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X. Le faux et le véritable amour pour les enfants

Premièrement : — Le faux amour est celui 1°. Qui condescend à leurs mauvaises inclinations, et qui connive à leurs vices et à leurs désordres ; 2°. Qui est injuste dans la préférence qu'il donne aux uns sur les autres , 3°. Celui qui ne se règle que par les sens , chérissant ceux qui sont bien faits et n'ayant que des rebuts pour les autres.

Secondement : — Le véritable amour est celui 1°. Par lequel on les aime pour Dieu ; on les lui offre et on les élève en cette vue ; 2°. Celui qui n'épargne rien pour les rendre saints et vertueux ; 3°. Celui qui ne peut souffrir leurs vices et qui emploie tous les moyens pour les corriger.

1 IL Les Sources.

[Les SS. Pères.] — S. Augustin, in Ps. 50, montre de quelle manière il faut élever les enfants, et faire l'office des pasteurs à leur égard.

S. Ambroise, De Josepho 8 : comment on doit aimer les enfants. — Epist. 43 {ad Sabinum), il le loue de ce qu'il avait pardonné à son fils, qui avait reconnu sa faute.

S. Jérôme, Epist. 7 {ad Lœtam), exhorte cette sainte dame à bien instruire sa fille dès son enfance, et lui prescrit ce qu'elle doit faire et les écueils qu'il faut éviter. — Epist. 12 {ad Gaudentium) : d'excellents préceptes pour élever une fille dans la piété, et dans le service de Dieu. — In cap. G Epist. ad Epkes. : qu'il est souvent nécessaire de corriger les enfants.

S. Grégoire, II in cap. 3, i Regum : comment Dieu punit le grand prêtre TTéli pour n'avoir pas repris et corrigé ses enfants.

l'Ai: aciîAI'IIK DEUXIÈME. 455

Origène, 1 in i Jobi : importance de bien élever leà enfarits ; comment il Les faut aimer.

S. Basile, Bomil. "21 [éx variis), tait voir que lès enfants ressemblent ordinairement à Leurs pères et se forment spr feuf exemple. — Préface du livre de Moribus, il [trouve, par L'exemple d'Hôli, que lès pères sont souvent punis pour les péchés de leurs enfants.

Salvien, I ad Ecclesiam catholicam, enseigne la manière don* parents doivent élever leurs enfants; et, dans le même livre, il fait voir que la cause de la mauvaise éducation vient de celle des pères, qui élèvent comme ils ont eux-mêmes été élevés. — Au 3° livre, il s'élève contre les pères avares, qui ont pour maxime d'enrichir les enfants qu'ils desl inent à Dieu et à l'Eglise.

S. Chrysostôme, Homil. 9 in Hebr., montre que les pères et mères doivent regarder leurs enfants comme un dépôt que Dieu leur a confié, et en prendre soin en cette vue. — Homél. 60 sur S. Matthieu, il compare ceux qui négligent l'éducation de leurs enfants à ceux qui négligent de réparer leur maison qui tombe en ruine, et qui font tout autour de beaux jardins ; et, dans le même endroit, il fait voir que l'art le plus difficile et le plus sublime qui soit au monde est celui de bien élever les enfants. — III adoers. vitupérât, vitœ monasticœ, il apporte les raisons et les causes de la mauvaise éducation des enfants. Au même endroit, il traite de scélérats et de parricides ceux qui négligent la correction de leurs enfants. — Le même (ou l'auteur de l'ouvrage imparfait sur S. Matthieu), parle de l'ardeur qu'ont les pères d'avancer leurs enfants et de les rendre puissants dans le monde, en se mettant peu en peine qu'ils soient vertueux. — Homil. 59 m Genesim : que la plus grande partie des désordres qui se voient dans le monde viennent de la mauvaise éducation des enfants. — Homil. de Anna : montre comment il faut instruire de bonne heure les enfants à la vertu. — Homil. de Nativit. septem Machab : comment les pères et les mères doivent aimer leurs enfants, à l'exemple de la généreuse mère des Machabées. — Le même (ou l'auteur de l'ouvrage imparfait sur S. Matth.) fait voir que les mères prennent ordinairement plus de soin du corps que de l'âme de leurs enfants.

Le même Hom. 7 in Roman. : que les pères doivent se mettre plus en peine de rendre leurs enfants vertueux que de leur laisser de grands biens. — Homil. 9 in i Timoth. : que le premier devoir des pères et des mères est de bien instruire leurs enfants dans leur bas âge, et qu'ils doivent préférer ce soin à tous les autres. — Sértn. 21 in E plies., expliquant ces paroles, Patres nolite provocare ad iracundiam filios vestros : comment les pères doivent traiter leurs enfants, et qu'ils doivent leur donner bon exemple.

[Les livres spirituels et autres.] — Le P. Cordier, La sainte Famille traite amplement et méthodiquement tout ce qui regarde ce ;

Gombolas, Modèle de la vie chrétienne, ch. 5, sect. 3, traiteaussî oetto

matière fort au long, et parle, en différents paragraphes, do la bonne et mauvaise éducation des enfants.

Joly, livre des Avis chrétiens et moraux pour l'instruction des enfants.

Le P. Louis Camaret, Le pur et parfait christianisme, livre 2, où il parle des obstacles, met pour le second la mauvaise éducation des enfants, et fait voir combien elle est contraire à l'esprit et aux maximes de Jésus-Christ.

Le P. Croiset, Réflexions chrétiennes.

Morale chrétienne, livre J, section 3 : long traité sur ce sujet, divisé en plusieurs articles.

Le livre intitulé Guerre aux vices, 19<-' combat, contre le faux amour des enfants.

Essais de morale \: traité de l'éducation d'un prince, dont plusieurs eboses peuvent être appliquées à l'éducation des enfants en général.

Le P. Nepveu, Conduite chrétienne, ebap. 4. — Réflexions chrétiennes pour tous les jours de l'année, tome 4.

Le Pédagogue chrétien, part, i, ebap. 6, § 1 et 2.

Gobinet, principal du collège du Plessis-Sorbonne, Instruction de la jeunesse, 3e partie, chapitre 1, met pour premier obstacle du salut de la jeunesse, le manque d'instruction , et pour second la trop grande indulgence des parents et leur mauvais exemple.

Instructions sur divers sujets de morale, pour l'éducation chrétienne des filles, où tout ce qui peut se dire sur cette matière est éloquemment traité.

De V éducation chrétienne des enfants, par un auteur anonyme.

Maximes et réflexions sur l'éducation de la jeunesse.

La co?inaissance du monde, ou l'Art de bien élever la jeunesse.

[Les Prédicateurs.] — Henricus Engelgrave, Lux Evangelica , Dont. G post Pascha.

Matthias Faber, Conc. 4 in Fest. S. Nicolai.

Joly, prône pour le 20e dimanebe après la Pentecôte. — Pour le 2e dimanebe après l'Epipb. — Il a aussi un sermon sur l'éducation des enfants.

Le P. Texier, dans son A vent, de l'Impie malheureux; — Dans son Carême.

Biroat, sermon pour le 2e jeudi de carême.

Le P. d'Orléans, au tome 1 de ses Sermons.

[Recueils.] — Les Lieux communs de Grenade, titul. Juventus. Bnsseus [in Stations) De puerorum et adolescentiœ statu. Lohner, tit. Educatio.

I'AUAOUAPIIE TROISIEME.

? III

Passages, exemples et applications de l'Écriture.

Ego sum Dominas Deus tuûs fortis,zelotes, visitons iniquitatem patrum in filins, in terliam et qùariam generationem. Exod.

xx, 5.

Adolescentulus sum ego et contemptus :

jusiificationes tuas non sum oblitus. Ps. 118.

Magis honorâsti filios tuos quàm me. I Reg. n, 29.

Audi, filimî, disciplinant patris tui, et ne dimitte legem matris tuœ. Proverb. i, 8.

Te/te disciplinant, ne dimittas eam ; custodi illam, quia ipsa est vita tua, Proverb. IV, 13.

Via vitœ custodienti disciplinant. Proverb. x, 17.

Qui pareil virgœ odit filium suum ; qui au- 1em diliijit illum, instanter erudit illum. Proverb. xm, 24.

Noli subtrahere à puera disciplinant : tu virgâ percuties eum; anima/// ejus de in~ ferno liber abis. Proverb. xxm, 13, 14.

Adolçscens juxtà viam suam, eliam clan ■rit, non recedet ab eâ. Prov. xxn, G.

Egestas et ignominia et qui deserit disciplinant. Prov. xm, 18.

Tria sunt difficilia mihi, et guartum peni-

tùs ignora : viam viri in adolescentiâ, Prov. xxx, 18, 19.

Virga aique correptio tribuit sapientiam; puer autem qui dimittitur voluntati suœ confondit matrem -suam. Prov. xxix, 15.

Sapientiam et disciplinant 'gui abficit infelix est, et vacuaspes illorum, etlabores sine fructu. Supient. ni, 11.

Filii tibi surit) erudi illos, et ùurva illos a pueritiâ illorum. Eccli. vu, .'i.

Erudi fi lin m hun/i, et refrig0M te, et datât delicias animœ tuœ. Prov. xxix, 17.

ht filiis suis agnoscilur vir. Eccli. xi, 30.

Qui docet filin/ii suum laudabitur in illo. Eccli. xxx, 2.

Je suis le Seigneur votre Dieu puissant, jaloux, qui venge l'iniquité des pères sur les entants jusqu'à la troisième et la quatrième génération.

Je suis un jeune enfant et méprisé : mais je n'ai point oublié la justice de vos ordonnances.

Vous avez honoré vos enfants plus que moi. (Il s'agit d'Héli.)

Ecoutez, mon fils, les instructions de votre père, et n'abandonnez point la loi de votre mère.

Tenez- vous attaché à la discipline, ne la quittez point: gardez-la, parce que c'est votre vie.

Celui qui garde la discipline est dans le chemin de la vie.

Celui qui épargne la verge hait son fils ; mais celui qui l'aime s'applique à le corriger.

N'épargnez point la correction à l'enfant : car, si vous le frappez de la verge, il ne mourra point, et vous délivrerez son âme de l'enfer.

Le jeune homme qui suit sa première voie, dans sa vieillesse même il ne la quittera point.

Celui qui se retire de la discipline tombe dans l'indigence et l'ignominie.

Trois choses me sont difficiles à comprendre, et la quatrième m'est complètement inconnue, la voie de l'homme dans su jeunesse,

La verge et la correction donne la sagesse ; l'enfant qui est abandonné à sa volonté couv:v sa mère de confusion.

Celui qui rejette l'instruction est malheureux ; l'espérance de ces personnes est vaine et leurs travaux sans fruit.

Avez-vous des enfants? instruisez-les bien et accoutumez -les au joug dès leur enfance.

Elevez-bien votre lits, et il vous consolera; il deviendra les délices de voire âme.

On connaît un homme par ses enfants.

Celui qui instruit son fils trouvera en lui sa gloire.

Non des filto potestaiem in juventute. Eccli. xxx, 11.

Confusio patrù est de filio indiseiplmato, Eccli. xxn, 3.

Ne jucunderis in filiis impiis si multipKcéntur, nec oblectefis super illos si non est timûr Dei in illis. Eccli. xvi, 1.

Metior est unus timens Deum quàm mille fdii impii, et utile mari sine filiis quàm relinquere filios impios. Ibid. 3.

Equus indomitus evadit durus, et filins remissus evadet prœceps. Eccli. xxx, 8.

Pater filiis notant faciet veritatem tuatn (ô Deus.) Isaiae xxxvni, 19.

De pâtre impio queruntur filii, quoniam propter illum sunt in opprobrio. Eccli. xli,

Si quis suorurn, et maxime domesticorum, curam non habct, /idem neguvii,et est infukli deterior. I TimoLh, v, 8.

Patres, nolite provocare ad. indignât ionem filios veslros, ut non pusillo- animo fiant. Coloss. m.

Quis filius quem non corripil pater? Heb. xn, 7.

Ne rendez poinl votre fils maître de luimême dans sa jeunesse.

Le fils mal élevé est la honte de son père.

Ne vous réjouissez point d'avoir beaucoup d'enfants s'ils sont méchants, et ne mettez point en eux votre joie s'ils n'ont point la crainte de Dieu.

Un seul enfant qui craint Dieu vaut mieux que mille qui sont méchants, et il est plus avantageux de mourir sans enfants que d'en laisser qui soient sans piété.

Un cheval indompté devient intraitable, et l'enfant abandonné à sa volonté devient insolent.

Le père, Seigneur, apprendra votre volonté à ses enfants.

Les enfants d'un méchant père se plaignent de lui, parce qu'à cause de lui ils sont dans l'opprobre.

Si quelqu'un n'a pas soin des siens, et particulièrement de ceux qui sont dans sa maison, il a renoncé à la foi, il est pire qu'un infidèle.

Pères, ne chagrinez point vos enfants et n'excitez point leur colère, de peur qu'ils ne viennent ù perdre courage.

Quel est l'enfant que son père ne corrige point ?

EXEMPLES TIRÉS DE L'ANCIEN - TESTAMENT

[Les pères.] — S. Chrysostdme dit que les pères sont les prédicateurs, les maîtres et les apôtres de leurs enfants, et que c'est à eux à leur apprendre la religion et la loi de Dieu : ce qui est si vrai que, dans l'Ancien-Testament, on remarque plus de trente différents endroits où il est expressément parlé de cette obligation. — Vous direz à vos enfants combien de grâces je vous ai faites: — Voici, dit Dieu à son peuple dans le Deutéronome, voici la loi que je te donne : je beux quelle soit gravée dans ton cœur ; mais je veux en même temps que de ton cœur elle passe sur les lèvres pour l'annoncer à tes enfants. — De-là vient que, quand ils s'entretenaient eux-mêmes des faveurs singulières qu'ils avaient reçues de la bonté de Dieu, ils ne manquaient jamais d'ajouter qu'ils les tenaient d'une tradition ancienne, et que c'était là ce que leurs pères et leurs ancêtres leur avaient appris : JSarraverunt patres nostri atque dixenmt : De .Egypto eduxit nos Dominus ( Judic. vi) : pour faire connaître aux pères et aux mères que leur grande obligation est d'apprendre les vérités de la religion et les commandements de Dieu à leurs enfants.

l'AHAoKAI'IIF, TROISIÈME. 459

|Jnl).J — [mitez, pères et mères, imitez le saint homme Jobj qui, dans la crainte que ses enfants n'eussent offensé Dieu, offrait pour eux tous les jours des prières et dos sacrifices, et pensait sans cesse à ce qui regardait leur salut. C'est le modèle du soin que vousdevez avoir de vos enfants; veiller continuellement sur leur conduite, do crainte qu'ils ne se portent à quelque désordre, et qu'ils ne commettent quelque action qui attire sur eux et sur vous la colère de Dieu , prétérer leur salut à tous les autres intérêts ; les recommander souvent au Seigneur dans vos prières, et leur donner l'exemple de la piété et de la religion.

[ Abraham. ] — Imitez le patriarche Abraham, qui, ne se mettant pas en peine de ses richesses et de ses possessions, ne songea qu'à laisser pour héritage à sa postérité l'exacte observation des lois divines : ce que Dieu déclare dans la sainte Ecriture en rendant ce témoignage à sa vertu: « Je sais qu'Abraham ordonnera à ses descendants de garder mes commandements et mes lois. » Mais, outre cette pieuse prévoyance, qui s'est étendue jusqu'à sa postérité la plus reculée, ce grand patriarche peut encore servir de modèle à tous les pères dans l'amour qu'il porta à son cher et unique fils Isaac, l'espérance de la postérité nombreuse que Dieu lui avait promise. Nonobstant cela, il se tint prêt à faire le sacrifice de ce fils bienaimé à celui qui le lui avait donné. Bel exemple de l'amour que les pères doivent avoir pour leurs enfants, d'être prêts de les donner à Dieu quand il les appellera à son service, et de faire ce sacrifice malgré toutes les tendresses que la nature inspire en ces occasions.

