XX. — Effets et suites funestes d'une fausse conscience
1°. Avec une fausse conscience, il n'y a point de mal qu'on ne puisse commettre;
2°. Avec une fausse conscience, on commet le mal hardiment et tranquillement, sans remords et sans scrupule;
3°. Avec une fausse conscience, on commet le mal sans ressource et sans nulle espérance de remède. (Bourdaloue, 1er Avenl).
XXI. — H y a trois principes d'une fausse conscience et de l'insensibilité d'un pécheur :
i°. La corruption du cœur;
2°. L'aveuglement de l'esprit;
2°. Le châtiment de Dieu sur le pécheur.
XXII. — La conscience est en même temps une lumière dont l'amourproprc ne s'accommode point, et un reproche qui trouble la paix du cœur et qui corrompt toute la douceur de la vie. Que fait-on? Les uns éteignent leur lumière, les autres ferment la bouche à leur censeur : deux états, plus funestes l'un que l'autre, que je vais combattre par deux propositions
Première proposition : — Rien de plus injuste que les voies qu'on emploi • d'ordinaire pour étouffer les lumières de la conscience;
Seconde proposition : — Bien de plus dangereux que d'avoir amené sa conscience à être tranquille au milieu du désordre.
Les Sources.
[Les SS. Pères]. — S. Ambroise, 1. 7 de ses Épitres, Ep. 44 ad Constanlium, montre qu'il ne faut se mettre en peine que du témoignage de la conscience, en faisant le bien et en s'abstenant du mal, soit en secret, soit devant les bommes. — Livre Ier des Offices : peinture d'une conscience agitée par le souvenir de ses crimes. — Livre 2 des mêmes Offices-, bonbeur que possède une bonne conscience.
S. Jérôme, Epist. 49 ad Innocenliam, rapporte un exemple signalé de l'intrépidité d'une bonne conscience. — Liv. 16 sur le cbap. 56 d'Isaïe, sur ces paroles : Cor impii quasi mare fervens, il explique le trouble et l'agitation d'une conscience criminelle.
S. Grégoire, Morales, 1, indique les moyens de purifier la conscience. — Au liv. 12e des mêmes Morales, cbap. 21, sur ces paroles du cb. 15 de Job, Sonilus terroris semper in auribus illius : joie de la bonne conscience et inquiétude de la mauvaise.
S. Augustin, sur le Ps. 36e, rapporte quelques exemples du tourment que fait souffrir la mauvaise conscience ; — sur le Ps. 33 il fait voir la peine qu'a un homme de rentrer en soi-même, quand sa conscience est souillée et en désordre. — Il montre la même cbose sur le Ps. 100, à ces paroles : Perambulabam in innocentiâ cordis mei, in medio domûs meœ. — Le même, ou l'auteur des Sermons ad F r air es in eremo, parle de la joie d'une bonne conscience. — Sur le Ps. 45e, il montre qu'il n'y a point de tourment comparable à celui d'une mauvaise conscience; — et sur le Ps. 53e, il s'étend sur le bonbeur d'une conscience nette et exempte de crime.
S. Basile, Homél. 4, De gral. act., parle aussi de la paix et de la tranquillité dont jouit un homme de bien, dans le témoignage que lui rend sa conscience.
Origène, HomiL 13 in Genesim, montre la tranquillité et la paix que cause la bonne conscience.
S. Chrysostôme, Ilomil, 5 in Timoth., fait voir que la conscience est un juge incorruptible. — Ilomil. 25 ad pop. Anlioch., que rien n'est capable d'abattre ou d'attrister un homme de bien, à qui la conscience ne reproche aucun crime. — Ilomil. 17 in 3 Gènes., que Dieu, après avoir créé le pre-
mier homme, lui donna pour juge et pour règle de sa conduite sa propre conscience. — Homil. 1 et 4 de Lazaro : belle peinture du tourment d'une mauvaise conscience.
S. Bernard a fait un livre de la Conscience, où il dit de très-belles choses, et particulièrement dans la seconde partie, où il traite du bonheur et des avantages de la bonne conscience, et des gênes de la mauvaise ; des moyens de conserver l'une et de remédier à l'autre. | — De interiori domo, 22, joie d'une bonne conscience. — V De Consid. 12, horreur dont une âme est saisie à la vue de sa conscience chargée de crimes. — Traité du précepte et de la dispense, ch, 14 : ce qu'il faut faire pour conserver sa conscience pure et nette.
