‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 2)Chapitre 20 sur 30 · EXEMPLES DE L'ANCIEN ET DU NOUVEAU TESTAMENT · texte numérisé non relu

EXEMPLES DE L'ANCIEN ET DU NOUVEAU TESTAMENT

[La nuée d'Elisée]. — Le prophète Elie demanda à son disciple Elisée ce qu'il voyait, et il lui répliqua qu'il voyait un petit nuage s' élevant près de la mer, et que ce nuage n'était pas plus grand que les vestiges d'un

homme : Ecce nubecula, parva quasi vestigwm hominis, ascendebat de : mais ce nuage forma dans la suite un corps si considérable, que le ciel en fut couvert et toute la terre inondée de pluie. Notre bienheureux a eu dans le monde des commencements faibles et obscurs ; il fut d'abord comme cette petite nuée ; mais, Dieu l'ayant élevé par les lumières et par la chaleur de sa grâce au-dessus des choses terrestres, il est devenu en peu d'années si grand en mérite, que la Divinité semble s'être occupée uniquement à le conduire et à le perfectionner, et, encore que la haine des hommes Tait combattu, et que les calomnies et les persécutions qu'il a souffertes l'aient obscurci pour un temps, néanmoins il ; vaincu tous les obstacles. Comme la nuée, après avoir été quelque temps le jouet des vents, qui l'ont transportée de côté et d'autre, vient ensuite à se grossir par le concours des autres nuées et à éclater en feux, en éclairs et en tonnerres, le B. Jean de la Croix est pendant un temps agité ; mais les dons de Dieu le remplissent, parce qu'il a souffert persécution pour la justice ; il reçoit les plus vives lumières du Père céleste, et, venant à les communiquer, il est l'objet de l'admiration du monde. Le feu et les éclairs sortent de son cœur et de sa bouche ; c'est un séraphin sur la terre ; il brûle et il échauffe les autres du même feu que Dieu lui a communiqué pour faire part de son abondance.

| S. Paul au troisième ciel]. — Loin d'ici ces esprits profanes qui condamnent ce qu'ils ignorent, Blasphémant quod ignorant, qui traitent d'illusion tout ce qui n'est pas renfermé dans l'ordre commun. Voulant faire les espritsforts, ils regardent comme impossible ce qui leur paraît extraordinaire. Osent-ils iraiter d'erreurs, de visions et de faiblesses d'esprit les divins transports de S. Paul, ses extases et son ravissement au troisième ciel? n'ajouteront-ils pas foi à cet apôtre quand il leur dira qu'il connaît un homme qui a été élevé, ou avec son corps ou séparé de son corps, dans le sein de la Divinité, où il a appris des secrets que l'homme ne peut expliquer, parce que l'homme n'est pas capable de les entendre ? Pourquoi donc osent-ils se révolter, quand on leur dit que Jean de la Croix ne célébrait presque jamais que son corps ne fût élevé de terre, que les extases lui étaient familières parce qu'il aimait beaucoup ? Est-ce que le bras de Dieu est racourci ? Est-ce qu'il ne peut pas gratifier des mêmes faveurs ses saints ? Si l'on convient de la possibilité, il faut encore convenir du fait, et que Dieu a souvent honoré le mérite de Jean de la Croix de ces transports et de ces élévations, puisque un grand nombre de témoins le déposent dans le procès de sa canonisation. Que les esprits incrédules apprennent donc qu'il est de la piété de respecter toutes les marques que Dieu donne de son amour à ses serviteurs, et que la charité nous doit faire voir avec estime et avec reconnaissance toutes les grâces que Dieu fait aux autres.

