DISSIPATION D'ESPRIT
Épanchements de cœur, Inapplication à ses devoirs.
Encore que ce titre marque assez la matière que Von traite ici, il est néanmoins à propos d'avertir que nous n'y comprenons ni l'oisiveté ni le mauvais emploi du temps, ni les autres sujets qui pourraient y avoir rapport, pour nous borner uniquement à la curiosité qui dissipe notre esprit, et qui l'occupe de bagatelles, ou de choses qui non-seulement ne nous touchent point, mais encore nous font oublier le soin de celles qui nous regardent personnellement.
Il est vrai que cette curiosité est différente selon la différence des objets qui l'attirent, et que les maux qu'elle cause pourraient faire autant de sujets de discours ; mais je crois que c'est assez la limiter que de la restreindre aux obstacles quelle apporte à la piété, au soin du salut et aux devoirs d'un véritable chrétien. C'est aussi à quoi le prédicateur doit s* arrêter t pour ne point faire un discours trop vaque et qui porte à faux. Ainsi, Von n'accuse point ici les hommes des grands désordres auxquels ils s'abandonnent, ni des vices auxquels ils sont sujets ; mais on les exhorte à en retrancher la principale cause, qui est la curiosité, la dissipation d'esprit, l'épanchement du cœur sur une infinité d'objets qui les distraie))/ et les détournent des devoirs de leur état, de leurs emplois et de leur religion.
Bu reste, ce sujet ne peut manquer d'être utile, puisqu'il doit avoir pour fin
de retirer les auditeurs des ru/us amusements dusiècle, et de remédier aux désordres que cause la curiosité, D'ailleurs, il donne lieu de faire quantité d? inductions et de peintures muni 1rs, rires et pressantes, /unir exciter à mie vigilance chrétienne et à une attention plus exacte à 'uns nos devoirs,
Desseins et Plans.
I. — La curiosité est entièrement opposée àl 'esprit du christianisme et à la vie d'un véritable chrétien. — La plupart des chrétiens sont dans cette dangereuse erreur, dont il n'est pas aisé de les désabuser, que la curiosité est du nombre des péchés légers, et une passion pardonnable et innocente que presque personne ne se met en peine de réprimer. On la regarde comme un moyen de dissiper lesténèbres de l'ignorance avec laquelle nous naissons; comme une marque de la noblesse de notre âme, et comme un désirque la nature a imprimé dans tous les hommes pour adoucir les peines, les chagrins et les misères de cette vie. Cela serait vrai si l'on savait faire un bon usage de cette passion; mais le dérèglement qui en est presque inséparable est la source de tous les crimes et la cause de tous les désordres que l'on voit dans le monde : et c'est ce que j'entreprends de justifier en vous montrant qu'elle est entièrement opposée à l'esprit du christianisme et à la vie d'un véritable chrétien. En voici les preuves.
L'esprit du christianisme consiste particulièrement en trois choses que le Fils de Dieu a lui-même établies, et qui sont tirées des plus constantes maximes de l'Evangile. La première, dans une mortification continuelle , intérieure, de ses désirs déréglés, et extérieure de tous ses sens. La seconde, clans la vigilance et l'attention sur soi-même et sur les mouvements du cœur, pour se garantir des surprises de l'amour-propre et des pièges des ennemis de notre salut. La troisième, dans une vie laborieuse, ennemie de
l'oisiveté et tout occupée à travailler pour le ciel. — Or , qu'y a-t-il de plus opposé à cet esprit et à 1& vie chrétienne que la curiosité? — 1°. Puisque, au lieu d'une mortification continuelle en toutes choses, la curiosité fait que le cœur s'épanche au dehors; qu'on ne cherche que le plaisir et la satisfaction de tous ses sens, et même de tous ses désirs. Lacuriosité n'estelle donc pas l'ennemie déclarée de la mortification chrétienne et par conséquent opposée à l'esprit du christianisme dans sa maxime la plus essentielle? — 2°. Elle n'est pas moins opposée à laseconde, qui est une attention continuelle sur soi-même, que le Sauveuratant recommandée. Au lieu de cette attention et de cette vigilance, que fait la curiosité, sinon de nous rendre attentifs à ce qui se passe au-dehors, à nous faire entreprendre des voyages pour la satisfaire, et à nous faire oublier nous-mêmes pour nous occuper des affaires d'autrui ? — 3°. Enfin, si la vie chrétienne consiste à travailler pour le ciel, à acquérir des vertus et des mérites, qu'y a-t-il de plus contraire que la curiosité, qui fait passer la vie à la plupart des hommes dans une oisiveté continuelle, source de tous les maux ?