T. JI
562 ÉGLISES BIATBRIBLLES.
Ce qu'on peut tirer de la Théologie.
[Ce que c'esl qu'une E y 1 i se . j — Un appelle église ou temple, selon S. Bonaveu i\XTe[Serm. 2 de Dedicat.), un lieu destiné aux exercices do religion, aux prières, aux sacrifices, aux louanges de DiEr,ctauxautres devoirs de piété <pue l'on rend au Dieu que Ton adore : ce qui fait qu'on les regarde comme des lieux saints ; qu'on les nomme des églises à cause du monde qui s'y assemble pour rendre son culte public; des temp les à cause du sacrifice qu'on y offre, et enfin Vàmaison ou le pedais où Dieu est présent et fait sa demeure d'une manière toute particulière. Et l'on peut dire que c'est de cette idée que l'on tire les raisons et les preuves du respect, du silence et de la modestie qu'on doit observer là.
[Temples nécessaires.] — Comme tout homme de bon sens, à la vue de cet ordre admirable qui paraît dans le monde, doit s'élever à la connaissance d'un premier principe qui a produit et ordonné tout cela, il faut nécessairement qu'il reconnaisse une religion établie de Dieu, qui lui fasse connaître ce qu'il est et de quelle manière il veut être honoré. Or, la religion étant instituée pour reconnaître solennellement la divinité qu'on y adore, il faut qu'il y ait un culte commun et public, et par conséquent de certains lieux dans lesquels les fidèles assemblés fassent profession publique de leur foi et de leurs devoirs envers Dieu : et c'est ce que nous appelons églises ou temples , que Dieu a sanctifiés , les choisissant pour y mettre son nom, c'est-à-dire sa gloire, ainsi que parle le Saint-Esprit : Elegi et sanctificavi locum istum, ut sitnomen meum ibi in sempitemum.
Quoique Dieu soit essentiellement partout à cause de l'immensité de son être , et qu'il mérite d'être honoré partout à cause de la gloire et de la sainteté de son nom, et enfin quoique tout le monde lui appartienne en qualité de maître et de souverain de l'univers, cependant, comme il a choisi certains jours et certains temps qu'il a destinés comme des jours de fêtes et des temps solennels pour reconnaître son autorité et sa grandeur, aussi a-t-il marqué certains lieux pour être les trônes de sa gloire et comme les temples de sa souveraine majesté, afin de nous rendre plus facile l'acquit de nos devoirs, où nous pussions lui aller rendre nos hommages. C'est ainsi (pie, dans l'ancienne loi, il a toujours choisi quelque lieu pour
\ reoevoir leoulte de son peuple, et y donner des marques plus sensibles rie sa présence. On sait ce qui arriva àla dédicace du temple de Salomon, où l'on vit la majesté de Dieu remplir sensiblement tout le temple : et la raison qu'en apportes. Augustin est que toute la terre était alors profanée par la fumée des viotimesel par les . sacrifices desidolàtrei : Immunda erat tune universa terra fumo vtctimarum et nidore. (130 de temp. . Dans cette publique profanation, Dieu s'était réservé ce petit coia du monde; il a voulu qu'on le regardât comme un lieu sacré. Or, ce que Dieu a l'ait dans l'Ancien-Testament, il Ta fait encore dans la loi de grâce, en choisissant particulièrement les églises pour y être solennellement et publiquement honore par les fidèles.
Si L'homme était un pur esprit et semblable aux intelligences spirituelles, il les imiterait clans les adorations qu'il rendrait à son Dieu, et il serait, à leur exemple, indépendant deslieux pour s'acquitter de ce devoir indispensable; mais il est homme, je veux dire qu'il est composé d'une àme et d'un corps : par conséquent , il se trouve obligé d'honorer cet être suprême par deux sortes de cultes différents, l'un intérieur et proportionné à cette partie supérieure et relevée ; l'autre extérieur, qui ait du rapport à ce corps terrestre et grossier. Le premier est sans doute le plus solide, le plus parfait, le plus excellent; mais l'extérieur, de son côté, a je ne sais quoi qui nous touche, qui nous frappe, qui nous arrête davantage : et cette nécessité d'adorer le Créateur de cette manière a inspiré à la créature d'avoir un lieu fixe et déterminé où tous viendraient remplir plus parfaitement l'étendue d'une si juste obligation , et où, retirés du tumulte, ils seraient plus en état de rendre à Dieu ce qu'ils lui doivent.
On sait bien que, selon S. Paul, nous pouvons prier en tout lieu, et que dans la loi de grâce, les vrais adorateurs adorent Dieu en esprit et en vérité, cette adoration spirituelle n'étant attachée, de sa nature, ni aux cérémonies extérieures, ni au lieu, ni au temps ; que Dieu n'habite point dans les temples matériels comme les idoles qui en ont besoin pour les contenir, et qu'on peut même recevoir ailleurs quelquefois les sacrements. Mais, parce qu'il est juste que les divins mystères s'accomplissent avec beaucoup de vénération et de crainte respectueuse, et que le service divin se fasse par ordre et dans une certaine majesté mystérieuse qui marque la grandeur infinie du maître qu'on sert, il a voulu qu'on lui consacrât certains lieux qui fussent destinés à cet usage.
[Préseneede Dieu.] — Si c'est la marque sûre et infaillible de la présence d'une cause, que son action et son effet, il s'ensuit que, plus elle agit noblement dans un lieu, plus il est vrai de dire qu'elle y est présente. C'est ainsi que nous disons que l'entendement de l'homme, qui n'est point réellement distingué de la substance de l'âme, est plus à latète qu'au reste du corps, parce qu'il y exerce des opérations plus nobles, et plus proportionnées à l'excellence de sa nature. Or, suivant cette manière de raisonner,
Dieu est dans le ciel et da#s qos temples d'une façon toul i p irtictiliére . selon celte parole du Psalmiste : Dominus in templo suo , Dominas in cœto seàes ejus. Dans le ciel, par l'effusion ci la manifestation de sa gloire ; dans nos temples, parce qu'on les lui a consacres pour être le lieu où il produit régulièrement tous les effets de la grâce sur nous. De-là vient qu'ils sont destinés à un usage tout-à-fait sacré, pour l'adorer, pour le prier, pour lui sacrifier, pourrecevoir l'expiation des péchés par le sacrement de Pénitence, les divins oracles par sa parole qu'il y fait entendre , les grâces et les dons célestes par l'entérinement de nos requêtes.
