'est due qu'aux justes et aux saints ; couronne de justice, parce que le juge ne la donne que pour récompense des actions de justice. (Le même).

fia honte du chrétien tièdej. — Quelle confusion, au jour du dernier jugement, ne sera-ce point pour les chrétiens qui n'auront pas eu le courage de suivre les traces des saints, de voir le Sauveur leur reprocher leur lâcheté 1 — Venez, leur dira-t-il, lâches et efféminés chrétiens : pouvezvous alléguer votre faiblesse ? Vous dites que vous n'avez pu être saints,

que vous n'avez pu vous retirer de vos désordres, que vous n'avez pu vaincre ce péché, cette ambition, cette avarice, cette injustice, ce plaisir? vous ne l'avez pu : et voilà cent mille autres qui en sont venus à bout, qui ont triomphé avec le secours de la grâce, et vous dites que vous ne l'avez pu. Tu nonpotuisti, et illi potuerunt ! Quels autres moyens plus sûrs pouvait donner le Fils de Dieu que son Evangile? Ne dites pas que vous ne l'avez pas pu ; dites plutôt que c'est votre lâcheté qui en est la véritable cause, avouez que vous êtes indignes du nom de chrétien, que tant de saints de même nature que vous ont porté avec honneur, en surmontant courageusement toutes leurs passions ; avouez que vous êtes indignes de l'amour des saints, indignes qu'ils se mettent en peine de vous, indignes de la gloire d'être de leur famille. — Que ces motifs sont grands ! que ces exemples doivent être puissants sur nos esprits, pour nous persuader d'être saints, puisque nous sommes les enfants des saints, et qu'ils étaient de même nature que nous !(Biroat).

[Même sujet | . — Malgré les relâchements de l'esprit coçrompu du siècle, malgré notre fragilité et tous les obstacles qui nous environnent, l'exemple des saints nous est une preuve convaincante que la sainteté n'a rien d'impraticable ni d'impossible pour nous, et il ne nous reste assurément aucun prétexte pour nous disculper devant Dieu si en effet nous ne nous sanctifions pas. Nous nous figurons la sainteté chrétienne dans un degré d'élévation où nous ne pouvons atteindre, et, pour rendre Dieu responsable de notre lâcheté, nous disons avec ce peuple indocile : Quis nostrûm valet, ad cœlos ascendere? (Deut. xxx) : qui de nous pourra s'élever jusqu'au ciel? Mais Dieu nous apprend bien aujourd'hui à tenirun autre langage : car il nous produit un million de saints qui ont été dans le monde ce que nous ne voulons pas qu'on y puisse être, qui ont fait dans le monde ce que nous désespérons d'y pouvoir faire, qui ont trouvé la sainteté dans le monde, et qui l'y ont trouvée là même où elle a de plus grands obstacles à surmonter. Dieu, par ces grands exemples, nous impose le silence, et il ranime d'autre part notre courage abattu, en nous faisant toucher au doigt, par ces exemples mêmes des saints, que nous pouvons tout en celui qui nous fortifie, et que, si nous sommes pécheurs, il ne tient cependant qu'à nous de devenir saints.

Non, nous n'avons plus de prétextes. Car quels prétextes pourrionsnous avoir que l'exemple des saints ne détruise pas? Nous sommes occupés des soins du monde : les saints ne l' ont-ils pas été ? Nous nous trouvons dans des occasions dangereuses : les saints ne s'y sont-ils pas trouvés ? Le torrent de la coutume nous entraîne : les saints n'y ont-ils pas résisté ? Le mauvais exemple nous perd : les saints ne s'en sont-ils pas préservés ? Nous avons des passions : les saints en ont eu pour le moins d'aussi vives. Nous sommes d'un tempérament délicat: les saints étaient-ils de fer ou de bronze? Dites-moi un obstacle du salut qu'ils

n'aient point eu à combattre ; dites-moi une épreuve par où ils n'aient point passé ? dites-moi une tentation qu'ils n'aient point surmontée. Comparons notre état avec le leur, nos devoirs avec leurs devoirs, nos dangers avec leurs dangers : et, dans l'égalité parfaite qui se trouve làdessus entre eux et nous, voyons si nous avons de quoi justifier l'énorme contrariété qui se rencontre d'ailleurs entre leur vie et la nôtre. Qu'alléguerons-nous à Dieu quand il nous les confrontera? Servaient-ils un autre maître que nous? croyaient-ils un autre évangile? attendaient-ils an autre royaume à venir ? A quelque prix qu'ils l'aient obtenu, nous pouvions l'avoir au même marché qu'eux. (Bourdaloue).

