‹ La bibliothèque des prédicateursChapitre 56 sur 59 · V. — Les malheureux damnés dans l'enfer, souffriront · texte numérisé non relu

V. — Les malheureux damnés dans l'enfer, souffriront

1°. Des peines immenses dans leur étendue, puisque leurs âmes et leurs corps, leurs puissances et leurs sens, auront leur tourment propre, outre le tourment du feu qui sera répandu partout ;

2°. Des peines cruelles et insupportables dans leur rigueur;

3°. Eternelles dans leur durée.

VI. — L'Ecriture nous apprend trois choses de l'Enfer, qui peuvent faire le partage d'un discours :

1°. Que c'est un lieu où l'on est séparé de Dieu, et privé par conséquent de tout bien: Discedite à me, maledicti !

2°. Un lieu où l'on est enseveli dans un feu qui ne s'éteindra jamais, et qui causera les plus violentes douleurs à l'âme et au corps : In ignem œternum,

3°. Un lieu où les damnés souffriront les cruelles morsures d'un ver rongeur qui sera le remords de leur conscience, de sensibles regrets et les différentes passions qui ne cesseront jamais : Et verniis eorum non moritur.

VII. — i°. L'enfer est un lieu et un état où se trouve l'assemblage de tous les maux.

2°. Nulle consolation et nul soulagement, de quelque côté que ce puisse être.

3°. Nulle espérance d'être jamais délivré des maux rju'on souffre et de sortir de ce triste lieu.

VIII. — L'enfer est un malheur où nous sommes en danger de tomber à tout moment, que nous avons peut-être mérité cent et cent fois, et auquel nous sommes peut-être déjà condamnés par la justice de Dieu. Mais, ce qui est étonnant, c'est de voir combien peu de personnes y font seulement réflexion, comme s'il n'y avait rien à craindre pour eux : Ducunt in bonis dies suos, et in puncto ad inferna descendant. (Job. xxi.)

2°. L'enfer est quelque chose de si épouvantable, que les plus grands pécheurs le craignent, et vivent cependant comme s'il n'y avait point d'enfer.

IX. — 1°. La pensée de l'enfer, selon S. Chrysostôme, fait les impies, parée qu'ils en étouffent la croyance pour s'abandonner à leurs désordres, voyant qu'ils ne peuvent vivre tranquillement quand ils croiront qu'il y a un enfer auquel aboutiront tous leurs plaisirs.

2°. La même pensée de l'enfer, dit ce même Père, fait tous les gens de bien, parce que, pour prévenir ce malheur, ils sacrifient sans peine leurs plaisirs à leur salut.

X. — . Ces paroles de S. Bonaventure peuvent faire le sujet d'un discours :

1°. Acerbitate intolembiles : Elles sont insupportables pour leur rigueur.

2°. JEternitate interminabiles ; Elles sont éternelles et sans fin dans leur durée.

XL — Si l'on veut faire un discours sur la seule peine du dam, qui consiste en la privation du souverain bien, on pourra trouver plusieurs tours à ce sujet, lesquels reviendront au même dessein.

1°. Cette peine ôtera au damné son souverain bien, pour lequel l'âme séparée du corps a de si fortes inclinations.

2°. Bien sur lequel elle avait tant de droits : ce qui lui causera de cuisants regrets de l'avoir perdu par sa faute.

3°. Bien, enfin, avec lequel elle avait tant d'alliance.

XII. — On peut juger de la grandeur de la peine du dam par trois choses :

1°. Par la grandeur infinie du souverain bien que les damnés ont perdu.

2°. Par la grandeur et la violence prodigieuse du désir qu'ils ont de jouir de ce souverain bien.

3°. Par la grandeur des droits qu'ils ont eus à la possession d'un si grand bien, et dont ils sont déchus par leur faute.

XIII. — \°. Les réprouvés ont perdu Dieu, et en le perdant, ils ont tout perdu. C'est une perte universelle et infinie.

2°. Ils ont perdu ce bien infini pour un rien, pour un petit gain temporel ou pour un plaisir d'un moment.

3°. Ils l'ont perdu volontairement; et cependant c'est pour toujours et sans ressource; ils ne le recouvreront jamais.

XIV. — 1". Un damné est une créature rebelle que Dieu haïra éternellement. Jugez, par la haine qu'il lui portera, de la grandeur des supplices qu'il lui fera souffrir.

2°. Le damné haïra réciproquement Dieu, comme l'auteur des tourments qu'il lui fera souffrir; jugez par-là de la fureur et de la rage qu'il concevra contre Dieu, et du désespoir qu'il concevra de voir tous ses efforts inutiles.

XV. — 1°. Le réprouvé s'est éloigné de Dieu par son péché, et Dieu s'éloignera éternellement de lui par ses vengeances.

2°. Il s'est attaché aux créatures par son péché, et les créatures s'attacheront éternellement à lui pour faire son supplice.

XVI. — Sur la peine du se?is, dont plusieurs prédicateurs ont fait un discours séparé. Dieu punira par le feu deux sortes d'abus par deux sortes de peines :

1°. L'abus de leur liberté, dont ils se sont servis pour l'offenser : et Dieu les tiendra captifs dans ce feu, et les y arrêtera par des liens et par des chaînes de feu : Pluet super peccatores laqueos. (Ps. 101.)

2°. Ils ont cherché un plaisir illicite dans les créatures, au mépris du Créateur : et Dieu punira ce plaisir par le plus violent de tous les agents, qui est le feu. Ainsi, la captivité et la douleur seront les deux impressions que le feu fera sur les damnés.

XVII. — Pour juger de la grandeur du tourment que le feu des enfers fera souffrir aux réprouvés :

1°. On peut considérer ce feu en lui-même et dans sa nature : c'est le plus cruel et le plus douloureux de tous les supplices.

2°. On peut le considérer dans la main de Dieu, qni l'élève et qui s'en sert pour punir les réprouvés : car alors Dieu augmente sa force et sa vertu, pour leur faire souffrir une plus violente douleur.

3°. Dans V application sur l'âme et sur le corps d'un malheureux réprouvé, qui souffrira sans relâche et sans diminution, durant toute l'éternité.

XVIII. — Sur l'éternité malheureuse, on peut considérer et montrer trois choses :

La première : Vérité et nécessité de cette éternité malheureuse (contre les infidèles et les hérétiques.)

PARAGRAPHE DKUX1KM i:. 015

La seconde : Su justice : il était juste que Dieu ordonnât des peine éternelles pour punir les crimes en l'autre vie.

La troisième : Ses rigueurs, en faisant voir combien la pensée d'un supplice éternel est, an surcroîl de peine aux damnés.

\1X. — i". Ne point penser à l'enfer, c'est un étrange aveuglement dans un chrétien.

2°. Ne pas faire tous ses efforts pour l'éviter, c'est une extrême, une inexcusable folie.

Les Sources.

[Les SS. Pères.] — S. Augustin, Enchiridium, tâche défaire voir quel supplice c'est d'être exclus du royaume éternel. — Adfratres in rremo, sermon 03 et 68, il parle des tourments horribles de l'enfer. — L. des 50 Hom., homél. 10, et sur le ps. 68 : que les réprouvés condamnés aux peines de l'enfer ne sortiront jamais de ce triste lieu. — m De spiritu et anima, il fait un long discours sur le feu de l'enfer, sur le ver de la conscience, et sur les autres peines des damnés. — Sermon 36 de Sanctis : comment ceux qui sont coupables des mêmes crimes seront liés et tourmentés ensemble. — Sermon 4 de Adventu ad judieium : dénombrement des peines que les damnés souffriront. — xxi Civit. Dei, 9 et 10 : peines qu'ils souffriront dans l'àme et dans le corps. — In ps. 49 : grandeur du supplice d'être éternellement séparé de Dieu.

Le même, Sermon 381 de tempore : combien le feu est un cruel tourment. — Il parie encore des tourments des damnés au liv. xvi Civit. , et au Sermon 227 de (empare.

S. Grégoire, in Matth. 8 « Ejicientur in tenebras exteriores, » fait une affreuse image de l'enfer. — Sur ces paroles de Job, Uùi nullus arda sed sempiternus horror inhabitat : ample discours sur les tourments qu'endurent les malheureux réprouvés. Lib. ix in Job. 37, 38 et 39. — xv Moral. 8, sur ces paroles du mémo Job : Affligetur relictui in tabernaeulo suo. — xxx iv in 4.2 Jobi, ix in 48 et 49 : comment ce feu brûlera sans éclairer.

ÔJO ENFER.

— iv Dialoy., 28, 41 : que le feu matériel de l'enfer agira sur les âmes séparées de leurs corps, et combien cette vérité est certaine. — vi Moral. sur ces paroles de Job, In vastitate et famé ridebis : de quelle manière les damnés souffriront la faim et la soif. — Homél. 40 in Etang, sur ces paroles de S. Luc : Inter nos et vos chaos magnum firmatum est : en quoi consiste cette séparation.

Le même, homél. 38 sur ces paroles de S. Matthieu, Ligatis manions et pedibus ejus mittite eum in tenebras exteriorcs, explique moralement de quelle manière les damnés sont liés, et les peines qu'ils souffrent. — xxxiv Moral, in 15 Jobi : que la peine des damnés sera éternelle, et il réfute l'opinion contraire d'Origène. — vin in c. 8 Jobi, il parle encore de l'éternité des peines. — xv in 11 Jobi : que chaque damné souffrira selon la multitude et la grièveté de ses crimes, id. sur le ch. 39.

S. Jérôme, 1. -18 sur le ch. G5 d'Isaïe, parle du feu de l'Enfer, et rapporte les témoignages de l'Ecriture sur ce sujet. — Expliquant ces paroles de Jérémie, Plorans ploravit in nocte, il montre que, dans l'Enfer, il n'y aura nulle consolation, et quels seront les regrets des réprouvés.

S. Chrysostôme, De Providentiel Dei : que, si Dieu n'eût point menacé les hommes de l'enfer et d'une éternité de peines, il y aurait eu peu de personnes qui eussent travaillé pour mériter le ciel. — Homél. 24 sur S. Matthieu : que le plus grand supplice des damnés, c'est d'être privés de la vue de Dieu. Il y fait aussi une peinture de l'enfer. Sermon 25 sur l'Ep. aux Romains : que ce que l'Evangile dit de l'enfer n'est pas une simple menace, mais des supplices réels et effectifs. — Homél. 10 sur le chap. 5 de la 2e Epître aux Corinth. : combien les peines qu'on souffre dans ce lieu sont terribles, et particulièrement la peine du feu. — Homélies 49 et 50 : il traite le même sujet.

Origène, homél. 8 sur les Nomb)'es : inégalité des peines des damnés.

S. Basile, Orat. in Psalm. 33, fait une peinture effrayante de l'enfer.

— Hoiu. 5 sur le ps. 28 : nature du feu de l'enfer, qui brûle sans éclairer et sans consumer.

Innocent III, De contemptu mundi, 10 : qu'il n'y a ni miséricorde ni espérance pour les damnés.

Eusèbe d'Emesse, Homil. ad monachos ; terrible peinture.

S. Pierre Damien, serm. 60 : peinture aussi.

S. Bernard, Epist. 252, raison de la punition éternelle. — Serm. 16 : sur les Cantiques ; il se représente ce triste lieu, et marque la crainte et l'effroi qu'il en conçoit. — Il en parle* encore pathétiquement au liv. 2 de la Considération.

Hugues de Saint- Victor, n de Anima, fait une description de ce lieu affreux et des tourments qu'on y souffre.

S. Thomas, Contra C entes, iv, 90, montre comment un feu matériel agit sur les aines des damnés.

S. Bonaventure, Opusculorum i, traite amplement de l'enfer.

l'AUAGKAI'HK DEUXIÈME. (HT

S. Bernardin de Sienne, Sermon 22.

Denys-le-Chartreux, De \ Novissimis, h cap. 35, etc. S. Ephrem, tome l01'.

S.Dorothée, Doctr. Ortkod. 12.

[11 n'y a presque point de SS. Pores qui n'aient parlé de l'enfer dans leurs ouvrages ; ceux que nous avons marqués sont les principaux.]

[Livres spirituels et autres.] — Le livre de V /mitât ion de Jésus- Christ, m, 24.

Le P. Louis de Grenade, Guide des Pécheurs, ch. 8. — Traité de la Considération, 5° traité, où il a cinq paragraphes sur ce sujet. — Mémorial^ où il parle encore de ce sujet fort au long.

Le Cardinal Bellarmin, n De g émit u Columbœ ,2. — Traité de VJ-JnfW.

Le Cardinal de Richelieu, dans la Perfection du chrétien.

Drexellius , Considerationes de œternilate. — De Damnatorum rogo. [Ce livre a été traduit en français par le P. Girard, sous le titre de Tableau de la justice divine. J

Gabriel Inchinus, De quatuor novissimis, part. 3.

Besse', outre ses Sermons, a fait un livre particulier sur les quatre fins dernières.

Denys le Chartreux, Spéculum amatorum mundi : étendue de l'éternité.

Sanchez, De regno Dei, 1. 8, c. 5.

P. Petrus Canisius. De Novissimis, 3.

Le P. Caussin, Cour sainte, Maxime 18, du malheur éternel.

Essais de Morale, second traité, chapitre 6.

P. Guillelmus Staniburstus , De quatuor novissimis.

Le P. Antoine de Saint-Martin de la Porte , dans la Conduite de la grâce, 2e partie, traité 3, où il traite de la peine du dam et de ]a peine du sens.

Celada, Commentaire sur Judith, a de belles remarques sur l'enfer.

Le P. Guilleminot, dans la Sagesse chrétienne, ch. 16. où il montre qu'il y a un enfer, quelle est la rigueur des supplices qu'on y souffre , et que ces supplices sont éternels.

Le P. Guilloré, conférence sur l'enfer.

Le P. Croiset, Réflexions chrétiennes.

Lessius, De perfectionibus divinis, livre traduit par Maucorps.

Reynerius de Pisis, Pantheologia, titulo Ignis inferorum.

Le P. Théophile Renaud, Théologie naturelle : comment nn feu matériel peut agir sur les âmes. — Suarez, 3e partie.

[Prédicateurs.] — Molinier, 2e serm. p©ur le 3e jeudi de Carême.

Le P. Lejeune, un sermon sur l'Enfer, et trois sur l'éternité malheureuse.

Le P. Reina, sur l'évangile du mauvais riche.

Le P. PaulSeigneri fait de helles réflexions, sur le même évangile.

Le P. de Lingendes a fait trois sermons sur la même matière.

Joly, dans ses Prônes, 4" discours sur l'enfer. — Dans le premier, il parle des peines de l'enfer en général ; dans le second , de la douleur qu'une àme réprouvée souffre de la privation de Dieu ; dans le troisième, il montre que le feu produit en l'âme et au corps la plus violente de toutes les douleurs.

Biroat , dans son Carême, a aussi trois sermons sur l'enfer. — Le premier, qui est le 3e pour le \eT lundi de Carême, parle de la séparation du souverain hien, ensuite de l'arrêt prononcé contre les réprouvés : Discedite à me, maledicti ; — le second, pour le 3e jeudi de Carême, de l'éternité malheureuse ; — le troisième, pour le 3e vendredi, de la peine du sens causée par le feu.

Le P. Texier, Avent de l'impie malheureux. — Vendredi de la 2e semaine de Carême : tourment que cause le feu à un damné. — Sermon pour le Mardi de la 5e semaine : de l'éternité malheureuse.

Le P. de la Colombière, Sermon 55e. — Réflexions chrétiennes.

Le P. de la Pesse a deux Sermons, l'un sur les peines de l'enfer, et l'autre sur l'éternité de l'enfer.

Le P. d'Orléans : des peines du péché dans l'autre vie.

Bourdaloue, Jeudi de la 2e semaine de Carême.'

Le P. Giroust, Carême : sur la peine que cause le feu.

Dans les Discours Moraux, il en a un sur le même sujet.

Dans les Discours chrétiens, un sur le misérable état des damnés.

La Fontj Entretiens ecclésiastiques , prône pour le 1er dimanche après l'Epiphanie : de la perte de Dieu dans l'enfer ;" — 3e dimanche apr. l'Epiph. : du feu et des autres tourments de l'enfer.

Sermons sur tous les sujets de la morale chrétienne.

Monmorel, 29e dimanche après la Pentecôte.

Fromentières, La Volpillière, n'ont pas oublié ce sujet, et il y a peu de prédicateurs qui n'en parlent.

PARAGRAPHE TKniNIKMK.

I III

Passages, exemples et applications de l'Écriture.

Ignis sttccensus est in furore meo, et ardebit usquè ad inferni novissima. Douter, xxxu, 22.

Congregabo super eos mala, et sagittas tneas complebo in eis. Ibid. 23.

Terni miseriœ et tenebrarum, ubi umbra mortis et nullus ordo, sed sempitermts hot*ror inhabitat. Jobi x, 22.

Luet qua: fecit omnia, nec tamen consumetur ; juxtà multitudinem adinventionum suarum, sic et suslinebit. Jobi xx, 18.

In oculis ejus devorabit eum ignis qui non succenditur. Ibid. 26.

Vadent et renient super eum hombiles.

Jobi xx, 2j.

Mirabiliter me crucias. Id. x, 16.

Omnis dolor irruet super eum. Id.xx,92.

Mviatus es mihi in crudelem, et in dun-

tiâ manûs tuœ adversaris mihi. Jobi xxx, 21.

Habit ignem et vernies in cnrnem eorum, ut urantur et sentiant usquè in sempiter* num. Judith, xvi, 21.

Ducunt in bonis dies suos, et in puncto ad inferna descendunt. Jobi xxi, 13.

Pluel super peccatores laqueos. Ps. 10.

Ignis et sulphur et spiritus proeellarurn, pars calicis eorum. Ibid.

Ad minium calorem transeat ub aquis niviuvi, et usquè ad inferos peccatum iîlius. Jobi xiv, 19.

In (lii-ui perditionis servatur malus, et ad diem furoris ducetur, Jobi xxi, 30.

Sicut ores in inferno positi suni, mors depascet eos. Ps. 48.

Inflammabit in circuitu inimicos suos.

Ps. 90.

Devorabit eos ignis, Ps. 20.

Turbatus sum, et. non sum locutus: annos aiternos in mente habui. lJs. 76.

Ma fureur s'est allumée comme un feu ; elle pénétrera jusqu'au fond des enfers.

Je les accablerai de maux ; je tirerai contre eux toutes mes flèches.

Cette terre de misères et de ténèbres, où habite l'ombre de la mort, où tout est sans ordre et dans une éternelle horreur.

Il souffrira les maux qu'il a faits, et n'en sera point consumé, et l'excès de ses maux égalera celui de ses crimes.

Il sera dévoré par un feu qui ne s'allume point.

Des géants effroyables passeront et repasseront sur lui.

Vous me tourmentez d'une effroyable manière.

Les douleurs l'accableront de toutes parts.

Vous êtes changé et devenu cruel envers moi, et vous employez la dureté de votre main pour me combattre.

Il répandra dans leur chair le feu et les vers, afin qu'ils brûlent et qu'ils se sentent déchirés éternellement.

Ils passent leurs jours dans les plaisirs, et on un moment ils descendent dans le tombeau.

Il pleuvra des lacets sur les pécheurs.

Le feu et le soufre et le vent impétueux des tempêtes sont leur calice et leur partage.

Qu'il passe, des eaux froides de la neige, à une chaleur excessive, et son péché le conduira jusqu'aux enfers.

Le méchant est réservé pour le moment où il doit périr, et Dieu le conduira jusqu'au jour où il doit répandre sur lui «a fureur.

Ils ont été placés dans l'enfer comme des brebis : la mort les dévorera.

(Le feu marchera devant le Seigneur) et embrasera tout autour de lui ses ennemis.

Le feu les dévorera.

J'ai été troublé et je n'ai pu parler: j'ai songé aux jours anciens, et j'ai dans l'esprit les années éternelles.

Calix in manu Domini vini meri, plentis miato. et induirait ex hoc in hoc; verumtamen fœx efus non est exinanita : bibent omnei peccatores terrée, Ps. 74.

Codent super eos carbones. Ps. 139.

Peccalor videbit, et irascetur; dentibtts suis f remet et tabescet, Ps. 111.

Quis novit potestate/n irœ twe, et prœ timoré tuo tram tuam di/tumerare? Ps. 89.

Erunt gementes, et rnemoria illorum peribit. Sap. iv, 19.

Ventent in cogitations peccutorum suorum tin'.idi, et traducent illos ex aduerso iniquitates îpsorum. Ibid. 20.

Pœnitentiam agentes, et prœ angustiâ spiritùs gementes. Sapient. v, 3.

Per quœ peceat quis, per hœc et torquetur. Sapient. xi, 17.

Via peccantium corn pianota lapidibus , et in fine illorum inferi, et tenebrœ et pœnœ. Eccli. xxi, 12.

Sunt spiritus qui ad viadictam creati sunt. Eccli. xxxix, 33.

Ibit homo in domum osternitatis sicœ. Ecole, xii, 5.

Iniquitates vestrœ diviserunt inter vos et Deum vestrum, et peccala vestra absconderunt faciem efus à vobis ne exaudiret.

Isaiae lix, 2.

Potentes potenter tormenta patientur

fortioribus fortior instat cruciatio. Sapient. vi, 7.

In sempiternum ascendet fumus ejus, à generatione in generalionem desolabitur.

Isaiae xxxiv, 10.

Stuppa collecta synagoga peccantium, et consummatio illorum flamma ignis. Eccli.

xxi, 10.

Yermis eorum non morietur, et ignis eorum non exlinguetur. Isaiaa lxvi, 24.

Calcavi eos in furore meo, et conculcari eos in ira meû. Isaiae lxiii, 3.

Congregabuntur in congregatione unius fascis in lacum, et claudentur mines in carcere, et -post multos dies visitabuntur. Id. xxiv, 22.

Flatus Domini sicut torrens sulphuris succendens eam (terrain). Id. xxx, 33.

Nocte et die non exlinguetur ; in sempiternum ascendet fumus ejus. Isahe xxxiv, 10.

Di/atavit infernus animam suam, et aperuit os suum absque ullo termina: et descendent fortes ejus et populus ejus, et sublimes gloriosiqv.e ejus ad eum. Id. v, IL

Le Seigneur tient en sa main une coupe de vin pur, pleine d'amertume, et, quoiqu'il en verse, tantôt à l'un et tantôt à l'autre, la lie n'en est pas encore épuisée ; tous les pécheurs de la terre en boiront.

