I VI
Endroits choisis des Livres spirituels
et des Prédicateurs.
[Naissance et éducation de S. Roch | . — Le saint, si célèbre dans la chrétienté, dont nous faisons l'éloge en ce jour, était d'une des plus nobles familles du Languedoc, et son père était seigneur de Montpellier. Il vint au monde marqué d'une croix de couleur de sang, ce que sa pieuse mère, qui avait souvent demandé à Dieu un fils, prit pour un heureux présage de la sainteté future de ce cher fils. Ce fut aussi ce qui l'obligea de veiller avec un soin tout particulier à son éducation, et de lui inspirer dès le berceau, pour ainsi dire, la piété chrétienne. A peine avait-ii atteint la douzième année de son âge , que , prévenu des grâces de Dieu et éclairé des lumières du Ciel, il commença à se dégoûter des douceurs de la vie du monde, et des délicatesses avec lesquelles on l' élevait. Quelques années après, le père de notre saint, près de quitter la vie, ordonna qu'on fît venir son fils, et lui parla en cette sorte : — Me voici, mon en-
faut, au bout de mon terme, et sur le point d'aller paraître devant Dieu pour recevoir son équitable jugement, selon ce que j'aurai fait de bien ou de mal pendant ce fâcheux exil de la vie présente. Comme rien ne m'est plus cher au monde que vous, et que j'ai mis toutes mes peines jusqu'ici à vous élever selon Dieu, écoutez encore ce peu de paroles qu'il me reste à vous dire : Je vous prie et vous conjure d'avoir toujours un respect infini pour sa divine majesté, de faire toujours toutes vos actions dans le dessein de lui plaire. Ayez gravée dans la mémoire la sainte passion, les souffrances et la mort de Jésus-Christ. Mettez tous vos soins à assister les veuves, les orphelins, toutes les personnes pauvres, accablées d'infirmités et de maladies, ou pressées de quelque nécessité que ce soit. Fuyez l'avarice comme la maladie la plus mortelle qu'il y ait au monde ; gardez l'hospitalité, secourez surtout les vierges qui, pressées de la nécessité, sont en danger de tomber. Ne dédaignez point de servir vos frères, c'est-à-dire tous les malades, de quelque mal qu'ils soient attaqués. C'est ainsi que vous vous rendrez digne des récompenses que Dieu promet à ses élus. — Ce saint jeune homme profita tellement des dignes leçons de son père, qu'il vécut à la cour comme un solitaire, pratiquant dans ce lieu de délices mille austérités ; il y menait une vie semblable à celle des anachorètes. {Tiré des liistoriens de sa vie).
[11 se consacre aux malades], — - S. Roch, après avoir perdu ses parents dég sa plus tendre jeunesse, ne fut pas longtemps sans profiter des instructions qu'il avait reçues de son père. Pour contenter la charité qui le pressait, il vend tout ce qu'il peut de ses biens, et il en distribue l'argent aux pauvres. Il laisse le gouvernement de ses terres à un de ses oncles ; et puis, quittant sa patrie, sa maison, ses proches et ses amis, il va, revêtu d'un habit de pauvre, visiter les lieux saints de la capitale du monde chrétien. C'est avec justice que le Saint-Esprit dit dans l'Ecriture que, quand l'homme donnerait tout son bien pour contenter la charité, il ne croirait encore avoir rien fait. Nous en avons une preuve dans notre saint : son amour n'étant point satisfait d'avoir distribué tout son bien, il fallut encore faire mille sacrifices de sa vie pour le contenter. Ayant appris que l'Italie était désolée par la peste, et que ce fléau de Dieu n'avait fait qu'un cimetière de tout ce beau pays, il part aussitôt, et fait plus de trois cents lieues pour secourir ces peuples affligés. La première ville où il donna des preuves de sa charité fut Acquapendente, dans l'Etat Ecclésiastique. Il entra d'abord dans l'hôpital, où tout était en désordre ; plusieurs malades, et point de remèdes ; beaucoup de misérables, et personne qui se mît en devoir de les soulager. Il presse, il exhorte, il conjure ceux qui ont le moyen de les secourir dans de si pressants besoins; il va même par les maisons chercher de quoi les assister. Enfin, ce saint homme ayant assemblé quelques compagnons pour l'aider dans ce pieux ministère, il vint à bout de délivrer cette pauvre
ville de ce terrible fléau de Dieu, Qui eût jamais pensé qu'un jeune seigneur, de si illustre naissance, eût dû être employé à un si bas office ? qu'un enfant né dans un palais, servi par tant de domestiques, eût dû avoir pour retraite un hôpital rempli d'infection, et que son plus noble exercice eût été de servir des pestiférés ? C'est par là que la charité triomphe de la faiblesse de notre nature ; et, comme elle avait fait descendre le Sauveur de la droite de son Père dans une étable pour remédier à nos misères, elle tira notre saint des délices de sa maison et des vanités du siècle, pour le consacrer à ce pieux exercice.
