‹ La bibliothèque des prédicateursChapitre 1 sur 59 · RÉPRÉHENSION, PUNITION, ETC · texte numérisé non relu

RÉPRÉHENSION, PUNITION, ETC

avertissement;.

Il y a peu de sujets plus faciles à remplir que celui de la Correction fraternelle, à cause de l'abondance de matières qui se trouvent dans les SS. Pères, dans les livres spirituels, et dans les prédicateurs anciens et modernes. La difficulté est de faire un bon choix. Ce même sujet néanmoins est plus borné que beaucoup d'autres, et il y en a peu de plus simples : car, quoiqu'il engage à parler de la dissimulation et de la tolérance des péchés cV autrui, qui sont opposées à la Répréhension et à la Correction, ces défauts se rapportent si naturellement à ce qu'on doit dire en faveur de ces vertus mêmes qu'ils combattent directement, qu'on ne peut, dans le discours, les séparer d'elles si l'on veut traiter cette matière à fond. Il faut seulement observer trois choses. •»

La première, que comme la correction peut se faire pour toutes so?*tes de péchés et à toutes sortes de personnes, le prédicateur doit bien prendre garde de s'écarter de son sujet en s' étendant trop sur la grièveté des péchés et les conséquences qui pourraient naître dus vices et des défauts que l'on doit reprendre.

t. ni. 1

La seconde, qu'il faut se garder, de même, de confondre ce qui est seulement de conseil avec ce qui est de précepte sur cette matière : c'est pourquoi, il ne faut pas manquer de marquer les circonstances où Von est obligé de faire cette correction, quand on la doit faire, à qui et par quelles personnes. Comme il n'y a point de précepte dans l'observation duquel la prudence soit plus nécessaire, il n'y a point aussi de sujet où il en faille davantage pour décider à quoi l'on est précisément obligé.

En troisième lieu, comme il n'est pas moins rare et moins difficile de bien recevoir la répréhension que de la faire à propos, il est bon, dans les discoiws sur la Correction Fraternelle, de mêler l'un avec l'autre; ou, si on en veut faire des discours séparés, de traiter toujours l'un par rapport à l'autre, en sorte que la connaissance de l'un serve comme de degré à l'autre ; ou du moins de supposer, comme chose non moins arrêtée ni en soi moins sure, celui des deux sujets dont on n'entrepjrend pas déparier si expressément.

I I- Desseins et Plans.

I. — Un des meilleurs desseins qu'on puisse prendre sur ce sujet, et qui se présente d'abord, est de faire voir — 1°. L'obligation de faire la correction fraternelle ; de quelle nature elle est et sur quoi elle est fondée ; — 2°. Quelles sont les personnes que cette obligation regarde; — 3°. La manière de s'en bien acquitter.

Première partie. — Le précepte. — Quoique ce fût assez de savoir que c'est un précepte divin, qui a été positivement intimé dans l'ancienne et dans la nouvelle loi, il est bon néanmoins de s'y prendre encore de plus loin, et de faire voir que ce précepte est de droit naturel, fondé — 1°. sur l'amour que nous devons à Dieu, et sur le zèle pour sa gloire et pour ses intérêts: car en quelle occasion le pouvons-nous mieux marquer qu'en empêchant qu'il ne soit offensé et déshonoré? Les souverains de la terre ont des officiers qui soutiennent leurs intérêts, et qui punissent les injures «t les outrages qu'on leur fait : n'est-il pas juste que le souverain de l'univers ait des serviteurs qui témoignent l'affection qu'ils lui portent, et le zèle qu'ils ont pour son service, en reprenant du moins et en corrigeant ceux qui violent ses lois? Aussi en a-t-il donné la commission à tous les hommes en général, et à chacun en particulier. — 2°. Que ce précepte est fondé sur la charité envers le prochain, dans laquelle il est renfermé et

(Iniif ilfail partie : \fandavit iili» unicuique de proximo iuo(Eccl, xvii).Or, on ne peut exeroer cette charité plus utilement pour le prochain qu'en l'empêohanl de se perdre, e1 en le retirant du péché, qu peut-être

la cause de sa damnation. Ainsi, comme <•<• sérail manquer au précepte de la charité que de ne paj le retirer «l'un précipice où il serait tombé , ou de h,' pas l'empéoher d .\ tomber faute de l'en avertir, Û1 aller contre