Des charbons ardents tomberont sur eux.

Le pécheur verra et en sera furieux ; il grincera des dents et séchera de dépit ; mais le désir des pécheurs périra.

Qui peut connaître la grandeur de votre colère et en comprendre toute l'étendue, autant qu'elle est redoutable ?

Ils seront percés de douleur, et leur mémoire périra pour jamais.

Ils paraîtront pleins d'effroi au souvenir de leurs offenses, et leurs iniquités se soulèveront contre eux pour les accuser.

Ils diront en eux-mêmes, étant touchés de regrets et jetant des soupirs dans le serrement de leurs cœurs.

Chacun est tourmenté par là où il a péché.

Le chemin des pécheurs est uni et bien pavé ; mais il conduit ù l'enfer, aux ténèbres et aux supplices.

Il y a des esprits qui ont été créés pour la vengeance.

L'homme s'en ira dans la maison de son éternité.

Ce sont vos iniquités qui ont fait une séparation entre vous et votre Dieu , et ce sont vos péchés qui lui ont fait cacher son visage pour ne vous point écouter.

Les puissants seront puissamment tourmentés, ot on aura plus de compassion pour les petits.

Il sortira de ce feu un tourbillon de fumée pour jamais ; sa désolation subsistera de race en race.

L'assemblée des méchants est comme un amas d'étoupes, et leur fin sera d'être consumés par le feu.

Le ver qui les ronge ne mourra point et le feu qni les brûle ne s'éteindra jamais.

Je les ai foulés dans ma fureur, je les ai foulés aux pieds dans ma colère.

Les ayant ramassés et liés ensemble comme un faisceau de bois, il les jettera dans le lac, où il les tiendra en prison, et il les visitera longtemps après.

Le souffle du Seigneur est comme un torrent de soufre qui l'embrase.

Son feu ne s'éteindra ni jour ni nuit; il en sortira pour jamais un tourbillon de fumée.

L'enfer a étendu ses entrailles, et il a ouvert sa gueule jusqu'à l'infini : et tout ce qu'il y a de puissant, d'illustre et de glorieux dans Israël, avec tout le peuple, y descendra en foule.

Convertentur torrentes ejus in picem, et humus ejus in sulphur. [saiaa xxxtv,9.

Bibent de manu Domini calicem ira ejus. 1.1. n, 17.

Quù poterii habitare de vobïs eum igné dévorante! quis habitavit ex vobis cum ardoribus sempiternis? [sais xxxm, 14.

[asanabilis est dolor (uns : propter multitudinem iniquitatis tuœ ri propter dura peccata tua hœc feci tibi. Jcrem. xxx, lo.

Creaiura tibi Factori deserviens, exardesat in tormentum adversùs injustos. Sapient. xvi, 24.

Quarè factus est dolor meus perpetuus , et plaga mea desperabtlis? Jerem. xv, 18.

Voca nomen ejus Absque miscricordià , quia non addam ultra misereri domui Israël, ■<■:<! oblivione obliviscar eorum. Osese, I, G.

Paleas comburet igni inextinguibili. Malth. m, 12.

Discedi/e à me, maledicti, in ignem œternum qui paratus at diabolo et angeUs ejus, Id. xxv, 41.

Ligatis manibus et pedibus ejus, mittite eum in tenebras exteriores. Matth. xxii, 12.

Timete eum qui potest et animant et corpus perdere in gehennam, Id. x, 28.

Bonum est tibi debilem introire in rilam quant duos manus habentem ire in geliennam, in ignem inextinguibilern , ubi ver mit eorum non moritur, et ignis non extinguitur. Marci ix, 42.

Filii ver/ni ejicientur in tenebras exteriores : HA crit peins et stridor dentium. Matth. VIII, 12.

Ibunt là in supplicium œlernum. Id. xxv,

Mille Lazarum ut intingai exiremum dirjiii sut in aquapi, nt. refrigeret linguam mer/m, quia crucior in hAc flammd. Luc. xvi, 24.

Testetur Mis, ne ci ipsi veriiant in hune locum tormentorum. lbid.

FM , recordare, quia recipisti loua in vitd fuà, et Lazarus similiter main : nunc autem hic consolat&r, tu vert eruciaris. Ibid.

Ornais arbor non f "ariens fractura bonum excidetur et. in ignem mittetur. Luccc m, '.).

Si quis in me non manserif, mittetur foras sicut palmes, etarescet,ei colligent eum et in ignem miftenl, et ardet. Jo'an. xv, 6.

Pœnas dabunt in interitu alternas. Il Thessal. i, 0.

].- torrents d'Edora se changeront en

poix, la poussière s'y changera en soufre,

el rre deviendra une poix brûlante.

Ils boiront, de la main du Seigneur, le

c dire de :-;i Colère.

Oui de vous pourra demeurer dans un feu dévorant? Oui d'entre vous pourra subsister dans des flammes éternelles?

Votre douleur est incurable: c'est à eau c de vos iniquités et. de votre endurcissement dans le péché que je vous ai traités de la sorle.

La créature, soumise à son Créateur, redouble sa force pour tourmenter les méchants.

Pourquoi ma douleur est-elle devenue continuelle ? Pourquoi ma plaie est-elle désespérée ?

Donnez-lui le nom de Sans-miséricorde, parce qu'à l'avenir je ne serai plus touché de miséricorde pour la maison d'Israël : je l'effacerai de ma mémoire pour jamais.

Il brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint point.

Allez maudits loin de moi dans le feu éternel qui a été préparé, pour le démon et pour ses anges.

Jetez-le dehors dans les ténèbres pieds et poings liés.

Craignez celui qui peut précipiter dans l'enfer et l'âme et le'corps.

Il a nus est plus avantageux d'entrer avec un œil dans le royaume de Dieu, qu'avec deux yeux d'être jeté dans l'abîme du feu, où le ver ne meurt poiut et où le feu ne s'éteint point.

Les enfants du royaume seront jetés dehors dans les ténèbres : c'est là que Ton pleurera et que l'on grincera des dents.

Ceux-ci iront dans les supplices éternels.

Envoyez Lazare tremper dans l'eau lo bout de son doigt pour me rafraîchir la langue • car je souffre cruellement dans ce feu.

Que Lazare avertisse mes frères, de peur qu'ils ne viennent aussi eux-mêmes dans ce lieu de tourments.

Mon tils, souvenez-vous que vous avez été comblé de biens pendant votre vie, et que Lazare n'a eu que du mal : maintenant il a de la joie et vous, vous souffrez.

Tout arbre qui ne portera pas de bon fruit, on le coupera, et on le jettera au feu.

Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme le sarment , et il deviendra sec; on le ramassera, on le jettera au feu, cl il brûlera.

Ils encourront, à la mort, la peine éternelle.

!n fl&mmâ ignis dantis vîndictam. Ibid.

Horrendum est incidere in manu Dei viventis. Hehr. x, 31.

Rudentibus inferni detractos (dasmonea) in tartarum tradidit crueiandos. II Pétri, n.

Angeles qui non sërvaverunt suum prineipatum, in judicium magni diei, vinculis œternis sut caligine reservavit. Epist. cath. Juda? 6.

In diebus illis, quœrent humilies mortem, et non invenient eam ; et desirabunt mort,

et fugiet mors ab cis. Apocal. ix, 6.

Hœc est mors secundo., et qui non est inventus in libro vitœ scriptus missus est in

stagnum ignis. Apocal. xk, 14.

Terribitis quœdam expectatio judicii, et ignis œmulatio consumptura est adversarios. Heb. x, 27.

Blasphemneerunt Deu.m celi prœ doloribus et vulneribus suis. Apocal. xvi, 11.

Quantum in deliciis fuit, tantùm date illi tormentum et luclum. Ibid. xvni, 7.

Lacus irœ Dei magnus, stagnum ignis.

Ibid. cap. xiv et xx.

Il viendra au milieu des flammes de ;a vengeance.

C'est une chose horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant.

Il n'a pas épargné les anges qui ont péché : mais, les ayant tirés d'en haut avec des chaînes, il les a jetés dans l'enfer pour y être tourmentés.

Pour les anges qui ne se maintinrent poin t dans le degré d'élévation où ils étaient, il les a réservés pour le jugement du grand jour, liés de chaînes éternelles dans un lieu de ténèbres.

En ce temps-là les hommes chercheront la mort, et ils ne la pourront trouver; ils souhaiteront de mourir, et la mort les fuira.

C'est là la seconde morl, et celui qui ne fut point, trouvé écrit dans le livre de vie fut jeté dans l'étang de feu.

Une attente formidable du jugement et un feu jaloux qui doit consumer les ennemis.

Ils blasphémèrent le Dieu du ciel à cause de leurs douleurs et de leurs plaies.

Multipliez ses douleurs et ses supplices à proportion des délices où il s'est plongé.

C'est un grand lac rempli de la colère de Dieu, et un étang de feu.

EXEMPLES TIRÉS DE L'ANCIEN-TESTAMENT

[Sodome.J — Nous avons, dans l'embrasement de Sodomc et de G-omorrhe, une des images qu'il a plu à Dieu de nous donner des feux de l'enfer, où les damnés seront éternellement tourmentés par le feu et l'horreur de leurs crimes. Tenons nos âmes d'autant plus attentives à ce grand exemple de la justice divine, que le Fils de Dieu nous propose lui-même la surprise de ces villes abominables comme une surprise où seront tous ceux qui ne veilleront pas avec autant de soin qu'il nous a commandé de le faire ; et quelque horreur que nous ayons de ces villes si justement embrasées, n'oublions pas que Jésus-Christ nous a dit que ceux qui ne lui obéiront pas, ni aux pasteurs qu'il nous envoie, seront traités avec plus de rigueur que Sodome et Gomorrhe. Appliquons-nous à leur sujet ce qu'il dit au sujet d'autres personnes sur qui il avait paru quelque jugement terrible? Vous croyez peut-être que les peuples de Sodome et de Gomorrhe sont les plus coupables du monde? Non, mais si nous ne faites pénitence, vous périrez tous comme eux. Ne demeurons pas insensibles à cet effroyable spectacle. Représentons - nous un peuple entier dans les flammes ;

PARAGRAPHE TROISIÈME. K'S.i

ouvrons les yeux pour voir L'un des plus redoutables jugements que Dieu ait jamais exercés visiblement sur les pécheurs, et où il fit voir qu'il avait dans ses trésors non plus Les eaux, comme au déluge, pour purger la terre, mais des feux de soufre pour surprendre Les méchants dans l'en 1er.

| Ténèbres d'Egypte. ] — Le feu de l'enfer, dit l'Ecriture , tient attachés les damnés à un lieu, sans qu'ils puissent ni en sortir ni faire le moindre mouvemenl qui les soulage. De sorte qu'un réprouvé, comme un criminel enchaîné, verra couler des millions et des milliers d'années sans que l'inclination violente qu'il a pour sa liberté puisse le faire changer de place. Nous avons une figure de ceci dans la personne des Egyptiens, qui, par une punition de Dieu, demeurèrent longtemps liés et attachés, dit le Saint-Esprit, par des liens de ténèbres et d'une longue nuit : Vinculis tenebrarum et longw noctis compediti ( Sap. i. ) Mais les damnés seront attachés par des chaînes de feu. Ainsi, quand Dieu suspendrait l'activité du feu, ce serait toujours un étrange supplice à un damné de se voir éternellement prisonnier dans ces flammes, et d'y être attaché sans pouvoir jamais se remuer.

[Regrets d'Esaii.] — Il est rapporté dans la Genèse que, lorsqu'Esaii eut vendu son droit d'aînesse pour un plat de lentilles, il ne se mit nullement en peine de la perte qu'il avait faite par cette vente : Abiit, paroipendens quod primogenita vendidisset. Mais, quand il vit que par-là son frère avait reçu la bénédiction de son père, qui le rendait son maître et son seigneur, et qu'il se vit privé de l'héritage qu'il attendait, il reconnut le tort qu'il avait eu de céder pour si peu de chose un avantage si précieux : Irrugiit clamore magno, et consternatus est. Il en conçut un vif regret, il poussa des cris et des rugissements qui allaient presque au désespoir. Voilà une fidèle image de ce qui arrive aux malheureux réprouvés, qui vendent leur âme au démon, et qui se soucient peu de la perte qu'ils font de Dieu pour des biens fragiles et périssables , pour quelque établissement temporel, pour quelque misérable plaisir. On a beau leur représenter le tort qu'ils se font; ils ne tiennent aucun compte de cette perte : Abiit, parvipendens quod primogenita vendidisset. Mais lorsqu'aprôs la mort ils verront la perte irréparable qu'ils ont faite, ils changeront de sentiment et de langage ; ils sentiront vivement quelle perte c'est que ccllp de Dieu, ce bien infini, dont ils auront de si vives et de si fortes idées, et de l'avoir perdu sans ressource.

[Les Juifs captifs.] — Figurez-vous l'affliction des enfants d'Israël, lorsque, conduits captifs à Babylone, ils suspendirent à des arbres leurs instruments de musique, qu'ils condamnaient à un triste silence, et s'asseyaient sur le bord des fleuves pour y pleurer la perte de leur chère Jérusalem,

qu'ils ne pouvaient oublier. Rappelez dans votre esprit tout ce qui leur arriva depuis, lorsque, après avoir été chassés de leur ville et de leur pays par les empereurs îlomains,il leur fut défendu, par un édit d'Adrien, non-seulement de venir pleurer sur les tombeaux de leurs pères, mais de monter sur les montagnes d'où ils pouvaient découvrir leur patrie et leur ville. Jugez de la grandeur du désespoir des réprouvés, lorsque, assis non plus sur le bord des neuves de Babylonc, mais dans des brasiers ardents, versant non plus des torrents de larmes, mais des fleuves de sang, condamnant leurs instruments de musique non à un silence de quelques années, mais à un silence éternel, ils se ressouviendront, non plus d'une ville de la Judée ni du temple de Jérusalem, mais des merveilles qui leur ont été dites tant de fois de la cité de Dieu : Gloriosa dicta sunt de te, civitas Dei. Ils se souviendront de ce funeste arrêt : Discedite à me maledicti, par lequel ils ont été privés pour une éternité et de Dieu et de toutes ses miséricordes.

[Caïn."] — Dieu fera éternellement, à l'égard des réprouvés, ce qu'il ne fit autrefois que pour un temps à l'égard de Caïn, qui avait péché par une malice délibérée. Il lui prolongea la vie pour prolonger son supplice. 11 lui mit un caractère sur le visage, afin que personne n'attentât à sa vie, et qu'ainsi il fat plus longtemps puni de son péché. 11 désirait la mort comme une grâce ; mais Dieu, pour exercer sa vengeance, ne permettait pas qu'il mourût : Cupidum moriis, ut lueret delictwn, veiuit inori, dit Tertullien. C'est ainsi que la justice de Dieu traitera les réprouvés dans les enfers : i ls mourront et vivront durant toute l'éternité; leur mort sera une mort sans mort, une fin sans fin, ou plutôt, leur fin sera une fin infinie, afin que leur mort soit immortelle dans leurs peines.

[ Les Egypliens. ] — Imaginez-vous, avec moi, quels étaient les sentiments des Egyptiens, lorsqu'ils se souvenaient de ces heureuses années de fertilité, et qu'ils considéraient qu'ils avaient eu non-seulement une occasion favorable de pourvoir à leurs besoins pour l'avenir, mais même de s'enrichir pour toute leur vie. Figurez-vous quel fut leur repentir, et avec quel déplaisir ils se faisaient ce reproche à eux-mêmes: «Malheureux que nous sommes ! avec combien de facilité pouvions-nous, non-seulement remédier ;> la nécessité d'une année, mais nous mettre dans l'abondance pour toujours, et nous ne l'avons pas voulu! » Ces plaintes auraient sans doute été très-justes dans la bouche de ces malheureux; mais il y a aussi peu de proportion entre leur malheur et celui des réprouvés, entre leur aveuglement et celui de la plupart des hommes, qu'il y en a entre l'ombre et la vérité. La faim qu'ils souffrirent ne fut que de sept années ; mais celle de l'enfer sera éternelle ; celle-là trouva un remède, quoiqu'il leur coûtât bien cher; celle-ci n'en aura jamais; on trouva moyen de racheter

celle-là pour de l'argent, mais rien no pourra racheter ni compenser celle-ci : ce châtiment est irrémissible ; cet arrêt est irrévocable.

EXEMPLES DU NOUVEAU-TESTAMENT

[Le mauvais riche] — Nous n'avons dans l'Evangile, que peu d'exemples ou de figures sur ce sujet. L'exemple le mieux marqué, et qui nous instruit même de l'excès des tourments qu'on souffre dans l'enfer et des péchés cjui y conduisent le plus ordinairement, est celui du mauvais riche, que ce soit une simple parabole, ou, comme il y a plus d'apparence, une histoire véritable. L'Evangile dit qu'après une vie délicieuse il mourut et fut enseveli dans l'enfer. Mortuus est clives, et sepultus est in inferno. On peut remarquer deux sépultures bien différentes, que reçut tout à la fois ce riche malheureux : l'une pour son âme, l'autre pour son corps. Comme il avait vécu dans l'opulence, il était comblé d'honneurs sur la terre, et même après sa mort on lui rendit de grands honneurs funèbres : On porta son corps en pompe et en cérémonie; on lui érigea un magnifique mausolée; quelque méchant qu'il eût été, on trouva peut-être des orateurs assez lâches pour faire son éloge, et pour lui attribuer des vertus qu'il n'avait pas. Mais le malheur est que son âme n'eut pas le même sort, et qu'on lui rendit ailleurs une justice exacte et que, sans avoir égard ni à ses richesses ni à sa qualité, on le traita selon le mérite de sa personne. Le corps enseveli honorablement, l'âme devint la proie des démons, et, au lieu .d'être transportée dans le sein d'Abraham comme celle du pauvre Lazare, elle fut précipitée dans un abîme de feux, enveloppée de flammes ardentes, et réduite à n'avoir pendant toute l'éternité que l'enfer pour sa demeure. Les autres circonstances de son supplice sont assez connues, et on les pourra voir par ce que nous en dirons dans le dernier paragraphe.

[Vierges folles.] — La parabole du Sauveur (S. Matthieu xxv) nous apprend qu'après cette vie les réprouvés qui sont exclus du ciel n'ont plus d'espérance d'y entrer jamais. Les vierges sages, préparées pour entrer au palais de l'époux, y furent reçues, au lieu qu'on ferma la porte à celles qui sont appelées folles parce qu'elles n'avaient pas eu soin de mettre de l'huile dans leur lampe, c'est-à-dire qui manquaient de charité, et qui n'avaient pas eu la prévoyance de parer au malheur que leur négligence leur pouvait attirer. Quœparatœ erant intraverunt cum eo ad nuptias, et clausa estjanua. Porte fermée : ô clôture pour jamais ! s'écrie sur ce sujet le savant et pieux Louis de Grenade ! ô porte de tous les biens, qui ne sera T. m. 40

jamais ouverte ! C'est comme si l'évangéliste avait dit plus clairement : la porte est fermée au pardon, à la miséricorde, à l'espérance, à la grâce, aux mérites, et enfin à tous les autres biens qu'on peut espérer; il ne reste plus aux damnés qu'un éternel désespoir.

[la robe nuptiale.] — Nous avons une autre parabole, au cbap. 22 du même S. Matthieu, laquelle nous fait entendre, en la personne de celui qui s'était présenté au festin des noces sans être vêtu de la robe que la bienséance exigeait en pareille cérémonie, de quelle manière seront traités un jour ceux qui se sont rendus indignes d'être admis au festin de la gloire. Le prince qui avait invité à ce festin solennel, voyant cet homme si indécemment vêtu, ordonna aussitôt à ses officiers de le jeter pieds et mains liés dans les ténèbres extérieures. C'était une prison dans Jérusalem, où l'on renfermait les criminels; et, pour marquer par l'allusion à cette prison ténébreuse qu'il entendait l'enfer destiné aux réprouvés, il ajoute qu'il y aura dans ce triste lieu des pleurs et des grincements de dents.

APPLICATIONS DE L'ÉCRITURE

Aspectus cnjstalli horribilis (Ezech. i). — Le prophète Ezéchiel, pour nous dépeindre la colère du Seigneur des armées, qui se prépare à tirer vengeance de ses ennemis, le présente sous la figure d'un miroir de cristal, mais d'un cristal horrible. Que veut dire ce prophète ? N'aurait-il pas mieux rencontré, suivant l'idée des autres prophètes, en assurant que' Dieu se fera voir assis sur un trône de flammes, ou comme un feu dévorant, ou comme un gros nuage tout allumé d'éclairs et éclatant en foudre et en tonnerres? Tout cela, ce semble, eût été plus propre à nous représenter un Dieu en colère. Il y a du mystère dans cette expression. C'est que ce prophète veut signifier par-là que Dieu, en condamnant le pécheur, imprimera au fond de son âme une certaine idée de soi-même qui sera comme un cristal et une lumière terrible, dans laquelle et par laquelle il verra clairement dans toutes les différences des temps et durant toute l'éternité, le grand bien qu'il a perdu en perdant Dieu.

Stillavit super nos maledictio. (Daniel. ix). — Tous les maux passagers dont Dieu nous afflige dans le temps ne sont, pour m'exprimer avec l'Ecriture, que quelques gouttes de ces fléaux que la justice divine laissera déborder dans l'enfer : Stillavit super nos maledictio. Une infirmité habituelle vous fait languir, une maladie vous accable, une douleur aiguë vous perce,

paragraphe: TROISIÈME. 627

vmus déohire ; mais ce ne sont encore là que quelques essais de cea coups redoutables dont Dieu vous menace, et dont il doit v< us frapper i i vous ne prenez soin de le provenir : Stillavif. Un procès von;-; trouble, une perte de biens vous chagrine, un revers, un accident imprévu fou jette dans la plus profonde tristesse, et quelquefois vous désespère ; mais ce ne sont lànéanmoins que quelques étincelles qui s'é< happent, et qui tombent sur vous peu à peu : Stillavit. Ce n'est pus môme propremenl dans sa colère que Dieu nous punit de la sorte ; c'est, au contraire, dans les jours de sa miséricorde. Que sera-ce, selon le terme du prophète, quand il vous châtiera dans sa fureur? Et si une goutte, dit S. Jérôme, fait sur vous de si vives impressions, que sera-ce quand il rompra la digue, et qu'il viendra fondre comme un fleuve grossi de toutes parts ? Si tanta est stilla, quid erid torrens ?