Ce fut sans doute un spectacle digne de l'admiration du Ciel même, de voir ce jeune seigneur balayer les ordures de l'hôpital, faire les lits des malades, s'en aller parles rues chercher les pestiférés, les charger sur ses épaules et les apporter dans cette sainte maison. Qu'il faisait beau le voir manier avec courage les charbons pestiférés qui consumaient les pauvres tout vivants ; panser les ulcères, percer les aposthumes les plus dégoûtants, et supporter sans dégoût la puanteur et l'infection de ces corps à demi pourris. (Le P. Texier et Biroat).
[Ses prodiges de charité.] — Après avoir servi les pauvres malades dans les hôpitaux d'Acquapendente, l'ardeur de sa charité le porte à Cézène, de Cézène à Plaisance, de Plaisance à Rome : c'est dans cette capitale de l'univers que ce grand saint fit paraître ces expès dans lesquels il consuma sa vie. Représentez-vous ces temps malheureux où les astres ne versent que de malignes influences, où la terre est sèche et aride, où l'air que l'on respire devient mortel, et semble ne porter que des impressions de maladies et des marques de la colère de Dieu. Temps funeste, où l'on vit sans compagnie, où Ton souffre sans espérance, où l'on est contraint de se séparer de ce que l'on chérit le plus, le père de ses enfants, le mari de son épouse, et où les gens de bien, quelque pitié qu'ils aient, gardent toute leur charité pour eux-mêmes. Cette ville gémissait sous ce rude fléau, qui lui enleva un nombre presque infini de ses habitants. Les riches cherchaient dans des retraites éloignées leur sûreté, les pauvres qui étaient contraints d'y demeurer, étaient ou consumés par la faim, ou exterminés par la contagion, et Rome n'était plus qu'un cimetière pour les morts, et un hôpital pour les vivants. Mais ce qu'il y avait encore de plus étrange, c'est que les assistances spirituelles manquaient à tous ces infortunés qui étaient frappés de la peste. La crainte de la mort avait dispersé les pasteurs ; personne n'était assez courageux pour porter le pain de vie aux mourants, qui souffraient, pour ainsi dire, une double mort. S. Roch regarda cette désolation publique comme une moisson abondante que Dieu lui présentait pour exercer sa charité. Qui peut dire combien de malades furent guéris par l'attouchement de ses mains, combien de charbons s'évanouirent par un seul signe de croix qu'il faisait sur les malades, mais surtout combien de personnes sauvées par ses vives
exhortations, qui eussent fini leurs jours par un funeste désespoir ! (Fié" chier, sur un sujet semblable).
[Excellence de la chanté de S. Roc-h.] — On peut juger de la grandeur de la charité de notre saint par la qualité des personnes auxquelles il donne tous les secours inimaginables. Ce sont des pauvres, ce sont des malades dénués de tout secours humain, et que tout le monde fuit avec horreur pour la contagion dont ils sont attaqués. Or, la maladie est une grande épreuve aux personnes même qui sont les plus accommodées et qui ont le moyen de se procurer tous les soulagements nécessaires dans l'état où elles sont réduites. La pauvreté d'ailleurs n'est pas un moindre mal, parce qu'il se fait sentir même dans la plus parfaite santé ; mais ceux que Dieu fait passer par ces deux fâcheuses épreuves ont aussi besoin de deux différents secours : comme malades, ils ont besoin d'être servis, soignés, veillés, pourvus de remèdes, et vous savez à combien de fâcheuses nécessités ce triste état les réduit; et, comme pauvres, ils ont besoin d'être secourus par les aumônes et les charités des fidèles; sans quoi tout le reste manquerait bientôt, et, de quelque zèle qu'on fût porté à les soulager, il serait inutile et sans effet. On peut-juger par là de quel zèle notre saint fut animé, et de quel prix fut devant Dieu le sacrifice qu'il fit de sa vie en se dévouant au service des pestiférés dans les hôpitaux. Qu'il est grand aux yeux des hommes, lorsque, après la mort de son père, il hérite d'une souveraineté et d'une succession opulente ! mais il est bien plus grand devant Dieu distribuant aux pauvres les richesses immenses de sa famille ! Il laisse à son oncle le gouvernement de son Etat pour embrasser une vie pénible et obscure. Qu'il est grand aux yeux des anges lorsque, vêtu en pèlerin, il traverse nu-pieds les Alpes pour aller visiter les lieux saints de là ville de Rome ! Qu'il