‹ La bibliothèque des prédicateursChapitre 41 sur 59 · IV I · texte numérisé non relu

IV I

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Pensées et Passages des SS. Pères.

Nemo in Ecclesiâampliùs noeet quant qui, perverse agens, nomen vel ordinern sanctitatù ienet. Detinquentem namque hune redarguere nullus preesumit,' et in exemplùm culpa vehementer extenditUr, quandà pro reverentiâ ordinis peccator honoratur. Gregor. Pastor.

Ingrediuntur electi, et sacerdotum manibus expiati, cœlestem patriam : et meerdotes Ckristi per vitam reprobam ad inferni supplicia festinant. Id. Homil. 27.

Grandi? dignitas sacerdotum, sed grandis ruina si peccant Gregor. in Ezechiel.

Nulltim puto ab aliis majùs preejudicium quant à sacerdotibus tolérai Deus, quandà eos, quoi ad aliorum correctioném posuit, dure de se exempta pravitatis cernit. Gregor. Homil. 17 in Evangel.

Nullum facere subdiaconum prœsumant episcopi, nisi qui se victurum caste promiserit. Ici. Epist. 42.

Penset sacerdos, qui ad satisfaciendum district» juilici de sud tantùmmodà anima fartasse vix suffùcit, et quot regendis subditis prœest, tôt, ut ita dicam, animas habet. Gregor. Moral.

Causa sun! ruints populi sacerdotes malt: quis enim se pro populi peccatis objiciat, si sacerdos, qui orare debuerat, graviora commutât? Id. Epist. 64. •

Tôt occidimus quot admortem irequotidiè tepidi et tacenies vidimus. Gregor. Homil. 11 in Ezechiel.

Cujus vita despieitur, necesse est ut eju?

11 n'y a personne dans l'Eglise dont l'exemple soit plus pernicieux qu'est celui qui porte le nom et le caractère de la sainteté ; parce que nul n'ose prendre la hardiesse de lui faire des réprimandes sur sa mauvaise vie : et le désordre croît et se répand sans bornes, quand celui qui mène une vie déréglée est en honneur et en vénération pour la dignité de son caractère.

Tl arrive que les élus sont reçus dans le ciel après avoir expié leurs péchés et reçu l'absolution par les mains des prêtres : et les prêtres mêmes de Jésus-Christ , grâce à leur mauvaise vie, se précipitent dans les tourments de l'enfer.

Haute et éminente sans doute est la dignité des prêtres; mais leur chute est d'autant plus terrible quand ils pèchent.

Je ne crois pas que Dieu soit offensé plus grièvement et que sa gloire souffre plus de préjudice que de la part des prêtres, quand ceux-là mêmes qu'il a établis pour l'édification et la correction des autres sont cause de leur perte par le mauvais exemple.

Que les évêques ne présument point d'ordonner personne sous-diacre qu'il n'ait promis de garder la chasteté.

Que le prêtre fasse une sérieuse réflexion, qu'à peine peut-être pourra-t-il répondre pour son âme propre au souverain juge, et que néanmoins il doit répondre du salut d'autant d'âmes qu'il y a de personnes qui lui sont confiées.

Les prêtres qui vivent mal sont la cause de la perte des peuples : car qui se fera leur médiateur et s'opposera pour eux à la justice divine, si le prêtre, qui doit intercéder pour obtenir le pardon de leurs péchés, en commet lui-même de plus grands et de plus griefs ?

Nous donnons la mort à autant de personnes que nous en laissons malheureusement périr par notre négligence et par la tiédeur dans notre ministère.

On méprise aisément la prédication de

:■ \i; \<;i: U'iiK '.'i A.TRIÈME.

prœdicatio contemnatur. (d, llomil. I-' in Evangel.

Périt vêuerentia, adimitur disciplina , si qui culpas (/■■/mi/ emendare committit. GregoPi Epist. 1 [3.

Cùm sacerdotalis dignitas aliis videatur dignitatibus eminere, ità quùquis ed ornatus est, cunctis se imitandum débet oslendere. Id. Epist. 1 17.

Non est jàm dicere : « Ut populus sic sacerdos: » quia nec sic populus utsacerdos. Heu! heu! Domine DeusI quia ipsi sunt in persecutione tuA primi qui videntur in \Ecclesiâ Im'i primatum diligere, regere principatum. Grcg. Serm.

Domum lin convertit in speluncam latro- ,///,/! qui lucra de religione seclatur, cùttusque ejus /in// tut/1 cultus Dei quàm negotiationis occasio est. Ilicronymus in Matth.

Procuratoi 'um ac villai'um alie-

narum quomodà possunt esse clerici, qui proprias fubentur contemnere facultates?

Id. Epist. ad Nepotianum.

Qui Christi servit Ecclesiœ interpretetur prima vocabulum suum, et nominis definitione prolatâ nitaiur esse quod dicitur. Id.

Ibid.

Proptereà vocantur clerici, vel qiy.a de sorte sunt Domini, vel quia ipsé Dominus --ors id est purs clericorum est. Qui autem vel ipse purs Domini, vel Dominus partem hubet, talem se exhibere débet, id et ipse possideai Dominum et possideatur à Domino. Id. ibid.

Ignominia sacerdotum est propriis studere divitiis. Hieronym. Ibid.

Propter vitia sacerdotum, non modo sunctuarium destituitur, sed et iam destruitur. Id. Epist. ad Sabinianum.

Yitu illius laudanda est, qui venerationi hubet sacerdotes Christi, et non detrahit gradui, per quem factus est christianus. Hieronym. Epist. 1 ad Heliodornm.

Negotiatorem clericum, et ex inope divitem, et ex ignobili gloriosum, quasi quamdam pestem fuge. Hieronym. ad Nepotia-

num.

Si sacerdos est, sciai legem Domini; si ignorât legem Domini, ijêe se arguit non esse sacerdotem Domini. Id. in Aggaeum;

celui dont la vie n'inspire point <ir respect.

( in perd le re pect el o) fait nul profil

de l'instruction de celui qui commet les Baul qu'il aurait dû corriger dan autres.

La dignité sacerdotale étant élevée audessus de toutes les autres dignités, quiconque en est revôtu doil servir de modèle et d'exemple à tout le monde.

On n'a plus sujet de dire : » Le prêtre ne vaut pas mieux que le peuple : « car le peuple n'est pas même si déréglé que le prêtre. Hélas I Seigneur, ceux-là sont les premiers à vous persécuter qui tiennent et ambitionnent les premiers rangs dans votre Eglise et parmi vos ministres.

Celui-là change la maison de Dieu en h le retraite de voleurs qui fait un gain sordide de l'exercice de la religion, et ce n'est pas tant un culte qu'on rend à Dieu qu'un moyen et une occasion de trafic.

Ceux qui se font les économes des maisons et les fermiers des terres d'autrui , comment peuvent-ils être admis au rang du clergé, eux qui sont obligés de mépriser leurs propres biens pour vaquer uniquement au service de Dieu.

Que celui qui sert à l'Eglise en qualité de ministre du Seigneur, entende bien d'abord la signification de son nom, et, en comprenant la force du mot, qu'il s'efforce d'en remplir les devoirs.

Les clercs portent ce nom , soit parce qu'ils sont une portion de l'héritage du Seigneur, ou parce que le Seigneur est leur sort et leur partage. Or, celui qui est ainsi l'héritage du Seigneur, ou qui a Dieu même pour son partage, doit se montrer tel qu'il mérite de posséder Dieu et que Dieu le possède.

L'ignominie d'un prêtre est de travailler à s'enrichir.

A cause du désordre des prêtres, le sanctuaire est non-seulement abandonné , mais détruit.

La vie de celui-là est louable qui a un grand respect pour les prêtres et les ministres de Jésus-Christ, et qui ne parle jamais mal de celui par le ministère duquel il a été fait chrétien.

Fuyez et ayez en horreur comme une peste, un clerc qui trafique , qui de pauvre est devenu riche, et qui, par le moyen de ses richesses, s'est tiré de l'obscurité et s'est rendu considérable.

Si c'est un prêtre, il doit savoir la loi du Seigneur; cl, s'il l'ignore, il montre par-là qu'il n'est pas un véritable prêtre du Seigneur.

JÎCCLESIASTIQUE.

Absit ut quidquam tfnistrum d<Ê Us arbitremur qui, apostolico gradui succedentes, Christt corpus sur,', ore conflciunt! Hicronym. Epist. ] ad Heliodorum.

Regum coda submittuntur genibus sacerdotum. Ambros. Epist. ad Marcellinam.

Quod iumus professione, aetione potiùs quàm nom i ne monstremus, ut actio responih'iii riomini, et nomen cum operatione concordet. Id. Sacerdot. dignit. 3.

Quomodà potest à populo observari qui

nil habet seeretum àpopuh, et à multitudine

dis/, or! Quid in te miretur, si sua in te re-

cat, si ni in te aspicial quod ultra se

niai ! Ambros. I Epist. fi.

Non mérita personarum considérés, sed officia saeerdotum. Idem.

Sacerdos Christ i Evangeliun tenens et ChrisH pratcepta custodiens, occidi potest, vinci non pofest. Cyprianus Epist. 3.

0 sacerdotes, si anima cujuslibet justi séries est Dei, multb mugis sedes et tetnplum Dei esse debetis mundum et immacutatum.

August. in 11 Isaiœ.

Présbyteri qui benè prœsunt vitd et doctrinâ, digni habentur à subditis dupltci honore, scilicet ut spirituatiter ei obediant , et exteriora bona ministrent. Id. in i Tira.

Verè veneranda saeerdotum dignitas, in quorum manibus Deî Filius, velut ta utero mot ris, incamatur. August. Homil. n in Ps.

Al'ari vacare debent qui il" altari cirant. Id. De singul. Cleric.

Evangelicam et angeiicam vitam ducat sacerdos oportei. Clemens Alexand.

Non aliundè hœreses exortœ surit, av.t nota suât séhismata, quàm indè quod sacerdoti Dei non obtemperatur. Cyprian. Epist. 3.

Custodes animarum (sacerdotes). Gregor.

Nazianz. Orat. ad Saeerd. congreg.

Tantùm intéresse débet inter sacerdotem et quemtibet virum probum, quàm inter cœlum et terrirm discriminis est. Isidor. Pelus. II Epist. 205.

Sacerdotes pro populorum iniquitate damnantur, si eos aut ignorantes non erudiunt, aùt peccantes non arguant. Isidor. De summo bono.