S. Chrysostôme, Homél. 2 sur le Ps. 50e, fait voir qu'il y a des pécheurs dont la conscience est aussi tranquille que celle des justes, mais que ces pécheurs sont frappés du dernier aveuglement.
[Livres spirituels, et autres]. — Gerson, Remèdes contre la pusillanimité, parle savamment des différents états de la conscience.
Louis Blosius a fait sur ce sujet un excellent traité, De Consolatione pusillanimium.
Ste Thérèse, dans une lettre écrite au Père Alvarès, l'un de ses directeurs, dit de très-belles choses sur ce sujet.
Le P. Alphonse Rodriguez a fait un traité des Scrupules, où il y a plusieurs choses qui regardent la conscience.
Le P. Louis de Genade, dans la Guide des pécheurs, chap. 16, parle de la bonne conscience, et la met entre les avantages de la pratique de la vertu.
Le P. Louis du Pont, 1. i du Discours familier avec Dieu.
[Les Prédicateurs]. — Matthias Faber, Conc. 7 in dominic. 2 Adventûs; Conc. 6 in domin. 4 post Epiph.
Essais de Sermons de l'abbé de Bretteville, Mercredi de la Semaine- Sainte.
Le P. Giroust, 4ue?u, 3e prétexte, a un sermon sur la fausse paix de la conscience.
Bourdaloue, 1er avent, 4e sermon.
L'Auteur des Sermons sur tous les sujets de la morale Chrétienne en a un sur la fausse conscience, dans sa Dominicale, 1er dim. après Pâques : — Mardi de raques: de la véritable paix du cœur et du repos de la conscience.
[Recueils]. — Drexelius, in Davide, c. 2 et 20. Louis de Grenade, dans ses Lieux communs. Buseeus, in Viridario, titul. Conscientia bona. Laba.tha, .s œdicantium.
t. ii. j;
Passages, exemples et applications de l'Écriture.
Timebls nocte et die... Manè dices :
Quis rnihi det vesperum ? et vesperè : Quis rnihi det manè ! propter cordis lui formidinem quâ terreberis. Deuteron.
xxviix, 67.
Dabo pavorem in cordibus eorum...
terrebit eos sonitus folii volantis, et ità fugient quasi g ladiu m. Levit. xxvj, 36.
Signatum est super nos lumen vuitûs tui, Domine. Ps. 4.
Die ac nocte gravata est super me manus tua; couversus sum in œrumnâ meâ, dùm conflgitur spina. Ps. 31.
Quoniam iniquitatem meam ego cognosco, et peccatum meum contra me est semper. Ps. 50.
Dabit tibi Dominus cor pavidum et déficientes oculos, et animam consumptam mœrore. Deuteron. xxvm, 63.
Beatus vir qui timet Dominum, in mandatis ejus volet nimis. Ps. 11 1.
Non est pax ossibus meis a fade peccatorum meorum. Ps. 3 7.
Secura mens quasi juge convivium.
Proverb. xv, 15.
Fugit impius, ne-mine persequente :
justus autem, quasi leo confîdens, absque terrore erit. Prov. xxviu, 1.
In timoré Domini declinatur à malo.
Proverb. xvi, 6.
Cùm sit timida nequitia, dat testimonium condemnalionis ; semper enim prœsumit sœva perturbata conscientia.
Sapient. xvn, 10,
Bona est substantia cui non est peccatum in conscientia. Eccli. xiii, 30.
Non est oblectamentum super mentis gandium. Eecli. xxx, 16.
In omni opère tuo , crtde ex fide animœ tuœ : hoc est enim conservatio mandatorum. Eccii. xxxn, 21.
Vous tremblerez jour et nuit ; vous direz le matin : Qui me donnera de voir le soir? et le soir : Qui me donnera de voir le matin ? tant votre cœur sera saisi d'épouvante à la vue des choses terrible» qui se passeront devant vos yeux.
Je frapperai leurs cœurs d'épouvante :
le bruit d'une feuille qui vole les fera trembler ; ils fuiront comme s'ils voyaient une épée nue.
La lumière de votre visage est gravée sur nous, Seigneur.