Nos temples sont respectables par l'avantage infini qu'ils ont par-dessus cet auguste temple de Salômon : car, outre que Dieu y est présent par les mêmes effets, et encore plus considérables, ils contiennent encore effectivement le même Dieu fait homme, qui y habite corporellement dans l'adorable sacrement de l'autel; et nous pouvons dire d'eux ce que l'Apôtre a dit do Jésus-Christ : In ipsis habitat plenitudo divinitatis corporaliter.
[Sainteté des églises.] — Nos temples doivent être saints , parce qu'il faut qu'il y ait de la proportion entre ce qui regarde le culte de Dieu, et Dieu même. Rien de profane, rien d'impur ne doit entrer dans son sanctuaire. L'esprit du sacerdoce et des ministres vivants est une sainteté d'action, qui les unit à Dieu et les sépare de toute corruption du siècle ; et l'état des églises matérielles, et des ministères inanimés est une sainteté de consécration et d'usage, par laquelle ils deviennent propres à la religion, et ne peuvent plus être employés au service du siècle et aux besoins des hommes. C'est ainsi que l'église appartient à Dieu par nécessité ot par bienséance, et, comme le Seigneur delà maison est saint, il faut aussi que la maison du Seigneur soit sainte.
Les églises nous doivent être vénérables pour une autre raison, parce qu'elles sont comme le centre de l'unité de communion des prières chrétiennes. Comme il n'y a point de précepte qui nous soit plus recommandé ni plusnécessaire que celui de la charité envers Dieu et envers nos frères, il n'y a point dans le christianisme d'usage plus ancien et plus autorisé que les assemblées et la convocation des fidèles dans les maisons d'oraison, parce que , reconnaissant leur faiblesse et la dépendance générale qu'ils avaient de Dieu, ils s'excitaient aie servir et à 'l'aimer par une sainte émulation, et que d'ailleurs, ayant besoin des mêmes grâces et s'adressant au même Père, ils s'unissaient dans le même esprit et s'assistaient les uns les autres dans leurs désirs et dans leurs demandes.
Comme on parle souvent de la sainteté des églises, qu'on dit que tout y est saint, jusqu'aux murailles, cela ne s'entend pas d'une sainteté intérieure et formelle, ce qui n'appartient qu'aux créatures douées de liberté et de raison, dit S.Thomas, mais d'une sanctification extérieure, soitparce qu'elles sont consacrées à Dieu, qui est le Saint des Saints, soit parce que ceux qui y prient comme il faut y trouvent certaines grâces spéciales, qui
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les disposont à, acquérir la sainteté s'ils no l'ont pas, ou à la conserver
s'ils l'ont, qu'il s'j trouve des reliques cl Le, Ne peut-on pas dire
même, avec S. Bernard, qu • étani
: par tani de cérémonie i et \ ar h pontifes?
[Erreur do quelques-uns.] — S'il était vrai que Dieu n'habite en aucune façon dans les temples que les hommes ont élevés à sa gloire, pourquoi clans la loi de nature, Noé, Abraham el Jacob lui auraient-ils dressé des Au- Pourquoi, dans la loi écrite^ aurait-il commandé à Moïse de lui construire un tabernacle? Pourquoi lui en aurait-il donné le modèle, et pourquoi lui aurait-il promis d'y attacher sa protection et sa présence? Pourquoi David aurait-il si souvent exhorte les peuples à lever leurs mains vers le sanctuaire pendant la nuit, qui leur en empêchait l'entrée ? Pourquoi Dieu aurait-il dit à Salomon, après la construction du plus magnifique temple qui fut jamais : « J'ai choisi ce lieu pour ma maison?» Pourquoi les Juifs, chassés de leur ville, auraient-ils versé tant de larmes sur les bords des fleuves de Babylone, en se ressouvenant de leur sainte Sion? Pourquoi auraient-ils refusé de chanter les cantiques du Seigneur et de lui sacrifier dans une terre étrangère? Enfin pourquoi Daniel durant sa captivité, se serait-il tourné trois fois le jour du côté de Jérusalem et du temple, où il ne pouvait aller, afin que de-là il pût implorer la miséricorde de Dieu, dont il croit être écouté plus sûrement dans le sanctuaire? Dieu, en elfet, réside dans nos temples d'une manière plus excellente et plus conforme à sa divinité. Tout l'univers est la maison de Dieu; cependant il appelle la terre sa demeure, Domus mea, parce que, encore qu'il soit également partout, c'est ici toutefois qu'il semanifeste davantage. Sa divinité n'y habite pas plus que dans les campagnes, mais sa miséricorde s'y distingue par une effusion plus libérale de grâces.
[Prières à l'Eglise] — Un acte de religion fait à l'église, de particulier, devient public et honore davantage Dieu, tant par l'exemple qu'il donne aux autres que par l'union qu'il fait avec eux de corps et d'esprit. C'est pourquoi le Fils de Dieu dit à ses Apôtres que, quand il y aura deux ou trois personnes assemblées en son nom pour lui rendre le respect, il se trouvera au milieu d'elles pour les écouter. Outre, que l'Eglise prie particulièrement pour ceux qui sont présents ; si elle adresse ses prières pourles absents, ce n'est qu'après avoir demandé les besoins de ceux qui y assistent. Vous priez, et l'Eglise prie avec vous, et il se fait, dit S. Grégoire, de cette assemblée de fidèles une sainte harmonie, qui, par sa douceur, va toucher le cœur de Dieu, et l'oblige, par une agréable contrainte, à, nous accorder ce que nous demandons ; et , encore qu'il pût le refuser par justice à nos propres prières, il l'accorde en faveur de l'Eglise, qui prie pour nous et avec nous.
[Dr l'irrévérence.] — On ne peut douter, premièrement, que les irrévérences et les immodesties qui se commettent dans les églises ne soient proprement un scandale que l'on donne à ceux qui nous voient témoigner si peu de respect à Dieu dans un lieu si saint, qui lui est spécialement consacré: je dis un scandale de sa nature , car c'est une action publique qui se fait aux yeux desfidèles assemblés, qui ne peuvent même souvent s'ernpêcher de faire connaître combien ils en sont mal édifiés ; de plus, c'est une action qui non-seulement est capable de porter les autres au péché , mais qui les y porte- effectivement : car on les excite par-là à y parler , à s'y tenir dans les mêmes postures, et on se persuade aisément, en voyant ce désordre si fréquent et impuni, que ce n'est pas un si grand mal qu'on s'imagine: en quoi consiste proprement la malice du scandale. Secondement, la circonstance d'un lieu saint fait un péché de ce qui pourrait passer pour indifférent dans un lieu profane , comme serait de s'y entretenir, d'y rire ou d'y tourner la tête de tous côtés. Mais, quand c'est une action mauvaise d'elle-même, la circonstance d'un lieu saint et consacré au culte de Dieu la rend sacrilège, comme seraient les regards, les pensées et les désirs impudiques qu'on y conçoit souvent. Aussi n'est-il rien à quoi Dieu ait paru plus sensible, tant dans l'ancienne loi que dans la nouvelle, et qui ait plutôt attiré les vengeances les plus rigoureuses du Ciel.
