‹ La bibliothèque des prédicateursChapitre 42 sur 59 · SOIN QUE LES PÈRES ET MÈRES · texte numérisé non relu

SOIN QUE LES PÈRES ET MÈRES

en doivent prendre

!\Jous traitons ici l'un des plus importants sujets, et peut-être le plus nécessaire de toute la morale chrétienne, puisque de la bonne ou de la mauvaise éducation des enfants dépend ordinairement leur bonne ou mauvaise vie, la paix et l'union des familles , le bon ordre des Etats et la conservation de la piété et de la religion.

Il semble d'abord qu'en parlant des enfants on devrait plutôt parler de leurs devoirs envers ceux à qui ils sont redevables de la vie que des devoirs qui engagent les pères et les mères envers eux ■: l'ordre en serait peut-être plus naturel ; mais, la matière étant trop ample pour joindre ces devoirs réciproques dans un même corps de discours, comme la négligence des parents est plus ordinaire et les désordres qui en arrivent plus dangereux, nous préférons r utilité à l'ordre, que nous ne changeons qu'en cette vue; et nous remettons à traiter des devoirs des enfants envers leurs parents au titre des Enfants, que nous placerons en son lieu.

Ce qu'il y a à remarquer, dans cet important sujet, est que le prédicateur doit tellement partager son discours, qu'il fosse sentir la grandeur du mal que font les pères et les mères par leur négligence criminelle, et qu'il les instruite de* moyens qu'ils doivent prendre pour bien élever ceux que Dieu a confiés à leurs soins, et qu'enfin il leur fusse entendre que c'est Ici leur obligation la plus essentielle, et que leur salut est comme attaché à celui de leurs enfants. t. m. 29

Desseins et Plans.

I. — Les devoirs des pères et des mères envers les enfants peuvent se réduire à deux qui en renferment plusieurs autres: à l'éducation et au soin de leur établissement.

Premièrement : — Ils doivent à leurs enfants l'éducation, et c'est .un devoir si essentiel pour eux, que, s'ils ne s'en acquittent avec exactitude, ils se rendent très-coupables devant Dieu ; ils ne méritent 'plus, pour ainsi dire, d'être regardés comme pères. En effet, quelle obligation auraient les enfants à leurs pères et à leurs mères de leur avoir donné une vie qui les rend criminels et malheureux, s'ils ne travaillaient ensuite à réparer le malheur de leur naissance en leur procurant, par une bonne éducation, une vie sainte et heureuse ? Or, l'éducation renferme trois choses, auxquelles les parents sont également obligés: l'instruction, l'exemple et la correction. — 1°. Pour l'instruction, il est certain que les parents doivent être les premiers maîtres de leurs enfants. Dès leur plus tendre jeunesse, et même dès l'enfance, lorsque leurs cœurs et leurs esprits dociles commencent à être susceptibles des impressions qu'on leur veut donner, on doit s'appliquer à exciter en eux des sentiments de piété, de crainte de Dieu et d'horreur du péché. Â mesure qu'ils avancent en âge et que leur raison se fortifie, on développera davantage les premières instructions, et on tâchera de perfectionner cette ébauche par de nouvelles connaissances et do nouveaux enseignements, proportionnés à leur âge et à leur capacité. Ce n'est pas qu'on prétende qu'il faille négliger de leur inspirer les sentiments d'honneur qui conviennent à leur état et à leur naissance ; mais les parents doivent encore avoir plus de zèle à les former aux vertus du christianisme, et à leur faire observer exactement la loi de Dieu. Qu'ils prennent garde que, au lieu de leur inspirer des sentiments d'honneur et de leur apprendre les usages du monde, ils ne jettent dans leurs esprits des semences funestes de vanité, d'ambition, et ne leur apprennent à suivre les lois corrompues et déréglées du siècle. — 2°. Comme la vertu et le vice s'apprennent encore plus promptement et plus efficacement par les exemples que par les instructions, les pères et les mères, pour travailler à l'instruction de leurs enfants, ne sont pas moins obligés de leur donner de bons exemples que de les bien instruire. Car, comme les enfants sont naturellement portés à imiter tout ce qu'ils voient faire, et surtout par des personnes à qui ils doivent de l'amour et du respect, on

peut dire que les exemples des pères et des mères seul, à l'égard de leurs enfants des leçons journalières, et les plus efficaces. — 3°. La correction remédia ordinairement aux fautes où ils peuvent tomber, et elle en empêche les suites. Les parents sont donc obligés de corriger leurs enfants, et ils sont responsables dos fautes qu'ils commettent, s'ils ne les préviennent par leur vigilance, s'ils n'en arrêtent le cours: en quoi on doit éviter la trop grande mollesse et la trop grande sévérité.

Secondement : — Les parents doivent à leurs enfants lo soin de leur établissement. Ils sont obligés d'y penser sérieusement et de bonne beure; d'y pourvoir efficacement, selon leur état et leur condition, mais plus encore suivant la vocation de Dieu ; et, afin d'agir en cela conformément aux règles de la prudence chrétienne, ils doivent consulter le Seigneur, examiner l'inclination et les talents de leurs enfants, prendre conseil de ceux qui les conduisent et qui les connaissent. Le malheur est que la plupart des parents ne consultent sur cela que l'ambition ou l'intérêt, ou même laissent aller les choses au hasard, et ne suivent que le caprice de leurs enfants. Il y a deux choses à observer sur ce chapitre: — 1°. De prendre garde de les porter à embrasser l'état religieux ou ecclésiastique dans la vue de décharger leur famille, si leurs enfants n'ont ni la vocation ni les talents propres pour en remplir les devoirs ; — 2°. De ne pas les empêcher de suivre là-dessus la vocation cle Dieu, quand il les y appelle. Les parents doivent se souvenir qu'ils tiennent de Dieu l'autorité qu'ils ont sur leurs enfants, et qu'ainsi ils ne peuvent, sans une horrible prévarication, s'en servir pour les empêcher de suivre l'ordre de Dieu qui leur est marqué par la vocation, et ils doivent se persuader que leurs enfants ne sont plus obligés de leur obéir quand ils veulent les engager à désobéir à Dieu.