Votre main s'est appesantie jour et Duit sur moi , je me suis tourné ver3 vous dans mon affliction, pendant que j'étais percé par la pointe d'une épine.
Je connais mon iniquité, et j'ai toujours mon péché devant les yeux.
Le Seigneur vous donnera un cœur toujours agité de crainte, des yeux languissants, et une âme pénétrée de douleur et de tristesse.
Heureux l'homme qui craint le Seigneur, et qui a une volonté ardente d'accomplir ses commandements !
A la vue de mes péchés, il n'y a plus aucune paix dans mes os.
L'âme tranquille est comme un festin continuel.
Le méchant fuit sans être poursuivi de personne ; mais le juste, fort comme un lion, ne craindra de rien.
On évite le mal par la crainte du Seigneur.
Gomme la méchanceté est timide, elle se condamne par son propre témoignage, et, épouvantée par sa couscience, elle se figure toujours les maux plus grands qu'ils ne sont.
Le8 richesees sont bonnes à celui qui est sans péché et à qui sa conscience ne reproche rien.
Jl n'y a point de joie plus grande que celle du cœur.
Dans outes vos œuvres, écoutez votre âme et soyez-lui fidèle : car c'est ainsi qu'on gardel es commandements de Diti.
Impius cùm in profundum venerit peccalorum, conlemnit. Prov. xvui, 3.
Quarè posuisti me contrarium libi, et factus sum mihimetipsi gravis ? Job. vu,
Sonitus terroris semper in auribus illius ; et cùm pax sit, ille semper insidias suspicatur. Job. xv, 21.
Arguet te malitia tua, et aversio tua increpabit te. Jerem. n, 19.
Génies ostendunt opus legis scriptum in cordibus suis. Roman, u.
Tribulatio et angustia in omnem animarn hominis operantis malum. Ibid. 9.
Gloria nostra hœc est, testimonium conscientiœ nostrœ. JI Corintb. i, 12.
Nihil mihi conscius sum; sed non in hoc juslificaius sum. Coriutk. iv, 4.
Habtns fidem et bonam conscientiam, quam quidam repellentes, circa fidem naufragaverunt. 1 Timotb. i, 19.
Cauterialam habentes suam conscientiam. I Timotb. iv, 2.
Vermis eorum non moritur. Marc, ix,
Charissimi, si cor nostrum non reprehenderit nos, (ïduciam habemus ad Deuh. J Joan. m, 21.
Lorsque le mécbant est venu au plus piofond des pécbés, il méprise tout.
Pourquoi m'avez-vous mis dans un état contraire à vous, ennuyeux à moimême ?
L'oreille de l'impie est toujours frappée de bruits effrayants, et il se figure qu'on forme contre lui de mauvais desseins, au milieu de la paix.
Votre malice vous accusera, et votre éloignement de moi s'élèvera contre vous.
Les gentils font voir que ce qui est écrit par la loi est écrit dans leurs cœurs, comme leur conscience leur en rend témoignage.
L'affliction et le désespoir accableront l'âme de tout bomme qui fait le mal.
Le sujet de notre gloire est le témoignage que nous rend notre conscience.
Ma conscience ne me reproche rien ; mais je ne suis pas justifié pour cela.
Conservant la fidélité et la bonne conscience , à laquelle quelques-uns ayant renoncé, ont fait naufrage dans la foi.
Des gens dont la conscience est noircie (de crimes).
Le ver qui les ronge ne meurt point.
Mes biens-aimés , si nous condamne point, l'assurance devant Dieu.
notre cœur ne nous avons de
EXEMPLES DE L'ANCIEN' ET DU NOUVEAU TESTAMENT
[Nos premiers pères]. — Aussitôt que nos premiers pères eurent violé le commandement de Dieu, la honte et la crainte agitèrent leur conscience, avant même que ce souverain juge les eût condamnés : ils fuirent, ils se cachèrent, ils eurent honte de leur nudité, et se couvrirent de feuilles d'arbres. Sur quoi les SS. Pères remarquent que ce ne fut pas proprement la vue de Dieu qui les épouvanta, mais la crainte et la honte de paraître criminels en sa présence, parce que leur conscience commença alors à leur reprocher leur infidélité. Ils ouvrirent les yeux au danger où les exposait la juste colère de leur Créateur, au lieu que , durant leur innocence , ils ne voyaient rien à craindre ni de la part de Dieu ni de la part des créatures. La honte même de se voir nus ne leur donna pas tant do oonfvifion que leur crime, qu'ils ne pouvaient cacher à Dieu, quelque excusa qu'ils alléguaient pour se disculper. Mais la réûexion que nous devoir faire, sur ce premier reproche que la conscience ait fait à l'homme coupais, o-f qne, si <>li<> a causé de si violents mouvomi mu lieu
de délices, pour un seul péché, que ne fait -elle point encore, cette conscience couverte de crimes qu'elle ne peut dérober ni à la vue de Dieu ni à la sienne propre.
