APPLICATION DE QUELQUES PASSAGES
Quasi tumentes super me fluctus timui Deum ( Jobi xxxi ) . — Ce saint homme ne dit pas qu'il craint Dieu comme un éclat de tonnerre, mais comme un orage. On craint le tonnerre, mais il serait inutile de faire quelque chose pour l'éviter. Au contraire, losqu'on se trouve battu d'un orage, on n'a pas une crainte stérile : tout le monde agit; on jette dans la mer tout ce qu'il y a de précieux dans le vaisseau pour le décharger, et l'on oublie tout pour songer à se sauver. Telle doit être notre crainte à l'égard
PAlMOJUPU TS0ISX1MB. 109
de i > 1 1 : i : il faul agir; il faut tout sacrifier et tout entreprendre pourévi- Ler sa oolôre et pourvoira notre salut. Est-il nées aire de quitter biens! le présente i-il une occasion où vous ne puissiez soutenir la gloire de Dn:r, autant qu'un fidèle serviteur doit faire, qu'au pris de votrevieï hii:i: vous a i-il ravi ce que vous aviez de plus cher) Il faul faire, il faut Bouffrir tout cela avec résignation. Pendanl an orage, t . ut le mondi en prières: il faul donc ajouter Les vœux e1 prières à la crainte.
Perfèctacharitas foras mittit timorem ( 1 Joan. iv). — Qu'était-il besoin de dire la charité parfaite? N'était-ce pas assez de dire simplement: o La charitéchasse lacrainteo?Non : paroeque, absolument parlant, il peutsefaire qu'une personne s'abstienne de pécher, et parle motif de la charité qui est
de plaire à Dieu, et par le motif de la crainte des peines, n'y ayant nulle opposition entre ces deux motifs. Mais, quand la charité est parfaite, elle ue s'arrête plus au motif de la crainte. Ainsi, nous disons que les joies cxceseives chassent le déplaisir qu'on pourrait avoir de quelque mal ; comme, au contraire, la douleur extrême ne permet pas qu'on se réjouisse d'un bien qui est beaucoup moindre que le mal qu'on souffre.
Cou fige timoré tuo carnes mcas ( Psal. exix ). — Si la crainte ne peut pas changer ni convertir entièrement notre cœur, elle arrête du moins l'action du péché et affaiblit la convoitise qui porte au péché, en l'empêchant de produire de mauvais fruits au dehors. Ainsi le Prophète-Roi demande à Dieu que, parce qu'il a une juste crainte de ses jugements, sa chair et la convoitise de sa chair demeurent liées et attachées, c'est-à-dire qu'elles soient dans l'impuissance de produire des fruits de péché. Si une vive crainte nous fait appréhender les tourments éternels plus que toute chose, cette crainte sera comme une croix où nos passions seront crucifiées, enchaînées et captives.
Qui timet Dominum nihil Irepidabit (Eccl. xxiv). — Ne semblo-t-il pas que ces deux choses se détruisent elles-mêmes : craindre Dieu, et ne rien craindre? Mais la même bouche qui a prononcé cet oracle en donne l'explication, et nous apprend que l'intrépidité, le courage et cette grandeur d'âme qui éloigne de nous toutes les fausses alarmes et toutes les vaines terreurs, consiste dans la crainte de Dieu : In timoré Domini fiducia fortitudinis. Et pourquoi cela? Parce que Dieu, dans le temps même qu'il inspire sa crainte à une âme, lui communique un esprit de générosité et de force qui la rend intrépide dans les dangers, inébranlable dans les secousses, invisible dans les tentations, inexpugnable dans toutes les attaques.
Qui timet Dominum convertetur ad cor suum ( Eccli. xxi). — C'est une chose assez remarquable, que la conversion du pécheur commence toujours
parla crainte, parce que Dieu attaque l'àme comme son ennemie : en sorte que c'est à la crainte, et non à la charité et à l'amour, de frayer les chemins : l'amour n'entre point que la crainte ne l'introduise. C'est ce qu'enseigne S. Augustin. De manière que, si la crainte est faible et ne fait pas grande impression sur le cœur, l'amour qui la doit suivre ou n'entrera pas ou ne sera pa"5, du moins, bien maître de sa conquête ; il ne sera ni bien tranquille ni bien vif et bien violent; et si aucune crainte ne précède, on ne' doit attendre aucun amour, parce que l'un doit faire la règle et la mesure de l'autre.
Confige timoré tuo carnes meas (Psal. cxvm) ; ou comme parle une autre version : Confige clavis limoristui carnes meas; — On peut faire une application de ce passage différente delà première en disant que, comme celui qui est attaché à une croix avec des clous ne peut en aucune manière se remuer, quoiqu'il fasse de grands efforts pour cela, la crainte de Dieu fixe de même et attache tellement l'àme et le corps à Dieu, qu'un pécheur ne peut plus se porter au péché, qu'il est appliqué au bien par une espèce de nécessité morale : comme l'expérience l'a fait voir en plusieurs saints, qui étaient tellement attachés à leurs devoirs, et à l'observation des commandements de Dieu, qu'il leur était comme impossible de les violer. Quomodo possum hoc malum facereï comme disait Joseph.
Thronus ejus flamma ignis, rotœ ejus ignis accensus; fluvius igneus rapidusque egrediebatur à facie ejus (Daniel vu ). — C'est l'appareil avec lequel ce prophète nous représente Dieu. Le feu se trouve en tout ce qui approche de Dieu, pour exprimer, comme dit S. Jérôme, combien il est terrible aux pécheurs : Omnia Dei flamma sunt , ut peccatores tormentorum magnitudinem pertimescant.
Gladius Domini exacutusest et limatus ( Ezech. xxn) — Le glaive de la justice de Dieu est affilé et poli. L'Ecriture se sert de ces termes pour nous imprimer la terreur des jugements divins. Il est affilé et pointu pour couper et mettre en morceaux la victime : c'est pour marquer les châtiments que cette justice tire de nos crimes. Mais ce même glaive est poli, brillant: c'est que sa lueur seule et l'éclat qu'il jette nous doit effrayer, comme on dit qu'il ne faut que faire briller une épée aux yeux des personnes timides pour les remplir de frayeur et les faire fuir. C'est l'effet que doivent avoir sur nous les menaces de la justice divine, et les exemples terribles de sévérité qu'elle fait paraître de temps en temps. Mais quand, dans l'Apocalypse, il est dit que ce glaive est affilé et tranche des deux côtés, Gladius ex utrâque parte acutus, nous devons concevoir la différence de l'épée qui est entre les mains de la justice des hommes., et de celle que Dieu montre aux pécheurs pour les épouvanter. L'épée de la justice des hommes ne frappe que le corps, et ne peut ôter qu'une vie fragile ; elle n'est aiguë et affilée, pour
l'Ai; \oi.\rin. i ftOISlÙME. I I I
ainsi dire, que d'un côté ; mais le glaive de la ju tioe divin» I deux
, parce que, comme di1 Le m ide Dibi , après avoir été La vie du corpf, elle peul frapper l'àme il une morl éternelle.
Principes persecuti tstnt me gratis, et à verdis tuis formidavit car meum i Paal. ox> in). — La réflexion que Bail S. Augustin sur ce passage est belle : m vain e\ sans effet, dit-il, que les tyrans ont perséouté les ohrétiens) oui. Bana doute, ajoute-t-il : car île n'ont point ébranlé la confiance dea martj rs; île leuronl fail de terribles menaces, ils ont employé lea plus horribles supplices, les feux, lea roues, lea tortures el les clous dea gibets, et tout ce qu'ils ont cru le plus capable d'abattre leur constance : mais rien de tout cela ne les a vaincus. Us avaient une crainte plus juste : et quelle était-elle? .1 verbistuis trepid vit cor manu. C'étail la crainte d'une mort. éternelle, donl c< s paroles du Sauveur leur avaient imprimé un vif souvenir. Ostendam nu/nu vobisquem limeatis: timetecum qui, postquœm occident, habet potestatem mittere in gehennam. Ità, dico rubis, hune timete.
TimoremDomini docebo yos (Psal. xxxm). — Je vous enseignerai la crainte de 1>ieu. Il est surprenant que le prophète se serve de ces termes: car la crainte ne paraît pas être un sentiment qu'on apprenne ni qui s'enseigne, puisque la nature a donné cet instinct à l'homme, aussi bien qu'à tous les autres animaux, de craindre et de fuir tout ce qui leur peut nuire, et qu'il est inutile de nous faire des leçons ou de nous donner des préceptes d'une chose que le désir né avec nous de notre conservation nous enseigne avant tous les maîtres. Mais voici le secret. Le prophète ne prétend pas nous enseigner la crainte que nous concevrions à la vue des exemples de la justice de Dieu, ou des effets de sa colère, tels que seraient les morts subites et les fâcheux accidents, qui pourraient nous arriver en punition de nos crimes, comme ils sont arrivés à d'autres : car cette crainte est naturelle ; nous n'avons pas besoin qu'on nous l'enseigne : aussi est-elle sans mérite. Mais il parle d'une crainte surnaturelle, qui est une suite de l'amour qu'on a pour Lieu, que l'on craint d'offenser, ou bien un effet de la foi que nous avons des choses de l'autre vie. C'est cette crainte qu'il est besoin de nous enseigner : car il y a peu de personnes qui soient instruites comme il faut des causes qui la doivent produire, et des effets qu'elle est capable de produire elle-même dans les pécheurs et dans les justes. Or, apprendre, étudier et savoir cette science de craindre Lieu, c'est ce que l'Ecriture appelle ailleurs le commencement et la perfection de la sagesse.
In quoeumque die comederis, morte morieris (Gènes, n). — L'où vient que Lieu menaça le premier homme de la mort, presque aussitôt qu'il l'eut formé de ses propres mains, de manière qu'il lui ait voulu inspirer la vie et sa crainte dans le même temps, si ce n'est pour l'obliger, par cette
crainte, à observer la loi qu'il lui imposait? Et ce qui fait voir combien Dieu a toujours eu à cœur, dans tous les temps, que les hommes eussent cette crainte fortement imprimée dans l'esprit, c'est, dit S. Grégoire ( ce que quelques interprètes ont ensuite solidement prouvé et montré plus au long) que Dieu créa les anges et alluma les flammes de l'enfer, dans le même moment, afin que ces anges, et ensuite les hommes, ne fussent pas un seul moment sans la crainte de sa justice.
Pensées et Passages des SS. Pères.
Deus, quantum patris pietate indulgens semper et bonus est, tantùm judicis majestate metuendus est. Cypiïan. De lapsis.
Timor DEi innocentiœ custos. Id. Epist.
ad Donatum.
