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VIII

Sicut abundant passiones Christi in nobis, ith et per Christumabundat consolationostra,utspesnostrafirmasitpro vobis, scienles qubd, sicut socii passionum estis, sit erilis et consolationis.

Il Cor. i, 5.

In omnibus tribulationem patimur , sed non angustiamur aporiamur, sed; ■non desliluimur ; dejicimur, sed non perimus. Ibid. iv, 8.

In omnibus, eochibeamus nosmetipsos sicut Dei ministros, in multâ patientiâ, in iribulalionibus, in angusliis, in p lacis,in carceribus, in laboribus, in vigihis. II Cor. vi, 4.

Quod in prœsenti est momentaneum et levé tribulationis nostrœ suprà modum, in sublimitate, œlernum gloriœ pondus operatur in nobis, non contemplantibus nobis quœ vidtnhir, sed quœ non videnlur. Ibid. iv, 17.

R/pletus sum consolatione , superabundo gaudio, in omni tribulationc nostrâ. Ibid. vu, 4.

Libenter gloriabor in infirmitatibus meis, ut inhabitet in me virtus Christi. Ibid. xn, 9.

A Domino corripimur , ut non cum hoc mundo damnemur. I Cor. xi, J2.

Bcnediclus Deus, qui consolalur nos in omni trtbulatione noslrâ. H Cor. i, 4.

Uihi absit gloriari nisi in cruce Domini nostri Jesu-Curisti. Galat. VI, 14.

A'emo moveatur in Iribulalionibus

le monde sera dans la joie ; vous serez dans la tristesse ; mais votre tristesse se changera en joie.

C'est par beaucoup de traverses et d'afflictions que nous devons entrer dans le royaume de Dieu.

Les Apôtres sortirent du conseil tout remplis de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le Nom de Jésus.

L'affliction produit la patience, la patience produit l'épreuve, et l'épreuve l'espérance.

Quand je considère les souffrances de la vie présente, je trouve qu'elles n'ont point de proportion avec cette gloire que Dieu doit un jour découvrir en notre faveur.

A mesure que les souffrances de Jésus- Christ s'accroissent et se multiplient en nous, nos consolations s'accroissent et se multiplient : ce qui nous donne une ferme confiance pour vous, sachant que, comme vous avez part aux souffrances, vous aurez part aussi à la. consolation.

Nous sommes pressés par toutes sortes d'afflictions, mais nous n'en sommes point accablé.-; nous sommes persécutés, mais non pas abandonnés; nous sommes abattus, mais non pas entièrement perdus.

Rendons -nous en toutes choses de fidèles serviteurs de Dieu, par une grande patience dans les afflictions, dans les nécessités, dans les souffrances du corps, dans les prisons, dans les travaux, dans les veilles.

Le moment si court et si léger des afflictious que nous souffrons en cette vie produit en nous le poids éternel d'une souveraine et incomparable gloire, si nous avons soin de ne considérer point les choses visibles, mais celles que l'œil humain ne saurait voir.

Je suis rempli de consolation, je stliâ comblé de joie, parmi toutes mes tribulations.

Je me glorifierai volontiers dans mê3 faiblesses et mes afflictions, afin que la vertu de Jésus-Christ habite en moi.

C'est le Seigneur qui nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde.

Béni soit Dieu, qui nous console dans toutes nos afflictions.

A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ!

Que personne ne soit ébranlé par les

AFFLICTION, etc.

istis : ipsi enim scilis qubd in hoc posili suntus. Thessal. III, 3.

Donalum est vobis pro Christo, non solùm ut in eum credatis, sed ut et pro Mo patiamini. Philipp. i, 29.

Omnes quipiè volunt vivere in Christo Jesc , persecutionem patientur II.

Thimoth. m, 12.

Recogilate eum qui talem sustinuit, à peccatoribus adcersùm semetipsum contradictionem. Hebr. xil, 3.

