IV
Judias tribunal est in mente tuâ : sedrt iln lu [ -, adest accusatrix conscientiâ; tortor timor. August. in Ps. 57.
Quitquit non fadi quod débet, fine
mauvaise conscience ? N'est-il pas plus à craindre que la mort, que la perte des biens, que l'exil, la maladie, et la plus sensible douleur?
L'éclat d'une vie vertueuse est tel, que le seul repos de la conscience et l'assurance qu'on peut avoir de son innocence peuvent rendre la vie heureuse.
Quel jugement plus sévère que celui que la conscience nous rend intérieurement, par lequel on se sent coupable et on se condamne soi-même ! Tout choque celui qui ne peut se souffrir luimême ; il est son accusateur et son témoin ; celui-là ne sait où fuir qui se poursuit lui-même.
La bonne conscience vous donnera plus de joie et de consolation, dans vos tristesses, que la mauvaise dans les délices.
Vous l'avez ainsi ordonné, Seigneur !
toute affection déréglée fait elle-même son tourment.
Tout méchant est son propre ennemi.
C'est une nécessité qu'il soit lui-même son tourment : car celui qui sent les remords de sa concience fait lui-même son supplice ; il peut fuir et éviter la colère d'un ennemi ; mais où ira-t-il pour se fuir lui-même ?
Une mauvaise conscience ne peut espérer aucun bien.
Les éloges qu'on donne à un méchant homme ne guérissent pas les plaies de sa conscience, comme le blâme et les injures ne blessent point une conscience sans reproche.
Qu'y a-t-il de plus doux et de plus agréable qu'une bonne conscience? Si elle est mauvaise, elle pique cruellement, tout devient amer.
Quand Dieu exercera sa qualité déjuge souverain, il ne sera pas besoin d'autre témoin que de votre propre conscience.
Entre le juste juge (qui est Dieu) et votre conscience, vous n'avez à craindre que votre cause.
Il n'y a rien que vous ne puissiez fuir et éviter, hors votre conscience; vous ne pouvez trouver d'asile en vous-même contre ses poursuites, si vous sentez les morsures du péché.
Le tribunal du souverain juge est dans votre lime; Dieu y préside en celte qualité ; votre conscience est accusateur; le bourreau, c'est la crainte.
Quiconque ne fait pas ce qu'il devrait
coxscin.Nc.E.
intervallo palitur quod débet, quonïàm tinta est bcatitudo juslitiœ , ut nemo ab eâ ad miseriam possit abscedere. Id. III De lib. arbitr. 15.
Irœ divinœ inchoatio est quod hic patitur peccator. Id. in Ps. 6.
Potest obtenebrari conscientia, quia non est Deus ; extingui non potest, quia à Deo est. Tertull.
Omne nxalum aut timoré aut pudore natura perfudit. Id. Apolog.
Nullus est qui, dùm operatur malum, bonum adesse putat; sed ocasiones /mgit : cœrterùm, Me, etsi verbis fortassis crimen diluât, conscientiam tamen ipse quam effugere nequaquàm potuerit.
Chrysost. Honiil. 5 in II Thnoth.
Nemo prœtextat quod ignorans virtutem negligat : sufficientem enim magis- Irum habemus conscientiam. Id. Homil.
54, in Gènes.
Conscientia peccati formidinis mater.
Chrysost. in Ps. 50.
Quemadmodùm seipsum nemo potest effugere, ità nec illarn interioris ejus curiœ sententiam. Id. ad popul. Antioch.
Hoc tribunal non pecuniâ corrumpitur, non adulationibus acquiescit, eb quod divinum est et a Deo nostris impositum cervicibus. Ibid.
Peccator conscientiam quasi carnificem circumgestat, se laniantem, flagellantem perpétua. Id. serm. 1, de Lazaro.
Judicem in animo perpetub vigilantem et attentum constituit Deus. Chrysost. serm. 4, de diversis.
Conscientia domesticum et verum tribunal. Gregorius Nazianz.
Jnfernus quidam est carcer aniwœ rea conscientia est. Bernard, serm. 23 in Cant.
0 felix conscientiœ persistas! 6 felix sanctœ conscientiœ jucunditas ! Id.
Sicut rivus, quoeumque fluit, terram cavat, ità conscientia mala rodere occulté mentem non cessai. Id. II De Considérât.
Magnœ divitiœ bona conscientia : et rêvera quid in rébus ditius vel dulcius ? quid in terra quietius atque securius ?
faire souffre bientôt ce qu'il a mérite ; mais le bonheur dont on jouit pour récompense de la justice est tel qu'on ne peut le perdre.
Ce que le pécheur souffre ici-bas de sa conscience est le commencement de ce que la colère divine lui fera souffrir un jour.
On peut obscurcir sa conscience et diminuer ses lumières, parce qu'elle n'est pas Dieu même; mais, parce qu'elle vient de Dieu, on ne saurait l'éteindre tout-àfait.
La nature a répandu la honte ou la crainte sur tout ce qui est péché.
Personne, en commettant le mal, ne croit que le mal soit un bien ; ou cherche seulement des prétextes pour l'excuser : mais si on ne peut faire en sorte de s'en disculper, on ne pourra pas, pour cela, éviter les reproches de la conscience.
Que personne n'apporte* pour prétexte l'ignorance du bien qu'il a négligé de faire : car nous avons au-dedans de nous la conscience, qui est un maître capable de nous instruire de nos devoirs.
Les reproches de la conscience font naître la crainte.
Comme personne ne peut se fuir soimême, ainsi on ne peut éviter l'arrêt que cette cour souveraine et intérieure a porté.
Ce tribunal ne se corrompt point par argent, il n'accorde rien à la flatterie, parce que c'est un tribunal divin, établi de Dieu pour nous juger.
Le pécheur porte avec foi un bourreau qui ne cesse jamais de le déchirer et de le tourmenter intérieurement.
Dieu a établi dans notre âme un juge toujours vigilant et attentif à tout ce qui se passe en nous.
La conscience est un tribunal domestique où l'on ne peut déguiser la vérité.
Une conscience, qui se sent coupable est, à elle-même son enfer et sa prison.
0 l'heureux sort d'une conscience pure ! ô la solide et agréable joie d'une conscience sans crime !
Comme un ruisseau creuse la terre où il coule, la mauvaise conscience ne cesse de ronger intérieurement une âme crimia nelle.
Une bonne conscience est un trésor rempli de richesses. En effet, qu'y a-t-il de plus précieux et de plus agréable?
Bona conscientia damnum rerum non metuit, non verborum contumeIias,non corporis cruciatus. Id. Epist. 373.
Bona conscientia secura erit cùm corpus monetur, secura cùm anima coram Deo prœsentabitur , secura cùm utrumque, in die judicii, antè tribunal terrificum justi judicis statuetur. Id. De interiori domo, 23.
Quis ma gis mortuus est eo qui portât ignem in sinu, peccatum in conscientia, nec sentit, nec excutit, nec expavescit ! Jd. De considérât.
Sufficit, adversùm os loquentium iniqua, opinio bonorum cum testimonio conscientiœ. Id. in Cantic.
[Sicut probis probiias ipsa fit prœmium, ita improbis nequitia ipsa supplicium est. Boëtius, 1. 4 de consol. Philos.]
Omnia fugerc poterit homo. prœter cor suum : non enim potest a se quisquam recedere : quocumquè enim abierit, reatûs sui conscientia illum non derelinquit. Isidorus, in Syn.
Conscientia accusât de prœterito, remurmurat de prœsenti, prœcavet de futuro. Bonavent. II Comp. 5.
Nulla pœna gravior pœnâ conscientiœ ; vis nunquam esse tristis? benè vive : secura mens tristitiam sustinet, bona vita semper gaudium habet : conscientia autem rei semper in pœnâ est. Isidorus.
Liber signatus et clausus, et in die judicii aperiendus. Hugo Card. II. De anima.
Si gaudium est in mundo, hoc utiquè possidet puri cordis homo; et si alicubï tribulatio et angustia, hocmelins novit mala conscientia. Imit. Christi, n, 4.
Iniolèrabilis cruciatus. HugoàS.-Vict.
Dt! infiT. ddtnô.
Wleriqup famam , conscientiam autem pauci vercntur. Beneoa, De moribus.l
ftvlliim conscium prccatorum tuorum maq)s timuéfU quhm te ipsum. Id.
0 te nnserum, ai contemnis hune testem! Id.
y a-t-il au monde un repos et une tranquillité qui lui soient comparables? Une bonne conscience ne craint ni la perte des biens, ni les reproches, ni les plus cuisantes douleurs.
Une bonne conscience sera en assurance quand l'âme se séparera du corps, quand Pâme sera présentée au tribunal de Dieu, et quand l'un et l'autre paraîtront au jugement terrible du juste juge.
Qui est plus véritablement mort que celui qui porte du feu dans son sein, c'est-à-dire le péché dans sa conscience, qui ne le secoue point et qui n'appréhende rien?
Contre les mauvais discours et les traits de la médisance, il suffit d'avoir pour soi l'estime des gens de bien, unie au témoignage de notre conscience.
[Comme la probité des gens de bien est déjà une partie de leur récompense, de même la malice des méchants est un supplice anticipé.]
Un homme criminel pourra fuir tout le reste, mais non son propre cœur : nul ne peut s'éloigner de soi-même, et, en quelque lieu qu'il se retire, le souvenir du péché la suivra partout.
La conscience accuse le passé, se plaint et murmure du présent, et se précautionne pour l'avenir.
Il n'y a point de plus cruel supplice que celui d'une mauvaise contecience.
Voulez-vous n'avoir jamais de tristesse?
vivez bien. Une âme constante supporte la tristesse; mais celui qui vit bien est toujours dans la joie, pendant que la conscience du criminel le met continuellement à la torture.
La conscience est un livre fermé et scellé qu'on ouvrira au jour du jugement.
S'il y a quelque joie dans le monde, c'est l'homme au cœur pur qui en jouit ; et s'il y a quelque part de la tristesse et de la peine d'esprit, personne ne la connaît mieux que la mauvaise conscience.
Le tourment de la mauvaise conscience est un insupportable supplice.
[Plusieurs craignent pour leur réputation, mais peu appréhendent le jugement de leur conscience.]
Ne craignez pas de plus fâcheux témoin de vos erimea que vous même.
Que votre malheur est grand, si vous méprisez le témoignage de votre conscience !
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Mullum theatrum virtuti conscienliâ 11 n'est point pour la vertu de plus majus est. Cicero, 11 Tuscul. Id, grand théâtre que la conscience elle-
même.
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Ce qu'on peut tirer de la Théologie.
[iMotion el définition]. — Il est assez difficile de donner une définition exacte et régulière de la conscience, que Ton confond ordinairement avec la syndérèse, et qui, en effet, ne semble guère en différer que de nom. S. Thomas néanmoins ne les confond pas : il dit que la syndérèse est une lumière naturelle, qui incline à faire le bien et à fuir le mal : il ne veut pas que ce soit une puissance, telle qu'est l'entendement et la volonté, mais une habitude par laquelle nous connaissons les premiers principes des choses qui sont à faire de notre part. Et il ajoute que la conscience est proprement un acte, et une application de notre science à quelque objet particulier, laquelle nous fait juger s'il est bon ou mauvais, s'il le faut fuir ou rechercher, et nous donne sur le passé un bon témoignage, ou bien nous cause des remords. (I Quœst. 79, art. 12).
Le commun des théologiens, par ce mot de conscience, entend le jugement que notre esprit porte, et que la droite raison dicte, de ce qu'il faut faire, ou de ce qu'il faut fuir, dans les occasions qui se présentent, jugement qui doit nous servir de guide et de règle pour nous déterminer. Quelques-uns disent, en mains de mots, que c'est « un acte de l'entendement par lequel nous jugeons ce qu'il faut faire, ou de quoi il faut s'abtenir, dans les rencontres où l'homme doit agir. » Sans chercher une juste définition, les Pères et les prédicateurs ont recours aux comparaisons qui peuvent donner quelque idée de ce qu'on demande. On dit que la conscience est un livre dans lequel une main invisible écrit nos péchés, à mesure qu'ils se commettent. On ajoute, que c'est un dieu domestique, ou du moins un souverain qui relève immédiatement de Dieu ; elle est audessous de Dieu, mais au-dessus de l'homme; elle tient dans nos cœurs la place de l'Être infini, elle parle en son nom, elle y soutient ses droits, elle y exécute ses jugements. J'aimerais mieux dire, selon le sentiment du prophète royal, qu'elle est une participation de la loi éternelle, parce que cette lumière, qui nous découvre intérieurement le vrai et le faux, et qui, pour fournir à la volonté la matière qui lui convient, nous indique encore le bien et le mal, est un écoulement de cette loi éternelle, que Dieu a imprimée dans le fond de nos cœurs: Signatum est super nos lumen vullûs tui.
[Effets ou offices de la conscience]. — La conscience juge de toutes les actions déjà accomplies, et c'est de là que naissent les remords ou la tranquillité de l'âme : car cette conscience, lui faisant faire réflexion sur sa conduite, décide si ces actions sont justes ou légitimes. D'un autre côté, elle fait remarquer que celui qui viole la loi de Dieu, et qui n'en fait pas pénitence, sera un jour condamné et puni de l'infraction de cette loi. Elle connaît le fait et le droit ; elle fait sentir au cœur criminel qu'il a violé cette loi divine, et que sa pénitence est faible, ou peut-être qu'on n'a pas encore commencé à la faire. Alors elle prononce que l'âme est criminelle, exposée à la condamnation.
[Deux sortes de consciences]. — On peut distinguer avec S. Bernard deux sortes de conscience. « Il y a, dit-il, une bonne conscience, et il y en a une mauvaise. La bonne conscience, ajoute-t-il, doit être encore divisée en deux espèces, aussi bien que la mauvaise : car il y a, poursuit ce Père, une bonne conscience troublée et une bonne conscience tranquille, comme il y a une mauvaise conscience inquiète et agitée, et une mauvaise conscience paisible et endurcie. » A quoi l'on peut ajouter d'autres divisions : car il y a une conscience erronée, fausse et trompée; il y en a une douteuse, qui ne peut se résoudre et se déterminer lorsqu'il faut agir ; une scrupuleuse, qui craint ou qui se persuade qu'il y a du péché en tout ce qu'elle fait : une endurcie, que l'Apôtre appelle cautérisée, qui ne sent plus aucun remords.