Unusquisque consideret non quod alius passus sit, sed quid pati et ipse mereatur ; nec evasisse se credat, si eum intérim pœna distulerit, cùni timere plus debeat quem sibi DEi judicis censura reservavit. Cyprian.
Serai. De lapsis.
Mens nostra tantà valentiùs terrores rerum temporalium despicit, quanta se auctori earumdem veraciùs per formidinem. subdit. Grès. II Moud. 13.
Anchora cordis est pondus timoris.
VI Moral. 24.
Id.
Prava mens , sinon prias per timoremevertitur, ah assuetis vitiis non emendatur. Gregor. Homil. 4 in Evang.
Autant Dieu est indulgent par sa bonté de père, autant il est redoutable par la majesté et la puissance du Juge souverain.
La crainte de Dieu est la gardienne de l'innocence.
Il faut que chacun considère, non ce qu'un autre a souffert pour punition de ses crimes, mais ce qu'il mérite lui-même pour les siens, et qu'il ne croie pas avoir échappé à la justice divine si la peine qu'il a méritée pour sa part est différée. Il a même plus de sujet de craindre que le Juge souverain ne l'ait réservé à une plus sévère vengeance.
Nous sommes d'autant plus portés à mépriser la crainte que nous peuvent causer les choses de cette vie, que plus parfaitement nous sommes soumis à celui qui en est l'auteur, sans la permission duquel rien n'arrive en ce monde.
Le poids de la crainte de Dieu est une ancre, qui affermit notre cœur dans le bien.
Si un esprit porté au mal n'est ébranlé et abattu par la crainte de la justice divine, il ne se défera jamais des vices auxquels il a pris une forte habitude.
PARAGRAPHE Ql \ i MEME.
Omnipotentis justitin, futurorum pi a ah ipsA iiiiuiili origine gehennn ignem • vit. Id. w Moral. I7.
/ / est animnm, Dei timoré velut
muni obseptam, fortem esse, et quodan, invictam. Cyrlll. m in le dam [8,
Fundamentum ftdeiel tpet est timor. Cyprian. ad Quirlnum.
/ ior fundamentum salutis est: timendo cavebimus, cavendo salvi erimus. Tcrtull, De oultu fœmln.
Iei s ib\ metus in Dei m. L* l .
Timor hominis honor Dei est. Id.
Stulte, quem Dominum appellas negas iimendum,cùm hoc nomensit potestatis etiam timendce? Al quomodà diligas, nisi timeas non diligere? Etiam patri competit amor propter pietatem, <■/ timor propter potestatem. Tertull. i Advcrs. Marc.
Hoc unum timemus, ne quid magïs quàm Dj i u timeamus. Gregor. Naz.
Timor Dei clavus animée fluctuantis. Ambras. Do Paradiso.
Timor virtutum custos eut; securitas ad lapsum facilis. Ilicron.
Timor Dei velut gladius anceps est, omnem concupiscentiam pravam exscindens.
Ephrem. Scrm. de patient.
Amor ille quo mut amatur justifia, sed timetur pœna, servilis est. August. in Ps. 118.
Quis potest, nisi Deum liment, servare justitiam? August. Serm. de Annunt.
Quandà timoré pœnœ, non amore fttstiliœ fit bonum, nondùm benè fit bonum. Id. cont. Pelag. 2.
Disent timere qui non vult timere; disent ad tempusesse sotticitus qui semper non vult esse sollieitus: timentis Dominum, beata est anima ejus. August. Serm. 214 de Temp.
Sicut meliores sunt quos dirigit amor, ità plures sunt quos corrigit timor. Id. Epist. 50 ad Bonif.
Time, ne tumeas. Id. in i Joan. 4.
Quod supra homiuem est time, et homme* te non terrebunt; mortem sempitemam time T. III.
I . i ju tloo du Toul Puiï uni , d de ce qui arriverait par la
le (en de l'enfer di • le i ment du monde.
M faut 6ti quo l'âme munie et
tortillée de la orainle de Dieu, comme <i une Porto muraille, est en quelque manière In vincible.
La orainte de Diei est le fondement de la toi ei de i c péranee.
i • ' crainte e I le rondement du aalut. En oraignant , noua seron en noua précautionnant par la craint noua aérons sauvés.
Là où se trouve la pensée de la présence de Dieu, là se trouve la orainte de Ba justice.
La crainte qu'on a de Diei Fait sa gloire.
Insensé : vous appelez l Iiei le 2 verain , et vous osez nier qu'il (aille le craindre, Bans faire réflexion que ce nom même eal le nom d'une puissance redoutable? Mais comment l'aimerez-vous, si vous ne craignez point de ne pas l'aimer? l'amour est dû à un père à titre de piété, et la crainte à raison de son pouvoir.
Nous ne craignons qu'une chose, c'est de craindre quelque chose plus que Dieu.
La crainte de Dieu est le gouvernail d'une âme flottante.
La crainte est la gardienne des vertus, et le moyen sur de tomber est le trop de sécurité.
La crainte de Dieu est un glaive à double tranchant, qui coupe et retranche les effets de la mauvaise concupiscence.
Tout amour est servile, par lequel on n'aime pas la justice, mais qui fait craindre seulement la peine.
Qui peut, sans craindre Dieu, conserver la justice?
Quand on pratique le bien par crainte du châtiment plutôt que par amour de la justice, on ne sait pas encore le pratiquer comme il faut.
Que celui qui ne veut pas craindre apprenne à craindre, et que celui qui ne veut se mettre en peine de rien apprenne pour un temps à se mettre en peine de ce qui certainement mérite qu'on y pense.
Heureuse l'âme de celui qui craint le Seigneur.
Comme ceux qui se conduisent par amour sont les plus gens de bien, aussi ceux qui se corrigent par la crainte sont en plus grand nombre.
Craignez, afin que l'orgueil ne vous enfle point.
Craignez ce qui est au-dessus de l'homme, et les hommes ne seront pas capables de
etprœsentem non curabia. August. in Paalm. G5.
Attendu quia bonus es, attendo quia justus es : amo bonum, timeo fustum: arnor et timor perducant me. Id. in Ps. 32.
Cùm times gehennam, non audeo dicere .( Ne limais», quia Dominus djcit: Timetc eu m qui potest corpus et animam mitterc in gehennam. Plané Urne: nihii enim magie est timendum: sed,post formidinem mati, disce dilectionem bonicastumque timorem. August. Serai. 18 de Verb. Apost. IL in Ps. 32.
Timor pra sens seewitatem générât sempiteraam. Time Deum, qui super omnes est, et hominem non formidabis. Id.
Qui mm vivit in timoré, rectè illum agere non est facile: sicut quivicissim cum timoré
rivit, cum impossibile est peccare. Chrysost. Homil. 13 ad popul. Antioch.
Timor Dei nihil est aliud quàm mur US, et munimçntum, et turris inexpugnabihs, Id.
Ibid.
Facile devint à justitid qui non Deum sed komines pertimescit. Hic timor facultatem peccandi differre potest : voluntatem auferre non potest. Chrysost. Serm«de Joan.-Baptistâ.
Salus est Dei timor, qui mentem corrigit fugai criminel, innocentiam servaî, et omnis boni tribuit facultatem. Id.
Sicut ignari, luditisante machinas beUicas : Deus tonat, et non surgitis, et non fugitis à venturà ira! Chrysost.
Nisi timoré incipiat homo Deum colère, non perveniet ad amorem : iniiium sapientiœ timor Domini. Incipit ergb à uinculis ferreis, finitur ad torquem aureum, Id. in Ps. 149.
Aliud est nôsse Deum, aliud timere; nec cognitio sapientem facit, sed timor. Bernard. Serai. 23 in Cant.
Prima gratia est timor Domini. Sine hàc gratin, prima gratiarum, nullum bonum pv.llulure, vel manare potest. Id. Tract. De donis Spirit.-Sancti.
Initium salutis timor Domini, et plenitudo
vous épouvanter: craignez la mort éternelle, et vous ne craindrez point la mort temporelle quand elle sera présente.
Je considère (Seigneur) que vous êtes bon, je fais réflexion que vous êtes juste : comme bon je vous aime, et comme juste je vous crains. 11 faut que l'amour et la crainte me règlent et me conduisent.
Lorsquevous craignez l'enfer, je n'ose vous dire h Ne le craignez point » , puisque le Seigneur a ditlui-même : Craignez celui qui peut envoyer le corps et Pâme au feu de Fenfer. Craignez, à" la bonne heure, ce terrible supplice, car rien n'est plus capable de nous donner de la crainte ; mais, après la crainte du mal, apprenez à aimer le bien ; ayez une crainte digne et judicieuse.
La crainte qu'on a présentement de Dieu, produit une éternelle assurance. Craignez Dieu, qui est au-dessus de tout, et vous ne redouterez point l'homme.
Il n'est pas aisé qu'un homme qui ne passe point sa vie dans une continuelle crainte vive saintement; il est de même impossible que celui qui est toujours en crainte mène une vie criminelle.
La crainte de Dieu n'est autre chose qu'une muraille, un boulevard, une tour inexpugnable (contre le péché).
Celui qui ne craint pas Dieu , mais les hommes seulement, sera facilement détourné des sentiers de la justice. Cette crainte des hommes peut bien retarder pour un temps le pouvoir, mais non pas ôter la volonté de pécher.
C'est la seule crainte de Dieu qui redresse et corrige l'esprit du pécheur, qui en chasse tous les crimes, conserve l'innocence, et donne le pouvoir et le moyen de pratiquer tout bien.
Vous jouez et vous vous divertissez devant des machines de guerre , comme des gens qui ignorent le péril où ils sont. Dieu tonne, foudroie, et vous ne vous levez pas, et vous ne fuyez pas pour éviter sa colère qui est prête à fondre sur vous !
Si l'homme ne commence à servir Dieu par la crainte, il ne parviendra pas à l'amour : la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse. On commence donc par des chaînes de fer, et on finit par un collier d'or.
C'est autre chose de connaître Dieu, autre chose de le craindre. Ce n'est pas la connaissance mais la crainte qui nous rend sages.
Le premier don et la première grâce , c'est la crainte de Dieu. Sans cette première grâce, nul bien ne peut naître en nous ni se répandre sur nous.
La crainte de Dieu est le commencement
i-\k l GRAPHE g 11 \ i itli.Mi..
logis charitas. Bernard! Serin. 31 la Cant.
I in m lime ri mandata eju ■ observa s hoc e i ' ■niin < > 1 1 1 1 1 i - • liuinii; ergà, H hoc est omnis homo, absque hocnihil /■■il homo. Id. Sorm, 80 In Cant.