[L'exemple de Caïn]. — Il n'est que trop vrai que l'âme trouve son plaisir
dans le péché ; mais la justice de Dieu , qui le suit de près , le punit dès
cette vie par la propre conscience de celui qui Ta commis : car alors la vue
de ce péché, qui faisait ses délices, fait sa peine et son supplice. Caïn était
seul au monde , ou du moins ceux qui y étaient lui étaient unis par les
liens du sang ; il n'y avait point encore de loi qui condamnât le meurtrier
au supplice; et, quand il y aurait eu une loi, on n'avait point érigé de
tribunal pour juger les coupables. D'où viennent donc ces plaintes :
Quiconque me trouvera me tuera? Il craint , il sent déjà la colère de Dieu,
plus redoutable que celle des hommes ; sa conscience l'accuse , et lui fait
voir dans ses frères autant d'ennemis, qui ne respecteront pas plus les'lois
du sang qu'il ne les a respectées lui-même. Mais Dieu ne veut pas qu'on
le tue, afin que son état déplorable serve d'exemple à la postérité ; que ses
malheurs soient comme une voix publique à toute la terre , une loi
vivante, une colonne animée , comme parle S. Grégoire de Nazianze, qui
apprenne aux hommes à ne blesser jamais leur conscience, s'ils ne veulent
être souverainement misérables.
[L'exemple de Balthazar]. — Balthazar était encore dans les plaisirs , au milieu de la débauche, lorsqu'une main traçait quelques caractères inconnus sur les murailles de la salle du festin : son visage pâlit, ses pensées se troublèrent, et ses genoux tremblants se frappèrent l'un contre l'autre. Pensez-vous que sa conscience fût tranquille, pendant que le corps était si violemment agité ? Au contraire, ce n'étaient que les remuements de sa conscience qui causaient dans le corps des mouvements si contraires à sa nature: cette main l'émeut, et, lui découvrant toute l'horreur de ses crimes et de la colère de Dieu contre lui, il ne peut goûter aucun repos. C'est ainsi qu'on craint la colère de Dieu, et que cette crainte agite violemment la conscience quand elle se sent coupable.
[Les frères de Joseph]. — A la vue de quelque péril ou de quelque châtiment de la justice de Dieu, la conscience endormie depuis longtemps se réveille, et rappelle le souvenir d'un péché qui paraissait anéanti , et auquel on ne pensait plus. Les frères de Joseph , se voyant arrêtés et retenus dans une étroite prison par l'ordre de leur frère, devenu ministre d'Etat en Egypte, commencèrent à rentrer en eux-mêmes , à s'écrier : « Nous sommes coupables du sang de notre frère ! c'est pour cela que ce malheur nous arrive. » Ils n'avaient peut-être point pensé à leur crime depuis qu'ils l'avaient commis; ils s'étaient peut-être flattés que Dieu ne l'avait point
va : mais leur conscience, longtemps abusée , ouvre les yeux et voit enfin son malheur.
[Exemple de David]. — David , que sa pénitence a rendu plus cher au Seigneur que ses péchés ne l'avaient rendu odieux à ses yeux, David éprouvait ce cruel témoignage de sa conscience lorsque , les yeux baissés contre terre et le visage noyé de pleurs , il disait : « Miser factus sum , et curvatus sum usquè in finem ; lolâ die contristalus ingrediebar : Je suis accablé de misère, je suis continuellement courbé sur la terre, et je marche tous les jours avec un visage triste. » En vain les seigneurs de sa cour lui représentaient ses conquêtes ; en vain tout conspirait à le divertir et à le rendre heureux : rien ne pouvait lui ôter de devant les yeux l'image de ses crimes. Tantôt le sang, fumant encore , des plaies d'Urie , tantôt l'infamie d'une trahison , tantôt l'horreur d'un adultère se présentent pour l'affliger : Peccaium meum contra me est semper. Ah ! s'écrie-t-il en soupirant, mon péché est toujours contre moi ; si je tâche d'en effacer les traces malheureuses, ma conscience les fait revivre incontinent, et je ne puis trouver un moment de repos : JYonestpax ossibus meisà facie peccatorum meorum.