[la sainteté est dans les devoirs d'état]. — Les saints n'ont été saints que parce qu'ils ont rempli leurs devoirs, et ils ont rempli leurs devoirs parce qu'ils étaient saints. Deux choses qui portent avec elles un caractère de raison et de vérité qui se fait sentir. Saints, parce qu'ils ont rempli leurs devoirs, c'est-à-dire parce qu'ils ont su parfaitement accorder leur condition avec leur religion, mais en sorte que leur religion a toujours été la règle de leur condition, et que jamais leur condition n'a prévalu aux maximes de leur religion. Saints, parce qu'ils ont rendu à chacun ce qui lui était dû : l'honneur à qui était dû l'honneur, le tribut à qui était dû le tribut, l'obéissance à ceux que Dieu leur avait donnés pour maîtres, la complaisance à ceux dont ils devaient entretenir la société, l'assistance à ceux qu'ils devaient secourir, le soin à ceux dont ils devaient répondre ; à tous la justice et la charité, parce que nous en sommes à tous redevables. Saints, parce qu'ils ont honoré par leur conduite les ministères dont ils étaient chargés, les dignités dont ils étaient revêtus, les places où Dieu les avait mis ; parce qu'ils ont sacrifié leur repos, leur santé, leur vie, aux emplois qu'ils avaient à remplir, aux travaux qu'ils avaient à soutenir, aux fatigues qu'il leur fallait essuyer. Saints, parce qu'ils ont préféré en toutes choses la conscience à l'intérêt, la probité à la fortune, la vérité à la flatterie ; parce qu'ils ont eu de la sincérité dans leurs paroles, de la droiture dans leurs actions, de l'équité dans leurs jugements , de la bonne foi dans leur commerce. Saints, parce que, soumis à Dieu, ils se sont tenus dans l'ordre où Dieu les voulait, sans s'élever, sans s'ingérer, sans s'inquiéter, sans se plaindre ; contents de leur état, ne troublant point celui des autres, oubliant les injures, patients dans les maux, supportant les faibles. Tout cela était renfermé dans leurs devoirs. — J'ai ajouté que, parce qu'ils étaient saints, ils ont rempli tous ces devoirs. En effet, il n'y avait que la sainteté en eux qui pût être une disposition générale au parfait accomplissement de toutes ces obligations. Sans la sainteté de leur vie, ils auraient succombé en mille rencontres: leur probité et leur droiture les auraient abandonnés en je ne sais combien de pas glissants, et, voulant satisfaire à un devoir, ils en auraient violé un autre. Ils ont allié dans

leurs personnes les choses, ce semble, les plus opposées et les plus difficiles à concilier: l'autorité avec la charité, les honneurs avec l'humilité, l'application aux affaires avec la piété. C'est parce qu'ils étaient saints qu'ils ont été humbles sans bassesse, grands sans hauteur, prudents sans duplicité. C'est donc parce qu'ils étaient saints qu'ils ont su remplir tous leurs devoirs, et en les remplissant ils sont devenus saints. (Bourdaloue).