est grand lorsque, cachant son nom et sa qualité sous un habit de bure, il cherche dans les hôpitaux une triste retraite! Qu'il est grand, lorsque, descendant aux ministères les plus bas, il oublie ce qu'il est, pour secourir les membres de Jésus-Christ, qu'il aime plus que lui-même! Qu'il est grand lorsque, se voyant, partout où il passe, l'admiration des peuples, il rejette les honneurs qu'on lui rend, et se dérobe de ville en ville pour fuir une gloire importune ! Rome le regarde comme un homme envoyé de Dieu ; on court au bruit de ses miracles; on le respecte à cause de sa sainteté ; on le suit par dévotion, on le loue par reconnaissance, on le canonise avec justice ; et plus on publie ses mérites, plus sa modestie le fait rougir. On le reconnaît pour un saint, et lui seul résiste à tous ces honneurs, qu'il croit qu'on lui rend mal à propos ; il se considère comme le plus grand pécheur du monde, et rend fidèlement à Dieu toute la gloire qu'il sait n'appartenir qu'à la divine Majesté. (Anonyme.)
[S, Rocti frappé de la peste], — S, Roch enfin, après avoir servi avec une
constance admirable les pauvres et les malades de toutes les villes où il fit quelque séjour, fut frappé lui-même de la peste, et Dieu permit que cet homme si charitable non-seulement fût persécuté de ses proches, que celui qui avait secouru tant de pauvres fût destitué lui-même de tout secours, mais et enfin, pour éprouver sa fidélité, qu'il succombât sous l'effort du mal dont il avait guéri tant d'autres. Voici comme la chose se passa. Après tant de travaux entrepris pour le soulagement des malades, étant retourné dans son pays, il fut pris pour un espion et jeté dans un cachot ; mais, comme tous ses désirs ne tendaient qu'à mourir sur la croix, il aima mieux être abandonné de ses proches et de ses propres sujets comme un inconnu que de déclarer ce qu'il était. Quel pitoyable spectacle ! quel cœur si dur n'eût été touché de compassion de voir ce grand saint, si charitable, qui avait servi dans tant d'hôpitaux, secouru tant de malades, guéri tant de pestiférés, sauvé la vie, par ses œuvres miraculeuses, à tant de moribonds, lequel n'a pas l'avantage de trouver le coin d'un hôpital pour mourir ! Il meurt donc, abandonné de tout le monde et sans secours, dans le fond d'un cachot. Qui ne serait surpris de voir mourir ce grand saint dans une si triste situation ? j'ose presque dire, qui n'en serait scandalisé ? car cet illustre inconnu, ce bienheureux abandonné, ne pouvait-il pas, en expirant, former les mêmes plaintes que le saint homme Job : Mutatus es mihi in crudelem : votre bonté, ô mon Dieu, s'est changée à mon égard en une extrême sévérité ! Mais non, ce grand homme, persuadé que les croix sont les plus grandes faveurs que Dieu fait à ses élus, accepte avec mille actions de grâces la faveur que lui fait le Ciel de le rendre en cela conforme à l'image du Sauveur crucifié et expirant sur la croix. Anges tutélaires de tant de milliers de malades guéris ou soulagés par notre saint, que ne venez-vous en forme humaine, comme vous fîtes autrefois si souvent, pour secourir cet homme si charitable? Non, ces divins esprits savent bien que, comme S. Roch a été un parfait imitateur de la vie du Fils de Dieu, il faut aussi qu'il l'imite dans sa mort ; et par conséquent il doit expirer abandonné de toute la terre, et en apparence du Ciel même, comme le Sauveur sur sa croix.
Mourez donc, grand saint, dans .un abandonnement entier de toutes les créatures, puisque la divine Providence l'a ordonné de la sorte. Votre solitude et votre délaissement ne durera pas longtemps : il me semble voir les âmes de tous les malades que vous avez secourus, et de tous ces moribonds que vous avez consolés et sauvés par vos soins charitables et par vos salutaires exhortations, qui sortent du ciel pour venir au> devant de vous et vous conduire en triomphe dans le céleste séjour, où leur Sauveur et le vôtre vous réserve toutes les récompenses qui sont dues à vos mérites. Et ce même Dieu, pour cet abandonnement que vous avez accepté avec tant de douceur et de résignation, veut qu'après votre mort vous soyez le secours et le libérateur de tous les peuples qui seront
désormais affligés de la peste, et que, par une infinité de miracles, le pouvoir que vous avez auprès de Dieu éclate dans tous les siècles. (Le P. Texier).