[Jamais permis d'agir contre la conscience]. — Si nous en croyons les conciles, les SS. Pères, tous les docteurs, il n'est jamais permis d'agir contre le jugement intérieur de sa propre conscience, quand même il serait erroné ou douteux : Non licet operari ex conscienliâ vel errante vel dubiâ. (Concil. Lateran. Can 41). Et il n'arrive que trop souvent que ce qui n'est pas péché de soi le devient par accident, quand on le croit tel et qu'on s'y engage.
[D'où vient l'erreur de la conscience]. Il y a plusieurs et différentes causes de l'erreur de la conscience. Les principales sont : — l°.La simple ignorance, quand on est persuadé que ce qui est mal en soi est bien fait, ou que ce qui est bien est mal; — 2°. La négligence, quand on ne veut pas se donner la peine de s'instruire de ses devoirs et de ses obligations, ou des choses qui nous feraient éviter le péché; — 3°. L'orgueil, quand on ne veut pas soumettre son jugement à des personnes plus sages et mieux instruites; — 4°. L'amour déréglé de soi-même: ce qui a fait dire àSénèque: Périt omne judicium, si res transieril in a/feclum.
Ce sont les mêmes causes dans la fausse et dans la mauvaise conscience. On méconnaît ses devoirs, et on veut les méconnaître; c'est ignorance et tuilic : ou bien on néglige de les connaître, on suit BOD Inclination et BOO
penchant; l'ignorance cache le péché, la coutume l'autorise, la passion le justifie: et toutes ces choses concourant ensemble, on ne fait presque aucun scrupule des plus grands crimes. On veut que ce que l'on fait soit juste, et non-seulement on suit son inclination, on veut encore croire qu'on peut la suivre ; on détourne son esprit de ce qui pourrait lui faire connaître la vérité, et on l'applique à tout ce qui peut l'altérer. Bien loin de consulter les gens habiles et désintéressés, on se consulte soi-même, et ce que, par une maligne critique, on ne pardonnerait pas aux autres, on l'excuse et on le justifie en soi, par une molle indulgence.
Quoique la conscience fausse et erronée naisse ordinairement de la dépravation et de la corruption du jugement, cependant l'habitude y contribue beaucoup, parce qu'elle fait qu'un pécheur s'endort dans le péché et ne le connaît plus. Au commencement, la raison ne manquait pas de faire voir que ce contrat était usuraire, que cet intérêt était défendu, que cette liberté n'était point permise, qu'on ne pouvait s'engager dans cette affaire sans péché ; la conscience d'abord faisait de grands reproches ; mais, depuis qu'on s'y est accoutumé, on ne les tient plus pour péchés, on les excuse, on les défend. Ce pécheur n'a point d'études ; néanmoins, sur le chapitre de sa passion, il fait le théologien, et dispute contre ceux qui l'avertissent charitablement de son devoir.
[Remords de la conscience]. — C'est un sentiment vif que celui que Ton a de son péché et de la justice vengeresse de Dieu, lorsque toute l'horreur du crime se découvre à nos yeux. On voit la peine qu'il mérite, on conçoit un Dieu tout-puissant, juste, vengeur, qui nous poursuit, et jusqu'où il pourra pousser sa rigueur. Dans cette vue, comme on se sent intérieurement coupable, on craint d'être surpris par la mort. Ces remords ne sont pas toujours si violents; autrement ils troubleraient trop une âme, et seraient par-là inutiles pour la conversion des coupables ; mais toujours le péché paraît affreux, la justice de Dieu toujours terrible. Le cœur, ému, se fait des reproches sur toutes les circonstances de son péché, et alors la crainte l'emporte bien encore, mais il reste au fond de l'âme quelque espérance de miséricorde, qui la soutient et qui l'empêche de tomber entièrement dans le désespoir.
a Remarquez, dit S. Augustin, que la réprobation suit de près ces pécheurs qui vivent sans remords. Quand le péché laisse quelque scrupule et quelque trouble dans l'âme, c'est une marque que l'on n'est pas endurci; mais, quand on vit dans une profonde paix, sans craindre la mort et la damnation éternelle dont on est menacé, c'est alors qu'un pécheur entraîné par ses passions court à sa perte et à son dernier mal-
[L'insensibilité de la conscience]. — Il est vrai, et nous devons toujours le remarquer, Dieu ne cherche pas expressément à nous entretenir dans cette
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insensibilité de conscience et dans ce fatal repos; il n'y contribue par aucun mouvement de sa part, non pas même en cessant tout-à-fait d'agir et de parler; mais, s'il agit, ce n'est plus qu'une légère action, qui n'est suivie d'aucun effet ; s'il parle, ce n'est plus que d'une voix faible, qui ne pénètre point jusqu'au fond de l'âme pour la réveiller; la grâce ne fait plus ni sur l'esprit ni sur le cœur de ces vives impressions qui persuadent l'un et qui gagnent l'autre. Dieu se retire, comme un médecin qui quitte son malade, après avoir épuisé ses soins auprès de lui, et qui, au lieu de le tourmenter davantage, le laisse plongé dans une mortelle léthargie.
Quand je remonte à la source, je trouve que cette intrépidité affectée procède, quoi qu'on ne le dise pas, d'une résolution secrète de demeurer où l'on en est, de tenir toujours la même conduite, de persévérer dans les mêmes habitudes, en un mot, de ne point se convertir, et pour cela d'éloigner de son souvenir tous les objets qui pourraient jeter dans l'âme quelques alarmes, de fermer les yeux à toutes les vérités de la foi, de ne s'instruire jamais de ses obligations, afin de se dégager du soin de les accomplir, de s'affermir enfin par cette ignorance étudiée contre tous les retours de la conscience.
Nos erreurs, nos désordres", nos égarements dans la voie du salut, viennent de ce que, outre la loi de Dieu, il y a encore une autre règle, d'où dépend la droiture de nos actions, que nous devons suivre ; ou plutôt de ce que la loi de Dieu, qui est la règle générale de toutes les actions des hommes, doit nous être appliquée en particulier, par une autre règle encore plus prochaine et plus immédiate, qui est la conscience.
Car qu'est-ce que la conscience? S. Thomas nous l'apprend en deux mois : « C'est l'application que chacun se fait à soi-même de la loi de Dieu. » Or, l'expérience nous montre que chacun se fait l'application de cette loi de Dieu selon ses vues, selon ses lumières, selon le caractère de son esprit, et même selon les mouvements secrets et la disposition présente de son cœur. D'où il arrive que cette loi divine, mal appliquée, loin d'être toujours dans la pratique une règle sûre pour nous, soit du bien que nous devons faire, soit du mal que nous devons éviter, contre l'intention de Dieu même, nous sert très-souvent d'une fausse règle, dont nous abusons et dont nous nous autorisons, tantôt pour commettre le mal, tantôt pour manquer à l'obligation la plus inviolable de faire le bien.
Dans l'ordre des choses, qui est l'ordre de Dieu, ce sont les désirs qui doivent être selon la conscience, et non pas la conscience selon les désirs. Cependant, dit S. Augustin, voilà l'illusion et l'iniquité à laquelle, si nous n'y prenons garde, nous sommes sujets. Au lieu de régler nos désirs par nos consciences, nous nous faisons des consciences de nos désirs; et, parce que c'est sur nos désirs que nos consciences sont fondées, qu'arrivot-il? Tout ce que nous voulons, à mesure que nous le voulons, nous devient et nous paraît bon : Quodciimt;,^1 volutnus bouton est.
On demande comment il arrive souvent qu'un pécheur est en repos dans son péché. Il est facile de répondre : c'est que son cœur est corrompu, c'est que son esprit est aveuglé, et c'est que Dieu, par cela même, le punit. Son cœur est corrompu, et dans cet état il ne sent rien de tout ce qui pourrait le troubler; son esprit est aveuglé, et, dans l'aveugle présomption qui le séduit, il ne voit rien de tout ce qui pourrait le détromper : enfin, Dieu le punit, et ce châtiment consiste à lui refuser et les lumières qui lui pourraient éclairer l'esprit et les grâces qui lui pourraient toucher le cœur.
On ne passe point tout d'un coup, ni sans peine, de l'innocence au crime, et d'une vie réglée au désordre. Aussi le pécheur, dit S. Bernard après Tertullien, n'est jamais tranquille dans les commencements de son péché; comme il a encore une conscience délicate et que les sentiments en sont vifs, le péché n'y porte encore son aiguillon qu'avec douleur. On craint, on délibère, on résiste; et la nature même, toute corrompue qu'elle est, répand dans l'âme une honte raisonnable qui nous donne horreur du mal, ou une frayeur salutaire qui nous en fait redouter les suites.
§ vi.
Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.
[Voix de la conscience]. — C'est une voix bien haute que celle de la conscience; c'est un reproche aussi inévitable qu'il est caché; c'est un témoin aussi irréprochable qu'il est domestique. « La nature a si profondément gravé la connaissance et la vérité d'un Dieu dans notre âme, dit l'éloquent Salvien, qu'il est impossible de l'effacer; » et il n'est quasi point d'homme, quelque impie et rebelle qu'il soit, qui, dans un danger imprévu, ne porte les yeux et les mains vers le ciel, pour implorer la faveur d'un Être toutpuissant qui a choisi les cieux pour y découvrir les richesses de sa gloire. {La Divinité défendue contre les athées).
Je demanderais volontiers, avec Tertullien, d'où vient que les pécheurs, ayant souvent étouffé pendant leur vie ces remords de conscience qui troublaient leur paix, ne peuvent, quoi qu'ils fassent, les étouffer à la mort. Car combien en voyons-nous qui, par une longue habitude dans le mal et un endurcissement contracté depuis plusieurs années, jouissent d'une fausse paix et vivent sans inquiétude et sans alarmes, et qui cependant, aux approches de la mort, tremblent, pâlissent et souffrent d'épouvantables inquiétudes! Le même Père en rend une admirable raison : c'est, dit-il, que l'âme, pendant la vie du pécheur, étant enveloppée de
ténèbres que ses passions et sa malice ont répandues dans son esprit, ne commence à développer (ce sont ses termes), à développer ce nuage que lorsqu'elle va quitter son corps : Erumpit in apertum, ad meram et puram lucem. Auparavant elle ne voyait rien, parce qu'elle ne voulait rien voir, qu'elle s'était rendue esclave de ses passions; mais, quand cette séparation va se faire, elle reprend sa liberté. (Joly, Prônes).
[Le pécheur troublé]. — Combien de fois cette pensée vous a-t-elle fait trembler dans le pécbé, lorsque, justifié par le suffrage des bommes que vous avez trompés, voire conscience vous a menacés de ce juge qu'on ne peut ni tromper, ni corrompre, ni éviter! Quelle peine n'avez-vous pas à étouffer cette voix secrète qui vous trouble au milieu des plaisirs, qui réveille votre crainte au moindre péril, qui vous fait trembler, et qu semble exécuter par avance l'arrêt qui sera prononcé contre vous? Cette pensée, qu'il faut mourir, repos et consolation du juste, fait le supplice et la terreur du mécbant. Si ce n'est pas une impression de la lumière naturelle, pourquoi est-elle commune à toutes les nations du monde? pourquoi règnc-t-clle dans tous les temps? (Le P. Cheminais, Serm. sur les jugements de Dieu) .
Dès le temps qu'on fait le crime, la conscience, qui Ta d'abord déconseillé, commence à le condamner hautement,, à se récrier contre la malice du criminel, à demander justice de la violence qu'on lui fait, et à s'en venger elle-même. Mais c'est bien pis, lorsque le crime est achevé : car alors, le plaisir ayant cessé, la passion s'étant ralentie, l'âme demeure en proie à la douleur et aux reproches de la conscience. La passion a fait avaler le poison sans le regarder, la volupté l'a détrempé de quelques douceurs : mais, quand il est une fois dans les entrailles, il cause d'horribles tranchées. Le silence de la conscience est encore plus à craindre. Après qu'elle a longtemps ou parlé ou même crié inutilement, il arrive quelquefois, par un jugement terrible à la vérité, mais juste néanmoins, que la conscience se tait pour toujours et nous laisse dans un mortel assoupissement : c'est-à-dire que Dieu retire ses grâces, et en cet état tout se tait; plus d'objet qui touche le cœur, plus de discours qui l'ébranlé, plus d'accidents capables de l'épouvanter; toutes les voix sont muettes : et de-là que doit-on attendre?
Que veut dire cette conscience, qui se trouble tout d'un coup, qui éclate en mille plaintes, en mille reproches? Ce ne peut être la voix du démon, puisqu'elle nous porte au bien; ce n'est pas notre propre voix, puisqu'elle parle malgré nous. 11 faut donc que ce soit la voix de Dieu : c'est pour <<la que tout ce qu'elle nous dit doit être écouté, et que ce sont autant de lois sur lesquelles nous serons jugés. (Le P. de la Colombière , Réflexions) .