Timoré et amore affecta anima, velut quibusdam duobus brachiis,comprehendit Dei i, amplectitur, stringit, tenet. Id. v Considérât.
Omne virtutum œdi/icium vergit in prcBcù pitium, sihujus gratta (Nempè timori Dei) amiseril praesidium. Id. Tract. Do Splrlt.-Sonctl.
\ >veristetui Deum timeas;noveris ipsum, ni atquè ipsum diligas. Bernard. Serm. 31 in Cent.
Quid tàm timendum quàm potestas cuinon potes resistere, quàm sapientia eut abscondi non potes? Poterai minus ttmeri Dsi s »//'•/•utro carens: nunc autem perfectè oportet ttmeas ilhtm, oui nec oculus deesi omnia wdens, nec manus potens omnia, Id. v Considérât.
SJ inilhmi ob CUlpam, certè ob lmi/c in/iii//
gehennâ digni sumus, quod plus gehennam quàm ipsum Christum timeamus. Cbrysost.
llomil. S in Roman.
Tuttssima r-esesi nihil timere prœterDEVM, Lauréat, Justin. De liyno Vilœ i.
Timor hominum peccandi différt facuttatem et operattonem ; non tamen aufert sed retinet voluntatem, donec habeat opportunitatem. Idem ibidem, c. 2.
ii, et ii obarité e it la plénltode de la
lui.
Craignez Diei et observez tet commandements : car c'est en cela g tout t homme, U qu'a i ton!
l'hommi la 1 homme n'e i rien.
ao, p ii' la e - 1 . i i 1 1 1 < • ol par i amour, comme avec deux bras , embra c i liai , l'étrolnl el le tient étroitemcnl serré.
Toul l'édiQce spirituel de i vertu - penche -i s ruine . Itôl qu'il . privé de l'appui de la crainte de Diei , qui le soutient.
Connaissez - vous vous -môme afin de oraindre Dibi : mais appliquez-vous à connaître i liai , afln de l'aimer.
Qu'y a-t-il de plus à craindre si de plus redoutable qu'une puissance & laquelle ce pouvez résister, qu'une sagesse h laquelle vous m' pouvez vous cacher? On pourrai! oraindre moins Dieu, s'il manquait de l'une on de l'autre; mais voua devez craindre par-dessus toutes choses celui dont l'œil voit tout, dont la main peut tout.
Nous sommes dignes de l'cnlci', quand nous ne serions coupables d'aucun autre ciiuie que de celui de craindre plus l'enfer que Jésus-Christ même.
C'est une chose qui donne une grande assurance, que de ne rien craindre que Dieu seul.
La crainte des hommes diffère pour un temps et arrête l'action du péché ; mais elle n'ôte pas, elle retient seulement la volonté, jusqu'à ce qu'elle en ait trouvé l'occasion commode.
Ce que l'on peut tirer de la Théologie.
[Définilion] . — Comme on peut craindre Dieu par différents motifs, qui sont autant d'espèces de crainte, il est assez difficile de donner une définition exacte et régulière de la crainte de Dieu en général. Il me semble cependant qu'on peut dire que c'est une vertu par laquelle on craint d'offenser Dieu. C'est ainsi que Tobie en explique la nature, on la recommandant à son fils : « Ayez, lui dit-il, tous les jours la crainte de Dieu devant les yeux, et donnez-vous de garde de commettre aucun péché en violant les lois et les préceptes qu'il nous a imposés. » On ne parle point de la crainte en tant que passion et mouvement naturel de l'àme, qui nous fait appréhender ce qui nous peut causer quelque dommage.
Il peut y avoir quelque équivoque, en cette matière, sur ce que le Fils de Dieu ne dit pas dans l'Evangile qu'il faut craindre les peines éternelles de l'enfer, mais celui qui peut nous les faire souffrir et nous précipiter dans cet abîme de malheurs ; et qu'ainsi il semble que l'objet de notre crainte doit être Dieu seul, et que nous devons nous abstenir de l'offenser, non par le motif des peines, mais parce qu'il a le pouvoir de nous punir : ce qui paraît un motif plus relevé et plus excellent. Mais la doctrine de S. Thomas lève cette difficulté, qui n'est qu'en apparence. Ce saint docteur nous apprend que la crainte a un double objet : le mal que l'on fuit et l'auteur de ce mal. Or, Dieu ne peut être l'objet de notre crainte comme un mal que nous nous efforçons d'éviter, puisqu'il ne peut y avoir aucun mal en Dieu. Il est donc seulement l'objet de notre crainte comme auteur du mal qu'il fait souffrir aux pécheurs, et, comme parle ce saint docteur, considéré comme juste vengeur des pécheurs, soit par la privation de la béatitude soit par les peines éternelles dont sa justice punit les coupables. C'est donc le mal que nous craignons principalement, et, lorsque Dieu nous ordonne de craindre celui qui peut perdre l'âme et le corps, il nous ordonne en même temps de craindre cette perte, qui n'est autre que la damnation éternelle.
[Des peines del'eufer.] — C'a été une hérésie de Luther et de Calvin, de dire que la crainte des peines, qui nous fait recourir à la miséricorde de Dieu, et par laquelle on s'abstient de pécher, est un péché, et qu'elle rend les
PAB tQRAPHB CINQUIÈME. 117
hommes plu praind pécheurs. !-«• concile deTrente a prononcé anathème oontro ces hérétiques : Si quit dixerît gehenrus metum, parquent ad mieericordiam Dbi, depeccatù dolendo, confugimusvelà peccata abitinemus, peccatum eue aut peccatorea pejorufacere^ anatkema tit. Après ane condamnation si expresse e1 si authentique, il es1 étonnant que des docteurs qui veulent passer pour eatholiques osent soutenir ou en eigner quee'esl mal fait de s'ahstenirdu péché par cette crainte, fondés Bur quelques ps S.Au-
jjustin mal entendus, quoiqu'on plusieurs endroits, ce estai docteur 'lise le contraire,
(Ile rallritinii] — Lo mémo concile de Trente nous enseigne que la contrition imparfaite, appelée communément attrition, qui est conçue par la crainte des peines, Lorsqu'elle exclut La volonté de pécher, non-seulement no rend pas L'homme hypocrite, ou plus grand pécheur, qu'au contraire c'est un dmi de Dieu et un mouvement du S. -Esprit, lequel, à la vérité, n'a pas encore pris possession de l'âme par la grâce sanctifiante et par la charité, mais qui l'excite et la dispose à la recevoir. De ces paroles du Concile nous apprenons. — 1°. Qu'il y a une crainte des peines de l'enfer qui est compatible avec la volonté dépêcher. Si on disait en son cœur que, s'il n'y avait point d'enfer, on commettrait le péché, cette crainte serait vicieuse, et n'exclurait le péché qu'en apparence devant les hommes, mais non devantDiEU. Lorsqu'on dit absolumentqu'on ne veutpas pécher de peur d'être damné, et qu'on ne retient nulle affection au péché, elle peut l'exclure. — 2°. Que cette crainte est un don du S. -Esprit, et par conséquent est sainte, utile et salutaire ; que, loin de rendre l'homme hypocrite ou plus grand pécheur, elle le dispose à la grâce de la justification, comme il est aussi défini aucanon 5e de la même session.
[Des différentes craintes serviles.] — La crainte de Dieu s'appelle servile quand elle naît de l'amour que nous avons pour nous-mêmes, et non de celui que nous avons pour Dieu; ou, comme parle S. Augustin, quand elle ne vient pas de l'amour de la justice, mais de la crainte du châtiment : Amor iste quo non amatur justitia, sed timetur pœna, servilis est. On l'appelle servile par comparaison avec les serviteurs et les domestiques, que la crainte des châtiments tient dans leur devoir. Que si elle exclut le désir et la volonté du péché, elle est louable et sainte, inspirée par le S. -Esprit, comme nous avons dit : soit qu'on appréhende d'être privé delà gloire et du bonheur éternel ; et quelques-uns appellent mercenaire la crainte conçue par ce motif : soit qu'on craigne d'être condamné aux peines éternelles. Que si cette crainte est purement servile, en sorte que l'on continuerait sa vie déréglée s'il n'y avait point d'enfer, ou que l'on fût assuré que Dieu ne dût point punir nos désordres, c'est une crainte d'elle-même mauvaise, propre aux esclaves, condamnée par S. Augustin et par tous les docteurs. Il y a encore une troisième espèce de crainte servile, par laquelle on retourne à
Dieu et on s'abstient du péché, par l'appréhension des peines temporelles, et nullement par la haine du péché. Telle fut celle de Pharaon, qui accablé des fléaux dont Dieu punit son opiniâtreté, confesse son crime. Telle était celle des Juifs, qui cherchaient le Seigneur lorsqu'il avait le bras levé pour les frapper : Cùm occideret eos, quœrebanteum. Telle fut celle de Simon-le- Magïcien, intimidé de la menace que S. Pierre lui avait faite : Ut. nilril veniat super me horurn quœ dixisti. Si cette crainte excluait absolument la volonté du péché, on ne pourrait la condamner comme mauvaise, mais, étant conçue par un motif humain et naturel, elle ne serait ni un don du Saint-Esprit, ni une disposition à la grâce de la justification, ni enfin d'aucun mérite devant Dieu. Que si on ne quitte pas par cette crainte le désir et la volonté du péché, cette crainte doit être regardée comme la dernière corruption du cœur humain, et une étrange dépravation d'esprit et de jugement, comme parle S. Augustin.
[De la crainte filiale.] — La crainte qu'on appelle chaste et filiale est celle par laquelle on craint d'offenser Dieu et de violer sa loi, de peur de perdre sa grâce et son amitié. On l'appelle filiale parce qu'elle naît de l'amour, comme la crainte qu'ont les enfants d'offenser leur père, qu'ils aiment, qu'ils craignent en même temps, et à qui ils appréhendent de déplaire. Cette crainte s'appelle aussi parfaite, qui procède de l'amour et de la charité, et qui'proprement n'en est point distinguée, comme l'enseigne S.Augustin :aulieu quel'autre, qui naîtde la crainte despeines, s'appelle initiale, par laquelle on craint tellement Dieu, que ses châtiments et sa justice font plus d'impression sur nous que son amour pour nous détourner du péché, On peut pourtant l'appeler crainte filiale imparfaite, ou un mélange de toutes les deux, servile et filiale. Aussi cette crainte imparfaite dispose-telle à l'autre plus parfaite, lui fraie le chemin et lui donne l'entrée, comme l'explique amplement ce saint docteur. (August. ps. 148.)