[David et Salomon.] — David, étant proche de sa mort, crut laisser à son fils Salomon une grande succession en lui donnant cet avis, et en le portant par ces paroles si touchantes au service du Seigneur : « Mon fils, appliquez-vous à connaître le Dieu de votre père, et le servez- avec un cœur parfait et une pleine volonté: car le Seigneur sonde tous les cœurs et pénètre toutes les pensées des esprits. Si vous le cherchez, vous le trouverez; mais si vous V abandonnez, il vous rejettera pour jamais.» C'est ce que les pères doivent inspirer à leurs enfants : que, s'ils vivent selon la loi de Dieu et s'ils sont fidèles à son service, Dieu aura soin d'eux et de leurs affaires, que si, au contraire, ils détournent ce secours par leur mauvaise vie, ils périront éternellement.

[Tobie.J — Nous voyons, dans l'Ecriture, que le grand fond de vertu que Tobie avait fait dès ses plus tendres années par la bonne éducation qu'il reçut de son père et de sa mère fut cause qu'il ne murmura point lorsqu'il devint aveugle : car, ayant toujours eu la crainte de Dieu dans le fond de son cœur, et ayant observé ses commandements avec une entière fidélité, il ne s'affligea point de ce fâcheux accident, mais demeura ferme dans son amour, et rendit grâces tous les jours de sa vie. Or, ce qui vient plus par-

ticulièrement à notre sujet, est que, comme ce saint homme avait été élevé dans la crainte de Dieu, il n'eut aussi rien plus à cœur que d'inspirer à son 111b- cette même crainte, la haine du péché et la fidélité au service du Seigneur, comme il paraît par ses saintes et admirables intructioiis qu'il lui donna avant de mourir, et qu'il lui laissa comme un précieux héritage. ( Le P. Croiseû a très-bien paraphrasé ces instructions, au 2c tome de ses Réflexions chrétiennes.)

[ Suzanne. ] — Quand le texte sacré fait le récit de l'action généreuse de la chaste Suzanne, qui aima mieux s'exposer à être faussement accusée et poursuivie à mort par deux infâmes vieillards que de pécher en présence de Dieu, ce texte en attribue la cause à sa piété et à l'instruction qu'elle avait reçue de ses parents. Les paroles dont il se sert sont remarquables: Elle avait la crainte de Dieu, parce que ses parents, étant gens de bien, ravalent instruite selon la loi de Moïse (Daniel, xiii.)

[Jacob.] — S. Ambroise n'excuse pas Jacob, tout juste et tout agréable à Dieu qu'il était, pour avoir été cause du désordre de ses enfants en mettant une trop grande différence entre eux, et parce qu'il attira sur son fils Joseph l'envie et la fureur de ses frères, pour lui avoir donné une robe un peu plus belle qu'aux autres. Cela se renouvelle encore tous les jours dans les familles, où souvent les pères et les mères donnent tout à l'un, sans laisser presque rien aux autres; où l'on regarde l'un comme un enfant légitiment les autr,es comme des esclaves. La jalousie se met donc dans la famille de ce saint patriarche ; la jalousie y fait entrer la haine ; la plupart des frères de Joseph le veulent tuer, et tous enfin le vendent aux Ismaélites, qui le mènent en Egypte, où il souffre la servitude, les prisons et tous les outrages de la calomnie. Qui a fait cela? l'amour trop tendre de Jacob. Il aimait Joseph plus que ses autres enfants; toutes les grâces, toutes les caresses, toutes les douceurs étaient pour lui. C'est que son amour n'était .pas selon l'égalité de la justice, qui veut que la nature soit ici la règle de l'amour, et que les pères et les mères aiment également ceux qui partagent également leur sang.

[Eléazar.] — L'exemple le plus illustre du fruit que produit la bonne éducation est Eléazar, ce vénérable, vieillard que l'on voulait contraindre à manger des viandes défendues par la loi,jusque-làmême que ses plusintimes amis, ayant compassion de sa vieillesse, voulurent lui persuader, pour contenter le Roi, d'user de viandes permises, et de faire semblant d'avoir mangé de celles du sacrifice. Mais ce saint homme, considérant son âge, l'érainence de sa dignité, l'honneur et l'antiquité de sa maison, et la vie irréprochable qu'il avait menée dès son enfance, par le grand soin que ses parents avaient pris de l'élever saintement selon les préceptes de la loi divine, s'écria qu'il aimait mieux mourir, que ce serait un scandale

PAJiÂQJRAPHB TROISIÈME. 161

public et un piège tondu aux jeunoa gens, s'ils voyaient an vieillard de quatre-vingt-dix ans, après avoir été élevé dans la crainte ei au ervice du vrai Dieu toute sa vie, Lui manquer de fidélité sur ses dernières années, en renoneanl à sa loi toute sainte pour embrasser le culte des

idoles.

f Lamère des Macliabces. | — Je me représente la mère «les Machabées, qui, dans la violence des supplices, soutenait le cœur de ses enfants par la, vertu de ses paroles. «Ce n'est pas moi qui vous ai donné le corps que vous ave/,, leur disait-elle ; il vient de Dieu ; rendez-lui avec couragi qu'il vous a donné avec libéralité ; vous êtes ses créatures sans réserve, soyez ses victimes sans partage. » Elle les encouragea tous, et les anima à tout souffrir pour la défense do leur loi. Elle les eût désavoués pour ses enfants s'ils eussent marqué de la faiblesse; et iamais mère ne témoigna tant de désir de sauver la vie à ses enfants que celle-ci en témoigna de la leur voir perdre; jamais elle ne les aima plus véritablement qu'en renonçant, en cette occasion, à toutes les tendresses du sang et de la nature. Aussi se rendit-elle digne, par-là, de les suivre à la gloire qu'elle leur avait fait acquérir par ses vives exhortations, et de souffrir la mort en chacun d'eux avant de la souffrir en son propre corps.

[ Héli. ] — Le grand-prêtre Héli, en ce qui regardait sa propre conduite, était très-homme de bien ; mais, parce qu'il ne fut pas assez ferme pour réprimer les désordres de ses enfants, il se trouva enveloppé clans les terribles vengeances que Dieu prit de leur impiété et du scandale qu'ils donnaient à tout le peuple. Plusieurs pères, dans le christianisme, auront le même sort, parce qu'ils ont la même indulgence pour leurs enfants. Quelque réglés qu'ils soient en ce qui concerne leurs devoirs particuliers et personnels, la mauvaise conduite et les dérèglements de leurs enfants, qu'ils ont négligé de corriger par une tendresse mal entendue et •par une mollesse qui'ne se peut pardonner, les entraîneront dans le même malheur et dans la même réprobation qu'eux.

[Sara.] — Sara, femme du saint patriarche Abraham, laquelle est si célèbre dans l'Ecriture pour sa vertu et sa sagesse que l'apôtre S. Paul nous la fait considérer comme notre mère et comme la figure de l'Eglise, qu'il loue pour sa grande foi, et que S. Pierre veut que toutes les femmes dans le mariage regardent comme un modèle : cette sainte femme, dis-je, avait tant d'application à tout ce qui pouvait être pernicieux ou avantageux à son fils Isaac, qu'ayant remarqué qu'Ismaël, le fils de sa servante, se jouait avec lui, elle pria son mari de chasser de la maison cette servante et son iils, do peur que, par son mauvais exemple, il ne corrompit l'innocence d'Isaac : et Dieu même autorisa cette conduite de Sara en commandant à Abraham de la contenter en ce point.

[Rcbecca.] — Rébecca, femme du patriarche Isaac, voyant que son fils aîné portait une envie mortelle au jeune, qui était Jacob, elle inspira à celuici, quoiqu'elle l'aimât tendrement, de sortir de la maison et de s'en aller dans un pays éloigné, où il fut vingt ans à garder les troupeaux au service de son oncle, quoiqu'il fût né de parents si considérables. Mais elle aima mieux le voir séparé d'elle, éloigné de son pays et réduit à la condition d'un serviteur, afin de prévenir par ce moyen les maux qui pouvaient naître de la haine d'un frère contre un frère, que d'en éloigner l'aîné, qui, étant d'un mauvais naturel, avait besoin de la discipline d'un père et d'une mère vigilants et soigneux. Les mères pourront apprendre de ces deux exemples quelle doit être leur vigilance et leur application à éloigner de leurs enfants tout ce qui les peut corrompre et engager dans le mal.

[ Amie et Samuel. ] — Anne, mère de Samuel, ayant obtenu de Dieu cet enfant par ses prières, le lui remit aussi entre les mains. Sitôt qu'elle l'eut sevré, elle le mena au grand-prêtre Héli, le consacra au service de Dieu, et le laissa pour tous les jours de sa vie clans le lieu saint, renonçant pour jamais à la consolation qu'elle pouvait en recevoir. Dieu approuva et bénit de telle sorte le zèle de cette mère, qu'il lui donna depuis plusieurs enfants pour celui-là, quoiqu'elle eût été stérile auparavant, et le petit Samuel, étant rempli de ses grâces, devint ensuite un saint prophète.

[Zacharie et Elizabelh.] — Les derniers parents que l'ancienne loi nous donne pour modèles en cette matière, sont le père et la mère de S. Jean-Baptiste. Il passe au désert, quittant la maison d'un père et d'une mère si saints, dès sa plus tendre enfance, de peur de se souiller par la moindre faute et de contracter la moindre tache de la corruption du siècle. Il y mène une vie extraôrdinairement austère ; il n'y est vêtu que de poil de chameau ; il n'a que la terre toute nue pour lit ; il n'a point d'autres compagnies que celle des bêtes. Il est entièrement caché aux hommes; il est sur la terre comme s'il n'y était point; il n'a ni secours, ni biens, ni amis. Cependant Zacharie et Elizabeth ne s'opposent point à ce dessein si particulier, et dont il n'y avait pas eu d'exemple dans les siècles précédents. C'est Dieu qui l'y appelle, cela leur suffit. Ils savent qu'il est destiné pour être le précurseur du Messie, et qu'il doit prêcher sa venue, et par conséquent éclater dans' toute la Judée, se faire admirer, et causer à tout le monde une joie extraordinaire: el néanmoins ils n'ont point d'empressement de le voir commencer bientôt un si saint ministère. Ils ne préviennent point, par un esprit inquiet, les moments de Dieu; ils laissent leur fils, et un tel fils, dans cette obscurité, clans cette pauvreté, dans cette séparation de tout commerce des hommes, entre les mains de Dieu, sans le rappeler; ils l'abandonnent entièrement entre les mains de

la, Providence, sans vouloir, par une tendresse mal réglée ou par une dévotion niai entendue, lui rien prescrire de contraire à ce que Dieu demande de Lui.

EXEMPLES DU NOUVEAU-TESTAMENT

| Enfants de Zébédée.] — Nous n'avons, dans le Nouveau-Testament, que trois personnes qui se soient intéressées pour procurer quelque avantage à leurs enfants. L'une est la mère des enfants de Zébédée, qui s'adressa au Sauveur pour lui demander les deux premières places de son royaume, qu'elle croyait devoir être temporel, en faveur de ses deux enfants. Mais l'Evangile marque assez que cette mère, qui était poussée plus par son ambition que par un véritable amour pour ses enfants, ne fut pas favorablement reçue du fils de Dieu, qui lui répondit que ni elle ni ses enfants, qui l'avaient portée à faire cette indiscrète prière, ne savaient ce qu'ils demandaient; pour apprendre, en sa personne, aux pères et aux mères qu'ils s'abusent quand ils souhaitent ou s'efforcent de procurer à leurs calants des richesses, des charges, ou de semblables avantages temporels ; qu'ils doivent, à la vérité, s'adresser au Seigneur et demander pour eux les grâces et les vertus qui leur sont nécessaires, mais, pour les biens de fortune et pour leur établissement, s'en remettre à la divine volonté.

[ La Chanancenue ] — Le second exemple, est celui de la femme Chananêenne qui s'empresse pour obtenir du même Sauveur la guérison de sa fille, tourmentée cruellement par un démon. Le Fils de Dieu la rebute d'abord, la traite d'importune et lui dit des paroles qui l'eussent peutêtre rebutée elle-même si elle n'eût eu un extrême désir de procurer quelque soulagement à sa fille. Mais le refus et les paroles dures dont usa le Fils de Dieu en cette occasion n'étaient, comme remarquent quelques SS. Pères, que pour l'exciter à demander avec plus d'ardeur et de confiance; aussi lui accorda-t-il ce qu'elle demandait, et fit voir par-là combien les prières que les pères et les mères font pour leurs enfants sont efficaces, particulièrement quand on demande pour eux la délivrance des vices auxquels ils sont sujets, et qui sont comme autant de démons qui les possèdent.

[ Le père du possédé. ] — Le troisième exemple est celui d'un père qui s'adresse pareillement au Sauveur pour le conjurer d'avoir compassion de son affliction et de la misère de son fils, qu'un démon muet et sourd tourmentait depuis son enfance, et qui était continuellement en danger de

iGi EDUCATION DES ENFANTS.

sa vie, comme il est rapporté clans S. Marc, ch.ap. 9. 11 n'en fallait pas davantage pour exciter la compassion de ce charitable Sauveur, qui avait fait voir cm tant d'autres occasions le pouvoir et l'empire souverain qu'il avait sur les démons. Mais, en cette occasion, il déclara à ses disciples, qui n'avaient pu chasser celui-ci, que ces sortes de démons ( ce que l'on peut entendre des vices et des mauvaises habitudes que contractent les enfants dos leur jeunesse) ne se chassent qu'avec peine, et que les parents doivent s'efforcer d'obtenir cette grâce à force de jeûnes et de prières : Hoc genus in nullo potest exire, nisi in oratioue et jejuniis.

APPLICATIONS DE L'ÉCRITURE

Commodavit eum Domino (I. Regum n.). — Quand Dieu vous a donné des enfants, sachez, pères et mères, dit S. Chrysostôme , qu'il vous a mis entre les mains un dépôt précieux et considérable. Vous êtes donc obligés de les conserver avec soin , comme des choses sacrées et qui portent l'image de Dieu, afin de les pouvoir remettre un jour entre ses mains. En même temps qu'ils sont vos enfants, ils sont aussi les enfants de ce père céleste, qui les a confiés à votre conduite : vous devez donc les élever en son nom, et les préparer à cet immortel héritage qu'il leur veut donner par vos mains. Que cette mère de Samuel entendait bien cette obligation et ce devoir, quand, après avoir reçu son fils par une espèce de miracle, elle l'alla consacrer aux autels , comme pour mettre ce dépôt en assurance, et le rendre à celui qui le lui avait donné! Commodavit eum Domino; ou comme tourne S. Chrysostôme , Depositum accepit, hoc ei restituât qui dédit.

Immolauerunt filios suoset films suas dœmoniis. (Ps. 105). David parle de ces malheureux pères qui sacrifiaient leurs petits enfants aux faux dieux, les jetant dans une fournaise ardente , pendant que les prêtres des idoles, ministres de leur cruauté , jouaient de divers instruments afin que les pères et les mères n'entendissent point les cris de ces petites créatures mourantes. Que fait-on dans la plupart des familles chrétiennes? on immole les enfants au démon de la vanité et du libertinage : et cependant les divertissements, les compagnies, les bals, étouffent les gémissements de ces âmes mourantes, et les conduisent à un malheur éternel au son de ces harmonies. Immolauerunt filios suos et filias suas dœmoniis.