Beatus vir qui suffert tentationem, quoniam, cùm probatus fuerit, accipiet coronam vitui quairi repromisit Deus diii'jentibus se. Jacob, i, 12.

Omne gaudium existimitate, fratres ■mei, cùm in tentationes varias inciderilis, scientes qubd probatio vestrœ fidei patientiam (>peratur. lbid. i, 2.

Quem diligit Dominus castigat, flagellât auleiu omnem filium quem recipit. Hebr. xn, G.

Christus passus est pro nobis, vobis relinquens exemplum ut sequaminivesligia ejus. I Pet. H, 21.

Hœc est gratia Dei, si propter Dei conscientiam sustinet qiris tristitius , patiens injuste. Ibid. il, i9.

Decs ornais gratiœ modicùm passos ipse perficiet, confirmant solidabitque.

ld. v, 10.

Communicantes Christi passionibus, gaudete, ut in, revelatione ejus gaudeatis exultantes- ld. iv, 13.

Si exprobramini in nomine Christi, beali erilis : quoniam quod est honoris, gloriœ et virtulis Dei, et qui est ejus spirilus, super vos requicsat. lbid. iv,

JYemo vestnlm patiatur ut homicida aut fur, aut maledicux aut alienorum appelitor ; si autcm ut christianus, non erubescat, glonficet autem Deuu in isto nomine. I Pet. iv, \l.

Modicùm nunc oportet contristari in variis tentationibus, ut probatio vestrœ fidei multb prctiosior auro quod per ignem probatur inveniatur, in luiidem

tribulations qui arrivent : vous savez que c'est à quoi nous sommes destinés.

C'est une grâce qui vous a été faite, nonseulement de ce que vous croyez en Jésus-Christ, mais encore de ce que vous souffrez pour lui.

Tous ceux qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ seront persécutés.

Pensez en vous-mêmes à celui qui a souffert une si grande contradiction de la part des pécbeurs qui se sont élevés contre lui.

Heureux celui qui souffre patiemment les tentations et les maux de cette vie, parce que, quand sa vertu aura été éprouvée, il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment.

Considérez, mes frères, comme le sujet d'une extrême joie, les diverses afflictions qui vous arrivent, sacbant que l'épreuve de votre foi produit la patience.

Le Seigneur cbâtie celui qu'il aime, et il frappe avec des verges tous ceux qu'il reçoit au nombre de ses enfauts.

Jésus-Christ a souffert pour nous, vous laissant l'exemple afin que vous marchiez sur ses pas.

Ce qui est agréable à Dieu, c'est que, dans la vue de lui plaire, nous endurions les maux et les peines qu'on nous fuit souffrir injustement.

Le Dieu de toute grâce, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous perfectionnera, vous affermira et vous fortifiera.

Réjouissez-vous de ce que vous participez aux souffrances de Jésus-Christ, afin que vous soyez aussi comblés de joie au jour de la manifestation de sa gloire.

Vous serez heureux quand vous souffrirez les injures et la diffamation pour le nom de Jésus-Christ, parce que l'honneur, la gloire, la vertu de Dieu et son Esprit reposent en vous.

Que nul de vous ne souffre comme homicide ou comme larron, ou comme calomniateur, ou comme désirant le bien d'autrui; si c'est comme chrétien, qu'il n'eu rougisse pas, mais qu'il en glorifie Dieu.

Il faut être affligé pour un peu de temps en cette vie, afin que votre foi, ainsi éprouvée, étant plus précieuse que l'or qui est éprouvé par le feu, se trouve digne

et gloriam et honorem, in rtvelatione de louange, d'honneur et de gloire, au Jksc-Christi 1. Pet. i, 6. temps de l'avènement glorieux de Jisus-

Curist.

Ego quos amoarguo et castigo. Apocal. Je reprends et châtie tous ceux que ni, i9. j'aime.

EXEMPLES E>E L'ANCIEN-TESTAMEXT.

