‹ La bibliothèque des prédicateursChapitre 32 sur 59 · NOUVEAU-TESTAMENT · texte numérisé non relu

NOUVEAU-TESTAMENT

[ Abraham. J — En quelque sens que l'on prenne la dévotion, soit pour un acte de religion, soit pour une prompte volonté qui nous porte au service de Dieu, soit pour une affection à tout ce qui regarde le culte du Seigneur, le saint patriarche Abraham peut nous servir d'un excellent modèle. En effet, pourquoi pensez-vous que Dieu lui commande ;de lui immoler son Fils unique, qui était tout l'objet de ses complaisances, l'appui de sa vieillesse et le sujet de son espérance d'une longue postérité? Ce n'est pas qu'il prît plaisir à voir répandre le sang humain, et surtout celui d'un fils par les mains de son père, puisque nous voyons, au contraire, que dans sa loi il témoigne l'aversion qu'il a de cette sorte de sacrifices ; mais c'est qu'il veut voir quelle sera la disposition de son cœur à un si étrange commandement, et si l'amour qu'il porte à son cher Isaac l'emportera sur l'obéissance qu'il lui doit rendre. Aussi, dés qu'il voit la fidélité héroïque de ce grand homme, il accepte la disposition de sa volonté pour l'effet, et lui rend ce glorieux témoignage, qu'il est parfaitement et entièrement dévoué à son service, puisqu'il est prêt à tout entreprendre et à lui sacrifier

PARAGRAPHE TROIï IÊME.

tout san réserve : on quoi con i te la véritable dévotion : Vvnc cngnuiu quôd tîntes Dbi m.

|S,ml.j Diei rebuta le Bacriflce de Satll, quoiqu'il eût toute l'apparence d'un acte do religion, parce qu'il n'étail pas offert salon sa volonté, et (|u'il in- partai in cœur soumis et prompl a exécuti ordres.

; l'action de ce prince fut-elle désapprouvée de Samuel, '•"mine faite a oontre-temps, et fut regardée comme une idolâtrie, plutôt que comme un acte de piété: Quasi scelus idololalriœ nolle acquiescer e. Satll avait eu ordre de déclarer la guerre aux Vmalécites, et, après qu'il les aurait défaits, de mettre tout à feu et à sang; mai: i! se figura que ce serait un trop grand dommage de consumer de bï grandes richesses, et il réserva ce qu'il crut être de plus grand prix ; et, lorsque Samuel lui en lit. des reproches de la part de Dieu, il B'imagina être bien disculpé en disant qu'il avait réservé 1rs plus précieuses dépouilles pour en fairo «les sacrifices au Seigneur. Fausse piété, dévotion sacrilégel Dieu n'a que faire de nos offrandes et de nu* dons: il demande la pureté du cœur, la soumission & ses ordres, l'exécution de ses commandements, la disposition de la volonté conforme à la sienne.

[Dévotion dans le cœur.] — La véritable dévotion doit avoir son principe dans le cœur, et, si les actions de piété que nous faisons ne coulent de cette source, quelque belle apparence qu'elles aient d'ailleurs, elles no peuvent être agréables à Dieu. C'est pourquoi, dans l'Ecriture, Dieu ne demande rien tant que le cœur. Nous y voyons qu'il agrée le sacrifice d'Aboi parce qu'il venait du cœur, et qu'il rejette celui de Caïn où le cœur n'avait point di1 part; qu'il commande à Moïse de faire dorer le dedans de l'arche avant qu'on en adorât le dehors. Nous savons que David était l'homme selon le cœur de Dieu, parce que celui de ce saint roi était toujours prêt à exécuter ses volontés. Paratum cor meum, Deus, paratum cor meum ; et enfin, que dans toutes nos actions, c'est particulièrement le cœur qu'il regarde: Dominus autem intuetur cor.

Comme nous donnons à la vertu de dévotion une signification pins étendue que celle que lui donne la théologie, et que nous entendons parla une vie sainte, pieuse, zélée pour le service de Dieu, exacte dans l'observation de ses lois, et à lui rendre le culte qui lui est dû, en ce sens on peut compter parmi les personnes pieuses et dévotes tous les saints de l' Ancien-Testament. Ainsi, Abel, Noé, Job, Jacob, Josias, Josaphat, Ezéchias, tous les prophètes, et une infinité d'autres, ont été dévots, pui la piété, la religion, la sainteté, sont les noms dont l'Ecriture- Sainte exprime ce que nous appelons dévotion.

[Les prophètes de liaal.] — Quoique la véritable dévotion soit ennemie de la mollesse, qu'elle cherche la mortification en toutes choses et pratique les

austérités du corps, il ne faut pas cependant s'imaginer qu'elle ne consiste qu'en cela, ou que c'en soit toujours une preuve certaine. Car nous voyons, dans l'Ecriture, que les prophètes de Baal étaient de faux prophètes, quoiqu'ils fussent [dus austères que les prophètes du vrai Dieu, puisque, par une barbare piété, ils se coupaient et déchiquetaient les membres, et se mettaient souvent tout en sang. Ainsi, la véritable dévotion n'est pas celle qui établit toute la vertu en des austérités indiscrètes et excessives qui affaiblissent le corps et éteignent toute la vigueur de l'esprit, ni celle, qui sans autre obligation de l'Eglise ou de quelque ordre particulier, ou de quelque sage direction, s'attache à des observations étroites et rigoureuses, plus pour satisfaire sa propre volonté que par aucun sentiment de piété, et met en cela toute la perfection, sans s'acquitter des autres devoirs plus essentiels, et qui nous obligent plus étroitement. Souvent même, il y a un orgueil secret sous ces pénitences extérieures et ces austérités indiscrètes ; mais les mortifications intérieures ne sont pas sujettes aux illusions.

[Dévotion dans toutes les conditions.]— La dévotion n'est attachée, comme s'imaginent quelques-uns, ni à certaines personnes ni à certains états ou professions de vie. Elle est de tous lestemps et de toutes les conditions, même de celles qui en paraissent les plus éloignées, puisque nous voyons dans l'Ecriture qu'elle s'est trouvée clans un David chargé du gouvernement d'un grand Etat; que Moïse, qui avait la conduite d'un grand peuple, avait sans cesse recours à Dieu et le consultait dans toutes ses affaires ; que Josué, -i la tète des armées, avait une rare piété; qu'Esther à la cour d'Assuérus. élevée à la dignité d'épouse du plus grand roi de la terre, ne haïssait rien tant que la pompe et le faste, et qu'elle ne goûtait point de plus grandes délices que dans la retraite, où elle ne pensait qu'à Dieu, que Judith, si considérable parmi ceux de sa nation, menait une vie exemplaire et réglée, se couvrait d'un cilice, et observait régulièrement les jeûnes, les fêtes et toutes les cérémonies de la loi.

EXEMPLES DU NOUVEAU-TESTAMENT

[Piililicain e! Pharisien.] — Le publicain et le pharisien de l'Evangile sont les images l'un de la vraie dévotion, et l'autre de la fausse ; mais il n'appartient qu'à Dieu d'en bien faire le discernement. Il parait par ces deux exemples, après le sentiment et la parole de la Vérité même, que celui qui croit avoir le plus de piété souvent n'en a point du tout. Mais nous y pouvons aussi apprendre, de ce que l'ont les hypocrites, ce que nous devons faire pour être véritablement dévots, et craindre de condamner ceux qui peut-être nous accuseront et nous condamneront un jour.

l'Ait kORAPHH ti: ' MB.

|Sic Madeleine.] — Noua ne trouvons point dan ; l'Ei angile, ap mple

de la Sainte Vierge, de modèle de dévotion plut parfait que Madeleine, ni de dévotion plus marquée : lien renferme tout • les qualités, tousle timon! , toi» les devoir et tout le pratiques. Tantôt elle vient aux pieds du Sauveur, qu'elle arr • tantôl elle le cherche

it, comme l'ép Cantiques, et, quand elli l'a trouvé, elle jouit

;i\ transports de la charité la plus tendre : Quœsivi quem diligit anima tenui fiim. ,/>■<■ dimittam. Tantôt elle répand I une fiole

d'une précieuse liqueur, etelleenarr pieds, ne se servanl qi

ses oheveuï pour les essuyer. Elle lui rend ce charitable office avec tani de ferveur, qu'il paraît assez qu'elle épanche son cœur avec ce parfum aromatique. Tantôt, par une dévotion également tendre et solide, elle l'accompagne jusque sur 1'' Calvaire pour prendre part à ses douleurs, et ensuite l<x \;i chercher dans son tombeau pour lui rendre les dernier* vii s; et la, ne l'ayanl point trouvé, clic s'enquiert du lieu où on l'a mis. et croit avoir assez de forces pour l'enlever. Tous les mouvements qu'ello se donne sonl autant de marques et d'effets d'une dévotion tendre, solide, fervente et constante toul à la fois: ce qui a fait dire au Fils de Dieu qu'elle avait choisi la meilleure part, qui ne lui serait point ravie.

[Autres exemples.] — Les autres exemples sont en trop grand nombre pour en faire le détail. On peut mettre dans ce rang les Apôtres, et entre les autres S. Pierre, dont la dévotion a été plus ardente, et S. Jean, qui avait un amour plus tendre; ensuite les disciples qui étaient de la suite du Sauveur, les femmes pieuses qui le suivaient; Corneille le Centurion, qui est appelé dans les Actes \religiosus ac timens Deum; S. Timothée, que S. Paul appelle Homme de Dieu, Homo Déï.

APPLICATIONS DE L'ECRITURE

Cor meum et caro mea exultaverunU in Detjm vivum ( Ps. 83 ). — Comment la chair, cette partie animale de nous-mêmes, peut-elle trouver sa joie et son repos en Dieu, ce qui n'appartient qu'à l'esprit, qui le goûte et qui le savoure en quelque manière, comme s'exprime ailleurs le mémo prophète? C'est que, une lumière extraordinaire éclairant tout-à-coup l'esprit et une nouvelle ardeur embrasant la volonté d'un saint amour, l'àme remplie de douceur en fait part à l'appétit, qui est une partie d'elle-même et la chair ensuite et ses sens, qui se règlent et se conduisent par cette faculté, s'en ressentent. De-là vient qu'on ne ressent point la peine et le travail qu'il y a au service de Dieu,' qu'on court ave.; une sainte allégi

dans la voie de ses commandements, et que les personnes dévotes trôuvenl du plaisir là où les tièdes et les indévots ne trouvent que du travail et ne

ressentent que du dégoût.

Aruit cor meum, quia oblitus sum comedere panem meum (Ps. 101). — Le prophète nous apprend, par ces paroles, que la dévotion devient bientôt sèche et aride, si elle n'est nourrie et entretenue par l'oraison. C'est S. Bonaventure qui fait cette réflexion, et qui se sert de l'autorité du prophète pour cela; et c'est ce que l'expérience confirme tous les jours. Cari sans cela, on commence insensiblement à se relâcher dans les exercices de piété; on oublie ensuite ses bonnes résolutions, et toutes les passions, que la dévotion avait comme assoupies, commencent à se réveiller. C'est pourquoi, quand on parle d'un homme dévot, on entend assez communément par-là un homme d'oraison, et l'on prend alors l'effet pour la cause. La dévotion porte à la prière, et la prière nourrit la dévotion; et Tune et l'autre est appelée, par le Saint-Esprit, tantôt la nourriture et tantôt l'embonpoint de lame, une marque de sa santé : Sicut adipe et pinguedine repleatur anima mea.

Absconditus cordis homo (I Pétri 3). — La loi ancienne, comme témoigne S. Paul, ne conduisait personne à la perfection. Elle était toute figurative, et, si elle avait quelque véritable sainteté, elle commençait par le dehors à la faire paraître, et ensuite elle la faisait passer dans le cœur; et, comme son culte et ses sacrifices n'étaient que les ombres du culte et du sacrifice de la nouvelle loi, sa fin aussi n'était que de figurer par les actions du dehors ce qu'on devait être au-dedans. Au contraire, la religion chrétienne va d'abord former la piété dans le cœur ; et c'est cette piété que S. Pierre appelle l'homme invisible : Absconditus cordis homo ; ensuite elle nous ordonne de la répandre au-dehors par la sainteté de nos actions.

Induimini Dominum Jesum-Christum (Rom. xiii).- — C'est de vous, Sauveur des hommes, que je veux me revêtir, selon le conseil de votre Apôtre : mais, si je n'en étais revêtu qu'-au-dehors, par des vertus purement extérieures, que serait-ce de moi sinon un fantôme de piété, plus propre à provoquer votre colère qu'à attirer votre miséricorde? Faites donc que ce vêtement de dévotion que je porterai pour édifier mon prochain couvre un homme intérieur ; Absconditus cordis homo ;un homme qui, formé par votre grâce . vive de votre esprit, et conserve au-dedans de soi les invisibles traits (h1 vos vertus; un homme qui, fidèle à tous ses devoirs, remplisse exactement les grands et les petits; un homme qui., judicieux et sage, préfère ••c qui est de précepte et de son état ;> ce qui n'est que de subrogation; un homme enfin qui vous soit tout dévoué et consaci'é.

PARAOH M'iir QUAI RIBIfl . Î07

Piettu ad omnia utilis est (1 Timoth. iv). — En effet, a quoi a*evl pas utile la dévotion? Elle est d'u i tous lieux, en tous temps et à tou-

tes choses. Par elle, nou écouton la parole prononcée par des bommes comme la parole de hn i . ainsi qu'elle L'esl véritablement, el nous la ra-

cevons < ime une terre sèche reçoil la pluie; par elle, ta con idération

des bienfaits de Dieu nous tou iho, la pen ée d i amour nous embi

.-es promesses nous consolent, ses m tous étonnent. Sans elle, la

parole de Dieu, qui doit être comme une épée ;'i deux tranchants, se brise s\u- la dureté <l<' uos cœurs; lie nousjoignon le crime de l'in en-

sibilité à celui de l'impénitence. Cette vraie dévotion fail de notre chambre môme nu temple "ù la. Divinité descend, elle l'ail que Dieu nous parle comme nous lui parlons; elle nous l'ait entendre ses on consolations.

I iv.

Pensées et Passages des SS. Pères.

Dukiores suni lacrymœ orantium quàm Les larmes qu'on verse dans l'oraison sont

gaudia theatrorum. August. in Ps, L27. plus douces que les joies des spectacles

humains.

Quamquàm heec infima habeant suas de- fjuoique les choses de ce monde aient.

lectationes , suosque amores, non (amen tali leurs joies et qu'on les aime, il s'en faut

iiim/i) délectant sicut tu, Deus noster. M. bien que le plaisir qu'on y goûte égale ce-

Meditat. lui que vous faites ressentir, ô mon Dieu !

Est gaudium quod non datur impiis, sed II y a un plaisir et une joie que les impies

in gratis colunt, Homme, quorum ne goûtent point; il n'y a que vos fidèles

gaudii es. August. Contes. serviteurs, mon Dieu : vous-même ('tes

leur joie.

8/ h iS undè oblectetur extrin- Si l'esprit tiouve au-dehors où prendre

. sine deliciis manet interius. Id. in son plaisir, il n'y a rien qui le satisfasse

.Toannem. au-dedans.

Si forinsecùs ru quœ Deus jabot manibus Si l'on t'ait extérieurement ce que Dieu

fiant, et in corde non [nuit, nemo est tùm ordonne, s;tns que le cœur y ail part, il n'y

insulsus qui prœcepta arbitretur impleri. a personne de si grossier qui se persuade

August. Quœst. .'il. inDeuter. qu'on ait accompli par-là le précepte. .

Quis cuttus ej'us, nm a, nui- ejus? Id. in Quel est le culte dû à Dieu, si ce n'est

Ps. :>■!. de l'aimer de tout son cœur?

Hoc nimis doleo, quàd muita </""' in su- Ce qui me fait peine, est de voir qu'on

cris Kbris magna sunt, minus tèneantur, ut néglige bien des choses importantes dans

parva nimis introdueantur. August. Epist. les saints livres pour substituer en leur

110, ad Januar. place trop d'autres choses bien moins considérables.

Heligionem , quam CJiristus liberam esse II y .a des yens qui chargent d'oeuvres

hbus on Tibus pfitmum. Id. Lbld. servîtes la religion, qui doit être libre dans

l'intention de Jésus-Christ.