Filiolimei, quos iterian parturio, donec formetur Christ us in vobis(Galat. iv. — Les pères et les mères doivent avoir sans cesse dans l'esprit qu'ils doivent donner une seconde naissance à leurs enfants , plus noble que la première, qui est une vie sainte, sur le modèle de celle du fils de Dieu ;

l'AKAi.i: \ i ■ 1 1 1 : TROISIÈME. 165

qu'ils doivent former Jésus-Christ en eus par les vertus qu'ils doivent Lâcher de leur inspirer; que ces enfants ne soni qu'un commencemenl

d' iréal are «le Dm , comme parle un autre apôtre, à laquelle ils doivent

donner les derniers traits de perfection par leurs instructions, leurs sages conseils el leurs bons exemples. 11 faut vous persuader, pères et mères, que vous êtes comme des peintres et des statuaires, ei que voe enfants sont connue de belles images et des statues d'or , que vous devez former, tailler et embellir chaque jour, jusqu'à ci; que Jésus-Chri soit entièrement produit et formé. Travaillez continuellement à orner Leurs âmes de toutes sortes de vertus.

Videte ne scandalizetis unum de pusillis istis. (Matth. vm.) Si on doit se conduire avec beaucoup de circonspection en présence des jeunes enfants en général, les pères et les mères en particulier doivent prendre garde de ne point servir de pierre de scandale à leurs propres enfants, dont ils sont eux-mêmes les anges tutélaires. Ce qui ne s'entend pas seulement du mauvais exemple qu'ils pourraient leur donner, mais encore de leur négligence et du peu de soin de les former aux bonnes moeurs , ce qui est l'occasion et la véritable cause de leur perte. Aussi est-ce l'une de ces choses dont Dieu demandera un compte plus sévère. La molle complaisance qu'ils ont quand ils leur voient faire des fautes entretient les enfants dans le vice, et les dispose à de plus grands désordres. En négligeant de les instruire ou en leur donnant une mauvaise éducation , ils sont la cause de leur perte : c'est ce qu'on peut appeler, les scandaliser : Videte ne scandalizetis unum de pusillis istis.

Quis, putas, puer iste erit ? (Luc. i.) Si l'on demandait, comme on fit autrefois du grand S. Jean-Baptiste : Que pensez-vous que sera cet enfant que vous élevez selon les maximes et l'esprit du siècle? vous pourrez bien me répondre qu'il sera grand dans le monde par les avantages d'une illustre naissance , par les grands biens et les éminentes charges que vous lui laissez; mais pourrez-vous bien dire, comme on a dit do S. Jean, qu'il sera grand devant le Seigneur. Vous qui flattez ses passions, qui entretenez ses vices, qui condescendez à ses désordres, qui souffrez et qui autorisez son libertinage et ses friponneries , répondez au contraire qu'il sera tel que vous l'avez fait, et que ces mauvais commencements que vous lui donnez ne se termineront qu'à une mauvaise lin.

Quantum temporis est ex quo ei accidit ? At Me ait : Ab infantiâ. (Marc, ix.) L'évangéliste S. Marc rapporte qu'un jour un père amena son fils à Jésus-Christ , afin qu'il ie délivrât d'un démon muet, si furieux qu'il déchirait le corps de ce pauvre jeune homme. Le Sauveur, avant de le délivrer, demande depuis quand ce jeune homme est possédé. Le père lui répond: Ab infantiâ, depuis son enfance. Nous pourrions dire la même t. m. 30

chose de la plupart des chrétiens que le démon possède par le vice : car, ;i

je demande à ce jeune libertin : Depuis quand ètes-vous blasphémateur,

dique et débauché? il me répondra : Ab infantiâ. A. peine savais-je

parler, qu'entendant les blasphèmes de mon père et les imprécations de

ma mère, je commençai à les imiter. Ils ne m'avaient jamais encore parlé de Dieu, ni appris à l'aire mes prières, qu'ils m'avaient déjà appris à dire <!e.s paroles infâmes et à chanter des paroles lascives: Ab infantiâ, etc.

Erudi filitnn luuin, et dabil delicias animœ tuœ. (Proverb, xxix.) — Un père et une mère n'ont point de plus douce ni de plus solide consolation , dit le Sage, que d'avoir des enfants bien élevés: Qui dore/ filiurn swan laudabiturin Mo. Rien ne l'ait tant d'honneur à un père que la bonne éducation de ses enfants. Rien aussi ne déshonore plus un père et une mère que les mauvaises mœurs des enfants, leur ignorance et leur impolitesse : Confusio patris est dç âlio indkciplinalo. Rien donc ne doit être plus intéressant, rien n'est de plus grande conséquence, et rien n'est aujourd'hui plus négligé, que l'éducation des enfants.

Pensées et Passages des SS. Pères.

Valdè perniciosè sentiet filial patris lenitatem, ut posteà juste seniiat Dr.i severitatem. Augnet. in Ps. 50.

Non laudo in liomine quod video in tigride ipè amorem in filios). lu. Ilomil. 38 ex .'J0.

X'j" laudaxdui est qui filios amat, sed detestandus qui non amat. August. Ibid.

0 do/osa Ubertas! agrandis filiorum perditioi ô paternus amor mort /'férus! Ecce filios se dicunl diligere quos jugulari procurant; die uni cas amare quibusjàm dispen- (liu (Mirant. Id. (vel alius auctor Serai. 33 ad fratres in Eremo. )

Fieri non potest ut filim istarum laerymarurn pereaf. III Confess. 12.

Quanta ampUùs dUigun,t filios patres, tanto

Un fils éprouvera, à son grand dommage, la trop grande douceur d'un père, pour être exposé ensuite à la juste sévérité d'un Dieu.

Je n'ai garde de louer dans un liomme l'amour envers ses enfants, quand je vois la même chose dans les tigres et les bêtes les plus féroces.

Un homme n'est pas à louer de ce qu'il aime ses enfants, mais il serait à blâmer et à détester s'il ne les aimait pas.

O trompeuse liberté, cause de la perte des enfants ! amour déréglé des pères ! Ils disent et déclarent qu'ils aiment ceux dont ils procurent la perte, et à qui ils préparent une mort très-cruelle par une malheureuse indulgence.

Il ne se peut faire qu'un fils qui a coûté tant de larmes périsse éternellement.

Plus un père aime tendrement ses en-

i\i; VQRAl'HE QUATRIEME.

// in pli us ail lu mu ni 1/ In m COmpellUtlt. itl.

August. Epist. 167.

Idolescentes magïs metu quàm ru/mur revocantur à vitio. Ambroa. De Josepho.

Ail negligentiam patrum refertur insolen- Un filiorum. [d.

Jungal liberos œqualis gratta, guos jungit œqualis natura. kl. De Josepho, 2.

Meminisse debent patres quàd et ipsi fueviuil filii, et nohurunt uiiquè exacerbari ù patribus ; filii quoque cognoscere debent quàd fiituri sunt patres, et nollent inhonorari <il> eu. ïdcircà, utrique exhibeant invicem quod exquirunt ab invicem. Ambroa.

Epist. ad Epiph. 0.

Magnum depositum habent parentes fttios.

Chrysost. llomil. 9 in Hebr.

Magna est natures iyranms, ef. expugnabilis

viscerum nécessitas, kl. llomil. 17 ad pop. Antiocli.

Apostoli estis familiœ vestrœ: hanc Apostolus vocal Ecclesiam domesticam; huic prœsidetiSj hanc instruits. Ambros. in luec verba : Ecclesia domesiica.

Libri sunt labin, purentum, nernpè aderudiendos fîlios. Id. advers. vitupérât, vitœ monast.

Adolescenfia tanquàm subacta et mollis cera est, quœ impressas quascumque formas in se facile recipit,et mollissimè cedit. Basil. Regul. fusiùs inter. 15»

Omnia quœ deliquerint filii de parentibûs requirent ur, qui non erudierint, neque corripuerint eus. Origen. ii in Job.

Ostendite eis filiis, de vestrd conversatione, fugere malum, appetere bonum, odisse peccatum, iimere judicium et amure Deum.

Emissenus, llomil. 4 Epiph.

Non parentes, sed peremptores (sic eoi VOCat qui mule libéras institiuiiil.) Bernard. Serin. 2 in Missus est.

Ex hoc affecta quo amure nos fecit Deus pignora nostru, intelligere nus volait quantum ipse niuuret pignora sua. Salvianus, lib. 4 de Providentià.

Deus curis suis patres associât. Chrysost.

Esta filiis tais pu ter, non prodilor. Cypr. Serm. 1 Elcem.

l'anls, pins il tâche de les obliger à mener une \ Le Irréprochable.

C'esl la crainte, plutôt que la rai > i. qui détourne les jeunes gens <\u \ ice.

L'insolence et la trop grande li] de enfants vienl de la négligence des parents.

Il faut que les enfants noient unis ensemble par la grâce comme ils le sang.

Les pères doivent se souvenir qu'ils onl été lils eux-mêmes et qu'ils n'ont pu souffrir d'être maltraités <lr leurs parents; les enfanfs doivent songer qu'un jour ils seront pères, et qu'ils ne voudraient pas que leurs enfants les déshonorassent. Que les uns el les autres donc pensent à ces relations mutuelles.

Les enfants sont un grand et saint dépôt.

C'est une espèce de tyrannie que la nature exerce sur les cœurs de ceux qui ont des enfants, et une nécessité qu'elle a imprimée dans leurs entrailles, de les aimer comme eux-mêmes.

Pères et mères, vous êtes les apôtres de votre famille : c'est ce que S. Paul appelle une église domestique ; vous en êtes établis les administrateurs pour la conduire et les docteurs pour l'enseigner.

Les lèvres des parents sont des livres pour les enfants.

La jeunesse est comme une cire molle et docile, qui reçoit toutes les figures qu'on y veut imprimer, et cela sans peine ni résistance.

Les fautes que commettent les enfants, on en demandera compte aux parents qui ne les auront pas instruits et corriges.

Apprenez, pères et mères, par votre conversation et par vos manières, à vos enfants à fuir le mal, à rechercher le bien, à haïr le péché, à aimer Dieu et à craindre ses jugements.

Ceux qui n'ont pas soin de bien élever leurs enfants n'en sont pas tant les parents que les meurtriers et les bourreaux.

Par cet amour que Dieu a inspiré aux hommes pour ceux à qui ils ont donné la vie, il a voulu faire entendre combien luimême aime ses enfants.

Dieu veut bien partager avec les pères les soins que sa Providence prend des entants.

Soyez le père de vos enfants, et non un traître qui les livre au démon.

Ce que l'on peut tirer de la Théologie.

[ Ordre de la Providence. ] — L'éducation chrétienne que les pères et les mères doivent donner à leurs enfants, c'est de les élever dans la crainte de Dieu, de les instruire ou de les faire instruire des choses nécessaires à leur salut et aux devoirs de la vie civile, selon leur condition; de veiller sur leurs mœurs et sur leur conduite, de les corriger de leurs défauts, de les entretenir selon leurs moyens, et enfin de les aider à s'établir dans l'état où Dieu les veut et les appelle : en cela consistent les devoirs des parents.

On demande pourquoi Dieu a établi cet ordre de saPro violence que nous voyons dans la propagation du genre humain, et pourquoi il a voulu qu'il y eût des pères et des enfants, et que les uns fussent produits par les autres : car il pouvait créer immédiatement tous les hommes de sa main, comme il a créé tous les Anges, parmi lesquels il n'y a ni pères ni enfants. S. Chrysostôme dit qu'il a voulu qu'il y eût des pères parmi les hommes afin qu'ils apprissent, par l'expérience de l'amour qu'ils ont pour leurs enfants, celui que Dieu a pour tous les hommes, en qualité de leur père et de leur créateur; mais d'autres croient, avec autant de probabilité, que c'a été pour sauver les uns plus doucement et plus efficacement par le ministère des autres; c'est-à-dire afin de sauver les enfants par le soin et par la coopération des pères.

Dieu a voulu que le mariage fût un sacrement, afin de consacrer les sources d'où devaient naître les enfants, et afin de tirer de la sanctification de leur père des dispositions à les sauver : car il faut remarquer qu'une partie des grâces de ce sacrement sert pour conduire les pères et les mères dans l'éducation de leurs enfants. Aussi faut-il avouer qu'un père et une mère, quand ils sont gens de bien et qu'ils s'acquittent fidèlement de leur charge, sont de puissants moyens du salut et de la prédestination de leurs enfants,

[Amour dû aux enfants.] — Une des plus puissantes raisons qui obligent les pères et les mères à travailler à la sainteté de leurs enfants se prend de l'obligation qu'ils ont de les aimer. Il ne faut point ici employer les rai-

sonnements pour persuader les pères et [es raéres qu'ils doivent aimer leurs enfants: la nature qui inspire ce1 amour aux tigres et aux bêtes les plus féroces, les instruit assez sur ce point. Aussi voyons-non; souyenl que, pour Les aimer trop et d'un amour trop naturel, ils les aiment mal, et d'un amour déréglé quand il n'est pas subordonné aux: lois divines, quand ils souffrent qu'ils soient vicieux pourne pas leurdéplairenilescontrister; quand ils ont plus de soin de leur corps que de leur âme, de leur amasser des biens temporels que de leur faire acquérir des vertus. C'est pourquoi, afin que cet amour soit juste et réglé, ce doit être une charité chrétienne, qui oblige à les aimer pour Dieu, selon les ordres de Dieu, qui leur fait agréer la disposition que Dieu fera d'eux, et n'oublier jamais qu'ils sont plus à Dieu qu'à eux.

La plupart des pères et des mères ne font pas assez réflexion sur les vues et sur les desseins de Dieu quand il leur donne des enfants : car ils ne doivent pas s'imaginer que ce soit pour la gloire ou pour le soutien de leurs familles, pour leur satisfaction, pour laisser des héritiers de leur nom et de leurs grands biens, pour succéder à leurs charges, ni même pour la conservation des Etats. Et pourquoi donc? Uniquement pour faire des prédestinés et peupler le ciel, en un mot, afin qu'ils contribuent à donner une vie heureuse et éternelle à ceux à qui ils ont donné la vie du corps. C'est donc ce qu'ils doivent principalement avoir devant les yeux, et à quoi ils doivent appliquer leurs premiers soins.

\ Païens et chrétiens.] — Ceux qui vivent dans le paganisme, et qui n'ont pas de plus hautes lumières que celles de la raison, ne pensent qu'à remplir le monde d'hommes infidèles comme eux ; ils ne leur donnent d'autre éducation que celle que la nature corrompue leur inspire. Ils n'ont d'autre dessein sur eux que celui de les élever à quelque fortune temporelle, parce qu'ils n'en connaissent pas une meilleure. Mais les pères chrétiens les élèvent pour le ciel, et pour en faire autant de prédestinés.

C'est à titre de justice que les pères et les mères sont obligés de procurer à leurs enfants une sainte et chrétienne éducation, parce que c'est un axiome reçu en philosophie et fondé sur la raison, que les causes qui donnent l'être à une chose lui doivent donner tout ce qui lui est nécessaire à son ornement et à sa perfection. Ainsi Dieu, remarque S. Thomas, est obligé, par une espèce de convenance naturelle, de donner aux créatures ce qui est nécessaire pour leur conservation et pour l'accomplissement de leur être : et c'est sur ce sentiment si raisonnable qu'est fondée l'inclination des pères et des mères, après avoir donné la vie à leurs enfants, de leur laisser de quoi l'entretenir, conformément à la condition où ils ont été mis parleur naissance, Ce soin est juste, et on ne le peut blâmer. Mais de ces devoirs naturels on doit tirer une obligation plus relevée, et une justice surnaturelle qui oblige les pères et les mèresà n'arrêter

pas leurs soins à ces biens périssables, mais à pourvoir à la sainteté de leurs entants et à leur bonheur éternel, puisqu'il y a deux êtres différents dans un chrétien, l'être naturel et l'être surnaturel; et c'est à l'achèvement et à la perfection de ces deux êtres que las pères et les mères doivent pourvoir, suivant ces deux conditions auxquelles la Providence les destine.