[Dédicace des églises.] — La dédicace d'une église est un acte extérieur de religion fait par l'évèque, ou par celui qui a un légitime pouvoir: acte par lequel un édifice matériel devient, par une spéciale bénédiction, la maison de Dieu, dans laquelle les fidèles doivent venir lui rendre l'honneur dû à son adorable Majesté. Je dis un acte de religion: car, comme les temples sont, par leur institution spéciale, destinés au service de Dieu, à qui on rend l'honneur qu'on lui doit, la consécration de ces temples appartient à la religion, afin qu'ils deviennent la maison et le palais où les hommes lui rendent la vénération, le respect et l'adoration dus à ce souverain du ciel et de la terre.
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§ VI
Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.
[Ce qu'il l'aui considérer dans les lHii|iles. | — N'arrêtons pas nos yeux à oe qui paraît nu à ce qui se présente d'abord dans les temples, et ne regardons
pas ce que la nature ou l'art a mis clans ces lieux; mais usons de notre foi et de notre raison pour voir leur consécration, qui les a séparés des usages communs pour les appliquer au culte de Dieu, qui les a retirés d'un état ou profane ou indifférent pour les mettre dans un ordre surnaturel. D'où il suit que Dieu leur a donné comme deux impressions : l'une, qu'ils sont au rang des choses saintes, qu'ils appartiennent singulièrement à Dieu, et qu'ils sont destinés à son culte et à sa gloire. L'un et l'autre méritent nos respects, par dos sentiments non-seulement de religion, mais par quelque espèce de justice, qui doit rendre à Dieu ce qui lui appartient. Ça été toujours un sentiment de religion commun à tous les peuples du monde qui ont reconnu quelque divinité, de lui consacrer des temples et des autels; et en suite de celte consécration, ils ont regardé ces lieux avec respect, et s'y comportaient avec révérence. Ils ont cru raisonnablement que ces choses avaient comme changé d'état, et que quelque rayon de la divinité se répandait en quelque façon sur elles. Mais c'est en cela l'avantage de notre religion, que les temples où nous adorons le vrai Dieu ne lui sont pas seulement consacrés et appliqués par les hommes, mais que lui-même préside à leur consécration et les sanctifie pour lui-même.
C'est le grand avantage de notre religion, d'avoir toujours le Fils de Dieu présent sur nos autels : car il n'y est pas seulement pendant l'auguste sacrifice de la Messe ; il est dans nos tabernacles, où on le garde jour et nuit; et nous pouvons dire que ça été un effet de sa bonté, de choisir un lieu où il pût donner occasion de l'adorer à chaque moment. C'est une grande faveur pour tous les chrétiens, puisqu'ils lui peuvent adresser immédiatement leurs prières et lui parler en personne. Mais quelle gloire pour ce Sauveur même, puisqu'il peut attirer par-là plus facilement nos devoirs et nos hommages ! Vous savez l'honneur qu'on rend aux rois, et le respect qu'on doit à leur personne lorsqu'ils sont présents ; mais pourtant il faut avouer qu'ils attirent davantage le respect des peuples en certaines occasions et, on certains lieux comme lors -
qu'ils paraissentsur leur trône, avec l'appareil de leur dignité, et lorsqu'ils viennent à dessein de se faire respecter de leurs sujets. Cet appareil de leur puissance ajoute un nouveau titre à leur gloire, et une nouvelle obligation au reste des hommes.
Tous les lieux du monde sont indifférents par eux-mêmes ; mais ils tirent la différence de leur dignité des usages différents auxquels on les emploie, des affaires qu'on y traite et des choses qu'on y fait. On respecte les trônes des rois non-seulement pendant que leur personne royale y réside, mais parce que c'est le lieu où ils exercent leur autorité souveraine. On considère les palais ou les sièges des juges, parce qu'on y rend la justice, qui décide de la vie et de la mort des peuples qui offensent les lois. Que si nous avons du respect pour tous ces lieux, quel respect ne devons-nous pas avoir pour les églises, lieux destinés à de plus importants usages ?
Un ancien Père a 'appelé les temples les fondements du monde. Il y a longtemps que le monde aurait été ruiné, pour les injustices et pour les crimes qui s'y commettent, si nous n'avions des lieux où le Sauveur du monde est sacrifié pour satisfaire à la justice de son Père et pour plaider la cause des coupables. Le monde subsistera donc autant que nos églises seront conservées pour être les fondements de ce vaste univers. Erurtf fundamenta orbis. Voilà pourquoi, quand Dieu voudra exercer sa justice sur les hommes, et qu'il détruira le monde, Et auferent juge sacrificium, il n'y aura plus d'églises, il n'y aura plus de sacrifice, et la dernière hostie, comme on croit, sera portée au ciel, non pour être sacrifiée, mais pour exciter la vengeance contre ceux qui auront méprisé sa gloire et refusé les hommages qu'elle attendait d'eux dans nos Eglises. ( Biroat, 4e dim. de Caverne.)
[ Irrévérences ] — Où est la foi des chrétiens maintenant ? Croyons-nous qu'un Dieu soit réellement sur nos autels, par les postures et les discours que nous tenons devant eux? voudrions-nous dire devant quelques personnes de considération ce que nous disons en leur présence? et, si un païen entrait dans nos églises, croirait-il que ce soit la demeure de notre Dieu, après avoir vu la manière dont nous nous y comportons? Non, non. Disons plutôt que ces chrétiens méritent le nom d'infidèles et d'idolâtres, ou du moins celui d'insolents, puisqu'ils viennent jusqu'au pied des autels, pour offenser le Dieu qu'ils y doivent adorer. 0 mon Dieu, où serez-vous désormais en assurance, et quel lieu pourra vous mettre à couvert des crimes des libertins! Votre palais, qui devrait vous servir d'asile contre leurs attaques, devient le théâtre de leur insolence, et le lieu que vous avez choisi pour entendre nos prières se trouve changé en une retraite de voleurs, comme vous vous en êtes plaint autrefois. Quel supplice pour punir le crime que l'on commet dans le palais d'un Roi ! mais, s'il est contre sa personne, quel tourment peut-on trouver pour punir le coupable?
