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Les Sources,
L'auteur du livre intitulé Arbor vitœ Crucifixi. Cet auteur est le savant Hubertin de Casai, qui avait vu ou pu voir S. François vivant sur la terre, et qui a fidèlement rapporté l'apparition du Sauveur et de sa sainte Mère, et tout ce qui s'est passé dans l'indulgence de la Portioncule.
Barthélémy de Pise, si célèbre par sa profonde érudition et sa grande vertu, II Conformit. % fait une ample et honorable mention de cette même indulgence, et de la manière dont elle a été accordée à S. François,
Les Annales des Mineurs, année 1223 et 1226, où toute l'histoire est rapportée, avec les attestations nécessaires pour l'autoriser.
Bartholus de Assisio, traité particulier sur cette indulgence.
S. Bernardin de Sienne, Serm. 2, rend un témoignage authentique tant de la vérité de cette indulgence que de la manière dont elle a été obtenue.
S. Antonin, III Summœ hist., tit. 4, § 3, rend le même témoignage.
Le livre intitulé Spéculum vitœ B. Francisci.
Marcus Olisiponensis. lib. 2, cap. 2.
Mortanus Florentinus. lib. 2, c. 22.
Franciscus Maurolicus et Molanus, dans leurs Ménologes.
Le cardinal Bellarmin, II de ïndulgentiis, 26, réfute Kemnisius, qui a traité de Fable cette indulgence.
L'auteur du livre intitulé Histoire critique et anticritique de l'indulgence de la Portioncule a parfaitement ramassé toutes les preuves, les autorités et les témoignages qui rendent la vérité de cette indulgence incontestable, et a si bien satisfait à tous les doutes qui peuvent naître à ce sujet et à toutes les objections que quelques nouveaux critiques y ont opposées, qu'il n'y a point d'esprit raisonnable qui ne se doive rendre.
Fromentières a deux sermons à ce sujet.
Bourdaloue, Sermons pour les fêtes des saints.
Sermons sur tous les sujets (Houdry).
Discours chrétiens sur les principales fêtes de Vannée.
LA FORTIONCULE,
Passages, Exemples, Figures et Applications de l'Écriture.
lste paupei' clamavit, et Dominas exaudivit eum. Ps. 33.
Unam petit à Domino, hanc requiram.
Ps. 26.
Orant.es inloco isto... exaudi eos in cœlo, et dimitte peccata servorum tuorum. III Reg. vin, ^C.
Desiderium pauperum exaudivit Domi* nus. Ps. 9.
Posiula quod vis ut dem tibi. III Reg. m, 5.
Domum tuam decet sanctitudo. Ps. 92.
Zelusdomûs tuœ comedit me. Ps, 68.
Ampliùs lava me ab iniquitate meâ, et a peccato meo munda me. Ps. 50.
Jniquitates meœ supergressœ sunt caput meum, et sicut omis grave gravatœ sunt super me. Ps. 37.
Si iniquitates observaveris. Domine, Domine, quis sustinebit? Ps. 129.
Misericordiam et judicium cantabo tibi, Domine. Ps. 100.
Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris. Isaiee xn, 3.
Ecce nunc tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis. II Cor. vi, 2.
Spiritus Domini misit me ut mederer contritis corde, et prœdicarem captivis indulgentiam. Ezec. lxi, \.
Exhortamur ne in vacuum gratiam Dei recipiatis : ait enim : Tempore accepto exaudivi te, et in die salutis adjuvi te. II Cor. vi, 1.
Deus, qui dives est in miserivordiâ, ut ostenderet in supervenientibus sœculis abundàntes divitias gvatiœ suœ. Ephes. n, 4.
Çopiosa apud Deum redemptio, Ps. 129.
Ce pauvre a prié, et le Seigneur l'a exaucé.
J'ai demandé au Seigneur une seule chose, et je la rechercherai uniquement.
Seigneur, écoutez du haut des cieux ceux qui prient en ce lieu, et pardonnez les péchés de vos serviteurs.
Le Seigneur a exaucé le désir des pauvres.
Demandez ce que vous souhaitez, et je vous l'accorderai.
La sainteté doit être l'ornement de votre maison.
Le zèle de la gloire de votre maison m'a dévoré.
Lavez-moi de plus en plus de mon iniquité, et puriliez-moi de mon péché.
Mes iniquités se sont élevées au-dessus de ma tête, et elles se sont appesanties sur moi comme un fardeau insupportable.
Si vous observez, Seigneur, nos iniquités, qui pourra, Seigneur, subsister devant vous ?
Je chanterai, Seigneur, devant vous votre miséricorde et votre justice.
Vous puiserez avec joie des eaux de grâce dans les fontaines du Sauveur.
Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut.
L'esprit du Seigneur m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé , et pour prêcher la liberté à ceux qui sont captifs.
Nous vous exhortons à vous conduire de telle sorte que vous ne receviez point en vain la grâce que Dieu vous fait': car il est dit : Je vous ai exaucé au temps favorable, et au jour du salut j'ai été votre secours.
Dieu, qui est riche en miséricorde, veut faire éclater dans les siècles à venir les richesses abondantes de sa grâce.
On trouve en Dieu une rédemption abondante.
Remisisti iniquitatem plebis tuœ, operui- Vous avez remis l'iniquité de votre
sti omnia peccata eorum. Ps. 84. peuple, vous avez couvert ses péchés.
Ego autem libentissimè impendam, et su- Je donnerai volontiers tout ce que j'ai,
perimpendar ipse, pro animabus vestris. et je me donnerai encore moi-môme
II Cor. xn, 15. pour le salut de vos âmes.
Hœc requies mea, hic habitabo quoniam C'est ici le lieu de mon repos, c'est la
elegi eam. Ps. 131. demeure que j'ai choisie.
Audivi orationem tuam% et elegi locum J'ai écouté votre prière, dit le Sei-
istum mihi in domum sacrificii. II Para- gneur, et j'ai choisi cette maison pour y
lip. vu, 12. exercer un sacrifice de miséricorde.
Oculi mei erunt aperti et aures meœ J'aurai les yeux ouverts, et les oreil-
erectœ ad orationem ejus qui in loco isto les attentives à la prière de celui qui
oraverit. Ibid. 15. viendra en ce lieu implorer ma miséricorde.
EXEMPLES ET FIGURES DE L'ECRITURE
[Salomon priant pour le peuple]. — Le grand S. François , prosterné dans l'Eglise de la Portioncule comme autrefois Salomon dans le temple de Jérusalem, implorait la miséricorde de Dieu pour le salut des pécheurs. Le cœur de Salomon était droit, ses intentions étaient pures ; il n'avait en vue que la gloire du lieu saint et la sanctification du peuple : aussi ne demande-t-il au Seigneur ni l'abondance des biens de la terre, ni un royaume florissant, ni la défaite et la ruine de ses ennemis ! mais il se borne, dans sa prière, à demander que toutes les nations respectent le lieu consacré au Seigneur et que son peuple y soit exaucé : Orantes in loco istO) exaudi eos in cœlo, et dimitte peccata servorum tuorum. Le séraphique François, avec des vues aussi dégagées que celles de ce prince, abattu au pied du saint autel de l'église de la Portioncule, ne demande rien pour lui-même ; il s'oublie pour ne se souvenir que des pécheurs les plus abandonnés, et il conjure le Sauveur de lui accorder le pardon de leurs crimes lorsqu'ils viendront avec un cœur contrit s'humilier et implorer sa miséricorde : Orantes in loco isto, exaudi eos in cœlo, et dimitte peccata servorum tuorum. Si, dans une loi où la crainte seule était ordinairement l'âme de toutes les prières, où Dieu ne voyait pas encore, au moins de si près, Jésus-Christ priant pour ses serviteurs, puisque les prophètes ne le regardaient que comme de loin, néanmoins Salomon est exaucé, quel succès ne devait point avoir une prière faite sous la loi nouvelle, qui est une loi d'amour, par S. François, en qui le Père éternel voyait l'image de son Fils toute vivante ? Si hcec timentibus, quid amantibus? dit S. Augustin.
Nous avons dit que le grand S. François avait imité la demande de Salomon, à qui Dieu avait laissé le choix de ce qu'il souhaiterait ; mais je puis maintenant ajouter que, comme Dieu accorda si parfaitement à ce prince la sagesse, qu'il désirait avec tant de passion pour le bien et pour l'intérêt de son peuple, qu'il la posséda dans un degré si éminent
qu'il y surpassa tous les souverains qui l'avaient précédé, de même ce grand saint, poussé du zèle ardent dont il était embrasé, ayant préféré l'intérêt des pécheurs au sien propre, et demandé pour nous la remise entière de toutes les peines dont nous étions redevables à la justice divine, il reçut en notre faveur ce gage et cet effet de la miséricorde de Dieu, avec une telle libéralité et avec une telle abondance, que jamais, devant ni après, aucune indulgence n'a surpassé celle qui lui fut accordée, ni dans sa certitude, ni dans son étendue, ni dans sa durée, qui sont les qualités qui la relèvent, et qui doivent imprimer dans nos cœurs une estime toute singulière pour une telle profusion delà miséricorde divine, et pour ce saint patriarche qui nous Fa obtenue par ses ferventes prières.
[La prière de Moïse et des prophètes]. — Qui n'admirera l'excès de la bonté divine, qui, touchée de la prière d'un seul homme, je veux dire de François d'Assise, condescend à lui accorder une grâce, si extraordinaire pour tous les hommes ? Jamais le Seigneur accorda-t-il rien de semblable à Moïse, à David, aux patriarches de l'ancienne loi ? Moïse sollicite auprès de Dieu le pardon d'une petite troupe de criminels, et à peine l'obtient-il. David intercède pour un peuple innocent, et il est refusé. N'en soyons pas surpris: quand Moïse et David priaient, les cieux semblaient être fermés ; Dieu n'avait pas encore ouvert tous ses trésors ; c'étaient des saints, mais de l'ancienne loi. Les peuples attendaient, à la vérité, le Messie ; mais il n'avait pas montré les excès de son amour pour les hommes ; cela était réservé pour la loi nouvelle, et c'était dans celle-ci qu'il devait répandre l'abondance de ses grâces, principalement sur les petits, sur les humbles et sur ceux qui devaient imiter plus parfaitement le Messie, non plus attendu mais venu, par leur vie humble et crucifiée, tel qu'était le grand patriarche François d'Assise.