Hœc perfecta fusiitiaest, si potiùs potibra, Voici en quoi consiste la véritable fu il

n minus minora diKgamus. Id. Epist. 110, ad Januar.

Pietas vera est verax Dei cultus. August. v Civil. 2.'J.

Sine verâ pietafe et reMgume, omne quamvis laudabile ingenium superbiû vanescit et decidit. Id. n Civil. 5.

Cùm mens interna m dulcedinem degusiat, amore ccstuat, videtque se videre non passe quod ardenter diligit; née lumen ardenter diligeret nisi aliquatenùs videret. Gregor. y Moral. 22.

Gratis al iniquitas, quandà is qui perversus est ostendere atios perversos molitur; vt unie minus malus apparent quod alios sanctos non esse docuerit. Id. ibid. xn, 13.

Quanta quis minus œterna inteUigit, tantà deledabilius in temporabilibus requiescit. Gregor. in Ezechicl.

Devotio est fervor bonœ voluntatis, quem mens, cohibere non valens, cerlis manifestât indiciis. Gassianus Collât.

Deus non œstimat quemquam ex éventa rerum, sed ex affecta. Cyprian.

Non ùnprobo eos qui castigant corpus suuni; sedSatanas mille artibus nonnunquàm illudit incautis. Id. De dupl. Martyr.

Habet liane vim dulcedo cœlestium pufichritudinum, ut, quanta intensiùs quœritur, tantà a)'dentius desideretur : ingêrunt de eupiditate appetitum, et non faeiunt de satietnte fastidium. Eusèb. Emiss. Scrm. de B. Maximo.

Tanta esse débet ejus ( dévotion is ) plenitudo, utemanet ab anima ad habit uni. Tertnll. de Cultu mulier.

Gustato spiritu, necesse est desipere carnem; affectanti cœlestia , terre nu non sapiunt; œternis inhianti, fastidio sunt transitoria. Bernard. Epist.

Oui Ckristus incipit dulcescere, necesse est amarescere mundum. Id. Serm.

Hoc debes semper observare, ut non occidas carnem tuant, sed vitia. Bernard. De modo beatè vivendi.

Diligendum est quidquid obtuleris, negleci o e > ad quod teneiHs. Idem,

c'est d'aimer les choses les plus excellentes, préférablement à celles qui le sont moins.

La véritable piété est le vrai culte de Dieu.

Sans une véritable piété, et un véritable sentiment de religion , quelque bon esprit qu'un ait, on devient superbe^ et on se laisse aller à la vaine gloire.

Lorsque l'âme goûte la douceur intérieure d'une dévotion sensible, elle se sent comme embrasée de Dieu ; elle connaît qu'elle ne peut voir celui qu'elle aime d'un si ardent amour : cependant elle ne l'aimerait pas si ardemment, si elle ne le voyait déjà en quelque manière.

C'est une iniquité criante, quand celui qui est méchant tâche de faire voir que les autres sont aussi méchants que lui, pour diminuer par-là l'opinion qu'on a de sa malice, en montrant que les autres ne sont pas des saints.

Moins on comprend les biens éternels , plus on s'attache et on prend plaisir aux biens passagers de ce monde.

La dévotion n'est autre chose que la ferveur de la volonté qui se porte tellement au bien que l'âme, ne pouvant en retenir ni en arrêter l'impétuosité , la fait éclater à l'extérieur.

Dieu ne juge du mérite de personne par le succès de ses entreprises , mais par l'affection du cœur.

Je n'improuve ni ne blâme ceux qui macèrent leur corps; mais je dis que le démon use de mille artifices pour séduire et jeter dans l'illusion les imprudents.

Les choses célestes ont cette force et ce pouvoir, que, plus on les recherche, plus on les désire avec ardeur; à mesure qu'on les goûte, elles augmentent le désir qu'on en a, et la jouissance n'en cause point de dégoût.

La dévotion doit être si abondante dans le cœur, que de l'esprit elle se répande audehors et sur le corps.

Après qu'on a goûté les délices de l'esprit, on n'a que du dégoût pour celles de la chair ; celui qui aspire aux biens du ciel ne peut goûter ceux de la terre, et celui qui soupire après les choses éternelles, n'a que du mépris pour les choses passagères.

C'est une nécessité que le monde paraisse insipide et amer à quiconque commence à goûter Jésus-Ciirist.

Ce à quoi vous devez prendre garde dans la ferveur de votre dévotion , c'est de donner la mort non à votre corps mais à vos vices.

Tout ce que vous pouvez offrir à Dieu, ne lui peut être agréable si vous négligez vos devoiv- personnels.

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Res <'v/ tordis gratin devolionù. Bcrnardus.

////•'• gratta devotionis ut unciio docens de omnibus; quant expertus novil, inexpertus ignorât, quqniam nemo scit nisi qui accipit. [il. do verbia apost. Potrl ! Eccc km reAquimus omnia.

Le ii mu do J£si ' îiiRi r et la |

d rii [ce ' i un ■ :

Nou ■ n'avon do co moDdOj di Icnl que lu piélé

(i ii rcltgi .!i, r j n • • nou • dovi a i défendre do loul notre pouvoir.

La vertu do la dévotion lienl lo pr< rang ; clic o i le rondcmcnl do tout autre . cl o'o I avi d \iii.iii.ini avanl tout.

La grâce do la dévotion regarde lu cœur

cl lui 0 il pi

( lotte grâce do la dévotion csl une tion qui nou ■ Instruit de tous noi devoirs . celui-là bcuI la connail qui en a l'expérience, et celui-là I li ne l'a point éprou-

vée, parce que per tonne no la oonnall que celui qui reçoit co précieux don du cieL

Ce qu'on peut tirer de la Théologie.

|lli;imilioii.J — Comme lo nom de Dévotion est équivoque, il est difficile do donner do cette vertu une juste idée et une notion qui soit commune à tout ce qui s'appelle dévotion. Quelquefois on exprime, par ce nom, la douceur et la consolation intérieure qu'une âme goûte dans l'oraison : et c'est en ce sens que S. Augustin et S. Bernard en parlent ordinairement. D'autres entendent par ce terme une certaine affectation et un penchant aux exercices de piété et atout ce qui regarde le culte de Dieu. S. Arabroise et S. Grégoire la prennent communément en ce sens. Quelquesuns croient que c'est l'attendrissement d'un cœur sensiblement touché des choses do Dieu, d'où vient qu'on verse des larmes quand on pense à lui ou qu'on en entend parler ; et les autres, avec la plupart des théologiens, disent que c'est une sainte allégresse et une promptitude d'esprit avec laquelle les saints se portent au service de Dieu. Ces docteurs la confondent avec la ferveur, qui est plutôt une qualité et une condition de la dévotion que la dévotion même. Souvent on appelle dévote, une personne qui fréquente lés sacrements et qui s'adonne aux exercices de piété, et l'on prend alors les effets pour la cause. Mais, au sens que nous acceptons ici, c'est une profession ouverte, déclarée, d'une régularité exacte dans tous

les devoirs de la religion, conformément à l'état où la Providence nous a mis et à l'emploi que nous avons embrassé par ses ordres. Ce qui n'est pas éloigné de la définition qu'en donne S. Thomas, qui dit que c'est une prompte volonté qui nous porte à pratiquer avec joie toutes les choses qui regardent le service de Dieu ; et nous y ajoutons seulement « conformément à l'état et à la profession de chacun « , pour en exclure les abus qui se glissent dans la dévotion plus que dans toute autre vertu.

Cette notion se tire du nom même de dévotion, qui tire son origine de dévouer. D'où vient que ceux-là proprement sont appelés dévots qui se sont dévoués au service de Dieu. Ainsi, pour parler exactement, la vertu de religion, qui est la première et la plus excellente des vertus morales, nous porte à tout ce qui regarde le culte et le service de Dieu, et la dévotion nous le fait pratiquer avec promptitude et joie, nous y fait trouver du goût et nous remplit de suavité intérieure. D'où il suit que la dévotion est, en un sens un acte de religion, etdansun autre une vertu spéciale, quoique les SS. Pères la confondent souvent avec la religion même et l'appellent plus communément piété, quelquefois onction de l'esprit de Dieu. Mais aujourd'hui le nom de dévots est affecté à ceux qui font une particulière profession de piété, des bonnes œuvres et des plus saints exercices de la charité.

[La vraie dévotion.] — La vraie dévotion est entre deux extrémités vicieuses: la superstition et l'impiété. La superstition pêche par faiblesse d'esprit, etl'impiété par malice: l'une est trop crédule, et l'autre ne l'est pas assez; l'une et l'autre sont un double écueil qu'il faut éviter pour être vraiment dévot. La superstition cependant paraît plus excusable, parce que, au travers des fausses idées que l'imagination £e figure, on entrevoit en elle quelques marques d'une bonne affection, au lieu que l'impiété corrompt tout ensemble l'entendement et la volonté. Pour ne donner ni dans l'une ni dans l'autre de ces deux extrémités, il ne faut que s'attacher inviolablement aux pratiques de dévotion que l'Eglise ordonne ou qu'elle approuve.

C'est une maxime fondamentale de la morale chrétienne, que la vraie et la solide piété consiste plus dans les sentiments du cœur que dans les actions extérieures, et que Dieu a beaucoup plus d'égard à nos affections et à nos désirs qu'à nos œuvres. C'est le cœur principalement que Dieu regarde, le cœur qu'il veut et qu'il demande ; et, quelque hommage extérieur qu'on lui puisse rendre par l'observation extérieure de ses préceptes, si le cœur ne s'y porte en même temps par un mouvement intérieur, il ne peut être agréable à Dieu. Aussi voyons-nous, dans les prophètes, que Dieu rejetait avec mépris les sacrifices lorsqu'ils n'étaient pas animés de la piété intérieure du cour.

Quoique la véritable et solide dévotion consiste à servir Dieu en esprit et en vérité, comme l'a dit la Vérité même, cela n'exclut pas les pratiques

l'A UAÛltAI'HB CINQUIEME. 27]

extérieure . le le ; prier nu flexion .1

tiondesma humiliations, et tous loa mouvements que la dévotion

suggéro, quo la discrétion modère, dont l'Egli e permet l'usage, et qu hérétiques et les libertins ne peuvent blâmer sans témérité, comme dit s. Augustin. La raison est que, L'homme étant composé de corps et d'esprit, il est obli re ervir ces deux parties de lui-même à sa piété enven Diku, de joindre au culte intérieur qu'il lui rend an culte ■ rieur: comme le publioain qui est I"" BSvangile non-seulement de

atritionde ur et de l'humiliation de son esprit, mail

l'abondanoe de ses larmes o< de la ferveur ave- laquelle il frappait sa poitrine.

[Dévotion tondre.] — Il faut bien se donner de garde de rejeter les tendresses de la dévotion sensible, ou de les mépri er dans les antres : c'est un avis que nous donnent les théoloj lystiques. Car, quoique la solide

dévotion ne consiste pas en ces goûts don leurs, ce sont pourtant

des faveurs divines, et les plus grands travaux du monde seraient bien payés par ses consolations. Mlles aident souvent à la vraie vertu, et les plus grands saints en ont beaucoup profité. Mais aussi il faut prendre garde de se relâcher, ou d'abandonner ses saintes pratiques ordinaires, quand ces douceurs viennent à. nous manquer ; autrement, ce serait servir Dieu comme des mercenaires. Dieu fait ressentir ordinairement ces douceurs à ceux qui commencent à se donner à lui, pour les attirer et les engager à son service ; mais ensuite, quand ils sont plus avancés, il les nourrit d'une viande plus solide.

|lk's hypocrites.] — C'est aussi une erreur de s'imaginer qu'il faille négliger les pratiques do dévotion par la raison que l'hypocrisie s'en couvre souvent, et de les omettre de peur de passer pour hypocrite. « Non, dit S. Augustin, il ne faut pas que les brebis se dépouillent de leur peau parce que les loups s'en servent quelquefois pour se déguiser. » Dieu, qui est le principe universel de toutes choses, veut que nous lui fassions hommage de notre corps aussi bien que de notre esprit. Etpuis,ladévotion doitservirau prochain, et donner bon exemple aux hommes, en rendant à Dieu la gloire qui lui est due. La fausse piété peut même être utile à ceux qu'elle trompe ; parce qu'ils ne voient pas ce qu'elle a de mauvais, et n'aiment en elle que ce qui leur paraît bon.

[Prii de la dévotion.] — Quoique tout chrétien doive être dévot, puisqu'il est obligé de s'acquitter de tous les devoirs de sa religion, néanmoins communément parlant, la dévotion semble ajouter quelque chose de particulier aux devoirs du christianisme: et c'est par ce caractère que ceux qui veulent être sincèrement dévots semblent contracter de nouvelles obligations. Car être dévot c'est être voué et consacré à Dieu, non-seulement par les

promesses de son baptême, mais par une volontaire profession, généreuse et constante, d'être à lui. C'est non-seulement être son sujet, c'est être encore son domestique, pour l'approcher de plus près et pour jouir plus souvent de sa conversation.

Quand on dit que le séculier est obligé à la dévotion aussi bien que le religieux, on n'entend pas que le séculier et le religieux soient obligés à une même dévotion : ce serait confondre des obligations qui doivent être distinguées. Les religieux et les ecclésiastiques ont leurs fonctions propres; .les magistrats et les gens d'affaires ont les leurs, qui doivent être différentes selon les différentes conditions de la vie civile. Mais on entend quo chacun doit prendre la forme de sa vertu, et la mesure de sa dévotion, sur les devoirs et sur les obligations de son état, et que tout ce qui n'est pas de cette forme, de quelque étendue qu'il soit au-delà, est une subrogation superflue, qui n'est point acceptée de Dieu et qui ne sert de rien à faire une personne dévote.

Il suit de-là que les occupations et les affaires qui sont dans l'ordre de nos devoirs, et prises avec la modération que nous prescrit la loi chrétienne, ne sont point des obstacles à la dévotion, puisque la dévotion doit être réglée sur nos occupations et sur les devoirs auxquels notre condition nous engage. Il s'ensuit même que toute pratique et toute dévotion qui nous éloignent de nos devoirs, ou qui nous détournent des obligations de notre état, sont mauvaises et irrégulières. Il s'ensuit, en troisième lieu, que, bien que la dévotion aime la retraite et qu'elle demande un esprit tranquille, elle peut se conserver et s'entretenir parmi les plus grandes occupations.

[ Vocations différentes. ] — C'est une erreur de se persuader que la dévotion soit trop élevée et qu'elle ne soit accessible qu'aux parfaits, ou à ceux qui aspirent à la plus sublime perfection. Comme il y a différents degrés de gloire dans le ciel et de grâce sur la terre, il y a aussi différents degrés de dévotion, qui sont des moyens de croître en grâce et de s'élever de plus en plus dans la gloire. En un mot, comme tous les justes ne sont pas également parfaits, quoique tous soient amis et enfants de Dieu par la grâce sanctifiante, ainsi l'ordre établi de Dieu veut qu'il y ait des dévots et des vertueux de plus d'une sorte, comme il y aura des saints et des bienheureux de plus d'un rang. C'est pourquoi, comme il n'y a personne qui ne doive travailler à son salut et à acquérir le ciel, quoiqu'on ne puisse pas atteindre aux premiers rangs, il n'y a personne qui ne doive pratiquer la dévotion.