[Les saints sont nos modèles et notre force]. — Tertullien, parlant du Sauveur du monde, disait que l'exemple de cet Homme Dieu était la solution universelle de toutes les difficultés qu'un chrétien pouvait objecter : Solutio totius difficultatis Christus. Et la raison qu'il en apportait, c'est qu'il n.'y a point de difficulté dans la vie chrétienne que l'exemple du Fils de Dieu ne nous doive adoucir, ou même que cet exemple ne doive faire évanouir et disparaître : en sorte que, après cet exemple seul, nous ne pouvons former nulle difficulté contre l'observation de la loi de Dieu, puisque cet exemple seul, si nous raisonnons bien, doit nous rendre tout non-seulement supportable mais facile, mais aimable : Solutio totius difficultatis Christus. Cependant, quoi qu'en ait dit Tertullien, il restait une difficulté bien essentielle, que l'exemple de Jésus-Christ ne détruisait pas, parce qu'elle était prise du Fils de Dieu même : et quoi ? c'est que, le Sauveur ayant été exempt de nos faiblesses, saint par nature et la toute-puissance même, il était bien plus en état que nous de faire ce qu'il a fait, et de souffrir ce qu'il a souffert. Ainsi, malgré l'exemple de ce DiEU-Homme, nous aurions toujours droit, ce semble, de nous retrancher sur notre impuissance, et de l'apporter pour excuse. Mais à qui appartenait-il plus proprement d'enlever tous nos prétextes? aux saints. Car quand je vois des hommes semblables à moi, de même nature que moi, fragiles comme moi, qui pour Dieu ont tout entrepris, qui pour Dieu ont tout souffert, et tout souffert avec joie, je n'ai plus rien à répondre. En vain je voudrais me plaindre de la pesanteur du joug qui m'est imposé et de la sévérité de la loi : tant de saints à qui ce joug a paru doux, et quj ont fait leurs délices de cette loi, arrêtent toutes mes plaintes et condamnent toutes mes lâchetés. Tellement que l'exemple d'un saint est pour moi ce qu'était, dans la pensée de Tertullien, l'exemple du Fils de Dieu, une conviction entière et sans réplique : Solutio totius difficultatis Christus. (Le même).

[La récompense doit nous animer]. — Les saints possèdent le ciel à titre de récompense, pour avoir bien couru, bien combattu, bien servi. Or, puisque Dieu nous appelle au même combat, puisqu'il nous engage dans la même carrière par son Apôtre : Sic currite ut comprehendatis ; puisqu'il nous emploie, aussi bien que les saints, à la culture de sa vigne : Ite et vos in vineam meam; puisqu'il nous demande les mêmes services qu'il a demandés aux saints ; puisqu'il nous engage dans les mêmes emplois,

nous devons croire qu'il nous veut donner la même récompense. Si nous courons, si nous combattons tous, et si nous travaillons avec les saints, nous serons récompensés avec les saints, et nous pouvons dire avec S. Paul : De reliquo rcposita est mihi corona justitiœ (II Tim. iv). — Voilà comment la gloire des saints, que l'Eglise nous représente en cette solennité, assure et affermit notre espérance. Elle excite aussi notre désir, puisqu'il n'est pas possible que, si nous nous promenons par la foi dans les célestes rues de Jérusalem pour considérer les trésors inépuisables de cette paix éternelle et de cette joie ineffable que les bienheureux possèdent, il n'est pas, dis-je, possible que nos cœurs ne s'envolent vers le ciel, et que nous ne nous écriions avec le psalmiste : Que vos tabernacles sont aimables, ô Seigneur des vertus/ mon âme tombe en défaillance, dans le désir quelle a de jouir des biens qui y sont renfermés. Eh quoi ! dit S. Bernard, Elie, montant au ciel dans un chariot de feu, enleva tous les désirs de son disciple Elisée : et les saints, qui sont nos pères et nos frères, placés dans le ciel, n'enlèveront pas entièrement nos pensées, nos affections, nos désirs, tous les mouvements de nos coeurs ! (Le P.Texier).