[S. Jean-Baptiste |. — E rat Joannesneqne manducans, neque bibens (Matth. n). — Jean-Baptiste avait une ceinture de cuir sur les reins, et son habit était de poil de chameau, il vivait de sauterelles et de miel sauvage ; encore en mangeait-il si peu qu'il était censé ne boire ni ne manger. Peut-on voir un saint dortt la vie soit plus ressemblante que celle du B. Jean de la Croix à celle de ce saint précurseur de Jésus-Christ? On voit Jean de la Croix vêtu d'un cilicc et d'un habit fait de jonc. Doit-on dire qu'il mangeait ou bien qu'il buvait, puisque des semaines entières s'écoulaient sans qu'il prit aucune nourriture. Tout était singulier dans ce saint, comme dans S. Jean-Baptiste, l'un et l'autre joignaient à la pénitence extérieure la pénitence intérieure, non pour attirer les louanges ou l'estime des hommes, mais pour réveiller leur attention. Un jeûne si extraordinaire et des mortifications si excessives ne passeraientelles pas pour indiscrètes, à être examinées par la prudence humaine ? Mais, quand le doigt de Dieu paraît, ne faut-il pas que les hommes se taisent ? Jean-Baptiste, par cet extérieur si austère, ne devait-il pas être un spectacle propre à étonner et à attirer les yeux du peuple sur lui pour faire connaître le Messie ? et S. Jean de la Croix ne devait-il pas être un prodige de pénitence pour être un jour à la tête d'une sainte troupe de pénitents, qui devaient marcher sur ses traces ? Tous deux devaient se faire distinguer, pour ê1 ;e des modèles achevés de pénitence.

| Elisée]. — Le B. Jean de la Croix peut encore être comparé au prophète Elisée, lequel, sachant que son père et son maître Elie devait être élevé au ciel dans un chariot de feu, demanda en grâce qu'il lui laissât son double esprit : Obsecro ut fiât in me spiritus tuus duplex : ce qu'Elie lui accorda en lui donnant pour gage le manteau qu'il portait. Sans m'arrèter aux différents sens donnés par les interprètes à ce double esprit que reçut Elisée, je puis dire, ce me semble, que le zèle ardent et tout de feu qui fait le caractère du prophète Elie était double, parce qu'il avait deux vues différentes : l'une de rétablir le culte de Dieu en détruisant les idoles et en confondant leurs faux prophètes, et l'autre d'instruire et de cultiver un grand nombre de disciples pour défendre et faire observer la loi du Seigneur. C'est en quoi Elisée fut l'héritier de l'esprit d'Elie : car il a soutenu vivement les intérêts du Seigneur, sans crainte et sans respect humain, contre les puissances de la terre et les adorateurs des idoles, et ensuite il s'est occupé à réunir et cultiver les disciples dispersés qu'Elie avait formés, et qui étaient en grand danger d'abandonner entièrement le service du Seigneur, faute d'un ministre capable et éclairé qui les ramenât à leur première ferveur par ses discours et ses exemples. C'est par-là qu'on voit que le B. Jean de la Croix a été un autre Elisée, zélé pour le culte de Dieu et pour les observances de l'ordre du Carmel, qu'il voyait ralenties par le relâchement qui s'y était peu à peu introduit. Obsecro ut fiât in me spiritus tuus duplex.

1 Job]. — Comme l'or est éprouvé dans la fournaise, le juste Test dans les tribulations. C'est là que paraît la fermeté de la vertu, la solidité de l'amour pour Dieu, la grandeur du courage, l'espérance dans les biens à venir promis à ceux qui souffrent. Il est aisé d'être à Dieu quand il ne donne que des consolations ; mais c'est l'effet d'une sagesse consommée de dire à Dieu, comme Job affligé : Dominus dédit, Dominus abstulit : sictit placuit Domino, ità factum est. Le B. Jean de la Croix, plus illustre par ses souffrances que par ses ravissements, marque à Dieu son amour dans l'abaissement où il est réduit aux yeux des hommes. Comme Job, il est frappé d'une maladie semblable à un ulcère ; ceux qui le traitaient ne soutiraient qu'avec peine l'infection qui sortait de cette plaie universelle couvrant tout son corps. Quelle fut la joie de cette sainte âme! Se souvenant que Jésus-Christ avait été frappé comme un lépreux, et abandonné de tous, il était ravi d'avoir ce trait de ressemblance avec son divin Maître; et, comme on ajoutait de nouvelles plaies par des reproches continuels à ses premières plaies, il bénissait le Seigneur, et ceux qui l'exerçaient devenaient le grand objet de sa tendresse, parce qu'il les regardait comme les ministres de la justice de Dieu, qui achevaient de purifier son âme, disant qu'ils le rendaient conforme au Seigneur, qu'ils étaient comme le ciseau entre les mains du souverain ouvrier, qui taille les pierres vivantes destinées à entrer dans l'édifice de de la céleste Jérusalem.