Il ne faut pas, dans la dévotion, se porter d'abord à ce qu'elle a de plus sublime ; il faut attendre que Dieu nous y attire : autrement, ce serait faire, disent les maîtres de la vie dévote, comme ces oiseaux, qui, n'ayant pas encore l'aile assez forte, veulent s'envoler et tombent par terre. C'est, en effet, une grande illusion que d'aspirer tout d'un coup aux plus hauts de-

i \ i : A < . i : \ i 1 1 1 : CUMQUIAMB. 273

gréa où. les saints ne sont parvenus qu'es marohanl mplicité dans

\r voiet de moins parfaits, C'esl même un des artifice du démon, ei une atations qu'il emploie pour retirer de la dévotion ceux qui commencent à servir Diau, de les porter à <i lé indiscrète et à des entreprises au-dessus de ieura forces, afin que, ne pouvant li outenir Longtemps, ils se rebutent et abandonnent la dévotion ei le service de Dibi tout-ii-i'uit .

| r.mni liions itaiiirellt-s. ] — L'élévation d'esprit, nécessaire à la science, ne L'esl point à la dévotion, parce que c'est une vertu plus du coeur que de L'esprit, ei qui a plus besoin de chaleur que de lumière, C'esl pourquoi nous voyons oommunément les personnes simples, sans étude et sans érudition, en être plus susceptibles, et s'y adonner plus constamment. Les Apôtres, qui, sans contredit, ont été les premiers dévots, ayant été instruits dans la piété par le plus excellent dotons les maîtres, étaient des hommes grossiers, nourris dans des barques, et qui ne savaient manier que des filets. D'ailleurs, la dévotion, considérée dans ce qu'elle a d'essentiel, ne consiste point dans de sublimes contemplations, une médiocre application d'esprit lui suffit: ce qui montre qu'il n'est pas si difficile d'y parvenir qu'on s'imagine.

[Les effets de la dévotion.] — Quoique la dévotion et la piété soit la cause de tous les biens et la source de tout notre bonheur, elle a néanmoins quelques effets plus particuliers, dont les principaux sont: — 1°. Un ardent désir de converser avec Dieu, d'ouïr sa parole et de recevoir les grâces de son amour dans les sacrements. C'est ainsi que David soupirait après la maison du Seigneur, et qu'il ne trouvait rien, dans son exil, de plus insupportable que de s'en voir éloigné. Il avoue que la seule espérance de le revoir dans sa maison le soutient et l'empêche de tomber dans le désespoir. — 2°. Une joie qui peut s'appeler inconcevable: car une âme dévote sent épanouir son cœur ; le Saint-Esprit y vient avec toutes les richesses de sa grâce, de ses douceurs et de ses consolations, que ceux qui les ressentent ne sauraient exprimer. — 3°. L'oubli du monde, le dégoût de ses plaisirs et le mépris de toutes ses vanités. — 4°. La facilité à accomplir nos devoirs, et à courir, comme parle le prophète, dans la voie des commandements de Dieu, en sorte que toutes les peines et les difficultés qui se trouvent dans la vertu et dans le service de Dieu, disparaissent et s'évanouissent. — 5°. Une certaine élévation d'âme, qui fait que, détaché de toutes les choses terrestres, on est uniquement appliqué à la contemplation des choses divines. — 6°. Un zèle ardent pour la gloire de Dieu, nous efforçant de le faire connaître et aimer de tout le monde.

Le premier obstacle à l'esprit de la dévotion est la recherche des consolations humaines et des plaisirs des sens, qui ne sont pas moins opposés aux joies intérieures du Saint-Esprit que la chair l'est à l'esprit. Ainsi la t. m 18

manne commença à manquer aux Israélites quand ils commencèrent à goûter les fruits de la terre. Le second est un soin trop empressé des biens de la terre, qui étouffe la semence de la parole divine et empêche qu'elle ne prenne racine dans le cœur. Le troisième est la curiosité de savoir tout ce qui se passe, et d'apprendre mille choses inutiles, qui ne font que distraire et dissiper l'esprit et l'empêcher de s'appliquer à Dieu. Le quatrième l'embarras des affaires et la multitude des occupations où Ton s'ingère sans vocation et sans nécessité.

[Défauts.] — Les uns font consister la dévotion dans ce qui est selon leurs sens, et les autres dans ce qui est selon leur goût ; les uns dans des choses extraordinaires et singulières, les autres dans des choses extrêmes et outrées ; les uns dans ce qui éclate et brille , et les autres dans ce qui effraie et rebute. Les uns se la figurent hors de leur état, et les autres se la proposent au-delà de leurs forces et de leur pouvoir ; les uns se l'imaginent contraire aux bienséances et aux règles qu'il faut observer dans le monde , et les autres s'en font des plans opposés à leurs obligations même les plus étroites, et à leurs engagements particuliers par rapport au monde.

Endroits choisis des Livres Spirituels et des Prédicateurs.

[Fauï porlrails de la dévoliou.] — La dévotion , qui est la vertu propre du chrétien, n'a pas eu de plus favorables peintres que la vertu des philosophes, qui l'ont logée sur le faîte d'un rocher environné d'épines et bordé de précipices, qui lui ont associé la douleur et le travail, lui ont donné un habit sauvage, un équipage de terreur et un visage qui épouvante. En effet, il est étrange de voir les faux portraits qu'on a faits de la dévotion , d'ouïr les mauvais bruits qui en courent. On ne l'a composée que d'aigreur et d'amertume, on l'a revêtue de haires et de cilice, et armée de tout ce que la pénitence a de plus affreux et de plus rebutant. D'autres en ont fait une fâcheuse, qui n'aime que la solitude, qui est ennemie des plaisirs les plus honnêtes , et qui n'est pas plus tôt reçue dans une maison qu'elle en

PARAO» \l ■III' : I '•■ Il Ml' .

e la société, le divertissement el la joie. <»n la l'ait d'une humeur an ennemie de toute politesse, qui retranche tous les ornements, qui ne peu! souffrir de meubles préoleux, qui jette au Peu tous les atoi toutes 1. ^ parures, e1 qui nesenourrii que de larmes. Que dirai-je davantage '. on en fait an fantôme décharné, qui ne sori presque jamais de l •'--

glise, qui n'entre presque jamais dans l< mmerce du monde, et qui effraie

tmis oeui qui s'en approchent : e1 l'on s'étonne que la dévotion, travi défigurée de la sorte, ne soit suivie de personn >?C' an abus de faire an épouvantai] d'une si excellente chose. Les sé^ érités exc< ■ I pas

moins scandaleuses que les Indulgences mal ménagées, et ceux qui effraient les âmes timides par la montre d'une dévotion affreuse, ou qui les rôtirent du bon chemin par des Images qui leur Inspirent de l'horreur de ce qu'elles devraient aimer, ne sont £uère moins ennemis de la véritable piété que oeux qui ht combattent par des maximes relâchées.

La dévotion n'est point inaccessible, comme quelques-uns le veulent faire accroire : elle a de hautes régions pour les âmes élevées et que Dieu appelle à une éminente perfection , et elle en a de basses pour celles même qui ont de la peine à marcher dans le chemin de la vertu: et par conséquent elle n'est pas seulement pour les personnes dégagées du monde, elle est encore pour ceux qui sont embarrassés des soins d'une famille et d'un ménage, qui ont des prétentions et des affaires, qui sont chargés de tous les devoirs et de toutes les nécessités de la vie commune. Il y a pour ces gens-là, aussi bien que pour les religieux, un salut à faire et une éternité bienheureuse à gagner. Les engagements du monde ne les dégagent pas des obligations du christianisme , et les saints de toute condition qui sont dans le ciel nous apprennent qu'il n'y a point de condition qui ne puisse être sanctifiée ; que les hautes fortunes et les hautes vertus ne sont pas toujours ennemies, et que, jusque dans les palais, il se trouve des chemins pour aller au ciel. Cependant il ne s'est jamais vu et il ne se verra jamais un saint indévot. Il n'y a donc point de chrétien à qui la dévotion ne soit nécessaire, puisque c'est cette vertu qui nous fait pratiquer tous les devoirs d'un chrétien.

La première règle que l'on doit suivre, en cette matière, est que chacun doit prendre la forme de sa vertu et la mesure de sa dévotion sur les devoirs et sur les obligations de son état, et que tout ce qui n'est pas conforme à cette règle, quelque belle apparence qu'il ait d'ailleurs, tout ce qui n'est pas de cette mesure , de quelque étendue qu'il soit au-delà, est une subrogation superflue, qui n'est point acceptée de Dieu, et qui ne sert de rien à faire une personne dévote. Sur ce principe, ahi qu'il se fait bien des austérités que l'on prend pour des actions héroïques, et qui ne sont que des pièces hors d'oeuvre, et qui ne servent qu'à troubler l'ordre ! Qu'il y a de dévots et de dévotes qui croient faire des miracles, et qui ne font que des prestiges: qui se lassent tout le jour à battre l'air , comme parle S. Paul ; qui courent de toutes leurs forces , et qui s'éloignent de leur but, parce

qu'ils courent hors de la carrière ! Que de visites d'églises et d'hôpitaux qui sont inutiles à des gens que leur devoir attache à la maison et au soin de leur famille ! (Le P. Lemoine, La dévotion aisée.)

[La vraie dévotion.] — Je n'ignore pas qu'il se trouve des âmes plus élevées, qui ne s'arrêtent point aux devoirs de leur état et ne se resserrent point clans les bornes que la loi leur a marquées : elles ont une justice libérale et abondante; elles veulent de la subrogation et du comble dans leurs bonnes œuvres, et, si elles n'avaient pas payé avec usure et donné au double, elles ne croiraient pas s'être acquittées. Mais cette justice abondante suppose une abondance de grâce qui ne se donne pas à tout le monde : il est question de l'ordinaire, qui est le fondement des devoirs, et qui porte titre d'obligation pour tous les particuliers à qui elle s'étend. A quoi il faut ajouter que les subrogations doivent venir de la plénitude, qu'on ne doit aller aux conseils qu'après avoir satisfait aux commandements. Dieu n'accepte point les offrandes qui lui sont faites de larcin ; il déteste les holocaustes où il entre de la rapine. D'où l'on doit conclure que ceux-là détruisent plus qu'ils n'édifient qui laissent périr des obligations naturelles et les devoirs légitimes, pour ériger en leur place des nouveautés, des devoirs et des observations de leur fantaisie.

C'est une maxime importante et générale, que la dévotion doit être accommodée aux conditions et aux états, et proportionnée à leurs devoirs et à leurs charges. Et de cette maxime on doit apprendre à se désabuser d'une tromperie et d'une illusion dangereuse, qui est cause qu'il y a tant de lâches et de déserteurs qui se lassent de la dévotion, et tant de timides qui n'osent s'y engager, de peur d'une semblable lassitude qui les oblige aune semblable retraite. Cette illusion et cette tromperie est de ceux qui ne font pas ce qu'ils doivent, et perdent le mérite de ce qu'ils font au-delà de ce qu'ils doivent; qui, non contents de cette tempérance de justice et de cette sobriété de sagesse dont parle l'Ecriture, en prennent plus que leurs forces n'en peuvent porter, et succombent enfin sous la pesanteur du fardeau dont ils se chargent. Il faut dire à ces dévots emportés , qui ne vont que d'impétuosité, et qui se précipitent lorsqu'il surfit de marcher; qu'ils se contentent d'aller par la route qui leur est ouverte dans leur état, qu'ils se gardent de vouloir aller trop vite ni trop loin par cette route, qu'ils ne se laissent point emporter par le désir de se faire remarquer et de paraître au-dessus de tous les autres, qu'ils ne prennent point de charges qui ne soient proportionnées à leurs devoirs et mesurées à leurs forces.

Une autre illusion, en cette matière, est de ceux qui, voyant de loin une dévotion plus grande et d'un plus grand éclat, et désespérant d'y atteindre, soit parce qu'ils appréhendent la longueur et la difficulté du chemin , soit parce qu'ils ne savent pas jusqu'où leurs forces des peuvent porter, soit enfin parce qu'ils ne veulent pas prendre la patience d'y aller par degrés, renoncent généralement à toute sorte de dévotion, et à la commune,

PAU M.\i \riii: SIXIÈME. [', ',

qui leur paraît trop ba le, 1 1 à l'extraordinaire, qui leur semble trop <'■!<•- \,',«. Il faut représenter h ces paresseux impatients , qui cherchent àe prétextes h leur paresse, que cette extraordinaire dévotion, qu'ils ne voient que de loin e1 qui leur parait ia plus haute e1 la plu parfaite, es1 peut-être

la ins proportionnée à leurs forces, la moins accommodée à leur naturel,

la moins compatible avec les devoirs do leur état. Peut-être aussi que Dieu ne les y appelle pas , et que la grâce qui leur est donnée ne porte pas jusque-là,

La dévotion n'est pas opposée à la raison; elle n'e I pa contraire aux lois et aux coutumes autorisées par les lois et par la raison. Ainsi, comme les lois et les coutumes veulent que les grands, les nobles et ceux qui approchent le souverain de plus près, ou qui sont constitués on dignité, soient distingués par les habillements, la dévotion souffre quelques ornements dans les habits; mais elle les souffre à certaines conditions, et dans certaines justesses qui sont d'obligation et do bienséance. Elle veut que ces ornements soient sans artifice, et par-là elle défend les soins excessifs et les curiosités affectées; elle rejette les façons où il y a de l'étude et de la bizarrerie; les modes qui se font remarquer par leur nouveauté ou par leur extravagance, qui n'ont pas encore ni la prescription du temps ni l'approbation de la coutume; qui ne sont pas autorisées par l'usage de ceux et de celles qu'on peut suivre sans se départir de la vertu, et sans exposer la dévotion à la censure des personnes mondaines.

Il faut être bien persuadé qu'il n'y a rien que d'aisé dans les actions qui nous sont commandées par la loi chrétienne, et qui appartiennent aux premiers devoirs delà vie dévote. L'importance en ceci, n'est pas de faire des choses élevées et surprenantes, qui aient de l'éclat et qui attirent l'admiration publique; elle est de faire avec soin tout ce qui est commandé, et de remplir exactement la mesure de la commune justice. Ceux-là le feront de la sorte qui sauront peser la conséquence de ces actions, qui ne les remettront pas aux heures perdues et au temps de la solitude et du chagrin ; qui en feront le nécessaire et le capital de leur vie, qui se persuaderont qu'ils ne peuvent faire leur salut que par-là, et qu'en comparaison du salut tout le reste n'est que bagatelle et amusement. {Le même.)

[La dévotion n'est pas inutile.] — C'est le langage des libertins et des personnes mondaines, que la dévotion est inutile, et ne sert qu'à rendre les âmes molles et les esprits timides. N'appelez pas inutile une vertu sans laquelle toutes les autres vertus ne sont que des ombres: car celui qui n'a pas l'habitude de la dévotion, et qui ne rapporte pas toutes ses vertus à la gloire de Dieu, n'a pas une véritable dévotion. N'appelez pas inutile une vertu qui apaise la colère de Dieu, et qui détourne les orages de dessus les Etats; une vertu qui aurait délivré Sodome du feu du ciel s'il s'y était trouvé dix véritables justes comme Abraham, qui eussent dévotement intercédé pour elle, comme lui ; une vertu qui, sauve si souvent l'Eglise du

naufrage; une vertu qui remplit la conscience d'une profonde paix et d'une divine lumière. Ne dites pas qu'elle amollit les âmes, puisqu'elle affermit le courage, fait courir à la mort, fait mépriser les périls, et ne ménage rien dans les occasions, où la gloire de Dieu nous engage.

On ne saurait exprimer l'épouvantable négligence avec laquelle la plupart des chrétiens font les exercices de piété, aussi bien que tous les autres. On vient à ces exercices avec une lenteur prodigieuse : on voit bien que la coutume y entraîne et que l'inclination n'y mène pas, car on y va comme à une tâche, à une œuvre laborieuse. Or , ce que l'on fait à regret, on le fait le moins qu'il est possible: c'est pourquoi on dérobe au munde à peine un quart-d'heure le jour, pour le donner à Dieu ; après quoi on croit être des meilleurs chrétiens. Quand on est à la prière, comme elle est à charge on la fait à la hâte ; et quand elle est finie, il semble qu'on soit déchargé d'un gros fardeau. La plupart roulent leurs prières sur la langue , et le cœur n'y a point de part, et, s'il en a, l'impression en est si faible qu'un moment après il n'y paraît plus. Si les prières sont indévotes, les autres exercices le sont-ils moins? Si, en écoutant la parole de Dieu, on prête quelque attention, ce n'est pas aux choses qu'on dit, c'est à la manière de les dire; si le prédicateur n'a pas le don déplaire, on ne l'écoute pas. Quelle indévotion et quelle froideur n'a-t-on pas en participant à l'auguste Sacrement de l'autel, dans lequel le Seigneur nous donne sa propre chair à manger et son sang à boire ? Avec combien peu de dévotion et de sentiments de religion s'acquitte-t-on des autres devoirs de piété !