le môme préoepte que de ae pas l'empâcher de continuer rares, ou

Mi' m- pas l'aider à sortir du malheureux étal où il ce reste, et peut-être

môme tombé, que faute d'un charitable avertissement. — 3°r Qu préoepte, enfin, es1 fondé sur L'intérêl que chacun doit prendre au bien public: car, si personne ae reprenait ou ne corrigeait Les pécheurs et ceux qui oublient leurs devoirs, le péché deviendrait bientôt un scandale et un mal contagieux, qui Be répandrait universellement partout : c'est pourquoi il v a des juges, dos magistrats, des £ens commis pour en arrêter le c< Mais, parce que cela ne suffirait pas, de là vient encore que, quand le vice s'introduit dans le particulier et avec moins de bruit et vient ;'i notre connaissance, chacun, selon sa position, est établi de Dieu pour le reprendre lui-même, s'il en est besoin, et en général, pour en empêcher les suites et le progrès, autant qu'il lui sera possible, sans témérité et sans inconvenance.

Deuxième Partie : — Ceux que ce précepte oblige, — 1°. Il est hors de doute que cette charge est imposée à ceux qui sont obligés de veiller sur la conduite des autres: les magistrats à l'égard des citoyens d'une ville, les pasteurs à l'égard de leur troupeau, les pères et les mères à l'égard de leurs enfants et de leurs familles, les maîtres à l'égard de leurs serviteurs, et généralement tous ceux qui ont quelque autorité sur les autres : et cette charge est comme une obligation attachée à leur caractère, au rang qu'ils occupent, puisqu'ils doivent rendre compte à Dieu de la perte de ceux dont Dieu leur a plus particulièrement confié la garde. — 2°. Peut-être croyezvous que ce soit là tout, et vous ne faites pas réflexion que ce devoir regarde chacun en particulier, de quelque état et de quelque condition que l'on soit; et que vous, qui croyez en être le plus légitimement dispensé, y êtes peut-être plus obligé que plusieurs autres. En effet, les magistrats, en cette qualité, n'ont pas droit de punir toutes sortes de péchés, et leur devoir ne s'étend pas jusqu'à toutes les occasions particulières où Dieu est offensé; les pasteurs ne voient pas ou ne connaissent pas toujours les désordres de tous ceux qui composent leur troupeau, et ne sont pas obligés de s'enquérir si curieusement de ce que chacun fait dans son domestique ; les prédicateurs ne peuvent reprendre et censurer les vices jusque dans l'individu et ils seraient indignes de leur ministère s'ils indiquaient les personnes en particulier. Qui sera donc obligé de reprendre le vice qui n'est pas encore obligé de fuir par la crainte de la justice, le vice d'un homme à qui seul peut-être vous osez parler, le vice qui ne se produit qu'en particulier et dont vous êtes témoin; de corriger enfin, suivant les rencontres, les

ouvertures, les jours qu'on en a, chaque personne? Je dis que c'est chacun de vous, pour les péchés que vous voyez commettre devant vos veux. Et c'est ce que le Sauveur dit expressément dans l'Evangile, pour un des cas plus ordinaires qui s'en présentent ; où, quoique l'on semble vous prendre par votre intérêt, c'est pourtant l'amendement de votre prochain, beaucoup plus que votre satisfaction, qu'on recherche : Si peccaverit in te / rater tuus, vade et corn'pe illum inter te et ipsum solum ( Matth. xvm ). Sur quoi on peut faire une induction des autres occasions où le précepte oblige. Troisième Partie: — La manière dont il faut l'observer. — Comme il pourrait y avoir de l'indiscrétion à faire la correction indifféremment à toutes sortes de personnes, on doit être instruit de la manière dont il la faut faire, des temps qui y sont plus convenables, et des rencontres où il est plus à propos de s'en abstenir, de crainte d'augmenter le mal au lieu de le guérir, ou de se charger du soin onéreux d'une répréhension inutile; et on ne saurait être trop informé avec quelle prudence il faut procéder dans une affaire si délicate, puisqu'on doit avoir égard à l'âge et au rang, à l'humeur, à la disposition présente, tant des personnes qui font cette correction que de celles qui la reçoivent. C'est pourquoi le prédicateur fera bien d'entrer dans le détail, et de montrer par de courts exemples, comment on doit se comporter — -1°. à l'égard des inférieurs; — 2°. avec les égaux ; — 3°. avec ceux qui sont au-dessus de nous; — et conclure parle grand bien qui peut venir de cette correction : Lucratus eris fratrem tuum, etc.

On peut proposer le même sujet autrement. — 1°. La correction fraternelle est de précepte, et ce précepte oblige: cela est incontestable. — 2°. Par qui ce précepte doit être observé : il peut y avoir quelques difficultés sur ce point: il faut les éclaircir. — 3°. Quand, en quelles occasions et avec quel ordre, il doit être observé: c'est ce qui a besoin d'une exacte explication.