Numquid considerusti scrvum mewn Job, quod non sit ei similis in terra ? Quand Dieu proposa au démon son serviteur Job comme le modèle d'une vertu incomparable, et qu'il lui demanda s'il avait bien considéré la simplicité et la droiture de son cœur, c'est comme s'il lui eût reproché la jalousie dont il était transporté contre ce juste, sur lequel il n'avait aucun pouvoir, parce qu'il craignait le Seigneur et qu'il avait un grand soin de s'éloigner du mal. Dieu n'eût-il pas tiré un semblable avantage contre Satan s'il lui eût reproché comme on peut croire qu'il l'a fait, les mauvais traitements qu'il avait fait souffrir à notre bienheureux en suscitant contre lui ses suppôts, qui le mirent dans un cachot obscur. Le spectacle de ce saint emprisonné par ses propres frères, dont il voulait redresser la conduite, n'est-il pas digne de l'attention du ciel et de la terre ? Job, sur son fumier comme sur un théâtre, fut le vainqueur de Satan : et Jean de la Croix, accablé d'injures, dans l'obscurité d'une prison, est victorieux de toutes les puissances de l'enfer. « Je préfère, dit S. Jean-Chrysostônie, les chaînes de Paul à son ravissement au troisième ciel ; il est plus glorieux dans sa prison que dans les extases. » Le B. Jean de la Croix est plus digne d'admiration dans ses liens et dans l'accablement de ses souffrances que dans ses ravissements. En effet, quand est-ce que Dieu a tiré avantage de la vertu de Job? Est-ce dans le temps de sa prospérité qu'il a dit au démon : Numquid considerâsti servummeum

Job ? N'est-ce pas dans le temps de ses afflictions ? C'est aussi dans ce temps que Dieu tire une gloire particulière du B.Jean de la Croix plongé dans l'amertume et dans l'affliction.

APPLICATIONS DE QUELQUES PASSAGES DE L'ÉCRITURE

Vas clectionis est mihi iste (Act. ix). — Jésus-Ciiuist lit connaître par ces paroles, au saint prêtre Ananie, la grandeur future de Paul, et que, au lieu qu'il ne donnait aux autres son esprit que par mesure, il le donnerait à celui-ci avec plénitude : Va» clectionis est mihi iste ; que, au lieu qu'il partageait ses dons, accordant aux uns le don d'intelligence, aux autres le don de science, à celui-ci la vertu de pénétrer les plus profonds mystères, il les réunirait dans Paul comme dans un vase d'élection. Le B. Jean de la Croix n'a-t-il été recommandable que par quelque don particulier? Toutes les vertus et tous les dons n'ont-ils pas été renfermés dans ce saint comme dans un vase d'élection? Si nous considérons la pureté inviolable, ne le mettrons-nous pas au rang des vierges qui suivent l'Agneau partout ? Si nous le considérons comme le premier de tant de religieux qui embrassent la réforme par son exemple, ne le compteronsnous pas parmi les patriarches ? Si nous considérons ses austérités et la manière saintement cruelle dont il accable son corps, ne l'appelleronsnous pas un martyr? A considérer son grand zèle, son dépouillement de tous les biens, son amour pour la pauvreté, on l'envisagera comme un apôtre qui, après avoir pratiqué les conseils évangéliques, enseigne aux autres à les pratiquer. Enfin c'est un docteur, par ses savants ouvrages; c'est le maître de la vie spirituelle, personne n'en ayant mieux écrit ; c'est un séraphin par le feu qui le dévore, un nouveau thaumaturge par le grand nombre de ses miracles, un prophète qui prévoit l'avenir : en un mot, c'est un vase d'élection en qui Dieu a mis tous ses dons.

Sortitus'est animam bonam : Il a eu en partageune bonne âme (Sap. vm). — C'est un grand avantage pour la vertu d'avoir reçu des inclinations heureuses, naturellement portées au bien, le pratiquant sans contradiction, et même avec plaisir; concevant de l'horreur pour le vice, et en ayant d'autant plus de haine qu'il est plus grand et plus autorisé ; ne se servant de ses lumières et de son jugement que pour faire de nouveaux progrès dans la science des saints. Tel a été le B. que nous hono rons. Son esprit était naturellement vif et pénétrant, ne s' arrêtant qu'à de grands objets; Dieu lui avait donné un jugement solide et un grand courage que rien ne rebutait quand il s'agissait de son salut; lorsqu'il