[Commenl so forme une fausse conscience]. — Si nous voulons bien écouter celte t ii. ;.>
syndérèse, elle nous fait assez entendre ce Non licet que Jean disait à Hérode : « Cela ne vous est pas permis. » Mais la plupart des pécheurs tâchent d'éteindre, tant qu'ils peuvent, cette lumière naturelle, et de corrompre leur propre conscience; ils s'aveuglent eux-mêmes, et perdent, pour ainsi dire, cette lumière par trop de lumière. Comment cela? C'est que, ne pouvant agir longtemps contre leur conscience, ils s'en forment une fausse et erronée, en consultant des livres et des auteurs suspects, et cherchant des raisons qui appuient leurs sentiments, ou plutôt les désirs de leur cœur, ou quelque action que la droite raison improuve et condamne d'abord, particulièrement en matière de simonie, d'usure et d'impureté. Il s'en trouve qui mettent la théologie à la question, pour lui faire dire ce qu'elle ne veut pas : car, pour justifier ou pour autoriser quelque crime qu'ils sont résolus de commettre, ou quelque mauvaise habitude qu'ils ont de la peine à combattre, ils s'adresseront à tant de casuistes et de théologiens, qu'enfin ils trouveront quelqu'un qui donnera dans leur pensée et approuvera leur sentiment. Mettez un homme innocent à la question : dès la première fois il vous dira la vérité; mais redoublez-la une et plusieurs fois, la force de la douleur tirera de lui tout ce qu'on voudra. Ainsi, mettez la théologie, cette innocente dépositaire delà vérité, à la question, dès la première fois elle vous dira la vérité : « Cela ne se peut faire en conscience, cela est directement opposé à la sainte doctrine de TÉglise, cela choque le bon sens; c'est contre le sentiment unanime de tous les docteurs. » Mais, à force de questionner et de prendre le fait ou le droit, tantôt d'un biais et tantôt d'un autre, il se trouvera quelque docteur qui favorisera le sentiment en question, sur lequel on formera sa conscience. Une conscience droite ne cherche point tous ces détours et ces faux-fuyants; Revertimini ad cor: retournez, retournez, pécheurs, à votre conscience, et ne cherchez point à vous tromper : écoutez ce qu'elle vous dit; c'est la meilleure et la plus sûre règle que vous puissiez suivre : elle est si juste, que, dans sa propre cause même, elle se condamne : toutes les raisons mendiées ou recherchées avec tant d'étude ne peuvent nous justifier devant son tribunal, et, de quelque artifice qu'on se serve, il est impossible de lui faire approuver le crime. (Le P. Antoine de S. -Martin de la Porte, 2e partie de la Conduite delà grâce).
[II est aisé de se faire une fausse conscience] — Il est aisé de se faire dans lo monde une fausse conscience : car quoi de plus naturel et de plus facile que de suivre le penchant que la cupidité nous donne ? Comme nos vues sont élevées, il est difficile que nos connaissances ne s'y conforment. Delà vient cet orgueil, cette ambition; de-là ces artifices, ces intrigues, ces complaisances , ces flatteries , pour arriver au but qu'on se propose : rien de plus commun parmi nous, et cependant rien à quoi vous pensiez moins. J'ai dit qu'il n'est rien de plus aisé que de se faire dans le monde des consciences lâches et criminelles: pourquoi? parce qu'il n'est rien de
plus aisé que de se former des désirs injustes et téméraires, que de concevoir des pensées vaines et ambitieuses. Car n'est-ce pas de-là que naît cette conscience déréglée, aveugle et erronée? Conscience déréglée, parce que ce sont nos désirs qui doivent se régler sur notre conscience , et non la conscience sur nos désirs. Mais nous faisons tout le contraire : entraînés par nos désirs, nous ne voulons point d'autre règle : il faut, de nécessité, que notre conscience s'accommode à ce que nous voulons, et par &e étrange renversement nos désirs servent de règle à notre conscience parce que c'est sur ce qui nous plaît que nos désirs sont formés , notre conscience les approuve. Omne quodcumque volumus bonum est, dit S. Augustin : ce que nous voulons nous paraît bon. Peut-être, dit ce Père, que, parce qu'il nous paraît agréable nous nous persuadons que c'est une chose juste. D'où vient donc cela ? de l'ascendant malheureux que nos désirs prennent sur notre conscience, qui juge après cela des choses, non sur ce qu'elles sont, mais selon qu'elles nous plaisent. (Bourdaloue) .
La conscience n'est pas une chimère, et le dérèglement que je combats ici n'est pas un dérèglement imaginaire. Il est aussi naturel à l'homme d'avoir une conscience qu'il lui est naturel d'avoir une raison. La conscience, dit S. Jean de Damas , est la loi de notre esprit : Lex mentis. C'est, dit S. Augustin , une lumière que Dieu nous a donnée à tous , pour discerner le bien d'avec le mal : Lumen ad discretionem mali. C'est une règle, dit S. Thomas, que nous appliquons, dans les rencontres, pour connaître ce qu'il faut faire ou ce qu'il faut éviter : Régula agendorum fugiendorumve . De-là, chrétiens, il suit, ce semble, qu'il n'est pas possible d'éteindre cette lumière ou de courber cette règle : car, si elle vient de Dieu, elle est essentiellement droite, et si elle est naturelle elle vient de Dieu. Cependant il n'arrive que trop souvent que, volontairement et d'une manière coupable, on corrompt sa raison, on séduit son guide, on étouffe sa lumière. Comment cela? c'est que souvent, mais surtout dans les conséquences un peu éloignées des premiers principes de la loi naturelle , la volonté corrompt le jugement, et le jugement à son tour corrompt la volonté. Il se fait donc comme un cercle de dépravation entre l'esprit et le cœur. Principe qui, tout abstrait qu'il est ou qu'il nous paraît dans la spéculation, n'est pourtant que trop certain et trop évident dans la pratique. Et par-Lï se forme ce que nous appelons fausse conscience, c'est-à-dire un jugement erroné sur la pratique cri matière de mœurs.
Aussitôt qu'une passion , de quelque nature qu'elle soit , s'est emparée d'un cœur, quelque déréglée qu'elle soit d'ailleurs, on cherche à la contenter : mais c'est alors qu'on sent toutes les révoltes de l'esprit, qu'on éprouve l'empire et le pouvoir de sa conscience. Que faire alors? passer ea répugnances? pécher contre ses lumières et malgré ses vues? il en coûterait trop, et ce seraient toujours de nouveaux combats à rendre. Le plus court, c'est de corrompre les lumières de son guide, et de faini parler à la conscience le langage de la passion. Lt pour cela voici 1rs
BiS CONSCIENCE.
artifices dont on se sert: J'ignorerai, en matière de conscience, et mon ignorance me servira d'excuse devant Dieu. Les autres disent : Je chercherai dans ma propre raison , ou dans les décisions d'un confesseur commode, de quoi opposer aux lumières de mon esprit. En un mot, les uns se font une fausse conscience en étouffant leurs lumières , les autres en y substituant de fausses lueurs. C'est ce que S. Thomas appelle une conscience positivement fausse, et une conscience négativement fausse. (Anonyme).
[Même sujet]. — La conscience, avant que nous commettions le crime, répand presque toujours dans nos esprits certaine lumière qui nous en découvre la honte : faible lueur, qui n'est que comme le crépuscule d'un plus grand jour. Mais que faisons nous? nous entr'ouvrons la paupière, pour la refermer incontinent. Ici, nous prenons à témoin toutes les personnes à qui il est arrivé de tomber dans ces crimes affreux qui portent leur honte avec eux : en iguoraient-elles l'abomination et le dérèglement? Tels furent ces coupables vieillards qui attentèrent autrefois à la pudicité de Suzanne : « Everterunl sensum suum... ut non vidèrent : Ils dépravèrent leur conscience , afin de ne pas voir. » Ils avaient assez d'âge et d'expérience pour apercevoir l'infamie d'un adultère dégénéré en calomnie. Que de raisons pour être effrayés , s'ils avaient voulu y faire attention î Leur âge, c'étaient des vieillards; leur qualité, c'étaient des juges; leur état, c'étaient des captifs dans un royaume étranger; leur religion, c'étaient des Juifs transplantés au milieu de l'idolâtrie, qu'ils allaient scandaliser; le lieu de leur transgression, c'était la maison du mari qu'ils allaient déshonorer; l'objet de leur passion, c'était Suzanne, une femme régulière et retirée, et par conséquent plus difficile à corrompre. Ils ne sentent point tous ces motifs , parce qu'ils en éloignent la pensée : Everlerunt sensum suum. Les motifs surnaturels ne font pas plus d'impression sur eux : la vue du ciel les aurait touchés, le souvenir du législateur les aurait fait ressouvenir de la loi : Declinaverunl oculos suos , ut non vidèrent cœlum. Voilà ce que font encore tous les jours ceux qui se couvrent d'une ignorance affectée. On a des doutes, on ne veut pas les faire éclaircir ; on ne veut pas approfondir l'état de son bien, de peur d'être, obligé à des restitutions qu'on appréhende; on ne veut pas s'instruire sur la nature de certains attachements, pour n'être point obligé de les rompre: or, il est constant que ce qui cause cette ignorance ne la rend pas excusable : c'est par dissipation ou distraction que vous ignorez ; mais une ignorance de cette nature est-elle nécessaire et invincible? n'était-il pas en votre pouvoir de fixer votre esprit volage à de sérieuses réflexions ?
Le moyen dont on se sert pour s'établir une fausse conscience sur sa propre raison est injuste et criminel. C'est ainsi que tous les hérésiarques se sont perdus. C'était en doutant qu'ils avançaient d'abord leurs faux dogmes ; ensuite , ils ont cherché des raisons pour appuyer leur entête-
ment ; une fausse évidence a produit une fausse'obstination ; enfin, à force de se dire qu'ils avaient raison, ils sont venus jusqu'à se le persuader. Raison humaine, que deviens-tu , quand une fois la passion s'est rendue maîtresse? La synagogue assemblée, c'est-à-dire toutes les meilleures têtes d'une nation qui ne passe jamais pour manquer d'esprit et de lumières, raisonnait ainsi au sujet de Jésus-Christ : « Quid facimus , quia hic homo mxdta signa facit ? Cet homme fait des miracles étonnants ; nous n'en saurions disconvenir : il faut donc le mettre à mort ! » 0 Ciel ! que la passion est aveugle I et qu'il est injuste de se faire une conscience au gré de sa raison !
Je ne prétends pas fermer ici toutes les voies à la consultation : elle est légitime, permise, et sure, à parler en général ; autrement, que deviendrait le fidèle dans ses doutes, si, obligé de se défier de ses propres raisonnements, il était encore obligé de se défier des décisions d'autrui, d'un confesseur, d'un pasteur, d'un directeur? Ce que je dis, c'est qu'il faut de la bonne foi dans ces consultations; c'est que l'envie d'être éclairés doit nous conduire à l'oracle, et non pas l'envie d'être trompés ou appuyé dans nos prétentions. On mendie une autorité à ses désordres, pour pouvoir les commettre sans alarmes ; on voltige de directeur en directeur, jusqu'à ce qu'on en ait trouvé un favorable à sa passion; c'est à ses décisions que l'on s'en rapporte, et malgré les réponses de sa conscience on s'en tient à ce langage de séduction. (Anonyme).
[David après son péché]. — Dieu fit sentir à David, après son péché, tout ce que le remords a de plus piquant et de plus amer. La description de son cœur mérite votre attention. Miser faclus sum, dit-il, lotà die contristatus ingrediebar : Je devins malheureux aussitôt que je devins pécheur. J'avais beau faire réflexion sur le poste éminent où j'étais placé, sur l'impunité que je pouvais attendre après mon injustice; j'avais beau chercher du soulagement dans les plaisirs et l'abondance, et la tranquillité dans les applaudissements d'une cour flatteuse: Miser faclus sum. Je devins misérable, parce que je portais au-dedans de moi un témoin inséparable et incorruptible. Inséparable: je le traînais en tous lieux, sur le trône, au conseil, dans les assemblées publiques, dans les parties de divertissements: Peccalum meum contra me est semper: Mon péché est toujours présent devant mes yeux; sans cesse je vois le sang d'Urie couler autour du moi; l'épouse me rappelle le souvenir de l'époux massacré; je porte mes inquiétudes jusque dans le lieu du repos; le sommeil, qui calme tous les autres cœurs, est pour moi un sommeil triste, affreux, interrompu: Dormit» conlurbalus. Je trouve encore dans ma conscience un témoin incorruptible. Que n'ai-jc pas fait pour la séduire, pour en arrêter les clameurs? J'ai cherché des excuses à mon péché: Ad excusandas excusaliones in peccalis. C'est la passion qui m'a aveuglé, disait-il, c'est l'objet présent qui m'a séduit: et vous, Seigneur, donnez un peu do trêve à mes
alarmes: Sed tu, Domine, usquequôt Non, Messieurs, rien ne peut calmer les frayeurs de sa conscience : Tolâ die conlrislatus ingrediebar. Où aboutiront tous ces remords? à la pénitence, Chrétiens, Dieu veut convertir David, puisqu'il l'intimide, qu'il le persécute. Ah ! que vous êtes heureux, vous à qui la honte du crime se fait encore sentir! A la vérité, la paix d'une conscience timorée est le plus grand de tous les biens; mais, après la tranquillité d'une conscience irrépréhensible, il n'est point de bien égal à l'agitation d'une conscience coupable. Au contraire, une conscience tranquille dans le crime est le caractère et comme le pronostic d'une réprobation certaine et inévitable, à moins d'un coup de la miséricorde du Seigneur, dont nous voyons peu d'exemples. (Anonyme).
[Tourment de la mauvaise conscience]. — Cette frayeur, dont les méchants sont quelquefois saisis, est une preuve de ce que dit S. Chrysostôme, qu'ils sont déjà punis en ce monde, avant même les châtiments que la divine justice leur a préparés dans l'autre. Si vous demandez comment: « Par eux-mêmes, » vous répondra ce saint docteur.* car c'est le premier arrêt de la justice de Dieu, qui a voulu que la peine soit inséparable du péché. C'est en cela que consiste la mauvaise conscience, qui sert aux pécheurs non-seulement de témoin et d'accusateur, mais encore de juge et de bourreau : c'est un témoin qui seul en vaut mille, et qui est d'autant plus redoutable qu'on ne le peut rejeter, parce qu'il est toujours oculaire; on ne le peut récuser, parce qu'il est toujours véritable; on ne le peut gagner, parce qu'il est toujours inexorable; on ne le peut intimider, parce qu'il est toujours libre et dominant au-dedans de l'âme; on ne le peut éloigner, parce qu'il est toujours présent et inséparable du criminel: enfin, on ne le peut faire taire, il parle et crie sans cesse, non aux oreilles mais au cœur. Les méchants ont beau fuir devant ce juge intérieur, il les trouve toujours et partout; il les entraîne et les présente sans cesse devant son tribunal, et là il les accuse et les juge, et il ne leur permet pas d'ouvrir seulement la bouche pour se défendre, mais il les y condamne souverainement et sans appel, et cet arrêt secret est aussitôt suivi des peines et des tourments que ce bourreau leur fait endurer.