PAR k0B M'V.K SIXIÈME. 869
Ah! aujourd'hui que l'on offense non pas un roi mortel, mais le roi du ciel i l de la terre sur ses autels, quelle punition peut expier ce crime, et quel supplice pourra venger cette insolence? (Le menu1.)
Qu'il v a peu de chrétiens qui respectenl Dibu dans sa maison, qui est l'église ? J'ai honte de Le dire: il n'y aque deschrétiens pour se comporter insolemment et avec mépris dans la, maison du Dieu qu'ils adorent. Les Turcs dans leurs mosquées, les idolâtres clans leurs temples, se tiennent avec respect: et plusieurs des fidèles: semblent n'entrer dans nos églises que pour braver Dieu dans sa propre maison, et pour porter leur insolence jusqu'au pied des autels. Dieu ne peut-il pas maintenant reprocher à son peuple, ce qu'il reprochait aux Israélites par Jérémic : Transite ad insulas Cethim, et considérât c si factum est cjusmodi, si mutavit gens deos suos, et certè ipsi non sunt diil Populus vero meus mutavit gloriam in idolum. Oèstupescile, cœli, super hoc, et porta1 ejus, desolamini vekementer. Allez, chrétiens, dans le fond de la Barbarie : voyez s'il y a quelque peuple infidèle qui traite ses idoles avec le même mépris que vous traitez votre Dieu. Les païens, au l'apport de S. Justin martyr, n'entraient dans leurs temples que les pieds nus et en tremblant; aussitôt qu'ils y étaient entrés, ils voyaient, dit S. Chrysostôme, l'image du silence peinte sur les murailles et les fidèles, présentement, font de l'église, qui est la maison de Dieu, une foire, un marché et un lieu de profanation. Oh ! la honte de notre foi ! c'est la majesté adorable du Tout-Puissant qu'on traite avec tout le mépris imaginable. On voit souvent des dévotes prétendues, qui causent et s'entretiennent dans l'église, lors même qu'on y célèbre les divins mystères ou que le Saint-Sacrement est exposé, on voit des personnes de qualité qui y débitent des nouvelles, et qui y traitent des mêmes affaires dont on traiterait dans un lieu profane \ Numquid forum est eccksia? « Quoi donc ! dit S. Chrysostôme, l'Eglise n'est plus la maison de Dieu? C'est une foire et un marché? » On voit des mondaines qui se produisent dans nos églises avec des nudités scandaleuses, et dans le même air de vanité qu'elles portent au bal et à la comédie. (Texier, Dominicale.)
[ Sainteté des éylises. ] — Les temples des chrétiens doivent être sanctifiés, parce qu'ils renferment une hostie pure et sans tache. C'est là que Jésus- Christ s'offre pour nous, et nous offre avec lui à son Père, prêtre et victime, sacrifice et sacrificateur tout ensemble. C'est là qu'il s'expose à la vue et à l'adoration âes peuples, et que, après avoir été le prix de notre rédemption, il devient le spectaole de notre foi, et l'objet de notre amour et de notre reconnaissance. C'est là qu'il se donne à nous comme une nourriture céleste. Quelle pureté est donc requise à tout ce qui le touche, à tout ce qui l'approche, à tout ce qui le conserve et qui le renferme ? Si le tabernacle où reposait l'arche et les vaisseaux du ministère eurent besoin d'être purifiés par les consécrations du Testament, comme parle
S. Paul; si ces images des choses célestes doivent être si pures, que. serace des choses célestes mêmes? Si le sang des animaux immolés à Dieu ne devait tomber que sur une terre bénite et sainte, le sang de l'Agneau sans tache, qui nous a aimés et nous a lavés de nos péchés, serait-il offert dans des lieux indifférents ou profanes ? On aurait puni, dans la loi ancienne, celui qui eût sacrifié hors des lieux sacrés : quelle précaution d'honneur et de pureté doit-on apporter pour les lieux où l'on immole .Jésus-Christ, qui est la fin de tous les sacrifices!
Disons donc que les églises de Jésus-Christ doivent être saintes. Ces murailles, dites-vous, ces pierres, ce corps d'édifice, ouvrage de la main et de l'industrie des hommes? Oui, disait S. Bernard. Pourquoi n'appellerai-je pas saintes, ces pierres que la charité et la religion ont assemblées avec tant de zèle, que la main des Pontifes a bénites avec des cérémonies si vénérables et si touchantes, qui retentissent du chant des louanges de Dieu et du récit de ses Ecritures, où l'on garde les précieuses reliques de ses martyrs, et où l'on sent la protection de ses anges; où les anges veillent incessamment à la garde du tabernacle; où se rassemble le peuple chrétien ; où se réunit la dévotion des fidèles et où réside Jésus-Christ lui-même sur ses autels? Et c'est de cette sainte considération que doit naître cette sainte frayeur et ce profond respect dont nous devons être touchés à l'entrée de nos églises. Yous, patriarche béni de Dieu, et rempli de la foi des vérités futures que nous voyons accomplies, au milieu d'un champ où Dieu vous apparut en songe une seule fois, vous vous écriez: «Que ce lieu est saint et terrible ! » Et nous, à qui les mystères ont été révélés, et qui voyons notre Dieu présent et comme établi parmi nous jusqu'à la consommation des siècles, nous sommes dans l'église où il demeure, où il s'immole pour nous, avec aussi peu de respect que si 'nous étions dans une campagne. (Fléchier, Dédicace de S. Jacques-du-Haut- Pas. à Paris.)
[Irrévérences.] On entre dans les églises sans humilité et sans retenue ; on court aux solennités plus pour le spectacle que pour la religion. Au lieu de se faire une instruction et une occupation de piété, on se fait un jeu et un amusement de ce qu'on y voit. Tout chargé qu'on est de péchés, on foule insolemment le seuil de ces portes sacrées, selon le langage du prophète ; on affecte des distinctions d'honneur et de qualité dans ces lieux où doit s'anéantir toute la gloire humaine. On se jette dans la foule pour être témoin des cérémonies, plus que pour être participant des grâces célestes. On force jusqu'aux saints balustres, non pas par un empressement de dévotion, mais par une indiscrétion et un emportement de curiosité. On y apporte un cœur mondain ; et lors même qu'on parle à Dieu par de froides et de vaines prières, on s'entretient avec soi-même de ses vanités. Enfin, on se fait un scrupule de n'y pas venir, et l'on ne s'en fait point d'y venir traîner ses iniquités, sans componction et sans repentir.