Pour comprendre la grandeur de la grâce que François obtient en votre faveur, imaginez-vous que vous êtes redevable d'une somme immense, qui surpasserait mille fois tout votre bien; que vous êtes pressé et poursuivi par un créancier puissant, qui, pour en tirer ce qu'il pourra par les voies de la justice, fera décréter vos terres, vendre vos meubles, et qui, après avoir fait arrêt sur tout ce qui vous appartient, vous confinera vous-même dans une étroite prison, jusqu'à ce que vous l'ayez entièrement satisfait: mais quo, réduit à cet état pitoyable, le plus intime ami de votre créancier, une personne à qui il ne peut rien refuser, qu'il veut obliger à quelque prix que ce soit, lui demande par grâce, ou pour récompense ou par amitié, la remise de votre dette, avec l'élargissement de votre personne et une quittance en bonne forme de toute la somme que vous lui devez, sans pouvoir vous inquiéter à. l'avenir. Ditesmoi, que penseriez-vous de cet ami et de sa générosité là, votre égard ? Que si c'était une personne à qui vous fussiez inconnu, qui n'aurait nulle liaison avec vous que celle de la charité, en concevriez-vous une plus
désintéressée, un cœur plus obligeant ? Vous concevez sans doute ma pensée et vous pénétrez ce que je veux dire. Cette personne si obligeante, si désintéressée, est le grand François d'Assise, qui, sans nous connaître, a obtenu pour nous auprès du grand créancier, qui est Dieu, par cette abondante grâce qu'il demande aujourd'hui, la remise des dettes immenses dont nous sommes redevables à la divine justice.
[Moïse voulant apaiser la colère de DieuJ. — Nous voyons , dans l'Ecriture, que, Dieu voulant perdre les Israélites, et leurs continuelles révoltes ayant lassé sa patience, Moïse, qui ne pouvait souffrir leur destruction, employa tout ce qu'il avait de crédit auprès du Seigneur pour obtenir leur grâce , jusqu'à consentir, selon quelques interprètes, qu'il fût luimême effacé du livre de vie plutôt que de les voir périr. Il se mit donc entre Dieu et ce peuple, et ses prières eurent tant d'efficace, que les foudres tombèrent des mains du Seigneur, qui, semblable, selon notre manière de concevoir, à un homme qu'on retient dans son emportement, lui dit : « Moïse laisse-moi faire, afin que je me venge de ces coupables : Dimitte meut irascatur furor meus. » C'est là ce que fait S. François. Il arrête la colère de Dieu près de tomber sur les pécheurs, il suspend l'exécution de ses vengeances, il se met entre Dieu et eux, très-content s'il se fait leur victime, si, s' exposant à tous les traits de la justice du Seigneur, et épuisant, pour me servir des paroles du prophète, son indignation, il les réconcilie à leur père.
| Mardochée] . — Toute la nation juive ayant été condamnée à mort par la sollicitation du superbe Aman, et l'exécution de ce triste arrêt devant bientôt suivre, Mardochée, qui en fut averti, en conçut une douleur extrême. Il fut trois jours et trois nuits sans boire et sans manger ; il déchira ses habits, il répandit de la cendre sur sa tête, et, couvert d'un sac, il se mit à crier, avec ce triste appareil, dans toutes les places publiques, et même jusqu'à la porte du palais du roi, déplorant le malheur de sa nation et cherchant à apaiser, par quelque moyen que ce fût, l'indignation d'Assuérus. Vous voyez bien ce que je veux dire, et vous vous représentez déjà François d'Assise, qui, par des austérités et des mortifications extraordinaires, s'abat de douleur dans la chapelle de la Portioncule, et qui, sachant que le Roi des rois a la foudre à la main pour la lancer contre les pécheurs, fait tous les efforts possibles pour l'apaiser. Mais, comme Mardochée savait qu'Esther avait beaucoup de pouvoir sur l'esprit de ce prince, il la fit avertir de ce qui se passait. Il lui représenta qu'étant elle-même juive et ayant une tendresse singulière pour ceux de sa nation, c'était principalement en cette rencontre qu'elle devait leur donner des marques de sa charité et de sa royale protection. Aussi écouta-t-elle la prière de Mardochée ; et, s' étant présentée au pied du trône d'Assuérus, qui lui demanda ce qu'elle souhaitait de lui, elle en
obtint une grâce universelle pour tous les Juifs. Vous sentez déjà l'application que je veux faire de ce trait de l'Ecriture, tant il est naturel et propre à mon sujet. François d'Assise, accablé de douleur autant que d'austérités, est persuadé que la sainte Vierge, cette charitable Esther qui a autrefois vécu parmi nous, n'a pas perdu dans son élévation les sentiments d'affection et de tendresse qu'elle avait pour les pécheurs, à qui elle doit une partie de sa gloire : c'est donc à elle qu'il s'adresse ; c'est son secours et sa protection qu'il implore, et il le fait avec tant de succès., que le Fils de Dieu dit à sa mère en cette rencontre ce qu'Assuérus dit autrefois à la reine Esther : Quœ est petitio tua, Esther, ut detur tïbi ? et quid vis fieri? Que demandez-vous, afin que je vous l'accorde ? et que voulez-vous que je fasse ? — « Ce que je demande, répond la Vierge sainte, est que, si j'ai trouvé grâce devant vous, vous pardonniez à ce peuple pour qui je prie. » Voilà la figure accomplie. François craignant, pour sa bassesse, d'être refusé, a recours à une intercession plus puissante, et à laquelle il savait qu'il n'y avait point de refus à craindre. Aussi l'humilité de ce grand saint obtint-elle l'effet de ses prières. Quelle plus grande grâce les pécheurs pouvaient-ils souhaiter ?
[Nathan]. — Quand il fut question de réprimer l'insolence d'Adonias, qui voulait impérieusement régner sur Israël, le prophète Nathan avertit Bethsabée de ce qui se passait et lui dit : « Parlez au Roi; représentezlui la misère que souffrent ses sujets de se voir assujettis à une si dure domination. Je ne manquerai pas de me trouver à la cour avec vous, et. j'appuierai autant que je pourrai ce que vous lui aurez dit. Adhhc ibi te loquente cum rege, veniarn post te, et complebo sermones tuos. » Il se passe ici quelque chose de semblable, avec cette différence néanmoins que S. François, représenté par Nathan, expose au Fils de Dieu et de David la misère des pécheurs, assujettis par leurs désordres à l'esclavage du démon, et que la très-sainte Vierge, figurée par Bethsabée, intervient dans cette importante cause, et la fait réussir par son crédit. François demande une indulgence plénière pour les pécheurs, et la mère de Dieu appuie sa prière.
[La piscine probatique], — Nous pouvons, en quelque manière, préférer l'indulgence plénière de la Portioncule à la piscine probatique. Dans celle-ci, celui qui voulait obtenir sa guérison attendait quelquefois un long temps, et, s'il n'était pas le premier lavé, il n'était point guéri ; car celui-là seul était rétabli en santé qui passait avant les autres. Ajoutez qu'il n'y avait que les maladies du corps qui y fussent guéris. Mais, par l'indulgence de la Portioncule, des milliers de pécheurs peuvent être guéris des maladies de l'âme, et souvent des corps, puisque la source de leurs maladies est, pour la plupart, le péché. Ne dites plus, comme le paralytique de l'Evangile, que vous n'avez point d'homme pour vous jeter
dans l'eau de la piscine probatique, dans cette piscine évangélique où vous pouvez trouver la guérisori de tous vos maux : Hominem non habeo. Le voici, cet homme charitable ; vous l'avez trouvé en la personne de François d'Assise. C'est lui qui s'offre à vous descendre dans le bain salutaire de la grâce ; il portera même ce bain par toutes les parties de la terre où il y a des maisons de son ordre, afin de prévenir l'impuissance où vous seriez de la venir chercher. Mais que dis-je ? vous l'avez trouvé cet homme charitable, qui vous manquait pour vous descendre dans les eaux de la grâce ; mais, de plus, vous avez en lui l'ange même qui descendait du ciel pour donner le mouvement aux eaux de la piscine. Oui, il est cet ange, et cet ange sans doute sans lequel l'eau de la grâce qui vous sanctifie aujourd'hui ne serait pas en mouvement pour votre salut.
[Le prix des indulgences], — On ne peut assez déplorer la tiédeur de plusieurs, qui négligent un moyen si favorable et si aisé de satisfaire à la justice de Dieu. Je leur dirai ici la même chose que les serviteurs de Naaman lui dirent pour l'obliger à faire ce que le prophète Elisée lui avait ordonné pour être guéri de sa lèpre. Ce prophète ne l'avait obligé qu'à se laver sept fois dans le Jourdain ; et, comme cette condition lui avait paru trop aisée et ce remède trop commode, il ne pouvait se résoudre à s'en servir, croyant peut-être que ce remède serait inutile parce qu'il était si facile. Il était sur le point de s'en retourner en Syrie, lorsque quelques-uns de ses gens lui représentèrent que la facilité du remède devait l'engager plus que toute autre chose à s'en servir. « A quoi pensez-vous, seigneur, lui dirent-ils : votre voyage sera donc inutile ? Si le prophète vous avait ordonné ce qu'il y a de plus difficile, vous auriez dû vous y assujettir : et vous vous fâchez de ce qu'il ne vous demande qu'une chose très-aisée. » Permettez-moi de vous en dire autant. Si Dieu agissait avec voug selon la conduite ordinaire de sa justice, il se réserverait, après vous avoir remis vos péchés, de vous en faire ressentir la peine dans le purgatoire, où vous seriez peut-être pendant plusieurs siècles : et maintenant qu'il veut bien vous purifier de cette lèpre et vous remettre cette peine par une indulgence plénière, pourvu que vous visitiez quelques églises et que vous disiez quelques prières, n'êtes-vous pas bien cruels à vous-mêmes de négliger un si facile remède ? Il vous offre la grâce, et, afin que vous n'en doutiez pas, il autorise par lui-même la vérité de sa promesse, et l'accorde en propre personne, en présence de sa sainte Mère, à son serviteur le grand François d'Assise !