[Mauvaise éducation.] — Après le péché d'origine, je ne sache pas qu'il y ait un mal ni plus universel ni plus contraire à la vie chrétienne que la mauvaise éducation des enfants. C'est une seconde espèce de péché originel : car il n'est guère moins commun que le premier. Aussi le contractonsnous par le péché personnel de nos pères et de nos mères. Et c'est une seconde nature qui n'est guère moins corrompue que la première. C'est le péché de nos pères et le nôtre : le leur en effet, le nôtre en principe. En effet, la mauvaise éducation des enfants est un grand péché aux pères et aux mères, et un péché fort commun : car combien en voyons-nous qui manquent à ce devoir ou par ignorance, ou par négligence, ou par faiblesse, ou, ce qui est encore pire, par malice. Mais ce qui est à plaindre est que les enfants portent la peine du péché de leurs pères, comme dans le péché originel.

Il faut que le péché des pères et des mères qui négligent l'éducation de leurs enfants soit bien grand, puisque l'apôtre S. Paul dit que celui qui le commet renonce à la foi et est pire qu'un infidèle. Les infidèles, dit S. Jean-Chrysostôme, les surpassent en cela, qu'ils ne négligent point les personnes qui leur appartiennent : car, quoique la vanité les porte souvent à mépriser ceux qui ne leur appartiennent pas, ils ont cependant des sentiments de tendresse pour leurs domestiques ; et l'on ne peut commettre cette faute, que l'on ne viole non-seulement la loi divine, mais encore la loi naturelle : Diuinas leges plané violât et jura naturœ. C'est donc un péché d'omission, en matière griève et importante, et par conséquent trèsgrief; et, encore que les pères soient irréprochables pour leurs personnes et qu'ils remplissent tous les autres devoirs du christianisme, ils seront réprouvés pour avoir manqué à celui-là seul.

[De la correction.] — Les pères chrétiens doivent reprendre et châtier leurs enfants pour corriger leurs vices et leurs imperfections; mais comment ? Comme Dieu châtie ses élus, c'est-à-dire parce qu'il les aime : leurs répréhensions et leurs châtiments doivent procéder de l'affection qu'ils leur portent, et du désir qu'ils ont de les rendre vertueux et parfaits. Il est vrai qu'il ne faut se servir de cette voie qu'à la dernière extrémité, S. Paul les avertissant de ne pas mettre leurs enfants en colère, de ne les pas irriter ni rebuter par leurs mauvais traitements, de peur qu'ils ne perdent courage, et qu'à force de se voir maltraiter ils ne deviennent incorrigibles. Mais, quand la douceur et la prudence n'y font rien, il ne faut

pas épargner les remèdes violents, n', pour les trop aimer, souffrir il h il le mont leurs vices. S. Augustin attribue une partie de se i désordn La molle complaisance de son père, « Lorsque je parlais ou que je faisai mal, mon père, dit-il, tournait toui en risée, et disait que j'avais de reprit. J'avais beau être libertin et, débauché, il souffrait tous mes vices, et je ne trouvais point de main charitable qui me les arrachai par de salutaires corrections: Excesserunt caput meum tribuli liùidinum, et nulla erat evadieans manus.*

[ Amour aveugle. ] Il y a deux sortes d'aveuglement dans les parents. Le

premier consiste à prendre les plus grands dérèglements de leurs enfants pour des bagatelles, ou tout au plus pour des emportements de jeunesse, que l'âge rend innocents; l'autre à leur accorder tout ce qu'ils demandent, quoique ce soient des choses qui les engagent souvent dans le péché. Dieu, pour punir leur lâcheté, refuse toutes choses à leurs enfants. Vous vouliez les enrichir, et Dieu les rendra misérables: vous vouliez les élever, et Dieu les abaissera ; vous ne regardiez que leur personne cans regarder leurs péchés, et Dieu, au contraire, ne considérera que la grandeur de leurs péchés ; enfin, il les punira à proportion de l'indulgence que vous avez eue pour eux.

[ Nécessité de l'exemple. ] — La plupart des parents se persuadent qu'il suffit d'avoir donné la naissance à leurs enfants, sans qu'il soit besoin de se mettre en peine de leur faire acquérir la vertu: ou, tout au plus, qu'il suffit de les instruire, de les avertir de leur devoir, de les louer quand ils font bien, de les corriger quand ils manquent. Tout cela est bon; mais il faut quelque chose de plus: il faut que la parole soit soutenue par la démonstration des choses mêmes. La raison est que les enfants, naturellement, suivent l'exemple de leurs pères; et, parce que notre nature est corrompue par le péché avec lequel nous naissons, ils se portent plutôt à imiter leurs vices que leurs vertus. C'est ce qui oblige les pères et les mères à avoir presque autant de respect pour leurs enfants que leurs enfants en doivent avoir pour eux. Il faut qu'ils soient grandement circonspects en leurs paroles et en leurs actions, et, s'ils ont la pensée de faire quelque chose de mal, la vue et la présence de leurs enfants doit être un obstacle qui les arrête et les empêche.

Endroits choisis des Livres Spirituels et des Prédicateurs.

[Importance de l'éducation.] — L'esprit du monde, qui est un esprit de désordre et de renversement, ayant tellement ruiné les fondements de la piété dans le cœur de la plupart des chrétiens, il faut nécessairement opposer une forte digue à ce torrent impétueux qui nous menace d'une ruine universelle ; et, comme il a commencé par la corruption de la jeunesse et par la mauvaise éducation des enfants, il faut nécessairement remonter à l'origine, et tâcher de purifier cette source empoisonnée. Quand un fruit est entièrement gâté et pourri, le seul moyen pour le faire renaître et lui rendre sa première bonté, c'est de prendre son pépin, et de le jeter dans une terre bien préparée: le pépin germe, il pousse des feuilles, des fleuis et des- fruits. Voilà justement le secret de faire revivre, dans l'ordre de la grâce, l'esprit du christianisme, qui est presque entièrement détruit dans le cœur des fidèles. C'est de s'appliquer particulièrement à l'éducation de la jeunesse, et singulièrement à bien élever les enfants dès leur bas âge: car le manquement à ce premier devoir est la cause de la corruption des mœurs, et ensuite des divisions et des malheurs qui arrivent dans les Etats et dans les familles.

Tout le bonheur des pères et des mères consiste à donner la vie corporelle à leurs enfants, pour les régénérer en Jésus-Christ, hors duquel il n'y a que misère, et misère temporelle et éternelle. L'intention des personnes mariées, qui ont de la piété doit être, dit S. Augustin, de se préparer à la génération spirituelle, par la génération corporelle, et ils ne doivent pas se contenter d'avoir des successeurs et des héritiers dans leurs familles; mais ils doivent avoir aussi dessein de donner des héritiers à Dieu, et des cohéritiers à Jésus-Christ, comme parle le grand Apôtre ; les pères et les mères étant comme des canaux vivants et animés, par lesquels Jésus-Crhist fait couler dans le cœur des enfants les grâces et les bénédictions du Ciel, dont il a le trésor entre les mains. Car ce n'est point aux enfants à amasser des trésors pour leurs pères, mais aux pères à en amasser pour leurs enfants ; et ce trésor, dit S.Basile, n'est autre chose que de les instruire et de leur apprendre à craindre et servir Dieu. C'est ce grand trésor que Tobie le père laissa à son fils en mourant, et c'est

PARAGRAPHE sixikmk. 473

cette suooessioa de piété el de vertu que l'Ecriture veutqu'on lai héritiers après la moi I .

Lu négligence <I<ls mères et les affaires des pères ont introduit la coutume de confier à des personnes étrangères l'instruction de Leurs enfants t Ce n'est pas, toutefois, ce que prétendait la nature, lorsqu'elle donnait du Jait et des tendresses à la mère, et de l'intelligence et de la prudence au père. Son dessein était d'accomplir la gloire de leur fécondité, et de les rendre pore et mère d'un fils ou d'une lillc qui fussent entièrementà eux, et qui ne dussent leur nourriture et leur éducation qu'à leur peine et à leur conduite : car, si un enfant tient sa vertu d'un autre que do ses parents, il n'est à eux qu'à demi,, et ils n'ont pas le droit de se rien attribuer de ses belles actions. Il tient d'eux, à la vérité, le pouvoir de manger et de dormir; mais il tient de ses maîtres le pouvoir d'agir sagement, de vivre en bonnéte homme, et de mourir en bon chrétien.

Dans cette grande corruption de moeurs où le monde est aujourd'hui, avez, dit S. Augustin, un soin tout particulier de bien régler vos maisons, et de bien gouverner vos enfants dans vos familles. C'est le moyen de réformer les plus grands désordres, et de remédier aux plus grands maux; et comme il est de notre devoir de vous parler, et de vous instruire dans l'Eglise, il est du vôtre de travailler chez vous avec application: car vous pouvez faire l'office de pasteur, dit ce saint docteur. Oui, vous pouvez non-seulement imiter mais coopérer avec les évéques et les prêtres, et partager avec eux le ministère de la parole évangélique : afin qu'ayant repris, enseigné, exhorté vos enfants, vous puissiez un jour les présenter en assurance devant le tribunal du Souverain Juge des vivants et des morts.

La bonne éducation est le fondement des belles vies et le principe des actions les plus chrétiennes et des plus vertueuses. La plupart des saints et des saintes qui sont dans le ciel doivent, après Dieu, leur sainteté à l'éducation sainte et chrétienne de leurs pères et de leurs mères. Abraham est loué dans l'Ecriture pour avoir attiré sur son fils Isaac et sur toute sa nombreuse postérité les bénédictions du Seigneur, par l'exemple d'une foi héroïque. Tobio a reçu mille louanges, et en reçoit encore tous les jours, des instructions salutaires qu'il a données à son fils, et à tous les chrétiens en sa personne. Mais, si c'est la gloire de l'Eglise que les enfants des chrétiens soient bien instruits et qu'ils soient nourris et élevés dans les saintes maximes qu'elle leur donne, il n'y a pas moins d'avantage pour les Etats et pour la politique que la jeunesse soit bien élevée.

De tous les soins que les mères doivent prendre do bien élever leurs enfants, il n'y en a point que S. Jean-Chrysostôme leur recommande plus instamment que celui de leurs filles, qui sont si faciles à prendre les bonnes ou mauvaises impressions : comme leur naturel est plus doux , elles sont aussi plus traitables et plus dociles. Il faut donc leur inspirer de

474 éducation des enfants.

bonne heure l'amour de la vertu, eî leur oter cet air de vanité qu'elles prennent si facilement : car on ne voit aujourd'hui , dans la plupart des filles, qu'une ambition démesurée, qu'une vanité qui va jusqu'à l'excès; on n'y remarque que faste, que licence et libertinage : et tout cela vient du peu de soin des mères, qui, n'ayant pas elles-mêmes été élevées chrétiennement, ont une basse idée de la vie chrétienne, et n'ont pas pour les autres des vues plus nobles et plus relevées que pour elles-mêmes.

Ce n'est pas assez d'avoir empêché le progrès du vice dans l'enfance : il faut encore faire ses efforts afin qu'il ne se fortifie point dans la jeunesse , où les passions deviennent plus fortes, plus vives et plus violentes, où les yeux et le cœur s'ouvrent à la vanité et au plaisir. La première démarche dans la carrière du crime, est bientôt suivie d'une autre ; c'est le progrès ordinaire du vice ; et c'est ainsi que d'un petit pécheur on devient un grand réprouvé. C'est pourquoi la maxime qu'on donne communément pour la santé du corps est extrêmement importante pour le salut de l'âme. Opposez-vous, dit-on, aux commencements. Ne négligez rien, de peur que les suites ne vous soient funestes. La jeunesse, où les passions sont plus en mouvement et plus impétueuses par l'ardeur de l'âge, est le temps le plus propre à cultiver les enfants; c'est la saison d'arracher les mauvaises plantes qui croissent dans cette terre neuve, qui jette son premier fruit ; enfin, c'est l'âge le plus susceptible des bonnes ou des mauvaises impressions, et le plus propre à faire naître de saintes habitudes. [Instruction chrétienne pour V éducation des filles.)

[Erreur des pères. J — H y a plusieurs pères qui n'oublient rien pour acquérir à leurs enfants de grandes possessions , des maisons magnifiques , des terres de grand prix, et leur faire avoir de beaux habits et un superbe équipage, mais qui ne se mettent nullement en peine que leur âme soit ornée de vertus, et que la conduite de leur vie soit pieuse et chrétienne : et c'est ce qui remplit le monde d'une infinité de désordres. Avec toutes leurs grandes richesses', si les enfants ne sont gens de bien pour les gouverner avec sagesse et avec vertu, elles périront en peu de temps par leur mauvaise conduite, et ne serviront qu'à attirer la malédiction de Dieu sur ceux qui les auront possédées ; au lieu que , s'ils sont sages, s'ils ont le cœur magnanime et généreux, s'ils ont l'esprit rempli de cette divine et sublime philosophie que le Fils de Dieu est venu apprendre aux hommes , n'ayant rien ils posséderont tout parce qu'ils seront au-dessus de tous ces biens. Ce discours est tiré de S. Chrysostôme.

Que sera-ce , s'il se trouve que vous n'ayez pas eu soin de vos propres enfants, dont vous devez rendre un compte terrible au jugement dernier, non au poids de la balance des hommes, mais au poids du sanctuaire? Dieu vous dira alors : « N'ai-jc pas mis cet enfant dans votre maison dès le commencement de sa vie? Ne vous ai-je pas établi son maître, son conducteur ; juge ?Né vous ai-je pas donné une pleine et entière puissance sur

l'AKAfiKAI'IIK SIXIÈME. -17.*>

lui? Ne vous L'ai-je pas mis entre les mains dés son berceau, pour le fornicr el le dresser à la piété? Osez-vous espérer que je vous pardonne , ai vous le laissez emporter aux mouvements împétueuxd'une jeunesse Inconsidérée, et capable de toutes sortes d'emportements? » Que répondrez-voue alors? Direz-vous que oetenfiml étail fâcheux et. difficile à conduire? qu'il était indocile et libertin? Mais c'est û quoi vous deviez pourvoir de bonne heure: et, lorsqu'il était encore tendre etfacile à gouverner, il fallait l'accoutumer au joug d'une sainie discipline, le ranger peu a peu à son devoir, le former à la vertu, réprimer ses passions et guérir les maladies de son âme lorsqu'elles étaient encore peu enracinées ; il fallait arracher ces épines lorsqu'elles ne faisaient que de naître. Quelle excuse aurez-vous donc pères et mères, si Dieu, prenant une vengeance si sévère des injures que vos enfants vous font, vous ne tenez compte de celles qu'ils font à Dieu ? Si Dieu, les punissant de mort lorsqu'ils vous offensent, vous ne vous mettez pas seulement dans une sainte colère contre eux lorsqu'ils offensent sa majesté infinie? <x J'ai bien voulu, vous reprochera-t-il un jour, ôter la vie aux enfants ingrats qui vous avaient outragé : et vous ne leur avez pas seulement dit une parole dure et fâcheuse lorsqu'ils foulaient aux pieds mes commandements et mes lois. »

Que si votre fils ou votre fille attire par sa vertu la vénération des hommes, quelle joie sentirez-vous, vous qui êtes sorfpère et vous qui êtes sa mère, et qui trouverez dans sa piété un plus grand sujet de l'aimer que n'est l'union du sang et de la nature ? Certes, comme ceux qui sont ingrats envers Dieu n'ont aussi d'ordinaire que du mépris pour leurs pères et pour leurs mères, de même , tout au contraire , ceux qui honorent Dieu par leur piété ne manquent point de rendre l'honneur aux personnes dont il s'est servi pour les mettre au monde. Ainsi, toutes choses nous obligent à prendre ce soin : la considération de Dieu, qui nous le commande ; celle des hommes, qui nous en estimeront davantage ; notre propre consolation dans la vie présente, que la vertu de nos enfants nous rendra douce, heureuse et agréable , et enfin la juste appréhension des peines à venir, qui nous sont préparées si nous y manquons.