[Job]. — Le plus illustre exemple de patience est le saint homme Job, qui est assez connu , sans qu'il soit nécessaire de rapporter en détail par quelles épreuves le démon , avec la permission de Dieu , l'exerça , et comme il bénit Dieu dans le triste état où il se vit réduit, et sans succomber sous l'accablement de tant de malheurs.

[Tobie]. — Le saint homme Tobie est encore célèbre dans l'Ecriture, laquelle dit, en parlant de l'accident qui le priva de l'usage de la vue, que Dieu le permit ainsi afin qu'il fût à la postérité un exemple de patience , comme l'avait été avant lui le saint homme Job (Tob. 2J.

[La mère des Ëachabées]. — La mère des Machabées est aussi un exemple de constance et de patience, dans la mort de ses sept enfants, qu'elle vit massacrer devant ses yeux, et tourmenter par des supplices inouïs. (II Machab.l).

pÈIéazarJ. — Éléazarfit aussi voir une généreuse patience dans le mépris qu'il fit de la mort et dans les rigoureux supplices qu'il endura, à l'âge de 90 ans. (II Machab. 6).

[Manassès]. — Alanassès, puni pour ses impiétés et mené captif à Babylone, ayant eu recours à Dieu dans l'extrême affliction où il était, et s'étant converti sincèrement, fut exaucé et puis rétabli dans son royaume, où il rétablit lui-même le culte du vrai Dieu qu'il avait aboli (II Paralip. 33J.

[Les frères de Joseph]. — Les frères de Joseph, se voyant arrêtés en Egypte et ressentaut la vengeance du Ciel, se souvinrent du crime qu'ils avaient commis, et reconnurent la main de Dieu qui les poursuivait : « C'est avec justice, s'écrient-ils, que nous souffrons, parce que nous avons péché contre notre frère. » (Gen. 42J.

[Endurcissement J. — L'impie Achaz fut puni de Dieu, et il ne put ignorer que ce ne fût pour ses crimes ; mais, au lieu de rentrer en soi-même, il en devint plus endurci, et persévéra dans son impiété. (II Paralip. 28J.

Le superbe Antiochus fut frappé de Dieu, et reconnut même la main qui le frappait ; il s'humilia et promit de réparer le tort qu'il avait fait, d'embrasser la loi du vrai Dieu , et de publier partout ses grandeurs. Mais ce n'était que dans la vue d'être délivré du mal présent qu'il sentait : et Dieu, qui voyait le fond de son cœur, rejeta ses prières, et ne lui fit point miséricorde, quoi qu'il fît les plus belles promesses du monde. (II Machab. 9).

[Secours de Dieu]. — Dans la Genèse, nous voyons qu'il a enfin récompensé la patience de Jacob dans ses longs travaux (Genèse, 31 ), qu'il a eu compassion de la tristesse et de l'affliction de Lia (c. 19J, qu'il écouta les pleurs et les gémissements d'Agar. Et dans l'Exode Dieu dit qu'il a ouvert les

64 AFFLICTION, etc.

yeux sur l'affliction et sur la misère de son peuple, qu'il a écouté les plaintes et les cris qu'il faisait pour la dureté avec laquelle Pharaon le traitait.

[David]. — Le saint roi David est encore un grand exemple de patience dans les persécutions que lui fit le Saûl, dans la rébellion d'Absalon, et dans les fâcheux accidents qui lui arrivèrent en punition de son adultère et de l'homicide qu'il avait commis. Il fut toujours soumis aux ordres de Dieu, et toujours prêt à recevoir les châtiments qu'il croyait avoir mérités : Quoniam ego in flagella paradis sum (Psal. 37J. La patience des anciens patriarches et des prophètes est aussi louée par S. Paul et par le Fils de Dieu même.

EXEMPLES DU NOUVEAU-TESTAMENT

Sans parler ni du Fils de Dieu ni de sa sainte Mère, qui ont été les plus parfaits modèles de patience, et dont ce n'est pas ici le lieu de rien dire en particulier, non plus que de celle de tous les martyrs, voici ce qu'on peut recueillir.

