‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 2)Chapitre 2 sur 30 · II. — Confidite, ego vici mundum (Joan. xvi · texte numérisé non relu

II. — Confidite, ego vici mundum (Joan. xvi

1°. S. Roch a commencé à vaincre le monde presque aussitôt qu'il y est entré : car il a combattu ses maximes dans un âge et dans une condition qui lui donnait tous les moyens d'en goûter les plaisirs et de suivre tout ce que le monde a d'agréable.

2°. ïl s'est consacré au service des pauvres malades, et même des pestiférés, qui est l'emploi le plus opposé aux inclinations des gens du monde et de la nature corrompue.

3°. Il a vaincu ce monde de la manière la plus extraordinaire, en voulant mourir inconnu parmi ses propres sujets, persécuté, maltraité, et abandonné de ses proches, comme un S. Alexis et un S. Jean-Calybite, qui moururent inconnus dans la maison de 'leurs pères, dont ils ne furent reconnus qu'à la mort.

III. — Ab infmitià meâ crevit mecum miseratio (Job. xxxi, 18). — S. Roch a été un homme de miséricorde au sens où l'Ecriture appelle des hommes de richesse ceux qui y sont attachés de cœur et d'esprit. C'est le style de l'Ecriture de donner aux hommes le nom des choses dans lesquelles ils se sont rendus plus recommandables. Ainsi, elle appelle les hommes attachés aux biens de la terre Viri divitiarum, des hommes de richesses, et ceux qui sont employés aux œuvres de miséricorde Virimisericordiarum, des hommes de miséricorde. Ainsi, dans l'usage ordinaire, on appelle gens d'affaires, hommes de lettres, hommes de guerre, ceux qui font profession publique de ces conditions et de ces emplois. C'est dans ce sens que je prends pour sujet de l'éloge de S. Roch ce glorieux titre d'avoir été un homme de miséricorde : je vous le ferai voir dans mon premier point; et, dans le second, comment Dieu, qui veut bien porter le nom de Père des miséricordes, Pater miser icordiarum, s'est montré juste dans la récompense des services que ce saint lui a rendus* en la personne des pauvres et des malades.

Premièrement. — La compassion de notre saint pour les pauvres et les misérables a commencé presque avec sa vie, par un amour tendre, qui dès ses premières années lui fit pourvoir à leur soulagement en leur faisant tout le bien qu'il pouvait ; mais cette charité miséricordieuse crût ensuite avec lui: dans un âge plus avancé, se voyant en possession d'un riche héritage, il le distribua aux pauvres, autant que les lois du pays le lui pouvaient permettre. Sa compassion croissant, et ne se contentant pas de les assister de ses biens en se dépouillant de tout, il s'employa aux plus rudes exercices de la charité, servant les pauvres malades dans les hôpitaux, et même les pestiférés, se consacrant tout entier à ce pénible et rebutant emploi, si opposé à la grandeur de sa naissance, et malgré toutes les répugnances que pouvait ressentir un seigneur de sa qualité, de son âge et de sa complexion. Enfin, le comble, la dernière

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perfection de sa charité et de sa miséricorde, c'est d'avoir non-seulement exposé sa vie un grand nombre de fois en servant les pestiférés, mais de l'y avoir effectivement perdue en mourant victime de la charité, enlevé de ce monde par une maladie contagieuse dont il avait guéri une infinité de personnes.

Secondement. — La grandeur de la récompense que Dieu a donnée à cette charité miséricordieuse, dans cette vie et dans l'autre. Quand je dis que la miséricorde de S. Roch a été récompensée dès cette vie, je n'entends pas qu'elle ait été récompensée en même nature de biens, puisque, de la part des hommes et même de ses proches, il n'a reçu que des outrages et des rebuts, et, de la part de Dieu même, que des afflictions des souffrances et des maladies douloureuses; mais j'entends que, pour les œuvres de miséricorde temporelle que ce saint a exercées, Dieu l'a comblé de biens spirituels: — 1°. En détachant son cœur de l'affection des richesses, faveur et grâce inestimables puisque le Saint-Esprit appelle bienheureux celui qui est arrivé à ce degré de perfection. — 2°. Il a eu le bonheur de servir Jésus-Christ même en la personne des pauvres et des malades, bonheur qui lui a rendu ses travaux infiniment agréables et glorieux. — 3°. La gloire toute particulière qu'il a dans le ciel: car, comme le Sauveur ne laisse pas sans récompense un verre d'eau donné par charité et pour son amour, que n'aura-t-il point donné à notre saint pour tant de bons offices, d'aumônes, de travaux, de dangers? Quelle gloire devant tous les hommes, au jour du dernier jugement, lorsque Dieu fera voir à la face de l'univers tous les services que ce grand saint lui aura rendus ? — 4°. La gloire que Dieu lui a procurée en ce monde, parle pouvoir qu'il lui a communiqué de guérir les maladies les plus désespérées, et par la vénération publique et les prières qu'on lui adresse dans les temps de peste dont la justice divine frappe souvent les villes et quelquefois des royaumes entiers.

