DE LA. MANIÈRE I> IMITER LES BONS PREDICATEURS
Je veux finir cc3 remarques par la chose que les maîtres dans l'art de bien dire et de bien écrire ont jugée la plus importante et la plus nécessaire : c'est l'imitation de ceux qui, dans l'un et dans l'autre, passent pour des modèles achevés Mon dessein n'est pas d'enchérir sur les préceptes d'Aristote, de Cicéron et de Quintilien, mais d'en faire une application aux sujets propres à la chaire, en ce qui regarde la manière de bien composer un discours, sans toucher à celle de le bien réciter, en quoi l'éloquence sacrée n'a nul avantage sur celle du barreau et des académies. C'est pourquoi, ceux qui s'appliquent au saint ministère de la parole de Dieu doivent, pour y réussir, être premièrement persuadés qu'il faut imiter; en second lieu, être instruits de ce qu'ils doivent imiter, en faisant un bon choix des prédicateurs sur lesquels ils tâchent de se former, et enfin savoir la manière dont il les faut imiter.
I. — Pour réussir dans l'art de prêcher, aussi bien que dans tous les autres arts, il est absolument nécessaire d'imiter ceux qui s'y sont rendus les plus célèbres. C'est ce que je ne crois pas que l'on pût contester, si je n'avais connu bien des gens qui, se faisant un mérite d'être originaux et de tirer de leur propre fonds tout ce qu'ils produisent en public, aspirent à la gloire de l'invention , laissant aux autres celle d'imiter ; jusque-là qu'ils croient tourner en leur faveur le jugement de tous les savants s'ils peuvent persuader qu'ils ont fait quelque nouvelle découverte, et qu'ils sont tellement les auteurs de leurs pièces qu'ils n'en sont redevables à personne : semblables en ce point aux grands peintres qui ne travaillent que d'après nature, et qui laissent les modèles aux apprentis. Imiter les autres, disentils, c'est avouer qu'on ne trouve pas dans son propre fonds de quoi se soutenir, et enfin l'on n'emprunte ailleurs que ce qu'on ne rencontre pas chez soi.
Si ceux qui tiennent ce langage étaient de ces génies éminents qui n'ont besoin que de leurs propres lumières pour se conduire, et que la nature semble avoir formés pour servir d'exemples aux autres, je les féliciterais des grands avantages qu'ils ont reçus du Ciel, et je leur dirais ce qu'un grand pape dit autrefois à un grand prédicateur qu'il avait entendu parler avec une éloquence admirable sur les plus hauts mystères de notre religion ; a Puisez, à la bonne beure, de l'eau dans