Afin que la crainte soit bonne et sainte, il faut qu'elle n'ait pas seulement la peine pour objet, mais encore la coulpe, comme parlent les théologiens : c'est-à-dire que ce n'est pas assez de craindre la damnation éternelle, qu'il faut aussi craindre la cause de cette damnation, le péché, ou bien la damnation comme un effet du péché. Car si, entendant parler de l'enfer, de la confusion qui couvrira le visage des réprouvés, de l'ardeur de ses flammes dévorantes, de l'éternité des supplices, de la rage et du désespoir où seront éternellement les damnés, on ne craint rien davantage, cette crainte paraît simplement naturelle, et semble même n'être pas libre. Car qui est celui qui, pour désespéré qu'il puisse être, ne craindrait pas un si grand malheur? Il n'y a pécheur si abominable qui, s'il croit l'enfer, n'en redoute les effroyables tourments. Mais, quoique ces frayeurs qui saisissent quelquefois l'esprit des impies ne soient pas mauvaises, elles sont totit au plus indifférentes, si elles ne vont jusqu'à faire détester le péché.
PARA»» \ lit 1 : - imimi . I T.»
§ VI
Endroits choisis des Livres Spirituels et des Prédicateurs.
| De la crainte en général.] — La crainte est une prudence naturelle, qui nous délivre souvent d'un péril par l'appréhension qu'elle nous en donne. Elle se répand sur toutes les actions de notre vie, et n'est pas moins utile à la religion qn'à l'Etat. Si nous en croyons quelques profanes, c'est elle qui a fait les dieux ; et, quoiqu'il y ait de l'impiété dans cette maxime, on ne laisse pas d'y remarquer quelque ombre de vérité. Car c'est la crainte des peines éternelles qui a persuadé aux hommes qu'il fallait apaiser ces dieux irrités; c'est elle qui a fait offrir des sacrifices, qui leura bâti des temples, dressé des autels et immolé des victimes; c'est elle qui retient les justes dans leur devoir, et qui, après un crime commis, les oblige de lever les mains vers le ciel et d'en témoigner du regret. Quoiqu'on se pique de générosité dans la religion, et qu'on se vante d'être plutôt gagné par les promesses que par les menaces, il faut pourtant confesser que la crainte a sauvé plus de coupables que l'espérance. Aussi est-elle appelée dans l'Ecriture-Sainte le commencement de la sagesse, c'est-à-dire l'appui de la vertu et le fondement de la piété.
Le crime serait insolent s'il n'était réprimé par cette passion, et toutes les lois seraient inutiles si la nature n'avait imprimé la crainte dans l'àme des criminels : elle y est gravée en des caractères que le temps ne peut effacer. Ils appréhendent le châtiment d'un péché secret; et, quoiqu'ils sachent que les juges ne peuvent punir que ceux qu'ils connaissent, ils tremblent au milieu de leurs amis, ils s'éveillent en sursaut; et ce fidèle ministre de la justice divine ne leur permet de trouver d'assurance ni dans les villes ni dans les déserts. C'est une preuve que la nature n'est pas entièrement corrompue, puisqu'il lui reste de l'horreur pour son péché, et de l'appréhension pour son châtiment. Car, en quelque endroit que se cache le pécheur, il porte la crainte avec soi, et cette passion incorruptible lui apprend qu'il y a une divinité qui voit les crimes secrets pendant la vie,
et qui les punit après la mort. Souvent elle convertit les libertins ; et parun miracle inconcevable elle leur persuade des vérités, qu'ils n'avaient pas voulu croire, pour n'être pas obligés de les craindre.
Les stoïciens la dépeignent comme un monstre, tant ils la font effroyable . Ils disent qu'elle est ingénieuse pour notre malheur, qu'elle est impatiente de son naturel, et qu'elle n'attend pas que le mal soit arrivé pour nous le faire souffrir, qu'elle a une prévoyance maligne et qui ne pénètre les secrets de l'avenir que pour nous y faire trouver notre supplice ; qu'elle ne se contente pas des maux présents, mais que, pour obliger toutes les différences des temps à conspirer à notre malheur, elle se souvient du passé, elle s'inquiète du futur, et unit ensemble des peines que toute la cruauté des tyrans ne pourrait accorder. Ils ajoutent que, comme elle prend peine à prévenir nos malheurs, elle prend plaisir à les accroître, et ne nous les représente jamais qu'elle ne les grossisse pour nous étonner ; que, si elle nous menace de la mort, c'est toujours de la plus effroyable ; si elle nous fait appréhender une maladie, c'est toujours la plus cruelle ; si elle nous fait attendre quelque déplaisir, c'est toujours le plus fâcheux. De manière qu'on trouve, par expérience, qu'elle est plus insupportable que le mal qu'elle prévoit, que, de tous les tourments, celui qu'elle nous fait souffrir est toujours le plus rigoureux : aussi ne voit-on guère d'homme qui n'aime mieux mourir une fois que de craindre toujours la mort.
Onl'accuse de prendre toujours les choses au pis, et de faire les maux plus grands qu'ils ne sont. Elle ressemble, dit-on, à ces lâches espions que Moïse envoya pour découvrir la Palestine, et dont les infidèles rapports pensèrent détourner le peuple Juif d'une si noble conquête ; elle fait d'un atome une montagne; toutes les bêtes lui semblent des monstres ; elle ne voit point de danger qu'elle ne juge inévitable. Il est vrai qu'elle embrasse toujours le plus mauvais parti, et que, pour n'être point abusée, elle se figure le mal avec toutes ses extrémités ; mais elle en est plus conforme à la prudence, qui ne consulte jamais l'avenir qu'elle n'y remarque tous les dangers qui peuvent arriver, et qu'elle ne prépare des forces que pour combattre tous les ennemis qui la peuvent attaquer. Elle ne considère pas ce qui se fait seulement, mais tout ce qui se peut faire, et elle se donne un peu d'inquiétude pour se procurer un repos assuré. (Le P. Senault, de l'usage des Passions.)
[La crainte de Dieu.] — La première leçon que le Saint-Esprit fait à tous ceux qui s'approchent de Dieu est de le craindre : il ne découvre les mystères de sa sagesse qu'aux âmes timorées ; l'expression la plus ordinaire dont il se sert pour marquer les hommes justes et saints est de les appeler des hommes remplis de la crainte de Dieu : Vir justus et timoratus ; Vir timens Deum. Il veut que le sujet le plus ordinaire des prédications des apôtres soit pris de ses redoutables jugements. Ces grands hommes de l'ancienne loi, qui traitaient si familièrement avec DrEU et que Dieu même
PARAOB M'iii'. i\n mi. 121
traitai! d amî * e1 d hommes selon ion cœur, nonobstant ce commerce el oette privauté, concevaient tanl de crainte pour lui, que, par une éti i manière de parler, ils appelaient Dibi leur frayeur, oet, parmi Les titres qu'ils donnaient à la Divinité, ils mettaient celui de Dibp terrible, et partout où il est parlé de Dieu, il est parlé de crainte : Ubi Dei -, ibimntutin Di:i m. ditTertullien. El le prophète [saïe, décrivant le Li incompré-
hensibles des grâces que devait posséder le Messie, aprèaavoir dit que l'esprit di ail, de piété, reposerait sur lui* il ajoute qu'il sera rempli de la crainte du Seigneur : Replebit eum tpiritu timoris Domini (Is. I ! .) Dans le Nouveau-Testament, ces hommes courageux et magnanimes qui bravaient l'orgueil des tyrans, et qui se jouaient de la cruauté des bourreaux, appréhendaient si fort de déplaire à Dieu et avaient une telle crainte de l'offenser, que leur unique appréhension était de craindre quelque chose plus que lui, comme parle S. Grégoire de Nazianze à l'occasion des martyrs : Hoc unum timemus, ne quid magisquam Deum timeamus.
( )ii voit-on aujourd'hui cette crainte parmi les hommes ; et ne pouvons nous pas renouveler maintenant le reproche du saint Roi-Prophète : Ornne& declinaverunt, si»u/l inutiles faeti sunt ; nonest qui faciat bonum, non est usquè ad unum. Eh! quelle est la cause de cette corruption générale des hommes et de cette dépravation générale des mœurs qui règne dans tous les états? La voici : Nonest timor Dei anteoculos eorum : Il n'y a presque plus de crainte de Dieu dans le monde. Maintenant, les chrétiens craignent tout, hormis Dieu. Us craignent la pauvreté, ils craignent la maladie, ils craignent l'infamie et le déshonneur: il n'y a que Dieu qu'ils ne craignent point. Si un souverain, si un grand, si un homme puissant, était irrité contre nous et avait juré notre perte, quels troubles! quelle inquiétude! quel empressement pour l'apaiser. La foi nous crie que Dieu est en colère contre nous : Vidit Dominus, et ad iracundiam concitatus est ; (Deuter.xxxn). Dieu a vu ce crime secret, cette injustice, cette vengeance; et le saint des saints est irrité, il a juré par son éternité qu'il punirait ce crime, et qu'il se vengera de ses ennemis. Eh ! qui est-ce qui tremble à ces menaces ? qui craint cette haine et ce courroux du Tout-Puissant ? Non est timor Dei antè oculos eorum. (Texier. Dominicale.)
[Quelle doit être notre crainte.] — Nous ne devons nous effrayer qu'autant qu'il le faut pour' assurer notre salut ; nous devons vivre dans .une crainte qui, également éloignée d'un désespoir malheureux et d'une présomption criminelle, nous entretienne dans ce tempérament de confiance en Dieu et de défiance de nous-mêmes absolument nécessaires pour notre justification. Que les soins que vous prendrez de votre salut ne soient pas des soins inquiets et tumultueux qui troublent cette paix intérieure de l'âme si nécessaire pour entendre la voix de Dieu, pour discerner les inspirations de la grâce d'avec les suggestions de la nature. Tenez-vous dans une situation d'esprit la plus tranquille que vous pourrez, dans une soumission parfaite.
et dans un abandonneront secret aux ordres de la divine Providence. Si l'incertitude de votre salut vous épouvante d'un côté, qu'elle serve à vous rassurer de l'autre. Car, Dieu ne voulant sauver que les humbles, n'est-ce pas un sujet de consolation pour vous d'ignorer ce que vous devez devenir, puisque rien n'est si propre à nous humilier que cette ignorance ? Artifice delà bonté de Dieu, qui, connaissant que nous ne pouvions devenir saints si nous n'étions véritablement humbles, et que nous ne saurions être parfaitement humbles si nous étions assurés d'être saints, a permis que nous fussions incertains de notre sort, afin que cette incertitude nous sanctifiât.
