SOUMISSION ET OBÉISSANCE QUI LUI EST DUE
Infaillibilité de l'Église en matière de Foi Hérésie , — Hérétiques
Dans le sens où nous prenons ici /'Église , on voit assez que ce sujet est entièrement séparé de la foi, dont nous parlerons en son lieu, et de rétablissement de la religion chrétienne, dont nous avons déjà parlé. Il est pourtant vrai que la foi, V Eglise et la religion chrétienne sont quelquefois des noms synonymes, et, quelque distinction qu'on y mette, elles se renferment et se contiennent les unes les autres. Mais il suffit d'avertir que nous ne mettrons rien dans cet article qui ne soit propre à l'Eglise prise dans son sens naturel : savoir, pour l'assemblée des chrétiens unis dans la même créance, qui participent aux mêmes sacrements et qui reconnaissent le même chef visible, successeur de S. Pierre et vicaire de Jésus-Christ.
Comme l'Église, prise en ce sens, établie par le Fils de Dieu et gouvernée par le S aini -Esprit, a différentes qualités qui la distinguent des autres sociétés schismatiques ou hérétiques, qu'elle est Une, Sainte, Catholique, Apostolique et Romaine ; qu'elle est perpétuelle et infaillible , nous mettrons ce que nous avons trouvé de plus remarquable sur tous ces titres, soit pour prouver quelle est l'Eglise véritable, et porter ceux qui en sont séparés à y rentrer, soit pour exhorter ceux qui sont nés et élevés dans son sein à se rendre de dignes membres d'un corps si saint.
Ainsi, soit qu'on fasse un discours de controverse, soit qu'en supposant la doctrine orthodoxe sur cette matière, on se contente d'excitet les auditeurs à vivre en véritables enfants de l'Église, on trouvera de quoi Remplir son sujet. Mais, comme on ne peut guère se dispenser de parler de a ux qui sont séparés de l'Église et qui lui sont rebelles, nous //joindrons ce qui regarde l'opiniâtreté des hérétiques et les maux que couse l'hérésie.
Desseins et Plans.
I. — Doux propositions très-certaines et très-morales peuvent faire le sujetet le partage d'un discours sur l'Eglise. La première est que hors de l'Eglise on ne peut espérer d'être sauvé, et la seconde que, pour être sauvé, ce n'est pas assez d'être dans l'Eglise, si l'on 112 vit selon les lois et les maximes qu'elle nous enseigne et nous prescrit.
Pour ce qui regarde la première de ces propositions: — i°. Il est évident que sans la foi on ne peut être sauvé , c'est l'Apôtre qui nous en assure : Sine fide impossibile est placere Deo. (Hebr. xi.) Or, ce n'est que dans l'Eglise que se trouve la véritable foi, c'est-à-dire la croyance des vérités que le Fils de Dieu a révélées aux hommes ; c'est par l'Eglise qu'il nous les propose, et par son organe qu'il nous les fait connaître et nous en instruit. C'est pourquoi les hérétiques, qui sont hors de l'Eglise, ou ne croient point du tout ces vérités , ou, en les partageant et n'en croyant qu'une partie, détruisent l'unité cle la foi, et par conséquent n'en ont point du tout, et ainsi périssent misérablement. L'Eglise est comparée h l'arche de Noé, où il n'y eut que ceux qui y étaient renfermés qui échappèrent au naufrage universel. Sur quoi nous devons bénir et admirer la miséricorde de Dieu sur nous , de nous avoir fait naître dans le sein de son Eglise et de nous avoir renfermés dans cette arche, pour mettre, si nous le voulons, notre salut en assurance. Ne devons-nous pas nous répandre en actions de grâces pour un si grand bienfait, qui est la source et le principe de notre bonheur éternel ? etc. — 2°. Hors de l'Eglise il n'y a pas plus cle charité que de foi, ni de véritable amour de Dieu, ni degrâce sanctifiante, qui, on t. m. '3'2
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noua rendant enfants de Dieu , nous fait héritiers du royaume éternel. C'est ce que nous enseigne 8. Augustin , par «ces paroles, qui sont en la bouche de tout le monde : Si guis aèsque Ecclesiâ inventus fuerit, alienuscrit à numéro jiliunnu Dei; nec habebit Deum pairem qui Ecclesiam noluerit habere matrem (IV De symbolo , x.) — 3°. Il n'y a que dans l'Eglise où l'on soit dans la voie de salut, donc ceux qui sont hors de cette voie ne doivent point espérer d'arriver à cet heureux terme où tous les chrétiens doivent aspirer, C'est l'Eglise qui nous guide et nous conduit par ses instructions, par la véritable parole de Dieu, par les sacrements qu'elle nous confère, et qui sonl des sources de grâces et de salut, et par les lumières qu'elle nous obtient du Ciel. Ceux qui sont hors de l'Eglise sont privés de tous ces secours, et, hors de la voie, plus ils avancent, plus ils s'égarent, et enfin se perdent sans ressource.