| Les apparitions aux patriarches], — Lorsque le Sauveur et sa très-sainte Mère apparurent à S. François dans laPortioncule, l'un pour lui accorder la grâce qu'il demandait avec instance, l'autre pour lui servir de médiatrice, ce ne fut ni une vision ni un songe ; quoique tout y fût mystérieux,
tout y est en même temps effectif et réel. Abraham disait qu'il parlerait à Dieu parce qu'il était cendre et poussière : et François lui parle parce qu'il est plus petit par son humilité et plus desséché par ses mortifications que la cendre. Jacob avait vu le Seigneur ; encore n'était-ce qu'en songe, parce qu'il dormait avec autant de tranquillité, dans sa pauvreté, que s'il avait joui de tous les trésors de l'univers : et François, le plus pauvre de tous les hommes, le voit en vérité, parce que, dépouillé de tout bien, il s'est uniquement abandonné aux soins de sa providence. Moïse l'avait vu dans un buisson ardent, parce qu'il devait être le père d'un grand peuple, le médiateur des Juifs auprès de Dieu, le fléau et le destructeur de Pharaon : et François, ce nouveau Moïse du treizième siècle, voit le Sauveur dans la chapelle de la Portioncule, qui est comme le berceau de son ordre, parce qu'il est choisi pour être un grand patriarche, pour amener de l'Egypte du siècle une infinité d'enfants dans la solitude du cloître, pour demander et obtenir des grâces immenses en faveur des pécheurs.
— L'indulgence que le Sauveur eût eu de la peine à accorder à son serviteur François, quoique juste et fidèle, il l'accorde à la prière de la sainte Vierge. Eh ! que ne lui accorderait-il pas? Ne diriez-vous pas que S. François fait ici le personnage de Joab, général des troupes de David, lequel, n'ayant pu persuader à ce prince de pardonner à son fils Absalon, va chercher la veuve thécuite, si recommandable par sa sagesse et par son crédit, pour obliger ce prince, par les charmes de son discours, à accorder la grâce à ce fils dénaturé ? — « Nous mourons tous, dit-elle, et nous nous écoulons sur la terre comme des eaux, et cela sans retour : c'est pourquoi je suis venue parler à mon seigneur et le supplier de nous délivrer, moi et mon fils, de la main de nos ennemis. » Alors le roi dit à cette veuve : « N'est-il pas vrai que tout ce que vous venez de me dire est une adresse de Joab ? — C'est en effet, dit cette femme prudente, votre serviteur Joab qui m'a donné cet ordre. » — Si la Sainte Vierge n'a pas besoin que François lui montre la manière de toucher le cœur de Jésus-Christ à l'égard des pécheurs, du moins sontce les intentions et les prières de François qu'elle présente au Fils de Dieu ; elle aurait pu dire, comme David à la Thécuite : « C'est une adresse de François. » Quoi qu'il en soit, le Sauveur dit à François des paroles équivalentes à celles de David à Joab : Ecce placatus feci verbum tuum: vous m'avez apaisé, et je vous accorde la grâce que vous me demandez. Allez ; rappelez les pécheurs, et leur dites que leurs péchés leur sont remis, et qu'en entrant dans cette église avec les sentiments d'une véritable pénitence, ils y gagneront l'indulgence plénière que vous sollicitez pour eux.
[Le cénacle]. — A considérer la cérémonie dans laquelle fut accordée à S. François cette grande indulgence de la Portioncule, ne peut- on pas ja comparer à la solennité du plus haut jubilé que Dieu accorda jamais aux hommes, lorsque le Fils de Dieu leur envoya son Saint-Esprit? Les rapports me paraissent tout semblables. La descente du Saint-Esprit dans le cénacle de Sion fut le berceau du christianisme et des mystères les plus augustes de la religion, et la descente du Fils de Dieu et de sa sainte Mère dans la Portioncule a rempli l'Eglise des prodiges les plus surprenants et les plus glorieux. A la descente du Saint-Esprit dans le cénacle, les Apôtres reçurent une autorité souveraine pour prêcher l'Evangile et communiquer les grâces du Saint-Esprit. S . François , dans la Portioncule, obtient du Sauveur une liberté apostolique et une force de parole et d'œuvre pour persuader une indulgence accordée pour le salut des pécheurs. Le ciel, à la descente du Saint-Esprit, remplit tout le cénacle des flammes du feu divin pour purifier les apôtres et les disciples, et ensuite les hommes par leur ministère ; dans la vision céleste de François, on vit descendre du ciel une source de grâces pour purifier les âmes des pécheurs pénitents. Le cénacle fut le premier sanctuaire où Dieu fit part aux hommes, en la personne des Apôtres et des autres assistants, des dons les plus éminents de sa libérale magnificence : et l'église de la Portioncule fut comme un autre sanctuaire où la miséricorde de Dieu sembla tellement s'épuiser, pour ainsi dire, en faveur des pécheurs, que les souverains pontifes furent obligés d'y donner leur consentement.
APPLICATIONS DE QUELQUES PASSAGES DE L'ÉCRITURE
Iste pauper clamavit,et Dominus exaudivit eum (Ps. 33). — Comment Dieu eût-il pu se défendre de la prière d'un homme qui lui disait avec la même confiance que les Apôtres : Seigneur, j'ai quitté tout, et je me suis réduit pour vous à l'état d'une pauvreté qui n'a point encore été vue ni pratiquée dans le monde. J'ai engagé des milliers de personnes à l'embrasser comme moi. Voyez, mon Dieu, quelle grâce vous voulez nous accorder : Ecce nos religuimus omnia et secuti sumus te : quid ergo erit nobis ? Vous nous offrez la vie éternelle, et nous l'acceptons : mais souvenez-vous, Seigneur, que vous nous l'avez déjà promise par d'autres titres : vous nous parlez d'un centuple sur la terre, nous ne vous le demandons point ; et j'ose vous dire, au nom de tous mes frères et en mon nom, que nous n'y prétendons rien. Nous chercherons donc, ô mon Dieu, dans les trésors de votre miséricorde, quelque autre grâce plus conforme à l'état de vie où vous nous avez appelés; et puisque vous voulez bien que je vous explique sur cela mes desseins, ah ! Seigneur, pardonnez à ce peuple, et
accordez à tous ceux qui viendront ici vous invoquer, l'entière rémission de leurs péchés.
Prœparationem cordis eorum audivit auris tua (Ps. 10). — Que la prière est agréable à Jésus-Christ, et qu'elle est puissante auprès de lui, puisqu'il va fouiller jusque dans les plus secrets replis des cœurs de ceux qui l'aiment pour leur accorder leurs demandes avant même qu'ils leslui présentent! qui est-ce qui aime le Sauveur avec une plus ardente affection que S. François, sur qui ses plaies paraissaient tellement marquées, et aux mêmes endroits, qu'on ose dire qu'il était comme un autre Jésus-Christ? Il n'attend donc pas que ce grand saint ouvre la "bouche pour l'écouter ; il écoute les mouvements de son cœur sur l'indulgence de la Portioncule ; et, si l'Ecriture nous dit que Moïse parlait si fort en priant sur la montagne que Dieu lui en fit, ce semble, un reproche, quoique ce prophète ne prononçât aucune parole, mais qu'il exposât les désirs de son cœur, ici, de même, le Fils de Dieu entend les désirs du cœur de François ; il entend son amour qui prie ; et quoique la grâce qu'il demande pour tous les pécheurs lui soit accordée par l'intercession de la Sainte Vierge, ce divin Sauveur l'avait déjà accordée; son cœur y était disposé à la vue des désirs du cœur de François et de la glorieuse Vierge. — Apprenez par là à ne point tant prier des lèvres que du cœur, pour ne point tomber dans le reproche que fait le prophète lorsqu'il dit que le peuple Juif ne priait que des lèvres, et que son cœur était éloigné de Dieu. Prions de cœur ; entrons dans ce secret et dans ce sanctuaire, persuadés que le Père céleste, qui voit dans le secret, nous entendra. La multiplicité des paroles convient mieux aux païens, qui en usent ainsi comme s'ils voulaient instruire leurs dieux de leurs besoins ; mais le Dieu que nous adorons sait tout ce qui se passe dans nos cœurs, et il écoute jusqu'à nos moindres désirs lorsque c'est l'amour qui les forme.
Istepauper clamavit, et Dominus exaudivit eum (Ps. 33). — Si jamais cette parole du prophète a été accomplie, n'est-ce pas à l'égard du glorieux patriarche François d'Assise, et dans la concession de l'indulgence dont nous célébrons aujourd'hui la solennité? Il pria, ce pauvre évangélique, dans cette fameuse apparition où le Sauveur, accompagné de la Sainte Vierge sa mère, se fit voira lui, et sans réserve lui promit de tout accorder à sa prière. Il ne demanda ni les grands états, ni les honneurs ni les richesses, il oublia même ses propres intérêts, et ne pensa qu'à ceux des pécheurs, pour qui il obtint une pleine indulgence, toutes les fois qu'avec les dispositions requises, et à certains jours marqués, ils visiteraient cette église de la Portioncule dédiée à la Reine des cieux, où il faisait sa demande. Une prière si chrétienne et si sainte ne pouvait être rejetée. La sainte Vierge la seconda, et le Fils de Dieu l'écouta favorablement. François eut la consolation d'avoir procuré aux plus grands
pécheurs une des grâces les plus précieuses, et une des plus promptes et des plus infaillibles ressources contre la vengeance divine et contre les châtiments dont ils étaient menacés. Iste pauper clamavit, et Dominus exaudivit eum.
