AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR
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Parmi les nombreux ouvrages publiés sur la prédication depuis deux siècles, et dans diverses langues, il n'en est point de plus riche, de plus varié, de plus complet, et en même temps d'aussi méthodique et d'aussi pratique, que la vaste compilation du R. P. houdry dont nous offrons au Clergé de France une édition nouvelle. Le livre pourrait être intitulé Trésor aussi justement que Bibliothèque. Nulle part, en effet, on ne rencontrera une aussi abondante accumulation de matériaux et de secours de tout genre, puisés aux meilleures sources, distribués dans un ordre parfait, appuyés des autorités les plus sûres, houdry a, de plus, cet immense avantage, de réserver le travail personnel du prédicateur: en lui fournissant tous les éléments désirables, où il puisera à pleines mains, il le force de rester lui-même, d'imprimer à son discours son cachet propre, suivant le talent que Dieu lui a départi, et suivant les besoins actuels de l'auditoire. Ce ne sont point des sermons rédigés, c'est beaucoup mieux encore : le lecteur n'aura aucune peine à s'en convaincre après un examen de quelques heures. « Avec cet ouvrage, » dit un bon juge (1), le prêtre possède un Cours complet de religion, » une Somme de théologie et R Écriture-Sainte, une Patrologie mé- » thodique, un Compendium d'histoire et de philosophie, la moelle de » X ascétisme : et tout cela mis en rapport immédiat avec le ministère » apostolique. Une telle publication est un service éminent rendu au » clergé. » C'est à ce titre que nous l'entreprenons aujourd'hui.
Toutefois, l'œuvre (I'houdry comme toute œuvre humaine, a ses imperfections, son côté plus faible. On lui a reproché certaines longueurs, des citations exubérantes d'auteurs de troisième et de quatrième ordre,
(1) Le R. P. Marin de Boylesve, S. J.
VI AVERTISSEMENT
entièrement et à bon droit tombés dans l'oubli, et où l'on trouve à peine une pensée utile, déjà donnée ailleurs. Nous avons dû faire disparaître ces taches, élaguer le superflu, abréger ce qui paraîtrait diffus à l'excès, avec une extrême discrétion cependant : car c'est bien la Bibliothèque (I'houdry que nous rééditons, et non point un travail nouveau sur ou avec cette Bibliothèque.
La Morale occupe VIII volumes in-4° avec II Suppléments ; — les Panégyriques IV avec I Supplément; — les Mystères III et I Supplément;— les Cérémonies I volume seulement. Les Suppléments divers, nous les fondons, à leur place alphabétique, dans le corps de la Bibliothèque. Cette disposition nous a semblé nécessaire; on la jugera tout au moins raisonnable et utile.
Enfin, nous avons, presque partout, retouché et modifié la traduction des textes latins , dans le but de la rendre plus précise et plus scrupuleusement exacte : à l'époque où écrivait l'auteur , on apportait rarement à ce travail une assez vigilante attention. Quelques expressions vieillies ont été remplacées par celles d'aujourd'hui. Nous avons également indiqué le verset des chapitres del'Ecriture-Sainte, dont l'auteur ne s'occupe jamais. Enfin, dans l'impression même, nous veillons à mettre le plus en relief possible les divisions , les coupures, les indications de tout genre, qui se perdent dans le texte ordinaire des cinq éditions du siècle dernier. Quant aux titres courants en marge, qui formaient comme des traités à part, nous avons dû les restreindre à un très-petit nombre de mots : ils seront ainsi tout à la fois plus utiles et moins embarrassants pour la netteté de l'impression.
LeR. P. Vincent nouvR-Y naquit à Tours le 22 janvier 1631, jour de la fête de S. Vincent de Sarragosse, dont on lui donna le nom au baptême. Il manifesta de bonne heure un goût très-vif pour la piété et pour les études, et dès l'âge de treize ans, en 1644, il entrait, à Paris, dans la Compagnie de Jésus, ainsi que nous l'apprend le P. Oudin dans un mémoire latin cité par le deuxième supplément du Grand Dictionnaire historique deMoréri, t. II, p. 50. Il ne devait prononcer les quatre vœux que le 15 août 1665. Après ses deux ans de noviciat, il passa une année dans la maison de Saint-Louis, où il se livra de préférence à une étude approfondie de la langue grecque. Nous le trouvons ensuite enseignant les Humanités et la Rhétorique pendant sept ans, la Philosophie pendant quatre ; après quoi , trente années durant, il exerce le ministère
de l'éditeur. vu
de la prédication, houdry se distingua toujours autant par son érudition que par une singulière facilité de composition, où dominait un goût châtié. On a de lui plusieurs essais de poésie latine qui ne sont pas sans mérite, entr'autres une pièce de circonstance, la Collation, où il fait de fort jolies descriptions de la fraise, de la crème, du melon, etc., et une autre sur l'imprimerie (Ars tijpographica). Ses dernières années se passèrent dans son cabinet, au milieu des livres, et il s'y occupa jusqu'à la fin de la Bibliothèque des Prédicateurs, qui était son ouvrage de prédilection. Car il a donné aussi 22 volumes in-12 de Sermons sur tous les sujets de la morale chrétienne (Paris, Boudot, 1702), qu'il avait lui-même prêches pour la plupart. 11 a, de plus, un Traité de la manière d'imiter les bons prédicateurs (ibid., 1702, in-12). On en donne ici la substance. — houdry mourut au collège Louis-le-Grand, à Paris, le 29 mars 1729, âgé de quatre-vingt-dix-huit ans et trois mois. Il témoignait, pendant sa dernière maladie, du regret de ne pouvoir achever le siècle entier. Il était, dit un biographe, d'un tempérament excellent ; il n'eut jamais besoin de se servir de lunettes, quoique dans un âge si avancé et après de si longues années consacrées à lire et à écrire presque continuellement. Le P. houdry appuierait donc de son exemple et de son nom le tableau comparatif de la longévité humaine, qui est tout en faveur des savants.
La Bibliothèque des Prédicateurs parut d'abord à Lyon de 1712 à 1723, avec un supplément en 1735, après la mort de l'auteur. L'ouvrage eut un tel succès, qu'il était, avant son achèvement, réimprimé à Liège en 1716. Une troisième édition, puis une quatrième, furent données encore à Lyon en 1733 et années suivantes. Six ans plus tard, en 1739, l'ouvrage était traduit en allemand, dans la ville d'Augsbourg.
Il sera bon de se pénétrer de la Préface de l'auteur et des observations préliminaires qui la suivent.
Paris, l*1 décembre 1865.