Sacerdoti m virum oportei esse divinum.

Synesiua Epist. 105.

A Dieu ne plaise que nous soupçonnions ou que nous croyions du mal de ceux qui, ayant Buccédé à la dignité et au ministère des Apôtres, produisent par la parole de leur bouche le corps de Jésus-Christ!

Les rois de la terre courbent le front et s'abaissent aux genoux des prêtres.

Montrons ce que nous sommes plutôt par nos actions que par le nom que nous portons, afin que nos œuvres répondent à la dignité du nom , et que le nom s'accorde avec nos œuvres.

Comment celui-là peut-il mériter les honneurs et les respects du peuple, qui n'a rien au-dessus du peuple, rien qui le distingue de la multitude? Que pourra admirer le peuple en vous, s'il n'y reconnaît rien que ce qu'il voit en soi-même, qu'il n'y remarque rien davantage ?

Ne regardez point, dans le prêtre, le mérite de la personne, mais les fonctions et le ministère.

Le prêtre s'attaehant à l'Évangile de Jésus- Ciikist et qui garde ses préceptes, peut bien être mis à mort, mais non vaincu.

Prêtres du Seigneur, si l'àme de chaque juste est la demeure du Dieu vivant, à plus forte raison devez-vous être le temple pur et sans souillure de ce même Dieu, consacrés à son service comme vous l'êtes.

Les prêtres qui, par la sainteté de leur vie et par leur doctrine, sont établis pour gouverner les autres, méritent un double honneur, un double respect, de la part de ceux qui leur sont soumis , obéissance de cœur et d'esprit, les nécessités du corps et de la vie.

On doit un grand respect et une singulière vénération aux prêtres, entre les mains desquels le Fils de Dieu prend une nouvelle naissance, comme dans le sein de sa sainte Mère.

Il est juste que ceux qui vivent de l'autel servent l'autel.

Il faut que le prêtre mène une vie conforme à l'Évangile et tout angélique.

Les hérésies n'ont point d'autre source, et les schismes d'autre origine que la désobéissance au prêtre du Seigneur.

Les prêtres sont les gardiens et les conducteurs des âmes.

Il doit y avoir autant de différence entre un prêtre et un autre homme de bien, qu'il y a de différence entre le ciel et la terre.

Le prêtre est condamné et réprouvé de Dieu pour l'iniquité des peuples, quand il manque de les instruire dans leur ignorance ou de les reprendre dans leurs fautes.

Il faut que le prêtre soit un homme tout divin.

Digniius, in indigno, est ornamentum in /iiId : et iiicîi, i/iii mcriaitaris mggestueminent, quantum gradu taniùm mérita excellere debent, Sidonius Apollinarto, de Eooles.

oathol.

Proftesio vestru vita ccelestis est. Cassipdor. Epist. 24.

Saoerdos, inter Deum et hominem médius aonstitutus, eitrà Deum sed ultra hominem, minor Deo sed major homine. [nnooentius 111 in 1 Apurai.

Honorate sacerdotes ut patres, ut dominos, ut beneficos, ut benà vivendi auctores. s. Cleincns, de Constit. Apost, vu, :>2.

Quos necesse est Quotidiè sacrosanctis A;/"1' carnibm vesci. Cassianus, vi, 8.

Saoerdos est miraculum stupendum , potestas ineffabilis; aelum attingit, cwm angelis versatur, cum Deo familiariter agit, Ephrem. Serm. de Sacerd.

Sacerdos quasi communis quidam omnium

pater est; dignum est igitur ut omnium curam

agat, omnibusque provideat, sicut et Deus ,

fungitur vice. Chrysost. Homil. G in

i Tim. 2.

Qui in terra versantur, Us commission est

Ut eu qmr in ÇOSltS suit! dispensent ; iis rlo.-

tum est ut potestatem habeant quam Deus optimus neque angelis neque, archangelis dalam esse volait. Id. v do Sacerdotio.

Médius stat sacerdos inter Deum et humanam naturam : ilûnc venientia bénéficia ad nos deferens, nostras preces illùc perferéns, et Dominum iratum reconcilians. Chrysost. Homil. o in Isaiam.

Sacerdotes majore honore qui/m, parentes proprios debemus honestare. Id. m de Sacerdot.

Sacerdotes Christi vicarii sunt, et qui honorât sacerdotem Christi honorât Chrisium. Id. Homil. 7 in Matin.

Verè magna confusio sacerdotum et omnium clericorum, quandà la'ici inveniuntur ipsis fideliores <■/ justiores, Ghrysost. in Matth. 2:;.

Sacerdotium princip'atus est i/>-;<> etiam regno vènerabilius ac majus. Chryeost Hom. :; in Isaise. « Anno quo raortuus est Ozias rex, (.'le. »

Quamam, quœso,,potestas hâc un:) major

• :'.' Pater omnifariam potestatem

i'iliu dédit : cœterùm viciée ipsam eamdem

omnifariam potestatem à Filio sacerdotibus

traditam. [d. de Sacerdotio, m.

La dignité dans un homme qui en est indigne, il comme une perle ol an diamanl dans ii. boue. C'esl pourquoi ceux qui oui l'honnour d'approcher des autels, plus ils Boni élevés en dignité, plie; ils doivenl exceller en vertus i-i eu mérites.

Votre état et votre profe ion e I de mener uni' vie toute cèle

Le prêtre, tenant comme 1<.' milieu entre Dieu et. L'homme, es! au-dessous de DlEi , mais au-dessus de l'homme; inférieur à Dieu, niais supérieur à l'homme.

Honorez les prêtres comme vos pères, comme vos maîtres, vos bienfaiteurs, comme

ceux qui vous portent, à bien vivre et. qui vous en donnent les moyens.

Concevez la dignité, la sainteté, qui doit être dans les prêtres, qui doivenl tous les jours se nourrir de la chair de l'Agneau.

Le prêtre est un miracle ; il a un pouvoir qui ne se peut exprimer ; c'est un habitant du ciel, il entretient commerce avec les anges ; il commerce familièrement avec Dieu même.

Le prêtre est comme le père commun de tous les fidèles : il est donc juste qu'il prenne soin de tous, qu'il pourvoie aux besoins spirituels de tous, comme Dieu, dont il tient la place.

Le prêtre, quoique sur la (erre, est chargé de la dispensation des biens du ciel : Dieu lui donne un pouvoir qu'il n'a pas voulu communiquer aux anges mêmes ni aux archanges.

Le prêtre tient le milieu entre Dieu et la nature humaine : d'un côté il attire sur nous les faveurs et les bienfaits du ciel : de l'autre il offre et présente à Dieu nos prières pour nous réconcilier avec lui, lorsqu'il est justement irrité.

Nous devons rendre plus d'honneur aux prêtres qu'à nos propres parents , de qui nous avons reçu la vie.

Les prêtres sont les vicaires et les substituts de Jésus-Christ dans leurs ministères, et celui qui honore le prêtre honore Jésus- Christ même.

C'est une honte, une confusion pour le prêtre, quand on trouve des laïques plus fidèles à Dieu et plus gens de bien que lui.

La puissance et la dignité sacerdotale est plus .mande et plus respectable que la royauté.

Quel pouvoir, je vous prie, peut être plus grand que celui qui est attaché au sacerdoce ! Le Père éternel a donné tout pouvoir à son Fils, et ce Fils a communiqué ce même pouvoir à ses mini ' i

Laid delinquentes facile ernendantur, clericiautem, si semel malt evaserint, inemendabiles fèunt. lu. in Matth.

Conseerâsti os tau m Evangelio : nugis igiturjàm osapertre illicilum est,assuescere verà nugas loqui, sacrilegum est. Labia sacerdotis custodient scientiam, et ex ore ejus requirent legem, non nugas et fabulas. Bernardus, n de Considérât.

Inter sœculares, nugœ nugœ sunt : in ore sacerdotis blasphemia. Id. ibid.

Periclitatur sacerdotis castitas in deliciis, humiliias in honoribus , pietas in negotiis, Veritas in multiloquio, et charitas in hoc nequam sœculo. Bernardus. de Conversât.

Timeant clerici, timeant ministri Ecclesiœ qui in terri) sanctorum, quam possident, tàm iniqua gerunt, ut, stipendiis quœ sufficere debeant non contenti, superflrm quibus egeni sustentandi forent impie mcrilegèque retinent. Id. Serm. 24 in Cant.

Quidquid prœter necessarium vietum aut simplicem vestitum de altari rétines, tuum non est; rapina est, sacritegium est- Ibid. Epist. 2.

Conceditur tibi ut, si benè deservis, de altario viras, non autem ut de altario superbias. Bernard. Ibid.

Ecce sacerdos factus es : non allevâsfi onus tuum, sed arctiori jarn alligalus es vinculo disciplinée, et ad majorem teneris perfectionem. De Imitatione Christi, iv, 5.

Sacerdos omnibus virtutibus débet esse ornatus, et aliis bonœ vitœ exemplwm prajbere. Id. Ibid.

Nihil est quod alios magis ad pietatem et Dei cultum assidue instruat <juàm eorum vita et exemplwm qui .se divino ministerio dèdicârunt. Coneil. Trid. sess. 22.

Ciim à rébus sœculi in altiorem sublati locum conspiciantur , in eos tanquùm spéculum reliqui oculos conjiciunt , ex eisque mmunt quod imitentur. Ibid.

Sacerdoiium est omnium bonorum quœ sunt in hominibus apex. Ignatius martyr. Epist. 10.

Les laïques se corrigent aisément ; mais, lorsque les ecclésiastiques sont dans le désordre, ils deviennent incorrigibles.

Vous avez consacré votre bouche à l'Évangile : il ne vous est donc plus permis de l'ouvrir pour les bagatelles ; mais, s'accoutumer à proférer des niaiseries, c'est un sacrilège. Les lèvres du prêtre sont les dépositaires de la science : on attend donc de lui ce qui est conforme à la loi de Dieu, et non pas des bagatelles et des plaisanteries.

Parmi les séculiers, les bagatelles sont des bagatelles...; mais, dans la bouche d'un prêtre, ce sont des blasphèmes.

La pureté d'un prêtre court risque dans les délices; son humilité, dans les honneurs et les applaudissements ; sa piété et sa dévotion, dans l'embarras des affaires; la vérité dans les entretiens inutiles, et la charité dans le commerce de ce siècle corrompu.

Que ces ministres de l'Église tremblent, qui, possédant la terre des saints, ne se contentent pas du nécessaire dan^ l'usage des biens temporels qu'ils en retirent, mais retiennent, par une impiété et une injustice sacrilège, le superflu qui doit être employé à la nourriture des pauvres.