[La gloire qui nous attend]. — Je vois bien que vous voulez un motif pressant, touchant, convaincant, pour vous animer à la patience chrétienne, dans les différentes situations où vous vous trouvez en cette vie mortelle : mais peut-on vous en donner un qui ait toutes ces qualités dans un plus éminent degré que l'éternité de la gloire à laquelle vous êtes appelés, et qui est la récompense des élus ? C'est dans cette vue que les saints ont triomphé du monde ; c'est par là qu'ils sont devenus inébranlables et invincibles dans les combats qu'ils ont eu à soutenir ; c'est parlà, dit le docteur des gentils, qu'ils ont surmonté les tourments, le fer, le feu, tout ce que la mort a de plus effrayant et de plus cruel. C'est ce qui les soutient encore tous les jours dans les rigoureuses épreuves que Dieu fait de leur fidélité. Ils souffrent tout, dit l'Ecriture, non-seulement avec patience, mais avec joie, parce que leur espérance est pleine de l'immortalité qui leur est promise : Semper illorum immortalitate plena est (Sap.m). Pourquoi ne les imitons-nous pas ? Avons-nous d'aussi rudes combats qu'eux à soutenir? Avons-nous résisté, comme eux, jusqu'à répandre du sang ? Pourquoi donc sommes-nous si lâches ? pourquoi, dégénérant de la vertu de ces glorieux prédestinés, qui sont aujourd'hui nos modèles, faisons-nous paraître tant de faiblesse dans des occasions où, à leur exemple, nous devrions remporter sur nous-même des victoires ? C'est que nous n'envisageons pas, comme eux, cette glorieuse immortalité où ils aspiraient, et dont l'espérance les encourageait, les emportait à travers tout les obstacles.

Le plus puissant motif qui ait donné aux saints tant de courage était l'espérance de cette paix éternelle dont ils sont maintenant en possession. A cette glorieuse espérance joignons les grands exemples de cou-

rage et de force qu'ils nous ont donnés, et que l'Eglise nous met aujourd'hui devant les yeux ? fortifions-nous, comme eux, dans l'espérance de ces biens éternels. Autrement, en vain célébrons-nous leurs triomphes, en vain présumons-nous du crédit qu'ils ont acquis auprès de Dieu. L'abrégé de la religion est de pratiquer ce que nous solennisons, dit S. Augustin, et de faire de l'objet de notre culte la règle de notre vie : Summa religionis est imitari quod colimus. La vue de la gloire du ciel les a détachés de la terre : il faut qu'elle opère en nous le même effet. La foi de l'immortalité les a conduits à la sainteté : il faut que nous y parvenions par la même voie. Ils ont été ce que nous sommes, et si nous combattons comme eux avec courage, nous pouvons nous promettre de posséder l'héritage éternel où ils régnent à jamais. (Bourdaloue).

[Point d'excuse à notre lâcheté]. — Dans l'impuissance où nous sommes de pénétrer les grandeurs de Dieu, contentons-nous de le louer, de l'admirer et de l'imiter dans ses saints. C'est dans cette vue que l'Eglise nous les propose en particulier durant tout le cours de l'année, afin que la considération de ces objets célestes, ranimant notre foi et élevant notre espérance vers le ciel, nous accoutume à nous souvenir de ce qu'ils ont été, de ce qu'ils sont, et de ce que nous devons être. C'est dans cette même vue que, recueillant aujourd'hui, comme en un corps de société, toutes ces âmes bienheureuses, et réunissant toutes leurs fêtes en une seule, elle nous montre le bonheur dont elles jouissent, et dont nous espérons jouir. Elle se réjouit de voir qu'on honore Dieu dans ses saints; que leur mémoire soit encore vivante dans l'esprit de leurs frères, après le cours de tant d'années ; que , dans des siècles corrompus comme le nôtre, on rende justice au mérite des gens de bien qui nous ont précédés, et qu'en un temps où l'on trouve si peu de saints on révère encore la sainteté. Mais elle gémit de voir le peu de fruit que nous tirons de leurs exemples. Nous chantons des hymnes à leur louange, et nous regardons leurs actions comme une histoire indifférente ; nous admirons leur félicité, et peut-être travaillons-nous à notre perte; nous savons qu'ils ont acquis par leur vertu l'héritage que Dieu leur avait préparé dès le commencement du monde, et nous n'avons pas le courage de les suivre. Spectateurs oisifs d'une gloire que nous désirons, mais qui nous coûte quelque peine, nous doutons de nous donner le moindre mouvement pour l'acquérir. (Fléchier).