La dévotion n'est point ennemie de la joie: elle souffre qu'on distingue les plaisirs innocents des plaisirs criminels; elle n'est ni farouche ni brutale; elle doit être honnête, civile, douce et modeste. Elle fuit la mollesse, et ne s'habille pas de fleurs; mais elle n'affecte pas de paraître hérissée d'épines. En un mot, il n'est pas nécessaire qu'un chrétien, pour être sincèrement dévot, se nourrisse de chagrins et de noire mélancolie ; au contraire la piété est gaie et libre. Le cœur de l'homme juste est un festin continuel, dit le Saint-Esprit; et le Sauveur, dans l'Evangile , ne veut pas qu'on affecte un visage morne et un air abattu: il ordonne même, lorsqu'on jeûne et qu'on est dans la mortification, d'oindre sa tête, si on doit être vu des hommes, afin d'éviter l'ostentation dans la piété. (Traité de la dévotion.)

[Le monde et la dévotion.] — Il n'y arien de plus ordinaire que les jugements que l'on fait et les discours désavantageux que l'on tient, dans le monde, des personnes dévotes. On les met au rang des hypocrites. « Ce sont nos faux dévots, disent les mondains, qui observent si exactement les jeûnes, qui se trouvent si régulièrement aux exercices de piété, qui vont si assidûment au sermon, qui prient et communient avec tant de marques visibles de dévotion. En sommes-nous moins bons chrétiens pour avoir moins d'affectation? Nous avons ce qu'il y a de solide dans la piété, et les autres ont l'apparence. » Il faut avouer que l'hypocrisie fait grand tort à la dévotion. Je

PARAGRAPHE SIX II": Ml .

ne nie pu qu'il u\\ ait àt lau\ dévols; il n'y B gUèfS de foile dont lei

mauvaises consciences se couvrent plus ordinairement que celui de If piété: mais, parce qu'il y a des hypocrites et de foui dévots, s'ensuit-il qu'il n'y en ail pas d'autres î Parce qu'on trouve de Eaux diamants, ne trouvera-ton poinl de diamants effeotifsl Paroequ'iJ y a de- personnes qui croient avoir trouvé un bon remède à ce mal, elles affectent une indévotion apparente: car, avant il an s le fond quelque zèle, elles B'imaginenl qu'il est nécessaire d'affecter en public un style ai un sir d'indifférence, pour éviter l'aoousation d'hypocrisie. Mais c'est éviter on mal par un plus grand mal; et, réduites à lu nécessité, ou de commettre un crime ou d'en être l'invasion, elles se résolvent au dernier. Mais ilestai.se de distinguer la sincérité de l'affectation: pour peu que les mondains s'y connussent, ils ne confondraient pas une piété modeste et une dévotion sage, qui ne brille qu'à travers le voile d'une humilité profonde, avec une dévotion composée de grimaces. ( Le même traité.)

[ Dévotion dans le cœur. ] — Les uns ont la loi de Dieu dans l'esprit, comme les savants qui l'étudient pour l'apprendre et non pour l'accomplir ; les autres dans la bouche et sur la langue, comme les pharisiens : Dicunt et non faciunt. Plusieurs la portent sur un visage modeste, dévot et mortifié : ce sont les hypocrites, contre lesquels le Fils de Dieu a tant déclamé ; qui s'en tiennent aune certaine apparence, et qui, semblables à des sépulcres blanchis , cachent sous des dehors innocents des mœurs toutes corrompues. Mais l'homme de bien, dit le Prophète Royal, l'homme véritablement dévot, conserve la loi de Dieu dans son cœur : Lex Dei ejus in corde ipsius. C'en est le caractère propre. C'est du centre, c'est du cœur, que la dévotion passe à toutes les facultés de l'homme intérieur et extérieur, qu'elle règle ses jugements, son estime, ses intentions, ses démarches, ses regards, ses paroles; toutes ses actions, toutes ses pensées, toutes ses vues, seront droites et équitables. Sa conduite sera régulière en tout, et jamais on ne verra ses pas chanceler entre le vice et la vertu. Pourquoi? Toujours par la même raison: c'est que la loi de Dieu est dans son cœur: Lex Dei ejus in corde ipsius.

Tertullien, après avoir reproché aux païens qu'ils se contentaient de paraître vertueux au-dehors, sans se mettre en peine de l'être effectivement, conclut en faveur des chrétiens tout son discours par ces paroles : « Nous pratiquons toute la justice, et nous la pratiquons au fond de nousmêmes, puisque nous vivons sous les yeux d'un législateur qui lit dans nos cœurs, et sous la main d'un juge tout-puissant qui peut partout nous frapper et nous perdre. Tout nous y oblige, poursuit-il, l'abondance de ses lumières, l'impossibilité de nous cacher, et la vue d'un tourment éternel dont nous sommes menacés. » Tels sont les secrets ressorts d'une piété chrétienne : mais sont-ce les principes do la nôtre ? Ce qui nous fait agir, est-ce un attachement inviolable au maître que nous servons? est-ce un

saint amour de sa loi : est-ce un désir sincère de lui plaire ? est-ce un juste sentiment de reconnaissance pour ses bienfaits? Est-ce au moins la crainte de ses jugements, ou l'attente de ses récompenses? Ne sommes-nous point semblables à ce peuple qui l'honorait des lèvres, tandis que leur cœur était loin de lui, et ne rappelons-nous point parmi nous le judaïsme le plus corrompu.

Pour plaire à Dieu, il faut vouloir les choses dans le même ordre que Dieu les veut : car sa volonté est la règle de la nôtre et le principe de tout bien. Or, ce que Dieu veut de nous premièrement, directement, particulièrement, c'est ce qu'il nous commande ; c'est à cela que nous devons premièrement donner nos soins. Agissez tant qu'il vous plaira, dit S. Bernard; mais n'espérez jamais que ce que vous ferez soit agréable à Dieu , dès que vous manquerez à ce qu'il vous ordonne par sa loi : Inrjratum est quidquid obtuleris, neglecto eo ad quod teneris. Si l'on comprenait bien cette maxime, si raisonnable néanmoins et si aisée à jcoinprendre, nous ne verrions pas des personnes, vertueuses de profession, faire paraître dans les rencontres plus de vivacité sur leurs intérêts, plus d'àpreté au gain, plus de dureté envers leurs débiteurs, plus d'opiniâtreté dans leurs poursuites, plus d'animosité contre ceux qui les blessent, que les plus mondains. Point tant d'ostentation de piété, point tant de réforme au-dehors; cela n'est point commandé; mais plus de charité, plus de justice, plus de désintéressement, plus de bonne foi: ce sont là des points capitaux.

Quels anathèmes n'a pas lancés le Fils de Dieu contre les pharisiens ! Vce vobis, Pharisœi: Malheur à vous! Pourquoi? parce que, vous qui payez si exactement aux prêtres la dime de la menthe et de toutes les herbes de vos jardins, vous oubliez cependant ce que vous devez à Dieu et au prochain. N'en pourrais-je pas dire autant? Malheur à vous, qui passez des heures entières à un oratoire, à un autel, et qui de-là, dans une compagnie, allez déchirer votre frère par la plus maligne médisance! Malheur à vous, qui multipliez tant vos communions, qui venez si souvent à la sainte table, et qui de-là mémo allez brouiller toute une maison par vos caprices, par vos impatiences, par vos fiertés et par vos hauteurs. Quelle piété ! reprend S.Augustin : un homme fait aux pauvres de grosses aumônes, il fait de grands dons à l'Eglise, et il ne paie pas ses dettes ! Que lui dira Dieu? Vous me présentez ceux à qui vous avez fait du bien: et moi je vous fais voir ceux à qui vous avez encore plus fait de mal : Vos dicitis qvœ dedistis, ego dico quœ furati estis. Vous me montrez ceux que vous avez nourris : et moi je vous montre ceux que vous avez réduits à la mendicité,- et fait peut-être périr de faim : Vos wemoramini quos pavistis, et non recordamini quos occidistis. Ne priez point tant, mais soyez plus doux et plus complaisant; ne jeûnez point tant, mais soyez plus droit dans votre conduite et moins intrigant ; ne soyez point si négligé dans vos habits, mais soyez plus soumis et plus humble ; n'apportez point

PAH LORAPHB SIXIEME. 284

tant de présenta ;i l'autel, mais îvnd''/. oe qui ne tous appartient pi ; quittez s'il le Faut, L'auto I même pour aller embraieer vôtre ennemi | Le P. Giroust.)

[larqwt delà vériuble déToliwu] — Une ame vraiment dévote est lemblable :'i oee \ ierges sage ; qui eurent grand soin d'entretenir Leurs lampée. Lu lumière qui L'éolaire est un-' haute estime de Dibu, et l'ardeur dont elle brûle est uno grande ferveur dans ton service, des denx pai qui composent la vraie dévotion, sont les deux effets et Lee deux marques de l'Esprit divin*; au lieu que les ténèbres et la froideur, en matière de piété, sont ou de notre esprit <>u do l'esprit du démon. Voyez par-là si vous n'avez point sujet de craindre le sort de ces vierges imprudentes qui, pour n'avoir pas conservé le feu de leurs lampée, trouvèrent la porto de l'époux fermée ; et, pour éviter ce malheur, joignez toujours la foi à la charité.

La dévotion ne consiste pas dans ces douceurs que nous ressentons dans l'oraison, ni dans ces larmes qui nous consolent, mais à servir Dieu avec courage et à Lien remplir nos devoirs. Les sécheresses et les peines intérieures sont d'ordinaire ces voies désertes et arides par lesquelles Dieu fait passer ses amis. Celui d'entre les saints qui s'est acquis le nom de dévot par excellence ne se considérait-il pas quelquefois comme une terre sans eau, et ne trouvait-il pas du dégoût dans les plus saints exercices du culte divin? (S. Bernard). Nous devons donc faire de ces sortes de peines le sujet de nos mortifications, sans chercher au-dehors de la joie et du plaisir. Il faut qu'en cet état nous soyons des victimes volontaires, afin de mourir avec Jesus-Christ, qui s'est vu attaché à la croix dans une désolation extrême; et nous devons nous persuader que, si nous l'aidons à porter sa croix, il ne manquera pas aussi de nous aider à porter la nôtre.

Il n'appartient qu'aux libertins et aux athées de dire qu'on n'est dévot que faute d'esprit et de courage. La vraie dévotion est quelque chose de si grand, que l'on n'y peut arriver si un esprit divin n'élève le notre audessus de ses forces naturelles. C'est elle qui découvre à l'esprit humain les plus hauts et les plus profonds mystères, et c'est elle aussi qui allume dans le cœur une ardeur généreuse pour les plus difficiles entreprises. Si cette vertu est plus propre aux femmes qu'aux hommes, la force et la sagesse de l'esprit de Dieu y paraissent mieux, en confondant les plus sages et triomphant des plus forts par les plus faibles créatures, qui n'ont de vigueur et de lumière qu'autant que la dévotion en peut donner. Mais, entre les hommes mêmes, les patriarches et les prophètes de l'ancienne loi, les apôtres et les martyrs de la nouvelle, les Jérôme, les Ambroise, les Augustin, étaient-ils de petits génies et des cœurs efféminés? ( Le P. Dozenne, Morale de J.-C.)

[\raio el fausse dévotion.] — La mémo différence qui se trouve entre l'art et

la nature se rencontre entre la véritable et la fausse dévotion. L'art ne travaille qu'au dehors. Un habile sculpteur veut-il faire une statue qui lui donne quelque réputation? toute son application est de bien former les parties exposées aux yeux des spectateurs ; une tète bien faite, un visage bien proportionné. Il ne pense ni aux artères ni au cerveau, ni au foie, ni aux poumons, ni au cœur, toute la perfection de son art ne consistant qu'à bien faire ce qui frappe les sens. Il n'en est pas ainsi de la nature. Occupée à former le dedans, elle y travaille avant toutes choses : le cœur, le cerveau, les parties nobles, sont les premiers objets de ses soins ; celles qui paraissent au-dehors, elle ne les forme que les dernières, comme si c'étaient les moindres pièces de son ouvrage. Que fait aussi la fausse dévotion ? Tout son soin est de donner aux vertus une avantageuse apparence : des yeux, des mains, un dehors bien composé. Pourvu que cette statue inanimée plaise, pourvu qu'il coule des yeux quelques larmes, qu'il sorte de la bouche quelque soupir, que la poitrine soit frappée avec méthode, on ne se met pas en peine du reste : le cœur n'en sent rien ; et souvent tel qui baise tendrement les pieds insensibles de son crucifix abandonne sans pitié les membres vivants du crucifix. La vraie dévotion tient une conduite tout opposée. Elle commence toujours par l'intérieur, persuadée que c'est du fond de l'âme que vient tout le bien ou tout le mal : elle s'applique d'abord à régler l'esprit par la foi et une humble docilité à tous les préceptes de l'Evangile, à purifier le cœur par une droite intention et à l'enflammer par un amour sincère.

Je veux, chrétiens, que votre religion paraisse; mais je veux en même temps qu'elle soit intérieure. Je veux qu'elle donne quelque chose au dehors, mais je veux qu'elle pense d'abord à l'esprit et au cœur, qu'elle s'applique d'abord au-dedans. La vertu, pour être parfaite, doit être édifiante, dit Tertullien ; et pour être édifiante , il faut qu'elle se montre. Le soleil n'a de lumière que pour se faire voir, le feu n'a de chaleur que pour se faire sentir : la religion, de même, doit avoir sa lumière et sa chaleur; sa lumière, afin que nos bonnes œuvres paraissent devant les hommes, et que le Père céleste en soit glorifié; sa chaleur, afin que ces bonnes œuvres, animées par la charité, échauffent les âmes tièdes, et que, pour confondre le vice qui paraît avec une insolente impunité, la vertu se fasse respecter et aimer.

On voit des personnes qui aiment la prière ; elles ont leurs heures d'oraison ; elles n'interrompraient pas pour quoi que ce fût ce saint exercice : elles sont louables et cela est cligne d'un chrétien. Mais, si elles sont établies dans les charges publiques, nous leurs dirons : Ne consacrez pas à la prière ces heures que vous devez donner à examiner les procès et à écouter les parties ; n'employez pas à de longues oraisons ces jours si nécessaires à rendre une bonne et prompte justice ; rendez à Dieu ce qui est à Dieu, mais n'oubliez pas de rendre à César ce qui est à César ; ne soyez pas cause, par votre négligence ou par votre peu d'application aux affaires,

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qui des familles entières soient ruinées. Ce serait là une dévotion bien irrégulière, el bien funeste à de pauvret parties... Nom en ferrons d'autres qui se feront scrupule de passer an jour ou\ iu-i sans aller à la m. ->.-. Gela es1 bon, el plû.1 an Seigneur que I ons '-eux qui le peuvent faire commodément fissent <!<■ même ! mais ce qui bous afflige, o'est d'apprendre qu'avec cette assiduité au service divin ils sonl durs et impitoyables a ceux qui dépendent d'eux. Leur dévotion uousédi&e, mais leur dureté nous scandalise; nous sommes ravis de Les trouver s. L'église, mais nous le serions davantage si bous Les trouvions moins au palais [Dictionnaire

mural.)

(Contrastes.) - - Faire mal à, propos le zélé BUl la conduite des autres, et se pardontt&r les dérèglements de la sienne; avoir de grandes inquiétudes pour la perfection d'autrui, et demeurer fort tranquille et en repos sur la sienne; songer à son prochain, et no pis penser àsoi; ne parler que des premiers fidèles, ne citer que les anciens canons, déplorer sans cesse le relâchement des mœurs: ce n'est pas là être dévot. Non, non, ce n'est ni dans ces raffinements de discipline et de réforme qu'on fait retentir partout, ni dans une sévérité outrée, que la vraie dévotion consiste.

Être simple, retiré, petit à ses jeux qu'on tient ouverts sur ses faiblesses, et fermés sur celles des autres : connaître moins ses avantages que ceux de son prochain; avoir du mépris pour soi, de l'estime et de la déférence pour autrui ; édifier tout le monde et n'effaroucher personne ; fuir l'éclat jusque dans les bonnes œuvres, et en renvoyer toute la gloire à Dieu ; que de perfections ! que de vertus ! C'étaient cependant celles des premiers chrétiens, excellents modèles des vrais dévots.