[Anliochus]. — Antiochus, ayant appris la défaite de Lysias, disait tristement à ses amis : « J'ai dit en mon cœur : En quelle tribulation suis-je venu ? de quelles tempêtes suis-je agité, et, au lieu qu'auparavant j'étais joyeux, je me souviens à présent des maux que j'ai faits à Jérusalem, et que sans sujet j'ai voulu exterminer les habitants de la Judée: Reminiscor malorum quœ feci in Jérusalem. Tant d'injustices et d'oppressions faites par mes ordres; tant d'innocents que j'ai dépouillés de leurs biens et privés de la vie, tant de sacrilèges et de profanations que j'ai commis dans leur temple, sont autant de témoins, de juges et de bourreaux que je vois autour de moi. » (I Mach. 6).
[Job]. — Tel était le repos du^saint homme Job, quand il disait : « Il y a déjà quelque temps que je suis sur la terre; mais ma conscience ne m'a jamais reproché aucun péché. » Tel était celui du grand Apôtre, quand il mettait toute sa gloire dans le témoignage de sa conscience. Tel était celui de David pénitent, lorsque , sûr du pardon que Dieu lui avait accordé et de la satisfaction qu'il avait faite à la justice divine, il disait, dans la joie de son cœur : In justiliâ apparebo conspeclui tuo. N'a-t-on pas vu ensuite 1rs martyrs aller au supplice comme au triomphe, et triompher de joie au milieu des plus effroyables supplices?
APPLICATIONS DE L'ÉCRITURE
[Ce que S. Paul dit de lui-même]. — La conscience de S. Paul ne lui reprochait rien : cependant le témoignage consolant qu'il en recevait no suffisait pas
53 i CONSCIENCE.
pour le raturer contre le souvenir des persécutions qu'il avait fait souffrir à l'Eglise de Jésus-Christ. Dans le cours de ses voyages et des fatigues continuelles de son apostolat , il ne laissait pas de châtier son corps et de le réduire en servitude, de peur qu'en travaillant au salut des autres, il ne fut assez malheureux pour ne pas faire le pien. Ce qui fait voir que sa conscience le laissait craindre, en même temps qu'elle le faisait espérer, et qu'elle faisait tout ensemhle son affliction et sa consolation. En effet, il n'est rien de si douloureux , pour une âme qui aime Dieu , que de ne savoir jamais si elle est digne de haine ou d'amour ; et il est aisé de concevoir que plus l'amour de Dieu est dans un éminent degré, plus cette incertitude est insupportable. C'est pourtant l'état où Dieu laisse tons les justes sur la terre, pour les tenir dans i'humilité.
Convenus sum in œrumnâ meâ, dùm configilur spina (Ps. 32). — N'est-il pas vrai que, quand vous avez quelque épine au pied ou en quelque autre endroit de votre corps , vous ne pouvez dormir en cet état, jusqu'à ce qu'elle soit ôtée ? Ainsi, dit S. Bernard, ce péché que vous avez commis est une épine qui perce votre âme, et jamais vous n'avez de repos ; Tribulalio et angustia in omnem animant hominis operanlis malum , dit l'Apôtre S. Paul. Vous serez toujours dans l'inquiétude, toujours dans les remords de conscience, qui vous rongeront le cœur, jusqu'à ce que vous ayez arraché cette épine par une véritable pénitence : il n'y a que ce seul remède qui soit capable de la tranquilliser, en vous remettant en état de grâce. Le repos de votre conscience vous sera alors plus précieux que tous les trésors de la terre.