Dieu, qui veut que nous opérions notre salut dans la crainte et dans le tremblement, comme dit l'Apôtre, permet souvent que les âmes les plus saintes craignent d'être les plus coupables ; et, en même temps qu'il les console et les fortifie par ces témoignages secrets que l'Esprit de Dieu rend au-dedans d'elles, il les humilie par des inquiétudes salutaires sur l'état de leur âme ; si elles ont été engagées dans de grands crimes, dont la miséricorde de Dieu les a retirées, elles appréhendent toujours de n'avoir pas fait une pénitence assez rigoureuse ; et plus la grâce de Dieu est dans un degré sublime en leur âme, plus cette lumière divine leur fait découvrir clairement l'énormité des fautes qu'elles ont commises, et les perfections infinies du Dieu qu'elles ont offensé. De sorte que ces deux objets, toujours présents à leur esprit, rouvrent pour ainsi dire atout moment la plaie de leur contrition, renouvellent sans cesse l'amertume de leur pénitence. Si Dieu les a préservées des grands désordres, elles craignent d'être coupables de ces péchés spirituels qui se cachent dans les replis de la conscience, et qui sont d'autant plus dangereux qu'ils ne laissent point après eux cette confusion que les crimes connus donnent aux grands pécheurs. (Essais de sermons, Dominicale.)
[La crainte de Dieu n'est point stérile.] — Lorsque l'Apôtre S. Pierre a renfermé dans la crainte de Dieu tous les devoirs du chrétien envers la divine Majesté, il n'a point prétendu exclure la foi, la piété, la religion, et les autres vertus qui nous attachent à ce souverain bien de nos âmes, ni nous faire entendre qu'il surfit, pour être chrétien, de vivre dans une crainte servile de la justice et des jugements de Dieu: mais, pour comprendre tous ces devoirs, il s'est servi de cette vertu comme de celle que les prophètes appellent le commencement de la sagesse et le premier anneau de cette chaîne de vertus qui captive nos volontés sous l'empire de Jésus-Christ. Cet apôtre ne parle donc pas ici d'une crainte stérile, qui ne produise rien dans nos âmes : il parle d'une crainte féconde, comme celle de Job quand il disait: «J'ai toujours vécu dans la crainte de Dieu: c'est ce qui me rendait charitable envers le prochain, ce qui me faisait être l'œil de l'aveugle, le pied du Loiîcux, et me tenait prêt à rendre service atout le monde.»
l'Ait Mil: M'Ili; SIMKMK. 128
si lai prophète! is ordonnenl I louvent d'avoir la crainte de Dm .
o'est, iii< S, Bernard, parée que oette vertu eat Le sel de tontei le autrei vertus. C'est elle qui nous fait courageux ans témérité, fermes an* dureté, oomplaisants sans mollesse, Cette crainte n'anéanti! pas le coui comme les libertins Le publient ; elle le fortifie, el l'élève au-dessus de toul Le monde. Parcourez L'histoire, el vous verrez <i"r aeux qui ont eu La orainte de Dibu plus profondémenl gravée dans Leur .•nue ont été ceux qui ont fait de plus belles actions, parce que quiconque crainl Dibu s'efforce de ttè rien faire qui Lui puisse déplaire, e1 l'ait tout ce qu'il sali Lui être agréa* ble. (Discours chrétiens.)
| Craindre Dieu el l'aimer. | — On s'imagine quelquefois qu'autre chose est de
craindre Dibu, e1 antre chose de l'aimer: et cependant l'une est une disposition a L'autre, et souvent elles se confondent toutes deux ensemble. Comment cela ? 11 y a, dit S. Bernard, .trois sortes de craintes: La première est la crainte des supplices de l'enfer, dont nous sommes menacés; la seconde est la crainte de no pas jouir de Dieu et d'être privés éternellement de ce souverain bien; la troisième est une crainte d'être abandonné de la grâce, et de ne pas aimer Dieu autant qu'on pourrait et qu'on devrait l'aimer. Cela supposé, il est constant que cette dernière espèce de crainte est un véritable; amour de Dieu, et que c'est celle qui fait les plus grands saints. Les deux autres sont bonnes, et retiennent l'homme dans son devoir; mais la troisième est une crainte parfaite, une crainte filiale. Or, craindre Dieu de la sorte, c'est véritablement l'aimer; c'est, ajoute S. Augustin, accomplir véritablement ce précepte de S. Pierre quand il dit: Deum timete: Craignez Dieu. Car remarquez, selon les principes de ce saint docteur, qu'il y a deux sortes de crainte : l'une qui n'est pas dans la charité, comme parle S. Jean : Timor non est in charitate ; et une autre qui lui est unie. La première est une crainte servile, par laquelle on s'abstient de faire le mal, non parce qu'on aime la justice, mais parce qu'on appréhende le châtiment. La seconde est une crainte filiale, par laquelle on appréhende de perdre la grâce et d'être délaissé de Dieu, quand même il n'y aurait ni châtiment à souffirir ni récompense à espérer: et cette crainte vient de l'amour, ou est elle-même un véritable amour. (Joly, Disc, à l'assemblée du clergé).
[De la crainte servile.] — Si vous ne craignez Dieu qu'à cause qu'il peut vous punir, assurément, dit S. Augustin, vous ne l'aimez pas encore. Cependant il se peut faire que cette appréhension des supplices vous retienne dans le devoir; il se peut faire que vous rentrerez en vous-mêmes, que vous vous corrigerez, et que vous commencerez à désirer le bien qui vous exemptera de ces châtiments. Combien de personnes ont été converties et lustifiées par ce moyen, combien à qui la grâce a ouvert les yeux, pour leur représenter le danger auquel ils s'exposaient ! « Si je mourais en cet
état, je serais perdu sans ressource! » Combien qui, vivement saisis de cette crainte, ont dit en eux-mêmes : « Il faut que je change dévie et que je fasse pénitence, quoi qu'il en coûte. » Or, parler de la sorte et avoir effectivement ces sentiments, c'est commencer à désirer le vrai bien, et c'est cette crainte qui, n'étant pas d'abord dans la charité, l'introduit en nous.
S. Augustin loue cette crainte: «Ignemtimes? beiiè times : pécheur vous craignez le feu de l'enfer, et vous faites bien. » Justice de mon Dieu, que vous êtes à redouter ! flammes éternelles, votre seule idée n'est que trop capable de jeter l'a frayeur dans les âmes les plus intrépides! Si cette crainte ne peut pas changer ni convertir entièrement notre cœur, elle ne laisse pas d'être très-utile: elle arrête l'action du péché, elle affaiblit notre convoitise, et elle l'empêche de produire de mauvais fruits au-dehors. C'est ce que nous enseigne l'Ecriture, quand elle assure que, si nous nous souvenions toujours de la mort et des suites delà mort, nous ne pécherions jamais. Et David semble nous représenter parfaitement les effets de la crainte de Dieu par ces paroles: C on fige timoré tuo carnes meas: àjudiciis enim tuis timui. Ce prophète demande à Dieu que, parce qu'il a eu une iuste crainte de ses jugements, sa chair et ses convoitises demeurent liées et attachées, c'est-à-dire qu'elles soient dans l'impuissance de produire des fruits de péché. Si une vive crainte nous fait appréhender les tourments éternels plus que toutes choses, cette crainte sera comme une croix où nos passions seront crucifiées, en sorte que, si elles ne sont pas encore mortes, elles seront au moins enchaînées et captives.
Les gens du monde ne commettent tant d'iniustices, de crimes, que parce qu'ils y trouvent quelque chose qui contente et qui satisfait leurs désirs: mais la crainte de Dieu, quand elle est animée de la foi, ruine toutes ces fausses satisfactions. Elle nous ouvre les yeux, et elle nous fait voir que les supplices, le désespoir, la mort éternelle, sont des suites naturelles du péché; que ces terribles punitions qui sont dues aux pécheurs commencent dès cette vie, et que tous ceux qui s'attachent aux créatures par des affections déréglées deviennent nécessairement misérables* aveugles, esclaves, insensés. C'est ce qui oblige les pécheurs qui se voient déjà dans ces misères, et qui en craignent encore de plus grandes, de gémir, de s'affliger, de s'humilier, de se repentir de leurs désordres, dans la crainte de tomber entre les mains de la justice de Dieu.
Que ne fait point la crainte de la mort sur les criminels? Ils endurent, pour sauver leur vie, des tourments mille fois plus cruels que la mort; ils gardent le silence; ils sont patients et généreux, au milieu des plus horribles souffrances, et, pour vivre un peu plus longtemps, ils veulent bien mener une vie misérable. Qui s'étonnera donc que la crainte de Dieu ait les mêmes effets? Que ceux qui craignent que les maladies de leurs âmes et leurs péchés ne se terminent à une mort malheureuse se condamnent à une solitude et à une mortification coutinuelles: qu'ils châtient rudement leur
PARA0RAPH1 B1XI1
corps et qu lls oruoiflent leur chair, pour faire mourir on eux le péch<! et 1 pa lion du péohô. Noua n'avons pai de peine à comprendre quelacrainte de Dibu fasse ces effets, qui lui sont i naturels ; mai il 3 asujet d tonnor qu'il 3 ;iii si peu de pécheurs qui craignent Dibi comme il faut; puisqu'il y. en a si peu qui fassent une fraie et solide pénitence de leurs péchés.
Quand 11 nus agissons par des vues tout humaines nous craignons mille l 'luises qu'il u'v .-i point «le raison de craindre: nous craignons les affliction ,
les pertes, les humiliât ions, les nié pris, Ifl pauvreté, qui Boni des nuiuxqu:
ne durent qu'un moment. Mais, si nous craignons Dieu comme il faut, oette crainte nous délivrera de toutes les autres craintes: nous ue craindrons plus que le souverain Juge, qui non-seulement peut faire mourir notre corps, condamné à la mort dès sa naissance, mais qui peut précipiter l'àmeetle corps dans un feu éternel. Nous devons craindre les crimes qui irritent Dieu contre nous; nous devons craindre de mourir dans l'impénitente ; nous devons craindre ce corps de corruption dont nous sommes rcvétus, puisque la seule crainte chrétienne peut empêcher qu'il ne produise continuellement de nouveaux péchés. (Le même.)