Ce que vous retenez du bien de l'autel au-delà de ce qui vous est nécessaire pour la nourriture et le vêtement simple ne vous appartient pas ; c'est un vol et c'est un sacrilège que vous commettez.

On vous permet de vivre de l'autel, si vous servez dignement l'autel, mais non de vivre magnifiquement aux dépens de l'autel.

Vous voilà enfin élevé à la dignité sacerdotale : par-là vous n'avez pas rendu votre fardeau plus léger: vous avez plutôt contracté une obligation plus étroite de vous acquitter de vos devoirs et d'aspirer à une plus haute perfection.

Le prêtre doit être orné de toutes les vertus et montrer aux autres l'exemple d'une sainte vie.

Rien n'instruit mieux, rien n'excite davantage à la piété et au culte de Dieu, que la vie sainte et exemplaire de ceux qui se sont dévoués aux divins ministères.

Comme les ecclésiastiques sont par leurétat éloignés des affaires séculières et placés dans un rang plus élevé, les autres ont les yeux sur eux, pourvoir, comme dans un miroir, et apprendre d'eux ce qu'ils doivent imiter.

Le sacerdoce est le comble de tous les biens qui se trouvent parmi les hommes.

Ce que l'on peut tirer de la Théologie.

[Définition du sacerdoce.] — Comme on ne peut séparer la qualité de prêtre et celle de clerc, la définition du premier donne et renferme nécessairement l'idée et la notion qu'on doit se former du second. Ainsi, le prêtre est un clerc légitimement ordonné par l'évèque pour offrir à Dieu le sacrifice non sanglant du corps et du sang de Jésus-Christ, et pour administrer les autres sacrements de la nouvelle loi. Dans cette définition, le mot de clerc, qui est plus étendu, et qui est commun à tous ceux qui ont reçu la tonsure, tient lieu de genre ; et le pouvoir d'offrir le sacrifice à l'autel et d'administrer les autres sacrements spécifiés dans son ordination tient lieu de différence.

Le prêtre est essentiellement' clerc, c'est-à-dire, selon la force de ce mot, et selon S. Jérôme (Epître à Népotien), Dieu est son sort, sa part et son héritage. C'est l'avantage que Dieu faisait aux lévites de l'ancienne loi. Ou bien, eux-mêmes sont l'héritage de Dieu : ce qui ne leur est pas moins glorieux. Le mot de prêtre ajoute à celui de clerc un pouvoir incomparablement plus ample, et le mot latin Sacerdos lui est particulièrement affecté, soit parce qu'il enseigne les choses sacrées en qualité de maitre qui instruit, ou parce qu'il donne ou administre les saints mystères, selon l'étymologie que quelques-uns donnent de ce mot. Pour ce qui est du nom de prêtre, on sait assez que, dans sa propre signification voulant dire ancien, il leur est particulièrement affecté, parce que leur caractère mérite le même honneur et le même respect qui sont dus aux personnes considérables par leur âge.

[Division en deux classes.] — On distingue communément les ecclésiastiques, et particulièrement ceux qui ont l'ordre de prêtrise, en deux classes: les uns sont prélats, curés, pasteurs, qui sont pourvus de bénéfices à charge d'àmes; les autres sont simplement prêtres et n'ont nulle charge, nulle inspection, nulle juridiction sur personne. Or, de ces notions, distinctions et différences, dont il est quelquefois important que les laïques soient instruits, les théologiens, et particulièrement les casuistes, tirent plusieurs conséquences qui regardent, les unes les laïques envers les ecclésiastiques, et les autres

les ecclésiastiques à l'égard des laïques. Mais, sans entrer dans un long détail en ce qui concerne les bénéfices ou les obligations particulières de chaque ecclésiastique selon l'état où il est et le rang qu'il occupe, voici seulement les devoirs, et les vérités que le prédicateur doit faire entendre aux ecclésiastiques et aux laïques.

[Vocation.] — Deux choses sont absolument nécessaires pour exercer les fonctions ecclésiastiques : le pouvoir et la grâce. Le pouvoir est donné par l'ordination ; mais la grâce nécessaire pour exercer saintement ces fonctions n'est pas donnée à tous ceux qui sont revêtus du caractère ecclésiastique ; elle l'est seulement à ceux qui sont particulièrement appelés à cet état. 11 n'y a rien de si établi, dans toutes les Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament, que la nécessité de cette vocation. Nous y voyons que tous ceux qui ont été employés au culte divin et aux sacrés ministères ne l'ont fait que par un ordre exprès de la part de Dieu; et, si quelques-uns ont été si hardis que de l'entreprendre de leur propre mouvement, ils ont reçu à l'instant la punition de leur témérité. Le Saint-Esprit a commencé à former l'Eglise par l'établissement de cette vérité dans l'élection de S. Matthias à l'apostolat. Et S. Paul a posé cette règle comme la pierre fondamentale de l'Eglise. Personne ne doit s'introduire lui-même dans l'honneur du sacerdoce ; c'est à Dieu à le choisir et à l'appeler, comme il a appelé et choisi Aaron. Ce que l'Apôtre confirme par l'exemple de Jésus- Christ même, qui n'a eu garde, dit-il, de s'établir lui-même pontife, mais qui a reçu son pontificat par V autorité de celui qui lui a dit : Vous êtes mou Fils, etc. C'est pourquoi tout homme qui entre dans cet état sans y être appelé y entre contre la volonté de Dieu ; il transgresse une loi solennelle dont Dieu a toujours recommandé l'exécution. La punition ordinaire de ce crime, quelle est-elle ? La privation des grâces, sans lesquelles les fonctions ecclésiastiques ne peuvent être exercées avec fruit.

[Etude de la loi.] — La première obligation d'un ecclésiastique, c'est de s'appliquer sérieusement à l'étude de la loi de Dieu, tant pour soi-même, afin d'être instruit de ses obligations, que pour les autres afin de se rendre capable de les instruire : car de l'ignorance des ecclésiastiques naissent deux grands maux; leur propre dérèglement et le dérèglement des peuples qu'ils abandonnent, qu'ils laissent sans instruction. En effet, tous les péchés qui régnent dans le monde ne viennent que de l'ignorance qu'on a de Dieu, dont on néglige d'étudier la loi. Ainsi, les peuples ne l'écoutant point, et les ecclésiastiques qui sont chargés du soin de la leur enseigner n'étant pas capables de le faire, ou s'occupant de tout autre soin, les uns et les autres se perdent en menant une vie déréglée. Les uns s'égarent dans les voies du salut, faute de conducteurs, et les autres sont des guides aveugles qui conduisent d'autres aveugles, selon la parole de l'Evangile : ( \vci srmt et duce* cœcorufn .

[Pouvoir admirable des prêtres.] — La puissance est une des choses qui rendent les hommes plus recommandables, en ce qu'ils approchent de la divine Majesté, <jui est toute-puissante et à qui rien n'est, impossible. Les prêtres possèdent éminemment cet avantage : car ils ont mitre les mains Les clefs du ciel, le pouvoir de lier et do délier lus coupables; ce qui pusse de coup, dit S. Ghrys tstôme, toute l'autorité dos puissances de la terre, laquelle B'étend seulement sur les corps. Mais, si quelque chose rend les prêtres considérables, c'est d'être les lieutenants de Dieu, comme les appelle l'Apôtre, de faire enterre l'office de Jésus-Christ, et do produire son corps .-uv Les autels. C'est pourquoi, l'Eglise, qui est toujours conduite cl éclairée par le Saint-Esprit, ordonne de les honorer et de les respecter: respect et honneur qui sans doute leur sont dus à plus juste titre qu'aux prêtres de l'ancienne loi, que Dieu avait si expressément commandé d'honorer.

[Honorer le prêtre.] — C'est un grand malheur dans l'Eglise quand les ecclésiastiques, et particulièrement les prêtres et les pasteurs , mènent une vie déréglée, et quelquefois scandaleuse ; et c'est une plainte que l'on fait assez ordinairement, qu'ils déshonorent leur caractère par le dérèglement de leurs mœurs. On ne prétend pas ici consacrer leurs désordres, ni même les excuser en aucune manière; mais tous les docteurs soutiennent que, nonobstant cela, on leur doit toujours du respect. La raison en est que les désordres des prêtres ne diminuent rien de la grandeur de leur caractère; que leurs injustices ne leur ôtent rien de leur puissance, ni du droit d'administrer validement les sacrements, qui sont toujours administrés, de quelque indignité que leur conscience soit souillée, quoi qu'erraient pensé plusieurs hérétiques que l'Eglise a condamnés. Dieu n'a pas attaché leur pouvoir et leur autorité à la bonté de leur vie, parce que nous ne pourrions pas toujours distinguer les bons des mauvais; il a voulu que ce pouvoir fût inséparable de leur caractère, et la jurisdiction de leur charge.

La cause du manque de respect envers les prêtres et les ecclésiastiques, et quelquefois même du mépris formel que leur mauvaise vie inspire à plusieurs, vient — ou de ce que l'on confond trop le caractère avec le ministre, c'est-à-dire avec la personne qui est revêtue du caractère; ce qui fait qu'on méprise l'autorité et le pouvoir que donne ce caractère, comme s'il était devenu méprisable à cause qu'il est déshonoré en quelque manière dans la personne qui le porte et c'est alors une impiété à laquelle le dérèglement des ecclésiastiques donne lieu ; ce que l'Ecriture appelle faire blasphémer le nom de Dieu ; — ou bien cela vient de ce qu'on sépare trop le caractère, le pouvoir et l'autorité, de la personne, car, comme le sacerdoce est inséparable de celui qui est revêtu de ce caractère, et que Dieu ne commande pas aux peuples d'honorer le caractère en général, mais celui auquel il Ta attaché, on ne peut mépriser ou déshonorer l'un sans

mépriser et déshonorer l'autre. Du premier principe il suit qu'on doit toujours honorer les prêtres nonobstant leur mauvaise vie, mais en telle sorte qu'on ne suive pas leur exemple et qu'on n'approuve point leurs désordres; et, du second, qu'on ne peut mépriser leurs personnes sans mépriser leur caractère ce qui est une impiété.

iPcdiés du prêtre.] — Les crimes changent d'espèce selon la différence de l'objet ou du principe. Ainsi, une raillerie faite contre l'honneur du prochain quoiqu'en matière de conséquence, retient son nom de raillerie accompagnée de médisance ; mais une raillerie contre le respect qui est dû à Dieu, aux choses saintes, est un blasphème. 11 faut dire la même chose à l'égard du principe : une personne qui, à raison de son état, de sa profession ou de son caractère, est plus obligée de bien vivre, commet un plus grand péché quand elle souille son caractère, et déshonore sa profession, comme font les prêtres et les ecclésiastiques, et c'est en ce sens que S. Bernard dit que lesbadineries dans la bouche des laïques sont desbadineries, mais que dans la bouche d'un prêtre, ce sont des blasphèmes : Nugœ in ore laici nugœ sunt, in ore sacerdotis blaspkemiœ.