Que dirai-je de oea impiétés qui s'y commettent tous les jours, à la me môme de Jésus-Christ, qui, tout invisible qu'il eit, n'en est pas moins adorable; de ces profanes discours qui, Pompant le Saint et vénérable silence des sacrés mystères, après avoir troublé par un silence importun la piété des fidèleSj vont jusque dans le sanctuaire interrompre l'attention des ministres qui servent à L'autel et du prêtre qui y sacrifie? de ces airs inquiets et de ces postures indécentes, qui scandalisent les gens de bien, et qui sont, selon la parole de Jésus-Christ, la désolation des lieux saints, où les anges assistent avec tremblement et avec crainte? Que dirai-je de ces affectations de voir et d'être vus, qui font dans la maison du Seigneur comme un trafic et un commerce de regards impurs et de pensées criminelles? On voit, et l'on ne peut voir sans indignation, des ebrétiens, si j'ose leur donner ce nom, qui fléchissent un genou avec peine lorsqu'on propose Jésus-Christ à l'adoration des fidèles, semblent lui disputer l'hommage qui lui est dû, et se raidir contre leur conscience et contre ce peu de sentiment de religion qui leur reste. On voit des personnes mondaines, plus parées que les autels dont elles s'approchent, étaler sans pudeur et sans retenue un luxe et des parures indécentes , aux yeux de Jésus-Christ pauvre et humilié dans le sacrement de l'Eucharistie. On voit des pécheurs qui, laissant aller leur cœur et leurs yeux, vont entretenir et rallumer peut-être leurs passions en ces lieux, où l'on devrait les étouffer et les éteindre, et commettre de nouveaux péchés devant ces tribunaux où on les confesse et où on les pleure. Il arrive que les moyens de notre salut deviennent les instruments de notre perte ; que l'Eglise, qui est le lieu de notre sanctification, devient le théâtre de nos désordres; que nos oraisons se convertissent en péché, que le sacrifice même de Jésus-Christ, qui est une source de grâces, devient un sujet de condamnation, et que rien dans son jugement ne nous rendra peut-être plus coupables que d'être entrés dans son temple et d'avoir assisté à ses mystères.
Combien y a-t-il de chrétiens qui viennent à l'église par bienséance, pour conserver un peu de réputation, pour s'établir une fausse paix, pour s'accommoder à l'usage et à la coutume, et pour n'offenser pas, par une singularité scandaleuse, le monde, qui, tout déréglé qu'il est, se pique encore de quelque régularité, et veut qu'on ait du moins des apparences de religion! Combien y en a-t-il quinereconnaissentqu'un culte extérieur et tout humain, qui glorifient Dieu des lèvres, et qui s'en éloignent du cœur; qui, abandonnant leur esprit à des distractions volontaires, parlent sans penser, prient sans savoir, et veulent que Dieu les écoute, lorsqu'ils ne s'écoutent pas eux-mêmes, dit S. Cyprien! Combien y a-t-il de personnes qui se font un art do la dévotion, qui se font honneur des églises qu'elles fréquentent, qui sont toujours dans les endroits de l'Eglise les plus regardés, et qui ne s'approchent de Dieu que pour être vues des hommes! Combien y en a-t-il qui viennent à l'église par contrainte, à qui
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les grandes fêtes sont à charge, et qui regardent comme un joug- pesant la nécessité d'entendre un sermon ou une grand'messe! N'est-ce pas abuser des choses saintes?
Nous ne devons entrer dans le temple de Dieu que pour nous rendre saints devant lui. Il semble même que tout ce qu'on y voit nous invite à cette sanctification: ces fonts sacrés nous rappellent à l'origine de notre foi et de notre régénération spirituelle, et nous font ressouvenir de la grâce et des obligations de notre baptême ; ces autels nous apprennent que nous avons un cœur où Jesus-Christ veut reposer, et où nous pouvons offrir autant de sacrifices que nous avons de passions qui nous environnent: ces tribunaux de la pénitence ne nous invitent-ils pas à gémir dans la vue de nos péchés, et à replonger ces Egyptiens dans la mer Rouge, je veux dire le sang de Jésus-Christ ? Cette chaire ne nous préchc-t-elle pas même que nous sommes des créatures nouvelles, engendrées de la parole de la vérité? et cette divine et adorable Eucharistie ne nous oblige-t-elle pas à venir et paraître, non-seulement avec une grande pureté d'intention, mais encore avec une grande pureté de moeurs?
Ecoutez, chrétiens, vous qui, par vos inquiétudes et par vos profanes discours, troublant le saint et vénérable silence des sacrés mystères, interrompez l'attention des fidèles qui assistent au sacrifice et des ministres mêmes qui le célèbrent ; vous qui portez jusqu'au pied des autels l'attirail de vos vanités et de vos pompes mondaines; vous qui, fléchissant à peine les genoux lorsqu'on propose Jésus-Christ à l'adoration des peuples, laissez douter par vos postures indécentes si vous le croyez sans l'adorer, ou si vous l'adorez sans le croire; vous enfin qui venez entretenir vos passions là où la loi de Dieu vous commande de les venir étouffer, et commettre de nouveaux péchés où vous devez prier Dieu qu'on vous pardonne ceux que vous avez déjà commis? {Le même.)
[ Même sujet. ] — Hélas! n'est-ce pas une chose horrible qu'il n'y ait que dans le christianisme où les temples soient profanés par les chrétiens mêmes, et par ceux qui se disent enfants de l'Eglise ? Les païens et les infidèles peuvent bien profaner les temples d'une religion étrangère, qu'ils ne connaissent point: mais on les verra pleins de religion et de modestie dans leurs propres temples. Les Romains ont profané le temple des Juifs; les païens et les hérétiques ont profané nos églises: mais ces hérétiques et ces païens se comportent avec tout l'honneur et la révérence possible dans leurs temples, où ils n'ont que de faux sacrifices et de fausses cérémonies. Cela étant, où en sommes-nous réduits, qu'il n'y ait que les temples de la véritable religion qui soient profanés, pendant que ceux des idolâtres sont respectés, et qu'il n'y ait que le plus auguste de tous les sacrifices qui soit déshonore, pendant que les infidèles assistent à ceux qu'ils font au démon avec respect, et même avec tremblement! Ali !