En vérité, ces remords intérieurs et cette secrète horreur que le péché laisse dans l'esprit sont un supplice terrible, et le grand S. Augustin le décrit d'une manière admirable. « Entre les afflictions de l'âme, dit-il, il n'y en a point de plus grande que le remords de ses crimes: car, si l'homme n'est point blessé au-dedans de soi, si tout est sain dans le fond de sa conscience, en quelque partie de lui-même qu'il souffre, il aura toujours recours à celle-là, comme à un refuge de consolation et de paix, et il y trouvera Dieu; mais, s'il n'y trouve aucun repos, à cause delà multitude des péchés dont elle est pleine, que fera-t-il, puisqu'il n'y trouvera point Dieu ? à qui aura-t-il recours lorsque les douleurs l'assiégeront ? Il peut se retirer de la campagne dans la ville, des places publi-
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qnes dans sa maison, de sa maison dans sa chambre, de sa chambre dans son lit; mais la douleur et la peine le suivront toujours; et où pourrat-il se retirer, de son lit, sinon en soi-même? Mais, si tout y est plein de tumulte, si tout y est noir par la fumée de ses méchantes actions, si tout y est brûlant, il ne s'y peut réfugier, puisqu'aussitôt il en est chassé. Si donc, au lieu qu'il pensait trouver, en soi-même, un asile, il y trouve son ennemi, parce qu'il s'y trouve lni-même, où se retirera-t-il? en quelque lieu qu'il aille, il se trouvera toujours, et se trouvera toujours tel qu'il est: et ainsi il se tourmentera toujours, les plus grandes afflictions qui puissent arriver à l'âme criminelle étant celles qui viennent d'elle-même, parce qu'elles sont les plus intérieures, et par conséquent les plus sensibles. C'est ainsi que les méchants sont bourrelés par la représentation affreuse de leurs crimes. (Homélies morales).
[Agir contre la conscience]. — Ceux qui pèchent par ignorance, par précipitation, par violence et emportement de quelque passion, peuvent quelquefois en revenir; mais ceux qui démentent leurs propres lumières, et qui étouffent , pour des intérêts secrets ou pour des considérations humaines , les sentiments de la bonne conscience , qui s'en font une nouvelle et tout opposée, qui combattent la vérité qu'ils connaissent, perdent ordinairement, par cette sorte de crime, toute ressource de leur salut; ils n'en reviennent presque jamais, et ils tombent dès cette vie dans un désespoir, non pas toujours semblable à celui de Judas, qui fut tout extérieur et visible, mais à celui des prêtres et des pharisiens, qui fut tout intérieur et invisible. (Mêmes Homélies).
S. Chrysostôme appelle la syndérèse et la conscience « une éternelle accusatrice que Dieu attache inséparablement à nous, pour nous représenter sans déguisement tous nos crimes, pour nous en reprendre sans complaisance, et pour nous en punir sans indulgence »; et pour cet effet elle emploie les remords, les inquiétudes, la honte, le regret, la tristesse et le repentir. Ce sont autant de ministres de la juste sévérité de cette rigueur inexorable, et de l'implacable haine que Dieu porte au péché : Accusatricem perpetuam, quœ decipi et decipere nunquàm possit. (Maimbourg, 3e mardi de Carême).
[La conscience à la mort]. — C'est dans les circonstances d'un temps si f.ïchcux que cette conscience irritée ramasse toutes les ordures des crimes d'un pécheur, et les lui jette sur le visage. Voilà, dit-elle, tes ouvrages et le fruit de ta mauvaise vie; voilà ce qui doit t'accompagner devant le tribunal de Dieu, où, comme dit S. Grégoire, cette conscience dresse comme un bataillon de tous ses péchés pour l'assiéger et le serrer de près sur le lit de la mort. C'est ainsi que s'exprime le prophète : Circwndedértini me mala quorum non est numéros; comprehenderunt me iniquitates meœ. Voilà le Biége funeste, représenté par le siège do Jérusalem, qui n'a pi ls
profilé du temps de sa visite. (Le P. Texier, jeudi de la 2e semaine de Carême).
[Douceurs d'une bonne conscience]. — On ne peut disconvenir que le repos delà conscience ne soit le plus grand bien que nous puissions posséder en cette vie, et que toutes les fausses joies du siècle ne sauraient égaler cette douceur ineffable que Dieu fait goûter en secret à ceux qui le craignent (Prov. 15). C'est pour cela que le Sage dit qu'une conscience tranquille est un festin continuel : Secura mens juge convivium; et le prophète invite tous les pécheurs à goûter combien le Seigneur est doux, et à reconnaître, par une heureuse expérience, combien les plaisirs innocents que Dieu attache à la pratique de la vertu surpassent les voluptés criminelles où se plongent les gens du monde. Les païens mêmes ont déposé en faveur de cette vérité, et autant ils ont exagéré les supplices d'une mauvaise conscience, autant ils ont fait valoir le repos, la douceur, la joie et la tranquillité de celle qui, ne se sentant coupable d'aucun crime, semble trouver son souverain bonheur dans elle-même. (Essais de sermons).
[Accusations de la conscience]. — Il ne vous sera pas permis, pécheurs, de récuser le témoignage de votre conscience : c'est un témoin qui a tout vu, qui a été présent à toutes les circonstances de vos péchés. Il ne vous sera pas possible de corrompre ce témoin, par la raison, dit S. Chysostôme, que ce témoin tient sa commission immédiatement de Dieu même; c'est ce qui fait qu'il n'a de considération pour personne. Il ne respecte ni les trônes, ni les couronnes des monarques; il ne ménage rien; il reproche, il accuse, il condamne, dans le temps même que tout le monde loue et applaudit. Je veux qu'il n'y ait rien à craindre pour vous au-dehors, qu'il n'y ait point de juge qui vous poursuive; je veux que vous ayez gagné tous les témoins par argent et par votre crédit : ce n'est pas assez pour vivre en repos. Hélas! vous portez un témoin au dedans de vousmême, qui vous accuse et qui vous confond bien plus que tous les témoins ensemble!
Il est aisé de juger que la conscience ne tourmente pas seulement un pécheur à l'égard du passé et du présent, mais encore à l'égard de l'avenir, en lui faisant souffrir par avance tous les justes supplices qu'elle lui fait appréhender. Le saint homme Job l'a bien dit, qu'un pécheur croit voir de tous côtés des épées qui le menacent et des supplices qui l'attendent : Circumspectans linéique gladium. Représentez-vous un criminel à qui on a lu l'arrêt de sa mort : ce misérable souffre déjà son supplice; tout lui paraît son bourreau, et pour une mort effective il en souffre mille dans son imagination, qui ne sont pas moins cruelles. Pitoyable image d'un pécheur que sa conscience condamne! Tantôt il se voit au jugement de Dieu, accusé et condamné par un juge inexorable; tantôt il se sent
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précipité dans les abîmes éternels; tantôt la pensée de l'éternité malheureuse lui fait dresser les cheveux sur la tête; enfin, il est damné avant de l'être, ou du moins il ne vit pas plus heureux que les damnés. (Essais de sermons).
[Remède]. — Parmi plusieurs différents remèdes que Dieu nous a laissés pour la guérison d'un mal aussi dangereux qu'est celui d'une conscience pécheresse et tranquille, le premier et le principal est une vive et continuelle idée des redoutables jugements de Dieu : ce qu'on ne peut mieux expliquer que par un excellent principe de S. Augustin, qui remarque cette différence entre la crainte qu'on a de Dieu et la crainte qu'on a des hommes : celle-ci vient souvent d'une âme faible, mais celle-là vient d'une conscience ou déjà bonne ou en état de le devenir bientôt. On appelle généreux celui qui ne craint personne ; mais, à l'égard de Dieu, ce serait moins générosité que fureur, de ne le pas craindre, puisque c'est par-là qu'il faut commencer, afin qu'en le craignant on l'écoute, qu'en l'écoutant on l'aime, et qu'en l'aimant on se mette en état de ne plus craindre, non par une orgueilleuse dureté, mais par une continuelle attention sur soi-même, et une vigilance à marcher dans les voies de ses commandements. (Dictionnaire moral).
[Des scrupules]. — Lorsque le démon désespère de pouvoir porter une âme au péché, soit par l'appât trompeur des plaisirs qu'il lui présente, soit par le faux éclat des honneurs et des biens qu'il lui promet, il ne se rebute pas pour cela, il change seulement de batterie, empruntant le secours d'une prétendue délicatesse de conscience, à la faveur de laquelle il exagère à nos yeux les moindres imperfections, qu'il nous fait voir comme des péchés énormes, mettant sur notre chemin des pierres d'achoppement qui arrêtent, nous représentant les choses permises comme des pratiques défendues, et nous réduisant enfin à cette fatale nécessité, ou de ne rien faire ou de ne faire que du mal. Quand une âme en est venue là, elle ne marche qu'en tremblant dans ses plus saints exercices; et, comme tout ce qui se fait avec contrainte devient fatigant, elle abandonne bientôt par scrupule ce qu'elle avait entrepris par dévotion.
Funestes scrupules d'une âme trop timorée et d'une conscience trop étroite ! scrupules qui viennent du démon, et qui sont comme autant d'obstacles arrêtant une âme dans la voie du salut, et la précipitant bientôt dans celle de la perdition! Ibi trcpidaverunl timoré ubi non erat timor : Elle tremble où il n'y a pas lieu de trembler; elle pèche où il n'y pas matière à péché; elle se heurte et elle se perd où il n'y a point d'écueil. Qu'elle Ml à plaindre en cet état, puisqu'elle fait sa peine de ce qui devrait la rassurer, et que, livrée en proie à ses propres remords, clic s'arrête lOUVent où elle devrait avancer! (Dictionnaire moral).
[Sans scrupule et sans remords dans le crime]. — Remarquez, dit S. Augustin, comme la mort et la réprobation suivent de près ces pécheurs qui vivent sans remords. Quand le péché laisse quelque scrupule et quelque trouble dans l'âme, c'est une marque que la conscience n'est pas encore endurcie : mais quand on vit dans une profonde paix, sans craindre la mort et la damnation dont on est menacé, c'est alors qu'un pécheur, entraîné par ses passions comme par un char qui l'emporte, descend avec impétuosité dans les enfers. Car d'où vient cette fatale tranquillité? elle vient de ce que le démon le garde comme une forteresse où il s'est retranché. Quand un fort armé garde sa maison (c'est la parabole de l'Evangile), tout ce qu'il possède est en paix; c'est alors que le pécheur est sous la sauvegarde du démon; c'est alors que le fort armé le possède sans contradiction, sans combat, sans inquiétude, sans remords de conscience. Il prend soin que rien ne le trouble et ne lui fasse de la peine : Curabant contritionem filiœ populi mei, cum ignominiâ dicente. Pax, et non eratpax (Jérém. 6). Il guérit les blessures d'une âme frappée à mort; et tandis que ces plaies mortelles s'aigrissent et s'enveniment de plus en plus, il ne lui dit que des paroles de paix. (Dictionnaire moral).
[Des scrupules]. — Les scrupules ne sont pas toujours la marque d'une âme faible, et il ne faut pas mépriser les délicatesses d'une âme pieuse : elles servent du moins à réveiller sa diligence et à redoubler son attention. Au contraire, cette force d'âme qui engloutit les difficultés est bien souvent une négligence ou un endurcissement; sous prétexte qu'on dédaigne de s'abaisser aux plus petits détails, on digère quelquefois des défauts essentiels. Cette timidité qui s'applique à tout examiner est peut-être plus sûre que cette confiance décisive qui ne s'épouvante de rien ; il vaut mieux se défier de ses perfections mêmes que d'être trop indulgent sur ses défauts. L'état de celui qui est déchiré par quelques scrupules est plus misérable, mais peut-être plus sûr, et l'état de celui qui n'en ressent point les .atteintes est plus tranquille, mais peut-être plus dangereux : les hommes ont tant de penchant à se flatter, qu'on hasarde moins en prononçant sur le parti le plus rigide. Ainsi, on doit approuver les scrupules qui servent à exciter les désirs d'une piété plus parfaite, et qui sont autant d'avertissements pour se tenir en garde contre le péché. (Anonyme.)
[La conscience s'oppose à nos désirs déréglés]. — L'entendement se laisse souvent éblouir par de fausses lumières, et les affections sont toujours prêtes à suivre le parti que le monde leur offre : mais la conscience, ordinairement plus délicate et plus pure , s'oppose aux desseins du tentateur, arrête le crime lorsqu'on va le commettre, et fait naître le repentir lorsqu'il est commis. Ce n'est pas proprement un législateur, car la conscience ne donne pas de nouvelles lois ; mais elle représente, elle met devant les yeux
celles que Dieu nous a données, et lorsqu'on les viole elle devient un témoin qui en vaut mille, parce qu'il a vu les mouvements les plus cachés de notre cœur, et qu'il a trop d'intérêt à notre conservation pour nous trahir. On sera jugé sur sa déposition; ou plutôt la conscience monte elle-même sur le tribunal pour condamner et pour absoudre; et enfin elle devient la distributrice des peines et des récompenses : car c'est un bourreau qui déchire, dès cette vie et pendant toute l'éternité,, ceux qui violent ses lois ; ou bien un rémunérateur qui fait découler la consolation , la joie et la gloire sur ceux qui ont suivi ses mouvements et ses inspirations.
On fait souvent effort pour prévenir ou pour repousser la pensée du crime qu'on a commis, lorsqu'elle se présente; mais on le tente inutilement : le péché a ses retours fâcheux , qui fondent sur la conscience avec tant d'impétuosité, qu'elle ne peut , quelque violence qu'elle se fasse, s'empêcher d'être remplie de cet objet. L'âme voudrait se le cacher à ellemême; elle voudrait bien s'empêcher de juger qu'elle a mal fait, parce que ce jugement trouble ses plaisirs et choque l'amour-propre. Combien de distractions imagine-t-elle ? Mais tout cela est inutile: le péché se représente toujours, et, au milieu des plaisirs les plus doux, on sent trèssouvent la condamnation que la conscience prononce contre le péché qu'on a commis. Ainsi, ce jugement se fait malgré nous.
La conscience est un miroir : comme le miroir représente les objets, la conscience nous fait voir nos péchés. Il y a des glaces qu'on a laissé couvrir de poussière et de saletés qui empêchent que les objets ne paraissent dans leur état naturel. Les passions et les habitudes du vice sont cause qu'on ne sent que confusément l'état de son âme et la grandeur des péchés qu'on a commis : mais, comme les glaces peuvent être nettoyées, ou qu'étant purifiées par le feu, elles représentent les objets dans leur beauté naturelle, nos consciences, rectifiées un jour par la présence de Dieu, peindront ou nos péchés ou nos vertus , sans leur dérober aucun trait de l'horreur ou de la gloire qui les accompagne : et c'est ce qu'il faut prévenir, en connaissant son péché, pour l'effacer dès cette vie. (Traité de Conscience.)