Pères et mères, si vous élevez bien vos enfants , vos enfants élèveront bien les leurs, et ces derniers en feront de même. Ainsi se fera une suite et comme une chaîne de piété et de vertu, quiayant pris son origine de vous, passera bien avant dans votre postérité ; et il naîtra d'excellents fruits de cette première racine d'une sainte éducation. Vous devez méditer la loi de Dieu, la digérer et vous en nourrir, afin que, l'ayant convertie en lait à l'exemple d'une charitable nourrice, vous la fassiez couler par vos instructions dans le sein de vos enfants. Si les pères et les mères élevaient ainsi leurs enfants , les lois seraient inutiles ; on ne verrait point parmi eux do jugements, de peines et de supplices : car la loi, comme dit S. Paul, n'est pas faite pour le juste.

Qu'on ne dise point que l'on ne peut dompter la jeunesse : car, si

S. Paul oblige les femmes mêmes à prendre ce soin, c'est une marque que cela n'est pas impossible, autrement il ne l'aurait pas commandé. Mais tout le mal vient de notre lâcheté et de notre négligence, et de ce que nous ne travaillons pas dès les plus tendres années de nos enfants à les former à la piété. On se donne beaucoup de peine pour les faire instruire dans les arts et dans les sciences profanes; on leur procure des emplois honorables à la cour, dans le barreau, dans les armées; on leur amasse du bien pour les rendre considérables dans le monde, mais on ne prend aucun soin de leur acquérir la faveur du Roi du ciel et de la terre, et de leur faire obtenir un rang honorable dans sa cour céleste. (Même ouvrage.)

[ De la Correction.] — Cette correction dont les parents sont obligés d'user envers leurs enfants doit avoir pour principe le zèle et la charité, et non pas la passion. Car, quand on agit par passion, on n'est pas propre à remettre les autres dans leur devoir; au contraire, l'emportement où on se laisse aller ne sert qu'à les aigrir et à les irriter. Ainsi, les pères et les mères doivent éviter de corriger leurs enfants lorsqu'ils se sentent euxmêmes dans le transport et dans le mouvement de la colère. La faute qu'ils commettent alors est peut-être plus grande que celle qu'ils veulent corriger, et le mauvais exemple qu'ils donnent à leurs enfants, par leur promptitude et leur emportement, ne les rend pas dociles ni capables de profiter de la correction qu'ils leur font.

Les enfants sont plus obligés aux parents de l'éducation qu'ils leur procurent que de la vie qu'ils leur donnent, parce qu'il est plus avantageux d'être homme de bien que d'être homme. Un homme qui est réprouvé faute d'éducation ne serait-il pas heureux de n'avoir jamais été? Des parents se croiraient coupables s'ils avaient négligé de faire conférer à leurs enfants le sacrement qui les fait chrétiens : le sont-ils moins de négliger l'éducation qui leur apprend à vivre en chrétiens? Que leur sert d'être chrétiens s'ils ne vivent pas en chrétiens, sinon à les rendre moins excusables devant Dieu?

A qui appartient-il de former de bonne heure la jeunesse à la vertu, si ce n'est à vous, pères et mères? Qui en aura soin, si ce n'est vous? Qui en répondra devant Dieu, si ce n'est vous ? Qui en aura de la gloire si elle vit bien? qui en recevra de la confusion et des reproches si elle mène une vie libertine, si ce n'est vous? Si ces enfants, comme ces impies dont il est parlé dans le livre de Job, ont leurs os remplis des vices dès leur jeunesse, s'ils sont débauchés, s'ils aiment le jeu et la bonne chère, s'ils font des actions indignes non-seulement d'un chrétien mais d'un homme d'honneur, si cette fille par sa mauvaise conduite , scandalise toute une ville, si elle tombe dans un désordre qui la déshonore et toute votre maison, si cet aîné s'engage dans quelque mauvaise affaire qui le ruine ou qui le mette en danger de sa vie, qui en sera la cause sinon vous, père et mère qui n'en avez pas* pris soin dès la jeunesse? (Le P. Nepveu, passim.)

| Mauvaises maximes des parente.] — Des pères e1 des mères élèveront soigneusement auprès d'eux quelque enfant l\\\ opj ; mais, bien Loin de s'appliquer à jeter dans un cœur tendre etdooile des semences de vertu, une mère instruira sa fille dans l'ari de se faire des adorateurs, et La produira pour cet effet (Luis ces assemblées mondaines où L'on ne voit nue la vanité, et où L'on respire un air de sensualité et de moljesse propre à corrompre et empoisonner les cœurs, Un nomme de qualité répétera sans cesse à son fils qu'on ne peut réparer l'affront qu'on a reçu, que par l'outrage qu'on fait à son ennemi ; des parents applaudiront à la première lueur d'une pa naissante, qu'ils regarderont comme leur ouvrage; et, bien loin de la réprimer, pourvu que ce soit une de celles que la corruption du siècle autorise, l'on s'occupera de tout ce qui peut la fomenter et l'entretenir. Ne nous étonnons donc plus si nous voyons tantôt des enfants traiter leurs parents avec indignité, n'avoir pour eux ni tendresse ni respect, ils ne les ont jamais connus ; tantôt des jeunes gens sans piété et sans crainte de Dieu, on ne leur a jamais enseigné les premiers éléments de la religion.

Ce n'est pas être tendre que de nourrir le vice et les mauvaises habitudes dans un enfant, pour lui épargner quelques larmes; et celui, dit S. Augustin, qui l'entretient clans le mal, -par cette cruelle indulgence, ne le traite pas en père mais en ennemi. La conduite de Job envers ses enfants n'était point molle et relâchée comme la nôtre , mais pleine de vigilance et d'une sage sévérité, dit S. Chrysostôme : car, s'il avait tant de soin d'offrir à Dieu des victimes pour leurs fautes secrètes , avec quel zèle les a-t-il dû reprendre pour celles qui étaient visibles? Malheur donc à ces pères et à ces mères qui font leur divertissement des. vices d'un enfant qu'ils aiment follement, et qui, regardant les premières lueurs des passions comme des signes d'un naturel heureux et des marques d'un génie extraordinaire , se réjouissent de voir les premières étincelles d'un feu qu'ils allument de plus en plus, et qui deviendra dans la suite un brasier que rien ne pourra éteindre. (Monmorel, Homélies).

[De la mauvaise éducation.] — Pourquoi voyons-nous de ces péchés qui passent de père en fils, qui sont comme originels , et qui se perpétuent dans les familles, ou par une corruption secrète qui se mêle avec le sang, ou par un juste jugement de Dieu, qui punit les pères parles enfants et les enfants par les pères? Il n'y a rien de si commun, et personne n'y fait réflexion. Un père, au lieu d'apprendre la crainte de Dieu à ses enfants, leur inspire, tantôt par ses discours, tantôt par ses actions, les vices qu'il a, et leur forme insensiblement une vie semblable à la sienne ; au lieu de corriger leurs passions naissantes , les nourrit par ses complaisances . les excite par ses persuasions, les fortifie par ses exemples , et leur laisse souvent après sa mort, avec l'héritage d'un bien mal acquis, la triste succession de son ambition, de son avarice ou de sa vengeance. Une mère, après avoir passé ses meilleures années dans les vanités et dans les plai-

sirs, se plaît à composer de ses propres mœurs les mœurs d'une fille qu'elle idolâtre. C'est assez pour elle de lui avoir fait donner, par bienséance, une légère teinture de religion : elle s'applique à lui donner l'esprit du monde : ravie de se remettre devant les yeux l'image de sa jeunesse mondaine, d'attirer sur une partie d'elle-même l'encens qu'on commence à lui refuser, et de voir rajeunir, pour ainsi dire , sa vanité dans celle qu'elle inspire à cette âme sans expérience.

Qu'il serait à souhaiter que tous les pères eussent les soins qu'ils sont obligés d'avoir de leurs enfants! et combien de vies chrétiennes sont étouffées aujourd'hui par des éducations mondaines ! A peine les a-t-on consacrés à Jésus-Christ par le baptême, qu'on les lui ravit pour les rendre de nouveau esclaves du monde, auquel ils viennent de renoncer. A peine se sentent-ils, à peine savent-ils parler, qu'on leur apprend à flatter, qu'on les accoutume à être flattés. On allume , par des caresses et des approbations indiscrètes, les premiers feux de leurs cupidités naissantes. On jette dans leurs cœurs encore tendres des semences d'ambition, qui ne croissent que trop avec l'âge. On se met en peine de les rendre polis et civils, en leur révélant tous les mystères de la chair et du sang^ et non pas de les rendre vertueux en leur apprenant les mystères de Jésus-Christ. On les produit dans les compagnies, pour leur faire perdre cette pudeur et cette innocence qui ne revient plus, et pour les familiariser avec la vanité, la volupté et le mensonge. On les sacrifie au démon, en les immolant aux torrents, comme parle le prophète Isaïe, c'est-à-dire en les exposant au courant du monde et au torrent de la coutume et de la nature corrompue.

Vous le savez , Messieurs : à peine sont-ils nés, ces enfants, qu'on les accoutume à l'orgueil et à la mollesse. On les élève sans aucun principe de religion ; au lieu de maintenir en eux l'esprit de Dieu, on leur souhaite et on leur inspire l'esprit du monde ; à peine viennent-ils de renoncer aux pompes du siècle, qu'on les leur montre, etqu'on leurenseigne à les aimer; ils ont promis de suivre l'Evangile, et on les assujettit à la coutume. Ainsi la vanité se saisissant de ces âmes encore tendres, elles cessentd'étre fidèles à mesure qu'elles deviennent raisonnables , et perdent l'innocence de leur baptême presqu'aussitôt qu'elles l'ont reçue. (Fléchier, Sermons divers.)

[Indulgence excessive.] — Il n'est pas imaginable comme cette faute est commune parmi les parents, et combien elle perd d'enfants tous les jours, comme l'expérience le fait voir. La plus grande partie des pères et des mères aiment leurs enfants d'un amour fou et aveugle, qui ne regarde que le bien présent et sensible des enfants. Ils craignent de leur donner la moindre affliction en les retenant dans les bornes de la vertu, par une sage remontrance ou par une correction raisonnable; ils aiment mieux leurs mauvaises habitudes, qui croissent avec l'âge faute de correction, et les rendent

méchants et vicieux pour le reste de leur vie, et misérables après cette vie pour l'éternité. Malheureux pères qui, par cette sotte douceur, précipitent leurs enfants dans le comble de tous les malheurs : semblables à ces sots animaux qui étouffent leurs petits à force de les embrasser* Pères aveugles, qui ne voyez pas que oette miséricorde pour vos enfants es1 la plus grande oruauté que VOUS puissiez exercer envers eux, et que vous ne seriez pas si cruels, si vous leur aviez donné la mort de votre propre main. Le temps viendra auquel vos enfanta, que vous flattez ainsi , demanderont à Dieu yengeance contre vous et vous accuseront comme les auteurs de leur malheur. (Gobinet, Instruction de la jeunesse.)

| Les mères. j — Le principal ouvrage d'une mère, dit S. Ohrysostôme, n'est pas de mettre des enfants au inonde, c'est celui de la nature, mais d'élever ses enfants dans la vertu, carc'est celui de l'esprit etde la volonlé. C'est pourquoi S. Paul veut qu'une veuve ait pour elle le témoignage d'a- A-oir bien élevé ses enfants, et ne demande pas qu'elleen ait mis au monde: Testimonium hakens si fitioseducavit. Semblable à un habile jardinier, qui dresse et qui taille ses arbres lorsqu'ils sont encore tendres, elle forme sur les règles de la vertu ses jeunes filles, et empêche qu'elles ne prennent l'esprit du monde. Persuadée que c'est un bon fond qu'il faut cultiver , et qui autrement produirait de mauvaises herbes en abondance, elle s'applique à en déraciner toutes les semences du vice, à y jeter les principes de la religion. Elle cultive par tous ses soins ces plantes délicates que Dieu lui a confiées, et ne cesse point de les arroser de ses sueurs que Jésus-Christ ne soit formé en elles, pour parler le langage de l'Apôtre: Donec formetur Christus in vobis (Discours chrétiens, Ste Ursule.)

[Le véritable héritage. | — Il se trouve de malheureux pères qui se flattent, en mourant et lorsqu'ils sont sur le bord de l'enfer, de ce qu'ils laissent après eux une grande maison. Grande maison, je le veux! mais insensés qu'ils sont! ils l'ont bâtie sur le sable, et ils ont en même temps excité contre elle , par leurs péchés, les fléaux de la colère de Dieu. C'est pourquoi il faut que leurs enfants soient accablés sous ses ruines : Filii ejusopprimentur cgestale (Job. xx). Grande maison; mais ils ne disent pas que, par leurs injustices, ils ont attiré la malédiction de Dieu, laquelle, comme un feu dévorant, dit Zacharie, consumera jusqu'aux chevrons et aux murailles. Ils laissent, disent-ils , une postérité nombreuse et opulente, qui, comme un grand arbre, jette de profondes racines et porte bien loin les branches par ses alliances : oui , mais que n'ajoutent-ils que leur mauvaise vie a pourri le cœur de cet arbre, qui doit bientôt se sécher? Que ne confessentils que, par leurs péchés, ils ont irrité Dieu, qui prononce déjà l'arrêt qui ordonne que cet' arbre soit coupé , et qu'il n'y reste ni branche , ni feuilles, ni fruits : Suceidite arborera , et prœscindite ramos ejus ; exculite folio, ejus et dispergite fructus ejus. (Daniel vu.)

Dieu voit ce porc tellement occupé de l'amour de ses enfants , qu'il no pense ni à Dieu ni à son salut, ni à la mort ni à l'éternité ; il est toujours occupe à former des desseins pour les élever aux premières charges ; il n'y a, justice qu'il ne corrompe ni conscience qu'il n'engage ; en un mot . il est prêtàfaire le personnage du mauvais riche clans les enfers, pourvu qu'il laisse de grands trésors et de belles charges à ses entants. Eh bien! Usera réprouvé, puisqu'il a tant d'envie de l'être; mais, outre cela, en haine de cet amour désordonné qu'il a pour eux, Dieu mettra en pièces toutes ces idoles; il ensevelira tout cela dans le fond d'un cercueil , et il n'en sera plus parlé.

Comme Dieu promet aux gens de bien, dans l'Ecriture, que leurs enfants seront leur consolation, leur couronne, leur joie, et leurs délices : Erudi filium tuum, et refrigerabit te, et dabit delieias animes tuœ ; filius sapiens lœtificat patrem: tout au contraire , il menace les méchants qu'ils auront des enfants qui seront leur honte , leur confusion , leur tourment, leurs bourreaux, qui avanceront leurs jours, ou les feront mille fois mourir d'amertume et de douleur. De pâtre impio queruntur filii, quoniam propter illum sunt in opprobrio. Hélas ! vous vous étonnez, dites-vous, de voir dans ces enfants des inclinations si perverses, un naturel si mal fait, des passions déjà si fortes pour le mal, des aversions pour les lettres et pour la piété , et pour tout ce qui peut faire un honnête homme dans le monde. Vous diriez, dites-vous, qu'il ya quelque malédiction de Dieu. Celase peut bien faire! Voyez comment vous avez vécu, quelles sont vos mœurs, et si cette parole du Saint-Esprit ne s'accomplit pas en votre personne. (Le P. Texier.)