[Charité envers les malades] . — Ce charitable devoir de secourir et d'assister les pauvres malades a cela de plus pressant que toutes les autres aumônes, que Ton ne peut s'en dispenser, comme des autres, sur l'ignorance où l'on pourrait être de leurs besoins. En effet, souvent on ne connaît pas les autres, et l'on n'est pas obligé de les connaître ; quelquefois les pauvres les cachent eux-mêmes par la honte qui leur fait souffrir la plus dure nécessité sans oser la découvrir. Ajoutez qu'il y en a qui feignent leurs misères beaucoup plus grandes qu'elles ne sont, et, pour en voir quelques-uns qui usent de cet artifice afin d'attirer la compassion des riches, souvent leur cœur s'endurcit sur les véritables misères des autres. Mais il ne faut qu'entrer dans un hôpital pour reconnaître les besoins extrêmes de ceux que l'on y voit, puisqu'on n'y reçoit que ceux qui n'ont ni moyens ni ressource d'ailleurs pour subvenir à leurs nécessités. Si la charité était telle qu'elle doit être dans un véritable chrétien, il n'y aurait jamais d'excuse ni de prétexte qui dispensât d'assister ces misérables. La véritable charité donne des yeux pour découvrir les pauvres et les malades, en quelques lieux qu'ils soient ; elle donne des entrailles de miséricorde pour en être touché, sans examiner si leur misère est extrême ou commune ; elle donne des mains pour les soulager, en quelque état qu'ils puissent être. Mais, comme cette charité qui animait autrefois le grand S. Roch est tellement éteinte, on vous expose ces pauvres languissants et on les rassemble dans un même lieu afin d'ôter tout prétexte ou d'ignorer où ils sont, ou de ne pouvoir les aller chercher ; là, leurs plaies sont autant de bouches qui vous parlent et qui implorent votre assistance ; et, s'ils n'ont pas la force de se traîner jusqu'à ws portes pour vous annoncer leurs misères, ils nous chargent de vous les annoncer publiquement dans les temples. Nous sommes les interprètes de leur silence ; nous leur prêtons notre voix pour vous crier : Induite viscera miser icordiœ (Coloss. ni). Partagez au moins, avec le grand saint que l'Eglise honore en ce jour, le mérite d'une si sainte action, et, si vous n'avez pas le courage de les servir comme lui. secourez-les au moins de vos aumônes. (Anonyme).
Premier Évêque de Paris
AVERTISSEMENT
On n'ignore pas que de savants critiques de ce temps ont disputé à la France l'honneur d'avoir eu pour l'un de ses apôtres S. Denys TAréopagite; mais j'ai cru qu'on devait s'en tenir au sentiment du Martyrologe romain, et même de l'Eglise Romaine, et que la critique de ce temps devait céder à une tradition de plus de douze cents ans, et à l'autorité de tout ce qu'il y a eu de grands hommes depuis plus de huit siècles, du concile même de Paris, et du consentement unanime de l'Eglise grecque et latine, comme l'a remarqué Baronws dans ses Notes sur le Martyrologe.
On n'ignore pas non plus les efforts qu'ont faits les mêmes critiques pour attribuer, sur d'assez faibles conjectures, la gloire d'avoir composé les livres tout divins, que V antiquité a reconnu être de S. Denys l'Aréopagite, à un auteur inconnu, qui, pouvant mériter de la postérité une juste reconnaissance et une gloire non commune par un si bel ouvrage en déclarant son nom, aurait pris celui d'un autre sans raison et sans nulle utilité, pour abuser l'Eglise et en imposer à tous les savants, par une fourberie indigne d'un auteur qui ne s'est pas moins acquis d'estime et de réputation pour la piété que pour la science admirable qui paraît dans tousses écrits.
Ainsi, le prédicateur qui entreprend de faire l'éloge de S>. Denys, sans
prendre parti dans cette contestation, doit se contenter d'être lui-même persuadé que le sentiment de V Eglise, de plusieurs conciles et du plus grand nombre des grands hommes, aussi savants, aussi judicieux et aussi éclairés que ces nouveaux critiques, doit prévaloir sur une nouvelle opinion qui ne rendrait pas meilleurs ses partisans, quand même elle les rendrait plus savants. C'est pourquoi, sans y avoir égard, nous donnerons ici ce que nous avons recueilli sur la conversion, la mission et le martyre de S. Denys l'Aréopagite, apôtre de la France et premier évêque de Paris (1).