[De l'assoupissement de la conscience]. — On endort quelquefois sa conscience après l'avoir trompée. Le sommeil , dans la nature, est le réparateur des forces que le travail a dissipées ; les soins, les chagrins, les passions, les maladies, se reposent dans son sein : mais il est dangereux à la conscience. Cette conscience tombe par sa négligence dans quelque péché ; elle s'y endort, elle passe de-là dans la sûreté, elle se précipite et se perd absolument, si iMi.r ne déploie toute l'efficace de la grâce pour l'en retirer. Elle emblable à ceux qui s'endorment dans un vaisseau sur la mer : ils ne voient point le péril qu'ils courent; le bruit des vents , l'impétuosité des flots , le mouvement du vaisseau dans lequel ils naviguent . ne les éveil-
lent point. Hélas 1 peut-être que dans le moment ils font des songes agréables, et qu'ils se croient proches du port, ils vont se briser contre un écueil ou descendent dans un abîme. Vive image d'une conscience assoupie ! elle se repaît d'images trompeuses ; les menaces de Dieu, les afflictions personnelles ne peuvent l'émouvoir.
Les plaisirs sont des potions soporifères , qui lient la conscience aussi bien que les sens : elle ferme les yeux, elle ne voit plus le crime, et, comme Issachar , elle trouve que le repos est bon. On serait moins à plaindre s'il était éternel; mais Dieu vient le troubler par ses châtiments, la mort l'interrompt; et, comme la voix de l'archange tirera des tombeaux tous ceux qui y reposent, cette même voix fera sortir la conscience de son sépulcre et de son lit; elle s'élèvera elle-même en jugement contre ceux qui l'ont assoupie, et leur fera payer éternellement ces moments d'une fausse tranquillité dont ils ont joui. Enfin, on se fait un oreiller d'un amas de passages tirés de la parole de Dieu , qui promettent la grâce et qui annoncent la miséricorde aux pécheurs ; sans prendre garde qu'ils supposent tous l'horreur pour le crime, et une sincère pénitence lorsqu'on l'a commis.
On endurcit sa conscience, après l'avoir endormie. C'est le plus haut point du bonheur auquel les méchants aspirent. Ils sont contents, pourvu qu'ils n'entendent plus ce témoin secret qui les accuse, ce juge redoutable qui les condamne, qu'ils aient lieu de croire qu'ils ne l'entendront jamais. Ils font mille efforts pour lui imposer silence et pour réprimer ses agitations; mais ordinairement ils n'y parviennent que par une longue suite de péchés, qui, entassés les uns sur les autres , accablent la conscience et l'empêchent de s'élever. On va de crime en crime , et on s'y accoutume ; ce qui épouvantait au commencement ne fait plus de peine quand on y a passé plusieurs fois. On a vu des âmes chastes, qu'un regard, une parole déshonnête effarouchait , et qui ensuite , entraînées dans la débauche, en ont fait leur gloire, et du moins les délices de leur vie.
S. Paul appelle cette espèce de conscience cautérisée, parce que, comme les chairs ou les nerfs d'une partie assez délicate du corps humain deviennent insensibles lorsqu'on les a brûlées , de même la conscience , qui se soulève contre les moindres péchés, s'endurcit lorsqu'on commet de grands crimes , et n'en ressent presque aucune douleur. Le péché est un feu dont les flammes passagères laissent toujours quelques traces fâcheuses; elles noircissent, elles causent de la douleur; mais lorsque le charbon demeure quelque temps attaché au même endroit, il fait enfin perdre tout sentiment. Si on tombe dans quelque faute par une tentation violente, la conscience ne laisse pas de contracter une tache , et les remords se font sentir ; mais, si on croupit longtemps dans le même péché, la conscience se perd, et le sentiment s'éteint si parfaitement, qu'il n'agit plus.
Or, la conscience ne sent aucun trouble pendant qu'elle est endurcie : car tout le monde demeure d'accord qu'il y a une mauvaise conscience
qui est tranquille. Mais quelle tranquillité, ou plutôt quelle tempête l II ne faut point se reposer, lorsqu'on porte dans son sein un ennemi qui dort ; chaque moment peut terminer son sommeil , et alors il fondra sur vous avec plus de force qu'il n'avait auparavant. La paix ne peut être ni longue ni sûre, quand le péché est dans la conscience. Le vaisseau de Jonas avait peuf-être vogué fort heureusement pendant quelques heures ; le calme ne fut pas long, et la tempête, se levant d'une manière imprévue, ne s'apaisa point jusqu'à ce qu'on eût jeté dans la mer le prophète rebelle. On peut être heureux avec le péché pendant quelques moments de la vie ; mais la tempête et le naufrage ne sont pas loin , et on ne les évite qu'en jetant tout le fardeau et le péché qui nous environne.
La corruption monterait au dernier excès , si Dieu attendait toujours à punir le péché dans les enfers, qu'il n'eût point de suites funestes pendant la vie. La sagesse et la justice divines demandent que la conscience des criminels se réveille de temps en temps, afin de les convaincre de la vérité d'un jugement dernier et des peines éternelles. On aurait aisément douté de ces supplices, que l'avenir dérobe à nos yeux, et la tranquillité présente aurait été aux profanes le gage d'une éternelle insensibilité. Mais ce jugement intérieur que la conscience forme et ces peines précoces que le péché traîne après soi, les étincelles de l'enfer qui volent dès cette vie sur le coupable et qui commencent à le brûler, le convainquent, malgré qu'il en ait, de la vérité des peines éternelles dont il doutait. D'ailleurs la conscience, réveillée par l'idée d'un jugement à venir et par le sentiment de quelque peine , se réveille avec plus de vigueur, rompt plus aisément les liens qui l'attachaient au vice, et, pressée par une nécessité indispensable, elle embrasse plus volontiers la pénitence.
S. Chrysostôme demande pourquoi Dieu nous a donné un juge si vigilant. Les autres juges se laissent corrompre par argent, fléchir par des douceurs, effrayer par des menaces; mais la conscience, élevée sur son tronc, ne cède à personne. Promettez de l'argent, caressez, menacez : elle portera toujours une sentence également équitable , et le criminel se condamnera lui-même, quoique personne ne l'accuse. Elle n'oublie point le péché quoiqu'il y ait longtemps qu'on l'ait commis ; elle se tait quelquefois durant l'acte du crime, parce qu'alors on est enivré par le plaisir; mais elle revient presque aussitôt par des accusations âpres et fortes; et, au lieu que la femme, déchirée par les douleurs de l'enfantement, se réjouit ensuite, le pécheur qui enfante le crime goûte en ce moment quel- (lui' plaisir qui le touche; mais ensuite sa douleur est extrême, jusqu'à ce que sa conscience et Dieu soient apaisés.
Le mondain tâche d'étourdir sa conscienco et de la faire taire, lorsqu'elle parle trop fortement. Tantôt il la renvoie, et lui dit, comme Fcstus à S. Paul : Je l'entendrai une autre fois là- dessus ; tantôt il se plonge dans les plaisirs, qui l'amollissent et rendent sa voix beaucoup plus faible; tantôt il s;c distrait par un nombre d'affaires qui remplissent si parfaite-
ment l'âme, quo la conscience ne sait par où percer et se faire chemin : comme, dans ces sacrifices qu'on présentait à l'idole de Moloch, on faisait un grand bruit avec des tambours pour étourdir les pères, et empêcher les cris de leurs enfants qu'on brûlait de parvenir jusqu'à eux, de peur que la nature, réveillée par ces gémissements, ne souffrît trop et ne fût frappée d'horreur pour ces sacrifices. Le mondain qui immole son âme au démon tâche, par le bruit des occupations, d'étourdir son cœur, d'empêcher sa conscience de lui représenter son véritable état, de peur que l'horreur qu'il en sentira ne soit trop vive et trop déchirante. Il s'ôte le loisir; il a soin d'attacher toutes les parties de son temps à quelque chose d'important, afin de se dérober les moyens de se connaître.
Il n'est rien de plus redoutable aux pécheurs que la mort et l'enfer : car c'est là qu'ils porteront la peine de leurs crimes. Cependant, on a vu quelquefois des personnes préférer la mort à la vie, et l'enfer même aux douleurs qu'elles sentaient par les agitations de leur conscience. Il faut que le mal soit extrême, puisqu'il trouble ainsi la raison, ou qu'il laisse croire qu'il n'y a rien de plus terrible dans l'avenir que ce que l'on souffre dans le présent. L'avarice était violente dans Judas, puisqu'elle l'obligea à vendre son Maître : cependant l'agitation de la conscience fut plus violente que la convoitise qui régnait dans son cœur, et l'obligea de rendre l'argent qu'il avait reçu : son trouble fut si violent, qu'il n'eut plus d'espérance que dans l'enfer, ni de consolation qu'avec les démons. Quelle consolation! L'espérance finit avec la vie: il périt éternellement en précipitant ainsi sa mort : mais rien ne l'arrête ; il est désormais si troublé, qu'il ne lui reste plus aucune liberté pour faire ses réflexions ; ou, s'il les fait, il les rejette aussitôt, parce qu'elles ne guérissent point assez promptement son mal ; il croit que l'enfer même n'a rien de plus terrible que l'agitation dans laquelle il se trouve. (Traité de la conscience).
[Fausse conscience]. — Il est vrai, la loi de Dieu, absolument considérée, est en elle-même, et par rapport à Dieu qui est son principe, simple et uniforme, une loi invariable et inaltérable, une loi sainte et irrépréhensible, comme parle le prophète royal : mais la loi de Dieu, entendue par l'homme, expliquée par l'homme, tournée selon l'esprit de l'homme, enfin, réduite à la conscience de l'homme, y prend autant de formes différentes qu'il y a de différents esprits et de consciences différentes, s'y trouve aussi sujette au changement que le même homme, qui l'observe ou qui se pique de l'observer, est lui-même, par son inconstance naturelle, sujet à changer : lo dirai-je? il devient aussi susceptible, non-seulement d'imperfection, mais de corruption, que nous le sommes nous-mêmes dans l'abus que nous en faisons, lors même que nous croyons nous conduire et agir par elle. C'est la loi de Dieu, j'en conviens ; mais celui-ci l'interprète d'une façon, celuilà de l'autre : et par-là, elle n'a plus dans nous ce caractère de simplicité et d'uniformité. C'est la loi de Dieu ; mais, selon les divers états où nous
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nous trouvons, nous la resserrons aujourd'hui, et demain nous l'élargissons; aujourd'hui nous la prenons dans toute sa rigueur, et demain nous y apportons des adoucissements : et par-là elle n'a plus à notre égard de stabilité. C'est la loi de Dieu ; par nos vains raisonnements, nous raccommodons à nos opinions, à nos mauvaises inclinations : et par-là, nous faisons qu'elle dégénère de sa sainteté.
Le Psalmiste, parlant des erreurs pernicieuses et des maximes détestables qui se répandent parmi les hommes, et dont se forment peu-à-peu les consciences des pécheurs et des impies, ne manque point d'ajouter que le pécheur et l'impie concevait ces erreurs dans son cœur ; qu'il les établissait dans son cœur, que son cœur était la source d'où elles procédaient, et que c'était dans son cœur qu'il avait coutume de dire à soi-même tout ce qui était propre à la confiance dans son péché et dans son impiété : Dixit in corde suo. S'il avait écouté sa raison, sa raison lui aurait dit tout le contraire ; s'il avait consulté sa foi, sa foi, de concert en ceci avec sa raison, lui aurait répondu : « Tu te trompes ; il y a une loi qui défend l'action que tu vas faire sans scrupule; il y a un tribunal suprême où tu seras jugé selon cette loi; il y a un Dieu, et, entre les attributs de Dieu, le plus inséparable de son être est sa Providence, et une partie de cette Providence, c'est la justice rigoureuse avec laquelle il punira ton crime. » C'est ce que la religion, soutenue de la raison même, lui aurait fait entendre, tout impie qu'il est. Mais, parce qu'il n'en a voulu croire que son cœur, son cœur, déterminé à le séduire , lui a dit qu'en tel ou tel cas sa raison ne lui imposait point une si étroite ni une si douce obligation; son cœur lui a dit que sa foi serait une foi outrée, si elle poussait jusque-là les vengeances de Dieu : et de tout cela il se fait une conscience.
Prenons de toutes les passions la plus connue et la plus ordinaire. On a dans le monde un attachement criminel , et on veut l'accorder avec la conscience: que ne fait-on pas pour cela? S'il s'agit de régler des commerces, de trancher des libertés , de quitter et de fuir des occasions qui entretiennent le désordre de cette honteuse passion , du moment que le cœur en est possédé, combien de raisons fausses, mais spécieuses, ne suggère-t-elle pas à l'esprit, pour étendre là-dessus les bornes de la conscience, pour fuir le joug du précepte, pour en adoucir la rigueur, pour contester le droit, quoiqu'évident, pour ne pas convenir des faits, quoiquo visibles, pour soutenir que l'occasion n'est ni prochaine ni volontaire, quoiqu'elle soit l'un et l'autre; pour faire valoir de vains prétextes, des impossibilités apparentes de sortir de rengagement où l'on est, pour justifier ou pour colorer les délais opiniâtres qu'on y apporte ? De la manière qu'est fait l'homme, quand sa passion est d'un côté et son devoir de l'autre, ou plutôt quand son cœur a pris parti , quel miracle ne serait-ce pas s'il conservait dans cet état une conscience pure et saine : je dis puro et saine d'erreur? (Bourdaloue, 1er Avent.)