[Crainte de l'Enfer.] — Ne point penser à l'enfer, c'est un étrange aveuglement ; y penser et ne le pas craindre, c'est une monstrueuse fureur; y penser, le craindre et ne pas faire tous ses efforts pour n'y pas descendre, c'est une déplorable folie. Il ne se peut faire qu'une âme qui pense sérieusement aux feux éternels se résolve à pécher. C'est là une barrière qui l'arrête , un frein qui la retient, un obstacle que la grâce lui oppose pour l'empêcher d'aller où le démon et ses passions la portent. Elle en devient plus humble, plus circonspecte, plus attentive à elle-même. J'ose même le dire, nul de ceux qui se représentent sans cesse la gêne du feu n'y tombera; nul de ceux qui la méprisent ne l'évitera: Nemo eorum qui gehennam ob oculos habent in gehennam incidet ; nemo gehennamçontemnenlium igehennâme ffugiet . (Chrysost. Hom. 55 ad pop. Ant.) Cette crainte du Seigneur, qui est le commencement de la sagesse, est une voie à son amour: après l'avoir appréhendé comme juge, on l'aime comme père; on se confie en son infinie miséricorde, on lui expose ses infirmités et ses misères, on lui demande pardon de ses péchés, on implore sa miséricorde, on recherche son amitié, et l'on forme, quoi qu'il arrive, la résolution de ne plus l'offenser. [Dictionnaire moral.)
[Incertitude de la grâce.] — Rien n'est plus humiliant et ne nous donne un plus juste sujet de craindre que l'incertitude où nous sommes de l'état de la grâce: Nul ne sait, dit le Saint-Esprit, s'il est digne d'amour ou de haine. Ah ! le grand sujet de crainte ! Ah ! le grand motif d'humiliation ! Je n'y pense jamais, disait S. Bernard, «ans frayeur. Si un saint de ce caractère tremble, où trouverons-nous de quoi nous rassurer? Tout le monde a partà cette terrible incertitude, les justes aussi bien que les pécheurs; mais ce
n'est pas de la même manière: les pécheurs, parce qu'ils doivent croire qu'ils ne sont pas en état de grâce; les justes, parce qu'ils peuvent toujours craindre de n'y être pas. Que cette incertitude est terrible , Seigneur ! et qu'elle serait accablante si vous ne nous souteniez ! Mais, puisqu'elle est nécessaire pour rabattre notre orgueil et nous entretenir dansl'humilité, il faut nous y soumettre, et ne jamais perdre la crainte de votre justice. (Le P. Nepveu, Réflexions chrét.)
[Exemple de S. Jérôme.] — Voyez un S. Jérôme, qui , par la crainte des jugements de Dieu , ainsi qu'il témoigne lui-même , s'est renfermé dans le creux d'un rocher pour faire pénitence : Ou gehennic metum, tait me earcere damnaveram. Cet homme, d'une haute naissance et nourri dans les délices, s'est volontairement retiré dans une affreuse solitude, brûlée des ardeurs du soleil: In vastd soliiudine constitutus et exustâ solis ardoribus. Celui qui a passé ses premières années dans les plus célèbres académies de l'univers, qui a traité familièrement avec les papes et avec les plus illustres personnes du monde, s'est rendu, dit-il, le compagnon des scorpions, des serpents et des bêtes féroces: Scorpionum tant km socius et ferarum. Sa maison est une sombre caverne, entourée de rochers et de précipices; son habitun sac tout déchiré: Horrebant sacco membra deformia. 11 passe les jours et les nuits à pleurer: Quotidiè lacrymœ, quotidiè gemitus. Non content de ces sévérités, il arme sa main d'un caillou pour frapper rudement sa poitrine. Ce pénitent que je vous représente, touché de la crainte de Dieu et effrayé par sa justice, Ob gehennœ melum,ce n'est point un visionnaire, c'est un des grands esprits et un des forts génies que l'Eglise ait produits. (Le P. Texier. Avent.)
[La crainte est nécessaire.] — La crainte des jugements terribles du Seigneur est nécessaire pour ramener un pécheur à la pénitence: mais ilfaut ajouter l'amour à la crainte, pour rendre cette pénitence parfaite, lime semble qu'il y a dans le cœur de l'homme deux parties qui doivent contribuer à rendre sa conversion entière et parfaite: In toto corde vestro. Il y a dans le cœur une partie inférieure, qui est plus grossière, et qui ne peut être touchée que par deschoses sensibles: la crainte est pour cette partiedu cœur; c'est elle qui, par l'image affreuse de l'enfer et de l'horreurnaturelle du vice, frappe et saisit le cœur de l'homme et le détourne du péché. Mais il y a, dans ce même cœur, une partie supérieure et céleste, qui n'est susceptible que des plus vives lumières de la grâce: c'est l'amour, c'est la divine charité qui touche cet endroit du cœur, et qui lui fait chercher Dieu pour Dieu même. La conversion du cœur commence par la crainte, mais elle s'achève par l'amour. Ne retourner à Dieu que par la crainte, c'est ne se convertir, pour ainsi dire, qu'en partie : afin que tout le cœur soit à Dieu, il faut que l'amour se joigne à la crainte.
L'amour de Dieu ne suffisait-il donc pas, mes Frères, disait le grand S.
!• \ i; \i. Il \ III 1 . Il | Il Ml.. [21
Augustin, pour Doua foire é^ Iter le péohé i était-il besoin , pour dei chrétiens, d'employer La crainte e1 Lei menaoei lei plui terri blei? Tïmor in adjutorium amoria excitanduê fuit, Du moins, si la crainte fai ail ce que L'amour devrait faire, qous serions moins è plaindre; mail ee qui esi déplorable, o'eitque L'on en est aujourd'hui vonu jusqu'à ce poinl d'insensibilité qu'on n'es! pas plus touché de La crainte que de L'amour, ei que leichoseï Les pi us effroyables ne fonl pre que point d Lmpreiiionsurno8oo3ur8.(Bretteville, Essais de sermons.)
[Espérance el crainte.] — L'espérance et la crainte sont comme deux contrepoids, par lesquels l»u:i veut que les bommes se soutiennent, en cette vie, entre les deux précipices qui les environnent, qui Boni la présomption ei Le désespoir. Mlles on1 toutes deux, des fondements solides ei inébranlables. Jl suffit, pour espérer, que nous Bâchions que La miséricorde de Dibu est infiniment plus grande que notre faiblesse; nue Dieu n'a voulu donner en oette \ie aucune marque certaine de la réprobation de qui que ce soit, et qu'il est prêl à recevoir dans sa grâce tous ceux qui auront recours à lui avec un cœur contrit et humilié. Il sullit, pour craindre, que le fond de notre cœur nous soit inconnu, et que nous ne soyons pas assurés si nous sommes dignes d'amour ou de haine; que nous sachions que le don de la persévérance finale dans la grâce est un don spécial que Dieu ne doit à personne; qu'il n'y a point d'état ni de degré de justice dont on ne puisse tomber, et que les hommes abandonnés âeux-mêmes sontcapablesde toutes sortes de crimes. (Essais de morale.)
[Dieu punissant.] — 'C'est une menace que Dieu fait souvent dans l'Ecriture : Dieu vous fera sentir quelque jour les justes effets de sa colère; et ce glaive dont parle un prophète, s'arrétant sur votre maison, sur votre famille, sur votre personne, ne s'en éloignera point qu'il n'ait tout détruit : Non recedet de domo tv.â gladius in senepiternum (II. Reg. xn.) Alors on entendra crier. «Glaive terrible du Seigneur ne vous arrèterez-vous point '{ « Macro Domina, mucro Domini, usquequù non quiesces! (Jerem. xli.) Mais peut-être en vain crierez-vous. Pendant que vous crierez. « Arrête \ » Dieu de son côté criera : « Frappe : Mucro, mucro, evaginare quoeumque es appetitus! Frappe, glaive, frappe partout:» amis, fortune, enfants, santé, réputation, honneur, crédit, n'épargne rien! Que si cela n'arrive point, si l'impunité du pécheur dure malgré son impénitence, cette impunité même est le plus grand de tous les châtiments que Dieu puisse prendre en cette vie, parce que c'est une marque évidente qu'il réserve un pécheur aux plus sévères effets de sa vengeance, dans l'éternité malheureuse. (Le P. d'Orléans.)
Nous voyons, dans l'Ecriture, des traits de l'extrême sévérité que Dieu exerce à l'égard de ceux qu'il a le plus favorisés de ses grâces. Que diraije de la parabole du figuier, condamné au feu parce qu'il est stérile? Comme
ledit 8. Chrysostôme, plus on laboureur s'est affectionné à cultiver un arbre, plus il s'irrite contre cet arbfe quand, malgré ses soins, il ne porte aucun fruit. Que dirai-je de la punition du serviteur qui fut jeté dans les ténèbres pour n'avoir pas fait profiter son talent ? Et tant d'autres figures dont se sertie Fils de Dieu pour exciter la fidélité des chrétiens par la terreur de sa colère, et par la frayeur de la peine qu'il prépare à ceux qui n'ont eu que du mépris pour ses lumières? (P. Rapin, La foi des premiers siècles.)
{Toujours sujet de craindre pour le salut.J — Judas s'est perdu dans la compagnie du Fils de Dieu! voilà la première considération. — Etant dans le monde, nous ne sommes pas bien assurés de notre prédestination. Judas s'est damné dans l'apostolat : on peut donc se damner dans les conditions les plus saintes et les plus parfaites, et il n'y a point d'autre parti à prendre que celui que S. Paul nous enseigne, qui est la méfiance de nous-mêmes et la confiance respectueuse dans la grâce et dans le secours du Seigneur. Mais, si Judas s'est perdu dans la compagnie du Fils de Dieu, comment ne tremblerai-je pas pour moi, qui suis engagé dans le monde et dans les grandes compagnies du monde, où j'ai tant de sujets de scandale ? Eh quoi ! m'assurerai-je sur les grâces que Dieu me donne? Ah ! c'est ce qui me fait frémir de. crainte, parce que Jésus-Christ en adonné déplus grandes à Judas et de plus abondantes qu'à moi. Quoi donc! m'assurerai-je sur la familiarité que j'aurais pu avoir avec Dieu dans mes prières? Eh! Judas a été trois ans entiers en conversation avec le Fils de Dieu. Sur ma pénitence? Judas a fait pénitence, et cependant il est réprouvé. Non, mon Dieu, je ne m'assurerai ni sur les grâces que j'ai reçues de vous, ni même sur ma pénitence ; je ne m'appuierai point sur cela : mais tout mon appui sera sur votre miséricorde, en conservant toujours la crainte de vos jugements, parce que je vois que c'est uniquement par ce moyen que les justes se soutiennent et que les pécheurs se relèvent : Posuisti firmamentwn ejus fonnidinem, dit le prophète. D'où il faut tirer cette conséquence, qu'il faut opérer notre salut avec crainte dans le monde, puisque les Apôtres mêmes ont pu se pervertir dans la compagnie d'un Dieu. Le premier ange s'était perdu dans le ciel, mais son exemple ne nous était pas assez sensible ; le premier homme s'était perdu dans le paradis terrestre, mais son exemple était trop éloigné de nous : il nous fallait encore un exemple qui nous fit voir comment nous pourrions nous perdre dans la plus sainte compagnie du monde : et c'est l'exemple que Dieu nous a donné dans la personne du malheureux Judas. Après cela, n'appréhenderez-vous pas les jugements de Dieu? Après cela, vous abandonnerez-vous à la vaine conliance de votre salut ? y travaillerez-vous avec lâcheté et avec négligence ? C'est à quoi la réprobation de Judas nous servira, pour nous faire appréhender les jugements de Dieu, parce qu'elle produira en nous cette crainte si salutaire que demandait à Dieu le prophète : Cou fige timoré tuo carnes meas; à judiciis enim tuis timu.i (Bourdaloue. Méditations.)