[Devoirs du prêtre.] — Comme cet état, distingué de celui des laïques par une consécration particulière, engage les ecclésiastiques au service divin, au soin des âmes et des pauvres, ils ne doivent point, comme le prescrit S. Paul, se mêler des affaires du siècle ; Nemo militans Deo implicat se negotiis secularibus, C'est-à-dire qu'ils doivent être éloignés des intrigues du monde, débarrassés des soins d'une famille, fuir les divertissements mondains, et tout ce qui les peut détourner de leur ministère et desJbnctions propres de leur état. C'est pourquoi les conciles leur défendent le commerce, et, comme l'explique S. Chrysostôme, d'acheter une chose pour la revendre jdus cher; d'exercer par profession un métier mécanique; ce qu'ils peuvent faire par divertissement, ou pour fuir l'oisiveté. Les saints canons leur interdisent les spectacles, les danses, et même la chasse quand elle se fait avec chiens, chevaux et l'appareil nécessaire à cet exercice : non que les conciles ne sussent bien que cette chasse n'est point criminelle en elle-même, mais parce qu'elle est contre la bienséance d'un état dévoué au culte de Dieu, et incompatible avec la dissipation d'esprit que leur causerait cet exercice.

[Des pasteurs mercenaires.] — Les mercenaires, selon la définition que S. Augustin nous en donne, sont ceux qui cherchent leur intérêt dans la conduite des âmes, qui ne servent point Jésus-Christ pour Jésus-Christ même, mais qui regardent principalement leur utilité temporelle, qui sont possédés de l'amour du gain ou qui se laissent éblouir à l'éclat des honneurs. Ces mercenaires sont d'autant plus coupables qu'ils renversent entièrement l'ordre que Dieu a établi. L'ordre de Dieu est que ses

ministres se proposent en premier lieu d'annoncer son Evangile. Jl leur permet ensuite d'user des biens de ce monde* parce que, s'ils n'avaien de quoi se soutenir, ils ne pourraient pas exercer leur ministère. Les mercenaires, au contraire, ont pour première fin leur intérél ; ils considèrent leur ministère évangélique comme un moyen d'arriver à la fin honteuse qu'ils se proposent.

Les biens ecclésiastiques sont communément appelés les vœux desfidèlei le prix des péchés, le patrimoine des pauvres. Ce sont les vœux des fidèles , parce que les fidèles ont présenté ces biens à l'Eglise comme une oblation si.inle, pour attirer les bénédictions du ciel. C'est le prix des péché.-,, parce qu'ils ont cru qu'en se dépouillant de leurs biens en faveur deTEglisc ils obtiendraient miséricorde et le pardon de leurs péchés. C'est le patrimoine des pauvres , parce qu'ils ont prétendu que ces biens seraient une ressource assurée pour les pauvres. Et parce que les biens ecclésiastiques sont le patrimoine des pauvres ,' il suit de-là qu'un ecclésiastique doit avoir toujours dans l'esprit d'épargner, de se retrancher, afin d'être en état de rendre aux pauvres ce qui leur appartient. Il s'ensuit, de plus, que dissiper les biens ecclésiastiques c'est dissiper le patrimoine des pauvres; et ceux-là sont dans une erreur très-grossière qui croient pouvoir les dépenser selon les désirs de leur cœur.

C'est une question entre les théologiens, si ceux qui sont légitimement pourvus des bénéfices sontles maîtres ou seulement les économes des biens et des revenus qui y sont attachés. Quelque parti que l'on prenne, et que l'on suive sur cela, il est toujours constant que le sentiment de ceux qui soutiennent qu'ils en sont les maîtres est qu'ils ne les possèdent qu'à titre onéreux, avec obligation de donner aux pauvres le superflu, après un honnête entretien. Mais les S S. Pères ont prononcé d'une voix unanime que ceux qui ont entre les mains les richesses ecclésiastiques se devaient regarder comme des économes. Vous les entendez universellement s'élever contre ceux qui dissipent les revenus de l'Eglise , et leur reprocher qu'ils abusent d'un bien qui n'est point à eux, mais qui appartient aux pauvres. «■ Leur crime, dit S. Bernard , n'est pas un simple vol, c'est une rapine, c'est un sacrilège. »

1 VI

Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.

[Devoirs généraux.] — C'est une vérité, clans Tordre de la sagesse et de la providence de Dieu , que toutes les dignités sont des ministères ; elles honorent, mais elles chargent. Il est juste, dit S. Bernard, que ceux qu'on y élève trouvent dans leurs obligations, un contrepoids qui les rabaisse , et que le respect qu'on leur rend soit tempéré par le travail qu'on leur ordonne. C'est encore une vérité, que les devoirs sont proportionnés aux honneurs, et que l'épiscopat et le sacerdoce de Jésus-Christ étantle comble de la grandeur et de la gloire de l'Eglise, obligent aussi à plus de soins et de devoirs, et rendent ou plus vigilants ou plus coupables. Il faut s'être rempli de la vérité et la répandre ; dispenser aux hommes la miséricorde de Dieu, sans s'attirer sa justice; conduire les âmes par sa sagesse, et posséder la sienne par sa patience : un fond de connaissance et de lumière, un empressement de zèle , une sollicitude de charité, une condescendance raisonnable, une discrète sévérité, une prière continuelle, et une vigilance sans relâche. Tant de vertus ne sont qu'une partie des qualités que doit avoir un pasteur fidèle ; il faut qu'il éclaire les esprits , qu'il gagne les cœurs, qu'il lise dans les consciences, qu'il soit le docteur de tous les ignorants, le consolateur de tous les affligés, le pourvoyeur de tous les pauvres, l'esclave de tous ses sujets, et le père de tous les fidèles.

Ce n'est pas sans raison que l'apôtre S. Paul donne aux évoques, appelés au gouvernement de l'Eglise de Dieu, pour la première et plus nécessaire qualité, celle d'être irrépréhensibles ; et que les saints canons défendent d'ordonner ceux qui , par quelque péché public ou par une suite de mauvaise vie, avaient scandalisé leurs frères, quelque désir qu'ils eussent de travailler à leur salut , et à la conversion des autres. Ils voulaient que l'innocence fût le degré pour monter à l'épiscopat. Ils craignaient que le souvenir et la connaissance des faiblesses des supérieurs ne diminuât le respect qu'on doit avoir pour leur dignité et pour leur personne ; ils ne croyaient pas qu'ils eussent toute la liberté de reprendre ceux qui tombaient dans les mêmes fautes qu'ils avaient commises, et ils étaient convaincus que Dieu ne souffrait auprès de ses autels ni de vie impure ni de

réputation décriée, et que, pour servir dignement l'Ej li e, il fallait auparavant, chacun selon son état, l'avoir édifiée.

Un pasteur doit être au-dessus de toute sorte d'intérêts. Il est le tuteur général des pauvres ; il ne doit pas posséder pour lui les biens dont il estle dispensateur; puisqu'il ne doit pas même posséder son âme, qu'il doil être prêt de donner àtoutmoment pour son troupeau, et qu'étanl à la place du souverain Prêtre et du Prince des pasteurs, qui nous a rachetés, non par l'or ni par l'argent, niais parle sang précieux de ses veines, il doit représenter son désintéressement et sa pauvreté, comme il représente son sa doce. Le soin des pauvres a toujours été une des plus nobles et des plus importantes parties de l'office pastoral, et la plus noble fonction ()os ecclésiastiques, qui doivent regarder les biens de l'Eglise comme l'héritagedu Fils de Dieu , et croire qu'un sage pasteur, après avoir donné la nourriture spirituelle à ses peuples, leur doit encore celle du corps dans leur besoin.

Il n'y a rien de si saint ni de si grand, dans l'ordre du christianisme, que l'office des évêques et des pasteurs évangéliques, que le Saint-Esprit a établis pour gouverner son Eglise, pour être les ministres du Nouveau- Testament et de la réconciliation des hommes, les dispensateurs des sacrés mystères, et les lumières qui doivent éclairer et enflammer le monde. Ils sont appelés à être parfaits et à perfectionner les autres : non-seulement Dieu les sépare des pécheurs, mais il les tire même de l'ordre commun des fidèles, afin qu'ils soient saints et qu'ils travaillent à la sanctification des peuples, afin qu'ils soient à Dieu et qu'ils lui offrent les âmes que sa Providence leur a commises. Mais, quoique la grâce de l'épiscopat soit toujours égale, on peut dire pourtant qu'elle agit avec plus d'abondance dans l'àme de tous ceux qu'il destine à défendre la vérité, ou à maintenir la discipline des mœurs, dans les conjonctures difficiles et dangereuses. Il faut alors que l'esprit soit éclairé de la lumière divine, le cœur si dégagé des affections humaines, le courage si affermi pour résister à l'iniquité, le zèle si ardent pour s'opposer au relâchement, la charité si vive et si agissante, la tempérance si austère, la douceur si vigoureuse, la sévérité si prudente et si raisonnable, et toute la vie si pure et si irréprochable, qu'il paraisse que Dieu les a choisis pour être les images de sa vie et les imitateurs de son sacerdoce.

11 n'y a point d'état plus noble ni pins élevé que celui des prêtres de Jésus-Christ; il n'y en a point aussi qui demande plus de préparation. Ils sont à Dieu par une consécration particulière ; ils doivent lui être plus attachés. Ils approchent de Dieu par le privilège de leur caractère, et ils doivent être plus purs. Ils prient et apaisent Dieu pour les fidèles, et ils doivent l'avoir propice et favorable pour eux-mêmes. Ils représentent Jésus-Christ : ils doivent entrer dans ses sentiments et dans son esprit. Ils offrent et dispensent les saints mystères, il faut qu'ils en recueillent les premiers fruits. Ils sont les maîtres de la vie spirituelle: il est juste

aussi qu'ils l'établissent dans leur cœur et qu'ils la fassent aimer dans leurs actions. Ils corrigent les autres, ils doivent être irrépréhensibles. Ils ont reçu plus de grâces, leur reconnaissance doit être plus grande ; leurs péchés sont plus regardés, et ils doivent avoir plus de précaution. Il leur est difficile de se relever de leur chute, et ils doivent se conserver dans l'innocence avec plus de soin et de crainte. Ces considérations doivent sans doute porter ceux que Dieu appelle à cet état à s'y disposer avec tout le soin imaginable.