Ladévotion est de tous les âges : plusieurs cependant ne veulent d'elle que dans l'arrière-saison de la vie. Souvent on ne pense à la dévotion que quand on ne -saurait plus plaire au monde, et jamais la dévotion ne plaît davantage à Dieu que quand on l'embrasse en un temps où l'on est plus recherché et plus estimé du monde. Il y en a qui font de leur dévotion une bienséance de leur vieillesse ou de leurs disgrâces ; il y en a d'autres qui attendent la vieillesse, ou quelque disgrâce pour se donner tout de bon à la dévotion. Dans les premiers, c'est une dévotion de faste ou de nécessité ; dans les seconds, c'est le vain projet d'une dévotion future, et le mépris réel d'une dévotion présente. Mais, quoi qu'il en soit de ces dévotions tardives, on ne peut jamais en prendre trop tôt l'esprit.

C'est par cet esprit, opposé à celui de Jesus-Christ, qu'on fait profession d'être charitable, afin d'entrer en espèce de société avec des personnes distinguées, dont on puisse tirer quelque avantage. On est ravi de s'insinuer par-là dans leur esprit, de mériter leur estime et leur confiance, d'y trouver de l'honneur ou de l'appui, et de faire si bien les affaires des pauvres, qu'on travaille encore plus utilement aux siennes. Du moins parlà on déguise son caractère, et on se donne pour tout autre qu'on n'est.

C'est par cette indiscrétion que, après avoir noirci la réputation de son prochain par de malignes médisances, on lui fait des réparations d'honneur plus fatales peut-être que les médisances mêmes. C'est par elle qu'après s'être peu soucié de secourir les autres quand on le pouvait, on forme le dessein de leur rendre service quand on ne le peut plus soi-même, ou quand ils ne sont plus en état d'en profiter. C'est par elle qu'on s'épuise en aumônes, tandis qu'on ne paie pas ses dettes : qu'on visite les prisonniers pendant qu'on abandonne ses plus proches parents; qu'on fait dans son testament plusieurs legs pieux, lorsqu'on laisse dans sa famille de pitoyables désordres. C'est, enfin, par cette dévotion indiscrète que tel, qui donne à des vagabonds de quoi entretenir leur fainéantise, refuse à des pauvres dont la vie est édifiante de quoi soulager leur misère, et que tel, qui se charge du salut des autres, néglige entièrement le sien. {Dictionnaire moral.)

[Dévotion d'éclat, et d'appareil.] — Dans vos dévotions, défiez-vous toujours de ces faux brillants de la religion, de cet appareil de piété et de dévotion, et apprenez que votre zèle doit être plus profondément gravé au-dedans qu'au-dehors de vous. Mais il n'y a rien de plus utile que de cacher dans le fond de son cœur les principes d'une vraie et solide dévotion. Le grain de froment longtemps renfermé dans la terre produira de bon blé ; la semence bien cachée sous le sillon produira une abondante moisson ; elle ne sera pas enlevée par les oiseaux du ciel, comme celle qui tombe sur le chemin ou sur la pierre. Quand la dévotion n'est qu'un dehors et qu'elle n'est pas renfermée bien avant dans le cœur, elle ne peut germer ni rien produire de bon ; elle est bientôt défaillante dans sa conduite, semblable à l'herbe qui n'est pas semée dans un lieu où elle puisse prendre racine, et qui, pour n'être que sur la superficie de la terre, dessèche bientôt : Sicut fœnum tectorum, quod, priusquàm evellatur, exaruit. C'est ainsi souvent qu'une piété éclatante, élevée comme l'herbe des toits, n'ayant point de racines solides, pourrit, et trouve sa mort dans sa propre élévation. Au lieu qu'on voit le véritable dévot monter de vertu en vertu, croître de jour en jour, et marcher sans cesse pendant qu'il est jour : Justorum semita crescit in perfectum diem. (Prov. iv). Au contraire, je ne vois dans le faux juste que refroidissement et que dégoût.

On se réforme par politique aux yeux des hommes, pendant que dans le cœur on s'abandonne à toutes sortes de dérèglements. On en voit d'autres qui cherchent de faux prétextes'devant le monde, pour couvrir plus adroitement leurs injustices. Justes en public, criminels en particulier, on les voit piller impunément le bien de la veuve et s'emparer du légitime de l'orphelin. On en voit faire en même temps de grands présents au temple et de grands vols à leurs frères. Ils s'approchent des saints autels avec des mains pleines de sang, et la bouche pleine d'injures et de calomnies ; animés tout au plus d'un zèle pharisaïque, ils courent se jeter aux pieds du

pab kaaÂPUB m mi. mi. 286

sanotuairo pour se glorifier de ce qu'ils ne sont pas, et cacher ce'qu'il ont.

ainsi quo L'hoinmo aveugle travaille à se blanchir un Bépulcre audehors pour contenir la corruption au-dedans, el que, donnant tout .1 de

is apparences, il fait de sa religion une comédie, et d'un autel an théâtre où paraissent tour à tour ses passions, et où il se joue des rertus li plus essentielles du christianisme. (Anonyme.)

[Sentiments puugcn.] — On ne fait pas grand fond Bur ces sentiment! ps gers de dévotion que produit quelque affliction ou quelque malheur dômes, tique, ou La circonstance d'un jeûne ou de quelque oommunion. Car, comme I" métal se fond lorsqu'il est sur le feu, mais reprend sa première dureté Lorsqu'on l'en éloigne, souvent le cœurs'amollil et les jeux se fondent en larmes, lorsque Dieu châtie; mais on retombe dans son premier état lorsque sa colère s'éteint: comme Les eaux du Jourdain remontaient pendant que l'arche passait, mais ensuite elles reprenaient leur cours. On arrête et on repousse la corruption naturelle, pendant que Dieu est présent par sa parole et par ses sacrements; mais elle coule avec la même rapidité dès le moment que la dévotion est finie. On a des élévations au ciel qui charment; on s'entretient avec Dieu, on goûte mémo des douceurs qui transportent le cœur; il semble qu'on soit au-dessus de la condition naturelle, élevé dans le ciel et tout proche de Dieu : cependant il n'y a point d'état où les illusions soient plus ordinaires : l'imagination a souvent plus de part à ces mouvements que le cœur : c'est l'amour-propre qui parle à Dieu, plutôt que la véritable piété. ( Traité de la conscience.)

[Ecueils à craindre.] — Si on suivait la direction et les enseignements d'un sage directeur, on ne verrait pas les dévotions ennuyeuses aux autres, fâcheuses aux parents, injustes au prochain, lequel murmure contre ce dévot qui donne à une piété de montre et à une charité éclatante ce qu'i] devrait donnera la justice en payant ses dettes; on ne verrait pas tant de victimes d'une piété intéressée et inhumaine, qui gémissent dans les conditions où on les a mises malgré elles, sous prétexte de les donner à Dieu; on ne prendrait pas, avec la dévotion, un esprit de critique qui juge de tout, qui s'offense de tout; un esprit amer qui appelle charité ce qui n'est qu'un excès de bile et d'aversion, et qui, n'approuvant rien de tout ce que font les autres, est idolâtre de ses propres pensées ; on ne verrait pas ces bizarreries et ces contre-temps qui allument les refroidissements et les haines dans les familles, et éteignent les saintes amitiés qu'une condescendance chrétienne pourrait entretenir. ( La Volpillière, serm. sur l Hypocrisie.) *

[Respect humain.] — Un chrétien n'a jamais sujet de craindre de passerpour faux dévot, parce qu'il est aisé d'éviter ce reproche, étant facile de servir Dieu en sorte que le monde soit convaincu de sa droite intention, et d'allier la

piété avec la sincérité. Car, quoiqu'il soit vrai que les apparences peuvent être trompeuses , quoique le discernement de la véritable et de la fausse dévotion soit difficile ; après tout, la véritable a certains traits éclatants par lesquels elle se fait connaître quand elle veutse produire. C'estune lumière, ditS. Augustin, laquelle, découvrant toutes choses, se découvre elle-même; c'est le modèle de Dieu , lequel ne peut pas toujours être contrefait par le démon. J'avoue que la sainteté a des caractères équivoques : mais je soutiens qu'elle en a qui lui sont propres : une humilité par exemple sans affectation, un esprit de désintéressement, une manière uniforme dans la pratique du bien : ce sont là des choses au-dessus de la censure des hommes. (Bourdaloue, Sur la dévotion.)

[Dévotion commode.] — Je ne sais ce que veulent dire ceux qui, pour s'accommoder au monde, proposent une dévotion aisée. Il me semble que la dévotion ne peut être sans les vertus, et que, les vertus étant fort élevées audessus de la nature , la pratique n'en est pas aisée. D'ailleurs, le Fils de Dieu a dit qu'il faut faire effort pour entrer par la porte étroite. Ainsi, vouloir trouver la dévotion avec une vie qui suive la pente des inclinations naturelles, cela ne se peut comprendre, C'est parles grandes portes qu'il est aisé d'entrer, etnon par lespetites des forteresses bien gardées. Vous avez beau raffiner en matière de dévotion: il n'y a pas au monde d'invention qui puisse dispenser de mourir à soi-même. Or, mourir à soi-même, c'est résister aux inclinations qu'on a pour les plaisirs, pour les compagnies, pour le jeu, pour le bal , pour la comédie, pour les promenades, pour les ajustements qui ne servent qu'à la vanité. Nous ne voyons point dans les écrits des SS. Pères de méthode pour accommoder la dévotion avec l'esprit du monde. Ils nous enseignent plutôt à le combattre, et à nous défier de nos inclinations naturelles, lors même qu'elles nous paraissent innocentes.

Il y a bien de la différence entre examiner si une chose est péché mortel, ou si elle est compatible avec la dévotion. La dévotion est un fruit délicat des vertus, un goût des choses divines, un doux souvenir de Jésus- Christ, une représentation de ses mystères. A-t-on jamais vu cela dans une personne qui aimât le monde, le luxe , la bonne chère, la vie molle ? Pour goûter l'oraison, la parole de Dieu, la communion, il faut veiller à la garde de son cœur et le tenir fermé: il faut pratiquer le recueillement. Cela est très-difficile dans la vie mondaine : comment donc la dévotion pourra-t-elle y être aisée ? Ce n'est pas qu'il n'y ait certains plaisirs qui peuvent être innocents : on peut voir quelque spectacle où il n'y a rien d'indécent ni de mauvais, entendre un concert de musique et d'instruments, être d'un festin où la tempérance sera gardée ; cela, ne se faisant que rarement, peut compatir avec la dévotion. Mais en faire une coutume, ypasser une grande partie de son temps, rassasier son cœur de ces sortes de plaisirs ; et avec cela avoir de la dévotion, c'est ce qui est malaisé à concevoir ^ (Surin, Dialogues).

PARA0RAPH1 UXIÂlfB. -^Hl

|h\iiiiini. | — Que ohaoun l'examine soi-même el rode s'il n'est poinl du nombre dei faux dévots. Pendant que qoui lommei li peu attentii que aoua faisons pour Dieu, il es1 bien a craindre que noue a'ayona qu'une dévotion apparente, et que notre oosur ne soil oaohéderrière une muraille do boue que la politique ou le reipeol bumain aurai! blanchie. Voiei le passage où nous trouvons notre oondamnation, si nous sommée de ee caractère: « Malheur g rous, dit le Fils de Dzxu, qui ue (sites des aumânea qu'après avoir rempli vos mains e1 vos éoffrea de vols el de rapines, n Sincères au-dehora et pbarisiena au-dedans, Pourquoi ne paa aller au fond du cœur, pour eu tirer lea traits qu'on 7eut faire paraître au-dehora ; puisque c'est, de-lèj que L'homme tire Le bien e\ le mal? c'est là que Dibu cache le trésor de grâce; c'esl de-là que se lire tout le comble de l'iniquité. De-là lea adultères, les faux témoignagea, lea injustices, les calomnies, les désirs impurs, l'intempérance, la haine, l'amour-propre; c'est là que l'orgueil se retranche, après s'être formé dans l'esprit: Ue corde exe unt, etc. C'est donc le cœur qu'il faut purifier, afin que le cœur y habite : sans cela point de vraie dévotion. Disons, enfin, que Dieu, qui sonde les cœurs et pénètre jusqu'au fond, n'y doit rien trouver qui démente les actions extérieures, et que c'est là qu'il voit si le chrétien est fidèle observateur de ses lois, ou s'il en est prévaricateur ; s'il a une véritable piété ou une fausse dévotion.

Il y a parmi les gens du monde une dévotion molle et accommodante, qui est une grande illusion qui flatte et entretient l'amour-propre. Car l'amour-propre ne porte pas seulement à s'aimer soi-même, mais encore à vouloir être aimé. On veut plaire à Dieu mais on prétend ne pas déplaire aux hommes : et, sur ce principe que la véritable piété n'est ni rebutante ni farouche, on porte la douceur delà vertu jusqu'à une complaisance servile, et, en voulant la rendre aimable à tout le monde, on la rend esclave du respect humain. On s'étudie avec plus de soin à n'avoir rien dans sa dévotion qui gêne les plus imparfaits qu'à pratiquer ce qui édifie les âmes justes. Devoirs ordinaires, exercices de piété, exactitude, bons désirs, tout cède à la crainte de se rendre odieux, ou incommode aux moins dévots. Ce n'est plus une complaisance de charité, de bienséance chrétienne ou de raison ; c'est timidité, c'est bassesse. A force de vouloir humaniser la vertu , on la rend toute naturelle , et l'approbation générale qu'on donne à une dévotion si aisée et si accommodante sert merveilleusement à nourrir une àme lâche dans une espèce de mollesse de dévotion. La véritable piété n'est ni rude ni incivile; elle est honnête, officieuse, gardant les bienséances; mais elle ne connaît ni bassesse, ni politique, ni respect humain. (Le P. Croiset, Réflexions spirit.)

[Dévotion de circonstance.] — On veut avoir de la piété : car enfin on n'ignore pas qu'un chrétien sans piété est un fantôme de chrétien : mais ce sera une piété renfermée à certains jours de l'année, et à certaines heures du jour, qu'on peut appeler dévotion- de temps ou intervalle de dévotion. Une fête

solennelle réveille la foi ; on s'interdit les divertissements profanes ; on commence, on fait ses dévotions: mais hélas! la piété finit avec la fête. Cette dame n'est chrétienne qu'un jour : le cours des plaisirs n'avait été que suspendu; l'intervalle n'a pas été long: les parties de jeu, de bals, de promenades , se renouent le lendemain du jour de la communion; on n'a pas prétendu s'obliger à une plus longue réforme en se confessant. On reprend ce même luxe, on s'expose aux mêmes dangers, on revient dans les assemblées de plaisir, on retourne aux spectacles, dont on ne s'était absenté que pour donner au public une scène dedévotion: et voilà à quoi se réduit toute la piété de ce grand nombre de gens qui dans le monde prétendent être chrétiens parce qu'ils interrompent quelquefois leurs divertissements païens : corn me si le Dieu que nous adorons ne devait être aimé et honoré que par intervalles. {Le même).

[La dévotion.] — Ce nom de dévot est si décrié dans le monde, qu'on a de la peine à le supporter. Il n'y a personne%qui ne soit bien aise de passer pour homme de bien et pour homme d'honneur; mais on ne veut point , dans le monde, avoir la réputation d'être dévot , et la plupart se tiennent offensés de ce nom comme d'une injure. D'où vient cela, sinon d'une fausse persuasion dont le monde s'est préoccupé, qu'il y a quelque chose de méprisable dans ce nom de dévot, qui doit faire honte à ceux qui le portent? Nous voici revenus au temps de Tertullien, qui se plaignait, dans son Apologétique, de ce que les idolâtres avaient conçu une si grande horreur du nom de chrétien que, comme s'ils eussent été assurés que tous les crimes les plus énormes étaient renfermés dans cet auguste nom , c'était assez à quelqu'un d'être convaincu de le porter pour être aussitôt condamné aux supplices les plus cruels. Ils ne jugeaient pas qu'il fûtnécessaire d'informer seulement des crimes qu'ils avaient commis : au contraire , l'empereur Trajan défendit qu'on informât contre eux. C'était assez qu'ils confessassent qu'ils portaient ce nom ; et, si on pouvait obtenir d'eux de nier seulement qu'ils étaient chrétiens, ils étaient tout aussitôt absous. C'est donc à dire que leur nom faisait seul tout leur crime : Solius nominis crimen est : guis nominumreatiis? « Quelle forme de justice est ceci? leur demandait Tertullien ; s'il n'y a point d'autre crime en moi que mon nom, dites-moi de quoi les noms sont coupables pour être punis du dernier supplice. Informez contre ma personne ; trouvez les crimes dont je suis coupable et les punissez; mais pardonnez à mon nom, qui est innocent. » Faut-il avoir le déplaisir de voir que les chrétiens du siècle traitent aujourd'hui le nom de dévot à peu près comme les païens traitaient en ce temps-là le nom de chrétien? On persécute les dévots, non pour les crimes qu'ils commettent, mais à cause du nom qu'on leur donne. Ils seraient innocents si on ne les appelait pas dévots.