entreprit la réforme de son ordre, les obstacles nourrissaient son zèle au lieu de le ralentir. De si riches qualités le rendaient propre à aimer la vérité, à la chercher et à la suivre ; elles furent le fondement de ces tanières et de ces vertus qui ont édifié et éclairé l'Eglise. Son corps ci Bon âme, purifiés par la mortification, dégagés des sens et de tout ce qu'ils ont de grossier et de terrestre, le mettaient en état de jouir de la vérité sans dissipation. Aussi prit-il son vol et s'éleva-t-il de temps en temps comme un jeune aiglon pour essayer à regarder la lumière jusque dans sa source, et, par les communications qu'il eut avec Dieu, il se remplit de cette doctrine qui fait l'admiration des plus spirituels. Quand ou vient à chercher quelle est la première source de cette élévation, on la trouve dans les bonnes inclinations que l'on apporte en naissant, et qui sont comme des semences qui, se développant dans la suite de l'âge produisent de si grands fruits ; mais il faut toujours supposer que c'est la grâce qui les perfectionne, qui les élève et qui les cultive.

Mirabilis Deus ta sanefis suis (Psalm. 67). — Tous les saints sont les ouvrages de la grâce; comme S. Paul, ils doivent dire : Ce que je suis, je h tiens de la grâce de Dieu. A lui seul gloire soit rendue ! lui seul doit être loué et admiré dans les saints: MirabilisDEVs insanctis suis. Ces louanges et ces sentiments d'admiration doivent redoubler à mesure que la sainteté des serviteurs de Dieu est plus grande, leurs dons plus éminents, leur vertu plus rare. Quelles louanges ne devons-nous donc pas aux miséricordes du Seigneur d'avoir produit, dans un siècle relâché, un saint admirable par ses connaissances sublimes, qu'il semble avoir puisées jusque dans le sein de Dieu ; qui paraît ne parler que le langage] des plus sublimes intelligences : admirable dans la route qu'il prend pour aller à Dieu, par une oraison sublime qui a peu d'exemples, dans les siècles passés ; admirable par ces excès d'amour et de charité dont son âme est ordinairement transportée, par des visions prophétiques, par la connaissance des secrets des cœurs. Mais est-ce ce bienheureux qui doit être loué? n'est-ce point vous, Seigneur, auteur de tous ces dons, de toutes ces connaissances, qui devez être reconnu admirable dans votre saint ? Mirabilis Deus in sonctis suis. Imitant la conduite de ce grand serviteur de Dieu, qui faisait remonter à leur source les louanges qu'on lui donnait, et qui ne conservait pour lui que les mépris, nous vous reconnaissons comme le Père des lumières et la source de tous les dons parfaits qui ont brillé dans ce grand saint. Mirabilis Deus insanctis suis.

Mortuicstis, et cita vestm abscondita estcum Christ o mDEO. (Colos. m). — Mourir et vivre avec Jésus-Christ, mourir au monde et vivre en Dieu, c'est, au sentiment de l'Apôtre, la profession de tous les chrétiens, parce (pie, ayant été baptisés dans la mort et dans le sang du Fils de Dieu, il est juste qu'ils se remplissent de son esprit, et qu'ils mènent une vie

conforme à la sienne, détachée des sens, libre des passions de l'âme, tonte pure, toute céleste. Mais cette vocation, générale pour tous les chrétiens, devient la vocation particulière de ceux qui aspirent nonseulement à la sainteté, mais à la perfection de la sainteté. Telle fut la vocation du B. Jean de la Croix, dont l'Église vous présente aujourd'hui les vertus. Dans un âge glissant, il ne s'est échappé en rien, parce qu'il a conçu de bonne heure qu'il était mort en Dieu, et qu'il devait s'appliquer à y mourir davantage en vivant en Jésus-Christ: Mortui estis, et vita vestra obscondita est cum Christo in Deo. Vous ne voyez point Jean de la Croix avec les jeunes gens de son âge : Dieu est son partage: il n'a déjà d'autre vue que celle du ciel, d'autre exercice que la pénitence dans un temps où Ton croit être obligé de s'en dispenser, d'autre exercice que l'oraison dans un âge où à peine connaît-on le nom d'oraison; point d'autre espérance que son salut, dans une saison où le monde est le seul objet de l'espérance de la jeunesse : parce que ce saint sentait les grands desseins de Dieu sur lui, et que, voulant y être fidèle, il s'accoutumait à mourir à lui-même, et à ne vivre qu'en Jésus-Christ. Mortui estis, et vita vestra, etc.