IV. — Imitatores met estote, sicutet ego Christi. {I Cor. iv, 10). — Quoique la vie du Sauveur soit le modèle de tous les véritables chrétiens, qui, pour être saints et du nombre des prédestinés, comme dit S. Paul, doivent être conformes à ce divin original, il faut pourtant avouer qu'il y aura toujours une différence, ou plutôt une distance infinie, entre la sainteté de cet Homme-DiEU et celle des plus grands saints. Nous voyons même que ses plus parfaits imitateurs, loin d'en exprimer tous les traits, se sont bornés les uns à une vertu particulière, les autres à quelques actions plus marquées, et les autres enfin à quelque partie de sa vie à laquelle ils se sont plus affectionnés et en quoi ils ont cru pouvoir mieux réussir. C'est ce qui fait que presque chaque saint a son caractère propre et particulier, qui le distingue des autres, etpar lequel il s'est rendu plus

semblable à celui qui est un modèle achevé de toutes les vertus et de toutes les différences de sainteté. — Or, si vous voulez savoir en quoi S. Roch, nue l'Eglise expose en ce jour à notre vénération, a pris à tâche d'imiter le Sauveur, et en quoi il s'est particulièrement distingué, je vous dirai qu'il ne faut que parcourir la suite de sa vie pour y remarquer une excellente copie de la vie conversante du Sauveur parmi les hommes :

1°. Ce saint a employé toute la sienne à guérir les malades et à faire du bien à tout le monde : en sorte qu'on lui peut appliquer justement ces paroles : Pertransiit benefaciendo et sanando omnes (Act. x).

2 Pour tous ses bienfaits, pour les services qu'il a rendus aux hommes, il n'a reçu de leur part que des outrages et de l'ingratitude. Voilà dans Jbsus-Chkist un modèle de miséricorde et de patience : voilà dans S. Roch une copie et une parfaite image de l'une et de l'autre ; mais qui doit à son tour servir de modèle à ceux qui m'écoutent. C'est le partage de son éloge.

V. -\umquid considerâsti servum meum Job,quôd non sit ei similis in terra ? (Job. i). — 11 est rapporté, au livre de Job, que Dieu demanda un jour à Satan si, dans le tour de la terre qu'il avait fait à dessein de nuire a quelqu'un, il avait bien considéré son fidèle serviteur Job, dont il fit en même temps l'éloge, en disant qu'il n'avait point son semblable dans le monde, personne qui l'égalât en fidélité ni en vertu. — Je ne suis pas assez téméraire pour disputer à ce saint homme la gloire d'avoir été trouvé le seul digne de l'admiration des anges et des hommes, et proposé comme un modèle de fidélité envers Dieu, et de charité envers le prochain ; mais je ne craindrai point d'avancer qu'entre tous les saints de la nouvelle loi le glorieux S. Roch a eu une parfaite ressemblance avec le saint homme Job :

1°. Dans les vertus rapportées par l'Ecriture, au témoignage de Dieu même : droiture du cœur, crainte de Dieu, fuite du péché, fidélité au service du Seigneur. Ce sont les qualités que Dieu même fit valoir au démon , comme pour insulter à sa malice : Homo simplex et rectus , ac timeru Deum, et recedens à malo. Ce sera le sujet de la première partie.

2°. Nous le verrons appliqué aux œuvres de miséricorde, dévoué au service des pauvres malades, comme un autre Job, qui disait que la miorde était née et avait crû avec lui : Crevit mecum miser atio : en sorte qu'il était un asile ouvert à tous les misérables.

3°. Nous le considérerons enfin, dans le troisième point, comme un modèle de patience dans les rudes épreuves que Dieu fit de lui, comme d'un autre Job, en l'affligeant d'une terrible maladie, la peste, dont il 'ivi.it. puériles autres, et en l'exposant aux insultes, aux mépris et aux

outrages de ses plus proches, dont il se vit abandonné, et à qui il ne voulut point se faire connaître. A quoi nous pouvons ajouter qu'il fut ensuite récompensé de Dieu , qui l'avait réduit à ce pitoyable état, plus libéralement, dans le ciel et sur la terre, que le saint homme Job, qu'il rendit doublement plus riche, plus heureux et plus considérable qu'il n'avait été avant d'être éprouvé par tant de fâcheux accidents.