Cum clamore valido et lacrymis, et exaudivit eum Dominus pro sua reverentiâ. Il a poussé vers le ciel un grand cri, accompagné de larmes, et il a été exaucé à cause de son mérite. (Heb. v). — Le fonds essentiel et capital du mérite de S. François, c'est la croix de Jésus-Christ. Il s'en est chargé et il Ta portée toute sa vie, par une mortification continuelle de ses passions; c'est cette ressemblance avec le Sauveur qui a fait que ses prières ont été favorablement reçues de Dieu et exaucées. — C'est donc la meilleure manière de prier que de porter la croix, comme ce saint patriarche, en nous rendant maîtres de nos passions par les jeûnes, les veilles, les macérations. Sans cela, nous n'avons aucun lieu d'espérer que nos prières puissent être écoutées : ce n'est que par une parfaite ressemblance avec le Sauveur que nous pourrons faire violence au Seigneur: Exauditus est pro suâ reverentiâ. C'est le privilège de François, qui, prosterné dans l'église de la Portioncule, priant avec humilité, foi et persévérance, pour obtenir aux pécheurs la grâce d'expier leurs crimes, comme le Fils de Dieu avait prié son Père sur la croix pour leur rédemption, mérita, par cette parfaite union de ses prières avec celles de son Dieu, d'obtenir les grâces abondantes qu'il demandait en leur faveur.
Desiderium pauperum exaudivit Dominus (Ps. 10). — Qui est réduit aune plus grande pauvreté que S. François? Sa pauvreté n'est pas involontaire, et ensuite acceptée ; elle est de choix. Il pouvait vivre honorablement dans le monde, exerçant son négoce avec fidélité ; et, au lieu de prendre ce parti, auquel son père l'invitait, il embrasse la pauvreté évangélique, et il lève l'étendard pour la faire embrasser aux autres. Voici donc un pauvre par excellence, et non un pauvre ordinaire, qui, après le Fils de Dieu, a été le plus grand amateur de la pauvreté et le plus exact observateur des conseils évangéliques. C'est aussi à ce pauvre que Dieu. dit: Postula quodvis, ut dem tibi (III Reg. m) ; mais il ne trouve rien de plus digne de son choix que la pauvreté. François ne se sert du crédit que la pauvreté lui a acquis que pour implorer la miséricorde du Seigneur en faveur des pauvres. C'est pour eux qu'il déploie toute sa charité, demandant au Sauveur qu'il exauce les désirs des pauvres et qu'il leur remette leurs iniquités.
Passages et Pensées des Saints Pères.
Ecce proponit tibi Deus : Pete quod vis : quid petiturus es? Augustin, in ps. 34.
Pete tu in hoc tempore quod tibi prosit in posterum; pete quod te adjuvet in œternum. Id. in ps. 53.
Oratio justi clavis est paradisi, asc<'ndit oratio, et descendit miseratio. Id. Serm.
Quisquis pro aliis intercedere nititur, sibi potiùs ex charitate suffragaiur, et pro semetipso tanto citiùs exaudiri meretur quanta rnagis devotè pro aliis intercedit. Gregor. Moral.
Quid tam gratum tamque jucundumquàm peccatoribus prœdicare iudulgentiaml Ambros. In I Tim.
Omnis iniquitas, parva magnave sit, puniatur necesse est, aut ab homine pœnitente aut à Deo vindicante. August. inps. 58.
Temporaliter hominem detinet pœna , quem jàm ad damnationem non detinet culpa. Id. in Joan. 124.
Deus indignas pœnitentiœ satisfactiones despicit. Cypnan.
Sancta Synodus déclarât falsum omnino esse et a verbo Dei alienum, culpam à Domino nunquàm rernitti quin universa etiam pœna condonetur, Goncil. Tricl. sess. XIV, c. II.
Voilà que Dieu vous permet de le prier, et vous promet de vous accorder ce que vous demanderez : Que lui demanderez vous ?
Demandez au temps présent ce qui vous est utile pour l'avenir ; demandez ce qui vous peut servir pour l'éternité.
La prière du juste pénètre jusqu'au ciel, dont elle est comme la clef; elle y monte pour en attirer la miséricorde.
C'est exercer la charité envers soi-même que de prier pour son prochain ; et on peut compter d'être d'autant mieux exaucé en proportion du zèle qu'on aura témoigné à Dieu pour le bien du prochain,
Qu'y a-t-il de plus doux et de plus agréable que de prêcher le pardon aux pécheurs ?
Il faut que toute iniquité, grande ou petite, soit punie, ou par l'homme pénitent cm par un Dieu vengeur.
L'homme demeure obligé à la peine du péché qu'il a commis, quoique le péché lui soit pardonné.
Dieu rejette les satisfactions indignes de la pénitence.
Le saint concile déclare qu'il est absolument faux et contraire à la parole de Dieu de dire que le Seigneur ne remet jamais la coulpe sans remettre toute la peine due au péché.
Ce qu'on peut tirer de la Théologie
[Grandeur de cette grâce]. — Il y a des grâces que Dieu, selon notre manière de concevoir, accorde comme un Dieu bon, et d'autres qu'il répand, pour ainsi dire, à pleines mains, comme un Dieu magnifique; ou, si vous voulez que je m'explique en des termes plus intelligibles, il y a une miséricorde commune et ordinaire, et une miséricorde que David appelle grande et abondante. C'est dans cette dernière espèce que l'on peut considérer la grâce que S. François obtint dans l'église de la Portioncule en faveur des pécheurs, par laquelle grâce Dieu non content de remettre la peine éternelle encourue par le péché, veut bien, dans un excès de charité, remettre aussi les peines temporelles dont les pécheurs sont redevables à sa justice : et cela avec une telle libéralité, que l'on peut dire, ce que le Sauveur même enseigne, qu'il était venu pour que les hommes eussent la vie, et qu'ils l'eussent plus abondamment ; et ailleurs, que là où le péché a abondé la grâce a surabondé.
Jamais S. François ne fit une action qui lui ait acquis plus de mérite que quand, par une charité désintéressée pour son propre bien et pour celui de son ordre, qui ne faisait alors que de naître, il se mit plus en peine d'obtenir un pardon général pour autrui que pour ses frères mêmes. Aussi sa prière fut-elle écoutée, et le Sauveur lui accorda beaucoup plus qu'il ne demandait. Tant il est vrai que la prière que l'on fait pour le prochain est plus favorablement reçue de Dieu, et les grâces que l'on demande pour autrui plus promptement accordées.
[Marie intercède pour nous]. — Quoique le fils de Dieu eût inspiré à S. François de lui demander une si grande grâce pour les pécheurs, elle ne devait cependant lui être accordée que par la médiation de la sainte Vierge : pour nous apprendre que dans nos besoins, il faut avoir recours à l'intercession de sa Mère, qui est celle de tous les pécheurs. François priant pour eux, elle obtint de son Fils l'effet de la demande de son humble serviteur. C'est aussi pour nous montrer l'estime que nous devons faire de cette indulgence accordée avec de si magnifiques circonstances, et pour nous intimer en même temps le pouvoir qu'a la sainte Vierge d'intercéder pour nous auprès de son Fils. C'est ce que nous avons
pu remarquer aux noces de Cana, où le Fils de Dieu, semblant faire un reproche à sa Mère, accorda cependant par son ordre, si je l'ose dire, tout ce dont les conviés avaient besoin.
[Excellence de l'indulgence de la Portioncule]. — C'est un sentiment universellement reçu, que les ouvrages que Dieu fait immédiatement par lui-même sont toujours plus excellents et plus parfaits que ceux qu'il fait par les causes secondes. Si cela est vrai dans les effets de la nature, il ne l'est pas moins dans ceux de la grâce. Ainsi, les conversions qu'il a opérées par lui-même, comme celle d'une Madeleine, d'un S. Paul et d'un Zachée, ont été plus parfaites, plus constantes et plus entières. Sur ce principe, nous disons que les biens et les grâces que nous recevons dans l'adorable Eucharistie ont quelque chose de plus insinuant et de plus fort, parce qu'elles viennent immédiatement de celui qui en est la source. Cette même raison nous doit inspirer une estime toute particulière de l'indulgence de ce jour, parce qu'elle est accordée par le Sauveur même au grand S. François. Ce serait toujours un présent riche et considérable de quelque main qu'il vînt, et un bienfait signalé quel qu'en pût être le canal ; mais il faut a\ouer que, le Fils de Dieu en étant la source immédiate, la main qui le donne en relève le prix, et par conséquent augmente l'estime que nous en devons faire,
[Moyen de satisfaire]. — C'est une vérité constante, que la bonté de Dieu ne remet jamais les péchés des hommes qu'à la condition que sa justice sera satisfaite : ce que nous voyons dans la manière dont il en usa avec Moïse, David et quantité d'autres pécheurs. Cette conduite de Dieu fut toujours la même, et ne s'est jamais démentie dans toutes les grâces qu'il a faites. Le sacrement de Pénitence remet à la vérité la coulpe, mais il ne remet pas toute la peine : et, si on demande à quoi cette peine se réduit, je vous dirai qu'elle doit en quelque manière répondre àla grandeur du crime. Quand je me représente une majesté infinie qui se voit outragée, une justice infinie qui se veut venger, une puissance infinie qui peut tout exécuter, cette réflexion serait seule capable de me désespérer, si l'Eglise, comme une bonne mère, n'avait la charité de me rassurer dans mes craintes, et de me fournir les moyens de m' acquitter de ces rigoureuses obligations. Ces moyens, ce sont les indulgences: grâces parlésquelles Dieu, dans sa pure miséricorde, change les effroyables peines dues au péché en de légères satisfactions, qui, couvrant les pécheurs, absous de leurs crimes par le prêtre et véritablement contrits , des mérites du Fils de Dieu, de la sainte Vierge et des saints, nous font entrer en participation du fruit de leurs travaux et de la surabondance de leurs mérites. Mais, parmi toutes les indulgences, celle que S. François obtient en ce jour est si abondante, les conditions en sont si faciles, que les
pécheurs contrits y peuvent trouver un abîme de grâces, n'y ayant peu ou point, dans l'Eglise, d'indulgence semblable.