( 'astigâsti me} et eruditus mm : Soigneur, en me châtiant vous m'avez instruit. (Jer. xxxi .) — D'où croyons nous que Jean de laCroix atiré ce fonds de lumières qui nous éblouissent, et qui paraissent plutôt divines qu'humaines plutôt accordées par infusion et par révélation, qu'acquises par l'étude? A quelle école a-t-il appris à aimer Dieu dans toute l'étendue ducommandementdel'Evangile,etpar quelle méthode a-t-il su l'art de brûler sans cesse de ces ardeurs divines qui s1 exhalant par ses soupirs et dans ses paroles, marquaient la grandeur et la violence de sa flamme ? Par quelle voie a-t-il mérité ces richesses spirituelles, ces délices intérieures, cette union intime avec Dieu, cette transformation en Dieu, qui, l'élevant au-dessus de lui-même, le faisait voler dans le sein de la Divinité ? Il avait appris cette science divine dans l'obscurité de sa prison ; ses persécutions l'avaient instruit, et avaient mérité de Dieu tant de lumières : comme autrefois Dieu visita S. Pierre dans sa prison, et fit de grands prodiges pour l'en délivrer, en éclairant l'obscurité de son cachot par une lumière céleste : Lumen nfuhit in iiabitaculo. C'est dans le temps de l'affliction que l'on est plus en état de recevoir les dons du Ciel. Jamais le B. Jean de la Croix ne reçut plus de lumières, n'eut plus de saintes délices, que dans le temps où il était le plus accablé de douleurs, parce que Dieu, remplissant la vérité de ses paroles, donne toujours une mesure de consolation proportionnée à la mesure des afflictions, et qu'il rend la vertu plus parfaite par les épreuves par où il la fait passer.

Congregate vos in domum disciplina?: Assemblez-vous dans une maison où on garde l'ordre et la discipline. (Eccl. 51) — Il ne suffisait pas au

zèle du B. Jean Je la Croix de porter la vertu au plus haut degré de la perfection, il essaya aussi d'y porter les autres en Rappliquant à réformer son ordre et à réparer les brèches que le temps y avait faites. Car telle est la condition déplorable des choses humaines: les plus saints établissements perdent toujours quelque chose de leur pureté à mesure qu'ils s'éloignent de leur source : semblables aux rivières, dont les eaux sont claires en remontant au lieu d'où elles naissent, mais, qtfand elles s'en éloignent, on les trouve chargées de beaucoup de limon qu'elles entraînent avec elles. Le temps avait emporté une partie de la force et de la ferveur qui avait régné avec tant d'édification dans les maisons consacrées à la pénitence. La foi se ralentissait, et la discipline n'était plus dans ces saints établissements au point de régularité et de vigueur de leur institut; il s'y était fait un mélange du monde et de la religion, de la cupidité et de la charité, des affections séculières et des obligations religieuses. Jean de la Croix est suscité de Dieu, comme un nouveau fondateur d'ordre, pour renouveler la ferveur d'un si saint institut, pour le ramener au point de sa première vocation, pour rallumer ce feu divin que Tesprit du siècle y avait presque éteint. Mais comment entreprendt-il ce grand ouvrage ? C'est en faisant voir en lui-même le premier esprit du fondateur. Il commence à parler par les œuvres et par les exemples, nombre de religieux défèrent à ses volontés, et on voit aussitôt autant Ae véritables copies du saint fondateur qu'il y a de religieux.

Qui non bajulat crucem suam non est mé dignus. (Lucse xiv). — Soyez attentifs à ces paroles, gens du monde, qui vivez dans la mollesse, qui faites succéder un plaisir à un autre, à qui il faut des personnes à gages pour inventer de nouveaux plaisirs plus piquants que les premiers, parce que votre goût est émoussé par le grand usage et par la fréquente habitude ; soyez attentifs à ces paroles de Jésus-Christ, et comparez-les à votre vie molle ! C'est là votre règle, et vos mesures doivent y être conformes. Que si vous sortez de la règle, vous n'êtes plus dans l'ordre, et vous irez dans ce lieu où il n'y a qu'horreur et confusion. Osez-vous dire que l'Evangile est dur, que le joug qu'il impose est pesant, que la nature n'a pas assez de force ? lisez ici votre condamnation : car vous allez voir que c'est la volonté qui vous manque, et non pas le pouvoir. Le B. Jean de la Croix, avec un corps aussi sensible et aussi délicat que le vôtre, portait le jeûne jusqu'à ne manger que du pain et ne boire que de l'eau. Voyez quelle a été la dureté de ces chaînes de fer, combien de fois il maltraita son corps par de rudes disciplines, ne quittant jamais son cilice, portant une robe de jonc qui lui couvrait tout le corps, et le lui déchirait par les pointes dont il était hérissé. Vous êtes effrayés quand on vous dit que ce saint marchait pieds nus sur la neige et sur la glace ; mais accusez votre lâcheté comme la source de votre étonnement ; considérez, comme l'a fait ce saint, que votre corps est votre plus grand T. XVII. 17