[La force du remords], — Commettre le mal, cela passe; mais l'avoir commis, cela ne passe jamais. Caïn, poussé par une cruelle vengeance, massacra son frère ; plusieurs années se sont écoulées depuis : mais le meurtre commis est un mal qui le tourmentera pendant toute l'éternité ; c'est un remords qui rongera sans cesse son cœur; c'est un ver qui ne lui donnera jamais de repos. Caïn s'éloigne des lieux où il a commis son crime, il erre dans les forets; mais demeure toujours avec son péché. Le sang de son frère le suit partout; il voit son meurtre dans tous les objets qui se présentent. C'est ce qui a fait dire à David que son péché était toujours avec lui : Peccatum meum contra me est semper : mon péché est toujours devant moi et contre moi. Il ne cessera jamais de se présenter à mon esprit : le jour que je l'ai commis est passé, le plaisir ne subsiste plus , le calme est évanoui; l'objet, la tentation, tout est passé; il n'y a que mon péché qui reste : péché qui s'élève sans cesse contre moi comme un ennemi et un persécuteur; péché qui, de quelque côté que je me tourne, ne me donne aucun repos : tout le reste me flatte, mes amis, mes complices mais mon péché est toujours devant moi et contre moi. (Le P. de la Rue, Sermon sur le temps.)
[Fausse tranquillité de conscience]. — Il en est d'une âme qui commence à se dérégler comme d'un malade, qui, dans les premiers accès d'une fièvre brûlante, se trouble, s'inquiète, s'afflige : mais, à mesure que les vapeur viennent à lui occuper le cerveau , ses plaintes diminuent selon que ses forces s'affaiblissent , jusqu'à ce que , le transport étant une fois entièrement formé, il demeure tranquille en apparence, parce que la nature succombe sous la violence du mal : de telle sorte que, dans le cours d'une léthargie mortelle, il paraît aussi paisible que s'il jouissait d'un sommeil profond et agréable. Ainsi un pécheur, dans les premiers dérèglements d'une passion qui l'emporte dans le crime, se trouble et s'inquiète ; les remords de la conscience ne manquent pas de s'élever ; la grâce et la raison rappellent toutes leurs forces pour s'opposer au progrès de cet ennemi dangereux du salut, et il ne se peut faire que le cœur, qui est comme le théâtre de cette guerre intestine, ne soit dans l'agitation : mais, à mesure que la passion se rend la maîtresse, le combat s'affaiblit ; on demeure tranquille dans cet état. Dieu, dont la miséricorde est infinie et qui ne veut point la mort du pécheur, ne laisse pas de lui donner encore de bons sentiments, qui, étant bien ménagés, le pourraient conduire à une entière conversion; mais il lui serait en quelque sorte plus avantageux d'être privé de ces grâces que de les recevoir, puisqu'elles ne servent qu'à le rendre plus coupable et à lui amasser un trésor d'indignation et de colère. (Essais de Sermons.)
[Le remords de la conscience est une grâce de Dieu]. — Au moment que nous
péchons, nous sentons dans nous-mêmes un remords de la conscience qui est le reproche qu'elle nous fait de notre péché. Or, je dis que ce remords est une grâce : car qu'est-ce qu'une grâce, et combien l'ignorent, quoiqu'ils en reçoivent tous les jours ? La grâce, disent les théologiens, est un secours que Dieu donne à l'homme afin qu'il puisse agir et mériter pour le ciel ; et, s'il est pécheur, afin qu'il puisse travailler à sa conversion. Voilà comme en parle l'Ecole. Or, tout cela convient parfaitement à cette syndérèse, c'est-à-dire à ce remords de conscience qui naît dans nous après le péché : car il est certain que Dieu en est l'auteur, que c'est par amour qu'il l'excite en nous, et qu'il s'en sert pour nous convertir : d'où je conclus que ce remords a toutes les qualités d'une véritable grâce. Que Dieu en soit le principe, rien de plus constant, puisque l'Ecriture nous l'apprend en mille endroits. Oui , c'est moi-même , dit Dieu parlant à un pécheur, c'est moi qui te reprocherai le désordre de ton crime; quand, après l'avoir commis, ta conscience sera troublée, ne t'en prends point à d'autre qu'à moi , et ne cherche point ailleurs d'où vient ce trouble. Cent fois , après avoir succombé à la tentation , tu voulais te dissimuler à toimême ta lâcheté; tu détournais les yeux pour ne pas voir ton péché, et tu croyais que j'en userais de même et que je serais d'intelligence avec toi; mais tu te trompes : car, étant ton Seigneur et ton Dieu, je me déclarerai toujours ton accusateur, et jamais tu ne m'offenseras que je ne te représente aussitôt, malgré toi, ton iniquité et toute son horreur. Arguam te, et slatuam contra faciem tuam. Voyez- vous, Chrétiens, comment Dieu est le principal auteur du remords de conscience ? Mais par quel motif l'opère-t-il en nous ? Je l'ai dit : par amour, par un effet de sa bonté, par une effusion de sa miséricorde. Ne s'en explique-t-i]. pas ainsi lui-même : Ego quos amo arguo (Apoc. 35) ? Ceux que j'aime, je les reprends, et c'est en les reprenant que je les aime.
Le remords de conscience est, entre toutes les autres grâces, la plus miraculeuse dans la manière dont elle est produite. Or, en quoi consiste ce miracle? C'est que le péché de l'homme, si opposé par sa nature aux grâces de Dieu, est pourtant ce qui donne naissance à celle-ci. Car, si vous le remarquez bien, le remords du péché est engendré par le péché même, et il est d'ailleurs indubitable que ce remords est une grâce. Sur quoi S. Chrysostôme s'écrie : « Que votre miséricorde , ô mon Dieu, est admirable dans ses conseils ! qu'elle est puissante dans ses opérations! qu'elle est ingénieuse dans toute l'économie de la conversion des hommes î Tous faites dans nous des miracles de grâce pour nous sauver, au moment im-me où nos offenses devraient vous engager à faire des miracles de justice pour nous punir : car vous prenez le péché, que nous venons de commettre, pour en exprimer la grâce qui nous reproche de l'avoir commis ; vous vous servez, pour nous justifier, de ce qui nous a faits coupables, et pour nous rendre la vie de ce qui nous avait causé la mort! » (Bourdaloue, Dominicale.)
[La conscience et ses reproches]. — Le pécheur arrogant et endurci a beau fermer la bouche à ceux qui devraient le reprendre, au milieu de la nuit la plus calme, lorsque souvent son intempérance le réveille. Il entend une voix dans le fond de son cœur, les clameurs de sa conscience effrayée qui lui crie sans cesse : « Quand est-ce que cette vie criminelle finira? N'avezvous pas horreur de vos vices , de votre injustice , de votre impiété, de vos scandales ? Ne craignez-vous point une mort funeste , les rigueurs de la justice divine ? » Malheureux homme , sacrilège , luxurieux ! méchante femme, orgueilleuse, sensuelle, adultère ! Rien ne peut apaiser ces reproches sanglants d'une conscience bourrelée : mais quel sera ce ver rongeur dans l'enfer, qui tourmentera éternellement le réprouvé, et qui ne mourra jamais ? J'ai pu, et je n'ai pas fait; j'ai perdu la gloire, pouvant l'acquérir ; c'est moi seul qui suis l'auteur de ma perte. Ah! mes Frères, que le ver de la conscience nous tourmente donc utilement dans cette vie, afin que nous ne l'éprouvions pas en l'autre. Soyons dociles à ce moniteur secret, tandis que ses répréhensions peuvent nous être salutaires. (La Chétardie , Homélies.)
Les Pères de l'Église nous représentent la conscience comme un tribunal où elle est elle-même l'accusateur, le témoin, le juge, le bourreau, le supplice et le coupable. Quelle peine, quand on est accusé par un ami, par un autre nous-même ? C'est le pécheur qui est forcé lui-même de s'accuser, et de s'accuser avec aigreur, avec amertume, dit S. Jean-Chrysostôme : Conscientia acerba et amarulenta accusatrix. Quelle peine, quand, malgré les efforts que l'on fait pour colorer son crime, on se trouve convaincu et sans réplique ? Ce sont les propres yeux du pécheur qui témoignent contre lui : JYullus moles tior oculus suo cujusque, dit S. Bernard. Quelle peine, lorsqu'un juge ne nous marque point de pitié ! Le pécheur se condamne lui-même avec une extrême rigueur : JYullum severius judicium quàm domesticum , dit S. Ambroise. Quelle peine quand on ne peut obtenir le moindre adoucissement dans la sentence prononcée contre nous ! Le pécheur, dit le même S. Père, se tourmente avec la même sévérité dont il se juge : Unusquisque animum suum severum judicem... et vindicem criminis habet. Quelle peine, lorsqu'on ne se contente pas d'un supplice, et qu'on voudrait nous les faire tous endurer! Le pécheur s'accable lui-même d'un nombre infini de tourments ; c'est la pensée de S. Jean- Chrysostôme : Peccalor post facinus obambulat , sustinens innumerabiles pœnas. Selon l'expression du Saint - Esprit et des saints docteurs , sa conscience le pique, le bat, le mord, le déchire, le ronge, le brise, le désespère, le tue# J'en appelle à l'expérience de chacun de vous: que n'avez-vous pas eu à souffrir des remords de votre conscience, quand, malgré ses cris redoublés, vous avez contenté une passion brutale. (Le P. la Pesse, Sermon sur les remords de la conscience.)
[Le silence de la conscience]. —Si la voix de la conscience est si terrible, son
silence est encore plus à craindre , puisque c'est une marque de réprobation : car, dans cet état , la conversion est moralement impossible. Rien ne fait plus alors d'impression sur l'esprit du pécheur ; rien ne l'émeut, rien ne le toucbe. Les vérités les plus terribles, qui seules étaient capables de le convertir, ne servent plus qu'à l'endurcir. On arrive à cette extrémité comme par degrés. On écoute d'abord les reproches delà conscience ; ensuite on les traite de scrupules mal fondés ; on se persuade que les choses que l'on voit faire par tant de gens ne sont pas si criminelles : enfin, peu à peu, on étouffe tous ces remords, Mais cette conscience, qui a gardé le silence pendant la vie et qui était comme morte, ressuscite à la mort du pécheur et se fait entendre d'une manière bien plus épouvantable qu'auparavant, en. rappelant pour lors, dans l'esprit du pécheur mourant , tous les désordres de sa vie passée , dont la multitude , l'énormité et les circonstances le jettent dans le désespoir, en lui faisant sentir qu'il n'y a plus de miséricorde à attendre de Dieu , qui va le punir dans toute la sévérité de sa justice : Peccator videbit, et irascetur : dentibus suis (remet et tabescet.
Dans lequel de ces deux états est notre conscience ? Parle-t-elle, ou bien est-elle dans le silence ? Car il faut nécessairement qu'elle soit dans l'un de ces deux états. Lorsque vous êtes près d'offenser Dieu, n'entendezvous point au-dedans de vous-mêmes une voix qui vous dit, comme autrefois S. Jean à Hérode : Non licet? Dieu vous le défend. Si vous vous arrêtez volontairement à cette pensée , si vous tenez ce mauvais discours , si vous faites cette action à laquelle la passion vous porte, si vous lisez ce mauvais livre, vous allez perdre la grâce de Dieu, vous deviendrez l'objet de sa colère , et vous vous exposez au danger d'être éternellement la victime de sa justice dans les enfers. N'avez -vous point tâché d'étouffer ces remords, afin de pécher plus hardiment? Si votre conscience parle encore, écoutez-la ; c'est une marque que Dieu ne vous a pas encore abandonné. Mais, si vous ne voulez pas l'entendre, vous allez tomber dans l'endurcissement et mettre le sceau à votre réprobation. Car, si vous n'écoutez plus votre conscience, qui écouterez- vous? Et, si vous n'écoutez personne, comment vous convertirez-vous? Si vocem ejus audieritis, nolite obdurarc corda veslra.
Hélas l que l'on y pense peu, et que les hommes se trompent dans leurs jugements. On se croit heureux , quand on a pu étouffer les remords de sa conscience ; on se flatte que l'on n'a rien à craindre, parce que la conscience ne dit mot : et c'est là justement ce qui doit faire trembler. Ce repos et cette tranquillité, dans lesquels nous sommes ne sont-ils point un effet de ce silence funeste? N'est-ce point peut-être pour nous punir que DlBTJ a permis que noire conscience ne vous fasse plus de reproches ? Quelque rebelles que nous ayons été à vos grâces, ô mon Dieu, ne nous punisse pas cependanl d'un châtiment si épouvantable, qui serait la cause de notre perte. Excitez plutôt dans nos urnes ces troubles salutaire»
i'.lii CONSCIENCE.
qui, répandant l'amertume sur tous les plaisirs qui nous enchantent, nous rendront plus attentifs à la voix de notre conscience. Si nous sommes jamais assez malheureux pour vouloir l'étouffer, cette voix salutaire, faites-la retentir davantage, en nous représentant continuellement l'énormité de nos crimes, la sévérité de vos jugements et l'éternité des supplices dont vous punissez les pécheurs dans les enfers. La passion et les fausses maximes du monde, qui m'ont séduit jusqu'à présent, et qui, pour régner avec plus d'empire sur mon cœur, ont substitué une fausse conscience à la place de celle que vous m'avez donnée, et qu'ils ont presque étouffée, ne manqueront pas de faire tous leurs efforts pour me jeter encore dans le malheureux état où je n'ai que trop vécu. Rendez-moi, Seigneur, cette délicatesse de conscience que j'avais autrefois , ayant de m'être livré aux désirs déréglés de mon cœur, et qui me faisait trembler à l'ombre même du péché. Préservez-moi surtout de ce funeste silence de la conscience qui me conduirait infailliblement à l'impénitence finale et à la damnation éternelle. {Considérations chrétiennes.)
[Dieu parle à la conscience]. — Dieu parle intérieurement au pécheur; il ne cesse de lui reprocher ses dérèglements, son impiété, son peu de foi, son libertinage. Dieu parle par les remords de la conscience, parla crainte du jugement dernier, par les frayeurs de la mort, par des accidents funestes et frappants, par des révolutions qui accablent; Dieu parle par les orateurs sacrés et par les livres de piété, et par ces pieux mouvements, ces désirs de conversion passagers, par ces inspirations secrètes qui sont le langage de la grâce. Enfin, Dieu parle par les afflictions et les maladies, aussi bien que par la prospérité. Et nous sommes durs, insensibles à tous ces traits ! Ego vado : Dieu se retire, il se tait, toutes ces voix sont muettes après une certaine continuité de résistance, après un certain abus multiplié d'inspirations et de grâces ; et, s'il parle, ce Dieu, après cette dernière menace, c'est pour prédire à ces pécheurs obstinés qu'ils mourront dans l'impénitence finale, dans leur péché : et il n'y a personne, ajoute le Sauveur parlant aux Juifs, qui soit capable de vous tirer de ce malheureux état et de vous mener où je vais. (Le P. Croiset, Exercices de piété).