L'oisiveté et le dégoût suivent ordinairement la précipitation et l'imprudence, dit S. Bernard ; celui qui est usurpateur de sa prêtrise en sera du moins inutile possesseur. N'a}*ant pas consulté Dieu, il ne sera pas l'ouvrage de Dieu ; et, ayant fermé dès l'entrée la porte à ses grâces, il n'accomplira pas les fonctions que la seule grâce de Dieu lui peut faire accomplir dignement. Au lieu que la pureté de la vocation produit ^ordinairement la ferveur do l'action, et qu'il est difficile que celui qui a mis tous ses soins et toute sa joie à être reçu dans le service de Dieu ne mette son mérite et son application à l'honorer et à le servir.

La prêtrise de Jésus-Christ n'est pas un titre sans fonction, mais un ministère d'occupation et de travail, qui comprend une multiplicité de devoirs essentiels et difficiles à accomplir. Pour vous, veillez continuellement, disait l'Apôtre à Timothée, l'exhortant à se fortifier par la grâce de Jésus-Christ dans sa vocation sainte mais laborieuse, et à travailler, tantôt comme un soldat enrôlé dam la sacrée milice du Fils de Dieu, qui doit résister aux puissances des ténèbres ; tantôt comme un évangéliste, pour annoncer au peuple la loi de Dieu, après l'avoir lui-même écrite dans son propre cœur et rendue vivante dans ses actions. Faites la charge d'un évangéliste : tantôt comme dépositaire de la doctrine de la foi, qu'il faut conserver pure et saine; des mystères du Sauveur, qu'il faut dispenser avec discernement et avec crainte, et des secrets de conscience qu'il faut garder avec religion. Gardez le dépôt qui vous a été confié: Et enfin comme Dieu, gui doit être bon pour instruire et préparé à toute sorte de fonctions que la vérité, la justice et la charité lui imposent. (Fléchier, panégyriques divers.)

[Ne point aimer le monde.] — J'avoue que cela est bien honteux pour des ecclésiastiques, mais on n'en voit que trop qui aiment encore le monde, pour lequel ils ne devraient avoir que de l'horreur ; qui le cherchent au lieu de le fuir; qui y sont plus engagés que bien des laïques; qui s'y engagent encore tous les jours de plus en plus, par mille intrigues, par un commerce infini de lettres' fort inutiles, par de continuelles visites qu'on appelle de civilité, et qui ne sont en effet que des visites de vanité, d'intérêt, d'oisiveté, de plaisir, de péché ; des visites où l'on ne cherche qu'à apprendre et à débiter toutes sortes de nouvelles publiques, secrètes, indifférentes, scandaleuses; des visites que l'on rend surtout aux personnes de qualité,

aux personnes qui passent pour savoir Le monde et pour en avoir l'etprit, aux hommes de bonne humeur ei de bonne chère ; des visite où B'accom- ],lil la prédiction d'Isaïe: car le prêtre veul paraître comme un autre, propre comme un autre, agréable comme un autre, du monde comme un

autre; toujours prêt à railler, à jouer, à chanter, à se divertir comme un autre: l'.ril sicut populussic sacerdos, des visites enfin où l'on ne cherche point Dieu, où l'on ne parle point de lui, où L'on no le trouve jamais, où on le perd très-souvent, et où on le t'ait peut-être souvent perdre aux autres. Quel scandale!

Quand le christianisme nous laisserait la liberté d'être du monde, ne la perdrions-nous pas dans notre ordination? No sommes-nous pas alors distingués, et comme séparés du commun des hommes, et même du commun des fidèles ? Ne sommes-nous pas solennellement consacrés à Dieu, attachés au culte de ses autels et au service de son Eglise ? Pouvons-nous nous en séparer après y avoir été attachés de la sorte ? Pouvons-nous nous y attacher comme nous devons, sans nous détacher du monde? Pouvons-nous nous détacher comme il faut du monde, en demeurant toujours dans le monde, en pensant, en parlant, en agissantet en vivant comme le monde? S'il n'est pas absolument nécessaire, pour cela, de vivre dans la solitude ou de se retirer dans les cloîtres, n'est-ce pas une nécessité, du moins autant que les occupations de charité le peuvent permettre, de nous retirer du commerce du monde ?

S. Grégoire de Nazianze dit admirablement qu'il faut que le prêtre et l'ecclésiastique soit éclairé, afin de pouvoir éclairer les fidèles, afin de purifier la terre des péchés dont elle est remplie. Il faut qu'il le soit pour lui-même ; il faut qu'il se sanctifie par la pratique des vertus, pour se rendre capable de sanctifier les autres. En un mot, puisqu'il est l'ange du Seigneur des armées, il doit avoir la lumière, la pureté et la sainteté des Anges. Or, je vous demande où se trouvent ces qualités angéliques, et où le prêtre et l'ecclésiastique les pourront prendre, si ce n'est dans la retraite, dans l'oraison, dans les entretiens fréquents avec Dieu !

Comment voulez-vous que les laïques vous regardent comme les juges et les ministres du Seigneur, tandis qu'ils vous voient d'intelligence avec son ennemi? que voulez-vous qu'ils pensent quand, après vous avoir vus dans les compagnies plus dissipés, plus vains, plus libres, plus laïques qu'eux-mêmes, s'ils vous trouvent par hasard dans une Eglise, s'ils vous aperçoivent à un autel, dans un confessional, ou dans une chaire pour annoncer la parole de Dieu, quelle pensez-vous que soit alors leur surprise et leur indignation ? quelle dévotion peuvent-ils avoir à entendre vos messes? Quelle confiance pour se confesser à vous? Croyez-vous qu'ils respectent la parole de Dieu dans votre bouche? Croyez-vous qu'ils on profitent? Bien loin d'en profiter, ils en sont scandalisés. S'ils croyaient ce qu'ils nous prêchent, disent-ils, vivraient-ils comme ils vivent? Ne

paraît-il pas de la contradiction entre ce qu'ils font et ce qu'ils disent ? Ne devons-nous pas juger de ce qu'ils pensent plutôt parleurs actions que par leurs paroles ? (Le mente.)

[Vertus du prêtre.] — Il est marqué, au Ier livre des Paralipomènes, que les prêtres et les lévites avaient soin de se sanctifier quand ils devaient porter Tarche du Seigneur Dieu d'Israël : Sanctificati sunt sacerdotes et levitœ, ut portarent arcam Dominé Dei Israël. Si les prêtres de l'ancien Testament devaient être saints pour offrir de l'encens et du pain commun, s'ils devaient être saints pour porter l'Arche du Seigneur Dieu d'Israël, les prêtres du nouveau Testament, qui offrent le pain céleste, le pain de vie, le Fils unique de Dieu, et qui ont l'honneur de porter tous les jours le Seigneur même de l'Arche , et le Dieu même d'Israël, ne seront-ils point obligés d'être saints? Mundamini , qui fertis vasa Domini, est-il dit dans un autre endroit : Purifiez-vous, vous qui portez les vases du Seigneur. Vous ne portez pas seulement les vases du Seigneur, mes Frères : vous portez le Seigneur même; vous le portez dans vos mains, vous le portez sur vos langues, vous le portez dans vos estomacs et sur vos coeurs: comment pouvezvous le porter dans des mains profanées, sur des langues indiscrètes, dans des estomacs et sur des cœurs corrompus? Comment avez-vous la cruauté de le porter dans le monde, qui est son ennemi, et qui n'est que péché et abomination?

Le grand-prêtre disait un jour; « Comme j'ai toujours vécu fort éloigné du monde, je croyais que mes confrères y vécussent comme moi; mais j'ai été bien surpris par des personnes de la première considération qui me sont venues trouver, et qui m'ont appris qu'il y avait non-seulement des Israélites mais même des lévites et des prêtres qui n'étaient pas séparés des peuples de la terre , qui prenaient toutes leurs manières , et qui donnaient dans toutes leurs abominations, Accesserunt ad me principes dicenfes: « Non est separatus populus Israël, sacerdotes et levitœ à populis terrarum et abominationibus eorum. (I. Esdr. ix.) J'ai été si sensiblement touché à cette nouvelle, continue ce grand homme, que j'ai déchiré mon manteau et ma tunique ; je me suis arraché les cheveux; et, la douleur m'accablant, et ne me laissant plus la force de me soutenir, j'ai été obligé de me laisser tomber sur un siège, sans pouvoir parler, mais non pas sans beaucoup gémir devant Dieu.

Les prêtres seront saints, dit Dieu, parce que je suis saint, et qu'étant saint comme je suis, je veux que mes ministres soient saints, et je ne puis souffrir que d'autres que des saints approchent ni demoi ni de mes Autels. La sainteté est un titre que j'exige nécessairement pour le sacerdoce, et le défaut de sainteté est une espèce d'irrégularité dont je ne saurais me résoudre à dispenser personne. Que ceux qui n'ont pas le courage de s'appliquer à se faire des saints n'aient donc pas la témérité de se faire prêtres ni minisires de mes autels : Non appropinquabimt ad me, ut sacerdo-

rAUAdUAiMii-: SIXIEME. 139

tio/ungantur mihi, negue accèdent ad omne êanctuarium meum, juxtà sancta sanctorum. (Ezech, xliv.) C'eit donc s dire que les prêtres qui ne Boni pas saints font injure à Dieu; ils flétrissent la gloire de son nom; Ils souillent son temple, ses autels, son sacrifice; Ils scandalisent sa religion, ils font violence à sa sainteté ; ils offensent sa majesté, oe que semblenl signifier ces paroles : Kl non polluent nomen ejus. (Fléchier.)