ennemi, qu'il vous fera une guerre cruelle si vous ne le réduisez en servitude : et alors vous comprendrez qu'il faut porter sa croix pour suivre Jésus-Christ, ou qu'il faut vieillir sous l'esclavage du poché. Qui ion bajulat crucetn sitam non est me dignus.

§ iv.

Passages et Pensées des Saints Pères

qui peuvent être appliqués aux vertus et aux actions

de ce Saint.

1/le in charitate Dei est perfection qui ad ejua nrnortm plurea convertit. A.ugust. 07,

m Juauu.

Sicut Chrisfus graviorem non potest pati persecutionem quàm ut quis verbo et exemplo animas sin sanguine tiberatat ab ipso avertat, sicgratiorem honorât lonem impendere ei non valemus quant nui/uns déviantes convertendo adipsum.h\. lbid.

Accendi ego luminaria in cœlo: accende tu illis cluriora. Nàm potes, fus qui ,n errore auut, lumen veritatû atxendere;hominem facere non potes, at justum gratumque Deo vales. Vide, quàm te diligam, qui majora tibi fadendi tribut potestatem. Chrysosl.in Gènes.

Patientiœ et mansuetudinis exercitium in

tribus consistit : in verborum injuriis, in damnisrerum, in a-rporis lœsione. Bernard. in Purifie B. Virg.

Patientis injuste rnelior conditio est quàm facientis. August. ia Ps. 50.

Verum humHem patientia ostendit injuria?. Id. Epist.

Justus accusatus tacet, lœsus rejnit fit, dissimulai lacessitus. Ambros. in Ps. 37.

Verus humilisnon vult humilis prœdicari, sed vilis reputari; nec reputai so/ùm quàm

Celui-là aime Dieu d'un plus parfait amour qui convertit un plus grand nombre d'âmes en leur inspirant un plus grand amour du Seigneur.

Gomme Jésus-Christ ne peut souffrir une plus grande persécution que de la part de ceux qui , par leurs exemples et leurs paroles, perdent les âmes rachetées de son sang, ainsi, nous ne pouvons lui rendre un service plus agréable que de ramener à lui les âmes

J'ai allumé des feux dans le oie! : allumez-en de plus brillants. Car vous pouvez répandre la lumière de la vérité dans l'esprit de ceux qui sont dans les ténèbres de l'erreur ; vous ne sauriez créer un homme, mais vous pouvez le rendre juste et agréable à Dieu. Voyez combien je vous aime, puisque je vous ai donné la puissance de faire de plus grandes choses que moi.

La patience et l'exercice de la douceur consiste en trois choses ; souffrir les paroles outrageuses, la perte des biens , les blessures et les mauvais traitements.

La condition de celui qui souffre patiemment une injustice est préférable à celle de l'agresseur qui la fait.

La patience dans les injures fait connaître la véritable humilité.

Le juste accusé garde le silence ; offensé, il pardonne; attaqué, il souffre en paix.

Celui qui est véritablement humble ne veut point être estimé tel, mais méprisé;

vilis $it in prwscnti. sedqvàm ri/is etiam il ne regarde pas seulement combien il esse possit. Bernard. 16 in Gantic. esl vil dans le moment présent, mais

combien il pourrait le devenir.

Nemo dicat quàdlemporibusnostrismar- Que personne ne dise qu'il ne peut y tyrum certamina esse non pnssunt: hubet avoir des martyrs en ces temps de paix enim et pax nostra martyres suos. Nàm la paix a ses martyrs. Réprimer la coiracundiam omeere, ttbidinem fugere, jus- 1ère, fuir les plaisirs, garder la justice, titiam cudod're, avaritiam contemnere, su- mépriser les biens de la terre, humiperbiamhumiliare, magna pars est martyrii. lier l'orgueil, c'est une espèce de mar- Au-rust. Serm. 250. de temp. t\re, ou plutôt c'en est une grandi-

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