[Soin de l'âme.] — Mères chrétiennes, vous imitez souvent la femme Chananéenne : vous pleurez et vous gémissez si le corps de votre fille est possédé du démon ; et , lorsque vous voyez son âme possédée de l'esprit du monde, lorsque son cœur est enflé de vanité, qu'elle ne cherche qu'à plaire aux hommes sans se soucier de plaire à Dieu, vous n'en avez point d'horreur : et cependant c'est alors qu'il faudrait pleurer avec des larmes de sang, ou plutôt ne pas gémir seulement, mais réprimer ses passions déréglées , la porter à la vertu par de salutaires conseils, lui inspirer l'horreur du vice par de sévères réprimandes, et enfin employer toutes sortes de remèdes pour guérir un mal si dangereux. {Instruct. chrét. pour Véducation des filles.)

[Vraie fraternité.] — C'est ici, pères et mères, que vous devez vous servir de toute la prudence que l'Evangile vous inspire dans l'établissement de vos entants. Amassez-leur du bien, à la bonne heure; mais ne leur en amassez jamais aux dépens de leur salut et de votre conscience. Vous croyez les rendre considérables dans le monde, et établir leur fortune sur de solides fondements : mais Dieu proteste qu'il détruira ce faible ouvrage

de vos injustices, sans que vous puissiez en trouver la véritable cause. Vous l'attribuerez à ce procès, à la persécution do cet ennemi, à cette mort, aux débauches et au libertinage de ces enfants, et ce .seront les injustices que vous aurez commises pour les pousser dans le monde. Si vous aimiez véritablement vos enfants, vous prendriez, avant toutes cho un grand soin de leur salut et de leur avancement spirituel; vous préféreriez oette importante affaire à toutes les autres; vous vous persuaderiez que vous ne les avc2 reçus do Dieu qu'afin de les mener à lui, qu'il ne vous a confié ces chers dépôts qu'afin de les lui rendre; et, comme vous vous souciez peu de ces devoirs, c'est une marque, dit S. Grrégoire-le- < hrand, que vous ne les aimez pas.

C'est ici, pères et mères, qu'il faut vous dire, en passant, que ce qui est capable d'attirer sur vos personnes les bénédictions du Ciel est ce soin que vous prenez d'élever vos enfants dans la crainte de Dieu, de leur inspirer de bonne heure des sentiments de piété, de les offrir au Seigneur, de les élever dans les maximes du christianisme, do les regarder comme des victimes consacrées, sur lesquelles vous n'avez presque plus d'autre droit que celui de les ramener dans le bon chemin si par malheur, nonobstant leur pieuse éducation, ils venaient à s'en détourner. C'est alors que vous rendez à Dieu ce sacrifice de justice qu'il vous demande ; c'est alors que vous rendez à vos enfants ces offices de piété et de sollicitude que vous leur devez; c'est alors que Dieu est loué et béni, puisque vous les formez de bonne heure à la vertu. (Discours moraux.)

[ Pères et mères punis. ] — Quelques SS. Pères demandent pourquoi Dieu a proposé une loi et un précepte aux enfants d'honorer leurs parents, et n'en a point fait pour obliger réciproquement les parents à prendre le soin de leurs enfants. Mais c'est que la loi de la nature, qu'il a imprimée jusqu'aux bètes les plus farouches, envers ceux à qui ils ont donné la vie, les y obligeait assez, et que ces sentiments naturels tenaient lieu de loi, de précepte, et do tous les commandements qu'il leur eût pu faire. Les parents y sont obligés par justice, par leur propre intérêt et par honneur, puisque c'est leur gloire d'avoir des enfants bien nés ; mais, hélas ! souvent les parents portent les premiers la peine de leur négligence en ce point, et djLi mauvais exemple qu'ils leur ont donné. Quœ seminaverit , hœc et metet : vous recueillerez ce que vous avez semé. Vous avez semé dans les yeux de cet enfant l'image de vos crimes, par le dérèglement où il vous voit; vous avez semé des jurements et des paroles dissolues dans ses oreilles, en les proférant en sa présence : et quelle merveille si vous ne recueillez que des vices, et s'ilssont tels que vous les avez formés ! Quœ seminaverit homo, hœc et metet. Mais ce sera vous, [pères et mères, qui recueillerez ces fruits d'iniquité, qui aurez un mortel déplaisir devoir ces enfants sans amour pour vous, désobéissants, et qui porteront l'infamie dans votre famille. (Anonyme.)

4S2 ÉDUCATION DKS KMANTS.

Pères et mères, méditez bien cotte vérité terrible : ces enfants mal tes truits et mal élevés seront, je ne dis pas vos bourreaux des cette vie présente, pour vous tourmenter et pour avancer vos jours, mais ils seront de sants témoins au jour du jugement, nui s'élèveront contre vous et qui demanderont justice de votre cruauté. Us s'écrieront, dii S. Gyprien: Perdidit nos aliéna perfidta, parentes sensimus parricidus : nos pères ont été nos parricides; c'est leur impiété, ce sont ieurs vices* beaucoup plus que les nôtres* qui nous ont damnés : Uli nobU Ecclestam matrem, illi patrem Deum negaverunt. Ce sont leurs maudites maximes et leurs pernii exemples qui nous ont é i de suivre la doctrine de l'Eglise et de

rendre obéissance à Dieu. Oui, pères et mères, vous n'aurez point de démons plus cruels dans les enfers pour vous brûler et, pour vous tourmenter, que vos enfants damnés par votre faute.

Pères ambitieux et vindicatifs, qui engagez vos enfants dans vos intérêts et dans vos inimitiés; qui, par vos exemples et vos discours, ne leur inspirez que de l'orgueil et de la vengeance ; qui êtes ravis de leur voir faire une belle figure dans le monde, ou tirer raison d'une injure: de bonne foi, n'en ètes-vous pas les meurtriers, ne les haïssez-vous pas, et ne vous haïssez-vous pas vous-mêmes ? Mères indulgentes et mondaines, qui savez que vos filles prennent trop de liberté, qui les voyez dans des engagements honteux ou suspects, n'appréhendez-vous pas qu'ayant part à leurs péchés vous n'ayez part à leur supplice ! (Fromentières, S>;rmon sur S. Joseph.)

I Eniaiils (jàtés. J — Si vos enfants ont des défauts, la nature vous aveugle pour ne vous en laisser voir qu'une partie, et les déguiser même en vertus. Ils sont inquiets, turbulents, malicieux : vous appelez cela vivacités. S'ils sont pesants, stu-pides, mélancoliques, chagrins, vous appelez cela profondeur et solidité de génie, ou tout au plus lenteur d'esprit. S'ils ont des défauts inexcusables, un amour effréné pour le jeu, une pente horrible au libertinage, une aversion visible des choses de Dieu, vous traitez cela de légèreté, de nonchalance, d'emportement attaché à l'âge. Mais ont-ils quelque étincelle de mérite et quelques premiers traits de vertus, dèslors ce sont des prodiges ; vous ne voyez rien qui approche d'eux: un petit mot dit à propos, c'est un miracle d'esprit; un peu de complaisance pour vous, c'est le plus rare naturel du inonde: un peu de hardiesse et de fierté, ce sera le courage et la valeur même; la moindre inclination pour les choses de piété, il est dévot comme un religieux; un ou deux ans d'études sérieuses, il est savant comme les docteurs. Est-il dans un emploi? c'est une application et une adresse que l'on ne peut assez admirer; est-il auprès des grands et des princes? il fait sa cour on ne peut pas mieux; est-il dans la profession des armes? il ne se passe nulle occasion, où il ne se distingue et ne fasse parler de lui. (Anonyme.)

[Parents méprisés.] — Pères dénaturés, je ne parle point ici de la conta de tos désordres et de la corruption qu'ils inspirenl à iros enfants ; je ne dis rien des crimes où ta négligence de leur éducation, où votre peu d'autorité sur eux, où la pauvreté Les exposenl et peut-être les engagent ; je parle du mépris qu'ils conçoivent de von , de la haine qui les anime contre vous, des malédictions qu'ils vous donnent, du pou de soin qu'ils aurontde vous, quand leur esprit, leur travail e1 leur conduite les retireront de l'abîme où vous les avez préoipités$ e1 rétabliront leur fortune <|uc vous avez ruinée. Le moyen qu'ils conservent quelque estime pour un porc qui n'a pris nul soin d'eux, qui n'a eu aucun sentiment ni pour honneur ni pour- son sang ? le moyen qu'ils aiment celui qui s'esl défail de la qualité de leur père? qu'ils se souviennenl du devoir des enfants pourcelui qui a oublié les tendresses du père ? qu'ils se considèrent comme redevables de In, \ ie ,;i celui qui par ses débauches les a rendus misérables, et qu'ils agissent par des sentiments de reconnaissance à l'égard d'un homme qui semble s'être repenti de les avoir obligés! (LeP.Héliodore de Paris.)

Les enfants seront les bourreaux de leurs pères durant l'éternité, s'ils sont damnés tous deux. Comme il arrive souvent qu'en même temps qu'un père est la cause de la damnation de son iils, le fils est la cause de la damnation du père, Dieu! quel redoublement d'enfer! Si un père avait engagé son fils entre les mains de la justice et qu'il fût obligé d'assister à sou supplice comme il en a été lacause, quel tourment pour ses yeux ! Ce sera à la vue de ce père négligent qu'on tourmentera éternellement ce fils, qui sera damné par sa faute ; ce sera aux yeux de cette mère qu'on brûlera cette fille ; et quand cette fille ne ferait point de reproches à sa mère, quelles peines ne souffrira t-elle pas de voir ce corps qu'elle a porté dans ses flancs brûler dans les flammes éternelles ! ( Biroat, 2e jeudi de Carême.)

[De la vocation des enfants.] — Pères et mères, vous ne devez point prévenir vos enfants sur la profession qu'ils doivent suivre, ni traverser leur vocation en les destinant à un autre état que celui où Dieu les appelle. Vous ne pouvez user de l'autorité que vous avez sur eux que pour les éloigner de ce qui leur est contraire, ni leur faire de violence que pour les rendre véritablement heureux. Songez donc que vous ne vous opposez à leur vocation que pour satisfaire à votre inclination en forçant la leur, et que vous ne craignez leur choix, sous le prétexte spécieux de leur bien, que pour des raisons qui ne les regardent pas. Vous ne sauriez les sacrifier à l'éclat de votre maison et au bien prétendu de votre famille, soit que vous les fassiez renoncer au monde ou que vous les y reteniez de force, que nous ne rendiez leur état malheureux et que vous ne mettiez leur salut dans un évident danger. Quelle injustice de ne vous servir du pouvoir que la nature vous a donné sur vos enfants que pour contenter votre orgueil

en les élevant malgré eux, ou votre tendresse mal réglée en les retenant auprès de vous lorsque la voix de Dieu les appelle ailleurs, ou votre avarice insatiable en leur faisant embrasser un état de retraite et de pauvreté involontaire, pour les priver d'un bien dont vous ne pouvez vous résoudre à vous défaire, et que vous êtes pourtant obligés de donner poulies établir.

Non, pères et mères, vous ne sauriez avoir de raison qui ne soit injuste, lorsque vous empêchez vos enfants d'aller où Dieu les appelle. Comme il les fait naître pour leur bien de même qu'il vous a fait naître pour le vôtre, ce n'est point pour se conformer aux raisons que vous avez de maintenir ou d'augmenter l'éclat de votre maison, qu'il les appelle plutôt à un genre de vie qu'à un autre, mais uniquement pour leur salut. Vous vous opposez formellement à Dieu en les empêchant de suivre ce qu'il leur inspire, et vous traversez ses desseins pour réussir dans les vôtres. Dans le droit naturel et divin, vos enfants vous doivent être plus chers que la. gloire de votre nom et du rang que vous tenez dans le monde. Il est juste qu'ils passent avant l'intérêt de votre maison, et que le motif de leur salut détruise dans votre esprit cette chimère de grandeur dont vous avez été occupés toute votre vie, et que vous voulez transmettre à leur personne en les établissant avec éclat, contre leur propre inclination et contre les vues de Dieu sur eux. Cependant vous faites passer l'intérêt de votre maison avant eux ; sa gloire, son éclat, sa grandeur, sa conservation et le salut éternel de vos enfants, que vous direz avoir en vue préférablcrnent à toutes choses, cèdent à celles que vous ne devez pas avoir pour votre maison. (Pic, L 'éducation des enfants.)

[Education toule mondaine.] — A quoi applaudit-on dans un jeune enfant, et qu'est-ce qu'une mère loue dans une jeune fille? Est-ce un air de modestie, une piété naissante, un esprit chrétien qu'elle lui a inspiré presque dès le berceau? Ce devrait être là le fruit de ses premières instructions. Hèlas! elle lui donne peut-être des instructions bien contraires par ses exemples. On loue une vivacité prématurée, une répartie prompte et hardie, un air vain et suffisant, des manières aisées et déjà trop libres, un goût pour la mondanité; on loue la voix, la danse, la taille, et tout ce qui est mondain et profane. Les leçons de piété ne sont que pour les enfants que l'on destine à la profession religieuse. Et l'on se plaint que les enfants naissent avec le goût du luxe et des vanités mondaines, et vivent avec un étrange dégoût de la piété ! On serait même souvent bien fâché qu'une fille, qui est l'idole de la mère, eût des inclinations plus chrétiennes. On veut beaucoup de ces belles qualités qui brillent. On cherche de bonne heure des maîtres habiles pour les enfants ; mais c'est pour le chant, pour la danse, pour les instruments de musique. Mais pour former un jeune homme aux bonnes mœurs, pour inspirer la crainte de Dieu à une jeune iille , une gouvernante en sait toujours assez, un précepteur est toujours

PAR A OH \riii: - 1 x l i: M i : . 1X.~

liabile. Cela prouve bien peu de religion, (Le P. Croiset , Réflexions chrétiennes.

[Délanl des eorreclions.J — Ce qui esl musc que les enfants profitenl rarement des remontrances qu'on leur fait, c'esl qu'on les reprend plutôt pour -''i que pour eux, plutôt parce qu'on trouve leurs fautes incommodes que parce qu'elles sont dangereuses. Au lieu de faire entrer la tendresse et la h dans la conduite qu'on tient à leur égard, on ne les aime, on ne les loue, on ne les châtie que par humeur ; au lieu de les caresser et de les menacer pour les encourager à mieux faire ou pour les intimider de ce qu'ils font mal, on ne les caresse1 et on ne les menace que pour se satisfaire soi-même ; et, pour parler en général, on envisage moins, le plus souvent, le bien des enfants que Ton n'envisage son plaisir ou sa passion. Les uns les envoient dans les collèges parce qu'ils sont à charge au logis, parce qu'ils ne comprennent pas que leur éducation soit assez importante pour mériter la dépense qu'il faudrait faire , ou , parce qu'ils les aiment d'une tendresse déraisonnable, ils ne peuvent se résoudre à les éloigner. Leur intérêt devrait être l'unique règle dans la manière de les élever : ce n'est souvent que sa commodité ou une tendresse déraisonnable que l'on consulte et que l'on suit. C'est pourquoi le bien des enfants entre fort souvent dans leur éducation comme une simple circonstance, plutôt que comme la véritable raison. C'est sur ce principe que roule souvent la conduite que les pères et les mères tiennent envers les enfants; ils se cherchent en cela comme en tout le reste. Us ont peu d'égard à la réformation de leurs mœurs, à leur instruction, à leur avancement en toutes choses, dès qu'il est question de se contraindre. Les soins qu'ils leur donnent et les leçons qu'ils leur font ont plus de rapport à leur fantaisie ou à leur commodité qu'à leur devoir. La corruption est si grande en ce point, qu'elle infecte jusqu'aux sentiments les plus naturels de l'homme.