[Manque de Toeation.] — Voulez-vous connaître un grand crime, e1 que Dieu a sévèrement repris par la bouche de ses prophètes? C'est de marcher sans être envoyé, c'est d'expliquer les ordres de Dieu avant qu'il nous ait parlé. Je ne les envoyais pas, dit Dieu par Jérémie, (chap. 23,) et ils couraient d'eux-mêmes; je ne leur parlais point, et ils osaient expliquer leursvaî. nés imaginations comme s'ils étaient prophètes. Ils sont donc criminels, ce sont des téméraires: et voilà leur crime. Ils ont marché sans ordre ; ils ont prévenu la vocation du Sauveur ; je ne les envoyais pas, et ils couraient. Cette expression mérite d'être remarquée. Elle nous fait bien connaître le génie de ceux qui s'appellent eux-mêmes. Il n'y en a point de plus hardis: quoiqu'ils aient tant déraison de craindre. Les amis de Dieu, les justes, ceux à qui Dieu a parlé, sont toujours dans la crainte, ils reculent, ils n'avancent qu'en tremblant. Les usurpateurs, au contraire, marchent la tète levée; ils se hâtent; les places les plus éminentes sont l'objet continuel de leurs désirs et de leurs empressements.

C'est une grande témérité que d'entrer de soi-même dans l'état ecclésiastique. Les fonctions qui y sont attachées sont grandes, elles sont élevées au-dessus des forces de l'homme ; elles ne peuvent être exercées à moins que l'homme ne soit puissamment soutenu , et il est infaillible que celui qui n'est pas aidé succombera sous le fardeau, et ne sera point en état d'en supporter la pesanteur. Aussi voyons-nous que Jésus-Christ , en choisissant ses Apôtres, a eu grand soin de les assurer qu'il seraittoujours avec eux. Hélas ! qu'auraient-ils pu faire sans un secours aussi puissant ? A peine auraient-ils paru, qu'ils auraient été accablés. Le Fils de Dieu les revêt de son esprit : Recevez , leur dit-il, le Saint-Esprit. Avant qu'ils aient reçu ce don, il ne veut point qu'ils forment aucune entreprise : Demeurez , leur dit-il encore, jusqu'à ce que vous sotjez revêtus de la force d'en haut. Il connaissait ses apôtres , ce qu'ils étaient d'eux-mêmes, il savait bien que les saintes fonctions de leur ministère étaient au-dessus de leur portée : voilà pourquoi il les change, il les transforme par la force de l'esprit qu'il leur communique. (Lambert, Discours sur l'état ecclésiastique.)

[Le travail.] — Etre ecclésiastique et vivre dans la paresse et dans l'oisiveté sont deux idées qui se combattent, et c'est un principe sûr que tout ecclésiastique qui est oisif n'est point en voie de salut, parce qu'il ne remplit point une condition essentielle de son état. C'est un poids que vous ne

sentez point. Tout vous plaît dans l'état ecclésiastique, tout vous flatte '

vous n'apercevez rien qui vous trouble et qui vous effraie. 11 est doux de jouir d'un revenu dont on se trouve en possession sans se donner aucun soin, ni sans prendre aucune peine; c'est là tout ce que vous prétendez dans l'état ecclésiastique. Vous n'avez jamais songé à y travailler : bien loin de là, le travail vous rebute et vous fatigue. Il est absolument nécessaire que vous renonciez à l'état ecclésiastique, et il est sûr que vous n'y êtes point appelés.

Dieu, qui veut que tous les ecclésiastiques travaillent , n'appelle que ceux qui ont quelque talent pour cultiver le champ de son Eglise. Je ne demande pas que tous ceux qui se consacrent à Dieu aient des talenls distingués: il n'est pas nécessaire que tous aient un génie supérieur, une science sublime , des connaissances recherchées ; il n'est pas nécessaire que tous approfondissent ce qu'il y a de plus secret et de plus curieux dans les mystères et dans la sainte antiquité. Il est encore moins nécessaire, pour être ecclésiastique, d'avoir les talents qui brillent, que le monde estime, et qui souvent sont plus dangereux qu'ils ne sont utiles; mais au moins nul ne doit aspirer à cet état laborieux, à moins qu'il ne puisse soutenir les travaux auxquels l'ordre de la Providence les doit appliquer. (Lambert.)

[Ambition, humilité. | — D'où viennent ces fausses idées que l'on a de l'état ecclésiastique? C'est que les dignités de cet état sont à peu près considérées comme les dignités séculières. On les regarde comme des titres fastueux qui donnent droit de se distinguer des autres hommes et de s'élever au-dessus d'eux. Par-là l'esprit d'orgueil et de domination s'est introduit dans l'Eglise ; le véritable honneur attaché aux dignités ecclésiastiques s'est détruit, parce qu'on a pris de mauvaises voies pour le soutenir. Voilà de fausses idées, qui seraient aisément effacées si l'on s'appliquait sérieu- . sèment à connaître l'état ecclésiastique. L'élévation de cet état n'est point pour nourrir l'orgueil ou l'oisiveté ; elle est au contraire pour abattre l'orgueil et pour animer au travail.

[ L'honneur qui csl dû aux Ecclésiastiques, cl particulièrement aux Prêtres. ] — Si l'on rend un si grand honneur à ceux qui empruntent des hommes leur autorité, le Fils de Dieu prétend que l'on ait bien d'autres sentiments de vénération pour ceux à qui il confie son pouvoir. Il prétend que, comme on honore les puissances séculiè'res sans examiner le mérite de ceux qui en sont revêtus, on rende honneur au caractère sacré, quand bien même celui qui le porte s'en rendrait indigne par l'irrégularité de ses mœurs. Il faufcdonc que le caractère des ministres de Jésus-Ciikist soit bien élevé, il fautque ce caractère soit bien considérable et bien excellent, puisque l'éclat n'eu peut être obscurci par les mœurs dépravées de ceux qui le portent indignement. (Le même.)

PARAGUAl-HK SIXIÈME. ! Il

[Dignité du prêtre,] — Il lerail avantageux, disaif un ancien, qu'au commen cernent de chaque journée on vînl avertir lea rois, et qu'on leur dit: «Vous êtes hommes ;» ruais il sérail au i très-avantageux que lea mini très du Seigneur flssenl tous les jour réflexion : Je suis ecclésiasti-

que, je suis prêtre, el Dieu m'a donné le soin des àme&j qu'il ;i rachetée de sou sang. S'il fautdireà un roi? « Vous êtes un homme quoique vous ayez l'autorité d'un Dieu, » de peur que l'orgueil ne lui enfle le cœur et ue rende sa domination insupportable, il faut dire à un prêtre: «Vous avez l'autorité d'un Dieu, quoique vous paraissiez homme ; » de peur que le grand épanchement avec le peuple ne lui abaisse le courage, et ne rende son ministère vil et méprisable.

Il se trouve des ecclésiastiques qui ont honte de leur profession, qui on effacent les marques extérieures pour se dérober aux yeux du public. Leur emploi les incommode. C'est un fardeau pour les saints, c'est aussi un fardeau pour eux; mais quelle différence ! Les saints le supportent, et les pécheurs s'en déchargent. Affectant sous le nom de propreté une délicatesse étudiée, se dispensant de porter les ornements de la cléricature, qui ne sont honteux qu'autant que leur dérèglement leur a attaché de honte, il semble qu'ils veuillent cacher leurs fautes en cachant leur dignité, tromper les yeux des hommes pour surprendre leur estime, se mettre à l'abri do leurs reproches en essay ant de leur faire voir la sainteté d'un état qu'ils profanent. Il ne veulent pas qu'on voie ce qu'ils sont, afin qu'on ne découvre pas ce qu'ils doivent être : et de-là vient que le commun des hommes méprise et le caractère qu'il faut honorer pour lui-même et la personne qu'il faut honorer pour le caractère.

Voilà à quoi se termine une lâche complaisance : le commerce dans les affaires temporelles, la fréquentation des laïques scandaleux; plus d'application au jeu qu'à la lecture; l'intrigue clés procès, qui les fait rencontrer plus souvent dans les barreaux que dans l'Eglise; cette humeur enjouée dans les conversations , ou la curiosité des nouvelles et une affectation de plaisanterie. Toutes ces choses ne sont que des badineries dans la bouche des laïques, mais ce sont des blasphèmes dans celle d'un prêtre. Ce sont les paroles de S. Bernard , que nous ne devons pas prendre pour des exagérations d'un orateur. (Bourdaloue , 2e mardi de Carême.)

Les SS. Pérès ont toujours eu tant de respect pour la dignité des prêtres, qu'ils n'ont rien trouvé dans l'Eglise à quoi ils pussent comparer leurs mains que les chastes entrailles de la bienheureuse Vierge ; parce que, comme dès qu'elle eut achevé ces mots : Je suis la servante du Seigneur, gu'ilme soit fait selon cotre parole ,1e Fils de Dieu s'incarna dans son ainsi, au moment où le prêtre a achevé les paroles de la consécration, qui ■ ut point des paroles d'humilité comme colles de la Vierge, mais do commandement, Jésus-Christ obéit à sa voix, se rend dans ses mains, s'y incarne, pour ainsi dire, une seconde fois ; il y change du moins la

substance du pain et du vin en la substance de son corps e1 de son sans-, et s'y fait la viande de son ministre et de tous les fidèles.

Tant de grandeurs, tant de merveilles, tant de puissance que Dieu a rassemblées en leur personne, pour la consolation des peuples et la gloire de son Eglise, ne sont-elles pas les fondements de l'étroite obligation que nous avons de les honorer ? Cependant, où sont les chrétiens persuadés que ces deux devoirs sont inséparables, comme dit le Sage : craindre Dieu et honorer les prêtres ; In totâ anima tua time Deum, et sacerdotes illius sanctifica ? Où sont les Chrétiens convaincus, que de les mépriser, c'est mépriser Jésus-Christ même ?

Si les personnes consacrées à Djeu par le sacerdoce ont un rang plus élevé que les laïques, elles sont aussi plus obligées de s'élever au-dessus d'eux par l'exemple d'une plus grande perfection. Leur vertu doit être si éclatante, qu'elle puisse servir de règle à tous ceux qui tendent à la sainteté; leur exemple doit être irrépréhensible ; on ne les doit voir que pour les admirer et pour être édifié de toute leur conduite ; leur vie est une lampe posée sur le chandelier de l'Eglise, pour porter les lumières de la foi et des vertus chrétiennes à tous ceux qui les regardent ; leurs actions sont toutes observées ; les moindres fautes sont considérables dans les ministres de Jésus-Christ, et ce qui bien souvent ne serait rien dans un laïque passe pour une grande faute dans un prêtre. {Discours chrétiens.)