Pour la seconde proposition: — Ce n'est pas assez, pour faire son salut, d'être dans la véritable Eglise et d'en faire extérieurement une profession publique, si l'on n'observe ses lois, et si ia vie d'un chrétien ne répond à cette profession. — i°. Parée que pour être sauvé, la foi seule ne suffit pas , comme prétendent les hérétiques , si la charité et les bonnes œuvres ne l'accompagnent: car, sans cela, nous ne sommes dans l'Eglise que comme des membres morts, qui ne sont point animés de I'Esprit-Saint qui vivifie le reste du corps, et, quoique nous n'en soyons pas retranchés comme les hérétiques et les schismatiques, nous ne participons pasàlavie de la grâce que Jésus-Christ nous a méritée; et, si nous demeurons en cet état, si nous ne vivons en chrétiens et en véritables enfants de l'Eglise , nous n'aurons jamais de part au royaume du Fils de Dieu dans le ciel. — 2°. Parce que , l'Eglise étant sainte, il faut que ceux qui la composent, et qui sont ses membres et ses enfants, soient aussi saints puisque Dieu ne l'a établie que pour leur donner les moyens de le devenir : c'est à quoi tendent toutes ses instructions, les règles de mœurs qu'elle leur prescrit, et les sacrements qu'elle leur confère et qui sont autant de sources de salut. — 3°. Parce que, si nous ne vivons conformément à l'honneur que nous avons d'être membres de l'Eglise, elle nous regarde comme des enfants rebelles, qui lui déclarent la guerre dans son propre sein : aussi sont-ils plus ingrats et plus criminels , que ceux à qui il n'a pas fait la grâce d'y être admis dès leur naissance, ou qui n'ont jamais eu le bonheur d'y être appelés. C'est pourquoi ils seront plus sévèrement punis que les païens et les infidèles, et il ne faut point douter qu'il n'y ait un enfer tout particulier pour les mauvais chrétiens, pour ces ingrats et ces perfides qui ont négligé tant et de si puissants moyens de salut, qui n'ont pas laissé que de faire naufrage quoiqu'ils fussent dans l'arche : Ah ! vœ nobis si tantam neglexerimus salutem , s'écrie l'Apôtre (Hebr. n.) Quel reproche ne leur fera point le Fils de Dieu lorsque, à la fin des siècles, il séparera l'ivraie d'avec le bon grain, et que les mauvais chrétiens auront le même sort que les infidèles et les hérétiques.
II. — I". L'Eglise i'si L'ouï rage de Dieu, nul autre que lui ri'on pouvanl être l'auteur. La multitude et la diversité «les nations el <l<is personnel qui le oomposent, l'excellence des vérités qu'elle enseigne, la difficulté ei la répugnance que les hommes ressentent à soumettre leur esprità ce qui r<\ au-dessus de leur raison, ei leur volonté à des lois qui choquent toutes leurs inclinations naturelles, ne noue permettenl pas d'en juger autrement; nulle puissance humaine n'aurait nu venir àbout de réduire tanl de peuples à embrasser sincèrement une croyance combattue par tant de tyrans et d'hérétiques.
