‹ La bibliothèque des prédicateurs (volume 5)Chapitre 43 sur 75 · PS · texte numérisé non relu

PS

Nullus servus Christi sine tribulu-

Si l'affl iction vous fait verser des larmes, que ce soit par un sentiment de piété, et non par un mouvement d'indignation et d'orgueil; ne refusez pas d'être châtié en fils, si vous ne voulez pas être exclu de l'héritage que Dieu vous destine.

Soyez bien persuadé que la douleur que vous ressentez est une douleur médicinale qui vous rendra la santé.

N'espérez pas être sans châtiment en ce monde, à moins que vous ne renonciez à l'héritage du ciel. Dieu châtie tous ses enfants qu'il chérit. Quoi! tous! Et où voulez-vous vous cacher pour éviter les coups dont il vous menace? tous y sont soumis, et nul n'en est exempt. Et qu'entend-on par ce mot de tous? celui-là même qui était sans péché, et son Fils unique, n'a pas pour cela été exempt de souffrances.

De quoi vous plaignez-vous? Ce que vous endurez est un remède qu'on vous applique, et non une pure punition du mal que vous avez fait ; c'est pour vous corriger, et non pour vous réprouver. Ne refusez pas de vous soumettre au châtiment, si vous ne voulez pas être déshérité.

Vous me poursuiviez sans cesse, ô mon Dieu, et vous étiez miséricordieusement sévère à mon égard, en répandant de fâcheuses amertumes sur tous les plaisirs que je cherchais contre vos ordres.

Il faut que l'homme se persuade que Dieu est un charitable médecin, et l'affliction qu'il nous envoie un remède qu'il nous applique pour nous guérir. Lorsqu'on vous applique un remède violent, le fer et le feu, vous jetez de grands cris : le médecin n'écoute rien et n'a nul égard à ce que vous demandez, il n'envisage que ce qui est nécessaire pour votre santé.

Nul serviteur de Jésus-Christ n'est sans

AFFLICTION, etc.

tione est. Si putas te non habere persecutiones, nondùm cœpisti esse christianus. Id. iD Ps. 55.

Gaudeat christianus in adversis, quia aut probatur sijustus est, aut, si peccator est, emendatur. Id. Serm. 20., in Append.

peccator filius dedignatur flagellari, cùm sine peccato videas Unicum flagellatum! Id. in Ps. 88.

Non invenit locum sapientia ubi non est patientia. Id. Serm. 4 de Verb.Apost.

Doctrina viri per patientiam noscitur ; tantb ergb quisque minus ostenditur doctus, quanta convincitur minus patiens. Greg. Hom. 35 in Evang.

Si mens forti intentione dirigitur , quidquid in hâc vitâ amarum sit dulce œstimat ; omne quod affligit requiem putat. Id., Moralib.

In hoc mens justa ab injustâ discernitur, quod justa omnipotentis Dei laudem inter adversa confitetur, quod non cum rébus frangitur, quod non cum casu gloriœ exterioris cadit. Id. in Ezech.

Ego virtutem patientis et signis et mi~ raculis majorem credo. Id. Dialog. x.

Sine ferro et flammâ martyres esse possumus, si patientiam in animo veraciter conservamus. Id., ibid.

Nihil fortius iis qui ferre omnia parati sunt. Id. n Moral.

Filii Israël premuntur a Pharaone, et a Moyse invitantur ut utroque modo velint exire : nempè ut, dùm amor provocat, cruciatus impellat Id. xxvi.

Moral. 9.

Ego fidenter dico quia minus piè vivis si minus persecutionem pateris. Id.

vi Epist. 27.

Quis sanctorum sine certamine coronalus est ? Abel justus occiditur : Abraham uxorem periclitatur amittere? Quœre, et invenies sanctos omnes adversa perpessos. Selus Salomonin deliciisperpctu'o fuit, et forsitan ideb corruit:

quem enim diligit Dominus castigat.

Ilieronymus.

Fundendo sanguinem, etpatiendo mag\s quàm faciendo contumelias, Dei fun-

..quelque affliction. Si vous espérez n'en souffrir aucune et vivre sans persécution, vous n'avez pas encore commencé à être chrétien.

Que le chrétien se réjouisse dans l'adversité, parce que par-là, s'il est juste, il est éprouvé; s'il est pécheur, il est corrigé.

Quoi! l'enfant coupable refuse le châtiment et la correction, en voyant celui qui est l'Innocent si rudement traité par son Père éternel!

La véritable sagesse ne peut être là où il n'y a point de patience.

La véritable science se reconnaît à la patience: d'où l'on doit conclure qu'une personne a d'autant moins de science et de doctrine qu'elle a moins de patience. Si l'esprit est conduit par une ferme intention, tout ce qu'il y a de rude et de fâcheux en cette vie lui paraîtra doux et agréable, et tout ce qui afflige lui paraîtra un sujet de paix et de repos.