| Raison des indulgences]. — Plusieurs déclament contre ces sortes de grâces ; ils traitent de relâchement la plupart des indulgences, et, abusant du nom, que S. Cyprien donnait à certains schismatiques de son temps, ils appellent les auteurs de ces sortes de grâces les meurtriers de la pénitence \ enfin, ils blâment l'Eglise Romaine d'avoir dégénéré, par une trop grande facilité, de la sévérité des anciens canons qu'elle témoigne ellemême dans une lettre qu'elle avait écrite à ce grand évêque : Absit ab Ecclesia Romana vigorem suum tam prophanâ facilitate dimittere, et nervos severitatis eversâ fidei mojestate dissolvere! Je ne détermine pas ici s'il serait à souhaiter que les choses fussent demeurées dans cette ancienne sévérité ; mais quand nous en tomberions d'accord, que peut-on dire, après tout, des indulgences ? L'abus qu'on en fait est une fort mauvaise objection contre elles ; et, s'il fallait supprimer toutes les grâces dont on abuse, que deviendraient nos sacrements, nos mystères, la mort même et le sang du Sauveur, que tant de mauvais chrétiens profanent tous les jours? Quoi donc ! est-ce que l'Eglise n'a pu établir ces indulgences, ou qu'elle ne l'a pas toujours fait? Qu'elle ne le puisse, il faut être hérétique pour l'avancer, et encore est-il difficile de comprendre le pouvoir que le Fils de Dieu lui donne de délier toutes choses si celui de l'indulgence lui est ôté. Mais qu'elle ne l'ait pas toujours fait, qui ne sait que, dans les siècles les plus sévères, elle a toujours fait grâce en certaines occasions et à certaines personnes ? Il n'y a rien de plus commun que de voir les martyrs abréger, en vertu de leurs souffrances, la pénitence des pécheurs dans le temps des persécutions, et il n'y a rien de plus fréquent, dans S. Cyprien même, que l'indulgence qu'on accordait à des prélats qui retournaient du schisme dans le sein de l'Eglise. — Mais, pour revenir à notre temps, pouvons-nous trouver rien de plus fort, pour justifier la condition sous laquelle S. François demande aujourd'hui la grâce des pécheurs ? N'est-il pas vrai qu'il imite le Sauveur en cette action aussi bien qu'en toutes les autres de sa vie, et que l'intention qu'il a de réduire le châtiment des pécheurs à une douleur sincère et à la confession de leurs crimes, en visitant une église de son ordre, a quelque rapport, si nous le pouvons dire, à la volonté qu'eut le Fils de Dieu de réduire la punition de la femme pécheresse de l'Evangile à la honte de s'être accusée en sa présence ? Il n'y a donc pas sujet de s'étonner si le même Fils de Dieu approuve ces sentiments, et si, son serviteur François lui ayant demandé pour les pécheurs la grâce la plus importante, par le moyen le plus efficace, il la lui accorde à la condition du monde la plus aisée*
[Avantages de la Portioncule]. — Nous avons, dans l'Eglise romaine, des articles de croyance bien surprenants ; mais j'ose dire que, entre les autres, la foi que nous avons aux indulgences plénières n'est pas ce qui doit le moins nous étonner. Elles nous découvrent des effets de miséricorde si extraordinaires, que, sans la révélation divine et l'autorité de l'Eglise, nous ne pourrions soumettre notre esprit à croire un point qui passe toutes nos vues, et qui est au-dessus de toutes nos espérances. Je n'entreprends pas de pénétrer ces mystères de grâce. Je ne vous dirai point qu'il est prodigieux qu'un Dieu jaloux de sa gloire et de sa justice, comme est le nôtre, s'engage à en remettre toutes les prétentions, à en céder tous les intérêts, et cela parla voie la plus courte, la plus aisée, la plus gratuite, qui est la concession des indulgences. Je ne m'arrêterai point à exalter le mérite et la grandeur de ce bienfait, capable d'exciter contre les hommes toute l'envie des démons, puisqu'il est vrai qu'un pécheur, eût-il commis tous les attentats que peut imaginer une créature rebelle, eût-il mérité tous les tourments de l'enfer, dès-là qu'il a confessé tous ses crimes, qu'il en a une vive contrition, gagne entièrement Tindulgence plénière, et se trouve ainsi tout à coup pleinement quitte devant Dieu ; il peut se glorifier de ne devoir plus rien à sa justice, et paraît aussi pur et aussi net aux yeux de cette suprême majesté que s'il sortait des eaux du baptême. Il est dans la disposition des enfants régénérés par ces eaux sacrées, pour être admis sans obstacle et sans délai à la gloire immortelle ; il est dans le même droit, à cet égard, que les martyrs qui venaient de répandre leur sang et de souffrir la mort, pour la cause de Jésus-Christ. C'est là l'état où le grand patriarche François désire que tous les pécheurs arrivent; c'est ce qu'il leur a obtenu de la munificence de Dieu ; et si les indulgences, communément parlant, sont d'une si grande efficace accordées par les souverains-pontifes , quels fruits ne peut-on point espérer de l'indulgence plénière de la Portioncule, accordée par le Sauveur même à ce saint patriarche?
Il n'y a point de bulles d'indulgences plénières, accordées par les souverains-pontifes, dans lesquelles ils n'emploient ces expressions, Contrits et confessés ; et quand il y aurait quelque bulle où ces mots ne se trouveraient point, elle suppose toujours cette condition, sans laquelle on ne peut absolument tirer aucun fruit des indulgences. Les papes ne prétendent point, par là, insinuer que l'indulgence efface la coulpe du péché, comme elle en remet la peine, à ces deux conditions ; mais que l'indulgence, en relâchant effectivement la peine du péché pardonné, remet par occasion la coulpe, parce que, pour la gagner, les fidèles s'excitent à la douleur de leurs désordres, qu'ils quittent non-seulement le péché, mais absolument tout retour et toute affection au moindre péché, et s'approchent ainsi du sacrement qui en efface la coulpe. Telle est l'indulgence de la Portioncule, dont nous vous entretenons en ce jour, et
toutes ces conditions y sont absolument requises de quiconque prétend en retirer du fruit. Que si les conciles ont condamné certains quêteurs qui publiaient, dans des temps semblables, de fausses indulgences, c'est que ces hommes avides, en avançant de telles impostures, donnaient l'absolution de la coulpe comme de la peine, et cherchaient dans ce commerce sordide de quoi nourrir leur avarice.
Condition. — La condition absolument nécessaire pour gagner une indulgence est qu'il faut renoncer pleinement au péché : c'est-à-dire qu'il faut renoncer non-seulement au péché mortel, mais au péché véniel même ; non-seulement à l'acte du péché, mais à toute affection au péché. S'il reste dans le cœur le moindre désir, la moindre attache criminelle et volontaire, fût-on de toutes les sociétés, eût-on part à toutes les dévotions, jamais on ne pourra recevoir le fruit d'une indulgence plénière. Ainsi l'enseignent les théologiens catholiques, fondés sur ce principe de foi, que Dieu ne remet point la peine du péché tant que l'affection au péché persévère dans une âme. Or, disent les docteurs, l'indulgence plénière est une rémission générale de la peine due à tous les péchés : donc elle suppose que toute affection au péché, pour léger qu'il soit, a été détruite par un renoncement total et absolu. Condition sans doute essentielle et bien raisonnable : car Dieu dit au pécheur : Cessez de vouloir m'offenser, et moi je cesserai de vouloir vous punir. Cette même condition est, par conséquent, requise pour gagner cette indulgence de la Portioncule, dont l'Eglise célèbre la mémoire avec une telle magnificence.
§ vi.
Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.
[Ce que c'est que la Portioncule]. — Il est vrai que Jésus-Christ est la source de toutes les grâces, et que toutes nos églises sont vénérables parce qu'elles sont les lieux ordinaires où les sources nous en sont ouvertes. Il faut avouer néanmoins qu'il y a de certaines grâces dont le Fils de Dieu paraît plus particulièrement la source que de toutes les autres, et même des églises
104 LA FORTIONCULE.
où il prend plaisir à faire couler cette source avec plus d'abondance, plus de libéralité et de magnificence. Or, telle est cette petite chapelle de la Portioncule, dite autrement Nolre-Dame-des- Anges, à l'égard de toutes les autres églises. Si nous la regardons dans la structure, elle est fort éloignée de la magnificence des autres églises. C'était une petite chapelle abandonnée, dont S. François avait réparé les ruines pour y vaquer plus à l'écart aux exercices de la prière et de la mortification ; par l'enceinte de ses murs, ce n'était qu'un petit lieu, que cet homme séraphique appelle sa Ponioncule, ou sa petite portion. Mais ne peutelle point passer pour une des plus considérables églises du monde chrétien, pour avoir été l'origine de ces deux ordres célèbres de S. François et de Ste- Claire, et pour l'excellence des dons et des faveurs extraordinaires dont il a plu à la main libérale de Dieu de l'honorer ? D'ailleurs, quels prodiges ne sJy opèrent point, et pour la consolation des fidèles et par rapport au salut des pécheurs pénitents ! Le Sauveur y descend, accompagné de la Vierge sainte et des légions de célestes intelligences ; il y apparaît à ce saint patriarche, et s'y entretient familièrement avec lui. S. François y demande au Fils de Dieu une faveur quin'a point sa pareille ; les anges en sont les témoins irréprochables, et la Mère de Dieu même s'intéresse tellement à la faire accorder au saint patriarche, que sa prière est favorablement reçue du Sauveur. C'est cette faveur qui fait aujourd'hui l'objet de notre piété, et nous n'aurions pas le bonheur d'y participer, si cette indulgence, semblable à une petite fontaine dont la source est dans l'église de Notre-Dame-des-Anges, à Assise, n'avait crû jusqu'à faire un grand fleuve, qui coule par toutes les églises de l'ordre de S. François. (Discours Chrétiens).