2°. C'est son esprit qui lacondurl ei la gouverne depuis tant de siècles; car, sans cela, «'lie n'aurait jamais résisté aux portes de l'enfer, qui lui ont donné, et qui lui donnent encore tous les jours, lanï d'attaques. Ainsi, le Eaux zèle des hérétiques, leurs artifices et leurs violences, ne prévaudront jamais contre elle pour la faire tomber dans l'erreur ; mais c'est à nous de nous y tenir inséparablement attachés.
III. —On peut prendre pour sujet les principales qualités ou propriétés de l'Eglise, comme ont fait presque tous les prédicateurs et tous les auteurs qui ont traité cette matière. — 1°. Son Unité. Tous les membres de l'Eglise sont unis à Jésus-Chbist, qui est leur chef, et ne sont qu'un corps, comme dit l'apôtre ; unis entre eux par la même croyance, unis par la soumission aux mêmes pasteurs, qui sont unis eux-mêmes au même chef visible, successeur de S. Pierre, sur lequeUÉsus-CiiRisr a fondé son Eglise.
2°. Sa perpétuité dans la légitime succession des pasteurs, en remontant jusqu'aux Apôtres : ce qui prouve plus invinciblement qu'elle est la véritable Eglise.
3°. Son Universalité et son étendue, qui lui donne le nom de Catholique et que nulle secte n'a jamais osé usurper.
IV. — Si la matière paraît trop ample pour un sermon, de s'étendre sur les trois ou quatre propriétés de l'Eglise, Une, Sainte, Universelle, Apostolique, comme le concile de Nicée les a expliquées, on peut en choisir deux qui semblent les plus essentielles :
1°. Sa vérité. Inspirée du Saint-Esprit, elle est infaillible en matière de foi.
1°. Sa saint été, qui consiste en trois choses — 1°. qu'il n'y a rien dans sa croyance qui soit injurieux à Dieu : au contraire, tous ses sentiments lui sont honorables et conformes à l'excellence de son être. — 2°. Elle n'approuve aucun mal, mais plutôt elle approuve et conseille tout bien.
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— 3°. Tout ce qu'elle fait, et ce qui peut être attribué au corps, est louable et tend au culte de Dieu : au lieu que les fautes sont le fait des particuliers, et n'empêche ut pas que le corps ne soit saint.
V. — On peut même se borner à la seule infaillibilité de l'Eglise en matière de foi, et la prouver.
1°. Par son Unité: car, s'il n'y a qu'un seul esprit qui la gouverne, qui est I'Esprit-Saint, peut-il la laisser tomber dans l'erreur, lui qui est la vérité même? De plus, si la foi qu'elle professe est tellement une, que de la diviser ou la partager c'est la détruire, comme c'est par l'Eglise que Dieu nous enseigne les vérités de la foi, elle ne serait plus une si les membres de cette Eglise étaient partagés dans leurs sentiments sur un seul article de notre foi .
2°. Par sa durée et sa perpétuité : car, si elle n'était infaillible, elle ne serait pas perpétuelle, puisqu'elle cesserait d'être la vraie Eglise dès-lors qu'elle serait tombée dans l'erreur.
3°. Par son universalité : car si, dans les choses humaines, le sentiment uniforme de tous les peuples, et le consentement de tous les sages suffit pour rendre une vérité certaine et constante; c'est ce qui doit avoir encore plus lieu dans la foi, puisqu'il est de la sagesse de Dieu et de la fidélité de sa promesse que toute l'Eglise ne tombe point dans l'erreur.
VI. — On peut appliquer à l'Eglise ces trois paroles que le Fils de Dieu a dites de lui-même : Ego sum via, verilas ctvùa:eten faire les trois points d'un discours.
1°. C'est la seule Eglise catholique qui nous enseigne la voie d'aller au ciel, et qui nous y conduise comme un guide fidèle.