[Bienfait de la conscience]. — L'ami qui nous reprend, c'est la conscience, et nous ne saurions assez la chérir. Si nous voulons qu'elle cesse de nous contrarier, songeons à la satisfaire en lui accordant ses justes demandes. Affligeons au contraire notre ennemi, en refusant tout à la cupidité: El afflige inimicum. (Eccl. 30). Notre conscience a sur nous des prétentions légitimes; nous pouvons aujourd'hui la contenter assez aisément: profitons de ce temps favorable ; autrement, le jour viendra où nous serons contraints de payer à la rigueur. Que ne sommes-nous bien convaincus de cette vérité ? nous ne mépriserions pas si souvent les justes et pressautes sollicitations de notre conscience.
PARAGRAPHE SIXIEME. 56o
Il faut nous accorder avec notre partie, en nous abstenant du mal dont la conscience nous détourne, et en faisant le bien auquel elle nous excite. Cet accord ne doit pas longtemps être différé : Esto consenliens citô. Il n'est pas dit que nous le fassions tout-à-coup, parce que les choses demandent, quelquefois de la délibération ; mais que nous le fassions promptement, et que nous ne perdions pas de temps à le conclure. En effet, il peut arriver que nous soyons avec notre partie presque au terme du chemin, et ce chemin, c'est cette vie mortelle, dans laquelle David priait Dieu de diriger ses pas: Dirige in conspectu tuo viam meam. La conscience, qui est notre partie, ne nous quitte point durant tout le chemin. Mais qu'arrivera-t-il, si dans ce temps-là nous ne nous accordons &vec elle? Ayant une fois atteint le terme, ce ne sera plus un adversaire qui traite avec nous en ami et qui ne cherche qu'à s'accommoder, ce sera un accusateur inflexible, qui usera de tous ses droits. Cet adversaire n'a-t-il point à présent quelque juste prétention contre vous? Ne vous demande-t-il point quelque chose au fond du cœur, sur quoi vous ne l'avez pas encore satisfait? quelque pratique de piété, quelque retranchement de vos aises trop recherchées ? Quoi que ce puisse être, accordez-le lui promptement, et tandis que vous êtes encore en chemin avec lui. Car, à la fin du voyage, au moment de la mort, il ne parlera plus d'accommodement. En vain vous regretterez d'avoir rejette ses offres, il ne se relâchera de rien ; il fera valoir tous ses droits ; il exposera en détail toutes ses prétentions. C'est la lumière qui met en évidence tout ce qui est condamné. (Le P. Ségneri, Méditations) .
Je ne l'éprouve que trop, ô mon Dieu, que ma conscience est ma partie, par ses sollicitations, par ses reproches, par ses menaces. Malheureusement pour moi, ses droits sont incontestables, et je n'ai rien à opposer aux justes demandes qu'elle me fait. C'est donc pour moi une nécessité de la satisfaire, et au fond c'est mon véritable intérêt. Car, après tout, que demande-t-elle de moi, sinon que je réprime mes mauvais penchants, que je sois ce que je dois être, que je me propose une fin digne de moi, que je cherche les vrais biens? La conscience m'accuse aujourd'hui, mais c'est entre elle et moi que tout se passe; elle veut être satisfaite, mais elle no veut pas me perdre. Attendrai-je un arrêt qu'elle ne peut manquer d'obtenir un jour contre moi, et qu'il me faudra subir à la rigueur ? Son témoignage ne pourra être rejeté; l'arrêt qui s'ensuivra no pourra être révoqué : mon partage ne peut plus être alors qu'une affreuse prison, dont je ne sortirai qu'après avoir absolument payé tout ce que je dois. Là, plus de remise, plus d'adoucissement à espérer pour moi. Mais, si cette prison était l'enfer, j'y serais dépouillé de tout, et par conséquent ;il)-olument insolvable. Condamne donc à y être jusqu'à ce que j'eusse atisfait, j'y serais condamné pour jamais. Dès aujourd'hui, o mon Sauveur, je veux profiter do salutaire avis que vous me donnez, de m'accordei avec ma conscience, et tonl l'accord que je veux faire avec ellec'esl
d'écouter toutes les propositions qu'elle me fait et d'y souscrire aveuglément. (Essais de Sermons).
MÉDITATION, ORAISON MENTALE Louange de Dieu, entretien avec Dieu, etc.
Outre la distinction ordinaire de l'oraison en prière mentale et prière vocale, on peut encore la considérer ou comme une élévation de cœur vers Dieu et un entrelien de l'âme avec son Créateur , ou comme une demande qu'on fait à l'auteur de tous les biens en lui exposant ses besoins, soit spirituels, soit corporels. Nous traiterons ici de la première manière, et, sous le nom de Contemplation et d'Oraison mentale, comme d'un entretien avec Dieu, dans lequel l'esprit étant occupé des grandeurs et des perfections divines, des mystères de la religion et des bienfaits de la divine bonté, le cœur se répand en louanges et en actions de grâces, et nous nous réservons à parler de la prière en son lieu, en tant qu'elle est une demande que l'on fait à Dieu. Or, quoique l'oraison, considérée de l'une et de l'autre manière, s'appelle prière et ne se distingue guère dans la pratiquée et par rapport aux devoirs d'un chrétien, cela n'empêche pas qu'on n'en parle séparément et comme de deux espèces différentes, en donnant à la première le nom de contemplation, d'oraison mentale et de méditation, et à la seconde le nom général de prière; sans parler cependant de ces manières d'oraison sublimes des mystiques, dont on ne peut donner les règles, et qui sont des faveurs spéciales que Dieu fait à certaines âmes choisies.
Ce que doit donc faire le prédicateur , c'est de faire voir l'excellence de l'oraûon mentale en général, d'exhorter à la pratiquer, d'en faciliter les moyens et d'en faire voir les fruits et même la nécessité, puisque, sa7is cela, on ne peut mener une vie chrétienne, ni se garantir des maximes du monde :
et c'est par rapport à tout cela que nous donnerons les matériaux que nous avons recueillis.
Desseins et Plans.
I. — Quoique la prière en général soit très-agréable à Dieu , il est néanmoins constant que l'oraison mentale, dont la contemplation est le plus haut degré est celle qui lui plaît davantage, et qu'elle est la plus nécessaire à un chrétien, quoique ce soit celle que l'on pratique le moins. Pour faire un discours utile sur cette matière, on peut faire voir: — 1°. L'excellence de l'oraison mentale; — 2°. Sa nécessité; — 3°. Sa facilité; qui sont les trois choses les plus capables de nous porter à un si saint exercice.
Première Partie. — 1°. L'oraison étant une élévation de notre cœur vers Dieu, elle a quelque proportion avec son principe, puisque c'est le Saint- Esprit qui en est l'auteur et qui la forme en nous, et par conséquent qui nous donne la connaissance des vérités éternelles, qui nous fait désirer le souverain bonheur, et qui nous fait demander, ou plutôt qui demande en nous et pour nous, les moyens d'y arriver: Ipse Spiritus postulat pro nobis gemilibus inenarrabilibus . (Roman. 8). En un mot, l'oraison est un don de Dieu: voilà ce qui nous doit donner une haute idée de son excellence. — 2°. C'est un don grand et considérable par lui-même, puisqu'il est la source de notre bonheur, de toutes les grâces et de toutes les faveurs que Dieu fait ou accorde à ceux qui le prient; — 3°. L'oraison, comme en parlent les SS. Pères, n'est autre chose qu'un entretien avec Dieu, par lequel on lui parle familièrement et dans lequel il nous parle de même: quel honneur et quelle faveur qu'un Dieu nous donne une favorable audience toutes les fois que nous voulons, de pouvoir lui porter nos plaintes, décharger notre cœur dans son sein, lui communiquer toutes nos affaires avec confiance, comme au plus fidèle de nos amis! Tour concevoir la grandeur, le prix et l'excellence de ce bienfait, il ne faudrait que f arc réilexion sur la grandeur de Celui à qui on parle, et ensuite sur la bassesse, l'indignité et le néant de celui qui parle. Ce qui serait une hardi upportable dans un particulier à l'égard d'un souverain est
une grâc fayeur singulière que Dieu, cetto bonté infinie et cette
souveraine, ue refuse à personne, dont il nous permet d'user et le d'accepter. Quelle estime n'en devons-nous donc point faire? quels sentiments de reconnaissance pour une grâce qui nous peut faire disputer do la grandeur et de l'excellence c notre bonheur
avec les plus hautes intelligences qui l'approchent de plus près ! Nous entrons par ce moyen dans leur emploi, qui est de bénir, de louer, d'adorer cette suprême Majesté, d'admirer ses perfections infinies. Mais avec quelle révérence, quel respect, le devons-nous faire? Il fautles imiter en ce point, en prenant des sentiments conformes aux leurs, etc.
Seconde partie. — Pour ce qui regarde la nécessité de l'oraison, nonseulement considérée comme une demande qu'on fait à Dieu pour implorer son secours et tous les autres biens, mais encore de l'oraison en qualité de méditation, de considération et de réflexion sur les vérités éternelles, cette nécessité est évidente: — 1°. Parce que, sans cela, un pécheur, n'étant point touché de Dieu, ne peut rentrer en lui-même et prendre une ferme résolution de se convertir; — 2°. Parce que, sans méditer souvent la loi de Dieu, les vérités de la religion que nous avons embrassée, les récompenses et les peines de l'autre vie, la vanité des biens et des honneurs de celle-ci, on ne peut mener une vie chrétienne, ni persévérer longtemps dans le bien, parmi tant de dangers de se perdre, tant de mauvais exemples, tant de tentations : car, sans la méditation des choses divines, on est bientôt entraîné par le torrent et séduit par le vain éclat des pompes du monde. Aussi l'Ecriture attribue-t-elle la cause de tous les maux, et de tous les désordres que nous voyons sur la terre, au défaut de méditation et de réflexion: Desolatione desolata est terra, quia nemoest qui recogilet corde ; — 1°. L'oraison est nécessaire pour pratiquer les vertus chrétiennes: car c'est là que nous en concevons le désir, après avoir médité le besoin que nous en avons ; et, comme c'est là que nous prenons la résolution de bien vivre, elle nous en suggère les moyens, qui sont les bonnes œuvres, etc.
Troisième partie. — La facilité de cet exercice n'est pas aisée à persuader à ceux qui n'en ont nulle expérience; mais ceux qui se sont donnés à Dieu tout de bon s'y sentent attirés par le plaisir qu'ils ont de converser avec Dieu qu'ils aiment, et à qui ils s'efforcent de se rendre agréables; par les lumières qu'ils y reçoivent, ils y trouvent leur joie et toute leur consolation. Pour ceux qui n'ont pas l'usage de ce saint exercice, ce n'est pas merveille [s'ils y éprouvent de la difficulté; mais elle 's'évanouira lorsqu'ils auront pratiqué quelque temps, et les sécheresses que Dieu permet qu'ils y trouvent ne sont que pour éprouver leur vertu. Ensuite, il faut montrer que tous les prétextes et les excuses, qu'ils apportent pour s'en dispenser, sont frivoles. Ces prétextes sont : l'ignorance ou l'incapacité, la vivacité de leur esprit qui ne peut s'appliquer, la multitude de leurs affaires, etc.
II. — Ces paroles que dit S. Bernard en parlant de la considération, qui est une partie de l'oraison, peuvent s'appliquer à l'oraison mentale en général, et faire la division d'un discours : Consideratio régit affectus, dirirjit actus, corrigit excessus :
i°. L'oraison mentale règle nos affections, en nous détachant de l'amour que nous avons pour les choses créées, quand elles nous détournent de l'amour que nous devons à Dieu par préférence à tout le reste; elle nous fait connaître jusqu'à quel point nous devons aimer le prochain; quelle est la charité que nous devons avoir pour nous-mêmes; elle nous apprend, en un mot, à régler les mouvements de notre cœur et à les conformer à la loi de Dieu : Régit affectus;
2°. Nous apprenons dans l'oraison à régler nos actions ; par quel motif nous devons agir; avec quelle exactitude et quelle fidélité nous devons remplir les devoirs de notre état : car c'est là proprement la fin et tout le fruit de la méditation : Dirigit actus;
3°. Nous devons particulièrement examiner dans l'oraison à quels défauts, quels vices, quelles passions déréglées nous sommes sujets, afin de nous en corriger : et par ce moyen l'oraison doit régler tout ce qu'il y a dans nous, tout ce que nous faisons, et redresser tout ce qui peut déplaire à Dieu : Corrigit excessus.
III. — La grâce et l'esprit de prière consiste en deux choses, généralement parlant :
1°. A savoir parler à Dieu de la manière dont il veut que nous lui parlions : de cœur plutôt que de bouche, ou, si la bouche parle, il faut qu'elle soit conduite par le cœur ; avec respect et humilité, en nous tenant en sa présence, et faisant réflexion à qui nous parlons et qui nous sommes ; avec confiance, comme à notre père et à un fidèle ami;
2°. Cette grâce et cet esprit consiste à écouter réciproquement Dieu, qui nous parle dans l'oraison; mais à l'écouter de la manière qu'il le faut : avec attention, en concevant bien ce qu'il demande de nous ; en méditant et repassant souvent dans notre esprit ce qu'il nous a inspiré; en prenant une ferme résolution de le pratiquer.