| La charité de S. François]. — Jamais homme entra-t-il mieux dans les sentiments du Sauveur que le saint patriarche François d'Assise ? 11 avait déjà paru, dans toutes les circonstances de sa vie, une image vivante de l'Homme-Dieu. Il était né comme lui dans une étable, il avait embrassé comme lui une pauvreté parfaite : il ne restait plus rien, sinon qu'il eût comme lui un esprit de charité et de miséricorde universelles. Aussi sa prière ne souffre point de bornes ; il prie pour tous les pécheurs, pour lesquels leFils de Dieu est mort. Salomon demanda autrefois la sagesse, afin que son esprit en fût éclairé ; et S. Pierre, pour ses confrères, la récompense de leur pauvreté et de leur détachement. Mais qu'il y a de faiblesses dans ces demandes, si on les compare avec celle de notre saint patriarche ! Sa charité ne se renferme ni dans sa personne, ni dans son ordre, ni dans son pays. C'est un feu qui brûle, à la vérité, tout ce qu'il trouve autour de lui, mais qui, porté par le souffle impétueux de l'Esprit de Dieu, embrase le monde. C'est un zèle qui , aussi étendu que celui de S. Paul, l'oblige, s'il ne s'exprime pas en mômes termes, d'avoir ton-
jours les mêmes sentiments. Testis est mihi Deus quomodo cupiam vos omnes in visceribus Christi. (Philipp. 1). — Grand saint, que ne vous servez-vous pour vous-même du pouvoir que Jésus-Christ vous donne quand il vous laisse la liberté de lui demander ce qu'il vous plaira ? Ne pouvez-vous pas, avec autant de justice que Salomon, lui demander la sagesse ? ne pouvez-vous pas, avec autant de raison que S. Pierre, lui demander la récompense de ce que vous avez tout quitté pour lui ? ou bien, si votre charité ne vous permet pas de demander une grâce qui vous soit si particulière, parlez pour vos enfants ; demandez au Sauveur qu'il fasse éclater en leur faveur un continuel miracle de sa providence, et que, comme votre ordre n'a point d'autre fondement que la pauvreté, il le soutienne avec la même puissance qu'il soutient la terre sur le néant. Mais non, c'est trop peu pour le zèle séraphique de notre saint patriarche. Sa charité, comme celle du Sauveur, n'a point d'autres bornes que celles de l'univers ; sa ferveur, imitant la sienne, le presse et l'emporte. « Mon Dieu ! dit-il, je vous conjure, par les entrailles de votre miséricorde, de faire grâce à tous les pécheurs : écoutez favorablement tous les pénitents qui viendront implorer votre bonté dans ce saint lieu. » Tellement que nous pouvons dire de l'âme de François ce que S. Chrysostôme disait de celle de S. Paul, qu'elle était ouverte à tout l'univers, et qu'elle était assez vaste pour le contenir. (Fromentières).
[Même sujet] . — En quel état croyez- vous que le glorieux patriarche se présente devant le Fils de Dieu pour obtenir aux pécheurs une si grande grâce ? Pour fléchir la justice du Sauveur, il se dépouille avant cela de sa tunique, et va se rouler dans des ronces voisines de sa cellule, comme pour demander cette faveur au Fils de Dieu par autant de bouches que les épines font de plaies sur son corps. Ce n'est pas assez, pour le zèle que ce grand saint avait d'avancer le salut des âmes, de verser des larmes, de présenter des vœux au ciel, de supplier la Vierge très-sainte de lui être favorable, de présenter ses très-humbles supplications à son Fils ; ce n'est point assez de châtier son corps et de le crucifier par des pénitences ordinaires : il faut que, pour imiter davantage le Fils de Dieu dans l'ardent amour qu'il a pour le salut des pécheurs, il verse du sang de tout son corps ; il faut qu'il le déchire dans les épines ! Ainsi peut-il nous dire, comme S. Paul le disait de lui-même aux Corinthiens. « Je donnerai tout ce que j'ai, et me donnerai encore très-volontiers moimême, pour le salut de vos âmes. » (Discours chrétiens).
[Raisons de cette indulgence de la part de N.-S.] — Si vous demandez comment le saint patriarche peut obtenir pour les pécheurs une si grande faveur,
je réponds, premièrement, que Dieu fait telle grâce en tel temps et à tels pécheurs qu'il lui plaît. Il est maître de ses dons ; et, comme ce qu'il a souffert est d'un mérite infini, il peut en appliquer les fruits à telles personnes et à telles conditions qu'il le juge à propos. 11 n'avait pour lui-même nul besoin de souffrir, puisqu'il était l'innocence et la sainteté essentielle : ainsi, ce qu'il a enduré a tourné à notre avantage, et il ouvre quand il lui plaît ses trésors spirituels pour nous en faire part. — Je vous dirai, en second lieu, que François, pour obtenir plus efficacement cette indulgence, y intéressa le crédit de la sainte Vierge. Elle descendit, accompagnée de ses anges, dans la chapelle de la Portioncule, et employa auprès de son Fils tout ce qu'il lui avait accordé d'autorité pour fléchir sa justice et attirer ses miséricordes. C'est donc en cette occasion que nous pouvons lui dire ce que S. Paulin disait en une autre : Habes in Christo magnum pignus et ambitiosum suffragium : vous avez, grand Saint, un admirable gage et un glorieux suffrage. (Epist. xm). Vous demandez une indulgence plénière à Jésus-Christ, et sa très-sainte Mère appuie par son crédit votre demande : Beatus cui tàm numerosa apud Christum suffragia sunt, et cujus caput tàm multiplex ambit illustrium coronœ gemmarum ! Que vous êtes heureux d'avoir de si puissants et de si favorables suffrages auprès de Dieu, de voir toute la cour céleste s'intéresser dans votre prière ; tant d'esprits bienheureux, qui, comme des pierres précieuses, répandent autour de vous une admirable lumière. (Fromentières).
[Facilité à gagner cette indulgence]. — Vit-on jamais des conditions moins onéreuses dans aucune convention, dans aucun contrat fait parmi les hommes? Le Fils de Dieu ne demande ni jeûnes ni aumônes, ni stations, ni autres œuvres pénibles ; il ne demande que la chose dont il ne nous peut dispenser dans l'ordre de sa justice, la douleur de nos offenses, sans quoi le péché ne peut être remis, ni ensuite la peine qui le suit. A cela près, il use de tout son pouvoir. Il est vrai que, comme dans les dons que font les souverains il y a des personnes établies pour les contrôler et pour juger si cette libéralité ne passe point leurs forces ou n'intéresse point les droits de leur couronne, il semble que le Sauveur fasse quelque chose de semblable à l'égard de cette indulgence qu'il accorde à S. François : car il l'envoie au Souverain-Pontife, ainsi que nous avons dit ailleurs, pour la ratifier et pour y mettre le sceau, afin qu'elle soit reçue dans les formes et qu'elle ait toutes les marques d'autorité, — Quels prétextes maintenant, quelles excuses pourrons-nous alléguer pour nous dispenser de jouir d'un si grand bien, si facile à acquérir, et si nous ne puisons pas dans ce trésor de quoi nous acquitter de nos dettes ? S'il fallait l'aller chercher bien loin et jusqu'à la ville
d'Assise, près de laquelle est cette mystérieuse chapelle où cette indul- .gence fut donnée à S. François, comme c'était une condition nécessaire dans la première institution de cette fête, cette faveur mériterait qu'on entreprît ce voyage, comme en effet on y comptait plusieurs milliers d'hommes, qui y accouraient tous les ans de tous les royaumes de l'Europe, ce qui a continué des siècles entiers : mais, maintenant qu'on a approché ce trésor de nous, et que, pour en faire part à tous les fidèles, on en a rendu l'usage si facile, serons-nous si peu sensibles à nos propres intérêts que de négliger un bien que nous devrions aller chercher jusqu'aux extrémités de la terre ? (Fromentières).
[Preuves de la vertu de l'indulgence de la Portioncule]. — C'est le commun sort des faveurs extraordinaires de Dieu, d'être combattues par les doutes injurieux des hommes. Accoutumés à blasphémer ce qu'ils ignorent, ils se persuadent que Dieu ne peut faire ce qu'ils ne peuvent comprendre, et ce dont leur incrédulité même les rend indignes. Telle est à peu près la destinée de l'indulgence si célèbre de Notre-Dame-des-Anges, dite de la Portioncule. Quoi que les successeurs de S.Pierre et des Apôtres, que les souverains-pontifes et les évêques, que les hommes apostoliques de cinq siècles différents, leur disent de l'indulgence de la Portioncule, il se trouve toujours parmi eux des esprits de révolte et d'incrédulité, qui, livrés à l'égarement et abandonnés, comme dit l'Apôtre, au sens réprouvé, rejettent toute autorité, hors la leur propre, et s'imaginent que la seule prévention qui les abuse doit servir de règle à leur croyance. Nous tâcherons cependant, sinon de les détromper, du moins de les combattre par quatre règles, qu'une exacte critique a coutume d'observer pour prouver avec évidence la vérité d'un fait. — La première, c'est l'ancienneté des historiens; la seconde, c'est la probité des témoins; la troisième, c'est l'uniformité de leurs rapports ; la quatrième, c'est la perpétuité de la croyance du fait que l'on prétend prouver. Ces quatre règles, que nous prétendons suivre pour montrer la vérité de l'indulgence de la Portioncule, prouveront que son origine est céleste, puisque tout ce que la véritable critique a de plus régulier s'y rencontre, savoir: l'ancienneté des historiens, la probité des témoins, l'uniformité de leurs rapports et la tradition constante de cinq siècles. Ces caractères de vérité sont si clairs et si visibles, quJil n'y a point d'esprits bien faits qui puissent y contredire ni refuser leur croyance.