[Même sujet]. — Comme les exemples les plus touchants sont ceux qui ont avec nous plus de proportion et de ressemblance, et qu'ordinairement on cherche à se justifier du peu de soin qu'on a de son salut par les difficultés qu'on trouve ou qu'on se figure dans sa condition, Dieu veut bien aujourd'hui tirer, pour ainsi dire, le voile qui couvre le cieL . ! faire sroir à chacun de nous quelques-uns de ces esprits bienheureux

qui, ayant eu les mêmes peines et les ayant généreusement surmontées, nous encouragent ou nous condamnent par leurs exemples. Dieu, par sa providence a sanctifié tant de sujets différents afin que toutes sortes d'hommes servent aux fins pour lesquelles ils ont été destinés. Car, comme dans la création du monde, Dieu commande aux plantes de porter leur fruit chacune selon son espèce, dans la régénération spirituelle il a commandé à tous les chrétiens de produire les fruits des bonnes œuvres chacun selon sa vocation particulière, pour faire voir encore les divers effets, ou, selon les termes de l'Apôtre, les formes différentes de sa grâce, qui conduit les unes par les austérités de la pénitence, les autres par les douceurs de la charité, quelques-uns par l'observance des conseils, plusieurs par les devoirs d'une piété commune, et tous cependant à la même sainteté, afin que personne ne se défie de la grâce et que chacun se puisse trouver dans cette multitude de miséricordes en voyant ce grand nombre de bienheureux qui sont au-dessus de nous, selon l'Apôtre, comme une nuée de témoins, qui forment la plénitude des saints, et prononcent la condamnation des pécheurs. C'est enfin par là qu'il nous rend inexcusables : car ces hommes, de même profession et de même naissance que nous, ont eu les mêmes obstacles. Ils n'ont pas été, dit S. Grégoire, d'une nature plus excellente, mais d'une vie plus régulière. Ils n'ont pas ignoré les vices, mais ils les ont évités et les ont vaincus ; ils nous ont appris, par la vie pénible qu'ils ont menée, à ne pas flatter notre négligence ; et, par le bonheur éternel dont ils jouissent, à ne pas désespérer de notre salut. (Fléchier).

[leçons que nous donnent les saints]. — Jetons les yeux sur les exemples que les saints nous ont laissés, où la perfection et la religion brillent de toutes parts : et nous verrons que tout ce que nous faisons n'est pas considérable, n'est presque rien. Hélas ! qu'est-ce que notre vie si nous la comparons avec la leur? La faim, la soif, la nudité, les travaux, les fatigues, les veilles, les méditations, les persécutions, les affronts fréquents, sont les épreuves par lesquelles les saints et les amis de Dieu ont passé. Que n'ont point souffert les apôtres, les martyrs, les confesseurs, les saintes vierges, et tous les autres qui ont suivi les traces du Sauveur du monde? Ils ont haï leur àme dans ce monde, pour la posséder éternellement dans l'autre. Richesses, honneurs, emplois, amis, parents, ils renonçaient à tout, ils ne voulaient rien tenir de ce monde. A peine prenaient-ils le nécessaire à la vie ; encore était-ce une peine pour eux de s'occuper de leur corps en lui donnant ce qu'ils ne pouvaient indispensablement lui refuser. Ils étaient pauvres des biens de la terre, mais riches en vertus. Ils manquaient de tout au dehors, mais au dedans ils étaient remplis des consolations divines. Ils n'avaient point d'amis dans ce monde, mais ils étaient les amis de Dieu ; ils se regardaient avec

mépris, mais ils étaient chéris de Dieu et précieux à ses yeux. Ils obéissaient avec simplicité, ils marchaient dans la charité et dans la patience. Ainsi ils avançaient tous les jours dans la vie spirituelle. — Leur exemple nous est proposé à tous, pour nous animer dans la vertu, et il doit avoir sur notre esprit plus de force que l'exemple des lâches pour nous attiédir. Que de ferveur dans ces premiers fidèles, qui sont à présent les premiers de la céleste Jérusalem! Rougissons de les suivre de si loin. (Thomas à Kempis, De imitatione Chris//).

