‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 4)Chapitre 1 sur 25 · PANÉGYRIQUES · texte numérisé non relu

PANÉGYRIQUES

SAINT ROGH.

AVERTISSEMENT

Deux raisons m'ont déterminé à, préférer ce saint à plusieurs autres, qui m eussent peut-être fourni plus de matière et qui eussent donné plus de champ aux prédicateurs pour un panégyrique. La première est que, étant impossible de trouver des matériaux pour tous les saints, et me voyant obligé de me borner à ceux que Von prêche ordinairement et dans plus d'endroits, S. Roch, selon l 'ordre que je me suis prescrit, m' a paru Vun des plus connus, l'un de ceux dont on parle le plus souvent, à cause de la multitude des églises érigées en son honneur, et des assemblées ou confréries qui, sous son nom, se dévouent au service des malheureux dans les maladies contagieuses. — La seconde est que ce grand saint, dont le caractère particulier de sainteté a été une charité constante à servir les pauvres et les malades dans les hôpitaux, donne lieu aux ministres de V Evangile d'exhorter leurs auditeurs à suivre l'exemple de celui dont ils font V éloge dans le même exercice de charité, en visitant les hôpitaux et soulageant par leurs aumônes ou par quelque autre service, ces pauvres abandonnés, dans ces lieux ou ils manquent le plus souvent de tout. De manière que ce point de morale si important, et dont on parle si rarement dans les chaires, bien traité ici, rendra le panégyrique du saint aussi fructueux qu'il est propre au sujet.

Desseins et Plans.

I. — Semetipsum exinanivit, formant servi aacipiens (Philipp. n). — C'est de Jésus-Christ que S. Paul fait le portrait lorsqu'il dit qu'il s'est anéanti jusqu'à prendre la ressemblance de pécheur. 0 Dieu, quel anéantissement ! un Dieu indépendant des hommes, arbitre souverain de toute la nature, dont la puissance n'a point de bornes, dont l'immensité ne peut être rétrécie par aucun espace, descendre du trône de sa gloire dans le berceau, du sein de son Père éternel dans le sein d'une vierge, se mêler sans distinction avec les pécheurs, et méconnaître sa grandeur jusqu'à prendre la forme d'esclave : c'est un mystère que la raison ne peut pénétrer ; c'est un prodige que la foi admire ; c'est un exemple que tous ceux qui font profession du christianisme doivent imiter. Or, jamais saint ne suivit de plus près cet exemple que S. Roch. Si ce saint, seigneur d'une des plus anciennes villes et des plus fameuses de France, ne s'était rendu recommandable que par son autorité, s'il n'eût exprimé qu'un fond de grandeur naturelle par sa magnificence, par sa fidélité à ses devoirs, par l'équité de ses jugements, par son désintéressement dans tous les offices delà vie civile, sa mémoire n'eût été vénérable au monde que pour un temps, son nom ne serait pas en honneur dans toute l'Eglise, et il n'eût pas trouvé place au livre des saints. S'il est arrivé à ce comble de gloire, il le doit à son anéantissement. Nous voyons tous les jours des puissances s'enfler d'orgueil au milieu des grandeurs qui les environnent, et nous n'en sommes pas touchés; mais l'Eglise expose aujourd'hui à notre piété un jeune seigneur, qui descend du faîte delà gloire à la condition de ses serviteurs les plus vils : c'est ce qui fait notre surprise, et ce qui doit servir de matière à son éloge. Vous allez donc voir, dans l'illustre S. Roch,

1°. — Un saint qui a sacrifié tous les avantages de la naissance et de la fortune, sa vie même, aux intérêts des membres de Jésus-Christ ; 2°. — D'autre part, un Dieu qui a mis tout en œuvre pour relever cet abaissement, et rendre glorieux celui qui a renoncé à sa propre gloire et pris la forme d'un serviteur dans les plus vils ministères des hôpitaux, en servantlcspauvresetlesmalades.Ce sera tout le partage de ce discours.

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