Lorsque les enfants ont quelque brillant et quelque vivacité qui divertit, on leur passe beaucoup de défauts qu'ils ont, et on leur en laisse contracter de nouveaux dont ils se sentent toute leur vie : ce qui ne persuade que trop qu'on ne souhaite qu'ils soient jolis et agréables que pour son plaisir, et rarement pour leur bien. Nous voyons même qu'on chagrine un père et une mère quand on les avertit des mauvais endroits de leurs enfants ; ils n'en veulent savoir que les bons. Cependant ils ne peuvent se dispenser en conscience de s'instruire également de ce qu'ils ont de bon et de mauvais, et d'avoir le goût de leurs défauts, comme ils ont le plaisir de leurs bonnes qualités.

Ne faites pas toujours connaître à vos enfants que vous les jugez capables de tout le mal qu'ils vous donnent parfois sujet de penser d'eux; ce serait leur aider en quelque sorte à surmonter la pudeur qui les retient, que de découvrir à leurs yeux ce qu'ils prennent soin de cacher aux vôtres, et leur donner peut-être occasion de se rendre à des sentiments

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que la honte de les mettre au iour les avait empêchés d'écouter. C'est pourquoi, paraissez toujours disposés à hien juger d'eux, dans le temps même qu'ils vous donnent occasion d'en juger mal. Ménagez adroitement leur gloire, tant que vous pourrez dissimuler leurs défauts sans danger. La confusion où les jettera la bonne opinion que vous leur témoignerez, dans le temps même qu'ils s'en trouveront indignes, leur fera une secrète peine, et aura sans doute plus de pouvoir pour les aider à surmonter leur penchant que toutes les leçons , que tous les reproches et les menaces que vous leur pourrez faire.

Si vous voulez réussir à corriger vos enfants des défauts qu'ils ont contractés et les empêcher d'y retomber, ne vous accoutumez point à leur faire de longs discours : vous vous exposeriez bientôt à n'être point écouté, et vous vous feriez regarder sur le pied d'un homme qui aimerait à parler, et qui leur parlerait autant pour lui que pour eux, c'est-à-dire autant pour satisfaire à la démangeaison de faire des remontrances que pour les éloigner de ce qui leur peut faire tort. Corrigez-les en peu de mots, sans les troubler ; faites en sorte que ce que vous leur direz leur demeure et fasse impression sur leur esprit, mais surtout qu'il n'y ait aucun air ni de passion, ni de mauvaise humeur, ni d'envie de reprendre (J. Pic, De l'éducation des enfants.)

[Pas trop de liberté.] — Il est de grande importance de ne pas laisser prendre aux enfants une trop grande liberté dés le commencement, de peur que dans la suite le mal, qui a toujours de petits commencements, ne s'accroisse et ne grossisse jusqu'à devenir incurable ; comme il arrive à la plupart des enfants , auxquels les parents donnent toute liberté pendant qu'ils sont petits, et qui deviennent ensuite leurs maîtres par cet esprit d'indépendance dans lequel ils les ont laissés croître. Il faut donc y remédier de bonne heure, et, sitôt qu'on aperçoit en eux les moindres étincelles des passions, y apporter le remède ou de douceur ou de sévérité, et même de châtiment, que la prudence et la charité font juger plus propre et plus utile. Un mensonge, une désobéissance, une parole déshonnête, une vengeance, une injure, et choses semblables, ne doivent jamais être souffertes sans quelque châtiment.

Un père ou une mère charitable ne peuvent d'ailleurs éviter de se mettre en colère quelquefois : car autrement ils manqueraient à leur devoir; mais il faut que ce soit une sainte colère , qui soit conduite parla raison, animée de l'esprit de Dieu, et qui ne s'arme pas contre la personne de leurs enfants, mais uniquement contre leurs défauts et leurs vices, auxquels ils ne peuvent être indifférents ni complaisants sans pécher contre les règles de la charité de Dieu et du prochain. Ils imiteront les médecins, qui se fâchent contre le mal pour sauver le malade, et ne craignent pas de le eontrister et de lui faire un mal quelquefois assez sensible afin d'en détourner ou d'en détruire un plus grand. Ainsi, il fam

PABACHW PHE SIXIÈME. AW1

conserver toujours une douceur véritable dans le cœur , pendanl que les paroles e1 les actions ue fonl paraître que de la sévérité. [Avis salutaire, à une mère.)

[Véritable piété de la mère] — S.Pau] nous s a i qu'un© mère de famille doil auver par les enfants qu'elle mettra au monde, en procurant ou ils demeurenl dans lafoi, dans la charité , dans la sainteté et dans une vie bien réglée. Toute autre porte pour entrer dans le ciel lui est fermée, et il n'v a point pour elle d'autre voie d'aller à Dikk. Elle doit former top piété là-dessus, no se point figurer d'autre plus pressante dévotion pour elle que oelle-là, puisque toute dévotion qui ne concourrait pas à ce ein serait pour le moins fort suspecte. Toutes les actions de piété sont par elles-mêmes très-saintes, j'en tombe d'accord ; mais ce seraient des dévotions indiscrètes et mal réglées pour une mère qui doit travailler dans son ménage, veiller sur sa famille, y mettre bon ordre, retenir ses enfants et les instruire, parce que c'est là son obligation la plus importante, et sur laquelle il sera décidé de son éternité. (Le même.)

[Motifs de vertu et d'étude.] — S. Augustin se plaint que son père réduisait tous les motifs qu'il lui apportait pour l'engager à étudier au désir qu'il avait de se distinguer des hommes vulgaires. Cela était pardonnable à un païen ; mais un chrétien est-il excusable s'il ne se propose pour fin , dans l'éducation de ses enfants, que d'en faire d'honnêtes gens, et qu'il néglige ce qui peut en faire de bons et de parfaits chrétiens ; s'il ne s'applique pas à leur inspirer les maximes de l'Evangile, à les reprendre et à les corriger de leurs défauts, à réprimer de bonne heure leurs passions naissantes, à les faire instruire des principes de la religion. C'est à quoi peu de gens pensent, et c'est ce qui fera un jour la matière de leur jugement.

Un ancien disait sagement qu'il fallait respecter les enfants ; il voulait dire que non-seulement il ne faut pas faire devant les enfants ce qu'on ne veut pas qu'ils imitent, mais qu'il ne faut pas même dire devant eux ce qu'il est dangereux qu'ils entendent. Trop tôt la corruption commune leur donnera ces leçons si fatales à leur innocence : si par des discours indiscrets un père les a prévenues, comment en arrêtera-t-il les effets ? On se plaint si souvent qu'aujourd'hui le dérèglement prévient .l'âge : le coeur n'est pas plus corrompu aujourd'hui qu'il n'était autrefois ; mais on craint moins la corruption, et, loin de donner à l'enfance les préservatifs néce saires contre les vices de la jeunesse, on prépare aux vices de la jeune: se lapins innocente enfance. (Le P. d'Orléans.)

[Scandale par les parents.] — Quel est, mes chers auditeurs, le crime d"un père qui, déshonorant sa qualité de chrétien, et non moisis indigne du nom de père qu'il porte, scandalise lui-mé

ixemples? C'était à lui, çqmme père, à, les former auîj

de la religion : et c'est lui, au contraire, qui par des discours impies, par ses railleries au moins imprudentes sur nos mystères, par son éloignement des choses saintes, par son opposition affectée à tout ce qui s'appelle œuvres de piété, en un mot, par sa vie toute païenne, leur communique son libertinage et son esprit d'irréligion. C'était à lui, par son devoir de père, à corriger les emportements de leur jeunesse et à réprimer les saillies de leurs passions : et c'est lui-même qui les autorise, par des emportements encore plus honteux clans un âge aussi avancé que le sien, et par des passions encore plus folles et plus insensées. C'était à lui à régler leurs mœurs : et c'est lui-même qui, par des débauches dont ils ne sont que trop instruits, et qu'il n'a pas même soin de leur cacher, semble avoir entrepris de les entraîner et cle les plonger dans les plus infâmes dérèglements. A combien de pères dans le christianisme ce caractère ne convientil pas? On ne se contente pas d'être libertin ; on fait de ses enfants, par l'éducation qu'on leur donne, une succession et une génération de libertins. On n'a sur eux cle l'autorité que pour contribuer plus efficacement à leur perte; on n'est leur père que pour leur transmettre ses vices, que pour leur inspirer son ambition, que pour leur faire sucer avec le lait le fiel de ses inimitiés, que pour les engager dans ses injustices en leur laissant pour héritage des biens mal acquis. Ne vaudrait-il pas mieux, dit S. Chrysostôme , les avoir étouffés dès le berceau? et, si nous avons horreur de ces peuples infidèles qui, par une superstition barbare, immolaient leurs enfants à leurs idoles , en devons-nous moins avoir de ceux qui, au mépris du vrai Dieu, à qui ils savent que leurs enfants sont consacrés par la grâce du Baptême, les sacrifient aux démons du siècle , dont ils sont eux-mêmes possédés ?

Quel est le désordre d'une mère mondaine, qui, chargée de l'obligation d'élever dans la personne cle ses filles des servantes de Dieu et des épouses de Jésus-Christ, est assez aveugle, disons mieux, et souffrez ces expressions, est assez cruelle, pour en faire des victimes de Satan et des esclaves de la vanité du monde; qui, sous ombre de leur apprendre la science du monde, leur apprend celle de se damner; qui leur en montre le chemin , et qui détruit par ses exemples toutes les leçons de vertu qu'elle sait si bien d'ailleurs leur faire par ses paroles? Car, malgré le scandale qu'on leur donne, on prétend encore avoir droit cle leur faire des leçons : à quelque liberté que l'on se porte et quelque commerce , ou suspect ou même déclaré, que l'on entretienne, en vertu du titre de mère on ne laisse pas de prêcher à une fille la régularité, et d'exiger d'elle la modestie et la retenue ; on veut qu'elle soit souple et docile, tandis que l'on s'émancipe, et que l'on secoue le joug de ses devoirs les plus essentiels. Mais quelle force peut avoir ce zèle, quoique maternel, quand l'exemple ne le soutient pas, ou plutôt quand l'exemple l'anéantit? (Bourdaloue, iu Avont, du scandale.)

[Devoirs des pères et des mères.] — Il faut que les pères et les mères , suivant

les règles de l'Evangile, airaeni leur enfant* d'un amour ferme, prudehl el Bérieux; qu'ils ne B'amusent point à les flatter et à les caresser lorsqu'il

font mal, mais qu'ils les élèvent dans une grande crainte de Dieu, qu'ils les reprennent et les châtient même lorsqu'ils manquent à leurs devoirs. Dieu le veut ainsi, et il le déclare assez fortement dans l'Ecclésiastique , lorsqu'il dit : « Avez-vous des enfants ,' ayez soin <k les instruire et de leur donner un bonplidès leurs premières années. » 11 est écrit de Tobie qu'il apprenait ù son fils» eneore tout jeune, à craindre Dieu et à s'abstenir du péché. Suivant cela, S. Paul exhorte les pères à ne point lâcher leurs enfants, à ne les point trop charger, de peur qu'ils ne viennent à s'abattre et à se décourager. 11 leur recommande de les élever d'une manière chrétienne , de leur enseigner ce qui est de leur devoir selon Dieu, de les corriger s'ils manquent; en un mot, de les traiter comme leurs enfants, et non comme des esclaves. Car, s'ils usent de trop de sévérité, s'ils ne leur parlent qu'avec hauteur, avec rudesse et avec menaces, s'ils les châtient indiscrètement et avec excès pour les moindres fautes, ce n'est pas avoir pour eux un amour de père, c'est leur donner occasion de se chagriner, et peut-être de s'enfuir et d'abandonner la maison. (Bellarmin, Opuscules.)

[Devoirs des niants.] — S. Paul témoigne que la nature oblige généralement tous les enfants à rendre à leurs pères et à leurs mères les mêmes assistances qu'ils ont reçues d'eux ; et ils s'acquittent de cette obligation lorsque, voyant ouleurs mères infirmes ou leurs pères cassés de vieillesse, ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour les soulager, comme ils en ont été soulagés dans leurs besoins étant encore petits et dans l'impuissance de se procurer leurs nécessités. Le Sauveur du monde voulut lui-même satisfaire à ce devoir naturel envers sa mère, lorsque, près de la laisser sans aucun secours humain, il substitua son disciple bien-aimé en sa place pour être auprès d'elle, et pour la servir dans ses besoins tant qu'elle vivrait. « Voilà, dit-il à ce disciple, voilà votre mère : » comme s'il lui eût dit : Vous êtes obligé de lui rendre les devoirs d'un bon fils, de la respecter, de l'honorer, et de lui rendre tous les services qu'un fils est obligé, par le droit naturel, de rendre à une mère chérie , ainsi que je l'ai fait moi-même pendant que j'ai vécu sur la terre. Le Fils de Dieu montra en cela le respect et les services que les enfants doivent à lettï&-p&reirts , à ceux qui leur ont donné l'être , puisqu'il n'oublia rien lui-même de ce qu'un bon fils pouvait faire pour une mère si chérie , déjà avancée en âge , destituée de tout appui de la part du monde, et hors d'état de pourvoir par elle-même à sa subsistance. (Le même, ibid.)

[Intérêt des parents.] — Si vous craignez que vos enfants ne se dépouillent à votre égard de tous les sentiments naturels par une conduite digne de l'exécration de tout le inonde, ayez soin de les rendre dociles dès leur enfance, élevez-les d'une manière si sage et si chrétienne qu'Us vous ren-

dent ce qu'ils vous doivent; mais, si vous les négligez clans un temps où l'on doit corriger ce qu'il y a de mauvais en eux et perfectionner ce qu'ils ont de bon, si vous vous mettez peu en peine d'empêcher qu'ils ne se perdent par la compagnie de ceux dont l'exemple leur est une instruction pour toute sorte de dérèglements, ne vous étonnez pas que, par une juste punition de Dieu, ils oublient que vous leur avez donné la vie, après que vous vous serez si peu souvenus qu'ils étaient vos enfants ; et qu'ils deviennent votre supplice parce que vous n'avez rien fait de ce que v#us deviez afin qu'ils devinssent le sujet de votre joie. Que si vous vous plaignez alors de leurs désordres, on se plaindra de votre négligence, et l'on vous dira; « Vos enfants vous méprisent, parce que vous vous êtes rendus à leur égard dignes de mépris. Vous les avez laissé perdre dans leur enfance, et ils s'élèvent maintenant contre vous dans leur jeunesse. Tous les souffrez tels que vous les avez faits : Taies fertis, quales fecistis. » (Anonyme.)