[S. Paul]. — S. Paul rapporte lui-même ses travaux, ses voyages, ses traverses, et les persécutions qu'il a souffertes pour Jésus-Christ. (II Cor. k).

Le même témoigne la résolution où il était de souffrir tout ce qui lui était préparé dans la ville de Jérusalem, pour la querelle du Sauveur. (Ad. 20J.

La patience des premiers disciples, après la mort du Fils de Dieu, est aussi remarquable, lorsqu'ils étaient traînés devant les juges et dans les tribunaux; et ils s'estimaient bien glorieux et triomphaient de joie de souffrir toutes sortes d'affronts et de mauvais traitements pour avoir confessé et publié le nom du Sauveur, comme il est rapporté aux Actes des Apôtres, V.

APPLICATION DE QUELQUES PASSAGES DE L'ÉCRITURE

[Spectacle de l'homme souffrant pour Dieu]. — Sur ces paroles de l'Exode, III, 3, Ibo et videbo visionem hanc magnum quarè non comburatur rubus. C'est un grand spectacle de voir une personne en butte à toutes les souffrances et à tous les accidents de la fortune, accablée d'afflictions que l'Ecriture appelle un feu et une fournaise, sans en être cependant consumée, sans concevoir aucun sentiment de vengeance contre ceux qui en sont les auteurs, sans impatience, sans se répandre en plaintes et en murmures. C'est même, au sentiment d'un païen, un spectacle digne des yeux de Dieu : Spedaculum Deo dignum homo compositus cuin fortunà, dit Sénèque. C'est l'application que quelques interprètes font de ce passage : Ibo et videbo, etc.

[La joie naît de l'affliction]. — Fonsparvus crevit in fluvium magnum, et in solem

conversus est ; voilà le songe de Mardochée. Le soleil sort de l'eau, c'est-àdire la joie de l'aflliction, et la gloire de l'humiliation, qui sont représentées par ces symboles. (Esth. X, 6. Cornélius à Lapide).

In Iribulatione dilatâsti mihi (Ps. 5). L'affliction resserre le cœur, et la joie le dilate : mais celui qui se réjouit dans l'affliction change la tristesse en joie, et l'affliction, au lieu de lui resserrer le cœur, le dilate (Bellarmin, sur ce passage).

Iniindationcm maris quasi lac sugent (Deut. XXIII, 19). Le débordement et l'inondation de la mer, c'est l'abondance des souffrances et des afflictions, qui paraissent douces, et que l'on suce avec plaisir quand on souffre avec patience et avec joie. Sens allégorique donné à ces paroles.

[Les souffrances viennent de Bien]. — Dominus prœcepil ei ut malediceret David. (II Reg. XVI). Il faut imiter le saint roi David, qui, chargé d'injures par Séméi, pensait qu'il avait mérité ce châtiment : c'est pourquoi il souffrait patiemment les outrages que lui faisait cet insolent. Réflexion de S. Grégoire (XXXI Moral).

Potestis libère calicem quem ego bibilurus swm?(Matth. XX, 22). On sait assez que par ce calice le Sauveur entendait sa mort et ses souffrances , et les SS. Pères ajoutent que tous les prédestinés doivent avoir part à ce calice, qu'il est proportionné aux forces et à la capacité de chacun , comme une mesure plus grande et plus petite à l'égard des uns que des autres , mais que personne ne peut être dispensé d'y boire.

[Dieu nous épure par les afflictions]. ■ — Purgabit aream suam (Luc. III, 17). Quand on vanne le blé, le bon grain demeure ou bien tombe à terre de jon propre poids, aux pieds de celui qui manie et qui agite le van; au lieu que le vent qui souffle pour le nettoyer emporte la paille bien loin et la disperse de tous côtés. C'est ce qui arrive dans l'affliction, par le moyen de laquelle Dieu épure les justes : le vent des persécutions emporte les personnes qui n'ont pas une solide vertu.au lieu que les saints demeurent, et ne font que s'humilier sous ceux qui les oppriment ou qui les persécutent.