PAU kORAPBB I ■■■ ii MB. 120
[Punition pai riiisirinnnii du péché.] — Le pécheur est souvent puni par
qui on1 '■< '■ le in trumentfl de ion iniquité. I >e cette m' me ohevelure dont A.bsalon s'était servi pour séduire les ci ■ i raôl Diei se sert pour former leB funestes liens qui furent laçai mort. Le
l'eu vengeur qui dévora ceux des lévitei qui se révoltèrent contre Mo Aaron sortit, dit l'Ecriture, des encensoirs même qu'ils tenaienl dans leurs mains sacrilèges. David se servil du glaive de Goliath pour trancher la tête àce géant superbe, qui insulti it ans armées du Dibu vivant : et l'ivresse profonde où B'ensevelit lebrutal Holopherne le livra sans défense à la courageuse Judith, qui leva l'opprobre de Diei , couvrant ses ennemis de oonfusion. Ainsi le pécheur tombe dans la fosse qu'il e lui-
même.
Il faul ici remarquer qu'il est plus sûr d'aller à Dieu d'abord par la crainte do la justice, que par une espérance précipitée de la miséricorde. Il est bon que le péclicursc représente cette justice vengeresse, qui ne laisse poinl le péché impuni ; et il n'est pas si dangereux qu'on le pense de descendre de pensée dans les enfers, pour y voir les peines destinées aux impies. Ces idées, qui éliraient l'âme, font tomber son orgueil, diminuent sa présomption, et la poussent avec plus d'ardeur vers Dieu. Lorsqu'on a senti les suites douloureuses du péché, la haine qu'on a pour lui est plus sincère, et les retours sont moins dangereux. Enfin, on ne peut plus dire qu'on se soit flatté : on a marché dans la route que Dieu a marquée ; on y a VU ce qu'il y avait d'horrible dans le crime ; on en a porté une partie de la peine par les remords de la conscience : la crainte de tomber entre les mains d'un Dieu vengeur nous retient dans le devoir, et les illusions si fréquentes sur la pénitence sont moins à craindre {Du Jarry, serm. sur sainte Madeleine.)
[La crainte de Dieu est salutaire] — Nous voyons que les armes empoisonnées, lorsqu'elles frappent, tuent infailliblement, parce qu'elles font passer le poison et l'appliquent au sang, lequel coule ensuite et va jusqu'au cœur, l'infecte avec cette qualité empoisonnée, et corrompt ainsi la source de la vie. Tout au contraire, les flèches que Dieu tire contre un pécheur sont imbues d'un antidote salutaire, et elles ne nous ont pas plus tôt trappe et porté la crainte dans notre cœur, qu'elles répandent partout une vertu vivifiante. D'où vient que le Prophète demande à Dieu qu'il le transperce de sa crainte : Confïge timoré tuo carnes meo.s. Tellement que c'est comme le premier aphorisme de ce médecin céleste : Timor Domini expellit peccatum. Cette règle n'est point sujette à de vaines conjectures.
La plus grande menace que Dieu fait par le prophète Ezéchiel à la ville de Jérusalem, après tant decrimes et d'infidélités et, comme parle ce prophète, après tant de prostitutions, cène fut pas de la renverser, comme il en menaça autrefois la ville de Ninive, mais de ne lui pas faire sentir les t. m. 9
effets de son indignation et de sa colère, que cette ville ingrate s'était si injustement attirés : Aufereéur zelus meus à te; quiescam, et nonirascar ampliàs. Ah ! voilà la grande marque de la colère d'un Dieu si justement irrité, de n'en donner aucune marque en cette vie ! Car, comme dit S. Jérôme sur ce passage : Ex hoc perspicimus grandemoffensam esse, nequaquàrn curœ haberi à Deo, sedpermitti hominem sceleribus suis. C'est la marque que Dieu désespère de notre amendement, puisqu'il néglige de nous corriger. Menace épouvantable, Chrétiens, et mille fois plus à craindre que les plus rudes fléaux de sa justice, qui nous laisseraient du moins quelque espérance de miséricorde dans l'autre vie, et qu'il se contenterait de ce châtiment présent, lequel, pour grand qu'il puisse être, est toujours un effet de sa bonté, puisqu'il ne nous l'envoie que pour nous faire éviter un supplice éternel. (Anonyme.)
JLa crainte de Dieu relève le courage.] — C'est l'effet naturel d'une crainte humaine, d'éteindre notre courage et d'étouffer la noblesse de nos sentiments: la crainte de Dieu nous inspire de la générosité, nous donne de la force, nous élève au-dessus de toutes nos faiblesses. Toute la puissance des hommes n'est qu'un vain fantôme, si nous la comparons à la toute-puissance de Dieu. Les maux que nous peuvent faire nos semblables sont des maux légers, passagers, méprisables : Dieu seul peut nous accabler, nous anéantir sous ses coups. Il semble donc que la seule idée d'un Maître si redoutable devrait nous accabler, nous déconcerter, nous désespérer: et au contraire, plus nous sommes effrayés de ses menaces, plus aussi nous concevons de confiance , et plus nous montrons de fermeté. Tout épouvante un homme qui craint la haine et la colère d'un autre homme : il veille en tremblant à toutes ses démarches, pour trouver quelque sûreté; les asiles les plus inaccessibles lui sont suspects, sa défiance ne lui permet pas un moment d'un repos tranquille. Au contraire, tout marque de la grandeur, de la magnanimité, de l'élévation, dans un fidèle pénétré de la terreur des jugements de Dieu; rien n'est capable de l'ébranler; il se moque de tout ce que les créatures ont de plus terrible, il ne sait ce que c'est que ployer sous la plus accablante adversité : les divers événements ne changent point la situation de son àme {Remarques surdiv. sujets, etc.)
[On doit craindre toujours.] — On est toujours homme, et par conséquent toujours fragile, toujours incertain du passé, toujours incertain de l'avenir ; portant, comme parle S. Paul, le précieux trésor delà grâce dans des vases de terre, qui peuvent toujours, et au moindre coup, se briser. Les saints en ont tremblé eux-mêmes : c'est leur exemple que je veux particulièrement vous proposer. Ne soyez pas plus en assurance qu'eux. C'étaient des hommes remplis d'une sagesse toute divine, et plus éclairés que nous : et il n'y a que les libertins sans lumières et sans religion qui puissent traiter leurs craintes de vaines terreurs. C'étaient des hommes consommés en
i \i: \..|; \1IIK MMMll . I.'fl
vertus, qui/par des signes presque Infaillibles, avaient senti mille fois dans leur oœur la présenoe de l'Esprit de Diei qui ; habitait. C'étaient des pénitents atténués d'austérités, des anachorètes abîméi dans L'oraison, des apôtres brûlés de zèle et cassés de travaui : cependant ces saint , tout saints qu'ils étaient, doutaient enoore de Leur sort npivs la vie : jamais leur oonsoienoe ne leur paraissait assez pure ni nette. A la p<
des châtiments éternels, ils se troublaient, ils demeuraient Interdits et, confus. Les yeux baignés de Leurs larmes et le visage oontre terre, Us avaient .recours à Im miséricorde divine, pour obtenir ou Le pardon «les péohôs qu'ils croyaient avoir commis, ou La grâce contre ceux qu'ils pouvaient oommettre. Les martyrs même, selon la remarque de S. Augustin etde S. Gyprien, craignaient sur les échafauds, Lorsqu'à leurs côtés ils en voyaient d'autres se démentir quelquefois par l'horreur des supplices, et renoncer à la foi. Et vous, déjà condamnables par tant de titres, et sur le point do mettre dans peu le sceau à votre condamnation, vous marquez une confiance que la sainteté ne donne point à ceux qui devraient le plus espérer, et qui pourraient davantage compter sur leurs mérites! (Le P. Giroust).
(l'élit nombre des élus.] — De toutes les vérités de la religion, il n'en est point de plus effrayante que celle du petit nombre des élus. Cependant, en eston beaucoup touché ? Quand il serait vrai que de dix mille personnes il ne devrait y en avoir qu'une seule de damnée, je devrais encore trembler, et craindre que je ne fusse ce malheureux. Hélas! peut-être que de dix mille à peine s'en trouvera-t-il un seul de sauvé : et je vis en repos ! Mais n'aije point d'autant plus de sujet de craindre que je crains moins? Ma sûreté là-dessus ne peut être qu'un effet de mon erreur et de mon aveuglement, qui, cachant le danger où je suis, me met hors d'état ou de m'en tirer ou de le prévenir. Si le Fils de Dieu avait dit que tous les chrétiens seront sauvés, et qu'il l'eût dit aussi distinctement qu'il a dit que les élus seront en petit nombre, vivrions-nous dans une plus grande sécurité sur l'affaire du salut ? Nous convenons que tout est plein d'écueils, que nous sommes en grand danger de nous perdre : nous sommes cependant tranquilles ! Qui nous rassure? Avons-nous moins à craindre, pour être moins sur nos gardes ? Et, pour avoir été moins sensibles à notre perte, en serons-nous moins malheureux? Hélas ! quand nous n'aurions d'autre sujet de craindre que cette fatale sécurité, que cette étrange insensibilité où nous vivons, n'y en aurait-il pas encore trop pour nous faire trembler sur notre sort ? D'où nous peut venir cette prétendue intrépidité, cette assurance si grande dans un si grand danger?
Si une maladie contagieuse se répand dans une ville, chacun appréhende pour soi. Que de remèdes ! Que de préservatifs ! On se prive des plus honnêtes divertissements : les jeux, les assemblées, ne sont plus de saison : on s'interdit tout commerce, on se condamne à une affreuse solitude.
Et pourquoi tant de précautions? C'est qu'on craint la mort. Et ne craignonsnous point d cire éternellement malheureux, sachant que la plupart du monde se damne ? Est-ce qu'un malheur éternel n'est pas à craindre? La multitude court à la perdition : peut-être n'yaura-t-il qu'un seul de sauvé dans ma famille : et je ne prends pas tous les moyens possibles pour être cet heureux prédestiné, et, pour 'assurer mon salut, je ne puis me résoudre à éviter certains dangers, à user de quelques précautions, à prendre des mesures justes ! quelle insensibilité ! (Croiset, Retraite).