Gustans gustavi paululum mollis, et ecce morior. (I Reg. xiv). — Un damné, au milieu de ses supplices, se souvenant de ses plaisirs passés qui sont la cause des tourments qu'il endure, ne pourra-il pas dire, comme Jonathas condamné à mourir pour avoir goûté imprudemment un peu de miel : Gustans gustavi paululum mellis, et ecce morior ? Ah ! si en prenant ces plaisirs frivoles, je ne m'étais exposé qu'à mourir, j'aurais moins sujet de me plaindre de mon inconsidération : c'est parce que je ne puis mourir, c'est parce que je me suis livré, pour ces courts et minces plaisirs, à des maux qui ne finiront point, que je me plains amèrement, et toujours si inutilement.

Sepultus est in inferno. (Luc. xvi). — L'Evangile, parlant du mauvais riche condamné aux flammes éternelles, dit qu'il fat enseveli dans l'enfer : Sepultus est in inferno. Or, comme un mort enseveli dans la terre en est couvert de toutes parts, ainsi les réprouvés seront ensevelis dans les flammes, c'est-à-dire que de toutes parts ils seront investis : Sepultus est. De là cette expression figurée de l'Ecriture, que les ennemis du Seigneur seront plongés dans un étang de soufre : Pars illorum in stagna ardenti igné et sulphure (Apoc. xxi). En sorte que, de quelque côté qu'ils se tournent, ils trouveront partout le même feu qui les enveloppera. Il y a plus : le feu percera, traversera, pénétrera ces corps dévoués aux plus cruelles douleurs, comme parle S. Bernard ; Corpora doloribus devota. Ils seront dans le feu, et le feu sera dans eux ; de manière que de tous les sens, soit intérieurs soit extérieurs, chacun sera également affligé.

In ignem nattent, et ardet. (Joan. xv). — Le Sauveur du monde parle du tourment du feu, qui brûlera les réprouvés dans les enfers, comme on parle de l'éternité, en terme de présent qui demeure toujours : In ignem mutent, et ardet. On jettera ce mauvais sarment, c'est-à-dire ce pécheur impénitent, dans ce feu : il brûle. Il semble qu'il faudrait dire, « il

brûlera » : point datent : tout est présent dans l'éternité. Demandez à ce mauvais riche, qui lut damné il y a tant de siècles, ce qu'il fait, et il vous répondra : Et ardet. A chaque moment qui s'écoule, à chaque heure qui passe, à chaque jour, à chaque année, à chaque siècle qui roule dans cette éternité, faites la môme question, et on vous fera la même réponse : Et ardet : il brûle sans cesse, il souffre sans aucun repos.

Ibit homo in domwn œternitatis suce. (Eccl. xn). L'enfer sera la maison et la demeure éternelle d'un réprouvé. Combien y a-t-il de siècles que le mauvais riche brûle et gémit dans les enfers ! A-t-il, pour cela, sujet de croire qu'il en sortira un jour? Non : il y est descendu, et ce sera là la maison de son éternité. Y sera-t-il encore cent mille ans, cent millions d'années, cent mille millions de siècles ? Quelle effroyable mesure de temps ! C'est tout dire en un mot : cette demeure est éternelle, on y est relégué et confiné pour jamais, sans aucune espérance d'en pouvoir sortir.

^'on est i>ax ossibus mets à facle peccatorum meorum. (Ps. xxxvn) . — Je n'ai point de repos et je n'en puis avoir, quand je me remets tous mes péchés devant les yeux. C'est un roi dans sa cour qui parle, et qui pouvait prendre mille divertissements pour éloigner cette pensée de ison esprit : et cependant, tout roi qu'il est, il dit qu'il n'a point de repos quand il fait réflexion sur ses péchés passés. Eh ! que sera-ce donc d'une âme damnée quand, durant toute l'éternité, ses péchés lui seront toujours et nécessairement présents ? Ici-bas, nous les oublions facilement, et, quand nous voulons qu'ils ne nous tourmentent plus, nous avons le secret de les mettre derrière notre dos, dit S. Bernard ; mais toute l'occupation d'une âme dans l'enfer sera de se représenter toujours ses crimes. Tu as péché, et tu le vois ; ta disgrâce vient de toi-même, et, quelque confusion et repentir que tu en aies, tout cela te sera inutile.

Mortuus est dues, et sepultus est in inferno. (Luc. xvi). — Quelle fin ! Quel sort ! Ce riche, cet heureux du siècle, cet homme de plaisirs, enivré d«s douceurs de la vie, ce riche est mort ! rien n'a pu l'exempter de ce coup fatal. Mais, enlevé de ce monde, que devient-il? Hélas! son corps, qu'il avait tant iiatté, est en peu de jours converti en pourriture, et cette pourriture en vers, et son âme ensevelie dans les enfers. Quel changement ! quelle différence ! sortir d'une maison somptueusement meublée, du milieu de l'abondance, de la délicatesse, des plaisirs, et tomber dans l'enfer, pour être enseveli avec tout ce qu'il y a de scélérats, dans ces flammes désolantes !

Quis poterit habitare de vobis cum igné dévorante? — Qui de vous pourra demeurer éternellement au milieu de ce feu. Cette femme mondaine, qui

vit dans la mollesse, que la moindre intempérie de l'air alarme, qui porte la délicatesse jusqu'au raffinement ; cette femme pourra-t-elle demeurer dans cesflarames, ety demeurer éternellement 1 Ces libertins, quitrouvent le joug du Seigneur trop pesant et les lois de l'Evangile trop austères, pourrontils s'accommoder dans renier de ces brasiers ardents, de ces tourments excessifs, de cette multitude innombrable de supplices? 0 Dieu, quel horrible spectacle ? Un grand, un heureux du siècle dans l'enfer, confondu avec les démons, entouré, enveloppé, pénétré de ces horribles flammes ! Un savant, un homme d'esprit qui a brillé, qui s'est si fort distingué dans le monde par son mérite, être éternellement l'opprobre et le mépris de tout ce qu'il y a eu d'hommes sur la terre, et outre cela enseveli dans ce gouffre de flammes ! Un ecclésiastique, respectable aux anges mêmes pour son caractère, qui se sera nourri si longtemps du corps adorable du Sauveur, qui aura été le dispensateur de ce sang précieux qui efface les péchés du monde, ce prêtre damné, ce prêtre vomira éternellement mille blasphèmes contre Jésus-Christ !

Timete eum qui potest corpus et animam mittere in gehennam. — Vous aviez bien sujet, Seigneur, de nous dire que l'enfer est le seul mal qu'il y ait à craindre. Car que m'importe que je sois honoré et estimé, que je vive dans l'abondance et dans les délices, si je me damne ? Et que m'importe que je mène une vie obscure et mortifiée, que je sois oublié, haï, persécuté, pourvu que je ne sois pas réprouvé ! Ah ! mon Dieu ! si vous voulez punir mes crimes, vengez-vous, châtiez ce pécheur, cela est juste; mais vengez-vous en cette vie, et ne me condamnez pas au feu éternel. Punissez aussi sévèrement qu'il vous plaira ce rebelle, mais que ce soit dans le temps, et non pas dans l'éternité. Quelque grands, quelque sévères que soient vos châtiments, je bénirai encore la main qui me frappera durant cette vie ; mais ne me punissez pas de cette peine éternelle.

Quid nobis profuit super (fia ? aut divitiarum jactantia quid coniulit nobis ? (Sap. v). — Que me sert à présent, dit un malheureux damné, que me sert à présent d'avoir été riche, puissant, d'avoir vécu dans la splendeur et dans l'éclat, dans l'abondance et dans les plaisirs ? Le terme de cette vie délicieuse est l'enfer, et le fruit de mes joies passées ce sont des feux> des repentirs et des pleurs éternels. 0 grandeurs mortelles ! o plaisirs séduisants ! ô richesses périssables ! comment avez-vous pu avoir des charmes pour un homme qui n'ignorait pas votre poison? Ces biens que j'ai possédés me serviront-ils pour me tirer des mains de cette justice redoutable à laquelle je suis livré ? Ce caractère respectable, cette autorité suprême dont j'ai été revêtu, me serviront-ils pour faire révoquer l'arrêt porté contre moi, ou du moins pour en adoucir la rigueur, en abréger la durée? Ces honneurs quon m'a déférés, ces marques de distinction que j'ai portées, ne m'empécheront-elle? point d'être confondu avec

tout ce qu'il y a d'infâmes et de scélérats ? Que sont devenus ces flatteurs lâches, ces mercenaires amis, qui applaudissaient jusqu'à mes désordres ? Après avoir servi à me conduire dans ces lieux affreux, me serviront-ils du moins quelque jour à m'en faire sortir? Ces voluptés séduisantes, tous ces délicieux divertissements qui ont fait le fond de ma vie, me servirontils pour arrêter ou pour suspendre la vivacité de ce feu qui m'investit et qui me brûle, pour modérer l'ardeur de ces flammes qui ne s'éteindront jamais ou pour en amortir le sentiment? Quid nobis profuit? J'ai laissé un gros héritage à mes successeurs, et je suis réprouvé ! J'ai laissé des enfants opulents et à leur aise, et je brûle! Mes amis se réjouissent encore sur la terre, on y fait des assemblées de plaisirs, et je suis condamné aux supplices éternels ! Je traitais de folie la sainte vigilance de ces âmes fidèles qui ne travaillaient qu'à s'assurer une éternité bienheureuse : hélas ! la mort les a assez justifiées : les voilà dans le ciel, et je brûle dans ces flammes.

Tanquàm oves in inferno positif mors depascet e->s. (Psalm. xlvhi). On les a mis en enfer, et la mort les broutera. Le prophète ne pouvait mieux représenter ce sacrifice terrible qui se doit faire durant toute l'éternité, qu'en représentant les damnés comme des victimes. Mais d'où vient, continue-t-il, qu'au lieu de dire que la mort les dévorera, il dit qu'elle les broutera ? Mors depascet eos. C'est qu'il y a cette différence entre les herbes que l'on arrache pour faire manger aux animaux, et celles qu'on leur fait brouter, que les premières sont détruites et consumées, et que les autres au contraire repoussent et renaissent toujours. Il y a, semblablement, cette différence entre ceux que la mort prive ici de la vie, et ceux que la justice éternelle lui a donnés en proie dans l'autre monde, que ceux-là en sont comme dévorés, parce qu'elle consume et détruit leur corps en le réduisant dans les principes dont il a été tiré, et que ceux-ci éprouveront éternellement ses efforts sans être anéantis. Ce sont de malheureuses victimes auxquelles, pour ainsi dire, elle mettra continuellement le couteau dans la gorge sans les faire mourir, et qu'elle immolera toujours sans les consumer.

Et dixi : periil finis meus. (Thren. m). Les damnés ne se plaindront pas tant de l'assemblage des tourments dont ils seront accablés que de l'éternité de leurs peines. Le sujet de leur plus vive douleur consistera à ne pouvoir cesser de vivre pour cesser de souffrir : Et dixi : Periit finis meus. Perdu pour jamais, il faut que je dure. Feux dévorants, brûlez-moi ; frappez et redoublez vos coups, bourreaux impitoyables ! Justice divine, n'épargnez point votre victime ! Nulle espérance de périr tout-à-fait ! 0 nécessité de vivre, plus insupportable mille fois que la nécessité de subir de si effroyables supplices ! Periit finis meus : ma fin est aussi éloignée de moi que mon soulagement; ma mort est aussi impossible que • mon repos.

PARAOBAPHB Ï80I8IÊMB. <»31

Juge redoutable do mes crimes, tant de siècles qu'il vous plaira de cette prison et de ces peines; mais laissez-moi disparaître enfin de devant vous. Vous auriez pu ne me pas donner l'être : que vous importe que je subsiste •' Permettez qu'un atome s'anéantisse à vos yeux. En vain je souhaite de périr ; en vain cet abîme de feu devrait naturellement m'engloutir : ma vie est aussi certaine que mon enfer : Periit finis meus!

Abscondam faciem meam ab eo. (Douter, xxx). Le malheureux qui tombe

à ce moment dans les enfers ne vous verra jamais, mon souverain Créateur ! C'en est fait : le voilà privé pour toujours de cette beauté infinie qui rendra vos amis éternellement heureux : Abscondam faciem meam ab eo. Le voilà banni à jamais de l'héritage du royaume que vous lui aviez préparé, tandis que vos serviteurs fidèles triompheront dans une gloire ineffable. Ah ! quelle opposition entre un prédestiné et un réprouvé, entre le ciel et l'enfer ! Qui pourrait concevoir le désespoir d'un mondain renfermé dans une prison qui ne s'ouvrira jamais, dans des flammes qui ne s'éteindront jamais, dans des tourments qui ne cesseront jamais ; mais surtout privé pour jamais de la vue de celui qui eût fait son souverain bonheur ?

Plangite super regione desiderabili. (Isaise xxxii). Pleurez et gémissez, malheureux réprouvés, dans la pensée d'être bannis du ciel, votre aimable patrie, où vous n'entrerez jamais, et que vous souhaiterez éternellement. En effet, le damné verra le paradis fermé et il ne laissera pas de le désirer. Patience, qu'on n'ait pas ce qu'on ne désire point ou ce qu'on désire peu ! mais n'avoir jamais ce qu'on désire toujours, et ce qu'on désire toujours ardemment! Que peut penser, que peut dire un réprouvé, qui, du milieu d'une fournaise ardente, soupire sans cesse après le ciel, et sans cesse souffre un enfer? De quelle amertume cette vue du ciel remplit-elle son cœur ! Quel cris ! combien de larmes ne lui coûte pas ce désir du ciel ! Paradis, heureux séjour des saints, je ne vous verrai jamais ! et vous, enfer, séjour malheureux, je vous souffrirai toujours / Aimable compagnie des prédestinés, je ne goûterai jamais vos délices ; et vous démons, et vous malheureux réprouvés, je serai éternellement avec vous dans ce lieu de tourments.

Sagittœ tuœ infixée sunt mihi, et confirmâsti super me manum tuam. (Ps. xxxrn). Ah ! Seigneur ! disait le Roi-Prophète, toutes vos flèches sont entrées si avant dans moi, qu'il n'est pas possible d'en arracher une seule. Vous avez tellement appesanti votre main, que je sens tout son poids. Vous ne la détournerez, vous ne la lèverez jamais, cette main redoutable, et il me semble recevoir chaque instant tous les coups qu'elle me prépare : Confirmâsti saper an: rn/mum tuum ! Percé de vos traits, frappé de votre main, i us ht situation où je serai éternellement.

I iv.

Pensées et Passages des SS. Pères.

In inferno, etsi erit stimulus pœnitudinis, nulla ïamen erit correctio voluntatis, à quitus ità culpabitur iniquitas propria, ut nullatenùs ab Us diligi possit vel desiderari justifia. August. De fide ad Petrum.

Quœ quisque gravia patitur, in comparatione œterni ignis, non tantùm parva sed nulla sunt. Id. Serm. 109 de temp.

Dixit hœc infinita Dei sapientia ; et quœ damnâtes punit est infinita Dei potentia : quod facit miris sed verismodis. August. xn Civit. 10.

Majore timoré minora contemnimus , et majore œternilatis cupiditate omnia temporalia fastidimus. Id. in ps. 63.

Quantum exegerit culpa, tantùm sibi de homine quœdarn flammœ rationalis disciplina vindicabit. August. Homil. 13 ex 50.

Quantum stulta iniquitas suggestif, tantùm sapiens pœna desœviet. Idem.

Nuttius id unquàm justifia legis attendit , ut tantû mord temporis quisque puniatur , quanta -mord temporis undèpunitur admisit. Id. xxi Civit. 2.

Quodlibet scelus non temporis longiludine, sed iniquitatis aut impielatis raagniludine , metiendum, Id. ibid.

Non est in œternitate fuit aut erit, quia et quod fuit jàm non est, et quod erit nondam est, sed quidquid ibi est non nisi est. August. in ps. 91.

Mors depascei eos, quia semper morientur ad vitam, et semper vivent ad mortem. Id. in ps. 48.

Dans l'enfer, quoiqu'on sente la piqûre d'un amer remords, jamais la volonté n'aura un véritable désir de se corriger. Ces mallieureux condamneront leur malice et leurs iniquités, mais sans concevoir aucun amour, aucun désir de la justice.

Tout ce qu'on souffre en ce monde, quelque douloureux et insupportable qu'il puisse être, comparé au feu éternel, nou-seulement est peu de chose, mais doit être compté pour rien.

C'est la sagesse infinie d'un Dieu qui nous révèle l'enfer, et c'est son infinie puissance qui y punit les damnés: ce qu'il fait d'une manière inconcevable mais certaine.

Par la crainte d'un grand malheur, nous méprisons les petits maux de ce monde ; par un ardent désir de l'éternité bien heureuse, nous négligeons les biens temporels.

Dans ce lieu de tourment, le feu, instrument de la justice divine, discerne, par une impression en quelque manière raisonnable, la différence des crimes pour les punir a proportion de leur grièveté.

Autant une insensée et déraisonnable malice a fait commettre de mal, autant une sagesse éclairée le punira avec justice.

Nulle loi, nulle justice n'a réglé la longueur de la peine sur la durée du crime, et n'a voulu qu'un criminel ne fût puni qu'autant de temps qu'il en a employé dans l'action dont il porte la peine.

On ne mesure pas un crime à la longueur du temps qu'on a été à le commettre, mais à la grandeur de la malice ou de l'impiété avec laquelle on l'a commis.

Il n'y a dans l'éternité ni passé ni futur: ce qui a été n'est plus, ce qui est à venir n'est pas encore; mais, dans cette durée infinie, il n'y a que le présent qui existe toujours.

La mort broutera (pour ainsi parler) les malheureux damnés, parce qu'ils mourront sans cesse pour revivre, et ils vivront pour toujours mourir.

Nihii tu regno Dei desideratum quod ?io>i inveniatur, et in inferno nihil invenitur quod desideretur. Augustinus.

l'rimu mors animam nolentem pellii de corpore, secundo, mors animam nolentem tenet in corpore. Id. n Civit. 3.

0 mors, quàm dulcis esses quitus tàm amarn fuistil Te semper des derant qui te semper oderunt ; clamant enim : 0 murs, veni, interfice nos, ù mors, des truc nos. August. De miseriis mundi.

Timens terreo, securos vos facerem si securus fièrent ego : ignem œtemum timeo! August. in ps. 80.

Dolor manebit utaffligat, natura permanebit ut sentiat. Id. xix Civit. 28.

Si anima in pœnis vivit œternis, mors Ma potius œterna dicenda est quàm vita : nulla quippe major et pejor est mois, quàm ubï non morilur mors. Idem.

Separarià Deo, hœc est tarda po;na} quantus ipse est Deus. Augustinus.

Hic ure, lue seca, modo in œiernum parcas.

Vel mortem time,si non times peccatum; non times peccatum : Urne quà perducit peccatum. Id. l Homil. 42.

Ut mors eis adsit ad suppiicium , et desit ad finem, xix Civit. 28,

Nunquàm viventes, nunquàm mortui, sed sine fine morientes. Id. xm Civit. 11.

Ubi mors semper vivit, et finis semper incipit, et defectus deficere nescit. Id. De spiritu et litt. 26.

Ibi duplex ostendiho- gehenna , sciliryl nimii frigoris et intolerabiiis fervoris. Grcgorius 8 in Matth.

Licèt gehenna una sit , non tamen cunctos uità eâdemque qualitate distingua; quia quod lue agit valetudo corporum, hoc illïc exhibet dispar causa, morum. Id. ix Moral.

Ad distrioti judicis justitiam perimet i<i

Tout ce qu'un peut souhaiter se trouve avec abondance dans le royaume de Du i : mais, en enfer, rien de ce qu'on peut souhaiter ne s'y rencontre.

La première mort chasse l'âme du corps, malgré qu'elle en ait; mais la seconde en enter, retient l'âme dans le corps, quelque effort qu'elle lasso pour en sortir.

0 mort, que lu serais agréable aux malheureux damnés, à qui tu lus autrefois si amère ! Ceux-là qui t'ont toujours eue en •horreur soupirent continuellement après toi; ils t'appellent à leur secours: Viens, ô mort, finir nos peines ! ôte-nous cette vie malheureuse, détruis, consume, anéantisnous !

Je vous donne de la crainte en tremblant moi-même ; je vous rassurerais si j'étais moi-même en assurance: je crains le feu éternel !

La douleur demeurera pour tourmenter éternellement les damnés, et la nature subsistera pour ressentir toujours cette insuppor- . table douleur.

Si l'âme vit toujours dans ces tourments éternels, ne doit-on pas plutôt l'appeler une mort qu'une vie, puisqu'il n'y a point de mort plus fâcheuse et plus cruelle que lorsque la mort ne finit point ?

Etre éternellement séparé de Dieu, est un supplice dont la grandeur se doit prendre de la grandeur de Dieu même.

Punissez-moi, mon Dieu, en cette vie, coupez, brûlez, pourvu que vous me fassiez miséricorde dans l'éternité.

Craignez du moins la mort, si vous ne craignez point le péché ; et si vous ne crai. gnez point de pécher, craignez le malheur où le péché conduit.

Les damnés souffrent éternellement, afin que la mort soit toujours présente pour les tourmenter, et ne se trouve jamais pour finir leurs peines.

Tel est l'état des malheureux damnés:

jamais vivants, jamais morts, et cependant mourant toujours.

La mort y est toujours vivante : la fin des souffrances recommence toujours, et la défaillance même ne défaille point.

Là se trouve une double torture: un froid excessif, une chaleur extrême, intolérable.

Quoiqu'il n'y ait dans l'enfer qu'un seul feu, il n'atteint pas pourtant tous les coupabtes par un même degré de chaleur ; ce que fait sur la terre la différente force des agents et des corps qui souffrent, là c'est la différence des péchés qui le fait quant aux supplices.