On ne voit, dites-vous, clans les dévots du temps que des hypocrisies, des malices noires et de la mauvaise foi : et qui saurait tout le mystère

PARA0HA1 m. I IXli MB. 289

do leurs raauvai pratique , de leurs int] do leur dii ûmulation ?

quelle horreur! que d'abominations I Mais vous n'j pi | : ceux de

qui vous parlez, o\ conl re le quel i voi i mportez do la sorte, n

pas des dévots ; ce atde impi< .J< a qu'il y a beaucoup de faux

dévots dans le i ide ; mais un faux dévol n'esl pas un dévot. Je lai e là

les faux dévots, qui ne sonl bons qu'à déshonorer la vertu, e\ qu'on ne peu! assez, blàmor : je parle de la dévotion qui esl san j fard i tifice,

et qui n'a point d'autres vues que déplaire à Dieu, ni d'autre soin que de connaître ses volontés pour lee accomplir. Je parle de ce âmes élevées, etc. (Le P. d'Argentan, Grandeurs de lit Sainte-} ierge.)

[Le culte extérieur est obligatoire.] — Si la véritable dévotion ne donnait des is qu'à nos pensées ot à nos inclinations pour acquérir la sainteté, l'nomme ne pouvant lui-môme pénétrer la profondeur de son esprit et les replis de son cœur, depuis les ténèbres que le péché y a répandues, nous douterions presque toujours si nous avons accompli la loi, ou nous nous ferions une idole d'une vertu on idée, et nous nous imaginerions être des saints , aussitôt que nous aurions formé la résolution de le devenir. Il adonc fallu que la parfaite résolution consistât dans les œuvres extérieures, aussi bien que dans les sentiments intérieurs, afin que nous sussions plus précisément ce que nous devons faire, et que nous pussions mieux connaître si nous l'avons fait.

Ceux-là se trompent qui s'imaginent que le Fils de Dieu ne demandait qu'une adoration intérieure pour la véritable dévotion, quand il a dit que les vrais adorateurs adorent en esprit et en vérité. Il ne s'ensuit pas que vous soyez un vrai adorateur si vous n'adorez qu'en esprit, quoique vous deviez adorer nécessairement en esprit pour être un vrai adorateur ; celui quin'adore qu'extérieurementn'estqu'unhypocrite, quifeint d'adorer Dieu et ne l'adore pas; celui qui adore seulement en esprit est véritablement adorateur, mais il n'est pas un véritable , c'est-à-dire un parfait adorateur. Le Fils de Dieu nous prescrit et nous conseille les œuvres extérieures de dévotion, pour servir de soutien à notre foi et d'appui à notre justice, que nous ne pouvons, sans une espèce de miracle , acquérir ni conserver que par des actes qui ne soient pas purement intellectuels et intérieurs parce qu'elle ne doit pas seulement régler les spéculations de notre entendement et les pensées de notre esprit, mais aussi les désirs de notre cœur, les mouvements de nos passions, et les inclinations de nos sens. Ce vice se fortifie en nous par des actions extérieures de libertinage et de vanité. Comment peut-on l'affaiblir, sinon par des actes extérieurs de piété et de religion? (Maimhourg, Lundi de Sem.-Sainte.)

[Malignité du monde] — Voici un effet de la malignité du Ynonde. Un homme, pour obéir à Dieu, et en vue de .son salut, prend-il le parti de la piété? dès-là on ne lui pardonne plus rien, et l'on est déterminé à lui faire des t. ni. 19

crimes de tout ; dès-là il ne lui est plus permis d'avoir ni passion ni imperfection. On veut qu'il soit irrépréhensible ; et, s'il ne l'est pas, on en accuse la piété même. Malignité, ajoute S. Jérôme, la plus inique! Car, si la piété doit être exposée à la censure du monde, au moins la censure du monde doit être équitable ; et, s'il ne veut pas lui faire grâce , au moins doit-il lui faire justice. Pourquoi donc ces préventions contre elle? Pourquoi ces suppositions, enlui imputant comme propre ce qu'elle rejette ellemême comme condamnable? Pourquoi cette aversion secrète envers ceux qui l'ont embrassée ? Pourquoi ce penchant à les railler, à les abaisser, à empoisonner leurs actions les plus innocentes et leurs plus droites intentions ; à diminuer leurs bonnes qualités, à exagérer les mauvaises si quelquefois ils en font paraître? Est-ce ainsi que nous en usons avec le reste des hommes, et rattachement au service de Dieu a-t-il quelque chose qui doive attirer le mépris et la haine ? (Bourdaloue, 2e Avent.)

[La vraie dévotion.] — Dès qu'on prend le parti de servir Dieu, et, ce qui est la même chose, dès qu'on commence à embrasser la dévotion, on est doux, traitable, humble, juste, officieux; on s'applique tout entier aux obligations de 'son état. Nulle consistance dans l'amitié, nulle bonne foi dans le commerce, nulle probité dans la vie civile, si elle n'est fondée sur la vertu et sur la piété. La piété donne du bon sens, de la droiture, de l'application, de l'adresse. La véritable dévotion est de remplir exactement les devoirs de son état. Il est tant d'obligations auxquelles nous engagent le commerce, la société, les emplois et tous les divers états de la vie! Rien n'est plus louable que de s'appliquer sans relâche à y satisfaire. Mais qui y satisfait mieux que ceux qui ont pris le parti de la dévotion? Parcourez tous les états de la vie. Qui est bon père de famille, bon maître, bon juge, bon parent, bon ami, bon sujet ? quelle femme plus régulière, quel domestique plus fidèle, quel artisan plus exact, plus laborieux? quel homme plus religieux observateur de sa parole ? Quel ministre du Seigneur plus vigilant, plus exemplaire ? Toutes ces vertus sont les fruits de la piété chrétienne et de la véritable dévotion.

Ni Dieu ni l'Evangile ne désapprouve les devoirs de civilité et les bienséances : il les règle. Il ne commande pas aux chrétiens de vivre solitaires dans le désert, mais il ordonne à tous de vivre en parfaits chrétiens, chacun dans son état. Ainsi, bien loin de rendre les gens rudes et sauvages, rien n'est pluspropre à civiliser età polir que la piété et la dévotion. On en voit tous les jours quelque exemple. Qu'un homme soit débauché, il est fâcheux, intraitable, brusque, incivil, bizarre, emporté, de mauvaise foi, vindicatif; il n'est bon qu'à exercer la patience des autres. Qu'une femme n'ait point de piété, elle est vaine, oisive, capricieuse, dure à ses enfants et à ses domestiques, et une pesante croix à son mari. Mais ces mêmes personnes s'adonnent-elles à la dévotion, elles deviennent douces, raisonnables, honnêtes, bienfaisantes envers tout le monde, appliquées à leurs devoirs,

PARAOH \iiii IIXIÉM1 . 20]

otabloa dans leur état, dignes de l'estime el de la vénération de tout le monde.

Quelle pitié, Seigneur, d'entendre dire à des chrétiens que, dès qu'on •si dans la dévotion, o'est-à-dire dès qu'on vil selon let maximes de l'Evangile, on devient fâcheus Impoli, incommode, et qu'on n'es! pli à rienl Eh quoi I ne peut-on être bon à quelque chose dans le monde, ne renonce à la piété '■ et ne saurait-on y vh re heureux, si l'on n'y vit en païen ou en libertin? La dévotion n'interdh pas le commerce de la sooiété civile, elle u 'interdit paa les divertissements honnêtes; mai elle ne connaît point de divertissement honnête qui ne soit chrétien. De plus, l'Evangile vous défend-il de veiller è la conservation de vos biens, et de travailler mâme à les accroître par des voies permises) l'Evangile condamne-t-il le soin de pourvoir ;t voin- Camille, de placer vos enfants, de recueillir les fruits de voa terres, de soutenir même votre dignité avec honneur et selon les relies de la justice? Défend-il de se rendre les uns aux autres les devoirs ordinaires de la vie civile ? Vous fait-il même un crime d'une récréation honnête, d'un soulagement raisonnable, d'un habillement modeste et convenable à votre naissance et à votre rang? Nullement: il condamne seulement l'excès, la cupidité et le trop grand empressement. (Groiset, Réflexion» chrétiennes).

[Les railleries.] — A combien de railleries, dit-on, n'est-on pas exposé dès qu'on pratique la vertu et qu'on s'adonne à la dévotion ! et n'en coûte-t-il rien d'écouter cent fades plaisanteries? Mais, aux railleries de qui sera-t-on exposé ? sera-ce de ce qu'il y a de gens d'honneur et de probité, à qui il est toujours fâcheux de déplaire ? Nullement : ce sera de cette multitude de libertins à qui on ne peut avoir le malheur de plaire sans se décrier, à qui c'est une espèce d'honneur de déplaire. Car quel homme de bon sens, s'il est chrétien, peut trouver à redire qu'on aime Dieu, qu'on garde sa loi, qu'on vive selon ses maximes, et que, croyant à une éternité de peines après cette vie, on mette tout en usage pour les éviter? S'il n'y a qu'un impie, qu'un esprit gâté, qui puisse se railler de la religion et de ceux qui la suivent avec ponctualité, doit-on se mettre fort en peine d'être l'objet de la raillerie, ou, pour mieux dire, de l'envie maligne de semblables gens ? Une telle censure fait honneur. (Le même.)

(Dévotion quinleuse.J — On connaitles dévots d'habitude ou de vanité à leur mauvaise humeur et à l'inégalité de leur conduite : on dirait que leur dévotion dépend de leur santé, du bon ou du mauvais succès de leurs affaires, et même des saisons. Honnêtes ou intraitables selon qu'ils sont bien ou mal disposés, vous ne serez jamais bien reçu si vous n'étudiez leur humeur, si vous ne consultez leur caprice. Toutes les bonnes oeuvres ne sont pas de leur goût, parce qu'elles n'ont pas toutes le même caractère. Une passion déguisée tient ordinairement chez eux la place d'un motif de

charité ou de quelque autre vertu. Lescxorcices de piété ne leurparaissenl importants qu'autant qu'ils leur plaisent; et, à force d'altérer et de déguiser la vertu chrétienne, le couir prend aisément le change. On n'aime plus que les dehors spécieux d'une pieté superficielle, et on perd insensiblement l'idée de la vertu et de la véritable dévotion.

TJu air de négligence, auquel l'amour-propre donne le nom de modestie, sert de voile à bien des défauts, et nourrit un secret orgueil, inséparable de la fausse piété. Sensibles jusqu'à la délicatesse surtout ce qui blesse la bonne estime qu'ils ont d'eux-mêmes, ils excusent peu et pardonnent encore moins. C'est ce qui fait dire qu'il n'y a rien plus à craindre qu'un dévot irrité : ses ressentiments sont éternels, et sa vengeance est d'autant plus vive qu'il s'imagine toujours que la religion est blessée en sa personne, et que son aversion n'est qu'une haine de l'injustice et de la malice d'autrui. Il est surprenant qu'une erreur si grossière n'alarme pas une conscience; mais est-il moins étrange que qui a seulement une teinture de religion ne s'aperçoive pas de cette erreur ? 0 mon Dieu! dans quels égarements ne donne-t-on pas! Un orgueil qui domine n'aveugle jamais à demi, surtout en matière de religion et de piété. Le cœur est si content d'avoir trouvé le moyen d'autoriser tout ce qui le flatte, qu'il n'a que de l'horreur pour tout ce qui peut troubler son repos, et l'esprit qui se laisse entraîner par le cœur regarde comme ennemi tout ce qui peut le détromper des erreurs qui lui plaisent; il ne s'applique qu'à s'y conformer.

[Dévotion qui prétend accorder les maximes du monde avec la piété.] — Quel honneur fait-on à la religion par ce mélange monstrueux, aujourd'hui si commun, de divertissements mondains et de pratiques chrétiennes ? Hélas , Seigneur! quel tort ne fait-on pas à la sainteté de votre loi! Eh quoi? une grimace de piété, une apparition à l'église à certaines heures du jour, justifiera-t-ellc un chrétien qui passe presque toute la vie au jeu, à des assemblées d'oisiveté ? Cette femme mondaine qu'on voit prosternée au pied des autels, c'est la même qu'on vient de voir dans une académie de jeu, et qui, dans peu d'heures, ira au bal ou à la comédie. Sa dévotion ne s'effarouche pas si aisément; le long usage de ces profanes divertissements l'a apprivoisée, et, à l'abri de quelques exercices apparents d'une piété superficielle, elle vit tranquillement dans la mollesse et dans une assoupissante oisiveté. Bien des gens croient aujourd'hui avoir trouvé l'art d'accorder le monde et la religion, la dévotion et la mondanité, l'usage de tous les plaisirs avec la sévérité des maximes de l'Evangile; et, semblables à ces peuples envoyés de la Samarie qui, tantôt Assyriens et tantôt Israélites, après avoir encensé les idoles, venaient adorer le vrai Dieu, on consent que ce monde règne, on se soumet à toutes ses lois, à condition d'un léger tribut, pour ainsi dire, qu'on s'oblige de payer au Seigneur, à certaines heures, c'est-à-dire que, pourvu qu'on paraisse chrétien une fois le iour, on se fait honneur d'être mondain le reste du temps. (Croiset.)

;■ \i: IQR \i m: imimi.

[Autres dévoliom mamaisM ' -La fainéant i e u urpe bi< n souvent le non de dévotion, on trouve du g >ûl b la priôro, èl on ne s'aperçoil pas que un < i «*■ ; ■ . . ii ( du travail. La retraite ne sert qu'à nourrir La parei e d< dévots oisifs. <>n trouve de la dévotion à ne rien faire : famille, domestiquos, affaire , devoirs de son état, tout g i négligé, toul souffre. < >n porte

iik''iii mpa3sion à ceux qui s'y appliquent, et, pai une illusion pitoyable,

on appelle recueillement intérieur, détachement du monde, réformé des mœurs, piété édifiante, i e qui n'est qu'une paresse criminelle, qui étourdit L'àme et qui L'endort. La véritable, piété ne fut jamais oisive : ell< accorder la prière et L'action. Une personne solidement vertueuse trouve sa principale dévotion à s'acquitter parfaitement de ses devoirs, quelque pénibles qu'ils soient. Kilo sait que la perfection que Dieu demande de nous est celle de notre état, puisque c'est è cetétal qu'il nous a appelé .

L'observation des devoirs communs ne porte pas un certain éi latavec soi: il faut prendre son vol plus haut, il faut chercher une spiritualité plus élevée, Après avoir fait du bruit dans le monde, on en veut faire jusque dans La piété; on affecte de la distinction jusque dans la modestie; on se t'ait de la piété mémo un métier où l'on veut réussir mieux que les autres; on ne se repaît que d'ostentation ; les vertus pures et solides sont négligées; et, au lieu d'un édifice solide, on ne fait que des sépulcres blanchis. « L'homme de bien, dit le prophète, conserve la loi de Dieu dans son cœur, et ne la montre que dans ses mains. » Toutes les pratiques de vertu extérieures sont très-louables; mais, si elles ne partent du cœur, elles ne servent qu'à imposer par de pieux dehors. La piété qui se montre aux yeux ne doit être qu'un rejaillissement de celle qui est cachée ; et, comme il n'y a point de foi vive sans les œuvres, il n'y a point aussi de véritable piété sans cette vive foi.