[La Patience utile] . — Tribulatio patientiam operalur (Rom.V, 3) . S. Taul veut dire par-là que la patience est comme une terre fertile que l'afilicti in cultive et laboure pour lui faire porter le fruit d'une infinité de mérites : c'est l'explication qu'en donne Cornélius à Lapide, qui cite pour cela le cardinal Hugues.

Ut probalio veslrœ fidei mxdlo preliosior auro, etc. (I Petr. i, 7.). C'est avec raison que la patience des saints est comparée au plus précieux de

66 AFFLICTION, etc.

tous les métaux, parce que, comme les hommes n'estiment rien davantage que l'or, il n'y a rien aussi que Dieu estime plus que les souffrances et la patience dans les afflictions. (Bède).

Descenilal nunc de cruce, et credimus ei (Matth. XXVII, 42). Si nul n'est sauvé que celui qui persévérera jusqu'à la fin, comment le Fils de Dieu porterait-il le nom de Sauveur? et le serait-il en effet s'il n'eût persévéré avec patience dans la croix? (S. Bonaventure, Servi. II Dont in. inf. Ovl. Natio.)

Càm audîsselJoannes in vinculis (Matth. XI, 2). L'ange qui annonça la naissance de S. Jean-Baptiste avait prédit qu'il serait grand devant Dieu : et cependant le voilà dans les fers et dans une étroite prison, pendant qu'Hérode, tout scélérat qu'il est, est dans les délices : mais c'est, dit S. Chrysostôme (Jlomil. VIII in Matth.), que celui-là est véritablement grand devant Dieu qui souffre pour son amour et pour sa cause de grandes persécutions ou de grands travaux, et ce fut là le haut point et le comble de la grandeur du glorieux précurseur du Sauveur.

[La croix, voie du ciel]. — Mémento met cimi veneris in regnum tuum. Ce sont les paroles que dit le bon larron étant sur la croix en compagnie du Fils de Dieu. Il arrive au même royaume que le Sauveur, par la plus courte voie. Vis nôsse quàm compendiosa via ? demande S. Bernard : eâdem die meruil cum Domino esse in paradiso (Serm. in Ramos Palm). C'est le langage de plusieurs SS. Pères, que la croix est le chemin le plus court pour arriver au ciel.

Beati qui persecuiionem patiunlur propter justiliam, quoniam îpsorum est regnum cœlorum (Matth. V, 10). C'est une remarque qu'ont faite plusieurs interprètes, que, dans les autres béatitudes dont parle le Fils de Dieu, la promesse qu'il fait de la récompense n'est que pour l'avenir; mais, à l'égard de ceux qui souffriront pour la justice, la promesse qu'il fait du royaume des cieux est pour le présent : ce royaume est à eux et leur appartient dès maintenant : Ipsorum est regnum cœlorum.

[L'affliction éclaire Yeî$nl].— Castïgâsti me, eterudilussum(JeTem. XXXI, 18). Depuis que vous m'avez châtié, Seigneur, j'ai ouvert les yeux à la lumière. Quand j'étais dans la prospérité, les biens de l'autre vie, la félicité des saints et le bonheur de la vertu me touchaient peu; mais, depuis que mes sens sont détrompés et rebutés par les afflictions, la foi revit dans mon cœur, et la vertu me paraît aimable. On m'a dit tant de fois que vous étiez le meilleur de tous les maîtres, le plus juste, leplus libéral : langageque je n'entendais pas quand le monde ne se présentait à moi que sous des idées ilatteuscs; mais, depuis qu'il est devenu pour moi et perfide et ingrat, je

conçois que votre service est plein de douceur, qu'il n'y a que cela de solide ; que c'est le seul parti que je dois prendre; et toute ma douleur est maintenant de ne vous avoir pas connu. Casligâsti me, et eruditus sum. J'envisageais comme des malheureux ceux que le monde rebute et abhorre; mais, depuis qu'éclairé de vos lumières j'ai découvert le trésor caché dans les souffrances, je vois que vous me châtiez, non pas en juge sévère, mais en père plein de bonté, etc.