11 est de l'équité d'un juge que eelui-là

nunquàm careat suppliciis qui nunquàm in hâc vitâ voluitcarere peccato, et nullus detur iniquo terminus ultionis, quia, quamdiù valait, habere notait terminum criminis. Id. ibid.

ldcircù peccantibus œtemam pœnam minatus est Deus, ut eos à peccatorum perpetratkme compesceret. Id. iv Dialog. 41.

Ex igné visibiii ardor et dolor invisibilis trak&iir, ut per ignem corporeum mens ia-

corporea etiam flammà incorporeâ crncielur. Ibid. 29.

Tune edax flamma comburit quos carnàKs detectatio polluit ; tune infinit um inférai barothrum dévorât quos inanis elatio nune exaltât. Id. ix Moral.

Juxtà modum culpœ pœna distinguitur , et

secundùm modum criminis unusquisque damnatus in inférai igné cruciabitur. Id. xx . Moral.

Multi inférai iguem liment, sedego maxime amaram dico privatiouem gloriœ ; nom, qui non novimus magnitudinem cœlestis boni, non possumus intelligere quantum sit mali i/lo privari. Id. Homil. 47 ad popul. Antiocb.

Nec oculus vidit nec auris audivit, nec in cor hominis ascenderunt , quœ prœparavit Deus offeudeutibus te. Id. De réparât.

Pone ferrum, ignem et bestias, et si quid his difficilius ; attamen non timbra sunt, ad i/la tormenia. Id. Hom. 49 ad popul. Antiocb.

Nemo e or uni qui geheanam oh oculos habent in gehenaam incidat; nemo geheanam contemnentinm gehenaam effugiet. Id.

Homil. 2, in I Thessalon. n.

Sapiens ille îgnis membra urit et. refieit, uaâ eâdemque poteniià et cremabil impies et recreabit; quantum absumei à corporibus, tantion reponet ; absumitur ut servet, servat ut cruciet. Minulius Félix Octav.

Sicut ignés /Etaœ montis et Vesuvii, et ardentium ubiquè terrarum , flagrant nec erogantur, ilà pœnale istud iaceadium non damais ardentium pascitur , sed iuexesâ corporum laceratione nutritur. Id.

Absumit ut serve-, serval uc cruciet, dabiiurque miseris cita immortalis et pœna servatpttc. Gassiodorus»

soit toujours puni qui durant sa vie n'a a jamais cessé dépêcher, et que la vengeance n'ait point de bornes à l'égard de celui qui n'en a point mis à ses crimes.

La raison pour laquelle Dieu a menacéles pécheurs d'une peine éternelle, c'a été pour réprimer la liberté qu'ils se donnent de commettre leurs crimes.

On souffre, par le moyen du feu matériel et visible, une ardeur et une douleur invisibles, afin que l'âme, qui est spirituelle, soit aussi tourmenté par une flamme proportionnée à sa nature.

Alors une flamme dévoranlc brûle sans consumer ceux qui se sont souillés d'un plaisir criminel, et l'abîme de l'enfer engloutit ceux qui s'élèvent dan? leur vain orgueil.

Dans ce lieu infortuné, le châtiment se mesure à la qualité de l'offense, et chaque damné sera tourmenté par le feu de l'enfer selon la grandeur etl'énormité de son crime.

Plusieurs craignent le feu de l'enfer, mais j'ose assurer que la privation de la gloire cause infiniment plus de douleur : car, ne connaissant point la grandeur du bien dont on jouit dans le ciel, nous ne pouvons concevoir combien grand est le malheur d'en être privé.

Ni l'œil n'a vu ni l'oreille n'a entendu ni le cœur n'a compris les supplices que vous avez préparés, Seigneur, aux pécheurs qui vous offensent.

Joignez ensemble tout ce que peuvent faire souffrir le fer, le feu , les bêtes farouches, et tout ce quevous imaginerez déplus dur: ce n'est pas même une ombre, comparé aux supplices de l'enfer.

Aucun de ceux qui pensent souvent et sérieusement aux tourments de l'enfer n'y tombera ; mais aucun de ceux qui les méprisent ne les évitera.

Ce feu intelligent brûle un damné et le répare, et par le même pouvoir détruit et reproduit le corps des impics, et autant de parties il en consume, autant il en fait renaître ; il dévore et il conserve tout à la fois, et il conserve afin de tourmenter toujours.

Gomme les feux du Mont Ethna et du Vésuve jettent des flammes et ne s'épuisent point, de même ce feu infernal ne s'entretient pas des corps qu'il brûle, mais se nourrit en les déchirant sans les consu • mer.

Ce feu dévore les corps des malheureux, pour les conserver toujours entiers ; en sorte que leur vie sera immortelle et leur supplice éternel.

l'ARAGRAl'HK QUATRIÈME.

Immortales miseri vivent inter incendia, et inconsumptibiles flammm nydum corpus aUambent. Cyprianus.

In unoigneomnia tormenta sentiant. 1 1 1 < ' ronymus.

lieu! quanta insania est, exiguis et brevi tèmpore duraturis delici)s eeternos émet*

dolovcs ! ld.

Ubi )>nlns ftnem invenii eeternitas, ibi in-

ci/rit. Hilarius.

Jugis ignis habens ex nature 8UÛ /Urinant subministrationem incorruptibiHtatis. Terlull. Apolog.

Non absumii quod exurit, sed dùm erogat réparât : sicut marnent 7>iontes semper ardentes, et qui de cœlo tangitw salvus est, ut nullo jàiu igni deeinerescal ; et hoc erit testimonium ignis œterni, hoc exemplu/n jugis judicii pœnam nutrientis. Id. Ibid.

Ignis inquisitor meritorum. Cassianus.

Interrogabit ossa et medullas, et cogitationes nostras. Euscbius Emissenus.

Vœ qui hœc lugenda in posterum ridenda nunc putant! vœ quibus hœc priùs experienda sunt quàm credenda ! Id.

Dùm sibi nullum spem protnittere poterit (damnatus), jàm etiam in prœsenti sentiet consequentiurn tormenta sœculorum. Id.

Homil. 3 de Epiph.

Fit miseris mors sine morte, finis sine fine, defectus sine defectu, quia mors semper vivit, et finis semper incipit, et defectus deficere nescit. August. De spiritu et anima. (Id. habet Gregorius.)

Non descendit ud inferos sanguis Chrisli, qui effusus est super terram. Bernardus.

Semper punir i potes t quod non pot est ex- , piari. Id.

Totus tremor ad memoriam istius regionis, concussa sunt omnia ossa mea. Id. de S. «Nicolao.

Vigilias tintes et jejunia, sed hœc levia sunt meditanti panas œternas. Id. Epist. 1.

Descendant in vifernum inventes, ne videlicet descendant morientes. Bernardus, de vitâ solitar.

Ces malheureux immortels subsisteront au milieu de cet embrasement» et ces flammes brûleront éternellement le corps

sans le consumer.

Les damnée, dans le seul tourment du feu, souffrent toue les toormentaitnaginables.

Hélas ! quelle folie, pour des plaisirs si

minces et de si peu de durée, de se rendre victime de tourments qui ne finiront jamais.

Là où vous pensez mie l'éternité finit, c'est là qu'elle commence.

Ce feu éternel de sa nature est incorruptible, par une vertu que Dieu lui communique pour tourmenter les damnés.

Ce feu ne consume point ce qu'il brûle, mais il le répare : comme nous voyons les montagnes toujours ardentes, et comme celui qui est frappé du feu de la foudre résiste à l'impression de tout autre feu, qui ne peut le réduire en cendres : ce qui est une image sensible du feu élernel de l'enfer.

C'est un feu qui recherche les péchés pour les pnnir selon leur mérite.

Ce l'eu fouillera jusque dans la moelle des os, il interrogera nos consciences et nos pensées les plus secrètes.

Malheur à ceux qui se moquent maintenant de ce qu'il leur faudra pleurer dans toute la suite des siècles! malheur à ceux qui connaîtront par l'expérience ce qu'ils refusent maintenant de croire !

Le damné n'a aucune espérance de voir finir ses tourments, il souffre à chaque moment le supplice de tous les siècles suivants.

La mort n'est point une mort pour ces malheureux, leur fin est sans fin, et la défaillance sans épuisement, parce que leur mort est toujours vivante, leur fin recommence toujours, et la défaillance ne peut causer d'épuisement.

Le sang de Jésus-Christ, répandu sur la terre, ne descend point jusque dans l'enfer.

On a droit de punir toujours ce qui ne peut être expié par aucune satisfaction.

Je tremble de tout mon corps au souvenir de cette région infortunée, et la frayeur que j'en ai fait que tous mes os en sont froissés.

Vous craignez les veilles et les jeûnes ; mais cela semble peu de chose à celui qui médite sérieusement les peines éternelles.

Que les hommes descendent par la pensée, durant leur vie, dans l'enfer, de crainte qu'ils n'y descendent, effectivement après la mort.

Optimum est nunc sentiri vermem chm suffocari potest. Id. Considérât. 11.

Quid tàm pœnale quàm semper velle quod nunquàm erit, et semper no/le quod nusquàm non erit? la œternum non obtinebit quod vult {damnaius) et quod non vult in œternum nihiîominus sustinebit. Id. v Considérât. 11.

Durante anima durât et memoria , sed qualis! fœda flagitiis, horrenda fucinoribus, vanitate tumida, contempiu hispida et neglecla. Bernard. Ibid.

Priora transierunt, et non transierunt : transierunt à manu, sed non à mente. Quod faction est, factum non esse non potest; proindè et si facere in tempore fuit, sed fe~ cisse in sempiternum mo.net. Id. Ibid.

Horreo vermem mordacem, et mortem vivacem ; horreo incidere in manum mentis vivcntis et vitœ morientis. Id.

Momentaneum quod détectât, œternum quod cruciat. Bernardus.

Il est bon de sentir maintenant le ve pendant qu'on peut l'étouffer.

Qu'y a-t-il de plus intolérable que de vouloir toujours ce qui no sera jamais, et sans cesse ne vouloir pas ce qui sera toujours? Un malheureux damné n'obtiendra jamais ce qu'il souhaite , et sera éternellement contraint de souffrir ce qu'il ne voudra pas !

Tant que l'âme subsistera, le souvenir de ses crimes durera; mais en quel état paraîtra-t-elle ? difforme et hideuse par ses crimes, horrible, enflée de vanité, un objet de mépris.

Les mauvaises actions sont passées et on peut dire qu'elles ne le sont pas ; elles sont passées quant à l'exécution, mais elles sont toujours présentes à l'esprit. Ce qui s'est véritablement fait ne peut pas ne l'avoir pas été : et par conséquent, quoiqu'une mauvaise action ait été faite passagèrement, elle demeure toujours comme ayant été accomplie.

J'ai horreur de ce ver rongeur, de cette mort toujours vivante, de cette vie toujours mourante.

Le plaisir, en cette vie, ne dure qu'un moment, mais la peine qui le suit est éternelle.

[Hoc solatium vasli doloris est, quod necesse est desinas ilium sentire si nimis senseris : nemo enim potest valdè dolere et diù. Seneca, Epist. 78.]

[ C'est la consolation des grands maux, qu'ils doivent de nécessité finir bientôt quand ils sont trop violents ; personne ne peut souffrir beaucoup et longtemps tout à la fois.l

PARAORAriIE CINQUIÈME. 037

Ce que l'on peut tirer de la Théologie.

[Ce que c'est que l'enfer. J — L'enfer est le lieu que la justice a destiné aux anges rebelles et aux hommes qui, après avoir commis un péché mortel, meurent impénitents, et qui, étant l'objet de la haine et do la vengeance de Dieu, seront éternellement dans la compagnie des démons, privés de la vue de Dieu et de toute sorte de bien, et où ils souffriront, sans relâche et sans aucun soulagement, le supplice d'un feu éternel. On peut résumer cette définition en moins de termes, en disant que c'est un lieu, dans le centre de la terre, destiné aux anges rebelles et aux hommes qui meurent en état de péché mortel, où les uns et les autres sont éternellement privés de toute sorte de biens, et souffrent toute sorte de maux.

[Deuv sortes de peines.) — Quoique les peines qui affligent les damnés soient innombrables, elles peuvent se réduire à deux: la peine que les théologiens appellent du dam, et celle qu'ils nomment peine du sens. La peine du dam est de se voir privé pour jamais de la vue de Dieu, qui fait notre souverain bonheur. La peine du sens est celle par laquelle les corps et tous les sens sont éternellement tourmentés. Ces deux peines répondent à deux sortes de maux et de désordres qui accompagnent le péché, dont l'un est le mépris insolent que le pécheur fait du Créateur, et l'autre l'amour déréglé de la créature ; Aversio à Deo eu conversio ad creaturam. C'est de la sorte que tous les théologiens en parlent, après S. Thomas. La peine du dam, qui consiste dans la privation de Dieu, regarde le mépris qu'on a fait de cette souveraine majesté, puisqu'il est raisonnable que ceux qui ont quitté Dieu les premiers le perdent pour jamais et soient bannis de sa présence, La peine du sens regarde le plaisir sensuel que l'on a pris dans la jouissance des créatures: car il est juste que les sens, qui ont mis leur bonheur dans les choses défendues par la loi de Dieu, paient par des peines et des douleurs les délices qu'ils ont goûtées en commettant le péché.

[Peine du dam.] — Comme, des deux dérèglements que comprend le péché, le premier, le mépris de Dieu, est sans comparaison plus grand que le second, il s'ensuit, selon les règles de la justice, que la peine du dam,

qui est la punition de ce dérèglement, est incomparablement plus grande que la peine du sens. Voici ce qu'en dit le cardinal Bellarmin, au chap. 2 du 2e livre, De gemitu columbœ : «La peine du dam consiste à être éloigné de sa fin dernière, à ne voir jamais l'essence divine, à demeurer éternellement banni de sa chère patrie, à ne pouvoir plus prétendre à l'héritage céleste ; en un mot, à être privé de toutes sortes de biens. De manière qu'un réprouvé est éternellement ennemi de Dieu, l'objet de sa haine et de sa plus sévère vengeance: et en cette qualité Dieu l'abandonne tant qu'il peut, et se dépouille, pour ainsi dire, de la possession de cette âme réprouvée. Car, quoique tout appartienne à Dieu et qu'il ne puisse renoncer au domaine souverain qu'il a sur toutes ses créatures, il y a néanmoins de certaines choses qu'il appelle siennes, et qui lui appartiennent par un titre tout particulier. C'est ainsi qu'il appelait autrefois le peuple Juif son peuple, sa part, son héritage, à la distinction de tous les autres peuples de la terre. Or, à l'égard d'une àme damnée, par une renonciation et une abdication toute singulière du droit, de la propriété et du domaine qu'il avait sur elle, il la rebute, la rejette et l'abandonne, et ensuite lui ôte toutes les marques de la possession qu'il en avait prise. Il la dépouille de toutes sortes de dons et de grâces surnaturelles et de tous les titres par lesquels elle avait autrefois appartenu à Dieu : Voea popidum hune: Non popidusmeus.»

Dans la privation de Dieu qui fait la peine du dam, il y a une haine mutuelle et extrême : une haine implacable de Dieu envers le pécheur et du pécheur envers Dieu ; parce que Dieu aura en horreur et en exécration cette créature: Discedite maledicti. Car, comme le propre de l'amour est de joindre et d'unir, c'est aussi l'effet de la haine de diviser et de séparer: Venite, benedicti ; diseedite, maledicti. Et comme être aimé de Dieu est la cause de toutes sortes de biens, de môme être haï de Dieu est la source de tous les malheurs. Comme l'amour de Dieu est la souveraine béatitude, pareillement la haine de Dieu est la souveraine misère : et il n'y a rien qui nous doive donner plus de frayeur que ce divorce éternel et cette inimitié implacable, réciproque et qui durera toujours.

| Nécessité de l'enfer.] — Outre la foi et la parole de Dieu si clairement et si souvent répétée dans les saintes Ecritures, qui nous enseigne qu'il y a un enfer où ceux qui meurent en état de péché souffrent la peine due à leurs crimes, la raison même nous en doit convaincre, puisqu'elle en a convaincu les païens mêmes, dans les ténèbres de l'infidélité, et qu'ils ont été assez éclairés pour reconnaître cette vérité. Ce serait, en effet, faire la providence de Dieu impuissante, et sa justice peu zélée contre l'iniquité qu'il hait nécessairement, de croire qu'il n'ait point établi de supplices en l'autre vie pour ceux qui ont été impies et qui ont violé ses lois en celleci. Comme cette conduite est infiniment raisonnable, et que le contraire ne peut compatir avec une sagesse et une puissance infinies, nous devons

conclure que DlEU n'a pas dû en user autrement, et qu'il est de Sa justice de réparer le tort que les impies ont fait à sa divine Majesté, par leur supplice, dans le lieu qu'elle a destine pour cet efFet.

S. Thomas donne un autre tour à cette raison. 11 dit que rien ne peut s'écarter de la fin générale de la Providence divine, bien qu'un être puisse se soustraire à une fin particulière à laquelle il était destiné. Ainsi, l'homme qui a la liberté pour apanage de sa nature, peut bien s'éloigner de La fin particulière que Dieu a sur lui, qui est son salut et la jouissance du souverain bien ; mais il ne peut s'écarter de la fin dernière et universelle des œuvres de Dieu, qui est sa gloire, pour laquelle il a tout fait : do manière que l'homme qui n'y voudra pas contribuer par les moyens qui le doivent conduire en même temps à son souverain bonheur y contribuera malgré lui, en rendant hommage à sa justice, laquelle éclatera dans le châtiment qu'elle tirera des rebelles et des criminels.

Ce châtiment est très-juste. Le pécheur était tout à Dieu par la création, par la rédemption, et par tous les titres imaginables; mais ce même pécheur s'est soustrait entièrement à l'empire de Dieu; il s'est, pour ainsi dire, dérobé à Dieu pour se donner au monde et à ses plaisirs : il faut absolument et indispensablement que cet ordre violé soit réparé. La miséricorde ne le peut plus réparer; son règne est fini avec le temps; le pécheur n'est plus en état d'attirer cette miséricorde par une sincère pénitence, parce que le temps en est borné à cette vie : ainsi, le pécheur ne pouvant plus être rendu à la bonté et à la miséricorde de Dieu, il faut qu'il soit rendu à sa justice et à sa vengeance.

[Grièveté des peines de l'enfer. J — Tous les docteurs enseignent que les supplices de l'enfer sont, sans comparaison, plus atroces que tous les tourments de cette vie, et je ne puis lire sans frayeur ce que dit S. Augustin, que toutes les peines qu'on peut endurer en ce monde non-seulement ne sont pas considérables, mais ne sont rien, en comparaison du feu éternel, n'y ayant point de proportion entre ces deux genres de maux. D'autres disent que le moindre de ces tourments estplusrude et plus insupportable que tous les plus grands supplices qu'on puisse endurer sur la terre. Les SS. Pères sont dans le même sentiment, et les théologiens, après S. Thomas, enseignent cette même doctrine, qu'on ne peut soupçonner d'exagération puisque les mêmes raisons qui prouvent un enfer, savoir l'intérêt de la gloire de Dieu qu'il faut réparer, et la grièveté du péché qui mérite d'être puni, prouvent aussi évidemment cette grièveté du supplice qui est dû à l'insolence du pécheur.

[ Dieu est juste en tout. ] — C'est une hérésie injurieuse à Dieu, et un blasphème sorti de la bouche de Marcion, au rapport de Tertullien, de dire que Dieu n'est ni estimable ni reconnaissable que par une bonté qui embrasse tout, sans rien laisser à sa justice. Pour réfuter cette erreur, il

suffit de dire, avec le même Tertulli'en, que c'est faire un Dieu déraisonnable, et lui ôter la gloire d'une sage et équitable conduite, que de lui donner une bonté détachée et séparée de l'alliance qu'elle doit avoir avec une sévérité qui le rende terrible aux méchants. Comme la justice est une vertu aussi bien que la miséricorde, l'une doit se trouver en Dieu aussi bien que l'autre, et chacune avoir son propre objet. C'est une chose conforme à la raison, que la peine suive le crime. La seule lumière naturelle dicte cette vérité aux hommes; la politique est appuyée sur ce principe, et ce serait renverser l'ordre de l'univers que de le vouloir détruire ; et, par conséquent, quand il ne s'agirait point de l'intérêt de Dieu et de sa gloire dans le supplice des réprouvés, il faudrait encore que sa justice, pour satisfaire à l'équité et agir conformément au démérite du péché, allumât des feux dans l'enfer pour y punir les coupables. C'est pour cette raison que Salvien dit que le mal exige d'être puni pour être ainsi remis dans l'ordre; et S. Augustin assure que c'est une chose meilleure en soi, et plus souhaitable dans la nature, quand nous ne regarderions que le bien de la nature et l'ordre de l'univers, sans pénétrer dans les desseins et dans les intérêts de Dieu.

Quelque subtilité que nous inventions, de quelque raisonnement que nous nous servions, nous sommes obligés de reconnaître que la haine que Dieu portera éternellement à une créature qu'il trouvera, au sortir de cette vie mortelle, souillée d'un péché qu'elle ne pourra plus expier parla pénitence , sera surtout accompagnée de trois circonstances , ou, si vous voulez, suivie de trois effets si terribles, qu'ils renferment ce que l'on peut dire de plus affreux et de plus désolant de l'enfer. Car , comme Dieu peut tout, et que rien ne peut l'empêcher d'appliquer sa puissance à se venger, par conséquent, le réprouvé lui étant insupportable, il l'éloignera éternellement de sa présence ; en quelque lieu qu'il le réduise, il le persécutera, et lui fera sentir tous les maux dont il est capable ; enfin, il armera l'univers et l'engagera à prendre son parti contre cet infortuné. Voilà les sentiments que la haine inspire ; et quiconque hait à mort un ennemi dont i\ a été outragé sait assez, par son expérience, qu'il agirait de la sorte s'il était le maître absolu, et s'il ne rencontrait aucun obstacle qui s'opposât à ses désirs.