[Malignité à l'égard du prêlre.J — Quoi de plus déplorable que de voir des personnes, aveugles sur leurs propres défauts, éclairer d'une pénétration aveugle les moindres fautes des oints 'du Seigneur, auxquels il défend de toucher; saisir avec une avidité pleine de joie tout ce qui donne la moindre prise à leur censure; couvrir sous des plaintes affectées et sous des discours plus doux que l'huile en apparence, comme parle le prophète, les traits les plus aigus de la médisance; condamner toutes les dévotions qui ne sont pas du caractère de la leur, et, comme si elles étaient l'idéal de la perfection et de la spiritualité, régler l'estime et le mépris qu'elles font des autres par le rapport qu'elles ont ensemble. Efforçons-nous de contribuer chacun de quelque chose à la gloire de notre état et à l'honneur de notre ministère, en gémissant sur l'aveuglement des sévères censeurs de nos moindres fautes ; tirons de leur malignité un redoublement d'application à remplir nos devoirs. Ils ne nous pardonnent rien, pour se pardonner tout à eux-mêmes ; mais ôtons-leur cette dernière ressource et ce malheureux plaisir qu'ils prennent à se réjouir de nos chutes ; soyons aussi vigilants sur notre conduite, pour la régler, qu'ils sont attentifs sur nos moeurs pour les condamner; revêtus de toutes parts des armes de lumière, ne laissons voir au monde aucun endroit faible par où sa malignité nous puisse prendre. (Du Jarry, Panégyrique de S. Philippe Nér4. )

PARAGRAPHE SIXIKMK.

[ Prêtres scandaleux. ] — Il faul L'avouer, Chrétiens, de tous les pécheurs scandaleux les plus funestes à la religion sont Bel ministres, quand ils la déshonorent par une conduite opposée à La sainteté de leur earae.tère ; Lorsque ceux qui sont la lumière du monde ne font que des œuvres de ténèbres, que l'éclat de Leur dignité ne serl qu'à rendre plus visibles les taches de leur vie, et que le rang où ils sont élevés n'attire les regards du monde sur eux que pour le rendre témoin de leurs faiblesses. TTn pécheur de ce oaraotère est véritablemenl l'idole d'abomination placée dans le lieu saint. C'est un embrasement dont les étincelles volent partout ; c'est un oadavre corrompu dans une place publique ; c'est une source commune empoisonnée. Le péril du scandale se redouble, dit S. Augustin, lorsque la réputation de la doctrine se joint à l'élévation du rang : parce que les peuples n'ayant pas assez de lumière pour juger par eux-mêmes des choses de la religion, ne la révèrent qu'autant qu'ils la voient révérée par ceux qui sont leurs chefs et leurs guides. Cependant, bien loin de diminuer nos fautes par ceux qui sont élevés en dignité, je dis, que nous devenons doublement coupables quand nous nous abandonnons au péché sous ce malheureux prétexte, puisque nous ajoutons au crime que nous commettons celui de recevoir volontairement l'impression du scandale que nous devons repousser de toutes nos forces.

On n'entend autre chose que les murmures des peuples contre ces ministres revêtus d'un habit et d'un caractère sans fonction, dont l'Eglise ne nourrit qu'à regret la scandaleuse oisiveté, qui emploient le patrimoine des pauvres à repaître les yeux du inonde du vain spectacle de leur luxe, qui consument en dépenses superflues, pour ne pas dire criminelles, le sacré dépôt des aumônes dont la pieuse libéralité de nos pères n'avait pas enrichi l'Eglise pour le faire passer dans leurs mains, et les accumuler sur leurs létes ; qui, dissipateurs de ces biens immenses dont ils doivent être de religieux économes, semblent insulter par leur orgueil à la misère du pauvre, dont ils dévorent la subsistance ; qui, n'ayant souvent pour mérite que des qualités séculières, ravissent par leur avidité les récompenses dues à la vertu, et font blasphémer aux faibles, qui voient ces étranges désordres, le nom de Jésus-Christ, dont ces ministres indignes déshonorent ainsi le sacerdoce.

[ De la dignité et des fonctions du Sacerdoce. ] — Le nom d'ange marque l'emploi, non pas la nature de ces esprits célestes que Dieu a commis à la garde des hommes, et qui se font une gloire de veiller à la conduite de ces âmes rachetées par le sang de l'Agneau, dont ils environnent le trône et composent la cour. Heureux les prêtres qui partagent un si grand ministère avec ces divines intelligences ! Quand ils dirigent les pécheurs dans le chemin du ciel, ne sont-ils pas figurés par cet ange envoyé au jeune Tobie, qui le conduisit si fidèlement dans son voyage, et qui, après l'avoir ramené dans la maison paternelle, appliqua sur les yeux du saint vieillard

Tobie le remède mystérieux, et en fit tomber les écailles. Chrétiens, Dieu vous a mis sous la garde des anges, de ces saints directeurs, dont l'Eglise ne manquera jamais pour vous guider en toutes vos voies. Avec leur secours, vous foulerez aux pieds les serpents et les basilics ; vous sortirez vainqueurs des tentations les plus violentes et des occasions les plus périlleuses. {Le même.)

[ Qualités d'un bon pasteur. ] — L'Apôtre réunit la qualité de pasteur à celle de docteur, pour montrer le véritable devoir des pasteurs de l'Eglise, qui est d'enseigner ce qui concerne la foi et les bonnes mœurs. Le même apôtre fait entendre par- là qu'on doit distinguer les vrais pasteurs d'avec ceux qui n'en ont que le nom et l'apparence : Mementote prœpositorum vestrorum, qui nobis locuti sunt ver/mm Dei : Souvenez- vous de vos pasteurs qui vous ont annoncé la parole de Dieu : comme si ni les aumônes dont ils sont les distributeurs, ni les sacrifices qu'il leur appartient d'offrir, ni les sacrements dont l'administration leur est confiée, ni leur propre sang quand ils le répandraient pour leur troupeau, ne pouvaient les rendre dignes de leur ministère , sans la prédication de la parole de Dieu.

L'excuse qu'on pourrait apporter, prise de l'incapacité pour s'acquitter des devoirs qui sont attachés à votre état, est honteuse et illégitime : c'est à vous d'acquérir ce qui est nécessaire pour les remplir. Cette connaissance de votre incapacité n'est pas nouvelle : vous l'aviez quand vous êtes entré dans votre emploi : quelle était donc alors votre témérité, de vous charger d'un poids si fort au-dessus de vos forces? Miserum est eum magistrum ficri qui nunquàm discipulm fuit, dit un saint Père : c'est une chose bien déplorable de devenir maître sans avoir été disciple. Pourquoi donc avez-vous accepté votre bénéfice, ou pourquoi ne le quittez-vous pas? L'occasion s'est trouvée, dites-vous : quelle raison! Il n'est pas temps d'apprendre, quand il est temps d'enseigner les autres.

Ce n'est qu'à force de travailler, et de travailler utilement, qu'on peut mériter les revenus de l'Eglise ; hors de-là, on n'en jouit point sans une espèce de rapine. Si fructus ejus terne comedi absque .pecuniâ (Job. xxxn) : qu'est-ce que manger les fruits de la terre sans argent? dit S. Grégoire : c'est en jouir sans les mériter; c'est tirer d'un bénéfice la subsistance du peuple, et ne lui fournir pas toute la subsistance qu'il lui doit. Fructus terrœ absque pecuniâ comedere est ex Ecclesiâ quidem sumptus accipere, sed eidern Ecclesiœ prœdicationis officium non prœstare, (Ségneri, Devoirs des curés.)

[La sainteté que doivent avoir les prêtres et les ecclésiastiques.] — Guillaume de Paris distingue deux sortes de sainteté en Dieu : une sainteté de séparation, et une sainteté d'union. Une sainteté de séparation, qui l'éloigné de tous ses ouvrages, et le sépare infiniment d'eux; une sainteté d'union, par laquelle

Dieu, ne trouvant et ne pouvant trouver aucun bien qui l'égale, 8e repose et demeure en lui-même. Prêtres du Seigneur, voilà, en un sens, ce que vô'usdi vez imiter pour travailler à votre sanctification particulière. Vous devez vous séparer du mélange et do la corruption du monde, parla dignité de votre ministère; et, comme votre sainteté ne peut être en toutes choses semblable à celle de Dieu, et que vous ne pouvez vous reposer en vous-même comme lui, c'est à lui que vous devez uniquement vous attacher. Les prêtres sont sur la terre les images vivantes de Dieu, dont ils doivent représenter la sainteté, et ils doivent lui être tellement unis qu'ils fa u ent tous leurs efforts pour se rendre semblables à lui. Pour ect effet, à quoi sont-ils obligés? à une sainteté toute particulière et à une application continuelle à s'enrichir par l'application de toutes les vertus.

C'est un sanglant reproche que Tertullien faisait autrefois aux idolâtres, lorsqu'il leur disait qu'ils étaient si aveuglés que de prendre garde si les victimes qu'ils égorgeaient étaient saines, sans se soucier si eux-mêmes qui les sacrifiaient étaient innocents et sans tache : Miror cur hostiœ probant up penès vos , cur potiùs victimarum prœcordia qnàm vestra scrutemini. Que n'aurait-il pas dit des ministres du vrai Dieu, s'il avait vu qu'ils se fussent peu mis en peine de mener une vie pure et irrépréhensible, dans une religion toute sainte et dans un emploi tout divin? Quel sujet n'auraitil pas eu de se plaindre qu'examinant les consciences des fidèles et ayant l'honneur de sacrifier sur nos autels Jésus-Christ, de se plaindre, dis-je, qu'ils s'ingèrent dans un si redoutable ministère, sans prendre garde s'ils ont la pureté, l'innocence et la sainteté qu'il demande. (Fromentières.)

[Prêtres dignes de mépris.] — Si ceux qui par leur état, sont les appuis, les soutiens, les pierres de la maison de Dieu sont dispersés et vagabonds par le monde , embarrassés dans les intrigues , les soins et les misères du monde, par où prétendent-ils que leur ministère soit honoré , lorsqu'euxmêmes le déshonorent ? Jacent per ministerium opei'is, et honorari volunt de imagine sanctitatis ! dit S. Grégoire. Rien ne soutient le respect, que l'élévation. Jamais on ne respecte, on n'admire, que ce qui est au-dessus de sa portée, de sa vue, de son intelligence, de son rang. Elevés que nous sommes au-dessus du vulgaire, ou profane ou ignorant, par la sainteté du caractère qui nous distingue, nous percions tout dès que, par nos mœurs et par nos manières , nous nous abaissons aussi bas qu'eux, comme dit admirablement S. Ambroise : Quomodù observari potest à populo qui ml kabet separatum à populo, nil dispar à multitudine ? qvid in te miretur , si sua in te recognoscat ? Comment le peuple admirera-t-il celui qui n'a rien au-dessus du peuple, rien même de différent? que respectera-t-il en nous, s'il n'y trouve rien que ce qu'il voit en lui , les mêmes inclinations, les mêmes passions, les mêmes faiblesses ? s'il remarque dans nos actions ce qui lui paraît dans les siennes , s'il voit les personnes dévouées au culte de Dieu se dévouer à l'intérêt et à l'avarice, devenir les esclaves des grands, les

économes de leurs maisons, les fermiers de leurs biens, les surveillants de leurs affaires, les solliciteurs de leurs procès , les ministres mêmes de leurs passions.