[' \kam; \piik SIXIÈME. 573
j'en connais la raison : c'esl que le démon no trouble point les païens , ni clans les sacrifices qu'ils fort! aux idoles ni dans les prières qu'ils leur adres enl ; il ne les trouble point clans leur,; cérémonies ; il ne les dii trait p tint d i i roi :e de ce culte, parce que c'est pour lui qu'il se fait, et parce que l'exercice de cette damnable religion fera un dés chefs de U iir condamnation au jugement de Dieu. Mais il fail toul son possible pour ('der aux ebrétiens les moyens de se sanctifier dan I temples, où ils le pcuvenl l'aire, si avantageusement.
Qonnez-vous de garde, ebrétiens, d'imiter le désordre des enfanl d'Àaron, qui furent mis à mort parée qu'ils s'étaienl servis d'un l'eu profane pour consumer les victimes qu'ils voulaient offrir à Dieu. Si, dans le temps que vous êtes dans l'église, et que vous assistez au sacrifice qui s'y fait, vous cherchez à. plaire aux créatures et non à Dieu, si vous entretenez un autre feu que celui du ciel, si vous avez des complaisances pour d'autres objets que pour Dieu, vous renouvellerez le crime des enfants d'Aaron, et vous attirerez sur vos tètes le même supplice que mérita un si grand attentat. Que si cette punition ne se fait pas visiblement et aux yeux de tout le monde, comme elle parut à l'égard des enfants d'Aaron elle n'en est pas moins terrible pour cela : et sacbez que Dieu ne retient son bras que pour vous frapper d'un coup plus rude. Oui, je dis d'un coup plus rude : car, la profanation que vous faites dans la nouvelle loi étant plus criminelle que celle qu'ils faisaient clans l'ancienne, il est juste que votre punition soit plus sévère et plus rigoureuse, quoiqu'elle soit moins exemplaire. (Bourdaloue, lundi de la -4e sem.de Carême.)
Je me persuade que Dieu me dit ce qu'il disait autrefois au prophète Ezécbiel : FUI hominis, fode parietem. Fils de l'homme, perce cette muraille, et fais-y une ouverture, et tu verras les abominations horribles qui se commettent dans le temple: Et videùis abominafiones quasisli faciunt lue. Tu verras des prêtres qui, avec des mains profanes et une bouche impure, osent toucher et baiser le corps adorable de Jésus-Christ ; tu verras des rendez-vous et des assignations qui y sont données par des ebrétiens et des chrétiennes qui n'y vont que pour voir et pour être vus, et qui se mettent dans un état capable d'allumer dans le cœur clo ceux qui les regardent des flammes d'un amour déshonnéte. Tu y verras des femmes qui pleureront Adonis, dit Ezécbiel : Mulieres plangentes Adonideni. Tu y verras des hommes fléchir les genoux devant les idoles, et d'autres qui ont le clos tourné à l'autel pour chercher ailleurs une autre divinité. Ce sont des chrétiens, qui ont été régénérés par le sang d'un Dieu crucifié, qui ont été si souvent nourris de la chair adorable de ce Dieu vivant. Et où sont les marques du christianisme? Considérez ces femmes : voyez ces airs enjoués avec lesquels elles paraissent à l'Eglise, cette immodestie, ' ces yeux égarés, cette liberté qu'elles se donnent de regarder de Ions côtés. Eh bien, qu'est-ce quê'cela, sinon déshonorer Jésus-Chiust, dans le lieu même où elles viennent pour l'adorer et
pour lui rendre hommage? etc. ( Le P. Texier, lundi de la •/<- mn. de Carême )
\ La maison île prière. ] — Ma maison est la maison de la prière, et vous en avez fait une retraite de voleurs. C'est ainsi que les prophètes ont parlé du temple de Jérusalem , mais c'est ce que nous pouvons dire à plus forte raison de nos églises. Ma maison est la maison de prière : car, quoique le temps soit venu d'adorer le Seigneur en esprit et en vérité, sans qu'il y ait aucun lieu où l'on ne puisse le prier, et que même le Fils de Dieu înjus ait recommandé de le prier en secret, on ne peut douter cependant que le Seigneur, résidant d'une manière spéciale dans nos églises, n'y répande ses grâces avec plus de profusion, et que les prières qui se font en commun et où tous les cœurs réunis semblent ne parler que par une seule bouche, n'aient plus de force pour obtenir ce que nous demandons. Mais, afin que les prières que nous faisons à Dieu dans les temples lui soient agréables, il faut que nous y paraissions devant lui l'esprit humilié, le cœur contrit, nous édifiant les uns les autres par des postures les plus convenables à la Majesté divine, véritablement présente en ce saint lieu. Hélas! une funeste expérience ne nous apprend-elle pas que c'est là le plus souvent que l'on traite de toute autre affaire ?
Voilà, dit l'éloquent Salvien,ce qu'il y a de plus criminel et de plus digne de nos gémissements. L'église destinée pour apaiser Dieu est le lieu où on l'irrite le plus: car, si nous en exceptons quelques saintes âmes , que peut-on dire de presque toutes les assemblées de chrétiens, sinon que c'est une sentine de vices? ceux qui y entrent pour y détester leurs péchés en sortent pour en commettre de nouveaux ; ils semblent même, continue ce Père, en avoir pris la résolution pendant les sacrés mystères, puisque , sitôt qu'ils sont finis, chacun retourne à l'objet de ses passions. Les uns vont travailler à contenter leur avarice, les autres à satisfaire leur ambition ; les uns, dans le moment même, se livrent à l'intempérance, et les autres au dérèglement d'un plaisir honteux et criminel: et c'est ainsi que la maison de Dieu au lieu d'être une maison de prière, est une retraite de voleurs. (Monmorel, 3e dira. apr. la Pentec.)