[L'affliction attache à Dieu]. — Propè est Dominus Us qui tribulato sunt corde (Ps. 33). Autant;les disgrâces doivent nous détacher des choses du monde, autant servent-elles à nous attacher à Dieu : car, dans le temps que nos amis nous abandonnent, le Seigneur est proche de ceux qui ont de l'affliction dans le cœur, et avec ceux qui sont dans la tribulation : Cum ipso sum in tribulatione. Dans le temps que les hommes nous donnent mille marques de leur malignité, Dieu nous donne mille preuves de sa bonté; quand leur injustice nous dépouille de nos biens, il nous remplit des siens; quand le monde disparaît comme une figure qui n'a rien pour nous d'assuré, le Seigneur nous propose le royaume du ciel comme la récompense destinée à ceux qui souffrent persécution pour la justice. Si nous faisions ces solides réflexions, les maux, les adversités, les tribulations, ne pourraient nous ébranler ni nous abattre, et ne serviraient qu'à redoubler notre amour, et à fortifier notre attachement pour Dieu.

Bonum mihi quia humiliâsti me (Ps. 118). Je reconnais, Seigneur, que j'avais besoin de cette disgrâce pour corriger l'idolâtrie de mon cœur et cette affection déréglée pour les créatures qui m'éloignaient de vous. Daniel, voulant détruire l'idolâtrie des Babyloniens, renversa l'idole qu'ils adoraient; et, après l'avoir mise en pièces, il leur dit : Voilà le dieu que vous adoriez; voyez s'il est digne de vos adorations : Ecce quem colebatis! La passion dominante de chaque chrétien lui tient lieu d'idole : c'est ce qui oblige le Dieu jaloux de briser par l'adversité toutes ces idoles secrètes du cœur humain, dont il veut être seul le maître. Il dit à cette femme devenue méconnaissable par l'âge ou par les maladies: « Voilà cette beauté fragile dont vous étiez idolâtre.» Il dit à cet orgueilleux hypocrite chargé de honte et de confusion : « Voilà cette réputation d'homme de bien que tu avais voulu acquérir et conserver par tant d'artifices. » Bonum quia humiliâsti me : il était à propos que Dieu vous envoyât cette disgrâce pour vous désabuser, pour vous faire rentrer en vous-même, pour vous apprendre à vous connaître, et vous faire sentir le peu de sujet que vous aviez de vous élever.

[Consolation]. — Dicilejuslo quoniam benè. (Isaiœ III, 10). C'est à vous, justes, qui êtes dans l'affliction, que j'adresse ces paroles; à vous qui gémissez sousle poids do vos misères, qui menez une vie mourante, qui manquez des choses les plus nécessaires, qui voyez autour de vous quelques restes d'une famille que lu misère et la fin ont épargnés jusques ici, pour traîner une vi

OS AFFLICTION, etc.

languissante, plus dure que la mort même. Vous regardez peut - être les heureux du siècle, pour qui seuls tous les biens terrestres semblent avoir été créés : consolez- vous; viendra le temps où ces heureux prétendus envieront votre sort. Maintenant, aveuglés qu'ils sont par leur bonheur apparent, ils vous méprisent, ils vous rebutent, ils ne daignent pas même vous regarder; mais le jour du Seigneur viendra, et exposera aux yeux de l'univers les richesses de patience que vous aurez acquises en cet état.