2°. Elle a seule la vérité de la doctrine, dont elle est l'appui et la colonne, comme parle l'Apôtre.
3°. C'est dans la seule Eglise catholique que l'on trouve la vie de la grâce, puisqu'elle nous enfante à Jésus-Christ, et qu'elle conserve et entretient cette vie par les sacrements et la parole de Dieu.
VII. — i°. On ne risque rien en se soumettant en tout aux sentiments de l'Eglise. Nous suivons le seul guide que Dieu nous a donné ; nous suivons la règle que les plus grands hommes du monde et les plus grands saints ont suivie : nous avons les plus sûrs gavants de notre conduite, qui sont les pasteurs éclairés.
v". On risque toul en ne s'y soumettanl pas, parce que bu bien Ion suil son esprit particulier, qui es1 la Bource de toutes les erreurs et de toute le i hérésies; ou bien Ton suil Le sentiment de ceux qui sont dans I erreur, cl qui, en s'éloignant de la vérité et de la voie que le fils de Dieu nous a
rite lui-même, ne peuvent manquer de s'égarer, et de nous entraîner
eus dans Le précipice.
VIII. — 1°. H y a une chaire visible dans l'Eglise, qui est celle de S. Pierre, où sont assis ceux qui gouvernent l'Eglise; le pouvoir qu'ils oui de lier, et de délier, d'instruire, etc.
2°. Cette chaire est une, quoique plusieurs personnes y soient assises, par l'union que toutes les autres particulières ont avec celle de S. Pierre.
3". Encore que ceux qui y sont assis fussent vicieux, ils ne laissent pas d'avoir la même autorité et le même pouvoir, et nous leur devons le" même respect et la même soumission.
IX. — 4°. L'Eglise est l'épouse de Jésus-Christ, à laquelle il a communiqué son esprit, sa puissance et son autorité pour lier et délier les pécheurs, sa sainteté, etc.
2°. Elle est, ensuite, la mère des fidèles, puisque c'est par elle que le Fils de Dieu, son céleste époux, nous donne la vie, qu'il nous la rend quand nous l'avons perdue, et qu'après nous avoir donné cette vie divine et surnaturelle il l'entretient par la nourriture de son propre corps, qu'il lui a laissé, par sa parole dont elle est la dépositaire, et par les sacrements. D'où il suit que nous devons l'honorer comme notre mère, lui obéir, recevoir d'elle les instructions, et acquiescer à tous ses sentiments.
X. — 1°. L'Eglise est sainte, puisqu'elle est l'épouse de Jésus-Christ, qui, comme dit l'Apôtre, l'a sanctifiée en versant son sang pour elle, afin de la rendre sans ride et sans tache : nous ne devons donc pas la déshonorer par nos vices et par les désordres de notre vie.
2°. Elle est conduite par le \ Saint-Esprit, qui l'inspire et qui la gouverne : il ne faut donc pas prétendre être du nombre de ses enfants en nous conduisant par un autre esprit, et en suivant des sentiments contraires aux siens.
XL — 1°, Pourquoi Dieu permet 'les hérésies qui causent tant dedivi-
ÙO'J ÉGLISE.
sions et de ravages dans son Eglise; les avantages qu'il en retire pour le bien de ses élus et pour la perfection des fidèles.
2°. Le moyen de les distinguer et de les connaître, c'est de voir le sentiment de l'Eglise et ce qu'elle a décidé sur ces opinions.
3°. Le moyen de s'en défendre, et de s'en garantir, c'est de se tenir iuviolablement attaché à la chaire du S. Pierre.
XII. — On peut prendre, enfin, ce passage de S. Augustin, qui réunit tous les avantages de l'Eglise : In qud benè creditur et bené vivitur.
1°. L'Eglise est la régie que nous devons suivre dans nos sentiments sur les vérités de la foi.
2°. L'Eglise est la règle de la conduite de notre vie et de nos mœurs dans les lois qu'elle nous prescrit.