IL — Après avoir fait voir l'obligation de s'acquitter de ce précepte, on peut prendre pour sujet d'un discours. — 1°. La grandeur et ;la qualité du péché que l'on commet quand on y manque; — 2°. Les défauts qu'il faut éviter afin de s'en acquitter comme on doit, et de ne pas rendre cette correction, comme il arrive souvent, nuisible ou inutile. Péchés donc que l'on commet en ne corrigeant pas ; péchés qu'on peut commettre même en corrigeant.

Premier Point. Lorsqu'on manque à reprendre son frère dansles occasions où l'on est obligé de le faire : — l°.On se rend coupable des mêmes péchés que commet celui qu'on manque de reprendre, parce que cela l'entretient dans ses vices et dans ses désordres. — 2°. On pourra pécher même plus grièvement que lui, parce que d'un côté, on coopère par là à sa faute, de l'autre on devient, avec plus de connaissance que lui et moins de prévention causée par la passion, la cause de sa perte et de sa damnation. C'est

PARAGRAPHE PRBMTBR. D

pourquoi Oiftv 'lit qu'il en demandera compte iDemanu viri et fratrie ejvt requiram animam hominit. Et aanguinem ejui de manu tua requiram. (Gen. i\ ; Ezech. xxxxix.) — 3d. On autorise encore le crime 6 l'égard des autres paroette connivence, et l'on est cause qu'ils le commetteni par une funeste imitation.

Deuxième Point. < îommeon pèchesouveni eontrelacharitéeninanquanl de foire la oorrection, on pèche souvenl aussi ei contre la prudence el contre l;i charité, même en la faisant. Les défauts donc auxquels on doft prendre garde, c'esi — 1". A ne pas faire Incorrection à contre-temps, quand une personne esten oolèreou dans le fort de la passion, parce qu'alors ce qu'on lui dit no servira qu'à l'irriter d'avantage; — 2°. A ne la pas faire avec trop d'aigreur, mais avec douceur, comme l'Apôtre l'ordonne: car notre colère <•( l'aigreur que nous marquons n<> manquera pas d'aigrir notro frère ; et, au lieu de le guérir du mal qu'il avait, en voilà un autre que nous lui ferons; — 3°. A ne pas reprendre publiquement ce qui a été fait en secret.

III. — On pont joindre, dans un corps de discours, tout ce qui regarde cette matière, en prenant pour division ces deux points : 1°. Comment il faut faire la correction ; 2°. Commerit il la faut recevoir.

Premier Point. Il faut faire la correction avec prudence et discrétion, ayant égard à la qualité des personnes, à la faute, aux circonstances dans lesquelles on doit reprendre , puisque, selon ces différentes circonstances, on doit se comporter de différentes manières.

Z)^a,/è/«<?/)oi«/.Ilfautlarecevoir: — l°.Avechumilité, en se reconnaissant pécheur, sans excuser sa faute par orgueil ; — 2°. Avec action de grâces, comme un bienfait, puisque c'en est un grand en effet ; et par là on marque déjà un fond do bonne volonté ; — 3°. Avec un désir effectif d'en profiter et de se corriger qu'on doit achever de former, puisque la correction nous aide et nous en montre l'importance.

IV. — Il y a trois sortes de personnes qui se dispensent de faire la correction, quoique le précepte qui oblige de la faire soit intiméàtoutle monde.

— 1° Il y en a qui n'osent la faire, qui appréhendent de se mettre en compromis et que l'on ne tienne pas assez compte de leurs remontrances, ou bien de s'attirer la haine ou la disgrâce de ceux qu'ils devraient avertir.

— 2°. Il y en a d'autres qui ne savent pas comment il faut la faire, ni comment ils s'y doivent prendre. — 3°. Il y en a d'autres, enfin, qui ne lafont

• pas parce qu'on l'a déjà d'autres fois mal reçue, et qu'elle n'a profité de rien à la plupart de ceux à qui ils l'ont voulu faire.

Il faut confondre la timidité des premiers dans le premier point.

Il faut apprendre aux seconds, et même aux troisièmes , qui peut-être

s'y sont mal pris, la manière de la faire, par rapport aux personnes différentes qui en ont besoin : et c'est le second point.

Il faut, enfin, pour ôter tout prétexte aux mêmes troisièmes, et, s'il en est besoin, pour leur donner courage et faire qu'ils n'aient plus tant lieu de craindre, plaider leur cause devant les coupables ; montrer le grand bien qu'on leur veut faire par une sage correction, et de quoi ils se privent quand ils la rejettent; et en général donner les motifs et expliquer la manière de la bien recevoir. Ce sera le troisième point.