[Le feu.] — Il est constant qu'il y a un feu réel et véritable dans les enfers, feu que S. Thomas appelle corporel , parce que, toutes fois que l'Ecriture parle des peines que souffrent les réprouvés dans ce triste lieu , elle fait toujours mention du feu, toujours elle menace du feu, comme du plus terrible instrument de la justice divine. Dans la sentence que le juge souverain prononcera à la fin clés siècles contre ces malheureux, la peine y est exprimée : Ite, maledicti , in ignem œternum. Et ailleurs: Vbi vernu's eorum non moritur et ignis non extinguitur . D'où il est manifeste que c'est un feu véritable : car, quand on dit quelque chose par métaphore, on ne

PARAGRAPHE CINQUIÈME. f>41

l'exprime pas toujours do même façon : règle que les SS. Pères nous donnent quand il faut entendre l'Ecriture à lalcttrc. Il est, de plus, constant que les âmes, aussi bien que les corps, brûleront éternellement dans ce

feu. D'où vient que la sentence du juge porte: Discedite à me, rnalcdicti, in ignem œternum, qui par al us est diabolo cl Anijclis ejus. Or, si ce feu peut agir sur les démons, qui sont des substances spirituelles, il n'est pas moins évident qu'il agira sur les âmes dégagées du corps et des sens.

S. Augustin et S. Grégoirc-lc-Grand condamnent les docteurs qui ont dit que le supplice des âmes réprouvées consiste seulement dans l'incarcération dans ce feu , dont la présence inséparable les afflige et est un signe de la colère de Dieu. Ils se trompent, disent ces deux pères, des plus éclairés de l'Eglise , et cette opinion ne suffit pas pour exprimer l'action du feu sur ces âmes séparées. Non tantùm videndo, sedexperiendo, torquentur. Ce n'est pas seulement en voyant le feu , mais en sentant son ardeur, qu'elles sont tourmentées, le feu faisant sur elles la même impression que nous sentons quand nous sommes brûlés. Que si vous objectez qu'il faut une proportion entre l'agent et le sujet ; que, le feu étant matériel et l'âme toute spirituelle, il n'y en a point, et, que par conséquent il ne peut y avoir de tourment effectif ni d'action physique entre l'un et l'autre, on répond qu'il n'y a point de proportion entière entre l'âme et le feu, mais une proportion commencée , et pour ainsi dire radicale. L'âme de l'homme est sensitive , et par conséquent elle a en soi le principe du sentiment: par exemple , du toucher, par lequel elle peut ressentir l'ardeur du feu. Et quoique l'âme, séparée du corps, ne puisse naturellement exercer ce sentiment, elle le peut surnaturellement. En effet, il est constant que l'âme, revêtue d'un corps, peut recevoir l'impression du feu , puisque c'est l'âme qui ressent la douleur , et non pas le corps ; comme il paraît quand l'âme est fortement appliquée à la spéculation de quelque objet , on ne voit et on ne sent rien. Ainsi, c'est l'âme qui sent et qui reçoit la douleur, quand les parties du corps sont brûlées , comme c'est l'âme qui voit par les yeux, et qui entend parles oreilles. Or, quoique l'œil et les oreilles soient des organes nécessaires naturellement pour voir et pour entendre, Dieu néanmoins peut suppléer au défaut du corps, et faire que l'âme ressente l'opération du feu.

Pour expliquer ceci plus clairement, avec la théologie il faut dire que Je tourment de l'âme par le feu se fait en deux façons. Premièrement, Dieu y prépare l'âme, en étendant la capacité qu'elle ade souffrir. Secon dément, il élève le feu en augmentant son activité par satoute-puissanee^ et le rendant capable de faire une impression de douleur sur les esprits. Ces deux manières sont admirables, dit S. Augustin mais elles ne laissent pas d'être très-véritables. Mirisscdveris modis. Le feu donc est élevé, par la vertu de Dieu, au-dessus de sa nature, afin que, agissant sur les âmes, il soit leur tourment et leur supplice. C'est ce que le Saint-Esprit veut nous apprendre, lorsqu'il dit que ce feu, en qualité de créature, servant aux T. III. 41

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ordres et aux volontés de son Créateur, s'irrite et s'enflamme puissamment contre ] es pécheurs qu'il doit punir: Creatura eniw, tibi factori deserviens cxardescit in tormentwn adversité insensatos. Si nous sommes bien persuadés de la grandeur de Dieu, dit S. Augustin sur ce sujet, nous sommes obligés de croire que sa volonté est la nature de chaque chose : Tanli quippè Creatorisvolantas cujuscumque rei natura est. Comme donc les créatures ne sont que ce que Dieu a voulu qu'elles fussent, elles ne font aussi eue ce qu'il lui plaît qu'elles fassent, elles n'ont point d'inclination plus propre que de faire tout ce que le Créateur commande. Le feu , contre sa nature, descend et rafraîchit, lorsque son Créateur le luiordonne, et Dieu, quand il lui plaît, l'élève au-dessus de sa nature pour être le supplice des

âmes.

Ce n'est pas le seul effet du feu, de brûler les corps et les âmes des damnés ; il en a un second, qui leur cause un plus cruel supplice, c'est de les tenir renfermés dans ce feu, et de leur ôter la liberté. C'est pourquoi l'Ecriture dit que Dieu fera pleuvoir sur eux des chaînes et des liens de feu; Pluet super peccatores laqueos. Sur quoi il faut remarquer que nous avons deux sortes de libertés; l'une extérieure et l'autre intérieure. L'extérieure, qui est la liberté du mouvement, nous donne le pouvoir d'aller où il nous plaît. La liberté intérieure consiste dans une disposition de notre volonté, de nos pensées et de nos sens, dont nous sommes les maîtres. Or le feu de l'enfer, en qualité de lien, ôte au damné cette double liberté, dont il a autrefois abusé : il arrête ses mouvements, et le tient attaché à un même lien. C'est ce que nous représente le Fils de Dieu dans l'Evangile , lorsqu'il dit: Ligatis manibus et pedibus ejus, mittite eumin tenebras exteriores. — Ces chaînes de feu n'ôtent pas seulement aux damnés la liberté extérieure, mais encore l'intérieure , qui réside dans la volonté, et qui s'étend sur l'entendement et la volonté d'un damné. C'est le sentiment de plusieurs théologiens, que l'un des plus grands supplices de ce feu consiste en ce que Dieu l'élèvera pour être le signe immortel de sa vengeance. Ce feu lui découvrira continuellement un Dieu irrité contre lui et comme dit le cardinal Cajétan, il arrêtera et fixera son esprit à cet obiet par une pensée toujours actuelle, nécessaireet invariable. Il captivera sa volonté en le forçant à détester incessamment son malheur et sa perte éternelle, que ce feu lui représentera vivement: Detinebitur intell ectus ad considerandum, ei voluntas ad detestandum.

[Tourment du feu.] — Les théologiens s'étudient à expliquer comment le feu de l'enfer, qui est matériel, peut agir sur les démons et sur les âmes séparées de leurs corps. Quelques-uns, pour avoir -plus de facilité à expliquer leur sentiment, ont dit que ce feu était métaphorique ou d'une autre espèce que le nôtre, et qu'ainsi il ne fallait pas s'étonner s'il tourmentait l'âme et le corps. Quelques autres l'ont cru semblable au nôtre ; mais ils ont ajouté qu'il ne tourmentait pas par lui-même les âmes des réprouvés,

rARAGRAriIE CINQUIÈME. 6 13

mais seulement qu'il paraîtrait devant leurs yeux coïamo I" témoin upréproohable de leur malice, et que leur supplice consistait à le voir pendant boute l'éternité. Les autres ont dit, qu'il les fait souffrir en ce qu'ils y sont attachés par contrainte, et que la rigueur de ce supplice ne vient que de ce qu'ils y sont retenus par force. Mais c'est trop peu pour des criminels de lèse-Majesté divine, de les faire souffrir seulement dans la perte de leur liberté, ou de les tourmenter par la vue de leur supplice ou par la considération de leurs crimes. Disons plutôt, avec S. Grégoirc-lc-Grand et la plus véritable opinion des théologiens, que l'âme du damné, outre toutes ces peines, endure effectivement ces flammes, qui lui impriment, à proportion, les mêmes douleurs que nous expérimentons quand on nous brûle : Ex igné visibili ardor ac dolor invisibilis traliitur, ut per igwm corporewn mens incorporea etiam incorporeâ jlammâ c.rucielur (iv Dialog. 29.) Dans cette opinion, qui paraît la plus solide et la plus véritable, il s'ensuit : 1°. Que le feu est élevé par une vertu divine à produire clans l'âme une qualité spirituelle qui la fait souffrir, étant impossible d'expliquer autrement l'impression d'une chose matérielle sur une substance spirituelle ; 2°. Que Dieu y prépare l'âme en étendant la capacité qu'elle a de souffrir. Et, pour expliquer l'un et l'autre, les théologiens se servent du mot de puissance obédientielle, qui est active à l'égard du feu, et passive à l'égard de 1 ame souffrante. C'est ce qu'on peut dire déplus raisonnable sur ce sujet.

[Le ver rongeur.] — Il est vrai que S. Augustin dit qu'il n'est pas sans apparence d'entendre par ces mots de ver, dont il est parlé dans l'Evangile, et de serpents dont il est parlé en d'autres endroits, des vers et des serpents véritables qui vivront dans le feu, comme les damnés; et qu'ainsi ce n'est point une méditation tout-à-fait sans fondement que de s'imaginer que, dans cet étang de soufre, il y aura des vers et des serpents, qui feront souffrir aux réprouvés, dans toutes les parties de leurs corps, des douleurs proportionnées à leurs crimes. Mais ce même saint docteur semble approuver davantage qu'on entende par ce ver qui ne meurt point les remords de conscience dont les damnés seront cruellement et éternellement tourmentés.

[Application de l'âme à son supplice.] — C'est une vérité constante, que la douleur que cause le feu n'est pas une simple action du feu sur le corps, c'est l'application de l'âme à ce mouvement. Si elle ne s'y appliquait point du tout, elle ne souffrirait rien, et elle sent davantage à proportion qu'elle s'y applique davantage. Or, il est certain que l'application de l'âme, dans cette vie, est toujours faible, à cause des organes du corps dont elle dépend, qui, étant faibles et délicats, se détruisent par une action trop violente. Mais, dans l'autre vie, les organes du corps étant incorruptibles, l'âme s'appliquera aux objets qui lui causeront de la douleur avec toute l'activité de sa nature.

[Equité de Dieu. Justice de l'enfer.] — Il suffirait, pour convaincre notre raison et pour calmer tous nos doutes touchant l'éternité des peines des damnés, de dire que c'est un article de foi, et que Dieu l'a ainsi ordonné. Sa volonté doit être notre dernière raison. Il est notre souverain; il a droit sur notre éternité aussi bien que sur notre temps, pour disposer de l'un et de l'autre à sa gloire : Lçx non disputât, sed prœcipit. Les lois commandent, mais elles ne disputent pas, et ne rendent pas raison de ce qu'elles ordonnent. Cependant, comme notre esprit se révolte contre cette conduite rigoureuse de Dieu, de punir d'une éternité de supplices un péché qui a été commis en un moment, voici quelques raisons qui font voir combien il était juste que Dieu en usât de la sorte.

La première raison est fondée sur ce principe : — Puisque Dieu voulait faire des lois pour régler les mœurs des hommes, il était nécessaire qu'il établît des peines capables d'arrêter effectivement la liberté à son devoir et de la détourner du péché. Or, il n'y avait point de peines suffisantes pour faire cette impression sur la liberté des hommes, et les empêcher de violer ses commandements, si elles n'avaient été éternelles. En effet, combien sommes-nous peu sensibles à l'éternité d'un bonheur infini qu'il nous promet ! La considération de sa bonté et de ses bienfaits ne fait pas davantage d'impression sur l'esprit de la plus grande partie, puisque sa Croix, ses souffrances et sa mort ne sont pas assez puissantes pour gagner leurs cœurs et pour les attacher entièrement à son service. Il n'y a donc que la crainte d'un supplice éternel ; parce que comme ils ont une âme immortelle, et que tout autre bien qu'un bonheur éternel n'est pas capable de les rendre heureux, tont autre supplice, semblablement, qui n'eût pas été proportionné à la durée infinie de leur être, ne les eût touchés que faiblement, et n'eût pas été capable d'arrêter le cours de leurs désordres.

La seconde raison est prise de S. Thomas, qui enseigne que tout mal irréparable de sa nature est un mal éternel : or, le mal d'un pécheur mort dans son péché est irréparable : il ne faut donc pas s'étonner s'il est éternel. Le grand mal du pécheur, c'est la séparation de Dieu, c'est la destruction de la grâce sanctifiante, qui était le principe de sa vie surnaturelle. Un pécheur s'est séparé volontairement de Dieu ; il a, par un amour déréglé pour soi-même, renoncé à sa béatitude éternelle ; il a, volontairement et par sa malice, détruit la grâce sanctifiante, qui était la racine et le principe de tous les biens surnaturels. Il se trouve maintenant, après sa mort, dans un état où il ne peut plus retourner à Dieu ; il ne peut plus s'avancer vers sa dernière fin; hors de la voie, comme parle la théologie, il n'est plus capable d'une véritable conversion. Par exemple, quiconque se procure la mort volontairement montre qu'il consent pour toujours à être privé de tous les biens de la vie, et il ne peut se plaindre que de soi-même : Factus est malo dignus ceterno qui perimit in se bonum quod possef esse œternum, dit S. Augustin.

Il est de la justice do Dieu d'ordonner des peines proportionnées a La malice du péché et à la dignité de celui qui a été offensé par le mépris,

pour réparer la gloire qui lui a été ôtée. Or, la malice du pécheur a fait un crime infini en lui-même : il faut donc que la peine soit infinie. Mais, l'homme étant fini et limité en lui-même, il ne peut pas souffrir des tourments infinis dans leur rigueur et dans leur violence : il faut donc qu'il souffre des tourments qui soient infinis dans leur durée, et que l'étendue de l'éternité supplée à ce qui manque à leurs violences et à leur vigueur. Il a méprisé l'amour de son Dieu : il faut qu'il supporte éternellement sa haine. Ainsi, quand Dieu ordonne une éternité de peine pour le péché d'un moment, il se sert de la même mesure dont le pécheur s'est servi à son égard. Comme le pécheur a mesuré Dieu par un moment do plaisir, Dieu mesure l'homme par une éternité de peines.

L'homme qui meurt dans le péché est censé vouloir éternellement le commettre, on deux façons. La première, parce qu'il a eu, dit S. Augustin, une volonté éternelle dans le plaisir du péché; il eût souhaité de vivre éternellement pour demeurer dans son crime : il faut aussi que cette éternité de sa volonté dans ses crimes soit punie à proportion par une éternité de supplices ; Ut, quia œternam voluit habere peccati perfruitionem, œternam vindictœ inxseniat severitatem. La seconde façon, c'est parce qu'un homme qui meurt dans son péché, sans l'expier par la pénitence, a cette disposition habituelle et permanente de demeurer éternellement dans son péché s'il demeurait éternellement dans la vie : Qui enim impœnitens moritur, sisemper viveret, semper peccaret. (Epist. xlix). Que s'il meurt dans l'impénitence, il a cette volonté interprétative et tacite de demeurer éternellement dans son péché ; il va au jugement de Dieu avec cette disposition : d'où S. Grégroire conclut qu'il a été de la justice de Dieu que celui qui n'a jamais voulu mettre fin à son péché ne trouve jamais de fin à son supplice, (iv. Dialog. 44).

C'est le sentiment commun de tous les peuples, que les princes qui ont un droit souverain sur leurs sujets peuvent publier les lois qu'ils jugent convenables pour le bien de leur Etat, et en même temps établir des peines pour châtier ceux qui les violeront. Or, dans cet ordre politique, on ne proportionne point la peine à la durée du crime par lequel on viole la loi, mais aux suites pernicieuses et aux dommages qui peuvent venir de l'infraction de la loi. On fait mourir un voleur pour un larcin fait en un tour de main, et un homicide pour un meurtre commis en un moment. Cependant la mort est une espèce d'éternité, puisque la nature n'y a point de remède, et les juges qui le condamnent à mourir n'ont point d'égard s'il ressuscitera un jour. Cela fait voir que la justice humaine s'attribue le pouvoir de punir les particuliers d'une peine éternelle pour la conservation des intérêts du public. Pourquoi donc Dieu, qui, par la nécessité de son être et par tous les droits imaginables, est le monarque souverain de tous les hommes, ne pourrait-il pas publier des lois, et ordonner des

peines éternelles pour obliger ses sujets à les garder? C'est le raisonnement de S. Augustin.

Il n'est rien de mieux fondé sur les droits de la nature, qu'une juste défense pour repousser un injuste agresseur. Quand je mettrais des abîmes entre moi et mon ennemi pour l'empêcher de me nuire et de me faire du mal, qui pourrait trouver à redire, particulièrement, si je l'avertissais de n'être pas si téméraire que de me poursuivre, et qu'il ne pût venir à moi sans se précipiter dans ces abîmes? si, après cela, cet ennemi poussé de rage, se perdait et se précipitait, de quoi s'étonnerait-on ? de sa témérité, ou de ma juste défense ? Or, si un homme mortel peut faire cela pour se mettre à couvert de l'injure qu'on lui veut faire, qu'est-ce que ne peut point faire Dieu pour empêcher les outrages des hommes ?

Pourquoi aller chercher ailleurs les preuves de cette éternité ? le Fils de Dieu qui nous en menace, en est lui-même la preuve. Il s'est fait homme pour effacer nos péchés ; il est monté sur une croix pour nous, et il est mort afin de nous délivrer de ces peines si terribles ; il faut donc dire qu'elles sont éternelles, suivant la pensée de S. Bernard : Si nw<. fuissent hœc ad mortem, et ad mortera sempilemam., nunquùm pro eorum remédia Dei Filins moreretur. Or, si le péché eût été un mal fini, et si l'enfer n'eût eu que des peines limitées pour nous punir, que serait-il besoin qu'un Dieu eût donné jusqu'à la dernière goutte de son sang pour les effacer ?

[ Objection ]. — Sur ce que la théologie enseigne que, Dieu étant infini dans sa grandeur, le pécheur qui l'a grièvement offensé doit être puni d'une peine en quelque manière infinie, et qu'elle ne le peut être que clans sa durée : ce pécheur, pourrait-on dire, ne comprend point cette infinité de Dieu ; sa connaissance est limitée, et son péché répond à sa connaissance. C'est une frivole objection. Un misérable qui insulterait son roi ne serait-il criminel de lèse-majesté qu'autant qu'il aurait une juste idée de la sagesse, de la valeur, et des autres qualités de ce prince? Il outrage son roi : la justice humaine n'en demanderait pas davantage pour le châtier par les supplices les plus rigoureux. Le pécheur offense un Dieu infini en perfections et en grandeur : c'est assez pour mériter un châtiment qui ait quelque proportion avec ce Dieu offensé, et, si son châtiment ne durait toujours, il est visible qu'il n'aurait pas cette proportion, parce qu'il serait fini en lui-même.

i vi.

Endroits choisis des Livres spirituels et des Prédicateurs.

j Lnioii nécessaire avec Die» J. — Les démons n'avaient presque point d'autre alliance avec Dieu que celle de la création ; du moins il ne s'était pas uni à eux : et ainsi il semble qu'il ne les ait éloignés de lui que comme un ouvrier rejette les ouvrages qui se sont gâtés. Mais un chrétien, qui, outre l'alliance de la création, appartient à Dieu par celle de l'incarnation et de la rédemption ; un chrétien, dont Fàme est unie à Jésus-Christ par sa mort, par son sang, par ses sacrements, par ses grâces et par une infinité de bienfaits, ne doit-il pas souffrir avec mille fois plus de douleur qu'un démon, quand tous ces liens viendront à être rompus ? et pouvonsnous seulement penser sans frémir à l'étrange déclaration que Dieu fera aux réprouvés, lorsque, renonçant aux qualités de leur maître, de leur roi, de leur pasteur, il les désavouera pour son peuple ? Xoca nomen eju.s « Non populus meus. »

Ee ce monde nous ne sommes point touchés de l'absence de Dieu, parce que nous ignorons proprement ce que c'est que Dieu, et la dépendance que nous avons de lui. Ce n'est proprement que dans l'autre vie que nous comprendrons la douceur qu'il y a de le posséder. N'avez-vous jamais remarqué que, dans la mort d'un père qui a deux enfants dont l'un est en fort bas âge et l'autre dans un âge fort avancé, il n'y a que celui-ci qui s'afflige ? La raison en est aisée : c'est que cet aîné a connu seul l'avantage qui lui revenait d'un père vivant, et qu'il juge seul du malheur que la mort lui attire. Telle est à peu près l'idée sous laquelle vous pouvez découvrir pourquoi la privation de Dieu, qui ne touche guère les hommes en cette vie, les doit si fort affliger en l'autre. Nous ne sommes ici-bas que des enfants sans raison, qui ne connaissons pas la misère qu'il y a d'être privé de la présence d'un si bon père. Mais, après la mort, une âme réprouvée, connaissant avec moins d'obstacle le bonheur infini qu'il y a de jouir de Dieu, concevra toute la disgrâce qu'il y a de le perdre. Ah ! j'étais né pour posséder un bien si précieux ; j'étais élevé dans cette espérance; j'étais fait pour être bienheureux, en un mot, pour jouir de Dieu : et je perds , p*r ma faute, cet avantage qui in était acquis. (Etsais de sermon*) .

[ Le damné souhaite la mort. J — Desiderabunt mori, et mors fugict ab eis (Àpocal. ix.) — Concevez-vous bien cette cruelle destinée d'un réprouvé? S'il pouvait se dévorer, ou retomber dans le néant, il ne balancerait pas un moment. Quoi! demander sa destruction, s'armer pour cela, vouloir se la procurer, et la regarder comme une faveur qu'il ne peut obtenir? En quel état faut-il être réduit? L'homme, en enfer, perd-il ce penchant naturel qu'il a de se conserver? N'a-t-il plus cette envie d'être immortel et de ne finir jamais? Que n'a-t-il point fait sur la terre dans cette vue, ou plutôt, que n'a-t-il point souffert? N'a-t-il pas préféré à la mort les maladies les plus aiguës, les pertes de biens, les chaînes, les prisons! En venait-il quelquefois à désirer sincèrement de sortir de ce monde, quoique le repentir suivît de près, et qu'il se rétractât aussitôt, on ne laissait pas de juger que ses peines étaient excessives, puisqu'il prenait ce parti. Non, non : le damné a une pareille inclination, et encore plus forte ; il faut que sa rage, que son désespoir soit un supplice aifreux.

