TRAITÉ PRÉLIMINAIRE
Sur la Canonisation des Saints.
Depuis qu'il s'est formé dans le christianisme une infinité d'hérésies, qui toutes combattent le culte et l'honneur que l'on rend aux saints , et qui traitent d'idolâtres ceux qui les honorent et qui les invoquent, l'Eglise romaine n'a rien omis, pour autoriser et justifier ce culte. S'il y a des cérémonies auxquelles elle apporte plus de précautions, c'est sans doute la Canonisation des saints. // est bien juste et tout-à-fait convenable de décerner ce rang d'honneur aux amis de Dieu, pour reconnaître leur mérite en ce monde, pendant qu'il est récompensé d'une gloire éternelle dans l'autre. D'ailleurs, lorsqu'il s'agit de faire rendre ce culte religieux à quelque serviteur de Dieu, le Saint-Siège est d'une exactitude si scrupuleuse dans l'examen de ses vertus, et d'une rigueur si sévère dans le jugement qu'il en porte, que, quand il serait destitué de l'assistance divine, il serait impossible, à en juger selon le? règles de la prudence humaine, qu'il se trompât dans ses décisions sur ce point. Non content d'une vertu distinguée dans les hommes qu'il canonise, il exige une vertu héroïque ; et, quelque diligence qu'il apporte pour s'assurer de cette héroïcité par la déposition authentique de plusieurs témoins oculaires et irréprochables, il veut que le témoignage des hommes soit confirmé par celui de Dieu même. Ainsi, ce n'est pas assez que les hommes attestent avec serment plusieurs actes héroïques des vertus les plus sublimes, il fautqueDiEU autorise leur témoignage, et s'en explique lui-même par la voie des miracles. — // ne faut pas, au reste, s'imaginer que le Saint-Siège admette sans choix toutes sortes de miracles : il n'y a sorte de précautions dont il n'use pour discerner les vrais d'avec les faux. D'environ cent miracles qui furent proposés à la Congrégation pour la canonisation d'un saint des derniers siècles, il n'en approuva qu'un seul, et la congrégation fat suspendue jusqu'à ce qu'il plût à Dieu d'en opè-