[Elévation de cœur vers les saints. — Elevons-nous, mes frères, jusque dans la céleste Jérusalem, pour honorer la sainteté de ces esprits bienheureux qui confessent tenir leur sainteté de Dieu, et conjurons-les de nous obtenir cette sainteté sans laquelle nous ne le verrons jamais. Saint Précurseur du Fils de Dieu, qui avec une fidélité inviolable avez rendu témoignage à l'Evangile de Jésus-Christ, et vous apôtres et Pasteurs qui avez été les prédicateurs de la sainteté et les ministres de la sanctification des hommes ; vous, précieuses victimes qui avez lavé vos vêtements dans le sang de l'Agneau et dans le vôtre ; que nous apprenions de vous à travailler à l'unique nécessaire, et à ne rien estimer que ce qui est marqué par le sang du Sauveur, puisqu'il est écrit : Heureux ceux qui souffrent, car le royaume des cieux est pour eux : Beati qui persecu- Horiern patiuntur, quoniam ipsorum est reqnum cœlowm. (Anonyme).

[Prendre la même route que les saints], — Il faut prendre les mêmes routes que les Saints ont prises pour arriver à cet heureux terme où ils sont parvenus, ou renoncer à la gloire dont ils sont en possession. Mais cette voie est difficile ? N'importe ; il faut nécessairement y passer pour être heureux. En effet, serait- il juste que, nous qui faisons tant pour le monde, nous ne fissions rien pour notre âme? Grandeurs, trésors, rangs, dignités, emplois, honneurs, plaisirs, opulence, santé, beauté, ces biens apparents nous coûtent tant de peines à acquérir, et encore plus à conserver ! Eh ! quoi donc ! où serait la justice, que le ciel, qui est notre chère patrie, notre unique et vrai bien, ne nous coûtât rien, et qu'une si illustre conquête se gagnât sans combattre ? Pensez combien il vous faut courir de dangers pour acquérir un vain fantôme de gloire dans l'art militaire, par combien de peines vous amassez des richesses périssables, par combien de basses complaisances vous obtenez peut-être la faveur des grands, par combien de veilles vous acquérez une vaine science, par quelle étrange captivité vous passez dans les affaires du monde avant que de vous élever de la poussière où vous êtes ensevelis. En devez-vous donc moins faire pour la conquête du ciel ? Ces mêmes béatitudes dont nous avons parlé ailleurs, être pauvre, être doux, avoir soif de la justice, se priver enfin de tous les plaisirs de la terre, c'est là le joug insupportable aux chrétiens lâches, mais doux aux chrétiens avides de la véritable gloire. (Le P. Larue).

Docteur de l'Église.

Pour faire l'éloge du saint docteur de l'Eglise S. Jérôme, il semble qu'il ne faudrait que le glorieux titre que l'Eglise même lui donne, de grand Docteur, ou de Docteur par excellence: car, si S. Paul met en parallèle avec l'apostolat la qualité de docteur en général, quel doit être le mérite de celui qui s'est tellement distingué dans cet illustre ministère, qu'il est honoré du nom de grand, par une spéciale prérogative, entre ceux qui ont même dignement rempli cet emploi? Et ne peut-on pas dire, avec S. Laurent Justinien, qu'un saint père de ce caractère « est la lumière du monde, le prédicateur du royaume de Jésus-Christ, l'interprète des oracles du ciel, le défenseur des vérités catholiques, en un mot, le grand et l'incomparable docteur de l'Eglise. »

Il faut cependant avouer qu'il n'est pas aisé de réunir dans un corps de discours les différents emplois dans lesquels ce grand saint s'est toujours signalé, et les différents états où il a passé sa vie. Car ce n'est représenter S. Jérôme qu'à demi que de le considérer seulement comme pénitent, ou solitaire, ou docteur, et ce n'est pas en donner un portrait au naturel qui le fasse connaître-, si on ne le dépeint pas avec les traits qui lui sont particuliers. C'est ce que j'ai tâché de faire dans ce recueil, en entrant dans le détail de sa vie, de ses travaux pour la défense de l'Eglise, des persécutions qu'il a souffertes de la part des hérétiques, des victoires qu'il a remportées sur eux, de ses voyages, et des alliances qu'il a eues avec les plus grands hommes de son temps, de ses austérités étonnantes, de ses ouvrages qui lui ont si justement acquis le nom de grand Docteur, et enfin de toutes ses vertus qui l'ont rendu un modèle de sainteté.