Miscuit vobis Dominus spiritum soporis (Isaiae, 29). Et dédit Mis Dominus spiritum compunctionis (Rom. 11). — La fausse tranquillité de la conscience est encore une punition de Dieu, qui permet que le pécheur ne sente plus les remords de sa conscience, et ne soit plus réveillé par les pointes qui le piquaient auparavant , et qui l'empêchaient de trouver son repos dans le péché. De sorte qu'il demeure en cet état comme cloué et attaché , sans que la pensée même lui vienne jamais de faire aucun effort pour en sortir : car c'est le sens de ces paroles de l'Apôtre : Dédit Mis Dominus spiritum compunctionis. Il ne prétend pas nous faire entendre que Dieu leur a donné un esprit de componction , un esprit de pénitence. Au contraire , suivant l'explication de S. Chrysostôme, il veut signifier , par cette façon de parler figurée , que Dieu leur a percé le cœur pour l'attacher à leurs mauvaises habitudes ; comme nous voyons que , pour joindre plusieurs choses ensemble par un même nœud , on fait à chacune une ouverture ; et S. Chrysostôme prétend que Dieu a comme cloué et lié la conscience de ce pécheur avec son péché : Misit spiritum transpunctionis et iransfixionis cumpeccalo.
Scrulare si quid iuorum apud me inveneris (Gènes. 32). — Ce sont les paroles du saint patriarche Jacob lorsque, par Tordre de Dieu, il se retira de la maison de son beau-père Laban. Celui-ci courut après lui, s'imaginant qu'il l'avait volé ; mais Jacob , qui n'avait emporté que ce qu'il avait légitimement acquis par son travail, lui dit : «Visitez tout, et reconnaissez si j'emporte quelque chose qui soit à vous. » Laban, ayant tout visité, ne trouva rien qui lui appartînt. S. Ambroise fait l'application de ces paroles à une âme chrétienne, à qui la bonne conscience rend ce fidèle témoignage devant Dieu, qu'elle a toujours mené une vie pure et innocente. Lorsqu'elle paraîtra au tribunal de Dieu et que le démon l'accusera, elle pourra répondre hardiment ; Scrutare si quid tuorum in me inveneris: Je n'ai rien qui soit à toi; cherche et examine tant que tu voudras ; je n'emporfc rien de ton orgueil et de tes fourberies. Elle sera en assurance, sa conscience ne lui reprochant rien.
Tibi dabo lerram Chanaam (Ps. 104). — C'est une belle remarque de Richard de Saint- Victor, que les Chananéens et les Israélites ont habité successivement la Terre promise , qui est la vraie figure d'une conscience tranquille, puisque Jérusalem même signifie Vision de paix. Les Chananéens étaient alors les plus méchants des hommes, et les Israélites étaient le peuple de Dieu et les plus gens de bien qui fussent au monde en ce temps-là. La môme terre cependant a été possédée des uns et des autres. Ce qui nous marque que deux sortes de gens peuvent avoir une conscience tranquille : ceux qui sont très-bons ou très-méchants, parce qu'ils vivent dans une aussi grande sécurité que s'ils avaient toutes les vertus des gens de bien. Les méchants, dès qu'ils sont descendus dans l'abîme de l'iniquité, méprisent tout, et n'ont plus de crainte de la justice de Dieu ; et les justes, ayant la charité qui chasse la crainte , jouissent d'une grande tranquillité.
Libéral animas teslis fidelis (Prov. 14). — C'est proprement de la bonne conscience que l'on peut dire ces paroles du Sage , parce que c'est véritablement un fidèle témoin, qui non -seulement tient compte de toutes nos actions, de toutes nos pensées et de toutes nos paroles, mais encore porte témoignage qu'elles soirt bonnes et saintes, et justifie toutes nos intentions quand elles sont droites. De plus, libérât animas , elle délivre notre âme de la mort éternelle, de la crainte de la justice de Dieu, et de toutes les injustes accusations de nos ennemis : au lieu que ceux à qui elle no rend point ce fidèle témoignage ne peuvent jamais se mettre à couvert des coups de la justice divine.
Vermis eorum non morilur^ (Marc. 9).— La mauvaise conscience ne peut dtre mieux marquée dans l'Évangile que par le nom et la similitude d'un vri\ On en peut apporter particulièrement trois raisons. La première csf
que, comme le ver ronge le bois et le fruit où il a pris naissance, la conscience de même pique et ronge le cœur de celui qui a commis le péché. La seconde est que , comme le ver ronge continuellement le sujet auquel il s'est une fois attaché, de même le péché, une fois commis, tourmente sans cesse et sans relâche une conscience criminelle. La troisième enfin , que , comme le ver s'engendre odinairement dans les choses douces et meurt dans les choses amères, ainsi le ver de conscience, qui nait de la douceur du péché , ne peut mourir que par l'amertume de la pénitence et par la douleur de nos péchés.