La première règle se tire de l'ancienneté des témoins. Or, quels témoins plus anciens peut-on trouver de la vérité de cette indulgence que celui même qui l'a obtenue immédiatement du Fils de Dieu, c'est-àdire S. François d'Assise, et de plus ses compagnons ? Ajoutez à cela les sept évêques d'Assise, qui tous, de suite en suite, l'ont publiquement annoncée ? — La seconde preuve qui rend ce fait incontestable se tire
de la probité de ces mêmes témoins. Quelle plus grande probité que celle de ce saint patriarche, que celle de ses confrères, desquels plusieurs sont canonisés et honorés comme saints dans toute l'Eglise ? tous font un fidèle récit de ce fait ; de la droiture et de la bonne foi desquels les historiens qui ont suivi étaient si persuadés, qu'ils n'ont pris nulle précaution contre les oppositions et les contradictions que pourrait trouver une chose si singulière et si nouvelle. — La troisième, c'est l'uniformité de leurs rapports. L'un ne contredit point à ce que l'autre a dit ; ce que les uns ont rapporté est confirmé par les autres, et, quelque diversité qu'il se trouve pour l'ordinaire dans les opinions, les historiens qui parlent de cette indulgence ne laissent voir aucune variété dans les relations et les récits qu'ils en font. — La quatrième, enfin, est la tradition constante et la perpétuité cle cette croyance. Tout passe, tout vieillit, tout semble s'anéantir par la vicissitude et l'antiquité des temps ; mais, pour la croyance en cette insigne faveur accordée à S. François dans la Portioncule, loin d'être altérée, loin d'avoir changé, elle semble reprendre de nouvelles forces, elle semble rajeunir, et nous la possédons telle que nos ancêtres l'ont reçue. Quelle plus grande autorité peut-on demander que la tradition constante de cinq siècles consécutifs, que celle de l'approbation générale que lui ont donnée tous les souverains-pontifes qui ont suivi jusqu'à nos jours, que les conciles, les évêques, les inquisiteurs, qui sont si rigides dans l'examen des faits de cette nature, les universités, et enfin que toute l'Eglise même ? Il n'y eut jamais que des hérétiques et des esprits mal faits, des ennemis de la piété, qui se soient déchaînés contre cette indulgence, pendant que les souverains-pontifes, les conciles, les universités,les prélats,les docteurs, tous en un mot ont gardé, depuis S. François, un profond silence sur ce sujet, très-convaincus qu'ils étaient de la vérité de ce fait. Est-il possible que ces maîtres de la religion, ces juges de la foi, soient devenus muets pour applaudir et donner les mains à un mensonge si célèbre que serait cette indulgence, au dire de certains esprits inquiets, qui ne trouvent rien de juste ni de véritable que leurs fausses lumières, si elle avait quelque indice de fausseté ? Que si la vérité de cette indulgence est encore en butte à l'opiniâtreté de quelques incrédules, que le monde nomme autrement des esprits forts, quoique nous ayons répondu pertinemment à la plupart de leurs difficultés, nous ajouterons encore, avec S. Augustin parlant à leurs semblables : Quisquis adkuc prodigia ut credat inquirit, magnum ipse prodigium est, qui, manda credente , non crédit. (Houdry).
[Le silence de S. Bonaventure]. — Quelqu'un pourra encore objecter que S. Bonaventure, qui a écrit la vie de S. François, et qui avait tant d'occasions de parler de l'indulgence en question, n'en a cependant pas tou-
ché un mot dans la vie du saint patriarche : marque évidente, dira-t-on, qu'il n'était pas convaincu qu'elle fût véritable. Je réponds à cela : S. François qui Fa annoncée, ses compagnons qui l'ont rapportée, sept évêques qui l'ont prêchée, et tant d'autres personnes graves qui, dès la naissance de l'ordre, en ont parlé, sont-ils des faussaires ? De plus, si S. Bonaventure n'en a pas écrit, il faut qu'il ait eu des raisons pour le faire. Quelles sont ces raisons? les voici. La première est qu'un chapitre général tenu à Narbonne ayant donné commission à ce pieux général d'examiner plusieurs légendes de S. François, lui avait ordonné de suppléer à ce qui y manquait, et ne voulut pas qu'il rapportât ce qui était notoire à tout le monde. C'est ce qui lui a fait garder le silence sur plusieurs faits considérables qui avaient été rapportés par d'autres avant lui. De plus, c'était un fait dont la vérité se confirmait tous les ans par les prédicateurs. — La seconde raison est qu'il avait appris de la bouche même du B. Léon, confesseur, secrétaire et compagnon du saint patriarche, que ce saint homme lui avait défendu de parler et d'écrire la manière dont l'indulgence lui avait été accordée : Usquè ad tempus mortis tuœ, lui dit le saint ; et c'est de là que, dans l'histoire de la vie de S. François, que composèrent ses trois compagnons, on lit seulement que le saint alla trouver le pape Honorius III, pour lui déclarer simplement que Notre-Seigneur la lui avait accordée, sans entrer dans aucun autre détail, voulant laisser au Sauveur seul toute la gloire de manifester cette indulgence. En fallait-il davantage pour imposer silence à S. Bonaventure? S. Bernardin de Sienne, vicaire-général de l'ordre, et S. Jean de Capistran ne désignèrent-ils pas le nombre des religieux qui doivent aller gagner chaque année cette indulgence à Assise ? Ne sontce pas là des témoins suffisants et irréprochables ? — Mais après tout cela, direz-vous, S. Bonaventure n'en a rien dit. Il n'était pas besoin qu'il en parlât, le nombre d'auteurs qui en avaient écrit étant si grand que personne n'en pouvait plus douter. Bien plus, j'ose assurer que ce docteur séraphique en a cependant parlé, puisque, au chap. II de la Vie de S. François, il rapporte une vision du saint qui ne peut convenir qu'à l'indulgence de la Portioncule. Ajoutons que, si le silence d'un seul écrivain est une raison valable de la nullité du fait, contre plusieurs qui le rapportent, la résurrection de Lazare et le miracle de Cana, rapportés par le seul S.Jean, et omis par les trois autres évangélistes, seraient donc de toute nullité? {Le même).
[L'authenticité de l'indulgence de la Portioncule]. — On ne peut donc douter de la certitude de l'indulgence de la Portioncule , parce que c'est une indulgence attestée par les miracles les plus certains; parce que c'est une indulgence répandue parmi tout le peuple chrétien avec un merveilleux progrès des âmes et de sensibles accroissements de
piété , privilèges qui nous la doivent rendre très-précieuse ; indulgence immédiatement accordée par Jésus-Christ. Il est vrai , le Vicaire du Fils de Dieu peut accorder une indulgence ; mais quelque autorité qu'il ait pour distribuer aux fidèles les dons de Dieu, l'indulgence qu'il accorde peut quelquefois être de nulle vertu, parce qu'elle peut manquer ou d'une cause suffisante ou d'une autre condition essentiellement requise. Ainsi le déclare la théologie. Mais une indulgence directement et spécialement accordée par le Fils de Dieu même doit être infaillible : car le Sauveur ne connaît-il pas toute l'étendue de son pouvoir ? n'agit-il pas toujours selon les règles de sa sagesse éternelle ; et d'ailleurs, étant le maître absolu de ses grâces, n'est-il pas, dans la distribution qu'il en fait, au-dessus de toute loi, et n'en peut-il pas disposer comme il lui plaît ? C'est là le grand avantage de l'indulgence de la Portioncule. C'est Jésus-Christ en personne qui l'accorde à S. François; mais il l'oblige en même temps d'en communiquer avec le Souverain- Pontife, et de se soumettre là-dessus à son discernement et à ses lumières. Marque indubitable qu'il n'y eut rien, ni dans la concession, ni dans la publication, que de bien fondé et de très-conforme à l'esprit de Dieu (Bourdaloue).
[Description de la maison de la Portioncule.] — Qu'il me soit permis ici de vous dire quelle était cette maison de la Portioncule, maintenant si connue dans le monde chrétien, que le glorieux patriarche François choisit pour s'y retirer avec ses enfants. C'était une maison déserte et ruinée : et c'est pour cela même qu'elle plut à notre saint, parce qu'elle était plus conforme à la pauvreté qu'il avait embrassée. C'était une maison étroite et abandonnée : et c'est pour cela même qu'elle lui parut digne de son choix, parce qu'elle marquait mieux le caractère de l'humilité et de la pauvreté évangélique dont il faisait profession. Mais surtout il l'agréa parce que c'était une maison consacrée à sa puissante protectrice, la très-sainte Vierge. Dès que François l'aperçut, il en fut charmé, et, s' adressant à ses compagnons : Ah ! mes frères, leur dit-il, voilà la terre de bénédiction que Dieu nous a promise ; c'est le lieu de la paix, c'est celui de mon repos : Hœc requies mea in sœculum sœculi. Il est vrai, c'est une maison dénuée de tout ; mais souvenez-vous que nous sommes les enfants de la divine Providence : souvenez-vous que nous sommes les domestiques de la reine de l'univers. Pour moi, ajoute cet homme séraphique, j'aime infiniment mieux cette petite portion du domaine de la Mère de Dieu que tous l'es empires et les royaumes des princes du siècle ; et, puisque nous allons entrer en possession de son héritage, il n'y a point de grâces que nous ne puissions attendre du ciel sous une si puissante protection. {Le même).
| Vision de S. François]. — François, tout ravi en Dieu dans une prière fervente qu'il faisait pour les pécheurs, fut averti par une voix d'aller à l'église, où le Sauveur et sa glorieuse Mère l'attendaient ; que là, il traiterait avec eux-mêmes de l'affaire qu'il projetait, et qu'il en espérât une heureuse issue. Il y court, il s'y transporte comme un autre Moïse : Vadam, et videbo visionem hanc magnam : J'irai, et je serai témoin de cette vision. Quel admirable spectacle ! François en est tout surpris ; aussi n'avait-il rien vu en ce monde qui approchât de cet appareil. Là, prosterné en présence de cette souveraine majesté, qui était sur un trône tout éclatant de gloire et entourée d'une multitude de bienheureux esprits, il écoute avec un profond respect l'approbation que le Sei gneur donne à son zèle, en considération duquel il daigne lui demander ce qu'il souhaite de lui. C'est ici que me laissant aller à la pensée de S. Augustin, qui, dans une fiction agréable, demande à un homme du monde ce qu'il demanderait à Dieu en pareille occasion : Ecce proponit ft'fo'DEUs : Pete quod vis. Quid petiturus es ? (In Ps. 34). Ah ! s'écrie le saint docteur, quels trésors et quelles dignités ne demanderiez-vous pas pour vous et pour vos amis ! 0 quanta promitteres tibi tribuenda, et aliis largienda ! Votre embarras serait de vous déterminer sur le choix, et de délibérer sur ce qui pourrait vous ' être ou plus agréable ou plus utile. Mais François ne balance point : rien ne le touche davantage que l'aveuglement et l'insensibilité des pécheurs ; il n'a rien plus à cœur que de les secourir, de leur faciliter les moyens du salut ; c'est l'unique affaire qui le tient en haleine : Unam petit à Domino, hanc requiram. Vous le savez, Seigneur, ce que votre serviteur désire, puisque vous pénétrez le fond de son cœur : c'est l'application du sang que vous avez versé pour les pécheurs, la rémission des peines que votre justice exige de leurs iniquités, en un mot, une indulgence pour tous ceux qui visiteront ce saint lieu, que vous daignez sanctifier par votre présence, pourvu que, ayant une douleur sincère de vous avoir offensé, ils y viennent implorer votre miséricorde. Je sais' ce que vous ont coûté ces âmes, et l'amour que vous-même avez pour elles : accordez donc en leur faveur ce qu'un misérable pécheur ne mérite pas d'obtenir. — Que dites-vous de cette demande ? et que pensez-vous du zèle de ce grand saint, qui préfère le bonheur du prochain au sien propre, et qui, pouvant demander toute autre chose, ne pense qu'aux intérêts de celui même qui cherche à l'obliger, en avançant le salut des âmes qui lui sont si chères ? Mais, quand nous n'aurions pas toute l'estime que nous devons d'une charité si ardente et si désintéressée, la grandeur du bienfait qu'il a procuré à l'Eglise et à tous les chrétiens qui la composent, ne devrait jamais s'effacer de notre esprit. (Anonyme).