Quoiqu'il haïsse Dieu et l'accuse de cruauté à son égard, il ne laisse pas de reconnaître que ce môme Dieu a fait ses efforts pour lui être aimable, par ses bienfaits et mille témoignages de sa bonté. Les idées de ce qui s'est passé durant le cours de sa vie mortelle ne sont pas absolument effacées ; il en reste encore quelques vestiges. Alors, quelque exposé qu'il soit aux coups effroyables de la colère et de la justice divines, il rappelle les démarches amoureuses que Dieu a faites mille et mille fois en sa faveur, la tendresse avec laquelle il a travaillé à gagner son cœur, les instances avec lesquelles il l'a pressé, sollicité, engagé ; la patience avec laquelle il l'a attendu ; les secours puissants qu'il lui a offerts ; les grâces choisies dont il l'a prévenu ; les voix intérieures qu'il a employées pour l'appeler et le détourner de ses égarements. Il se ressouvient que, des années entières, il a repoussé, rejeté, méprisé les grâces et les lumières de ce même Dieu qu'il éprouvait alors plein de bonté et de miséricorde. Il a présents à son esprit les fouets, les clous, la croix, et les autres tourments que le Sauveur a endurés pour son amour ; mais il se souvient en même temps qu'il a abusé de tous ces bienfaits, généraux et particuliers, et que maintenant la source des miséricordes d'un Dieu est entièrement tarie pour lui : et c'est ce qui cause son désespoir. (Anonyme.)

[Haine dans le damné.] — Savez-vous bien, vous qui avez maintenant des attachements criminels, qu'un jour viendra, quand la mort aura rompu ces liens, où régnera une haine mutuelle et irréconciliable entre vous et ceux que vous aurez aimés au préjudice de votre salut, et que vous serez mutuellement les instruments de votre supplice ? Oui, ce fils chéri si tendrement, et pour l'amour duquel vous vous êtes refusé jusqu'aux choses nécessaires, afin de lui laisser une grosse succession; ce fils, dis-je, si passionnément aimé, sera damné à cause de son luxe et de ses débauches; mais, du moment qu'il sera enseveli dans les enfers, il vous maudira, il

vous haïra, il vous détestera comme la cause de son malheur, a Mère inhumaine! s'écriera-t-il, fallait-il que vous mo missiez au monde pour me damner? Ah! sans votre aveugle passion, sans vos caresses pernicieuses, par lesquelles vous tourniez mon esprit ;ï votre gré, j'aurais suivi la voix du Seigneur qui m'appelait à son service, et je serais maintenant dans le ciel! Mère barbare, fallait-il que je fusse votre fils? » Cette seule idée suffira pour l'animer delà plus furieuse haine contre vous. Vous, père, d'un autre côté, vous ressouvenant que ce fils a été l'unique obstacle à votre salut, vous le traiterez comme le plus cruel de vos ennemis. Ce ne seront plus ces termes si doux et si tendres de fils, de père, d'époux et d'ami ; ce seront les injures les plus atroces et les imprécations les plus horribles, parce que vous trouverez en eux la source et le principe des maux que vous endurez. Oui, amant passionné, vous haïrez mortellement cette beauté périssable que vous adoriez, et cette beauté qui ne soupirait que pour vous, qui n'avait un cœur que pour vous aimer, vous haïra à son tour, jusqu'à vouloir que ses supplices augmentent, pourvu qu'elle contribue à vous tourmenter. Dans le fort do vos extravagances, vous ne demandiez au Ciel que d'être unis jusqu'à la mort, et de pouvoir courir la même fortune : vos vœux seront accomplis ; vous vous rejoindrez, même pour toute une éternité; coupables des mêmes crimes, vous serez ensevelis dans les mêmes flammes, et vous vous déchirerez les uns les autres. (Anonyme.)

[Souvenir des grâces perdues.] — Un damné sera tourmenté par le souvenir des grâces passées dont il a abusé, de tant de moyens de salut qu'il a négligés. Vous pouviez, lui reprochera ce ver rongeur de sa conscience, si aisément éviter les maux éternels par une sincère pénitence ! vous en avez eu la pensée, vous en aviez la grâce ; un Dieu vous l'avait procurée au prix de son sang : il ne tenait qu'à vous de vous en servir. Vous ne l'avez pas voulu lorsque vous l'avez pu ; vous le voudrez pendant l'éternité, et vous ne le pourrez pas. Un soupir d'un cœur contrit et humilié, une larme d'une pénitence sincère, pouvait prévenir tous ces maux ; des regrets éternels, des torrents inépuisables de larmes, ne pourront maintenant vous en délivrer. Mes remords et mes cris n'ont pas été capables de vous tourmenter maintenant. Ils criaient alors pour votre salut, et vous ne les écoutiez pas : ils crieront pour votre supplice, et vous les écouterez malgré vous ; mais hélas! sans en profiter. Que ne nous rendons-nous sensibles à ces remords, dit S. Bernard, maintenant qu'ils peuvent nous être utiles, et qu'en même temps que nous les sentons nous pouvons entièrement les étouffer, en leur étant la matière qui les entretient.

Un réprouvé sera tourmenté par le souvenir des péchés passés. Tant que l'âme du damné durera, dit S. Bernard, le souvenir de ses péchés durera ; mais quel honteux, mais quel horrible souvenir ! ses crimes semblent passés, et pourtant ils ne le sont pas; ils ne subsistent plus dans

eux-mêmes, mais ils subsistent encore dans leurs effets; ils ne subsistent plus pour le plaisir, mais ils subsistent encore pour la peine ; et, comme il ne se pourra jamais faire que ces crimes n'aient pas été, il ne se pourra jamais faire, dès-là qu'ils n'ont point été rétractés, qu'ils ne subsistent pour une éternité dans leurs suites. Le réprouvé sera éternellement tourmenté par son péché, parce qu'il se souviendra éternellement qu'il l'a commis, et qu'il ne l'a point effacé par la pénitence.

Un grand, un heureux du siècle, qui était plongé dans les délices, se trouve, en un moment, transporté dans les enfers : quel changement ! Il compare son état présent à son état passé, et c'est ce qui le lui fait mieux sentir : car le souvenir des biens passés rend le sentiment des maux présents plus vif; surtout quand il pense que les plaisirs ont été si légers, et que ses tourments sont si violents ; que ses plaisirs n'ont duré qu'un moment, et que ses maux dureront une éternité. Le plaisir est passé, dira-t-il, et le tourment qu'a produit ce plaisir durera toujours. Hélas! faut-il expier un plaisir d'un moment par un regret et un repentir éternel ?

Cette âme séparée de Dieu sera agitée des mouvements les plus contraires et les plus violents : elle connaîtra Dieu infiniment aimable ; elle voudra et ne pourra l'aimer ; elle sentira qu'il est son souverain bien, et cependant elle ne le pourra posséder. Un mouvement naturel et impétueux la portera vers son souverain bien ; mais le péché qui règne en elle l'arrêtera. Elle désirera de posséder Dieu, parce qu'elle connaîtra que lui seul peut faire son bonheur; mais ce désir, rebuté, se changera en fureur, et la portera à haïr ce qu'elle voudrait et ne peut aimer, et à souhaiter même de détruire cet objet qu'elle voudrait et ne peut posséder. Il est son souverain bien, et comment ne le pas désirer? il est son ennemi et son persécuteur, et comment ne le pas haïr? Comment ne pas souhaiter sa destruction? Désirer ardemment ce qu'on ne possédera jamais, haïr nécessairement ce qu'on désirera toujours, c'est là l'occupation et le supplice des damnés. Ah! quel triste sort! Ne sera-ce point le nôtre? (Le P. Nepveu, Réflexions chrétiennes.)

[Privé de Dieu.] — N'attendez pas de moi que je vous fasse connaître quelle est la rage d'un damné qui a perdu son Dieu pour jamais. Nous serions aussi malheureux que les damnés mêmes, si nous pouvions concevoir ce que c'est que la perte d'un Dieu, puisqu'il n'y a que ceux qui la ressentent et qui l'éprouvent qui la puissent comprendre. Pendant que nous vivons en ce monde, nous ne sentons pas la liaison naturelle qui est entre Dieu et nos âmes ; nous ne sentons pas cette inclination secrète qu'elles ont de s'attacher et de s'unir à Dieu comme à leur principe; nous ne sentons pas, enfin, ces secrets mouvements qui les portent sans cesse à Dieu comme à leur centre. Le poids de nos corps attire nos âmes vers la terre, et les mouvements grossiers du corps empêchent que nous ne sen-

tions ceux de l'âme : mais il n'en est pas de même dans l'enfer : l'âme n'y dépend plus des organes du corps ; elle n'est plus arrêtée par les obstacles grossiers des sens ; et c'est alors que, sentant toute cette forte inclination qu'elle a de s'unir à son Dieu et à son Créateur, elle ne peut subsister séparée de lui. Elle s'élance à tous moments pour se rejoindre à lui; mais Dieu, de son côté, la rebute et la repousse sans cesse ; elle ne peut vivre sans lui, et Dieu la fait pourtant vivre éternellement sans lui ; elle ira sans cesse à Dieu, et Dieu n'ira jamais à elle.

J'entends un de ces malheureux qui fait continuellement retentir ces cachots affreux de ces paroles du prophète, qui font sa rage et son désespoir : Si ascendero in cœlum, tu illic es; si descendero in infernum, ades : Si je lève les yeux vers le ciel, vous y êtes un Dieu de bonté, et je n'y suis pas ! si je regarde dans l'enfer, vous y êtes un Dieu de justice, et j'y suis! Si je regarde vers le ciel, vous y êtes un Dieu de bonheur, un Dieu de délices, un Dieu de récompense, et je n'y serai jamais : Si je regarde dans l'enfer, vous y êtes, hélas ! un Dieu de terreur, un Dieu de colère, un Dieu de vengeance, et j'y serai toujours! Il y a un Dieu dans le ciel d'une bonté éternelle, et je l'ai perdu pour jamais. Il y a un Dieu dans l'enfer d'une éternelle vengeance, et je l'ai trouvé pour jamais. Voilà les deux choses qui désespéreront les damnés dans les enfers. Ils ont perdu Dieu, et ils l'ont trouvé; ils ont perdu un Dieu de miséricorde, ils ont trouvé un Dieu de justice.

Ce qui augmente le désespoir et la rage des damnés dans la perte qu'ils font de Dieu, c'est la cruelle réflexion qu'ils l'ont perdu par leur faute. Quelque malheureux que l'on soit, quand on n'en a donné aucun sujet, on est plus heureux qu'on ne pense; mais, quand on est malheureux, et qu'on l'est par sa faute, j'avoue que c'est le comble du désespoir, et c'est ce qui rend le malheur d'un damné insupportable. Il voit sans cesse tous ses crimes, qui n'ont que trop mérité l'enfer, et il n'aura jamais la consolation de pouvoir dire qu'il souffre injustement. Les damnés ont perdu Dieu, ils l'ont perdu par leur faute; mais voici le e omble de leur désespoir : ils ont perdu Dieu pour des choses de néant; ils ont perdu une infinité de véritables biens pour un misérable moment de faux plaisir. Ecoutez, de grâce, comment parlent les réprouvés de l'enfer : Quidnobis profuit superbia, et divitiarum j autant ia quid contulit nobis? ( Sap v. ) Que ditesvous malheureux ? vous demandez à quoi vous ont servi vos richesses : Eh ! ne vous ont-elles pas servi à vous faire honorer, et à vous rendre heureux sur la terre? Transierunt omnia Ma tanquàmumbra. (Ibid.) Hélas ! tout cela n'a duré qu'un moment, et pour ce moment j'ai perdu mon Dieu! Quelle rage ! quel désespoir ! perdre un Dieu de bonté est sans doute le plus grand de tous les malheurs ; mais trouver un Dieu vengeur, c'est le comble du désespoir. (Essais de Sermons.)

[Regret du ciel.] — Dieu imprime dans l'esprit des damné? une grande idée

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des beautés du ciel, de la gloire des bienheureux, du bonheur de sa jouissance, pour leur faire ressentir plus vivement la perte qu'ils ont faite de tant de riches avantages. Ce n'est que pour les confondre, et non pour les consoler, qu'il leur donne ces connaissances, et pour exciter en eux de plus vifs et de plus cuisants regrets de se voir exclus, par leur faute, des biens du ciel, et rejecés éternellement de devant la face de Dieu. Voilà le grand sujet de leur rage, de voir que le bien souverain n'est point un bien à leur égard ; devoir que ce bien Souverain n'a pour eux que des rigueurs, et ne leur fera jamais aucune faveur; de voir que toutes les perfections divines s'intéressent pour venger Dieu de leurs outrages, et pour redoubler la violence de leurs tourments. Libertin, qui te moques à présent de tous les efforts que font les prédicateurs pour te donner quelque idée de la grandeur de cette perte, tu verras alors, par une funeste expérience, que tout ce qu'ils en ont dit n'approche point de ce qui en est. Tu dessécheras de dépit, de voir que ce Dieu qui te traite si rudement est celui-là même qui n'a eu pour toi que des entrailles de miséricorde pendant ta vie ; ce divin Rédempteur, qui, après avoir versé son sang et donné sa vie pour ton salut, n'a plus que des arrêts en sa bouche et que des foudres en ses mains pour te rejeter de sa présence. Tu frémiras de rage de voir que, n'ayant eu toute ta vie que du dédain, du dégoût et du mépris pour cette beauté souveraine, tu ressentiras des ardeurs extrêmes mais infructueuses pour elle, et qui ne serviront qu'à redoubler le ressentiment de la perte que tu as faite ; et ce qui augmentera ton regret est de voir que c'est pour des choses de rien que tu as fait, et pour toujours, une telle perte. (La Font. Entretiens ecclésiastiques.)

[Privation de Dieu.] — Soit qu'on regarde cette séparation de Dieu comme une séparation violente de deux choses qui de leur nature doivent être infiniment unies, soit qu'on la considère comme un divorce de deux personnes qui se doivent mutuellement appartenir, soit enfin qu'on se la représente comme une aversion irréconciliable de deux êtres qui se doivent réciproquement aimer : combien sera-t-il éternellement fâcheux à un chrétien damné d'avoir perdu son Dieu ! Vide quàm amarum est dereliquisse Dominwn Deum tnum ( Jer. n. ) Que sera-ce de la violence d'une âme, qui, se portant vers lui avec d'autant plus d'impétuosité qu'elle saura l'avantage qu'il y a de lui être unie, se verra séparée et arrachée d'un si grand bien ? Qui dit séparation dit douleur ; et vous savez que, plus l'inclination est forte, plus la séparation est douloureuse et cruelle : or, quelle inclination plus puissante que celle d'une âme pour son Dieu ? Non-seulement elle se porte à lui de toutes ses forces comme à sa fin ; mais Dieu, en cette qualité, l'attire encore à soi, et redouble par conséquent la violence du mouvement par lequel elle tend vers lui.

Savez-vous, dit S. Augustin, ce que c'est que la privation qu'un réprouvé souffre de Dieu? Exkeredatio, divorlhon, dissolutio. Un enfant déshérité,

une épouse répudiée, un memble disloqué et arraché: voilà proprement oe que c'est qu'un damné. Dieu était le père de ôet homme, le ciel était son héritage, et il a mérité par Ba désobéissance de déchoir d'une si riche possession; Dieu était L'époux de cette unie, et ses infidélités obligent Dieu de la répudier comme une infâme, et de lui faire perdre une si douce alliance. Mais ce qui rendra cette privation de Dieu plus insupportable, c'est que l'aversion réciproque de Dieu et du pécheur y est nécessairement enfermée. Dieu haïra éternellement le pécheur, parce qu'il ne trouvera plus rien en lui digne de son amour ; Dieu aura de l'aversion pour l'âme réprouvée, il la détestera de toute sa force et de tout son pouvoir, et, pour tout dire en un mot, il la haïra par une nécessité de son être, qui le rend naturellement et immuablement ennemi du péché. (Fromentières. Sermons sur ce sujet. )

[Tourments ineffables]. — On a vu, il est vrai, des instruments barbares et des machines effroyables pour faire souffrir des hommes ; on a vu des roues, on a vu des brasiers horribles, on a vu des huiles bouillantes : mais tout cela n'approche pas des peines de l'enfer. On a entendu parler d'une infinité de supplices, dont la seule pensée fait horreur ; on a entendu parler de ces maladies cruelles qu'on appelle plutôt des morts et des rages continuelles que des maladies : mais tout cela n'est rien, si on le compare avec les tourments d'un damné. On sait encore que l'esprit de ces premiers tyrans a été fécond à inventer des tourments dont la seule imagination est un supplice ; mais enfin, quelque grandes, quelque étranges que fussent ces peines, elles n'étaient que les ombres des tourments de l'enfer. Si je demande aux prophètes ce que c'est que l'enfer, ils me diront à la vérité des choses effroyables ; mais elles n'approcheront point de la rigueur de ces peines? Les uns me répondront que l'enfer est une mer de feu, où l'on voit des vagues brûlantes, des flammes qui s'élèvent en forme de montagnes, et qui font d'horribles tempêtes de feu qui ne peuvent jamais être calmées : Excandescet in illos aqua maris. (Sap. v). Les autres nous diront que l'enfer est un pays d'éternelles misères, un pays de mort, un pays de ténèbres', un pays d'horreur: Terram miseriœ et tenebrarwn, ubi timbra mortis et nul lu s ordo sed sempiternus horror inhabitat (Job. x) ; un lieu où le Seigneur fait naître des sources inépuisables de bitume et de soufre : Convertentur torrentes ejus'in picem, et humus ejus in sulphur. (Is. xxxiv). Au lieu de pluie et de rosée, il fait tomber des charbons ardents sur la tête des damnés : Codent super eos carbones. Là, les pécheurs sont attachés au milieu de cette mer brûlante, avec des liens et des chaînes de feu, sans pouvoir jamais se délivrer : Pfuet super peccatores laqueos ignis. Là, il n'y a ni paix ni tranquillité ; un esprit de tempête et d'orage agite perpétuellement ces malheureuses victimes : Spiritus procellarum pars calicis eorum. L'amitié et la compassion ne régnent point en ces lieux ; on n'y entend que des cris,

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des gémissements et des hurlements effroyables : Ibi erit fletus et stridor dentium. Ah ! Chrétiens, que c'est une chose effroyable de tomber entre les mains d'un Dieu de vengeance ! Grandeurs du monde, vanités du monde, plaisirs du monde, est-ce donc là le terme où vous aboutissez ? (Essais de Sermons).

[La nalure soulevée contre le damné]. — Il me semble, et je ne parle qu'après l'Ecriture et les saints, que toutes les créatures se présentent à Dieu pour le venger des pécheurs. La terre voudrait les engloutir, la mer les ensevelir dans les abîmes, l'air les étouffer, les bêtes sauvages les déchirer. Il me semble leur entendre dire : « Vis, imus? » Le voulez-vous? Mais il me semble, en même temps, que le feu, par une espèce de jalousie, veut avoir le dessus et leur être préféré. « Tout ce qu'il y a hors de moi, dit-il, ne les punirait pas assez. Abandonnez-les, Seigneur, à toute la violence de mon action ; je veux avoir la gloire de vous venger : faites que je serve d'instrument à l'exécution de votre justice : Ignis œmulatio. » Aussi Dieu l'emploie-t-il à l'égard des damnés ; et je vous avoue que la violence et l'activité de ce feu est incompréhensible, et que nous ne pouvons jamais rien dire qui fasse connaître ce qu'il est, et la douloureuse impression qu'il fait sur une âme. Il est corporel, et il ne peut agir de lui-même sur une substance spirituelle, dit Albert-le-Grand ; mais il est soumis à Dieu, ajoute-t-il, et, en cette qualité, il peut être élevé audessus de sa nature pour produire des effets extraordinaires, et se conformer aux desseins de la première cause qui l'applique.

Si un homme qui voit préparer la scie, les rasoirs et les autres instruments destinés à lui couper un bras ou une jambe tremble et est à demi mort, si pendant l'opération il jette des cris qui feraient fendre les rochers, que sera-ce, hélas ! quand il souffrira le plus violent de tous les maux, que toute la colère de Dieu se déchargera sur lui ; quand il le touchera, non pas du bout du doigt, mais de tout son bras et de toute sa force ? que sera-ce quand un feu dévorant pénétrera dans toutes les facultés de son âme et dans toutes les parties de son corps, de telle sorte qu'il n'y aura ni veine ni artère, ni muscle ni nerf, qui n'en soit pénétré ! Quelle douleur ! quels cris ! quels hurlements et quels grincements de dents ! (Joly, Prône).

[Tourments épouvantables.] — Quand nous n'aurions point d'autre supplice à souffrir qu'une éternelle prison, cela seul ne serait-il pas capable d'arrêter nos désordres, et de réprimer la liberté que nous prenons d'offenser un Dieu qui nous tiendra éternellement dans ce lieu affreux sans en pouvoir jamais sortir? Car quel est l'insensé qui voudrait prendre le plaisir d'un bal, ou de quelque autre agréable spectacle, pendant deux ou trois heures, s'il était assuré qu'à la sortie il serait renfermé toute sa vie dans l'obscurité d'un cachot ? Voudrait-il acheter un plaisir si léger par la perte de sa

liberté? Hélas 1 puisque voué aimet tant cette, liberté, puisqu'elle vous est si chère, comment est-ce que, pourun plaisir passager, pour un divertissement où vous vous exposez à l'occasion de pécher, vous voulez vous engager dans cette effroyable captivité, et y être retenu par des liens et des chaînes de feu ? Pluet super peccatores laqueos.

Dans l'enfer, dit S. Augustin, le feu paraîtra doué de sagesse : Quart' (in// exegerit culpa, tantùm sibi de homine queedam flammœ, rationalis disciplina vindicabit. Celte flamme raisonnable distinguera un meurtre d'avec un parricide, un adultère d'avec un inceste, un menteur d'avec un médisant. Il saura comment il faut brûler et tourmenter chaque pécheur ; il ménagera son ardeur selon les ordres de la justice de Dieu ; il fera autant de miracles qu'il fera de différentes impressions. Si le pécheur, dit le même saint docteur, a montré sa folie en péchant, ce feu fera paraître sa sagesse en le châtiant : Quantum, stulta iniquitas suggessif, tantùm sapiens pœna desœviet. Je ne m'étonne donc pas si Cassien l'appelle Ignem inquisitorem meritorum, le lieutenant et le commissaire député pour informer des crimes des pécheurs, et les punir chacun selon leur malice et leur grièveté. (Le P. Texier, Carême).