Virga tua et baculus tuus ipsa me consolala sunt (Ps. 22). Avec quelle résignation, ou plutôt avec quelle joie, un chrétien convaincu des^ maximes de la foi ne reçoit-il pas les afflictions ! 11 les regarde comme des coups favorables d'une main bienfaisante qui le console en le frappant, ainsi que parle le Prophète : et cette consolation est qu'il sera un jour bien récompensé des peines qu'il endure. Oui, Dieu me tiendra compte de ce mépris que je souffre, de cette raillerie que je dissimule, de ce ressentiment que j'étouffe, de ce rebut que j'essuie ; c'est là l'expiation de mes offenses, c'est le prix du ciel : en faut- il davantage pour adoucir toutes les amertumes de la vie ? Les consolations humaines endorment la douleur pour un temps; mais celle-ci l'adoucit jusqu'à la source, et, quoi qu'elle nous laisse quelque sentiment de nos maux, elle remplit le fond de notre âme d'une joie intérieure qui nous fait dire avec le Prophète : « 0 mon Dieu, vous avez épanoui et dilaté mon cœur dans la tribulation : In tribulatione diîatâsii mihi (Ps. 4). » 11 en est tout au contraire de ceux qui souffrent pour satisfaire des passions criminelles : car quel soulagement peuvent-ils avoir? S'ils étaient dans la grâce de Dieu, ils se consoleraient avec lui des mauvais traitements qu'ils reçoivent de la part des hommes ; s'ils étaient heureux selon le monde, ses douceurs et ses caresses, toutes trompeuses qu'elles sont, leur donneraient du moins quelques plaisirs passagers qui leur tiendraient lieu de félicité : mais, étant tout ensemble dans la disgrâce de Diet; et dans celle des hommes, troublés au-dedans par les remords d'une conscience criminelle, afjligés au-dehors par les persécutions qui leur arrivent, ne pouvant tourner leur cœur obstiné vers Dieu qui les invite à revenir à lui, et soupirant malgré eux pour un monde qui les fuit et qui les méprise, sans consolations ni humaines ni terrestres : n'est-ce pas là un commencement d'enfer ?

[Mérite de la patience]. — Tribvlatio patientiam operatur, patientia antem probationem (Rom. S, 3, 4). Nous avons sujet de croire que Dieu accepte plus volontiers le mérite de la patience chrétienne, parce qu'elle n'est point ordinairement exposée à ces défauts qui nous rendent suspectes les autres vertus : l'illusion et l'amour-propre ne la corrompent pas si aisément. Un fidèle qui souffre sans se plaindre ne souffre pas sans doute par vanité. Un fidèle qui songe ù effacer ses péchés par l'affliction et par la douleur est

bien éloigné de se chercher soi-même dans ses malheurs : de sorte que son mérite est un mérite pur et désintéressé, qui ne peut manquer de plaire à Dieu.

Passages et Pensées des SS. Pères sur ce sujet.

Si ploras, piè plora. Noli cum indignalione, noli cum typho superbiœ; noli repellere flagellum , si non vis repelli ab hœreditate. Augustin, in Ps. 99.

Cogita medicinalem dolorem , futuram cogitans sanitatem. là. in Ps. 102.

Non te sine flagello speres futurum, nisi forte cogites exhœredari : Flagellât oinnem filium quem recipit. Itane , omnem ? Ubi te volebas obscondere ?

omnem, et nullus exceptus, nullus sine flagello erit. Quid est oinnem? vis audire quem omnem? etiam Vnicus sine peccato, non tamen sine flagello. ld. in Ps. 32.

Undè plangis? Quod pateris medicina est , non pœna ; castigalio , non damnatio. Noli repellere flagellum, si non vis repelli ai hœreditate. Id. in Ps. 99.

Tu semper aderas misericorditer $œviens, ô Deus, et amarissimis aspergens offensionibus omnes illicitas jucunditates meas. Id. Conf. n.

Intelligat homo medicum esse Deum, cl Iribulationem medicamentum esse ad salutem, non pœnam ad damnalionem.

Sub medicamento positus, ureris , sccaris, clamas. Non audit medicus ai voluntalem, sed audit ad sanitatem. Id.

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