Les Sources.

Surius, 16 Août, rapporte au long la vie de S. Roch, mais on l'accuse d'avoir dit des choses incertaines et sans aucune preuve.

Le P. Théophile Raynault a fait l'abrégé de la vie du même saint, et cite les auteurs qui en ont parlé plus amplement : savoir,

Albertus Krantzius, IX Metrop. 15.

Petrus Exquilinus, Appendix ad S anctorum natales, 15. — ClaudiusdeRota; Petrus Pinus: Ludovicus Maldura.

Epitome des Annales ecclésiastiques. Oderici Reginaldi, à l'année

Les Pères du concile général de Constance ont reconnu le mérite et la sainteté de S. Roch en lui décernant les honneurs dus aux Saints pour avoir été délivrés, par son intercession, d'une peste qui ravageait la ville pendant que l'assemblée s'y tenait.

Baillet, au 16 Août, fait l'histoire historique de la vie 'du saint, mais révoque en doute, à son ordinaire, ce qu'il y a de plus merveilleux et de plus glorieux.

Biroat, Panég^-riques, en a un sur ce sujet.

Le P. Texier, Panégyriques.

Discours chrétiens sur les principales fêtes.

| Les Saints Pères qui ont traité du soin des malades |. — S. Augustin, au livre De bono patientiœ, a beaucoup de choses qui viennent à ce sujet. — Voir aussi son traité De visitatione infrrnorum, qui est peut-être d'un autre auteur.

Passages, Exemples, Figures et Applications de l'Écriture.

Pertransiit benefaciendo, et sanando omna. Art. x, 38.

Circuibot omnes civitates, curons omnem languorem et omnem infirmitatem. Matth.

ix. 35.

Ornais turba qua-rebat eum tangere, quia virtm de Mo exibat et sanabat omnes. Lucas vi. 19.

Non te pigeât visitare infirmum. Eccli.

vu, 39.

Dels qui sanat omnes infirmitates. Ps.

In tua infirmitate ne despicias teipsum, sed ora Dominum, et ipse sanabit te.- Eccli. xxxviii, 9.

Domine, ecce quem amas infirmatur.

Joan. xi, 3.

Infirmitas hœc non est ad mortem, sed pro glorià Dei. Ibi'l.

Exinanivit semetipsum, formam -servi accipiens. Philipp. n, 7.

Curam illius habe. Lucse x, 36.

lu duritid manûs iuœ adversaris mihù Job. xxx, 21.

Quia acceptus eras Deo, necesse fuit ut tentatio probaret te. Tobiae xn. 13.

Hanc tentationem ideô permisit Deus evenire Mi ut posteris daretur exemplum patientiœ. Tobiae n, 12.

Crevit mecum miseratio. Job. xxxi, 18.

Infirmas eram et visitdstis me. Matth.

xxv. 36.

Quamdiù fecistis uni ex minimis meis, mihi fecistis. Matth. xxv, 40.

Quis infirmatur, et ego non infirmor. II Cor. xi, 29.

Sequebatur eum multitudo magna, quia videbant signa quœ faciebat super tus qui infirma bantur. Joan. vi, 2.

Suscipite infirmât. I Thessal. v, 14.

II a passé en guérissant partout les malades, et faisant du bien à tout le monde.

Jésus allait de tous côtés dans les villes, guérissant toutes sortes de maladies et de langueurs.

Tout le peuple tâchait de le toucher, parce qu'il sortait de lui une vertu qui les guérissait tous.

Ne soyez point paresseux à visiter les malades.

C'est Dieu qui guérit toutes sortes de maladies.

Ne vous abandonnez pas dans vos maladies, mais priez Dieu, et lui-même vous guérira.

Seigneur, celui que vous aimez est malade.

Cette maladie ne va point à la mort, elle est pour la gloire de Dieu.

Il s'est anéanti lui-même en prenant la forme d'un serviteur.

Prenez soin de ce malade.

Votre main paternelle , ô mon Dieu , me traite en ennemi.

Parce que vous étiez agréable à Dieu, il a été nécessaire que Dieu vous éprouvât.

Dieu permit que cette épreuve lui arrivât, afin que sa patience servît d'exemple à la postérité.

La miséricorde et la compassion ont crû avec moi.

J'étais malade, et vous m'avez visité dans mon infirmité.

Ce que vous aurez fait au moindre dès midis, je le tiendrai comme fait à moimême.

Qui est infirme sans que je le sois avec lui ?

Une grande foule de peuple le suivait, parce qu'ils voyaient les miraclos qu'il faisait sur ceux qui étaient malades.

Avez soin des faibles et des malades.

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