II. — Avoir mis des enfants au monde, c'est le moindre bienfait des parents envers leurs enfants : il doit être suivi du soin de les bien élever, parce que ce n'est pas un bien de vivre, mais de bien vivre, et de vivre éternellement.

C'est pourquoi, — 1°. La loi naturelle les oblige à s'acquitter fidèlement de ce devoir' si essentiel, par lequel les causes doivent donner aux effets qu'elles produisent ce qui est nécessaire pour la conservation, pour le progrès et pour la perfection de leur être.

2°. L'amour qu'ils portent naturellement à leurs enfants, et la charité chrétienne qu'ils doivent avoir pour eux, les obligent de procurer leur plus grand bien spirituel et temporel, et l'un et l'autre dépendent de la bonne éducation qu'ils leur donnent.

3°. Le propre intérêt des parents même les y doit engager, parce que ces enfants feront leur gloire ou leur honte, leur joie ou leur supplice, selon qu'ils seront bien ou mal élevés.

III. — Dieu, en donnant l'être aux hommes, leur donne en même temps, ou du moins leur destine, trois sortes de vies, qui nous font connaître trois sortes de soins et de providence à leur égard. — Il leur donne la vie naturelle, d'où ensuite il pourvoit à ce qui est nécessaire pour leur conservation; il les destine à une vie immortelle, qui est la fin pour laquelle il les a créés. C'est pourquoi il a à leur égard une seconde providence surnaturelle, qui veille, à leur préparer les grâces et les moyens nécessaires pour leur salut. Enfin, il les fait naître parmi les autres hommes pour faire une partie de la république et y mener une vie civile : ce qui fait que, par une troisième providence, que nous appelons vocation, et qui est en partie naturelle et en partie surnaturelle, il les appelle à tel état ou à tel genre de vie. C'est en ces trois choses que les pères et les mères doivent imiter Dieu, dont ils tiennent la place à l'égard de leurs enfants.

1°. Comme ce sont eux dont Dieu se sert pour leur donner la vie naturelle, ils sont obligés au soin de leur entretien et de leur conservation, par un amour qui doit imiter celui de Dieu.

2°. Ils doivent contribuer à leur salut par la bonne éducation, qui est une seconde vie morale, infiniment plus noble que la première, en les élevant dans la vertu pour leur faciliter le chemin du ciel.

3°. Ils doivent les aider à s'établir dans la vie civile, en secondant leur naturel et leur vocation.

IV. — 1°. Les pères sont doublement les pères de leurs enfants quand ils les rendent vertueux par leurs instructions et par leurs bons exemples. On peut s'étendre sur les avantages et sur les biens que cause une bonne éducation soit aux enfants soit aux parents mêmes.

2°. Ils en sont les parricides, quand ils les élèvent mal , et qu'ils sont cause de leur damnation , en les laissant mener une vie libertine et déréglée.

V. — Il y a ordinairement trois grands défauts dans l'éducation des enfants qui sont cause de leur réprobation aussi bien que de celle des parents mêmes, qui ne font pas assez réflexion sur l'obligation essentielle qu'ils ont de les bien élever.

1°. On les élève dans un grand oubli de Dieu , sans les instruire des vérités de la religion et des devoirs d'un chrétien.

2°. On les élève dans l'amour du libertinage, sans les corriger de leurs désordres, et les abandonnant à leurs passions déréglées, qu'on ne se met point en peine de réprimer.

3°. On les élève dans les maximes du monde, dans la vanité, dans l'am-

bition, dans le faste, particulièremenl les enfanta d'une naissance distinguée.

VI. — Trois choses obligent les pères et les mères à prendre un grand soin do l'éducation de leurs enfants , après leur avoir donné l'être et la vie :

1°. L'intérêt de Dieu, qui no leur adonné des enfants que pour les élever dans son service : aussi lui rendront-ils un compte sévère et exact de la manière dont ils se seront acquittés de cette obligation.

2°. L'intérêt et la considération du public, auquel ils doivent se rendre utiles, et qui est frustré de ce secours par leur mauvaise éducation.

3°. L'intérêt enfin des enfants et des parents mômes, puisque leur bonheur ou leur malheur mutuel est attaché ;i cette éducation.

VIL — 1°. Les enfants seront un jour la consolation ou l'affliction de leurs parents, selon la bonne ou la mauvaise éducation qu'ils en auront reçue.

2°. Ils seront les héritiers de leurs vices et de leurs vertus autant que de leurs biens.

3°. Ils seront la cause et le moyen de leur salut ou de leur damnation.

VIII. — La mauvaise éducation des enfants est une espèce de péché originel.

4°. C'est le péché des parents, par leur négligence et par une prévarication toute visible au plus essentiel de leurs devoirs : péché grief, comme on peut juger par la manière que S. Paul en parle, péché presque universel, et qui en comprend une infinité d'autres; péché qui enveloppe toute la postérité de ceux qui le commettent personnellement.

2°. Un péché héréditaire dans les enfants, qui héritent des maux, c'està-dire des vices de leurs parents, avant de jouir de la succession de leurs biens ; qui sont vicieux comme l'ont été leurs parents, et qui, étant mal élevés, trouvent dans cette mauvaise éducation la source et le principe d'une infinité d'autres crimes.

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