Desseins et Plans.
Quidam viri, adhœr entes ei, crediderunt ; in quitus et Dionysius Areopagita. — Supposé ce fait historique, rapporté par S. Lue, nous pouvons assurer, fondés sur une tradition immémoriale, et confirmée par le Saint-Siège, que l'apôtre dé la France et le premier évêque de Paris fut ce célèbre Denys, l'un des plus éclairés de l'Aréopage, qui, attaché à la doctrine que S. Paul enseignait, ajouta entièrement foi à ses paroles, et crut les vérités qu'il annonçait. Je puis donc vous représenter S. Denys dans les deux états qui ont partagé sa vie, en vous faisant voir combien il a été grand, soit par rapport à la foi qu'il a reçue, soit par rapport à la foi qu'il a annoncée. Dans le premier de ces états, vous le verrez comme une des plus illustres conquêtes de la foi, et dans le second comme l'un des plus zélés prédicateurs et défenseurs de la foi ; vous verrez :
1°. — Sa docilité à recevoir îa foi, malgré les oppositions qu'y pouvaient mettre et la science et la raison humaines.
2°. — Son intrépidité à annoncer la foi, et à mourir pour la foi, sans craindre ni les tourments ni la mort, assurés pour tous ceux qui annonçaient l'Evangile. (Eloges historiques des Saints).
(1) Ces réflexions d'HouDRY donneraient lieu à une longue dissertation, qu'il serait superflu de mettre ici en note, Nous nous bornerons à dire que l'Eglise de Paris distingue deux saints Denys, celui d'Athènes, et celui qui serait venu évangéliser les Gaules au ue ou au iue siècle, La liturgie parisienne est expresse sur ce point. (Edit.)
II. — Mirificavit Dominus sanctum suum (Ps. 4). — Les hommes peuvent être considérés en trois états : dans leur naissance, dans leur vie, dans leur mort. — Dans leur naissance, ils ne sont que faiblesse ; dans tout le cours de leur vie, ils sont sujets à mille travaux et mille adversités, et leur mort est le comble de toutes les douleurs. — Mais, dans quelque état que Ton considère les saints, on les voit partout admirables. Si on les regarde dans leur naissance spirituelle ou dans leur vocation au christianisme, ils sont remplis de lumière ; si on les voit dans leur vie et dans leurs emplois, ils sont remplis de grâce ; si on les considère dans leur martyr ou dans leur mort, ils sont remplis de force. Tous ces avantages conviennent aux saints en général, mais ils paraissent avec un merveilleux éclat dans le grand S. Denis.
1°. — Il est tout admirable dans sa conversion, qui fut très-sincère, nonobstant les contrariétés apparentes qu'il pouvait souffrir du côté de la raison.
2°. — Il est tout admirable dans sa mission, n'ayant pas plus tôt reçu la foi qu'il en veut faire part aux autres.
3°. — Il est tout admirable dans son martyre, ayant souffert avec une constance étonnante plutôt que de quitter la foi qu'il avait embrassée.
Lorsque Dieu convertit un infidèle ou un pécheur, il produit dans son esprit une lumière qui lui fait connaître son erreur et son péché : car le péché, en même temps qu'il prend possession d'une âme, la remplit de ténèbres, qui sont dissipées par la lumière de la grâce lorsqu'il vient à se convertir. Lorsqu'un savant qui a été dans l'erreur se convertit après avoir eu beaucoup de sectateurs dans son égarement, il entraîne aussi beaucoup d'imitateurs par sa conversion. Mais quand cet infidèle, ce pécheur, ce savant, après avoir été éclairé, parvient à un tel degré de générosité que de souffrir la mort pour soutenir la vérité une fois connue on peut assurer qu'il est tout admirable, et c'est là le véritable portrait de S. Denys. Il avait ces trois nouvelles qualités : il était infidèle, il était pécheur, il était savant ; je dis savant de cette science humaine qui n'est qu'une pure vanité. Mais, ayant été tiré du péché et éclairé par la lumière de la grâce du Sauveur, il vint à un tel point de courage et de constance, qu'il n'y eut plus /,de supplice qu'il ne souffrît, et enfin la mort, plutôt que de renoncer l'Evangile, auquel il avait cru, à la parole de l'Apôtre. (Essais des Panégyriques).