Desseins et Plans.

I. — Justum deduxit Dominusper vias rectas, et ostendit illiregnum Dei ; et dédit illi scientiam sanctorum ; honestavit Muni in laboribus, et complevit labores illius : — La sagesse a conduit le juste par des voies droites, et lui a fait voir le royaume de Dieu ; elle lui adonné la science des saints ; elle l'a engagé en des travaux honorables, et lui en a fait recueillir les fruits (Sap. x).

Je ne trouve point de dessein qui renferme mieux et plus naturellement tout ce que l'on peut dire de plus particulier et de plus propre pour l'éloge du grand docteur S. Jérôme, que ces paroles tirées du livre de la Sagesse : Justum deduxit, etc. Car il ne faut, pour faire la division et le partage de son panégyrique, que montrer comment les trois choses qui sont comprises dans les paroles de ce texte, renferment tout ce que l'on peut dire de plus avantageux à la gloire de ce grand saint.

Première partie : — Justum deduxit Dominus per vias rectas, et ostendit illi regnum Dei. Les voies par lesquelles Dieu a conduit S. Jérôme sont les plus droites et les plus sûres pour parvenir au bonheur éternel. Ces voies sont — 1°. La fuite du monde, pour vivre en solitude, éloigné des maximes du siècle, des occasions de s'y perdre et des dangers que l'on y court de son salut. C'est ce que fit ce grand saint, qui élevé dès sa jeunesse dans la piété et la crainte de Dieu, pour conserver l'innocence qu'il avait reçue au baptême, quitta non-seulement son pays, mais encore ses proches, et tout ce qui pouvait l'attacher au monde, par une glorieuse retraite, sans se mettre en peine des discours et des jugements des hommes. — 2°. La mortification et la pénitence, qui sont les voies par lesquelles Dieu conduit d'abord les personnes sur lesquelles il a de plus grands desseins. — 3°. Le renoncement aux sciences profanes, dont il était passionné, pour s'instruire dans les saintes lettres et dans la conversation des plus saints et des plus grands hommes de son temps* entreprenant pour ce sujet différents voyages, se faisant leur disciple, afin de se disposer par ce moyen à enseigner aux autres les voies du salut, qu'il aurait apprises dans leur école.

Seconde partie, — Dédit illi scientiam sanctorum, etc. Dieu, qui le dcsti-

PARAGRAPHE TREMIER. 173

nait à être un des plus grands docteurs de son Eglise, lui donna en effet la science des saints : savoir, l'intelligence des Ecritures, où est compris tout ce qu'il est nécessaire de savoir et de pratiquer pour devenir saint, et travailler ensuite à sanctifier les autres. Je veux dire que ce grand docteur a joint l'exemple de sa vie à la doctrine qu'il a enseignée par ses écrits et de vive voix.

Troisième partie. — Honestavit illum in laboribus, et complevit labores illius. Ses glorieux travaux lui ont acquis une gloire incomparable devant Dieu et devant les hommes, pour les immenses services qu'il a rendus à l'Eglise.

1°. — En faisant une version de l'Ecriture qui a été reçue comme la plus correcte, la plus conforme au texte original, et par les savants commentaires qu'il a composés presque sur tous les livres de l'un et de l'autre Testament. — 2°. En sanctifiant les chrétiens par ses discours, en dirigeant les personnes les plus qualifiées, et les portant à la plus haute perfection, et en fournissant des règles à un ordre imitateur de ses vertus et de sa pénitence. — 3° En défendant l'Eglise, par un zèle infatigable, contre les erreurs qui s'élevèrent de son temps, et en combattant les hérétiques avec un courage admirable, et toujours victorieux.

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