Ce qui distingue l'homme juste de celui qui ne l'est pas, c'est que le juste dans l'adversité loue et. remercie Dieu, que son courage n'est point renversé avec sa fortune, et qu'il n'est point abattu par la perte d'un avantage purement extérieur.

Je préfère la vertu d'un homme patient à tous les miracles et à tous les prodiges. Nous pouvons être martyrs sans le fer et sans le feu, en conservant la tranquillité d'esprit dans nos afflictions.

Il n'y a rien de plus fort que celui qui est prêt à tout souffrir.

Le peuple de Dieu était d'un côté opprimé par Pharaon, et de l'autre sollicité par Moïse, afin que de l'une et de l'autre manière il prît la résolution de sortir de l'Egypte, attiré par le bienfait et poussé par les mauvais traitements.

Je le dis hardiment : moins vous êtes persécuté, moins vous avez de piété, et moins vous vivez chrétiennement.

Qui est-ce parmi les saints qui a été couronné sans avoir combattu? L'innocent Abel est massacré par son frère ; Abraham est en danger de voir enlever sa femme. Cherchez bien, et vous trouverez que tous les saints ont souffert quelque sensible adversité. Le seul Salomon a constamment été dans les délices : aussi est-ce peut-être pour cela qu'il s'est perdu, parce que celui que Dieu aime, il le châtie.

C'est plutôt en versant son sang et en souffrant les injures et les autres affronts

data est Ecclesia. Id. Epist 62 adv. Joan. Ilierosol.

Triticum non rapit ventus, nec arborent solidâ radice fundatam procella subvertit : inanes paleœ tempestate jactantur, invalidée arbores turbinis incursione vertuntur. Cypr. De simpl, Preelat.

Quantum patientiœ licet, ut Deum habeat debitorem! Tertull. De Patientiâ c. 15.

Abstulit virtus crucis omnes aculeos mortis, in Dominici capitis patientiâ obtundens. Id. De coronâ, 14.

Nihil corpus sentit in nervo cùm animus in cœlo est. Id. Ad martyr.

Non licet nobis un a die sine patientiâ manere. Id. De patientiâ.

In insidiis et calumniis, injuriam non patimur, sed Mi qui faciunt. Chrysost.

Homil. 68.

Quandb Deus dat alicui ut moriuos suscitet, minus dat quàm cùm dat donum patiendi. Pro miraculis enim debitor sum Deo, pro patientiâ debitorem habeo Christuh. 0 rem admirandam !

et donat mihi, et super hoc débet ipse mini. Id. in Epist. ad Philipp.

Yinctum esse propter Christum prœclarius est quam esse apostolum. Si quis amore Dei uritur, novit vim vinculorum, maluerit vinctus esse propter Christum quàm habitare cœlos. Id.

Homil. 8. In Epist. ad Ephes.

Si quis mihi daret totum cœlum, aut Pauli catenam.ego illam prœferrem. Id., ibid.

Etiamsi pati nullam aliam haberet mercedem, hoc solum est magna merces et sufficiens remuneratio, gravia pati propter Deum qui amalur. Id., ibid.

Gratia vcrè maxima dignum censeri propter Christum aliquid pati, et coronâ verè perfecta,etmerces futurâ retribulioae non minor. Id. Homil. sup.

Oiat. Anna?.

qu'en les faisant aux autres, que l'Église de Dieu a été établie.

Le vent n'emporte pas le bon blé, la violence de l'orage ne renverse pas l'arbre qui a jeté de profondes racines; mais elle disperse les pailles inutiles, et abat les faibles arbres qui ne peuvent résister aux secousses de la tempête.

Quel privilège de la patience que Dieu même devienne son débiteur!

La vertu de la croix a ôté à la mort son aiguillon, et a émoussé ses pointes sur la tête adorable du Sauveur (par la patience avec laquelle il l'a soufferte).

Le corps ne sent aucune douleur sur le chevalet lorsque l'esprit s'élève au ciel.

Il ne nous est pas permis de passer un seul jour sans souffrir quelque chose avec patience.

Dans les pièges qu'on nous tend, dans les torts qu'on nous fait, ce n'est pas nous qui pâtissons, ce sont ceux-là même qui nous procurent ces maux.

Lorsque Dieu donne à quelqu'un la puissance de ressusciter les morts, il lui fait une faveur moins considérable que lorsqu'il lui accorde de souffrir pour son amour : car enfin, je suis redevable à Dieu pour le pouvoir qu'il me donne de faire des miracles; mais, quand je souffre, Jésus-Christ même est mon débiteur; et ce qu'il y a de surprenant, c'est qu'il me donne et qu'il m'est redevable du présent qu'il me fait.

Être dans les fers pour Jésus-Christ, c'est quelque chose de plus glorieux que d'être un apôtre. Si quelqu'un a un ardent amour pour le Sauveur, celui-là connaît la vertu des liens qui le font son captif; et il préférerait l'honneur d'être enchaîné pour lui à celui d'être habitant du ciel.