V. — 1°. La correction fraternelle est chrétienne et sainte quand elle est faite par un principe de charité : aussi est-ce ce seul motif que nous devons avoir en vue, et non pas le désir de satisfaire notre passion. Ne rien faire ni entreprendre en tout ceci, poussé par un esprit d'envie, par chagrin ou par mauvaise humeur, ou par le désir de faire connaître notre autorité ; mais chercher le salut de notre frère : Lucratus eris fratrem tuum ; le tirer de l'égarement où il est, lui inspirer de meilleurs désirs, lui procurer un heureux retour à la grâce, la paix, la joie que donne la vertu, même dès cette vie.

2°. Elle est salutaire et efficace quand elle est réglée par la prudence, c'est-à-dire quand on prend son temps, et qu'elle se fait à propos et avec tous les adoucissements qu'il y faut apporter.

3°. Elle est grandement méritoire quand on se propose pour fin la gloire de Dieu. On arrête le cours du péché, on fait cesser l'irrévérence et l'impiété; on sanctifie et on a la satisfaction de faire sanctifier de plus en plus le nom du Seigneur ; on procure à ce Roi libéral le plaisir de voir sa maison remplie ; on contente en particulier la passion la plus forte qu'ait témoignée l'Homme-DiEU dans le cours de sa vie mortelle.

VI. — La prudence est absolument nécessaire pour faire avec fruit la correction fraternelle.

1°. Elle est nécessaire pour discerner ce qui est bien d'avec ce qui est mal, le vrai d'avec le faux; ce qu'il faut taire d'avec ce qu'il faut dire ; ce qu'il faut reprendre d'avec ce qu'il faut dissimuler.

2°. Elle est nécessaire pour s'examiner soi-même, et voir sil'onn'estpoint coupable ; des mêmes défauts qu'on veut reprendre dans les autres, ou de quelque autre qui fasse dire de nous : iïfedice, cura teipsum.

3°. Elle est nécessaire pour prendre son temps, et apporter les tempéraments qui peuvent adoucir l'amertume de la correction.

VII. — Il y en a peu qui fassent cette correction, quoique le précepte de

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l.i (aire s'adresse généralement s ton! le monde; et, parmi cou* qui la font, il \ en a enoore moins qui la fa

l". Vous qui la négligez, reprenez ^otre frère quand vous le trouyez en faute : c'esl un devoir de charité nui pre

Voua qui la faites mal, instruisez-vous des moyens propres a la faire réussir, el des précautions qu'il y faut apporter.

Dans le premier point donc, l'obligation ; et dans le second les moyen de s'en acquitter.

VIII. — Commenl il faut recevoir les Correction.- el les Réprimandes qu'on nous fait. — Deux propositions feront le sujel el toui le partage de ce discours :

La première: — Le danger auquel on s'expose et le malheur qu'on s'attire en méprisant les salutaires remontrances 411*011 nous fait, ou en s'irritant contre ces sortes de corrections.

Lu seconde : — Dans quelle disposition d'esprit et de cœur on doit être pour profil cr dos corrections qu'on nous fait.

IX. — Afin que la correction soit utile, elle doit être faite — 1°. Avec autorité : autrement, elle est mal reçue, et on demande à celui qui la fait à quel titre il s'arroge ce droit, ou qui lui donne ce pouvoir et cette hardiesse. Or, cette autorité vient ou de la naissance, comme aux grands; ou de l'emploi, comme aux juges et aux magistrats ; ou de l'amitié , comme entre les amis.

2°. Avec prudence : autrement, elle devient inutile, pour n'être pas faite comme il faut.

3°. Avec Vine charité désintéressée, qui n'a en vue que la gloire de Dieu.

Ce qu'on dit pourtant ici sur l'autorité doit être entendu de la correction plus ouverte : car, pour celle qui se fait plus adroitement, le respect qu'on montre, ou le zèle seul, peut justifier en certaines occasions la liberté qu'on se donne.

X. — Le zèle qui nous porte à corriger ou à reprendre le prochain doit avoir trois qualités.

-1°. Il doit être soutenu par le bon exemple : autrement, il ne sert qu'à nous attirer le mépris et les railleries de ceux qu'on veut reprendre et corriger.

2°. Il doit être selon la science, c'est-à-dire prudent et discret; autrement, il ne servira qu'à gâter tout.

3°. Il doit avoir de la vigueur et de la fermeté, quand cela est nécessaire.

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