Des manières dures et impérieuses, un raffinement d'amour-propre, un cœur orgueilleux, un esprit fier, des airs mous et voluptueux, des passions masquées servent à faire le vrai portrait de bien des gens qu'on appelle dévots; maiselles ne feront jamais le caractère de la véritable dévotion. Quand il plaira aux gens du monde de distinguer les défauts des personnes qui se flattent d'être pieuses d'avec les qualités propres de la véritable pnété, on verra qu'il n'est rien de plus noble ni de plus raisonnable, rien qui mérite davantage l'estime et la vénération des hommes, qu'une vertu pure et solide. On convient que les défauts des personnes dévotes ont fait grand tort à la véritable dévotion. Comme on a vu que ceux qui faisaient profession d'une plus grande régularité étaient souvent des gens très-peu mortifiés, pleins d'eux-mêmes, attachés à leur propre sens et à leurs intérêts, plus sensibles aux mépris que les autres, gens incommodes, d'ordinaire d'un naturel âpre et chagrin, on s'est accoutumé insensiblement à n'envisager la vertu qu'à travers ces nuages, et une vue si désagréable en a inspiré du dégoût.

D'où vient qu'on se déchaîne si fort dans le monde contre la dévotion, et

qu'elle est aujourd'hui l'objet de la plus sévère critique des libertins et de la censure ordinaire de presque tout le monde ? C'est qu'on ne la connaît pas, et qu'on la confond avec cette hypocrisie extérieure qui fait un si grand tort à la véritable piété, qui a rendu le nom de dévot si odieux, qu'on le prend quelquefois pour une injure. Rien n'est plus aimable, rienn'estplus respectable que la véritable piété. Elle n'est ni farouche ni incivile ; son air n'est ni austère ni rebutant; elle ne consiste point dans des excès d'un zèle outré; elle hait l'ostentation et le faste ; elle est sans scrupule et sans grimace; elle ignore ces manières étudiées et trop mondaines, et elle ne se dément jamais. Ennemie de tout déguisement, elle gagne l'esprit par sa droiture, et le cœur par sa douceur ; plus elle est humble, plus elle est respectable: son mérite ne dépend pas du caprice ou des bizarres idées des hommes : la solide vertu en est le principe, et Dieu seul en est l'objet et la fin. Bien loin de donner dans des routes extraordinaires qui égarent, ou dans des idées présomptueuses qui enorgueillissent, elle trouve toujours dans les devoirs les plus communs de son état la voie sûre d'arriver à une haute perfection. La dévotion n'affecte pas un air de politesse ; mais elle ne néglige point les moindres bienséances ; et, comme elle agit toujours avec circonspection et avec exactitude, elle ne manque à rien. Animée de l'esprit de Jésus-Christ, elle fait une guerre irréconciliable à l'amour-propre, et son exercice ordinaire est de mortifier ses passions. {Le même.)

[Idée de la véritable dévotion.] — L'àme et l'essence de la dévotion consiste dans un véritable amour de Dieu, dans le désir sincère d'être à lui aux dépens de toutes choses : en sorte que cet amour règne dans notre cœur, qu'il nous fasse préférer Dieu à toutes les créatures, que le gros de notre vie y soit rapporté, et qu'il fasse notre passion principale et dominante. Qui a plus de cet amour a plus de dévotion. Cet amour et cette dévotion ne consiste point dans une sensibilité qui tire des larmes des yeux, et des mouvements de tendresse du cœur. Il n'est pas nécessaire aussi que l'image de l'humanité de Jésus-Christ, peinte en notre imagination dans quelqu'un de ces états, excite souvent dans le cœur des mouvements d'un amour sensible. Cela peut être utile à quelques personnes : mais on peut aimer Dieu véritablement sans cette sensibilité, et par conséquent être véritablement dévot. Cet amour donc consiste à aimer la vérité, la justice, la sainteté, c'est-à-dire Dieu juste, Dieu saint, Dieu véritable ; à aimer sa loi et ses préceptes, à désirer de s'y soumettre et de les observer, à mépriser les choses temporelles et à s'attacher aux choses stables, solides et éternelles. {Essais de Morale.)

[Perte de la dévotion.] — L'esprit de dévotion se peut perdre en trois manières: en retournant insensiblement aux inclinations de la nature, en se laissant prévenir par de fausses maximes, et en suivant de mauvais exemples. Une' personne poussée de l'esprit de Dieu, et gagnée par les attraits de la grâce,

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s';mIi»uim' & la dévotion avec la meilleure volonté du monde, soil qu'elle embrasse la vio reli qu'elle demeure dam le Iôcle. D'abord

slleesl déterminée à se donner entièrement au service de Dieu, à pratiquer les bonnes œuvre , à travailler tout de bon à domp i par une

mortification i hrél ienm 9\ Qui oe peui venir

quedel'espril de Dibi • Mais lorsque Du i . pour l'éprouver, lui ôte,co

il l'.iit ordinaire m. les goûts et 1 qui a

saieni les peines qui se trouvenl rvice; se voyant privée de ces

douoeurs et des oonsolations du oiel, elle revienl a celles de la terre, et oberohe à se satisfaire dans des conversations e1 des entretiens inutil dans de vains divertissements, D'où Be forme en elle une idée de dévotion

basse, acco iodante,e1 forl éloignée de son premier desi ein. Elle »en1 bien

quelques reproches de sa oonscience ; mais elle les di Bimule, ne voulanl pas écouter toul pe que Dieu lui demande. Ainsi, se retranchanl dans de certaines bornes, bien au-deçà de ce qu'elle avait entrepris, à la fin elle s'établit dans un train de vie qui, d'un côté ne génani pas trop la nature, ci de l'autre lui paraissant assez, réglé, la contente. Mais elle n'y persévérera pas même. longtemps ; elle retournera ins< m dans ; où ello était avant qu'elle eû1 pris la résolution de se donner à Dieu.

[La conversation trop libre lait perdre la dévotion.] — La conversation, où l'on s'épanche un peu trop, en ramène plusieurs à leur premier égarement et à leurs anciens défauts. Dès qu'une personne dévote, fùt-elle déjà parvenue aune haute perfection, commence à se laisser aller à une manière de converser avec le prochain, je ne dis pas tout-à-fait déréglée et licencieuse, mais seulement un peu moins régulière, dès qu'elle s'oublie un peu dans la conversation , et qu'elle n'y garde pas une assez grande retenue , sa dévotion se refroidit insensiblement : de sorte qu'elle vient peu à peu à perdre tout ce qu'elle avait acquis de vertu. La conversation est une chose nécessaire ; on est obligé de traiter les uns avec les autres ; mais il est difficile d'y conserver l'esprit de dévotion. Si, dans une compagnie où l'on se trouve, on condescend par l'esprit humain à un vain discours, à des plaisanteries, aussitôt l'intérieur s'en ressent. On sort de cet entretien l'esprit obscur, le cœur aride; et, si ces sortes de conversations deviennent ordinaires, on se relâche entièrement, et toute la dévotion s'évanouit. (Le P. Surin, Dialogues spirituels.)

[Crainte du monde,] — Voici ce que nous voyons tous les jours, nous ministres de Jésus-Christ, secrets confidents des âmes et dépositaires de leurs sentiments. Voici ce qui fait perdre à nos exhortations les plus pathétiques toute leur vertu, et ce qui rend notre ministère inutile auprès de tant de chrétiens lâches. Ils ont du penchant pour la piété ; ils connaissent là-dessus leurs obligations, et ils seraient très-disposés à y satisfaire. Nous tâchons de les y porter ; nous leur en représentons l'impor-

lance et la nécessité; ils paraissent édifiés de ce que nous leur disons, et il semble qu'ils soient déterminés à le mettre en pratique. Mais, dès qu'il faut faire le premier pas, une malheureuse réflexion survient, et c'est assez pour les retenir. Que pensera-t-on de moi'?Croira-t-on que c'est le péché qui me fait agir? On empoisonnera mes plus saintes actions ; on donnera à mes plus droites attentions un mauvais tour, et l'on en rira. N'est-ce pas ainsi qu'on demeure dans un état d'où l'on souhaiterait de sortir, et que, pour éviter une hypocrisie, du moins pour en éviter la réputation et le nom, on tombe, pour ainsi dire, dans une autre. Car, si c'est une hypocrisie d'avoir les dehors de la piété sans en avoir le fond, n'en est-ce pas une d'avoir dans le cœur l'estime de la piété, le désir de la piété, les sentiments de la piété, et d'affecter des dehors tout opposés ; de condam ner en apparence ce qu'intérieurement on approuve, et d'approuver ce qu'intérieurement on condamne ; de se' déclarer pour le monde, lorsqu'on en connaît la corruption, qu'on en a une secrète horreur, et qu'on gémit de s'y voir engagé ; de quitter les voies de Dieu, lorsqu'on juge que ce sont les plus droites et les plus sûres, et qu'une heureuse inclination, soutenue de la grâce, nous y attire : en un mot, de se montrer tout autre qu'on est en effet? (Bourdaloue, Dominicale.)

[ L'hypocrisie.] — À voir cet homme, simple dans ses habits, mortifié dans son visage, réservé dans ses paroles, modeste dans ses réponses, recueilli dans ses prières, affable à ceux qui l'abordent, ennemi de tout ce qui s'appelle vice et incontinence, zélé pour les intérêts des pauvres, austère dans ses repas, laborieux et exact dans ses emplois, éloigné de tout ce qui se ressent de la magnificence et du faste : oh ! le saint homme ! diriez-vous ; oh ! que le monde a en sa personne un riche modèle de vertu! Mais si, après sa mort, on vous conduisait dans ses appartements pour vous faire voir qu'il ne couchait que sur le coton et que ce qu'il y a de plus mollet ne l'était pas assez pour lui; qu'outre les livres de piété qu'il affectait de faire paraître il en gardait fort soigneusement d'autres pleins d'intrigues et d'historiettes d'amour, que, pour quelques aumônes qu'il faisait, il fermait soigneusement sous clef des contrats usuraires, qu'il avait ses endroits particuliers où, par le ministère d'un domestique fidèle et sûr, se glissaient de certaines femmes qu'il entretenait; si Dieu, vous ouvrant le cœur de cet hypocrite, vous montrait qu'il ne s'étudiait qu'à imposer aux autres ; que, sous un spécieux désintéressement, il cachait une âme avide et insatiable ; qu'il priait pour être vu, qu'il jeûnait et qu'il faisait 'ses petites libéralités afin que, malgré son apparente modestie, le bruit en fût répandu dans le monde; qu'au reste, par l'immortifioation de ses appétits et par la vie sensuelle qu'il menait, il savait bien se dédommager de ses abstinences, qui n'étaient que de vanité et de caprice; réduire ses créanciers à de mortelles impatiences par ses délais, et leur faire payer de leur bien les sommes qu'il donnait aux églises et aux pauvres : ne reviendriez-

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vous pas bientôt de la pieu le erreur on il rou aurait jeté par vertus? El n'avouerez . que ce n'est qu'à la morl d'un bomme

qu'on peu! voir a dôcouverl le bien on le mal qu'il a l'ait! In fine hominia denudatio opervm ç/w .( Eooli. u ), Croiset, / dt

piété.)

| La Traie voie du ciel. ] — Combien d 'imaginent qu'ils iront droit au

eiel on menant mie vie paisible, douce, tranquille cm sans contradiction, et vivant, d'autre» part, autant qu'il est possible, toujoun en paix av< \ le prochain ! Qu'ils se trompent, ces chrétiens délicats ! Qu'ils ue pas de suivre Jbsus-Christ couronné d'épines, tandis qu'ils marchenl dans une route semée de fleura ; et qu'ila apprennent que ceux qui n'ont point eu de pari à ses souffrances e1 à ses travaux n'auront point de part h sa gloire. A. ces dévots sensuels, qui suivent une voie clouée et commode, ajoutons ceux qui marchenl (Unis celle de l'illusion et de l'erreur. On en voit de plusieurs espèces. Les uns, frappés de l'éclat extérieur de la religion, s'alla, hent à ces dehors pompeux qui leur plaisent, pendant qu'ils négligent des devoirs essentiels qui les incommodent; les autres, plus spirituels en apparence, mais aussi peu éclairés en effet, condamnent la sièreté des premiers, s'éloignent des assemblées des fidèles, et méprisent tous les pieux exercices qui nourrissent la dévotion. Pour servir Dieu en esprit et en vérité, ils souhaiteraient qu'on retranchât de la religion les cérémonies augustes qui la rendent si vénérable. Ces prétendus spirituels ne sont pourtant pas les plus dangereux; il en est aujourd'hui dont les erreurs sont plus à craindre. C'est de ces nouveaux contemplatifs dont je parle, qui se repaissent de l'idée présomptueuse d'une perfection imaginaire; gens qui, toujours unis à Dieu, croient n'avoir plus besoin de médiateur ni d'Evangile ; gens qui, retranchés dans la partie supérieure de leur àme, séjour perpétuel, à ce qu'ils disent, de la grâce et de la vérité, ne daignent plus régler les mouvements de l'inférieure, et la laissent en proie à ses passions ; gens qui s'imaginent avoir trouvé dans la vie spirituelle un secret que le Fils de Dieu même avait ignoré, 'celui de conserver intérieurement la pureté du cœur, en se livrant au dehors à toute la corruption de la nature ; gens enfin qui se plongent, etc. {Discours de l'Académie, année 4G95.)

[ Oitjueil du faux dévot. ] — Il est plus aisé de ramener un grand pécheur à Dieu que de convertir un faux juste. L'un sent ses misères, l'autre est insensible aux siennes. Le premier se condamne lui-même, le second se couronne de ses propres mains. Celui-là imite quelquefois le publicain, et par l'humble aveu de ses crimes il attire sur lui la miséricorde de Dieu ; celuici, semblable au pharisien, fait son éloge ou son apologie, et s'attire un jugement terrible par son orgueil. Ses vertus mêmes contribuent à le tromper. Ebloui par l'éclat de quelque action de piété, il se regarde avec complai-

sance : il s'attache de plus en plus à ses pensées, et il adore en quelque sorte tous ses sentiments, pendant qu'il paraît au-dehors adorateur du véritable Dieu. Ainsi il n'examine point quel est son état, et il n'est plus en peine que de celui des autres; il prie pour leur conversion. Pour lui, sûr du côté de la grâce, il ne se met point en peine de demander à Dieu ces lumières vives qui triomphent des erreurs de l'esprit humain. Il ne s'écrie point, avec le prophète: Notant fac mihi viam in quâ ambulem ; et, n'ayant point choisi, comme cet heureux prince, la voie delà vérité, il court, sans le savoir, à une perte assurée. Alors toute espérance de guérisonest ôtée. Alors on ne pense plus à rectifier ses jugements, à réformer ses mœurs, à rentrer dans la droite voie. Plus de crainte, plus d'inquiétude, plus de remords. La conscience, qu'un grand évêque appelle l'Evangile du cœur et l'écho de la grâce, ne dit plus rien. Content du présent, tranquille sur l'avenir, on vit dans un plein repos, dans une parfaite sécurité. Funeste état, où l'amour-propre règne pareillement dans l'âme, en régie tous les mouvements, et la conduit, par un chemin doux et facile, à une mort déplorable.

Si les pharisiens de ce siècle examinaient bien devant Dieu quelles sont les œuvres dont ils se flattent, ils se reconnaîtraient dans le tableau que le Sauveur fit autrefois de ces scribes et de ces pharisiens de la loi ancienne, qui avaient si grand soin d'observer les traditions humaines et négligeaient d'observer les commandements de Dieu. Ils seraient obligés d'avouer qu'il y a une distance infinie entre leur justice apparente et la solide vertu des vrais serviteurs de Dieu. Car qu'ils ne s'imaginent pas que ce qui s'appelle piété pharisienne soit un fantôme que la loi nouvelle ait dissipé: il ne subsiste encore que trop aujourd'hui; et peut-être produitil en eux des effets plus dangereux que dans les pharisiens de la Synagogue. Telle est leur misère ; ils ont de la complaisance pour eux-mêmes, non-seulement dans les choses où ils peuvent avoir quelque lieu de se chercher, mais dans celles pour lesquelles ils devraientavoir plus de mépris et de haine. Toujours contents d'eux-mêmes, toujours prêts à se glorifier, ils ne remarquent aucun défaut dans leurs œuvres. Pourvu qu'ils gardent quelque belle apparence, pourvu qu'ils ne doutent pas des articlesdelafoi,et qu'ils s'attachentextérieurement au culte de Dieu, ils se flattent d'une grande sainteté. Quoi de plus funeste que cette voie qui leur paraît droite? Comme ils n'ont pas suivi le Fils de Dieu, l'unique voie qui conduit à la vie, ils se sont égarés, et ce Dieu terrible et vengeur des crimes les afflige de la plus redoutable de toutes les punitions, je veux dire de cet aveuglement déplorable qui est la peine du péché: et c'est ainsi que cette voie, qui leur paraît juste, les conduit à la mort. {Ibid.)