[Combien est difficile l'éducation des enfants.] — Quelles inquiétudes et quels embarras ne cause point aux parents la conduite déréglée de leurs enfants ! Incertains sur le parti qu'ils ont à prendre à leur égard , ils ne savent lequel choisir pour les corriger. S'ils prennent le parti de la douceur, l'exemple du grand-prètre Héli doit les faire trembler. Ce père , d'ailleurs homme de bien, est puni par une mort tout-à-fait lamentable, pour n'avoir pas châtié ses enfants avec assez de rigueur. Il les reprit, à la vérité, il leur fit de grandes remontrances, mais tout cela selon la douceur d'un père indulgent ; et leur impiété était un mal trop grand pour être guérie par des remèdes si doux. Il en fallait qui les effrayassent; et pour y avoir manqué, on prononce contre lui cette épouvantable sentence : Ecceego facto verbum in Israël, quod quicumqve audicrit t innient ambœ aures ejus: Voilà que je vais faire dans Israël un coup d'éclat, qui étourdira tous ceux qui l'entendront. L'Ecriture marque que ce père indulgent exhortait ses fils en ces termes: « Abstenez-vous, mes enfants, des crimes dont on vous accuse. Ce que l'on dit de vous est tout-à-fait contraire à la piété et à la religion. Si un homme pèche contre un homme, on peut intercéder pour lui auprès de Dieu; mais, s'il pèche contre Dieu même, qui osera prier pour lui? » Mais parce que ce grand-prétre , voyant ses fils si débordés, ne les traite pas assez sévèrement, il est puni de mort. Ce châtiment d'Héliapprend aux pères et aux mères qu'il ne faut pastraiter lesenfants avec trop de douceur, quand ils sont sujets à de grands désordres. Mais, le pouvoir des parents sur leurs enfants étant puissant, il est à craindre aussi qu'on ne s'abandonne à une trop grande sévérité. Le meilleur et le plus sûr est de suivre le conseil de l'Apôtre: N'irritez pas vos enfants, dit-il, mais ayez soin de les corriger en les édifiant. {Manière de réciter l'oraison dominicale,)

[Soumission des enfants.] — Comprenons-le bien: Diet étant le premier auteur de notce être, nous lui devons le premier et le souverain culte de religion-

PARAGRAPHE sixikmk. 491

Par oonséquent, nos pères ei nos mères étant les seconds auteurs de notre être, nous leur devons le culte d'une seconde religion après Dieu: c'est l'expression de Tertullien: Secundam à Deo religionem. Or, qu'est-ce qu'exige de nous la première et la souveraine religion que nous devons à, Dieu? Elle nous oblige, premièrement, a être tout pênétréf du respect, de la soumission et de l'obéissance que nous lui devons; secondement, à l'uimer préférablementà qui que ce soit; troisièmement, àêtre toujours dans la disposition de sacrifier pour lui tous nos intérêts, et notre vie même. C'est là aussi ce que nous devons à ceux de qui nous avons reçu la vie. — Premièrement, unegrandc déférence, une grande soumission ei une obéissance parfaite. — Secondement, un amour de préférence à toute autre personne. — Troisièmement, une sincère etgénéreuse disposition à sacrifier nos intérêts, nos biens, notre vie même, pour les assister dansleurs besoins; maisuno déférence, unesoumission etuneobéissance, qui soittoujours inférieure et subordonnée ù celle que nous devons à Dieu ; un amour de préférence dépendant de celui que Dieu attend de nous ; une disposition à sacrifier tout pour eux, toujours cependant subordonnée à la disposition où nous devons être de tout sacrifier pour Dieu. Car, si je dois à mes parents une obéissance accompagnée de respect, un amour de préférence , une généreuse disposition à sacrifier tout pour eux, parce qu'ils m'ont donné l'être et la vie, parce qu'ils ont eu le soin de me procurer les eboses nécessaires pour me les conserver, parce qu'ils doivent perfectionner en moi l'un et l'autre, et qu'ils doivent travailler à me rendre digne de posséder un jour l'éternelle félicité : ces trois choses étant en Dieu par excellence, il s'en suit que je lui dois une soumission infiniment au-dessus de celle que je dois âmes parents. La charité que nous devons à ceux de qui nous avons reçu la vie exige de nous de prier Dieu incessamment pour leur salut ; de lui demander les mêmes grâces que nous lui demandons pour nous-mêmes. Le seul bien qu'ils nous ont procuré en nous procurant le baptême et en prenant soin de nous le faire recevoir nous oblige à tous les devoirs possibles à leur égard, et pour le spirituel et pour le temporel. C'est par le baptême qu'ils nous ont élevés à la divine adoption, qu'ils nous ont faits enfants de l'Eglise; c'est par là qu'ils nous ont ménagé le droit à l'héritage éternel: nous ne pouvons donc nous dispenser de demander à Dieu pour eux la grâce d'une vie assez réglée et assez sainte pour obtenir la jouissance de ce bienheureux héritage. Enfants chrétiens, si ceux à qui vous devez la vie s'égarent dans les voies du salut, travaillez à leur conversion par la prière. Ils sont vos pères selon la chair; efforcez-vous d'être leurspères selon l'esprit. Procurez-leur la vie de la grâce par des prières fréquentes. Pressez la bonté infinie de DiEr de leur être favorable, de changer leur cœur: employez pour cela tous les pieux moyens que le Ciel vous inspirera- (Manière de réciter VOmnon Dominicale.)

[Maîlrrs et supérieurs.] — Combien v a-t-il peu de maître-', de supérieurs

et même de parents peu chrétiens, auxquels on pourrait faire le reproche que fait S. Augustin aux magistrats de l'ancienne Rome, qui punissaient avec beaucoup de sévérité les poètes qui parlaient contre les citoyens Romains, et qui souffraient sans punition que ces mêmes poètes composassent des vers qui déshonoraient leurs dieux! Combien de maisons où l'on souffre les jurements, les paroles déshonnétes, les commerces criminels, les habitudes vicieuses, les engagements déréglés, en un mot, les offenses de Dieu, sans correction, sans répréhension, et où tout cela se passe sans qu'on pense seulement à le punir; pendant que ces mêmes maîtres punissent avec le dernier excès de colère la moindre infidélité commise contre leur service ! Combien de parents se soucient peu des offenses que l'on commet dans leurs maisons contre Dieu, qui les regardent comme des choses de peu de conséquence, pendant qu'ils se plaignent amèrement de la dureté de leurs enfants à leur égard, du peu de respect qu'ils ont pour eux. Quel compte auront à vous rendre, ô mon Dieu! ces maîtres, ces lâches pères et mères, au jour de vos vengeances, de la négligence qu'ils ont eue à punir tant d'excès qui déshonorent votre souveraine majesté! Quel malheur pour ces enfants d'avoir eu de tels parents! Que de crimes commis en cela par les uns et par les autres! Ne souffrez pas, ô mon Dieu! que nous nous laissions aller à une tolérance si criminelle. (Anonyme. )

[Vocation religieuse.] — Non, non, Chétiens : quelque intérêt qu'ait un père de voir un enfant établi selon le monde, il ne peut, sans une espèce d'infidélité, se plaindre de Dieu quand Dieu l'appelle à une vie plus sainte ; et traverser cette vocation ou par artifice ou par de longues et d'insurmontables résistances, c'est ce que je puis appeler une rébellion contre Dieu et contre sa grâce. Pourquoi tant de soupirs et tant de pleurs? écrivait S. Jérôme à une dame Romaine, lui reprochant son peu de constance et son peu de foi dans la perte qu'elle avait faite d'une fille qui lui était chère et que le Ciel lui avait ravie. Vous vous affligez, vous vous désolez ; mais écoutez Jésus-Christ même qui vous parle, ou qui peut bien au moins vous parler de la sorte: « Hé quoi, Paule, vous vous laissez emporter contre moi, parce que votre fille est présentement toute à moi ; et, par des larmes criminelles que vous répandez sans mesure et sans soumission, vous offensez le divin Epoux qui possède le sujet de votre douleur et de vos regrets : Irasceris, Paula, quiufilia tua mea facta est, et rebellibus lacrymis facis injuriam possidenti? » Beau reproche, mes chers auditeurs, qui ne convient que trop à tant de pères chrétiens. Et ne pensez pas que ce soit une bonne raison à y opposer, de me répondre que ce fils est le seul qui vous reste d'une ancienne et grande famille, et que sans lui elle va s'éteindre : comme si Dieu était obligé de s'accommoder à vos idées mondaines; comme si la conservation de votre famille était quelque chose de grand lorsqu'il s'agit des volontés de Dieu ; comme si, tôt ou tard, tou-

f'es les familles no devaient pas finir, et que la vôtre pût avoir une fin plus honorable que par l'exécution des ordres du Seigneur votre Dieu. (Bourdaloue, Dominicale. )

En conservant toul le respect et toute l'affection que la nature, que la raison et que la loi de Diei ordonne aux enfants d'avoir pour leurs pères, ils doivenl cependant leur résister quand ils veulent les empêcher devivre religieusement. Renoncera Jésus-Christ ou l'offenser par un péché, pour ne pas attrister ceux qu'on aime, c'est aimer quelqu'un plus que Jésus-Christ et par conséquent être indigne de lui. Ainsi, dit S. Jérôme, lorsque le (ils de Dieu vous appelle, si votre père se couche sur le seuil de la porte pour vous empêcher de passer, si votre mère, pour vous toucher, déchire ses cheveux devant vous, répand des larmes et vous montre les mamelles dont elle vous a nourri, marchez sur votre père, méprisez les larmes de votre mère, et, sans vous laisser attendrir, allez avec une ferme résolution vous ranger sous l'étendard de la Croix ; et croyez que la seule piété que Dieu demande de vous en cette occasion est que vous soyez cruel, et que vous renonciez, pour l'amour de lui, à tous les sentiments de piété naturelle. ( Le Tourneux, Année chrétienne.)

Que faudrait-il à un père pour prescrire à un enfant la vocation qu'il doit suivre? Il faudrait qu'il connût les voies de son salut, qu'il entrât dans le secret de la prédestination, qu'il sût l'ordre des grâces qui lui sont préparées, les tentations dont il sera attaqué, les occasions de ruine où il se trouvera engagé ; qu'il pénétrât dans le futur, pour voir les événements qui pourront changer les choses présentes ; qu'il lût jusque dans le cœur de cet enfant pour y découvrir certaines dispositions cachées qui ne se produisent point encore au-dehors. Car c'est sur la connaissance de tout cela, qu'est fondé le droit d'assigner aux hommes des vocations, et quand Dieu appelle quelqu'un, il y emploie la connaissance de tout cela. Mais où est le père, sur la terre, qui ait la moindre de ces connaissances? Et n'est-ce donc pas dans un père une témérité insoutenable de vouloir se rendre maître des vocations et des états dans sa famille ? N'est-ce pas ou s'attribuer la sagesse même de Dieu, ce qui est un crime, ou entreprendre avec la sagesse de l'homme ce qui demande une sagesse supérieure et divine: entreprise qu'on ne peut autrement traiter que de folie. ( Bourdaloue, Ibid.)

Nous vous demandons la grâce, ô mon Dieu, que les desseins que vous avez formés dans le ciel sur la personne de nos enfants soient accomplis sur la terre en ce qui regarde leur établissement. Si votre volonté est qu'ils vivent dans le siècle, nous y consentons de bon cœur: qu'ils y vivent et qu'ils aient toujours le vice en horreur, et votre gloire en recommandation. Si vous les placez dans la magistrature, qu'ils y conservent un grand zèle pour votre loi, et un grand amour pour la justice. Si vous les appelez à la profession des armes, qu'ils n'oublient jamais

qu'ils sont chrétiens. Si c'est à l'état du mariage, qu'ils y élèvent saintement leurs enfants. S'ils sont riches, qu'il fassent un saint usage de leurs richesses. S'ils sont pauvres, qu'ils portent leur pauvreté avec patience. Si vous daignez les avancer à l'état ecclésiastique ou religieux, ah! .je consens de très-bon cœur <jue vous les preniez à votre service particulier, au service de vos saints autels: je croirai que c'est un double gain, ot pour moi et pour eux, de vous les uffrir en sacrifice, pour servir et d'enfants et de victimes à votre infinie Majesté. {Manière de réciter l'Oraison Dominicale.)

1 Les pères et les mères doivent surtout craindre de former de mauvais exemples aux enfants. J —

Les défauts des enfants ne sont pas toujours ceux que l'on doit plus appréhender dans leur éducation: ce sont les défauts des parents mêmes. induraverilfit cërvicem suatn xjuxta cervicem pàrmtum, dit l'Ecriture : les enfants s'obstinent dans leurs mauvaises habitudes, selon les mauvaises habitudes de lëllfs parents. Les pères et les mères n'ont pas eux-mêmes les sentiments qu'ils devraient communiquer à leurs enfants. Ils sont euxmêmes les esclaves de leurs passions propres: Faut-il s'étonner qu'ils livrent leurs enfants aux leurs. Comment un père violent et emporté inspirera-t-il à un enfant une conduite raisonnable, la soumission envers ses supérieurs, le respect envers ses égaux, la modération envers tout le monde? Comment une mère fière et chagrine formera-t-elle une fille à la douceur, à la retenue, et à toutes ces manières honnêtes, qui sient si bien à son sexe ? Des parents toujours déréglés ignorent même le plus souvent ce qu'il y a à corriger dans les démarches d'un enfant. {Le même, Tome 3.)

f Etudier les enfants. ] — Pères et mères, étudiez le naturel de vos enfants, pour leur rendre plus utiles vos instructions, vos corrections, vos louanges, vos récompenses et vos châtiments, pour employer à propos la sévérité et la douceur: car crier et frapper, ou se taire et flatter toujours, sont deux excès également dangereux. Caressez-les sans cesser de vous faire craindre ; châtiez-les sans cesser de vous faire aimer ; tenez-les clans leur devoir sans leur ôter tout-à-fait la liberté ; obligez-les à faire le bien, mais obligez-les aussi à aimer le bien qu'ils font; ménagez si bien leur docilité, qu'ils appréhendent également et de vous déplaire et de se séparer de vous ; que votre silence et votre froideur soient leurs plus rudes châtiments: que vous leur paraissiez aimables lors même que vous ne paraissez pas les aimer. Ne leur souffrez point de faute, mais punissez-en quelques-unes en les pardonnant. Conservez lin cœur de père avec un visage de juge. Ne les reprenez point parce que vous êtes de mauvaise humeur, mais parce qu'ils sont coupables. Ne vous emportez pas en les corrigeant: un furieux ne saurait apprendre la sagessse; votre emportement étourdira le criminel sans le changer; surtout, ne donnez pas de mauvais exemples en donnant de bons avis. (Le P. La Pesse.)

PAB 10RAPHH SIXIÈME. i'.C)

; Feodreue mal placée. ] - - Vous me di !•<••/. : « Cet enfant est unique; j'appré-

d'affaiblir sa santé si je le contrarie e\ si je m'oppose à ses volon-

à ses plaisirs. » Il est unique: donc il doit être débauché; du moins

vous ne trouvez pas mauvais de le laisser dansledanger.de le devenir.

( )li ! que vous raisonne/ mal ! vous de\ ez favoriser ses \ ices par tendn Ki. n'êtes vous pas plus coupables si, n'avalât qu'un enfant, vous ne tâchez poinl de le sanctiQer ? à quoi il vous sérail aisé de réussir en réunissant surlui toute votre vigilance, toute votre application. Cette généreuse mère dont l'Eglise fait une si honorable mention, et que S. Basile appelle véritable mère d'un martyr, révéra martyris tnatef, avait bien d'autres sentiments que vous. Après avoir vu mettre en pièces ses autres enfants, elle ne peut souffrir que le bourreau lui laisse son Méliton mutilé et sanglant, mais encore vivant sans l'achever ; elle prend entre ses bras cet enfant unique qui lui restait, et court après le chariot chargé des corps des autres martyrs. Est-elle arrivée au bûcher? elle le voit expirer sur son sein, et le jette elle-même dans les flammes pour y être consumé avec les compagnons de son bonheur. Vous savez comment la mère des Machabées témoigna sa tendresse à l'enfant que le tyran eût voulu lui conserver. Son exemple vous doit apprendre à raisonner d'une manière plus religieuse. (Le même, Tonte 3.)

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