[Même sujet.] — Hélas ! qu'il y a de différence entre les tourments de ce monde et ceux de l'enfer ! Ceux-là ne sont pas universels, et ne tourmentent pas tout l'homme ; son âme ne souffre que par l'union qu'elle a avec le corps, et un des membres n'endure la peine de l'autre que par la sympathie qui s'y rencontre ; mais le feu, dans l'enfer, fait souffrir toutes les puissances de l'âme et toutes les parties du corps. Les tourments que nous souffrons sur la terre passent en un moment ; la mort, qui prescrit des bornes à la vie, leur en prescrit aussi : mais, dans l'enfer, ils n'auront aucune fin ; la mort n'y aura point de pouvoir, et leurs corps immortels deviendront la matière de l'immortalité de ce feu. Enfin, dans ce monde nous trouvons toujours quelque consolation ou quelque soulagement dans nos peines : mais, dans ce lieu de supplices, tous nos maux seront extrêmes et sans aucun adoucissement; nos amis, dont nous pourrions attendre quelque consolation, deviendront nos plus grands ennemis : s'ils sont heureux, ils se réjouiront de nous voir souffrir, et, s'ils sont malheureux comme nous, ils augmenteront notre malheur.

Le feu des enfers fera deux funestes offices à l'égard des réprouvés : il leur servira non-seulement de chaînes pour les arrêter dans ce lieu, mais il leur sera encore comme un épouvantable miroir, pour leur représenter leurs crimes et le3 plus horribles objets qui augmenteront leur supplice. Quoiqu'on dise que l'enfer est un lieu de ténèbres, que ce feu perdra l'action de luire, et qu'il aura seulement celle de brûler, on peut pourtant dire qu'il aura une certaine lumière ténébreuse et opaque, pour faire voir aux damnés ce qu'ils haïssent, et que ce feu qui sera tout autour d'eux sera comme un théâtre ardent, où les démons leur représenteront mille

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épouvantables fantômes ; mais la plus funeste image que ce feu leur fera voir sera celle de la justice de Dieu éternellement irritée ; et c'est le sentiment de quelques théologiens, que le plus grand supplice de ce feu consiste en ce qu'il sera le signe de la colère de Dieu, qui leur découvrira continuellement, et par une nécessité inévitable, un Dieu toujours irrité contre eux et toujours préparé à les perdre. (Biroat, 3e vendredi de Carême).

[ La mort éternelle. ] — 0 mort véritablement cruelle et impitoyable, qui tues à tous moments, et qui ne détruis jamais ; qui, redoublant tes coups sans relâche et sans intervalle, fais souffrir à ces âmes des agonies mortelles ! Ta cruauté n'a jamais de fin ! 0 mort éternelle ! t'appellerai-je faible ou infiniment puissante? mais plutôt tu joins l'un et l'autre pour perpétuer le supplice de ces misérables. Tu es faible, puisque tu ne peux jamais porter un coup mortel, qui puisse ôter cette vie infortunée ; mais d'un autre côté, quelle force n'as-tu point, frappant sans cesse, et ne retirant jamais le bras, assurant ton coup avec la même raideur? 0 mort miraculeuse, qui joins et rassembles des choses si contraires, comme d'être toujours ancienne et nouvelle!

0 necessitatem! 0 tempestatem, à Deo dissociant Etrange supplice, qui ramasse et qui renferme tous les genres de supplices ! 0 tempête et naufrage sans ressources, qui absorbe en un moment toutes nos espérances ! 0 tempestatem, à Deo dissociant C'est S. Cyrille qui parle de la sorte. C'est comme une furieuse tempête qui vous enlève du port pour vous abîmer dans une mer de malheurs; comme un vaisseau qu'un vent impétueux arrache de son ancre, pousse avec violence, emporte avec furie, bat avec impétuosité, absorbe et engloutit dans les flots ? 0 necessitatem ! cruelle nécessité, d'être privé du souverain bien, sans lequel on ne peut posséder aucun bien! C'est une perte sans ressource, une séparation sans espérance. Cruelle séparation, qui éloigne l'âme de Dieu, d'où prend naissance cette mort qui renaît toujours, et cette vie qui meurt sans cesse ! 0 coup fatal de la main de Dieu, peux-tu être asséné plus rudement?

Si les Milésiens étaient inconsolables du départ de S. Paul de leurs terres parce qu'ils n'avaient plus l'espérance de le revoir, Dolentes quoniam faciem ejus non ampliùs essent visuri, ah ! que sera-ce quand le Fils de Dieu condamnera ces misérables damnés à ne le voir jamais? Non, ce ne sont point des cachots et ces prisons obscures qui m'effraient et qui m'épouvantent; ce qui me glace le sang dans les veines, c'est que je n'y trouverai point Dieu, qui est ma fin, mon centre et mon bonheur. Ce ne sont point ces feux allumés du souffle de sa colère qui m'effraient ; c'est que, dans ces flammes, Dieu ne se trouvera point. Ce ne sont point cas bourreaux impitoyables qui me font frémir, quoique je sache que leur rage est égale à leur force ; mais ma crainte et mon désespoir, mon enfer

même, est de n'y rencontrer point mon Dieu, et de n'en jouir jamais. Ces démons el ces esprits malheureux sont terribles, je le sais; leur compagnie ne se peut supporter ; mais tout cela me serait doux, si Dieu y était. Les gémissements qu'on entend dans ee lieu sont effroyables ; exécrables sont les blasphèmes qu'on y vomit ; mais faites que DlEtJ s'y trouve, tout cela se changera on un paradis de délices.

Je no me perdrai pas davantage dans cet abîme de misères. Je demande seulement à ceux qui ne font point de difficulté, pour un plaisir d'un moment, pour une fumée d'honneur ou pour une pièce d'argent, de s'exposer à ces effroyables tourments : Avez-vous jamais mesuré la durée d'un Dieu, qui est éternel de sa nature? Avez-vous compté les jours de l'éternité? Avez-vous supputé cet espace do temps qui passe tous les temps et toutes les mesures? Avez-vous jamais compris ce que signifie ce mot: Eternité'1. Ah ! si vous le concevez, comment êtes-vous si insensés que de préférer un moment de plaisir à une éternité tout entière de supplices effroyables? ou, si vous ne le concevez pas, comment ne craignez-vous point de vous exposer à des peines que vous ne pouvez même concevoir ! Si vous croyez que Dieu punit un seul péché d'une éternité de peines, comment le commettez-vous? et si vous ne le croyez pas, pouvez-vous être chrétiens? (Reina, Sermons. 14. )

[Le réprouve.] — Le réprouvé est tourmenté par le souvenir des biens qu'il a reçus pendant sa vie ; Filî, recordare quia recepisti bona in vitâ tua. Mon fils, lui dit Abraham, souvenez-vous des biens que vous avez reçus pendant que vous viviez sur la terre. Dieu ! quelle foule de pensées désespérantes ne remet-il pas dans l'esprit du riche infortuné? Les exemples des justes qu'il avait vus devant ses yeux, les instructions qui l'avertissaient du bonheur qui lui était promis, tout cela lui vient en pensée; ses biens même temporels dont il aurait pu se servir pour acheter une couronne immortelle, employés à flatter un corps destiné à la mortification et à la pénitence. Quelle cruelle réflexion ! quelle source de désespoir et de tristesse? Oui, chrétiens, une âme réprouvée- entendra dire, pendant toute l'éternité, ces tristes paroles : « Souvenez-vous que vous avez reçu des biens pendant votre vie : FUI, recordare! Rappelez ces jours passés dans l'abondance, où rien ne vous manquait, ces distinctions dont on vous honorait ; cette foule de flatteurs toujours prêts à prévenir vos désirs, à encenser vos défauts, à autoriser vos abus, à nourrir votre vanité de mille chimériques éloges; ces talents qui vous attiraient l'estime et l'admiration des peuples. Recordare: Souvenez-vous des biens que vous avez reçus pendant votre vie ! » Plus la condition présente d'une âme est agréable sur la terre, plus l'image de sa calamité future sera triste. Si elle pouvait oublier les biens qu'elle a reçus , dont elle a si fort abusé , ses peines diminueraient : mais tout lui en réveillera le souvenir ; la justice de Dieu impatiente de se venger, la multitude de ses crimes arrivée à son comble. t. m. 42

[Le désespoir des damnés dans la pensée de l'élernilé de leur supplice.) — L'espérance est une douce occupation pour des malheureux que la douleur accable, et, quelque fâcheuses que soient les peines qu'ils endurent, ils en ressentent beaucoup moins le poids à mesure qu'ils en espèrent voir la fin. Mais, ici, cette ressource ne reste plus au réprouvé. Plus il avancera dans ces espaces infinis, plus il lui restera de chemin à faire, et toute son espérance sera de ne pouvoir jamais sortir de son malheur. Il voudrait bien rejeter l'idée fâcheuse et importune de cette éternité ; mais la divine justice, la lui représentant sans cesse devant les yeux, le forcera de s'en occuper, et par-là en fera la plus rude circonstance de son supplice. Ainsi, chaque instant qui s'écoulera sera pour l'àme réprouvée une éternité tout entière de peines ; et un seul moment de cette éternité lui fera souffrir tout à la fois ce que l'éternité ne lui promet de souffrir que successivement. Souffrir des tourments affreux, et n'en voir jamais la fin, endurer ce qu'il y a de plus terrible et voir renaître sans cesse son supplice, voilà la triste et malheureuse destinée d'un réprouvé. {Attribué à Massillon.)

Est-il possible qu'avec la délicatesse que j'ai sur la moindre douleur, ie sois assez insensé peur m'exposer à un feu qui ne s'éteindra jamais? Quoi ! pour un moment de plaisir, je pourrais consentir à une éternité de supplices? En vérité, il faut que j'aie bien perdu l'esprit et la foi : car, si j'étais seulement sûr de brûler aujourd'hui pendant un quart-d'heure, il n'est point de plaisir que je ne sacrifiasse sans peine. Et cependant, mon Dieu, votre divine parole, vos saintes Ecritures m'en assurent, rien n'est plus vrai ni plus établi : ouvrez-nous les yeux à ces prisons affreuses, où votre justice allume ce feu dévorant ; faites-moi voir un million d'àmes damnées pour le péché que je veux commettre , que feraient-elles en ma place, si le retour leur était permis ?

Lorsque l'àme se retracera les vains plaisirs auxquels elle a sacrifié son Dieu, les personnes en faveur de qui elle a fait un si abominable sacrifice, combien rappellera-t-elle de moments en son esprit où il lui eût été facile de s'assurer la possession du bien qu'elle a perdu. Dieu l'attachera, l'appliquera sans relâche à cette triste pensée. Il n'y aura point d'interruption, comme dans cette vie, où le sommeiL la dissipation, le temps, les amis, diminuent l'activité de la douleur : Scito et vide quia amarum est dei-eliquisse te Dominum Deum titum! On vous l'avait tant dit, vous n'en vouliez rien croire : Vide. Voyez-le, sentez-le : cette funeste expérience se fait à vos dépens : et reconnaissez enfin quel supplice c'est pour une créature, que d'être séparée de sa fin. (Le P. Cheminais.)

[Du feu matériel de l'enfer.] — Dieu conserve les trois enfants dans la fournaise de Babylone : c'est un miracle, et c'est la miséricorde qui le fait; quoique cette fournaise eût été allumée sept fois plus qu'on n'avait coutume de l'allumer, quoiqu'on y eût jeté toutes les matières qui pouvaient entre-

l'AKAilKAI'lll'. SIXIKMi:.

tenir le feu qui s'élevait à la hauteur de quarante-neuf coudées. Il ne fctul pas s'en étonner, puisque Dibu y avait laissé un vent de rosée qui séparait les deux qualités de oet élément. Mais que ces miracles sont terribles et affligeants quand Injustice les fait 1 L'âme damnée ne devrait pas sentir la violence du leu puisqu'elle est spirituelle : et elle le ressenti Le fou ne devrait pas agir sur elle, puisqu'il est purement corporel : et il y agit de toute sa force. C'est la présence d'un Dieu vengeur et le souffle d'un juge irrité qui tourmentent ces malheureux, lesquels, sans ce miracle, ne souffriraient pas. La flamme ne toucha nullement les enfants dans la fournaise de Babylone, quoiqu'ils en fussent environnés de toutes paris ; et cette flamme infernale agit sur les âmes, quoiqu'elles soient d'elles-mêmes hors de son activité. Dieu met, pour ainsi dire, son esprit vengeur dans cet élément : et qu'est-ce qu'un Dieu ne peut point faire ? (Discours moraux.)

[Abandon de Dieu.] — C'est un grand mal à un pécheur d'être abandonné de Dieu en cette vie ; mais il n'est point de pécheur si abandonné pour qui il n'y ait des grâces de ressource. C'est seulement dans l'enfer que se trouve un entier abandon. C'est à l'égard du seul damné que la miséricorde divine est tout-à-fait épuisée, et que ce Dieu est entièrement inexorable. Il ne se souvient de lui que pour le persécuter comme son plus cruel ennemi, à qui il porte une haine irréconciliable. Je vous avoue que c'est un spectacle bien terrible, de voir un Dieu creuser des abîmes au centre de la terre, et là exciter des feux, allumer des brasiers, entretenir des démons pour y brûler et pour y tourmenter, pendant une éternité, une misérable créature. Mais je n'en suis plus surpris, quand, d'un autre côté, je fais réflexion qu'une vile créature ait eu l'insolence de s'élever contre son Créateur, qu'un ver de terre ait attaqué cette redoutable majesté, et qu'un pécheur que Dieu a comblé de mille bienfaits, qu'il a aimé, recherché et poursuivi, ingrat et insensible à tant de bontés, ait outragé, méprisé, foulé aux pieds le prix de son sang.

Prisonniers éternels, enfermés dans ces horribles cachots ; bourreaux éternels, puisque ce sont les démons et des intelligences immortelles ; supplices éternels ; feu qui ne s'éteint point, ver qui ne meurt point, douleur et sentiment d'une peine éternelle ! Mes pensées se perdent dans la longueur de cette effroyable éternité. Jamais ne sortir de ces brasiers ! brûler éternellement! 0 éternité de la colère de mon Dieu! éternité de rage, de fureur et de désespoir! 0 langues malheureuses, qui demanderez éternellement une goutte d'eau, et elle vous sera éternellement refusée ! 0 tristes corps, qui doivent servir de pâture aux flammes éternelles ! O âmes infortunées, qui doivent éternellement sentir les effets et les efforts de la vengeance de Dieu! Eternité malheureuse! Quel est l'athée, l'impie ou l'infidèle, qui ne te croit pas ! ou qui est l'insensé qui te croit, et qui ne te craint pas ?

Etes-vous chrétiens? êtes-vous fidèles? enfants de l'Eglise? Si vous l'êtes, vous croyez donc l'éternité des peines. Credis hoc ? la croyez-vous? Répondez : la croyez-vous? Si vous la croyez, répondez à la demande d'Isaïe : Quis poterit ex vobis habitare cum igné dévorante et ardoribus sempiternis? Vous sentez-vous assez de force et de courage pour souffrir des ardeurs éternelles? Vous dites que non : et comment donc croyez-vous ces feux éternels, puisque vous faites tout ce que vous pouvez pour y brûler pendant l'éternité? Mais j'ai raison de dire que vous ne la croyez pas, ou que vous êtes un furieux qui cherchez votre perte. Tous les prophètes, le Fils de Dieu même et ses apôtres, vous protestent que la vie que vous menez conduit et aboutit à cette éternité malheureuse : cependant vous ne changez point de vie : c'est donc un signe manifeste que vous ne croyez ni les prophètes, ni les apôtres, ni l'Evangile de Jésus-Christ. Çà, pécheur obstiné dans le crime, prenons une balance, et mettons, d'un côté, ce feu qui ne s'éteint point, ce ver qui ne meurt point, ce grincement de dents, ces rages et ces désespoirs éternels des damnés ; et de l'autre mettons cette créature qui vous perd depuis si longtemps : qui l'emportera et qui prévaudra sur votre cœur? Il faut être damné ou rompre cette attache : vous ne voulez pas la quitter, vous ne croyez donc pas l'enfer! Curwedis quodDEUS, dixit, demande Salvien, etnon times quodDEVsminatur? Pourquoi est-ce que vous croyez ce que Dieu a dit, etque vousne craignez point ses menaces? (Le P. Texier, Yendredide la 2e semaine de Carême.)

[Feu de l'enfer.] — Ces imitateurs de Pharaon, dit S. Chrysostôme, ne seront point abîmés dans la mer Rouge ; mais ils seront précipités dans une mer de feu, qui roule ses flots brûlants d'une manière d'autant plus effroyable qu'elle nous est incompréhensible. C'est un abîme qui n'a point de fond; dont la flamme vive et subtile court de toutes parts, et cause une douleur si cuisante, qu'elle passe sans comparaison toutes les morsures des bêtes les plus cruelles. Si nous ne pouvons exprimer ni concevoir la peine de ceux qui souffrent le feu sensible et matériel que nous avons icibas, combien moins pourrait-on exprimer les tourments de ceux qui brûlent dans les flammes que le souffle de la colère de Dieu a allumées ? Un homme qu'on jette ici dans le feu y est consumé en un moment; mais ce feu-là brûle toujours, et ne consume point ce qu'il brûle. Le feu de l'enfer, dit le Fils de Dieu, sera comme un sel qui pénétrera intimement les damnés, et qui les conservera au lieu de les détruire, afin qu'ils soient comme autant de victimes toujours immolées à la justice de Dieu : Omnis enim igné salietur ? et omnis victima sole salietur (Marc ix, 48). Monmorel, 19e dimanche apr. la Pentec).

[Objection tirée de la bonlc de Dieu.] — Vous dites que Dieu est bon, et que vous ne sauriez croire que cette infinie bonté puisse punir le pécheur d'une peine éternelle. Et moi je vous disque, parce qu'il est infiniment

boa, il est l'ennemi déclaré du péché, et qui-, ne Le pouvant pas punir

d'une peine infinie dans sa véhémence et sa douleur, il le punit d"une peine éternelle, et que, par le même principe de sa bonté, il faut qu'il haïsse le mal qui est le péché, et qu'il le punisse partout où il le trouve. « Il n'y a rien au inonde, dit Tertullien, qui marque tant la bonté de Dieu, que de voir qu'il ne peut souffrir la malicesans lu punir, parce que, Dieu aimant sa bonté, il faut, par ce même amour, qu'il haïsse et châtie le péché, qui lui est opposé. » C'est en ce sens que le prenait S. Jean dans son Apocalypse : Qui ne tremblera, mon Dieu, sous vos reyards, parce que vous êtes infiniment bon? Que ne dites-vous plutôt, grand saint : Qui no tremblera pour les châtiments terribles que votre justice tire des pécheurs? Non : nos craintes doivent avoir pour motif la bonté de Dieu ; et si, par impossible, nous avions affaire avec un Dieu mauvais, nous n'aurions point tant de sujet de craindre de l'offenser que nous devons avoir d'offenser notre Dieu, qui est la bonté même. La raison est que sa bonté ne se peut aimer soi-même qu'elle ne haïsse et ne détruise son contraire, qui est le péché. Dieu pardonne, il est vrai; il est tout bon, tout miséricordieux; mais aussi, à raison de cette même bonté, il punit sans miséricorde, dans les enfers, le péché, qui lui est opposé. Tous les théologiens mêmes sont d'accord que, en condamnant une âme aux peines de l'enfer pour un seul péché mortel, il la punit moins qu'elle ne mérite. Pourquoi? parce que le feu de l'enfer, quoique éternel, est une créature finie, et l'âme qui y brûle est aussi finie dans son être ; mais un Dieu offensé est un être infini, et l'action qui est faite contre lui est moralement infinie. L'enfer donc, avec toutes ses tortures, n'est pas une peine proportionnée à un seul péché mortel; et jamais l'homme, le pécheur même dans l'enfer, n'est puni selon son mérite : car une offense infinie devrait souffrir une peine infinie. Mais où la trouvera-t-on, puisqu'une créature n'en est pas capable ?-Il a donc fallu que cette infinité de peines qu'une créature ne peut supporter fût compensée par leur durée éternelle. (Le P. Antoine de S.-Martin de la Porte.)

[Durée de l'éternité]. — Un damné aura souffert, dans ces prisons embrasées, une étendue incompréhensible de temps, et ce ne sera pas là un quartd'heure de l'éternité. Le temps aura ruiné les maisons que vous avez élevées, détruit les villes qui vous auront donné la naissance, renversé les Etats où vous avez vécu ; la fin des siècles aura enseveli tout l'univers dans ses propres cendres ; il se sera même écoulé depuis la fin du monde autant de millions de siècles que le monde a duré de moments : et il ne se sera encore rien écoulé de cette épouvantable éternité. Si vous êtes damné, vous aurez autant à souffrir que vous aviez au premier moment ou vous avez été plongé dans ces flammes. Eternité ! incompréhensible éternité ! qui peut le croire, et vivre un seul moment dans le péché et différer d'un seul moment sa pénitence ?

Malheureuses victimes de la colère du Tout-Puissant ! infortunés damnés ! un temps viendra où vous pourrez dire avec vérité : « Depuis ma mort, depuis que je brûle dans ces flammes, si une fourmi n'avait emporté dans la mer qu'un grain de sable en ne paraissant que de mille ans en mille ans, elle aurait déjà transporté tout le sable et toute la terre de l'univers, elle aurait creusé jusqu'au centre du monde, et il ne resterait plus rien. Toute cette effroyable durée de temps s'est passée dans des tourments épouvantables, et il me reste encore à souffrir une éternité tout entière ; et ce nombre infini de mille millions de siècles, cent et cent fois recommencés, n'est rien comparé à cette effroyable éternité ! » Si j'ai le malheur d'être damné, je souffrirai tout ce temps-là, je pourrai même assurer que tout ce temps-là a passé mille et cent millions de fois depuis que je souffre, et la durée de mes supplices n'en sera jamais diminuée d'un seul moment, et j'aurai encore à brûler, à souffrir et à me désespérer une éternité tout entière. 0 éternité épouvantable ! incompréhensible, inimaginable éternité ! Pour une seule pensée d'un moment, autant de millions de siècles passés dans ces flammes qu'on a vécu de jours, qu'il y a eu d'heures et de moments dans ces jours. 0 Dieu, quelle égalité ! Ah ! si du moins il venait un temps qui mît fin à ces peines ! mais être assuré que jamais, jamais ces tourments n'auront de fin ; souffrir toujours, et être assuré de toujours souffrir !