[Péchés daus l'Eglise.] — Il faut, dit le grand S. Augustin, que ce soit un crime bien abominable que de manquer de respect dans les églises, puisque c'est le seul péché qui ait pu ôter à Jésus-Christ la douceur qu'il a toujours eue pour les plus grands scélérats, et le seul attentat que Dieu se soit réservé de punir lui-même, ne s'étant servi que de ses créatures pour punir tous les autres. Adam pèche, et Dieu envoie un ange pour le chasser du paradis. Sodoine etGomorrhe pèchent, et il envoie des anges pour faire pleuvoir sur elles le soufre et le feu. Le monde entier s'était corrompu dans les plaisirs de la chair, et il envoie les eaux du déluge pour le noyer. Pharaon pèche, et il envoie Moïse pour frapper l'Egypte de toutes les
plaies ijui la désolèrent; David pécha, el il envoya le prophète Nathan pour lui en taire des reproches, el un ange pour exterminer son peuple. Mais, pour chasser les impies hors du temple , il vient prendre le fouel lui-même ; le zèle de ses minisi res u'est poini assez afdenl pour Le venger de cette profanation. [Discours chrétien» pour tes dimanches)
[Dieu favorable dans uns temples.] — Si le cœur de Dieu était toujours ouvert pour les Juifs, dans le temple de Salomon où il n'y avait que les ombres de nos mystères, combien le sera-t-il davantage pour les fidèles dans les églises que la piété chrétienne a consacrées par toute la terre ! dans les temples, où l'on ne prêche plus une loi de servitude, mais une loi d'amour; où l'on conserve, non plus la baguette avec laquelle Moïse faisait des miracles en Egypte, et dont il frappait les rochers dans le désert pour en tirer de l'eau, mais la croix sur laquelle le Fils de Dieu a vaincu le monde et le péché ; où l'on garde non plus un peu de cette manne qui avait nourri les Israélites dans la terre promise, mais le corps et le sang de Jésus-Christ, le véritable pain des Anges, où nous avons, non plus les restes de l'arche ancienne, qui n'était que de bois, mais la sacrée humanité de Jésus Christ, l'arche vivante du Nouveau-Testament; où l'on distribue, non plus ces faibles éléments qui promettaient la grâce et la signifiaient, mais les sacrements qui la contiennent et qui la donnent ; où l'on offre enfin, non plus les sacrifices sanglants des animaux , mais l'adorable et l'ineffable sacrifice du corps et du sang du Sauveur, que l'on y réitère tous les jours d'une manière non sanglante ! Nous y goûterions les grâces des autres mystères de sa vie, dont on y renouvelle de temps en temps la mémoire, si , pour répondre à la tendresse de la miséricorde qui nous y ouvre le cœur de Dieu, nous venions à ouvrir le notre par la piété et par de saints désirs ; si, pour reconnaître la bonté de celui qui y a attaché son cœur par les chaînes de son amour, nous y attachions les nôtres par une forte attention aux redoutables mystères qu'on y célèbre. [Ibid.)
[ Nos églises représentent le CaUaire. ] — Nos églises représentent le Calvaire : avec quels sentiments d'humilité, de respect, de componction, n'y devonsnous pas assister? Le même sacrifice, la même victime est offerte sur nos autels que sur le Calvaire, et par le même Prêtre, c'est-à-dire Jésus-Christ, qui est le prêtre invisible que représente le prêtre visible. Le même sang y est répandu, pour la même fin , et il y a la même vertu ; le Sauveur y répand son sang pour vous, et vous le foulez aux pieds par vos impiétés ! il tâche d'apaiser la colère de son Père courroucé contre vous, et vous ne travaillez qu'à l'irriter davantage ! il offre ce grand sacrifice pour vous, et vous sacrifiez peut-être, en ce temps-là même, par vos regards immodestes, par vos désirs impurs, au démon d'impureté! Si vous eussiez té au sacrifice du Calvaire, quels eussent été alors vos sentiments?
îs'e cleve/.-voas pas avoir les mêmes dans les églises, en assistant au divin sacrifice qui s'y fait, puisque c'est le même sacrifice qui y est offert? Eussiéz-vous voulu vous joindre à ses ennemis pour lui insulter, ou à ses bourreaux pour le tourmenter? et ne le faites-vous pas par vos immodesties et vos irrévérences, souvent même durant le sacrifice non sanglant, lesquelles renouvellent les opprobres de la passion dont le sacrifice est le mémorial. (Le P. Nepveu, Réflex. chrétiennes.)
[Les pécheurs j doivent venir.] — Quoiqu'il faille entrer dans nos temples avec
pureté, on ne prétend pas pourtant que l'église doive être fermée aux pécheurs : l'église contient plus de mystères et de trésors de grâces que les pécheurs n'ont de malice et de désordres. C'est en ce saint lieu que l'on trouve un asile contre la colère du Seigneur ; ici est contenue la source des grâces vivifiantes, dans les sacrements qui seuls purifient la conscience : ici sont élevés les tribunaux sacrés , où les plus grands pécheurs trouvent la délivrance de leurs crimes et le principe de leur salut; ici sont dressées des chaires chrétiennes, où les- ignorants sont éclairés dans leurs ténèbres, fortifiés contre leurs faiblesses, où les lâches sont ranimés contre la tiédeur, et où les justes sont consolés dans leurs afflictions. Oui, à tous les maux les plus désespérés la religion offre de salutaires remèdes. Aussi, ce n'est qu'aux pécheurs capables d'être touchés que l'église offre le sein de ses grâces ; leur componction toute seule leur donne droit de paraître dans le temple et en présence du Seigneur ; et si, après s'être souillés par le péché, ils ne portent dans les temples les sentiments d'une sincère pénitence, les temples leur deviennent inutiles , et l'on peut dire , en un sens , qu'ils ne sont point pour eux. (Anonyme.)
[Avec quels sentiments il faut êlre dans l'église.] — Lorsqu'un chrétien entre dans une église, il doit sacrifier son corps et son cœur : l'un par la modestie et par une posture humiliée, et l'autre par une sincère contrition de cœur. Il doit s'immoler pour honorer Dieu son souverain, pour le remercier de tous ses bienfaits, pour satisfaire à sa justice, et pour implorer le secours de ses grâces. Qui ne se sacrifie pas de la sorte durant le sacrifice de la messe, auquel il assiste, n'y assiste pas en chrétien. Mais, mon Dieu, qu'il y a donc peu de véritables chrétiens aujourd'hui ! Car diriez-vous que ce jeune homme , qui apporte jusqu'au pied des autels des yeux lascifs, a un esprit de victime ! diriez-vous que cette clame mondaine, qui no vient à l'Eglise que pour faire sacrifier à sa beauté et pour se faire- des victimes, a les sentiments d'une âme chrétienne qui doit s'immoler soimême? (Anonyme.)