[Souvenir de la justice de Lieu.] — La plupart des hommes ne doivent point s'appliquer tellement à regarder la miséricorde de Dieu, qu'ils ne considèrent en même temps sa justice et la sévérité de ses jugements. Et, pour s'en former quelque idée, on doit la regarder dans ce nombre infini d'hommes que Dieu a abandonnés aux désirs de leurs cœurs avant l'incarnation de son Fils: dans ces nations entières, qui n'ont jamais ouï parler de l'Evangile et qui sont demeurées ensevelies dans les ténèbres et l'ombre de la mort; dans cet autre monde, que l'on vient de découvrir, et qui a été plus de cinq mille ans dans une ignorance absolue de Dieu ; dans cette multitude de mahométans qui occupent une si grande partie du monde, et qui sont plongés dans mille superstitions brutales ; dans cette foule d'hérétiques qui, étant joints ensemble, surpassent de beaucoup le nombre des catholiques ; dans ces régions autrefois remplies d'évèques, et de chrétiens, comme l'Afrique, et où présentement on n'en trouve presque plus: dans ce nombre prodigieux de mauvais chrétiens qui inondent tellement l'Eglise, qu'à peine en voit-on qui méritent de porter le nom de chrétien.
Nous nous reposons sur la miséricorde de Dieu, non pas par une confiance qui naisse de la charité, mais par une insensibilité qui ne vient que de l'amour-propre. C'est pourquoi on peut dire que c'est à nous que l'Ecriture parle, lorsqu'elle avertit de ne dire point que la miséricorde de Dieu est grande : Ne dicas : Misericordia Dei magna est : car elle ne laisserait pas d'être grande, quand elle nous aurait laissés périr, et qu'elle nous aurait mis au nombre de tant de nations que sa justice a laissées dans les ténèbres, et de ce nombre effroyable de chrétiens qui sont assujettis à l'empire des démons. Nous nous imaginons que nous sommes fort considérables devant Dieu : mais, si tous les hommes de la terre ne sont devant ses yeux qu'une goutte d'eau et un peu de poussière, quelle place occupons-nous dans cette goutte d'eau, et clans ce peu de poussière ? S'il est donc juste d'espérer en sa miséricorde, après tant d'effets que nous en avons ressentis, il n'est pas moins juste de craindre sa justice qui est si terrible, dont nous voyons des effets si épouvantables dans tous les temps et dans tous les lieux du monde.
Le prophète craint, et cependant il demande à Dieu d'augmenter sa crainte; comme celui qui disait: Credo, Domine, adjuva incredulitatem
l'Ait AMI AI'IIF IMl'.MI-. 133
meam. Lo oommei menl de crainte que Dibi forme dan notre cœur ne
Caii que nous convaincre que nou ai bz. Non royon
que I > 1 1 : i es1 inflnimeni terrible el que nou le craignons peu, e\ c'e I • e qui nous porte à. lui demander qu'il redouble su crainte en noue, e1 qu'il ,.,, perce notre chair. Une autre raison de cette demande esi que souvent l'esprit est oonvainou qu'il faui craindre Dibtj , mais le cœur n/eat pas pour cela touché. Cependanî o'eal lacrainte du cœur qui amortil Les tentations, et non la persuaaion de l'esprit. EU c'e I pourquoi le prophète ne se contente pas de craindre Dibu par l'esprit, Ajudiciis enim tuû timui; mais il veut que sa chair soit percée do cette crainte. C on fige timoré tuo carnes mcas, afin que le vif sentiment qu'elle en. aura étouffe en elle toutes les tentations qui pourraient flatter ses sens. Une chair percée de clous ne sérail guèreen état d'être attaquée par la tentation des plaisirs. Il désire dune que lacrainte de Dieu fasse cet effet en lui, et qu'elle Soit aussi vive et aussi sensible à son âme, que des clous qui perceraient effectivement sa chair {Essais de mur aie).
C'est une erreur de s'imaginer qu'il ne convient qu'aux pécheurs de craindre la colère divine. Fut-il un plus saint homme que Job dans la prospérité aussi bien que dans l'adversité? cependant il craignait Dieu, nomme dés flots suspendus au-dessus de lui. Il n'est point de frayeur égale à celle des nautonniers au milieu d'une mer irritée, dont les vagues enflées les menacent à tout moment de les engloutir. Quels cris ! quels gémissements! quel tumulte alors dans le vaisseau! C'est ainsi qu'il appréhendait le Seigneur; non comme une tempête qui pouvait se former, mais comme une tempête toute prête à le submerger. Crainte salutaire ! crainte qui convient même aux saints ! La sainteté consiste dans le mépris général de toutes les choses mortelles. Or, d'où vient surtout ce mépris? de la vue d'un Dieu au-dessus de nous, 'lequel, semblable à des flots suspendus, paraît devoir à chaque instant laisser tomber le poids de sa colère sur notre tête. Alors on ne songe plus à rien en ce monde qu'au salut de son âme, comme des hommes menacés d'un prochain naufrage oublient tout, sacrifient tout, et ne pensent plus qu'à sauver leur vie.
Puisque la crainte chaste demeure toujours dans l'àme des justes, et qu'elle y augmente même chaque jour, comment peut-elle être appelée le commencement de la sagesse? Ne devrait-on pas plutôt dire, avec l'Ecclésiastique, que cette crainte est tout ensemble le commencement, l'accroissement et la perfection de la sagesse : La crainte du Seigneur est la couronne de la sagesse; ou bien, comme s'exprime le' saint homme Job : La souveraine sagesse est de craindre le Seigneur? Mais entrons bien ici dans la pensée du Prophète-Roi. Lacrainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, c'est-à-dire que cette crainte est comme la racine et le fondement de la vie chrétienne et sainte, que l'on peut appeler avec raison la souveraine sagesse: Ecce timor Domini ipsa est sapienlia. La racine d'un arbre ne le soutient pas seulement, elle le nourrit, elle le fait croître,
elle lui donne, en un mot, tout ce qu'il a d'agréable et d'utile ; et c'est pour cela qu'elle est, en quelque aorte, l'arbre entier. De même, la crainte du Seigneur, qui est la racine de la sagesse, est aussi la plénitude de la sagesse. Tous les fruits donc de la vie chrétienne et sainte, viennent de la crainte de Dieu, comme de leur racine. Si elle manque, ces sortes de fruits manqueront aussi, comme à un arbre dont la racine est desséchée.
En vain je prétendrais élever bien haut l'édifice spirituel de ma perfection, si votre crainte, Seigneur, n'en était le fondement: je bâtirais sur le sable, et le moindre effort de mes ennemis renverserait l'édifice. Dennezla-moi, ô mon Dieu, cette crainte qui est le commencement de la sagesse. Ce n'est pas la crainte des esclaves que je vous demande : elle est utile lorsqu'elle m'ôte l'amour dupéebé, maiselle est trop imparfaite: la crainte que je vous demande est celle d'un enfant respectueux qui craint encore plus d'offenser son père qu'il ne craint d'en être puni. Crainte salutaire , qui soutient et affermit la charité, comme la charité la nourrit et la perfectionne à son tour! Oui, mon Dieu, plus je vous aime, plus je crains de vous offenser et d'être banni de votre présence; et plus je crains de vous perdre pour toujours, plus je vous donne 'des marques de mon amour par les vertus que cette crainte me fait pratiquer. (Le P. Ségneri. Méditations.)
[Crainte excessive.] — La crainte a ses périls, et on peut compter pour le premier le découragement où elle entraîne ceux qui se livrent trop inconsidérément à ses impressions. On commence par le trouble et l'agitation ; l'amertume survient, et l'âme tombe dans l'abattement, dans la tristesse ; de là au découragement il n'y a plus qu'un pas, et ce pas est glissant. Il est bien difficile, dans cet abattement, de résister à la tentation qui presse d'abandonner tout-à-fait une route où l'on ne voit rien que d'effrayant, où l'on ne rencontre que des épines. Comment, en effet, supporter tout à la fois la contrainte des sens, le joug d'une exacte fidélité . la sévérité de la pénitence, l'austérité d'une vie dure et pénible, avec toute l'amertume et toute la tristesse qu'une crainte excessive peut inspirer ? L'homme, selon la pensée de S. Bernard, ne peut vivre sur la terre sans consolation ; et, s'il n'est soutenu dans la vertu par quelque douceur, il est difficile qu'il soutienne longtemps la contrainte et les rigueurs qu'elle exige de lui. Il est vrai que cette contrainte, et les rigueurs mêmes de la pénitence, ne sont rien à celui qui aime, qui espère, qui goûte toutes les douceurs que la vivacité de l'amour, de la tendresse et de la confiance peuvent donner; mais, pour celui qui n'a qu'un cœur effrayé et un amour timide, qu'il est à plaindre! (Le P. d'Orléans. Sermon sur l'Annonciation.)
[Force que donne la crainte de Dieu.] — Il n'est rien de plus hardi ni de plus assuré que la crainte de Dieu. Qui craint Dieu ne craint rien autre chose,
PAB \''i: \ l'in: slxii ME. 186
ci qui e peur de lui déplaire e\ de perdre ion amour ne orainl poinl de souffrir tout, el de perdre toul pour le conserver, il esl \ Tai ijue la charité chasse la crainte; mais c'e8l la crainte vicieuse des créatures e1 la crainte ser\ lie et Imparfaite, ^ui appréhende plus la peine du péché que le péché même. Ce n'est pas imperfection de craindre l'enfer ; mais c es1 vertu de craindre plus le péché que renier même, Je dis plus: il y a de • temps où il esl nécessaire de fort ifler li crainte du péché par la crainte de l'enfer, afin de m >us affermir dans l'amour de Dibj : comme lorsque nous sommes attaqués de t\\\( Ique tentation violente où il est aisé de succomber, quand on n'est pas bien fondé dans la pratique de cette vertu. Joignons donc d mais la crainte avec l'amour: ce sont les deux piôdi de l'âme qui tend à Dieu, comme ceux de Diei venant vers nous sont la miséricorde e1 lajustice. Ne quittons jamais ni l'une ni l'autre, si nous voulons marcher droit
dans les voies du ciel, sans nous éloiglicrdu lentierde la perfection, Disons
souvent cette prière de l'église, avec un sentiment d'humilité: Nominis tui, Domine, timorem pariter et amorem facnos habere perpetuum: Seigneur, faites que nous conservions toujours également l'amour et la crainte de votre saint nom. ( Le P. Nouet, Méditation*. Tome 7.)