[Image d'une fausse piété.] — Aimer la vertu par humeur, au lieu d'appliquer d'abord sa vertu tout entière à corriger son humeur ; aimer la vertu par amour de l'oisiveté, non pas pour se donner à Dieu, mais pour éviter le

PAR4GH \i'iii: llXli mi , SM

un. mil' ri m dérober a mi devoira , non pu en ce qulle on! de dangereux, toâli en oe qu'ils onl de pénible; aimer la rertu par cabale et a'entêter de oeux qu'on i choisi pour a oracles, au mépris detoua les antres grenade bien j être vertueux par état, ei non pai aelon aon état, comme al la ûévotion formait seule un étal particulier qui dût tous soustraire aux fonotiona de tous les autres états, ei vous rendre inutile à toul le reste du monde; étendre la dévotion jusqu'à la superstition, sans pouvoir discerner Les bor* aea de l'une ei de l'autre, joindre à La dévotion des singularités, des affectations e1 des inégalités ridicules; faire un mélange impertinent d'orgueil e1 d'humilité, d'épargne et de profusion, de galanterie e1 de pénitence, de sérieux el d'enjouement} avoir une dévotion curieuse, inquiète ei impérieuse ; se persuader que La dévotion donne droil de savoir tout, cl*.* so mêler de tout et de décider tout; faire de la dévotion L'instrument de la fortune, ot, [tour tout dire on an mot, la réduire eu art: c'est l'image d'une fausse piété, ou, pour mieux dire, d'une piété chimérique. (Le P. de la Rue, Avent.)

Un faux dévot est un homme qui, enivré de son mérite, ne cherche qu'à se distinguer, embrassant les occasions publiques de faire du hien et négligeant les secrètes ; se faisant un scrupule de ce qui est permis, condamnant ce qui est indifférent, sans éviter ce qui est criminel, à moins qu'il n'appréhende qu'on ne le sache. C'est un homme libéral aux pauvres, et dur à ses créanciers ; fort zélé pour le salut des autres, et très-indifférent pour le sien; qui se ferait un crime de rire en public, et qui ne s'en fait pas un de médire en secret ; qui, d'un ton plaintif et avec un sourire mesuré, déchire la réputation de son prochain ; c'est un homme qui fait paraître ses jeûnes en des jours où il n'est pas obligé, sans observer ceux qui sont de commandement, qui s'élève par humilité, et qui se méprise par orgueil, qui punit par autorité et qui restitue par aumône. À tous ces traits ajoutez encore ceux-ci; un amourqu'il a pour lui-même ; mille petits soins déménager sa santé comme précieuse au public; une aversion deluxe,mais un grand attachement à une exquise propreté ; une simplicité où rien ne manque de ce qui est commode, et qui, sans magnificence, fait le bon air et le bon goût (L'abbé Boileau, Pensées choisies.)

[Image d'une vraie piété.] — Le vrai dévot ne l'est ni par état, ni par caprice, ni par simplicité. S'il ne néglige pas les petites choses, c'est après avoir observé les plus grandes. Il s'attache à son devoir, et laisse faire aux autresleleur.il ne pleure sur eux qu'après qu'il a gémi sur soi. Bien convaincu des vérités de la religion, il s'anéantit devant Dieu ; il craint, il espère, il aime ; exact aux fonctions de son état qu'il préfère à tout, il fait sa principale dévotion de s'en bien acquitter; ayant de la vénération pour ceux qui pratiquent les conseils, il obéit aux commandements. Sans affectation de parti, il met sa conscience entre les mains d'un homme de Dieu, et souvent, sans savoir la méthode de prier par règle, il découvre

au Seigneur ses différents besoins, ceux principalement de son âme, et lui demande bonnement les grâces nécessaires à sa sanctification. Une secrète complaisance dans la tendresse d'un amour qui n'est que sensible, et une componction extérieure qui ne s'exprime que par la moiteur des yeux, ne le trompent pas. Il fait toutes choses dans son temps, et rien ne se trouve chez lui de déréglé. On ne le prend peut-être pas dans le monde pour dévot, parce qu'il ne recherche pas ce qui est extraordinaire; mais il n'appréhende rien davantage que de ne pas bien faire celles qui sont ordinaires et communes. A ces traits ne reconnaît-on pas la vraie dévotion, et que peut-on y trouver de ridicule.

Le véritable dévot ne le veut point paraître ; il ne s'attire pas les occasions de s'humilier, mais il profite de celles qui se rencontrent. Il se réjouit avec ses amis, sans qu'il en coûte la réputation de ses frères ; il les excuse quand il peut, il les avertit quand il le doit; il condamne les railleries des impies par le chagrin qui paraît sur son visage, et les médisances en refusant de les entendre ou de les croire. Si quelqu'un l'offense, ii songe à lui rendre de bons offices et à les cacher, et oublie plutôt les injures qu'il ne s'en venge ; n'affectant pas de se mépriser, il se console quand on le méprise. Il rejette les louanges qu'on lui donne, sans vouloir s'en attirer de plus grandes par un air de refus complaisant; officieux envers ses amis, quelquefois jusqu'au péril de son bien et de sa liberté, mais pourvu qu'il n'y en ait aucun pour sa conscience ; ne prodiguant rien que ses services et sa santé, économe dans sa famille, hors dans les aumônes qu'il fait de son bien ; occupé de son devoir, ménager de son temps, familier dans son domestique, modeste et affable au-dehors ; appliqué à la prière ; sans grimaces ; assidu à l'Eglise, sans chercher à y être vu, il loue Dieu partout ; il l'estime par-dessus tout, et le bénit dans tout ce qui lui arrive pendant la vie. (Le même.)

Voulez-vous connaître, dit S. Bernard, si vous êtes sincèrement dévot? prenez garde à ce que vous aimez, à ce que vous craignez, à ce qui vous réjouit, à ce qui vous afflige. A tlende solerter quid diligas, quid metuas, andè gaudeas aut contristeris. N'aimez que Dieu, ou, si vous aimez quelque autre chose, ne l'aimez que pour lui. Ne craignez que de déplaire à Dieu, ou, si vous appréhendez quelque autre chose, que ce soit par rapport à lui. Ne vous réjouissez qu'en Dieu, ou, si quelque autre objet vous donne de la joie, regardez-le comme un attrait dont il se sert pour vous attacher à lui. Ne vous affligez que de la perte de Dieu, soit par vos péchés personnels, soit par ceux de vos frères ; ou , si quelque autre perte vous touche, regardez-la comme une épreuve qu'il ménage pour vous purifier, et pour vous unir plus intimement à lui. {Dictionnaire moral.)

[Punition des hypocrites.] — Il n'est point de prince qui souffre qu'une fausse monnaie ait cours dans son royaume; mais il réprime encore avec plus de soin ce désordre, si c'est l'or qu'on y falsifie, parce que, l'or étant le métal

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teté. Diei permet a ez rarement qi iux qui s'attribuent la naissance,

oir, le crédit, ne soienl point découverts pour o# qu'ils sont, en punition de leur imposture; mais bien plus rarement encore il h impunis le hypocrites, qu rir «lu ma qui de la ainteté.

Lorsque ces imposteur e sonl acquis de la réputation dans le monde bous le voile de la vertu, qui es1 la chose la plu sacrée, Diei se plail alors & susciter ilrs gens éclairés qui démasquenl cet hypocrites, qui le« chargent de '■"illusion, <jui les dégradent dans l'idée des hommes, qui les dépouillent de tous Les fruits de leur dissimulation ; il permet qu'ils soient même châtiés de leurs crimes. Ve soyez point hypocrite devant 1rs hommes..., de peur que Dieu, découvrant ce gui était caché en vous, ne vous brise au milieu de Rassemblée, parc que vous vous êtes approché du Seigneur avec une disposition maligne et que votre cceur est plein de déguisement et de tromperie. (Eccl. i). Que la haine donc que Dieu porte à la vertu feinte nous la fasse désormais haïr. N'est-ce point ici même un motif assez fprt pour nous inspirer même l'esprit de droiture et de simplicité dans toutes |nos intentions et dans toutes nos œuvres ? (Ségneri, Méditations.)

[Faux raisonnements dn monde.] — Dans cette générale corruption de mœurs qui avait inondé l'univers, que ne dit-on point contre la vertu exemplaire du patriarche Noé, et de sa famille? C'est un petit esprit, disait-on, qui se scandalise de tout, et qui donne dans la vision. Pourquoi ne pas vivre comme les autres? pourquoi se distinguer par des singularités ? pourquoi cet air de réforme et de régularité? Est-ce que nous ne voulons pas nous sauver aussi bien que lui ? N'y aura-t-il que lui d'élu? A quoi bon ces imaginaires frayeurs ? Si la vie molle et délicieuse que nous menons était un mal, serait-elle si universellement suivie? Que signifient les menaces de ce visionnaire vieillard? pouvaient dire quelques-uns. Est-il préposé lui seul pour la réforme du genre humain? Pourquoi ne se pas couronner de fleurs comme nous ? Pourquoi s'interdire la plupart de nos divertissements ? Pourquoi condamner par sa conduite notre luxe, nos danses et nos licencieux repas ? Pourquoi défendre à ses enfants de suivre notre exemple et de se trouver dans nos assemblées de plaisir? Mais que de piquantes railleries sur l'ouvrage auquel il travaillait! Que de mordantes plaisanteries à la vue de l'arche ! « Nous allons tous périr, disaient avec un air moqueur ces libertins. Noé et ses enfants trouveront seuls dans leur dévotion un asile ; leur vie si réglée et si unie est trop dissemblable à la nôtre pour n'avoir pas un meilleur sort. » Ainsi raillent encore aujourd'hui des gens de bien tous ceux qui mènent une vie peu régulière et peu chrétienne. Mais quand les beaux jours dont ces insensés abusaient au temps du Déluge commencèrent à s'obscurcir, quand le ciel irrité commença de répandre sur la terre ces torrents, quand la mer en fureur ne connut plus de bornes

et que les eaux croissant à vue d'oeil portaient l'effroi et la mort jusque sur les plus hautes montagnes, que devinrent ces railleries, et quel fut le langage de ces pitoyables railleurs ? Noé, à l'abri de ce% châtiment universel, leur parut-il toujours un visionnaire, un homme de petit génie ? Le regardait-on en pitié dans son arche, comme il leur avait fait compassion banni de leurs parties de plaisir? Crurent-ils alors qu'il avait mal fait de ne pas vivre comme eux, de ne pas se donner tout entier aux plaisirs, à leur exemple ? Sa singularité, ou, pour mieux dire, sa régularité, lui fit-elle déshonneur ? Ces malheureux eurent-ils raison de n'avoir pas suivi son exemple? C'est ainsi que rendront un iour justice aux gens de bien ceux mêmes qui se raillent encore aujourd'hui de leur modestie et de leur piété. (Croiset, Exercices de piété.)

[Avantages de la piété.] — Pour peu qu'on soit instruit des principes de la religion, on conviendra facilement que la vertu n'est jamais sans récompense ; et, si on la voit languir quelque temps dans l'obscurité, elle en sort aussi avec plus d'éclat. Seule elle peut plaire à Dieu; seule elle est digne de ses bienfaits. Il faut convenir cependant que Dieu n'en use pas toujours ainsi, qu'il la laisse quelquefois dans l'oppression et dans les ténèbres; mais, s'il en use ainsi pour sa gloire, il est aussi d'autant plus glorieux pour la piété de se soumettre à cette adorable conduite de son Dieu sur elle. Par-là Dieu donne occasion aux gens de bien de lui faire un hommage plein et entier de tout eux-mêmes. Par-là ils s'assurent davantage les honneurs et les récompenses qui les attendent dans la bienheureuse immortalité. La vertu d"un autre côté, perdrait, ce semble, quelque chose de son lustre et de son élévation , si le bonheur ne cessait point de l'accompagner sur la terre ; elle ne brillerait point avec tant d'éclat : les âmes basses ne la considéreraient point pour elle-même, plus touchées qu'elles seraient de ses avantages étrangers que de son propre mérite. Mais enfin, quelle que soit sa destinée ici-bas, il est évident que seule elle est digne des bénédictions et des faveurs du Ciel. C'est de quoi il faut nous persuader, s'il nous reste encore quelque bon sens.

[Elle est un présent remède à tous revers de fortune.] — Le succès de vos affaires temporelles dépend de tant de circonstances , qu'il n'y a que Dieu qui puisse les conduire heureusement à leur fin. Par conséquent, vous n'avez point d'intérêt plus pressant que de gagner le cœur de Dieu, par une piété sincère et sans fard, afin qu'il lui plaise de bénir vos entreprises. Car de combien de choses avez-vous besoin pour réussir, quand vous avez formé un projet un peu considérable? Vous avez les saisons, les éléments, les révolutions des temps à combattre, sans qu'il y ait de remède au renversement qu'ils peuvent causer dans vos affaires. Vous avez des ennemis dont la jalousie, l'envie, les secrets artifices, peuvent en peu de temps rompre toutes vos mesures. Si vous avez des amis, ils peuvent facilement changer.

PARAGRAPH! simi mi .

Que Paire, étani attaqué ainsi de toute parti, ayanl à craindre de tout I Il i'jiiiI s'attacher uniquement feDisu, el la piété sera un remède souverain à toutes • hoses.

Il est assez rare qu'une personne d'une véritable piété ail des ennemis; cl, s'il se trouve di iz déraisonnables pour II haïr, on ne voit

guère qu'ils osent se déclarer contre elle, sans un prétexte fin et imaginé dont il es1 facile de découvrir la fausseté. Ls rertu est presque toujounà l'abri de toutes ces défiances, de ce mauvais soupçon ; de ces pièges, de ers mouvements, de ces intrigues, qui rendent la vie des mauvais chrétiens si amère el si insupportable. Une probité reconnue es1 une grande avance pour 11 conclusion d'une affaire. On ue chicane point tant de# gens de bien; on ue leur dresse pas une querelle pour rien ; on craint de troubler leur

tranquillité, el l' si même ravi de se lier à eux pour son propre repos.

On connaît même les vrais gens de bien, lorsqu'il s'agit de l'intérêi : leur droiture, leur bonne foi, tait sentir la vertu qui les anime. Un faux dévot ne sera point si net, si désintéressé dans son procédé. Pourquoi cela? C'est que la piété nous défend do nous empresser pour les biens passagers, d'y mettre notre affection, d'en jouir avec une joie mondaine ; mais il est vrai qu'elle nous permet de les posséder, et qu'assez souvent elle nous en facilite la possession. Un homme pieux est estimé : les gens de tout caractère regardent un impie avec horreur. (Le P. La Pesse.)

[Régler sa dévotion selon sa condition.] — L'homme juste ne mesure jamais sa condition par sa dévotion, mais toujours sa dévotion par la condition où Dieu l'a appelé, et la fait consister principalement à remplir parfaitement tous les devoirs de son état. Point tant d'ostentation de piété ; point tant de réforme au-dehors; point tant de gémissements sur le relâchement des autres ; mais plus de charité, plus de désintéressement, plus de bonne foi, plus de mortification, plus de bas sentiments de soi-même. Moins de vivacité sur le pointd'honneur, moins de dureté sur les misères d'autrui, moins de délicatesse pour sa personne : ce sont là des points capitaux, et comme la base et le fondement de la véritable dévotion. Quelle erreur de chercher sa perfection hors de son état! Les conditions sont différentes, mais l'obligation d'en remplir tous les devoirs est la même. Toute dévotion n'est pas propre à toutes sortes de conditions. Ce qui servirait à la sainteté des uns serait un obstacle au salut des autres. Ce sont, selon l'Evangile, comme autant d'arbres , qui doivent lui porter du fruit, mais chacun du fruit de son espèce. Et c'est ce qui rend notre lâcheté et nos infidélités plus inexcusables. (Croiset.)

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