[François conforme au Sauveur]. — Je me figure François prosterné dans le
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sanctuaire comme un autre Salomon, et élevant les mains pour faire à Dieu la même demande que ce prince lorsqu'il dédia le temple de Jérusalem : Orantes in loco isto exaudi eos in cœlo, et dimitte peccata servorwn tuorum. a Seigneur, dit cet homme séraphique, faites grâce à votre peuple, et pardonnez les péchés à tous ceux qui viendront vous invoquer en ce saint lieu. » Car c'est ainsi que François pria, et il fut digne d'être exaucé. Pourquoi? Est-ce, en général, parce qu'il était saint? cela suffirait pour justifier sa prière, car la foi nous apprend qu'il n'y a rien de plus puissant auprès de Dieu que la sainteté ; et quelle merveille que Dieu écoute un saint qui le prie, et qui l'aime aussi ardemment que celui-ci, puisque, selon l'Ecriture, il fait la volonté de ceux qui le craignent ? Si la crainte de Dieu, dit S. Augustin, a tant de pouvoir auprès de sa divine majesté, quel pouvoir n'aura point son amour? Si hœc timentibus, quid amantibus ? Non, ce n'est pas seulement la crainte, ce n'est pas seulement l'amour, ce n'est point en général la sainteté de François qui lui procure une favorable audience du Sauveur du monde : c'est la conformité de sa vie avec celle du Fils de Dieu ; c'est que François s'efforçait de représenter en sa propre personne toutes les vertus les plus excellentes du Rédempteur. (Bourdaloue).
[Reconnaissance envers S. François |. — Imaginez-vous que vous êtes condamné, pour vos crimes, au dernier supplice, dont nulle puissance, nulle force, nulle sollicitation de vos amis ne vous peut garantir. Un seul homme, sur lequel vous ne comptiez point, se trouve avoir assez de crédit, nonseulement pour suspendre cet arrêt, mais pour le faire casser, et vous renvoyer absous. 11 vous fait cette amitié sans rien attendre ni rien espérer de vous. Mériteriez-vous de vivre si vous n'étiez touché d'aucun sentiment de gratitude ? Ah ! ce que le grand S. François a fait en notre faveur est encore infiniment plus engageant. De quelle somme n'étionsnous point redevables à la justice de Dieu. Aurions-nous de quoi satisfaire, quand nous jeûnerions au pain et à l'eau tout le temps de notre vie ? Quand nous donnerions tous nos biens aux pauvres et toute notre substance, comme parle S. Paul, et quand nous pratiquerions toutes les austérités des anciens pénitents, je ne sais si, avec tout cela, nous pourrions acquitter les dettes que nous avons contractées envers la divine justice, et que nous accumulons tous les jours par de nouvelles offenses. — De plus, nous avions mérité peut-être une infinité de fois un supplice éternel. Je veux que, par un coup de la miséricorde de Dieu, fléchi par notre douleur et par la vertu du sacrement qui a effacé nos péchés, la peine en soit infiniment adoucie, changée en un supplice passager, peutêtre ne savons-nous pas, ou bien nous ne l'avons pas assez médité, que cette peine passe tous les tourments que l'on peut endurer en cette vie, selon le sentiment des SS. Pères ; que la durée en est souvent pour des
années et pour des siècles entiers, que la multitude et la violence de ces supplices sont inconcevables. Mais voilà un fidèle ami, un homme charitable, qui s'intéresse pour notre délivrance, qui la demande en grâce, qui l'obtient pour récompense de ses services, qui nous donne un moyen sûr, facile, immanquable, de nous en garantir : pouvons-nous la négliger, et ne pas daigner nous en servir ? (Anonyme).
[Les fruits de l'indulgence de la PortionculeJ . — N'est-ce pas une chose admirable de voir le progrès rapide de cette indulgence ? n'est-ce pas un grand sujet de rendre grâces au Seigneur, et de lui donner les louanges qui lui sont dues pour un si grand bienfait ? Cette indulgence s'est répandue dans presque toutes les parties de l'univers. Les fruits en ont été si abondants, que des personnes de tout âge, de tout sexe et de toute condition les ont ressentis. Qui pourrait compter le nombre des pécheurs que cette grâce universelle a changés et corrigés, en les faisant passer d'une vie molle et criminelle à une vie austère et pénitente ? Que de dettes anciennes et nouvelles contractées envers la justice de Dieu ont été acquittées par ce moyen ! Combien d'âmes, autrefois captives et gémissantes sous la cruelle tyrannie de Satan, ont été affranchies de ce joug cruel et insupportable, pour entrer dans l'aimable servitude du Sauveur du monde ! Les uns ont éprouvé que, par ce puissant secours, leurs passions étaient ralenties ; d'autres que le feu de leur concupiscence était éteint ; ceux-ci qu'ils n'étaient plus surmontés par les furies de la vengeance et de la colère ; d'autres que les biens de la terre ne faisaient plus d'impression sur leurs cœurs, que le joug de l'Evangile leur paraissait doux, d'insupportable qu'ils le jugeaient auparavant. Combien de chrétiens, qui n'étaient retenus que par une crainte servile, ont senti en eux l'esprit d'adoption, après s'être lavés dans les eaux salutaires de ces grâces accordées aux mérites de François ! On en a vu, qui étaient dans une léthargie mortelle, se ranimer tout à coup, puis mener une vie nouvelle, et qui, pleins de zèle et de ferveur, ont non-seulement couronné ces heureux commencements par une sainte persévérance, mais ont aussi échauffé les autres par leurs saints exemples. (Anonyme).
[Profiter de cette grâce]. — Qui n'admirera l'étrange bizarrerie des hommes, et surtout des plus grands pécheurs ? Quand on leur parle d'éviter les rigoureuses peines du siècle à venir par les jeûnes, par les aumônes et par les mortifications du corps, ils se récrient sur la difficulté d'un remède si nécessaire : et, quand on leur présente la voie des indulgences, qui est plus douce, ils la négligent et la méprisent; il s'en trouve même qui ont de la peine à se persuader que Dieu soit miséricordieux jusqu'à cet excès. Quelle conduite tiendra-t-on donc à l'égard de ces malades bizarres et chagrins, à qui tous les remèdes déplaisent, qui trouvent à redire a tout, et qui se plaignent tantôt que le joug du Seigneur est trop pesant, T. xvii. 8
et tantôt qu'il est trop léger, sinon de leur reprocher, comme fit autrefois S. Paul aux Galates, qu'il y a quelque charme secret qui les enchante, et qui leur ôte l'appréhension des supplices auxquels leur négligence les expose ? En accuserai-je votre infidélité ? Non : car je parle sans doute à des chrétiens, à des personnes élevées dans le sein de l'Eglise ; mais je m'en prends à notre lâcheté, qui nous fait même trouver des prétextes pour éviter le peu de gêne et de contrainte qu'il faut se donner en cette vie pour jouir d'un si grand bien. (Le même).
[Sujet de confiance pour les pécheurs]. — Il est vrai que, si nous jetons tant soit peu la vue sur la multitude de nos iniquités, sur la grandeur de nos crimes, nous avons tous sujet de nous défier de nous-mêmes, de nous humilier, de nous croire très-indignes d'un bienfait si extraordinaire. Mais, si nous considérons que c'est le Fils de Dieu qui nous prévient par un si grand don de sa miséricorde, nous devons avoir tout sujet de confiance, et nous mettre en état de profiter d'un moyen si facile pour nous retirer de l'abîme de désordres où nous sommes ensevelis. — Grand Saint, c'est vous qui l'avez demandée pour les pécheurs, cette indulgence; c'est pour eux que vous l'avez obtenue : obtenez-moi aussi une étincelle de ce feu et de cette ardeur séraphique qui vous anima dans ce discours si pathétique que vous fîtes à la première ouverture de cette indulgence, pour que je puisse convaincre et les cœurs lâches et les cœurs endurcis de la valeur d'un si grand bien et du besoin qu'ils ont d'en profiter : discours, dis-je, si pathétique, qu'il excita dans tous les cœurs un tel désir de jouir du fruit de votre zèle, qu'on y accourait de tous les royaumes de l'Europe. Mais obtenez-nous aujourd'hui cette grâce, d'être plus sensibles à nos intérêts, et de faire plus d'état du bien que vous nous avez vous-même procuré. Vous n'avez pas moins de pouvoir auprès de Dieu, ni moins de zélé pour le salut des hommes, que vous en aviez alors. Employez donc l'un et l'autre à exciter mes auditeurs à jouir d'un bien que vous avez laissé par héritage à vos enfants, et auquel vous avez souhaité que tous les chrétiens eussent part. Ne laissez pas votre ouvrage imparfait ; et, après leur avoir obtenu un bienfait si signalé, faites que Dieu leur inspire le désir de se l'appliquer, comme un moyen assuré de pouvoir un jour parvenir à la gloire dont vous jouissez. (Houdry).