Si quelqu'un m'offrait le ciel entier ou la chaîne dont S. Paul fut lié pour Jésus- Christ, je ne craindrais point de la lui préférer.

Quand il n'y aurait point d'autre récompense des souffrances qu'on endure que l'honneur seul de souffrir, c'est une grande et suffisante récompense de souffrir pour Dieu quand on l'aime.

C'est une insigne faveur d'être jugé digue de souffrir pour Jésus-Christ ; c'est une couronne et une récompense qui n'est pas d'un moindre prix que celle que nous recevrons un jour dans le ciel.

AFFLICTION, etc.

Magna dignitas et multa, regno, consulatu, universisque major, pro Christo ligari(ld. in illud D. Pauli : Obsecro vos ego vinctus in Domino : ubi agit fusiùs de vinculis Pauli.)

Nihil hâc linguâ sanctius quœ in adversis Deo gratias agit ; certè non inferior est linguâ martyrum: utraque pariter coronatur. Id. Homil. 8 in Coloss.

Job ille, pugil pietatis, athleta orbis, sicut adamas quidam omnes impetus ferre potuit. Id. Homil. 23 in Gènes.

Philosophi omnem sapientiœ ostentationem de patientiâ prœferunt. Tert. De Patientiâ.

Job jacebat corpore in sterquilinio, sed animo habitabat incœlo; consumebatur vermibus qui spiritus superabat immundos. Cassiod. in Ps. 37.

Tempora patiendi non potest prœvenire félicitas regnandi. S. Léo de Transfig. Domini.

Féliciter sunt miseri quos constat non meruisse quœ perferunt. Hildebert.

Epist. 39.

Ver a patientiâ est pati vel agere contra quodlibeat, sed non contra quod liceat. Bernard. 2 de Considérât.

Sunt alii mites, sed quamdiù dicitur vel agitur pro eorum arbitrio ; sed quain longe sunt patientiâ apparet, si levis oriatur occasio. Id. in quod. Serin.

Quomodb siellœ innocle lucent, in die latent, sic vera virtus, quœ semper in prosperis non apparet, in adversis eminet. Id. sup. Cantic.

Sanè christianus quodammodb esse desinit qui, in hoc positus ut perferret, nihil perfert. Salviau. cont. Gent.

Qui est mag\s patiens mag)s est sapiens. Thomas, De Cond. Principum, 34.

Mirabilis res est patientiâ, quœ tanquà m in tranquillo port u animum constitua, eumque et ab adversis ventis et fluctibus tempestatum liberum reddit.

Chrys. Homil. 83 in Joan.

Non est verus patiens qui non pati imlt nisi quantum sibi visum fuerit, et a quo sibi placiaril. Imitât. Clir. 3, 19.

C'est une grande et éminente dignité, supérieure à une couronne, au pouvoir, à tout, que d'être chargé de chaînes pour la cause de Jésus-Christ.

Il n'y a rien de plus saint que la langue qui rend à Dieu d'humbles actions de grâces dans l'adversité ; elle ne cède en rien à celle des martyrs (qui l'ont confessé dans les tourments), et l'une et l'autre méritent une pareille couronne.

Job, ce vaillant combattant de la piété, cet athlète qui a mérité l'admiration de l'univers, était comme un diamant à l'épreuve de toute la violence de la douleur.

Les philosophes mettent la patience audessus de toute autre marque de sagesse.

Le saint homme Job était de corps sur un fumier, pendant qu'il était d'esprit dans le ciel; il était rongé des vers, celui qui triomphait des esprits immondes.

Le bonheur du ciel ne saurait précéder le temps destiné à souffrir.

Ceux-là peuvent être appelés d'heureux misérables qu'on sait n'avoir point mérité les maux qu'ils souffrent.

La véritable patience consiste à souffrir ou à agir contre ce qui nous plaît, mais non contre le devoir.

Il y en a qui passent pour être doux et patients, mais c'est tant qu'on ne dit et qu'on ne fait rien que ce qui leur plaît; à la moindre occasion qui les choque, on reconnaît combien ils sont éloignés de la véritable patience.

Comme les étoiles luisent durant la nuit et se cachent durant le jour, de même la vraie vertu, qui ne paraît pas toujours dans la prospérité, éclate et brille dans l'adversité.

Celui-là sans doute cesse en quelque manière d'être chrétien, qui ne souffre rien en ce monde, où il n'est que pour souffrir.

Le plus patient est le plus sage.

La patience est une chose admirable :

elle met l'esprit dans une situation tranquille et comme dans un port assuré, où il est à couvert de tous les vents contraires, des flots et des tempêtes.

Celui-là n'est pas véritablement patient qui ne veut souffrir qu'autant qu'il lui plaît, et de qui il lui plaît.

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