Quand on voit des ecclésiastiques, par des gestes mal compassés, par des manières brusques et indécentes , attirer le mépris des assistants sur le plus auguste de nos mystères , quels principes imprimons-nous dans l'esprit et dans le cœur des fidèles, pour la prière, pour la confession, pour la communion , pour tout ce qui sert de nourriture à notre âme ? Ce qu'ils apprennent de nous, par-là, c'est que l'on peut parler à Dieu comme on ne voudrait pas parler aux hommes ; c'est que l'on peut prier sans penser à Dieu ; c'est que l'on peut faire une coutume , un jeu, du fréquent usage delà pénitence ; c'est que l'on peut participer à la table du Fils de Dieu non-seulement une fois l'an, mais tous les jours de l'année, sans nulle préparation, et, ce qu'il y a de plus terrible, sans nul fruit. (Anonyme.)

| Grâces réservées au prèlre.J ■ — Après tout, on ne peut nier que, dans l'état ecclésiastique, il n'y ait de grandes grâces et de grands moyens pour mériter le bonheur des saints. Où sont les plus zélés serviteurs du Seigneur ; où sont ces âmes généreuses qui s'exposent à tout pour travailler à sa gloire ? ne sont-elles pas dans l'état ecclésiastique ? 0 travaux apostoliques ! ô soins , ô veilles, ô rigoureuses vertus, pour qui étes-vous, que pour ces hommes consacrés au Seigneur ! A entendre quelques libertins ou quelques zélés indiscrets, tout est corrompu dans l'Eglise; il n'y a plus, parmi les prêtres, que mollesse, avarice. Il y a de méchants prêtres; il y a des pasteurs mercenaires : plût à Dieu qu'il n'y en eût point! Mais jusqu'à quand se servira-t-on de ces malignes inventions? Ne nous représentera-t-on jamais que, tant qu'il y aura des hommes descendus d'Adam , il y aura toujours des méchants dans les plus saints ministères ! Mais cela empèche-t-il qu'il n'y ait un grand nombre d'ecclésiastiques qui servent Dieu en esprit et en vérité ? Jamais a-t-on vu plus de probité , de modestie, de retenue dans les ministres de l'Eglise? Jamais les prélats ont-ils veillé sur leur troupeau avec plus d'exactitude ? On voit encore, malgré la corruption du siècle , des directeurs et des confesseurs qui, dans le tribunal de la pénitence, dévorent avec une patience édifiante mille peines et mille dégoûts. On voit encore des missionnaires qui, animés de l'esprit de Dieu, arrosent de leurs sueurs les champs stériles d'une campagne ignorante, qui courent des déserts inconnus , et qui font retentir de vastes forêts du bruit impétueux de leur zèle. On en voit encore qui vont aux extrémités de la terre chercher , au péril de leur vie, des âmes perdues, dans ces barbares climats où la lumière de l'Evangile n'avait pas jusqu'ici brillé. {Dictionnaire moral.)

[Le sacerdoce.] — Le sacerdoce est comme la piscine probatique , où les malades viennent recouvrer la santé. Vous êtes la lumière du monde , dit

le Sauveur à ses ministres; vous êtes lo sel de la terre: ils doivent donc se sanctifier au milieu du monde, ot sanctifier le monde avec eux.; éclairer le monde, sans se laisser obscurcir par les ténèbres du monde; préserver le monde de la corruption, et demeurer eux-mêmes incorruptibles au milieu du monde corrompu. Telle est la grâce de leur état, tel est l'esprit de leur \o. ation. Si vous voulez remplir les devoirs d'un prêtre, écrivait S.Jérôme à S. Paulin, Si officivm vis exercere sacerdotis, vivez parmi les peuples, et laites consister votre salut à procurer le salut des autres.

S. Jean-Baptiste se retira dans le désert pour se disposer aux fonctions <le son ministère : Et crat puer in désert is, vsque in diein ostensionis suc ml Israël. Il ne devait exercer que les plus communs emplois du sacerdoce, prêcher La pénitence, préparer les voies du Seigneur, administrer un baptême qui n'était qu'une simple cérémonie , et montrer Jésus-Christ du doigt, le baptiser dans son corps naturel, et rendre témoignage qu'il avait vu le Saint-Esprit descendre .sur lui: il passe néanmoins ses jours dans la solitude, pour y puiser la grâce nécessaire à sa mission. Que ne doit point faire le prêtre pour se disposer à exercer les fonctions de la sienne ? Ne doit-il pas prêcher la parole de Dieu aussi bien que lui?porterles hommes à faire pénitence ? Ne confère-t-il pas un excellent baptême? Ne fait-il pas davantage que de montrer Jésus-Christ au doigt, puisqu'il le touche , qu'il le porte, qu'il le distribue aux fidèles ? Pour remplir tant de devoirs , ne faut-il pas non-seulement qu'il y soit appelé de Dieu, mais encore qu'il se dispose à de si hauts ministères, qu'il écoute la voix de Dieu dans la retraite, avant d'exiger qu'on l'écoute lui-même. [Retraite pour les ordinants.)

[Paroisses mal gouvernées.] — Comme la conduite de ceux que Dieu appelle à l'état ecclésiastique, et qu'il élève aux dignités pour prendre le soin de son troupeau, est toujours accompagnée de grâces particulières qui font qu'ils réussissent dans leur emploi, de même ceux qui se trouvent établis par une élection purement humaine , par des considérations auxquelles Dieu n'a point de part, sont abandonnés à eux-mêmes, destitués de ces secours sans lesquels on ne peut s'acquitter qu'avec beaucoup d'indignité des fonctions d'une condition si relevée. Ils se conduisent par leurs propres lumières, ou plutôt ils sont environnés de ténèbres qui les empêchent de connaître les vérités selon lesquelles ils doivent régler leur vie et celle de tous ceux qui sont sous leur charge. Ainsi, comme le pasteur ne fait rien de ce qu'il doit faire pour l'instruction de ses peuples, et qu'il marche par des voies toutes contraires à celles qu'il devrait tenir, et que Dieu a tracées à ceux qui sont établis pour conduire les peuples, ceux-ci marchent par des routes perdues. Le mensonge passe pour vérité, l'iniquité pour justice, le vice pour vertu; tout est dans le désordre et dans la confusion, et on peut dire ces paroles du prophète : Sicut populus, sic et sacerdos.

On voit, à la honte et à la confusion de l'Eglise, des ecclésiastiques dans une propreté étudiée, dont l'affectation pourrait lenir lieu de parure, avec

des airs et des manières libres, fréquenter toutes sortes de compagnies, et se permettre les divertissements les plus mondains; en un mot, mener une vie molle et toute séculière. Sont-ce là des qualités propres ;'i un homme consacré au ministère des autels? Mais ne sont-elles jamais les seules qu'on trouve dans un ecclésiastique? On en voit qui n'ont nulle autre vocation que celle que donne un gros revenu, nul talent pour les obligations de leur état : il semble qu'on regarde un bénéfice comme un supplément de légitime ; et l'usage que plusieurs en font ne prouve que trop l'idée qu'ils en ont. Aussi le soin du temporel tient-il souvent lieu de tous leurs devoirs. Quelque talent qu'on ait pour se faire valoir, on est toujours méprisable dès que l'on sort de son état; tout choque, tout déplaît, dès qu'il n'est plus à sa place. Eût-on delà naissance, de l'esprit, de l'éclat, si l'on ne remplit pas ses devoirs, on n'a nul mérite. Mais ces gens consacrés au Seigneur, et tous les jours moins appliqués à son service, les remplissent-ils, ces devoirs ? Leurs occupations répondent-elles toujours à la sainteté de leur état, et font-elles honneur à leur ministère ! En bonne foi, le Seigneur n'interdit-il aux gens d'Eglise toute profane occupation que pour faire des gens oisifs ? Et n'est-ce que pour avoir de quoi vivre splendidement, de quoi fournir au jeu, à un magnifique équipage, que l'Eglise les enrichit du bien des pauvres ? Quand les fidèles ont consacré leurs sueurs et leurs épargnes pour l'entretien des personnes dévouées au service des autels, ont-ils prétendu nourrir des ecclésiastiques sans piété, des prêtres aussi mondains que des laïques? N'est-on séparé du peuple, n'est-on de la famille même de Jésus-Christ, que pour avoir place dans les assemblées mondaines? Quelle scène plus scandaleuse que celle qu'on donne au public? Tantôt dans les fonctions sacrées, plus souvent dans des exercices profanes, partout avec des manières mondaines. On fait toujours une triste figure, quand on joue un personnage qui ne nous convient point. Le ridicule est encore plus sensible dans un ecclésiastique. L'air du monde est pernicieux à ses partisans, mais il l'est encore davantage à ceux qui, par leur état, doivent être ses plus grands ennemis. L'un des plus grands malheurs, selon l'expression du prophète, est quand les personnes consacrées au ministère des autels, quand les prêtres seront confondus par l'irrégularité de leur vie avec le peuple, et mèneront une vie aussi mondaine que les personnes du siècle les plus déréglées : Erit sicut populus, sic sacerdos. Vous suivez une route tout opposée à celle que vous devez tenir : Vos recessistis de via et scandcdizûstis plûrimos : Vous scandalisez tous ceux qui vous voient mener une vie si peu régulière, si peu conforme à la sainteté de votre état. Rien ne vous décrie tant qu'une misérable conduite ; mais je vous rendrai moi-même , dit le Seigneur, encore plus misérables : Ego dedi vos contemptibiles et kumiles (Malach. n). Heureux encore si le mépris qu'on s'attire par ces airs séculiers et mondains était le seul châtiment qu'on dût craindre. (L'abbé de la Trappe, Réflexions.)

ÉD1 cation DES ENFANTS. M''

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