In pace amaritudo mea amarissima (Isaiae, 38). — Il n'y a point de pécheur qui ne puisse dire, au milieu de ses joies imaginaires, ces paroles du prophète: « Dans ma paix, mon amertume est très-amère; dans le calme de mes sens, mon âme est agitée de la tempête; dans la bonne intelligence que toutes mes passions ont avec les objets qui les peuvent flatter, mon cœur est dans le trouble ; mon corps nage dans les plaisirs , et mon cœur est accablé de douleur.
§ iv.
Passages et pensées des SS. Pères.
Humana judicia potest subterfugere mala agens, sed non judicium conscient liœ. Gregorius, 27 Moral. 17.
Quidprodest, siomnes laudent, et conscienliaaccuset? aut quid poterit obesse, ai omnes derogant, et sola conscieniia defendat ? Id. in Ezech. Homil. 9.
Bonarum mentium est culpas agnoscere, ubi culpa non est. Gregor. Epist. ad Augustinum, Angl. Episc.
Bona conscieniia nullius oculos fugit.
Id. Epist. 47.
Félix conscieniia quœ , afflictionis tempore, bonorum operum recordatur.
liierouym. n Comment.
Nullus post culpam impunilati locus est, cùm sit rcatus ipse supplicium. Id. Epist. ad Demetriadem.
Quœ pœna gravior quàm interioris vulnus conscientiœ ? nonne hoc magis
Un malfaiteur peut bien échapper au jugement des hommes, mais non à celui de la conscience.
Que sert d'avoir l'approbation de tout le monde, si notre conscience nous accuse et nous condamne, ou en quoi nous peuvent nuire le blâme et la censure de tous les hommes, si notre conscience nous défend?
C'est le caractère des bonnes âmes de reconnaître des défauts là où il n'y en a point.
Une bonne conscience n'appréhende point que ses actions soient exposées à la vue des hommes.
Heureuse la conscience qui, dans l'affliction, se console par le souvenir de ses bonnes actions !
Nul, après avoir péché, ne peut se promettre l'impunité , puisque son péché même lui tient lieu de supplice.
Y a-t-il un plus grand supplice que la douleur causée par la plaie secrète d'une
PARAGRAPHE QTTATRIExME,
fugiendum quàm mors, dispendium , auxilium, débilitas, dolor ? Ambros. De offic.
Tantus splendor honestatis est, ut vitam beatam efliciat tranquillitas conscientiœ, et securitas innocentiœ. Id.
II Offic.
Quod severius judicium quàm dômesticum, quo unusquisque sibi est reus seque ipse arguit ? Omnia adversa habet qui sibi ipse displicet; ipse suî accusator; ipse suî testis ; nec iîivenit quo fugiat, qui ipse perurget et stimulât. Id.
III De Offic.
Veriùs ac jucundiùs gaudebis de bonâ conscientiâ inter molestias quàm de malâ inter delicias. Aug. De catech. nid.
Jussisti, Domine, et sic est, ut pœna sibi ipsi sit omnis inordinatus affectus. Id. II Conf.
Quidquis malus est malè secum est :
torqueatur necesse est, sibi tormentum est ; ipse est enim pœna sua quam torquet conscientiâ sua : fugit ab inimico quo poluerit, à se quo fugiet ? August. in Ps. 36.
Conscientiâ mala bona sperare non potest. Id. in Psalna. 31.
Conscientiam malam laudantis prœconium non sanat, nec bonam vulnerat convicium. August. contra Petil.
Quid dulcius bonâ conscientiâ ? quœ si non est, et mala est, pungit, et amara sunt omnia. August. sup. cap. ultiin.
Proverb.
Quandb Deus erit judex, alius teslis quàm conscientiœ tuœ non erit. Id. in Ps. 37.
Inter judicem justum et conscientiam tua m, noli timere nisi causam tuam.
August. Ibid.
Quidquid vis, homo , potes fugere, prœter conscientiam tuam; inleriùs nihtl potes habere qu'a fugias à conscientiâ tud, si rodunt te peccata tua. Id. in