IV. -— Nous trouvons dans l'Écriture qu'il est parlé d'un esprit d'oraison et d'une oraison d'esprit, qui sont deux dons de Dieu tout différents, quoique les deux soient étroitement liés ensemble, mais qu'un chrétien quUend à la perfection doit demander à Dieu et s'efforcer d'acquérir : or, on peut faire voir les avantages de ces deux choses, dans les deux parties d'un discours :
1°. Il est parlé de l'esprit d'oraison dans Zacharie, ch. 12 : Effundam super domum David et super habilatores Jérusalem spiritum gratiœ et prccum. — Il consiste dans un désir ardent que quelques âmes saintes ressentent de traiter avec Dieu; et c'est : 1°. Une marque de piété et un attrait pax lequel Dieu attire les âmes qu'il veut à son service, et qu'il élèvera bientôt à un haut degré de sainteté; 2°. Une marque que l'on aime Dieu véritablement, puisqu'on n'a point de plus grand plaisir que do traiter avec lui; 3( , I ne marque moralement certaine qu'une âme est prédesti-
née, et qu'elle possédera un jour le bonheur auquel elle aspire, et dont elle commence à jouir dès cette vie;
2°. Il est parlé de l'oraison d'esprit dans le discours que le Sauveur tint à la Samaritaine : Spirilus est Deus , et eos qui adorant ewm, in spiritu et veritate oportet adorare. Et cette oraison d'esprit est l'entretien même avec Dieu, de pensée ou de cœur, ou plutôt de tous les deux, sans qu'il soit besoin d'y mêler la voix; et on peut faire voir : 1°. Que cette oraison est la vie de l'âme et sa nourriture; 2°. La force de l'âme pour se défendre contre tous ses ennemis; 3°. La joie et la véritable consolation de l'âme en cette vie.
V. — Nous avons besoin de l'exercice de la méditation et de l'oraison en quelque état que nous puissions être, soit pécheurs soit justes :
1°. Si nous sommes pécheurs, nous ne pouvons revenir de cet état, ni quitter nos vices et nos désordres, sans faire réflexion sur notre misère, sans penser au danger que nous courons de nous perdre, et sans méditer les vérités éternelles;
2°. Si nous sommes justes et convertis à Dieu, nous avons besoin de méditations pour conserver la grâce et l'innocence, pour ne pas retomber dans notre premier état, et enfin pour persévérer dans la pratique de la vertu.
VI. — 1°. L'exercice de l'oraison est une marque qu'on renonce aux vanités du monde et qu'on veut être entièrement à Dieu ;
2°. C'est un moyen d'arriver à la plus haute sainteté, en s'unissant étroitement à Dieu;
3°. C'est imiter sur la terre les bienheureux dans le ciel, et participer en quelque manière à leur joie et à leurs délices, en possédant Dieu dès cette vie.
"VIL — 1°. L'accès que nous avons auprès de Dieu, par le moyen de l'oraison, nous doit faire regarder cette faveur comme le plus grand bonheur de cette vie, nous inspirer de la confiance, nous donner une haute idée de la religion et de la bonté de Dieu ;
2°. La facilité que nous avons d'aborder cette divine majesté nous doit exciter à nous servir de cette occasion pour nous insinuer toujours davantage dans ses bonnes grâces, en nous rendant plus parfaits et croissant toujours en vertu et en sainteté;
3°. Le bonheur que nous avons de lui parler quand nous voulons et de l'entretenir doit être notre plus grande consolation dans les traverses et les misères de cette vie.
VIII. — 1°. C'est par le moyen de l'oraison qu'un fidèle chrétien fait de son âme un véritable temple du Saint-Esprit, puisque c'est par ce moyen
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qu'il demeure en lui, qu'il le gouverne et qu'il prend possession de son cœur;
2°. C'est par ce moyen, et dans l'ardeur d'une fervente oraison, que le chrétien fait un sacrifice entier de lui-même à Dieu.
IX. — 1°. Il n'est pas possible de vivre chrétiennement et d'être vertueux sans être homme d'oraison;
2°. Il faut cesser d'être homme du monde, c'est-à-dire de suivre ses lois et ses maximes, pour être homme d'oraison.
X. — 1°. Un homme d'oraison s'élève au-dessus de la terre et de tout ce qui est terrestre, par la sublimité de ses pensées et la pureté de ses affections ;
2°. Il s'élève au-dessus des autres hommes, en approchant Dieu de plus près et conversant avec lui plus familièrement;
3°. Il s'élève au-dessus de lui-même et des faiblesses de sa nature, en renonçant aux plaisirs des sens, etc.
XL — Sur la nécessité de la méditation et de l'oraison mentale :
1°. Sans l'exercice de la méditation, tous les moyens de salut deviennent inutiles, moralement parlant. Ces moyens de salut sont les sacrements, les grâces, la parole de Dieu, la lecture des bons livres, les bons exemples. Or, de quoi peuV"servir tout cela, si l'on ne réfléchit, si l'on ne médite? et la cause pour laquelle on en retire peu de profit, c'est qu'on y réfléchit peu;
2°. Sans l'exercice de la méditation, la pratique des vertus devient moralement impossible ;
3°. Sans la méditation des vérités chrétiennes, les péchés sont moralement inévitables.
XII. — 1°. Par l'oraison, principalement celle qui se fait d'esprit et de cœur, nous rendons à Dieu l'honneur et le culte dus à sa souveraine majesté;
2°. Par l'oraison mentale, nous nous sanctifions, en nous détachant des choses de la terre et en nous unissant à Dieu;
3°. Par le moyen de l'oraison mentale, nous attirons sur nous des grâces spéciales, par lesquelles nous arrivons à une haute perfection.
X1TI. — i°. Toutes les personnes qui veulent vivre chrétiennement ne le peuvent faire sans s'adonner à l'oraison et méditer les vérités éternelles;
2°. Quelle est cetto oraison, et en quoi elle consiste;
3°. Les règles qu'on doit suivre pour se bien acquitter d'un devoir si important.
XIV. — De l'oraison à laquelle les personnes religieuses sont obligées de vaquer plus particulièrement que les autres :
1°. Les personnes religieuses doivent se souvenir qu'elles ne sont séparées du monde que pour s'unir plus étroitement à Dieu, pour se sanctifier et tendre à la perfection par le moyen de l'oraison;
2°. Quand les personnes religieuses abandonnent l'exercice de l'oraison, elles retournent au monde de cœur et d'esprit, et elles ont tout sujet de craindre que Dieu ne retire les grâces qui sont attachées à leur état.
KV. — L'affection à l'oraison est une marque de prédestination :
1°. Parce que c'est ce qui nous attache à Dieu et ce qui nous affectionne à son service;
2°. Parce que c'est ce qui nous fait surmonter toutes les difficultés dans l'affaire de notre salut;
3°. Parce que c'est ce qui nous apprend tous les moyens pour réussir dans cette affaire.
XVI. — 1°. L'oraison, prise pour la méditation des vérités de notre foi, est le principe de notre bonheur éternel ;
2°. Elle est un moyen puissant et efficace pour l'acquérir; 3°. Elle est un avant-goût et comme une possession anticipée de ce souverain bonheur.
XVII. — lo. Par le moyen de l'oraison, l'esprit de celui qui s'y adonne est éclairé des vérités célestes,;
2°. Son cœur se sent échauffé dans l'amour de Dieu ; 3°. Sa vie est plus réglée, plus chrétienne et plus sainte.
XVIII. — 1°. L'honneur que nous avons de pouvoir converser familièrement avec Dieu, quand nous voulons, dans l'oraison ;
2°. L'utilité et les grands avantages que nous retirons de ce commerce, où la foi devient plus vive, l'espérance plus animée, et la charité plus ardente, et toutes les vertus chrétiennes plus faciles ;
3°. La douceur et la joie qu'une âme sainte ressent dans l'entretien avec son Dieu.
XIX. — Instruction ou méthode pour faire l'oraison mentale. Il faut pour cela trois choses qui y concourent :
1°. La considération de quelque vérité, de quelque mystère ou de quelque action du Fils de Dieu;
2°. Les affections qu'il faut produire, conformes au sujet que Ton médite;
3°. Les résolutions qu'il faut prendre de pratiquer ou d'imiter ce qu'on a médité.
Les Sources.
[Les SS. Pères]. — S. Augustin, sur le Ps. 89, à ces paroles, Quoniam tu, Domine, suavis es et mitis, montre la difficulté qu'il y a d'arrêter son imagination et de tenir son esprit recueilli dans l'oraison. — - SurlePs. 37, il fait voir qu'il n'y a point de prière agréable à Dieu si elle n'est accompagnée d'un saint désir, et que c'est dans ce désir habituel que consiste l'oraison perpétuelle. — Conc. 2 in Ps. 34 : le moyen de louer Dieu sans interruption, c'est de bien faire tout ce que l'on fait.
Le même, sur le Ps. 125 , montre que le cœur a une langue et une bouche, par laquelle il parle à Dieu, qui entend son langage.— - Epist. 121 ad Probam, 8 et 9 : la prière continuelle que Dieu demande de nous consiste dans le désir de la vie éternelle et bienheureuse.
S. Jérôme, sur le Ps. S, expliquant ces paroles, Intellige clamorem meum, explique ce que c'est que le cri du cœur dans une fervente oraison.
S. Grégoire, xv de ses Morales, ch. x, parle des douceurs et des consolations que l'on goûte dans l'oraison. — Homil. 2, in Evangel. : combien le bruit et le tumulte du monde empochent qu'on ne fasse oraison avec l'attention et la ferveur qui seraient nécessaires.
S. Basile, Homil. in Ps. 30, expliquant ces paroles : Benedicam Domi~ num in omni tempore, montre comment elles se doivent entendre.— Ser?n. deinslit. Monach., et dans le livre Regul. fusiàs disput.: quoiqu'on doive prier en tout temps , il faut avoir un temps réglé pour vaquer à ce saint exercice.
Le même a fait quelques oraisons ou Homélies sur la prière.
Origène, Homil. unica in caput 1 Rcgum , demande et explique en même temps comment le précepte de prier sans cesse est possible , et doit se réduire en pratique.
^ S. Chrysostôme, Homil. 13 sur S. Matthieu, parle de l'excellence de l'oraison , qu'il compare au thimiane , composition de parfums que Dieu voulait qu'on offrît sur son autel. — Le même a fait deux livres De Otandù Dko, où il parle de l'excellence et des avantages de l'oraison, et de plusieurs choses qui regardent œ sujet. — 11 a encore fait deux oraisons sur
ce sujet. — Homil. 30 in Genesim : éloge de l'oraison mentale.— In Ps. 129 : comment il faut prier du fond du cœur. — Homil. 35 in Joannem : il faut persévérer dans l'oraison. — Homil. 5 de incomprehensibili Dei naturâ : le trésor inépuisable des biens que nous avons dans l'oraison et dans l'entretien avec Dieu. — Homil. 30 in Genesim : il ne faut pas abandonner l'oraison pour les vaines pensées et les distractions qui surviennent. — Homil. 79 ad popul. Anlioch., montre par plusieurs exemples que nous ne devons point nous excuser sur nos affaires de vaquer à la prière , vu que c'est la plus importante de nos affaires. — Il parle encore de l'oraison en plusieurs Homélies, comme dans la 71e et la 79e.
S. Denys, entre ses ouvrages , a fait un livre de la Théologie mystique, dans lequel il ramasse, au sujet de la contemplation, tous les principes répandus dans ses autres traités, où il parle souvent du même sujet.
S. Jean Climaque en traite aussi, Gradu 28.
S. Bernard, De modo orandi, explique ce que c'est que Lecture, Méditation, Oraison et Contemplation.
S. Grégoire de Nysse, De oratione.
S. Isidore, iv Epist. 12, s'élève contre ceux qui prient négligemment et sans attention.
[Les livres spirituels]. — Denys-le-Chartreux , Operibus minoribus, t. 2.
Gerson, part. 2 et 3, et contra Rusbroquium.
Petrus Canisius, Opère Catech., q. 7 et seqq.
Thomas à Kempis, part. 2, opusc. 4.
Barthélémy des Martyrs , part. 2.
Suarez, de Religione, l. 1, tract. 3.
Leonardus Lessius, De justitiâ et jure, l. 2, c. 37.
Catechismus Concilii Tridentini, part, 4.
Bellarmin, opuscul. de Ascensione mentis in Deum (prœsertim in Prœfatione.)
Joaobus Alvarez, t. III.
Petrus Sanchez, Regno Dei, part. 7, c. 3.
Francisons Arias, t. II, tract. 7.
Bernardinus Rossignolius, l. 4 De discipl., à cap. 1 usquèad23.
Nicolaus Lancicius, opusc. 6, 7 et H.
Eusebius Nierembergius, De adorât, in. spir. et verit.
Theophilus Bernardinus, L vi integro.
Hugues de S. -Victor, dans un commentaire qu'il a fait sur le livre de la Hiérarchie de S. Denys.
Richard de S. -Victor a fait un beau traité de la Contemplation. Raynerius de Pisis, Pantheologia.
Le P. Gaudier a fait un savant traité de l'Oraison mentale. S. François de Sales, dans son Introduction à la vie dévote, part. 2.
Ste Thérèse, en sa Vie, ch. 16, parle de l'oraison d'union, et en dit des
merveilles; elle parle encore des autres manières et méthodes d'oraison, dans ses ouvrages (1).
Le P. du Pont, dans sa Guide spirituelle, a traité fort au long de l'Oraison mentale, de la contemplation, etc.
Le P. Louis de Grenade a fait un gros et excellent volume de l'Oraison, méditation, etc
Dom Barthélémy de Cassanza dans son Traité de la prière.
Alphonse Rodriguez, traité 8e, De l'oraison, ch. 1, etc.
Le cardinal de Richelieu , dans la Perfection du chrétien , parle savamment de l'oraison mentale et de ses espèces différentes.
Le P. Suffren, Année chrétienne, seconde partie, ch. 2.
Le P. S. -Jure, 1. 3, De la connaissance et de V amour de Noire-Seigneur, ch. G, où il donne plusieurs avis pour bien faire oraison.
Le P. Caussin, dans la Cour Sainte, liv. ni, section 13.
Le P. Chanu , livre intitulé La science du salut , où il traite de l'esprit d'oraison et de l'oraison d'esprit , des excellences de l'osaison mentale et de la manière de prier mentalement.
Le P. Nouet? dans L'homme d'oraison.
L'Abbé de la Trappe, De la sainteté et des devoirs de la vie monastique, traité de la prière.
Le P. Guilloré parle de l'oraison en divers endroits de ses livres, particulièrement dans la maxime 6, où il traite de l'utilité qu'on peut retirer des distractions.
Fénelon, Traité de la véritable piété.
L'auteur de la Morale chrétienne sur le Pater, second traité préliminaire.
Livre intitulé L'idée de la véritable oraison, où il est traité de toutes ses espèces et de tout ce qui regarde ce sujet.