Il n'y a personne, si nous avions encore un peu de foi et de religion, qui ne fit ce raisonnement en entrant dans l'église : J'entre dans un lieu où est le même Dieu que les anges adorent dans le ciel el que les rois ont
adoré dans une crèche ; j'entre dans un lieu on la même hostie qui a été acrifîée sur la montagne du Calvaire est immolée sur cet autel ; dans un lieu <»i'i le même sang qui a coulé de la croix coule encore tous les jours-, dans un lieu où le même Espritqui est descendu autrefois visiblement sur les \|h'.(iv.: descend invisiblement sur tous les fidèles : il faut donc queje porte en ce lieu le respect et l'humilité de ces rois; il faut donc que j'y assiste avec la même dévotion que les femmes pieuses assistaient au sacrifice de la croix ; avec la même piété , la même ferveur, que les Apôtres attendaient dans le Cénacle la descente du Saint-Esprit. (Saint-Martin, Carême.)
De (oui l'univers, que Dieu a bâti pour nos usage's, il ne s'est réservé qu'un petit endroit pour sa demeure. Il nous a laissé la mer pour le commerce, la terre pour notre séjour, les villes pour notre société, les campagnes pour nos moissons : il n'a retenu pour lui qu'un petit espace qu'il a consacré à son nom, qu'il a dédié à sa gloire : nous le lui envions, et nous y commettons des profanations afin qu'il en sorte! Nous ne nous contentons pas de remplir la mer de notre avarice, la terre de nos dissolutions, les villes de notre luxe et les campagnes de nos injustices : nous venons commettre tous ces péchés dans sa maison! Repleut es lerram ùuqm'tate, convei'si sunt ad irriiandum me.
On fait toutes choses, dit Dieu parla bouche du prophète Ezéoiiiel, afin (pie j'abandonne mon sanctuaire : Ut procul recedam àsanctuario meo, Car enfin comment voulez-vous que Dieu demeure dans un lieu qui se trouve profané en toute manière ? comment espérez-vous qu'il ouvre ses trésors et qu'il y répande ses grâces? Ne vous étonnez pas si, à l'égard de tant de personnes, il ne s'y fait plus sentir par ses opérations surnaturelles. C'est qu'ils l'ont obligé, par leurs profanations, de se retirer : Ut procul recéda m à sanctuario meo. U mon Sauveur, où pourrez-vous désormais vous retrancher pour vous défendre de nos persécutions ? On vous offense dans la cour des princes, dans les campagnes et dans les villes, s'il y a quelque lieu dans le monde où vous deviez être en sûreté, c'est sans doute dans votre maison. Roi du ciel, que vous êtes maltraité sur la terre ! que vous êtes outragé dans le lieu même qui est destiné pour vous honorer ! Quoi de plus injuste et de plus insolent que de vous attaquer dans votre palais et. dans le siège de votre gloire. Voit-on rien de pareil dans le monde? (De la Volpillière.)
[ Respect pour nos mystères. ] — Le corps et le sang du Rédempteur sur nos autels, et toute la majesté du Dieu vivant que nous venons adorer dans nos temples, ne sulfira-t-ellc jamais pour nous inspirer un culte respectueux? Avons-nous besoin d'une autre religion que de la notre pour nous obliger de rendre à Dieu les honneurs qu'il mérite? et la foi chrétienne ne nous instruit-elle [>a.; assez sur ce point capital de la religion? Notre raison soutire beaucoup quand elle veut ajuster sur cet article notre cont. in. 37
cluite avec notre créance, et rien ne révolte tant l'esprit des infidèles que d'entendre ce*que les chrétiens croient de nos divins mystères, et de voir ce qu'ils font en y assistant. Il n'est point de lieu dans le monde si saint ni si respectable que nos églises; et en est-il beaucoup de plus scandaleusement profanés ? On peut dire que toute la divinité y habite corporellement, parce que Jésus-Christ y fait sa demeure sur la terre; mais sa née y attirc-t-elle beaucoup d'adorateurs? Toute la richesse et la magnificence du temple de l'ancienne loi n'était que la figure de la majesté redoutable des noires. Ce Dieu présent partout par son immensité se rend ici comme sensible, par les bienfaits qu'il y répand et par le culte spécial qu'il exige. De tout zq que. le Calvaire a eu de plus précieux et de plus adorable, rien ne manque sur nos autels. Tout ce que le ciel a de plus saint et de plus sacré se trouve miraculeusement renfermé dans nos temples: trône des miséricordes d'un Dieu, trésor de ses grâces, siège de sa puissance toujours bienfaisante ! oh! qu'une église est digne d'un profond respect! (Le P. Groiset, Réflexions chrétiennes.)
[ Punition des Juifs. ] — Le temple de Jérusalem qui était la merveille du monde par sa beauté, par sa magnificence comme par sa sainteté, qui attirait les hommes des extrémités de la terre pour rendre au Seigneur des adorations et des hommages, et pour lui offrir tous les sacrifices qui se peuvent offrir à la divine majesté; ce temple enfin que la toute-puissance d'un Dieu a soutenu pendant tant de siècles, a été abandonné de Dieu, et sa destruction a été si entière, qu'il n'en reste pas une pierre sur une autre pour en conserver la mémoire. Cet édifice si noble et si considérable, construit et élevé par l'ordre que Dieu en avait donné1 au plus grand et au plus sage de tous les rois, et dont, Seigneur, vous aviez déjà permis la ruine par une providence pleine de justice, et que vous aviez rétatli par un excès de miséricorde, vous l'avez abandonné sans ressource, et sa ruine ne se réparera jamais. Mais ce qui doit être remarqué, ce qui ne doit jamais sortir de notre mémoire, c'est que vous ne l'avez abandonné qu'après y avoir été contraint par le mauvais usage qu'on faisait de cette maison si sainte, par la manière dont on avait traité un lieu qui vous appartenait par une consécration si particulière ; enfin, qu'après y avoir été comme forcé par une profanation publique et scandaleuse, qui tira ces paroles de votre bouche : II est écrit que ma maison est une maison de prière, et vous en avez fait une caverne de voleurs. Hélas ! Seigneur, qu'il y a eu et qu'il y a encore de temples dans votre Eglise, dont le sort ne sera peut-être pas plus heureux ! La plupart de ces temples, Seigneur, où personne ne devrait aller que pour donner des marques de sa piété, de sa religion, de son culte, que pour offrir des vœux et des prières et pour vous rendre des actions de grâces, pour vous parler de ses nécessités e1 de ses besoins, ]>i>nr s'y tenir prosterné à vos pieds dans le sentiment d'une humilité profonde, par un changement qu'on ne
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saurait assez déplorer, devient an rendez-vous où s'assemblenl d qui <>nt des dispositions toutes contraires, donl le cœur esl sions, plein d'intérêts, etc. (L'Abbé de la Trappe.)