Penser éternellement au bien infini qu'on a perdu, aux maux innombrables où l'on s'est précipité, aux moyens aisés et fréquents qu'on avait de les éviter, avoir sans cesse devant les yeux la vanité et le peu de durée de tout ce qui nous a détournés de Dieu ; les douceurs ineffables que nous aurions trouvées dans son service, les peines réelles qu'on a eues même pour se damner ; la différence infinie de celles qui nous auront rebutés dans la vertu, et les peines qu'on souffre au milieu de ces flammes, entre la durée imperceptible de quelques fades plaisirs criminels, et la durée éternelle des peines qui les suivent ; avoir éternellement dans l'esprit la pensée de cette épouvantable éternité, sans pouvoir détourner jamais un seul moment notre esprit de cette pensée : quels supplices, ô mon Dieu ! quel désespoir ? Le comprends-je bien ? et si je le comprends, comment puis-je trouver du goût dans les plaisirs ? comment puis-je vivre dans le péché et différer à faire pénitence ? Si ces pensées ne nous convertissent pas, si la vue de ces horribles tourments, de cette effroyable éternité, de ce repentir éternel, ne nous éloigne pas du péché et de tous les vains amusements de la vie, ou nous ne sommes pas raisonnables, ou nous ne sommes pas chrétiens. Ces vérités terribles ont fait les martyrs ; elles ont peuplé les déserts, elles remplissent encore aujourd'hui les monastères : qu'en pensons-nous? ces gens-là font-ils bien, et ont-ils bien fait? (Le P. Croiset, Retraite).

[Même sujet.] — O Dieu, quel sort ! souffrir à chaque moment tous les

PARAGRAPHE SIXIKMK. 663

tourmente imaginables, I >us les tourments qu'une àme es1 capable de souffrir, e1 les souffrir tous à la fois, et toujours sans lu moindre i rance do les voir finir, sans soulagement, sans pouvoir jamais s'y accoutumer ! 0 justice de mon Dieu, que fous êtei terrible ! Si, après autant de millions de siècles qu'il s'est passé de moments depuis que le soleil roule sur noi tôteB, les peines des damnés devaieni cesser, le pécheur ne laisserait pas d'être; inexcusable de s'attirer pour quelque pénible plaisir une si prodigieuse durée de tourments ; du moins, la folie paraîtrait ne lins intolérable, Quoi ! pour une seule pensée criminelle, un million de siècles de feux ! pourun péché de quelques moments, un enfer de cent mille millions d'années ! 0 Dieu, quelle inégalité ! Mais patience : ces peines ne seraient point infinies, quelque épouvantable que fût leur durée, on en verrait enfin le bout : un misérable damné pourrait dire : « Ce que j'ai déjà souffert est autant de retranché de mon supplice; j'ai à présent un an, deux ans, dix ans de moins à souffrir ». Mais une éternité ! une éternité ! sans pouvoir jamais dire : « Il me reste un quartd'heure de moins à souffrir, voilà une heure de mes tourments passée. » Plongé, enseveli, noyé dans un gouffre de feu, et d'un feu qui est en même temps tous les supplices ; immobile au milieu de ce feu, comme un rocher ; pénétré de ce feu comme un charbon ardent, un damné brûle, se désespère, souffre toujours, et pense continuellement que c'est sans espérance de soulagement ni de fin qu'il souffre.

A cette éternité de tourments, ajoutez une éternité de regrets. Etre malheureux par nécessité, c'est un sort bien triste ; mais n'être malheureux que par sa faute, que parce qu'on le veut, c'est une folie qui n'a d'exemple que dans notre damnation ! L'àme ressent alors toute la douleur, elle en goûte à loisir toute l'amertume ; la raison même en aiguise la pointe, et livre l'àme comme une proie aux regrets. Un damné souffre, et son propre esprit lui sert de bourreau ; immuablement attaché à l'objet qui l'a détourné de sa fin, il voit sensiblement le vide de ces biens volages qui l'ont trompé, le faux brillant d'une fortune imaginaire qui l'a ébloui, le poison des plaisirs qui l'ont séduit. Il sent d'une manière vive et piquante le ridicule de sa conduite, les erreurs de ses caprices, la malignité et la vanité de ses désirs. Enfin, fait-il des efforts pour détourner ses yeux de ces tristes objets, l'objet est fixe, et l'esprit y est inséparablement attaché.

• Ce qui augmente l'amertume de ce repentir, c'est l'éternelle inutilité du repentir même. Si du moins une douleur si cuisante n'était pas toutà-fait inutile : mais rien de plus infructueux. A la vérité, si le repentir n'ôte rien de l'éternité du crime, il diminue du moins, dans cette vie, l'indignité de la personne qui se repent, et le rend digne de quelque compassion. Un damné se repent éternellement dans les enfers, sans qu'on lui sache gré de son repentir. C'est un repentir que la douleur et les tourments excitent, que la rage nourrit, sans qu'il puisse jamais être

t'.(i4 ENFER.

salutaire. Si un réprouvé pouvait oublier quelquefois le sujet de son repentir, il aurait un supplice de moins ; mais tout est présent, tout est éternel, et éternellement invariable. De-là ce désespoir inséparable de son stérile repentir. Se reprocher d'avoir agi avec la dernière imprudence contre la religion et le bon sens ; sentir le plus vif et le plus dévorant de tous les repentirs, et ce repentir être éternellement sans fruit et sans ressource, quel désespoir et quelle rage !

Le désespoir est un chagrin bien violent, puisqu'il étouffe, par la douleur et le trouble qu'il cause, toutes les autres passions de l'àme. Ce désespoir, qui est le partage de tous les damnés, leur serait une espèce de soulagement s'il avait son effet ; mais, dans les enfers, le désespoir est l'àme de tous les autres tourments ; c'est ce qui en fait sentir plus vivement la pointe entière et les tourments de l'éternité à chaque moment. Souffrir tout dans l'excès, sans espérance de voir jamais diminuer ses souffrances : concevez, s'il est possible, l'amertume de ce désespoir, mais d'un désespoir éternel, et qui est à chaque moment aussi violent que s'il ne faisait que de naître. «J'ai tout perdu, dit un damné, et ma perte est irréparable ; j'ai tout perdu, jusqu'à l'espérance de voir jamais diminuer mes tourments, jusqu'au droit que j'avais aux miséricordes du Rédempteur, jusqn'à la liberté de ne plus penser au sujet de mon désespoir et de mes larmes. {Le même, Réflex. chrét).

[Tous les maux réunis.] — La plupart des maux de cette vie sont incompatibles : la diversité de leurs sujets et la contrariété de leurs effets les partagent nécessairement. Un mal causé parla chaleur ne se trouve pas ensemble avec un mal causé par le froid. Un mal qui fait souffrir l'œil et la tête ne fait pas souffrir la main et la poitrine. Le mal d'aujourd'hui n'est pas le mal de demain. Il ne peut pas arriver qu'à chaque instant et dans chaque partie de vous-même vous sentiez les douleurs que le temps, les parties qui vous composent, leurs qualités propres , votre faiblesse, la faiblesse de vos ennemis , éloignent naturellement les unes des autres. La puissance d'un Dieu irrité s'est réservé de faire ce miracle dans les enfers. Je ne veux point dire que toutes les douleurs essentiellement inalliables s'y réunissent dans le même temps et dans le même sujet; mais, puisque l'Ecriture et les Pères parlent des peines de l'enfer comme de peines ineffables et inconcevables, il faut avouer que Dieu y franchit les lois ordinaires de la nature pour satisfaire sa vengeance, et il est vraisemblable qu'il les franchit en assemblant des maux dont nous ne pouvons comprendre l'assemblage. (Le P. de la Pesse , Sermon sur l'enfer.)

[SenlinieiUsdeSte-Thérèse.]— Comment dit Ste Thérèse, pourrais-je exprimer ma douleur lorsque je me représente l'état d'une àme qui, s'étant vue dans le monde toujours considérée, toujours aimée, toujours servie, toujours respectée, au moment où elle sortira de cette vie, sera perdue pour jamais, et.

PARAGRAPHE BIX1EME. 665

comprendra clairement que sa misère n'aura point de fin ; qu'il ne lui servira plus de rien de détourner son esprit des vérités de la foi, ainsi qu'elle avait accoutumé de (aire ici bas; qu'elle se verra séparée et comme arrachée de ses divertissements et de ses plaisirs, lorsqu'il lui sein blera qu'elle n'avait pas encore commencé seulement à les goûter, parce qu'en effet tout ce qui passe avec la vie n'est qu'un souflle et une vapeur ; qu'elle se verra environnée de cette compagnie si hideuse ctsi cruelle avec laquelle elle doit souffrir éternellement ; qu'elle se verra plongée dans un lac puant et plein de serpents, qui exerceront sur elle toute la rage dont ils sont capables; et enfin qu'elle se trouvera comme abîmée dans cette horribJe obscurité qui, n'ayant pour toute lumière qu'une llammc ténébreuse , ne lui permettra do voir que ce qui peut entretenir pour jamais ses peines et ses tourments. ... 0 vie éternellement malheureuse! ô supplices sans lin et sans relâche ! est-il possible que ceux-là ne te craignent point , qui craignent tellement les moindres incommodités du corps qu'ils ne peuvent souffrir la plus petite douleur.

[Le moyen d'éviter l'Enfer.] — La voie la plus assurée pour ne pas tomber dans l'enfer après la mort, c'est d'y descendre souvent par de sérieuses réflexions pendant la vie, selon ce souhait de David ; Descendant in infernum viventes. Mais , afin que cette considération d'une éternité malheureuse pût être efficace pour notre conversion, il faudrait que Dieu nous révélât, comme il a fait à quelques saints, les tourments horribles des damnés, ou qu'une expérience passagère de leurs souffrances nous en fît connaître l'excès, pour percer notre chair de la crainte de ses jugements, selon l'expression du prophète : Con/ige timoré tuo carnes meas. Les peintures les plus affreuses que les prédicateurs font de l'enfer ne sont que de légères impressions, si l'esprit de Dieu ne joint aux faibles traits de l'éloquence chrétienne les vives et touchantes images qui pénètrent les âmes dans les enfers. Il se regarde séparé de Dieu au milieu des flammes : voilà son éternelle occupation ; un Dieu perdu pour jamais, voilà la peine du dam ; un feu dévorant qui le brûle, voilà la peine du sens. Un de ces supplices serait capable de faire un tourment effroyable ; jugez ce qu'ils font réunis ensemble.

Que dirai-je de la peine du sens? exciterai-je votre imagination? vous représenterai-je une mer de feu, dans laquelle une multitude d'impies se précipitent ? un cachot obscur, où ces débiteurs de la justice de Dieu seront détenus, sans pouvoir jamais s'acquitter de leurs dettes, et par conséquent sans en pouvoir jamais être délivrés? Unégoùt dans les entrailles de la terre, pour recevoir tous les immondices de l'univers, et où se rendront de toutes les parties du monde les ordures de tous les crimes ; un assemblage affreux de corps brûlants, entassés les uns sur les autres, avec une horrible confusion de cris, de grincements de dents , de blasphème,-; , et de malédictions ? Toutes les créatures combattront contre ces insensé,?,

qui auront préféré les créatures à Dieu : Pugnabit cum Mo (wbis terrarum contra insensafos (Sap. v, 21.). Mais Dieu fera surtout agir, pour les tourmenter, le plus violent et le plus actif de tous les éléments : le souffle de la colère de Dieu allume le feu qui brûle les méchants, dit Job : Hatitu* ejus primas ardere facit. Ce sera un feu matériel à la vérité, mais qui agira surnaturellement sur lésâmes et sur les corps, et qui brûlera sans éclairer, sans purifier et sans consumer.

Je demanderais volontiers à Dieu la grâce de voir l'enfer ouvert, et de savoir ce qui se passe dans ces cachots ténébreux, comme parlait le Seigneur.au saint homme Job : Numquid apertœ tibi sunt portœ mortis. et ostia tenebrosa vidisti? Plût à Dieu que le sein de la terre s'ouvrît maintenant à nos yeux ! plût au Ciel qu'à travers ces tombes, qui renferment ici tant de morts, nous pussions découvrir ces victimes brûlantes qui font retentir ces cachots affreux de leurs pitoyables mais inutiles accents ! Alors, sans autre témoignage que celui de vos yeux, vous serez convaincus d'une vérité que ma trop faible voix ne saurait vous faire comprendre; alors la seule fumée de ces flammes dévorantes ferait plus que la plus forte éloquence, et ceux que mon discours ne touche pas seraient assurément convertis. (Essai de Dominicale.)

[Folie du pécheur.] — Quoi ! il y a un enfer, et il y a encore des pécheurs ! les chrétiens croient qu'il y a un enfer, et cet enfer est rempli de chrétiens ! Un péché mortel peut nous précipiter dans l'enfer, et l'on demeure au milieu des occasions de péché ! On pèche en riant, en se divertissant ! on traite un péché de bagatelle ! Pour moi, je vous avoue que c'est ce que je ne peux concevoir, que l'on croie en même temps qu'un péché mortel peut nous précipiter dans un malheur éternel, tel que je vous l'ai dépeint, et encore mille fois plus effroyable, et cependant qu'on fasse si peu de cas d'un péché mortel, qu'on le commette si aisément. Quoi ! vous croyez qu'une médisance, une calomnie, une action déshonnête, un désir impudique, une vengeance, une usure, peut vous rendre malheureux pour une éternité: et tous les jours vous vous jetez dans l'occasion de tomber dans ces péchés ! vous les traitez de bagatelle, d'adresse, de galanterie ; vous les commettez en riant, sans réflexion, et sans presque vous en apercevoir ! Peut-on s'exempter de traiter ceux qui agissent de la sorte ou d'infidélité ou de folie? C'est une infidélité de ne pas croire ces principes de la religion ; mais c'est folie de les croire, et d'agir comme si on ne les croyait pas ! (Anonyme.)

[Abandonné de Dieu!] — Quel coup de foudre pour une âme réprouvée, que ces désolantes paroles d'un Dieu en colère, qui l'abandonne pour jamais: ÎSon populus meus, nec ego rester. Donc, vous n'êtes plus mon peuple, et je ne suis plus votre Dieu! C'est comme si Dieu disait: « Vous ne m'avez pns voulu connaître, vous avez fermé les yeux quand je me suis présenté

,;i vous : non, vous ne me verrez jamais. Vous De m'avez pa ; voulu écouter lorsque je vous ai appelé à mon service : maintenant que vous implorez mon secours, je ne vous écoulerai point. Voua ne m'avez pas voulu chercher, vous ne me trouverez jamais; vous n'avez pas voulu être à moi, je ne serai jamais à vous : Nanpopulus meus, nec ego venter.» Que cela est terrible 1 ne pouvoir jamais connaître Dieu, ne pouvoir espérer en lui, ne pouvoir l'aimer, ne pouvoir L'appeler son père, son roi, son sauveur; se voir dépouillé de tous les droits que Jésus-Christ nous avait acquis sur Dieu même, comme sur notre dernière fin, et sur notre félicité éternelle ; voir Dieu qui se dépouille des qualités de père, d'ami, de sauveur, pour cette àme malheureuse ! Eh quoi! Dieu n'est plus pour moi, je ne suis plus pour Dieu ! le Dieu de tout le monde n'est plus le mien : Hé ! qu'êtes-vous donc, Seigneur pour ce misérable ? Je suis son ennemi, je suis le vengeur de ses crimes. Oh ! l'épouvantable changement? N'est-ce pas, Seigneur, un assez grand supplice que vous ne l'aimiez plus? faut-il que vous le persécutiez? N'est-ce point assez qu'il ne trouve plus dans votre bouche ces douces invitations, ces paroles pleines de douceur et de bonté ? faut-il encore qu'il n'en reçoive que des malédictions? N'est-ce point assez qu'il ne trouve plus dans vos mains des faveurs et des grâces? faut-il qu'il y trouve des foudres et des carreaux? N'est-ce pas assez qu'il ne trouve plus dans votre cœur cet amour qui surpasse la tendresse des mères? faut-il qu'il le trouve tout brûlant de haine, tout ardent de colère ? (Anonyme.)

[Parole d'un saint.] — Il faudrait finir ce discours parles paroles d'un de ces anciens pères, qui prié et instamment sollicité par ses frères qui vivaient dans les solitudes de leur faire quelque discours pour les exhorter à la vertu et à persévérer constamment dans l'austérité de vie qu'ils avaient embrassée, leur fit un éloquent sermon plutôt par ses larmes que par ses paroles, en s'écriant d'une voix lugubre et lamentable :« Pleurons, mes frères, pleurons, je vous prie, avant que nous passions de cette vie en l'autre, où les larmes sont si ardentes, qu'elles brûlent les yeux d'où elles découlent et les corps sur lesquels elles tombent.» Voilà l'exorde, la narration et l'épilogue de tout son discours ; et il fit une telle impression sur les cœurs de ceux qui l'écoutaient, qu'ils confondirent leurs larmes avec les siennes* (Drexellius).

[Conversion.] — J'ai mérité l'enfer. Ah! le puissant motif pourm'animer à la pénitence ! je puis dire avec Job : Infernus domus mea est: l'enfer est ma maison ; c'est le lieu où je devrais être, si Dieu m'avait traité comme je mérite. Oui, cesjfeux, ces opprobres, ces tourments éternels, seraient mon partage, si Dieu n'avait pas plus écouté les sentiments de sa miséricorde que ceux de la justice et la voix de mes crimes. En vérité, puis-je avoir de la peine à me soumettre aux pénitences que m'impose un confesseur,

ou aux croix que la Providence m'envoie, quand je pense que c'est en échange des tourments éternels que j'ai mérités! les humiliations d'une vie pénitente me doivent-elles paraître rudes, quand je pense qu'elles me tiennent lieu des opprobres éternels, auxquels je devais être condamné? Tout doit paraître doux à un homme qui a mérité et qui a bien médité l'enfer. J'ai mérité l'enfer, et ie ne sais si je ne le mérite point encore. Ah! le grand motif de crainte ! ah ! le grand motif d'humiliation ! Que sais-je si je ne suis point destiné pour être un jour la victime de ces flammes vengeresses? Rien ne m'en peut assurer. Les plus grands saints n'ont rien qui les en assure : et quels doivent être mes sentiments, étant un si grand pécheur? Cette incertitude ne devrait-elle pas me tenir dans le tremblement et dans la componction? (Nepveu, Réflexions.)

[ La crainte de l'enfer est salutaire. J — La douleur d'avoir offensé Dieu parce qu'il est bon n'est pas toujours le premier acte qui entre dans la pénitence. Comme nous sommes naturellement intéressés et que nous fuyons la douleur, nous détestons le péché parce qu'il nous attire le plus grand de tous les maux. C'est la première disposition pour recevoir cette forme parfaite de la charité héroïque. C'est pourquoi David priait Dieu de percer sa chair par l'effort de cette crainte, et de l'effrayer à la vue de ses jugements et des peines qui le suivent. C on fige timoré tuo carnes meas, àjudiciis enim tuis timui. Craignez, Chrétiens, craignez les peines éternelles, dans quelque état que vous soyez : car si les saints ont craint l'enfer dans les solitudes et dans les déserts, où ils étaient séparés du monde, que ne devez-vous pas faire, vous qui êtes engagés dans le grand monde, toujours dans l'occasion et dans le danger de vous perdre? s'ils ont craint l'enfer dans l'exercice de la pénitence et d'une vie austère, que ne devez-vous pas faire dans la mollesse et les plaisirs de la vie ? Craignez l'enfer, mais craignez encore davantage le péché, parce que, si l'enfer est horrible, ce n'est qu'à cause du péché qui mérite l'enfer. ( Bourdaloue, Jeudi de la 2e sem. du Car.)

[ Pensée de l'éternité, ] — Vous deviendriez fou, dites-vous, si vous pensiez à l'éternité ? vous concevez donc que c'est quelque chose d'épouvantable ! Mais, dites-moi, de n'y penser jamais fait-il que la chose ne soit pas, ou qu'elle ne doive pas être pourvous? Si d'y penser fait un si grand effet, que sera-ce de la souffrir ! C'est quelque chose de si affreux, dites-vous, que vous ne pouvez y penser: et vous ne craignez point d'y tomber ! Voilà ce que je ne comprends pas, et ce que je ne comprendrai jamais. Vous n'avez pas le courage de penser à la mort : je ne m'en étonne pas; de plus résolus que vous et de plus saints n'y pensent jamais sans trembler. Vous avez horreur de l'éternité des peines de l'enfer, et vous vous y précipitez ? (P. de la Golombière.)

[ Faux prétexte.] — Vons voudriez voir quelqu'un qui fui revenu exprès do l'enfer pour vous confirmer dans votre foi: c'est là précisément le souhait du mauvais riche. « Envoyez, disait ce malheureux, envoyez Lazare, père Abraham, à mes frères pour leur attester la vérité : Mittas eum ut testetur illù: ils feront pénitence alors. Ils croiront l'enfer, à la vue d'un tel miracle. Siquis ex mortuis ierit ad vos, pœnitentiam agen I. » Kt moi je vous réponds, pécheurs, ce que ce saint patriarche répondit au mauvais riche: « Vous avez Moïse et les prophètes et l'Evangile de Jésus-Christ: si vous ne croyez point à l'Evangile, vous ne croirez point aux vision.-;. Siprophetas non audiunt, ncque si quis ex mortuis resuvrexerit, credent. » Car cette vision d'un damné, revenu de l'enfer exprès pour vous prêcher, qu'aurait-elle de plus fort, pour vaincre votre obstination, que les visions et les miracles annoncés par l'Evangile ? Il est vrai, vous auriez vu de vos yeux un damné : mais, attaché commcvousl'ètesàvos habitudes criminelles, et par-là devenu dur à la foi, pourriez-vous en croire vos propres yeux? Ne prendriez-vous pas la vision pour une illusion, pour l'effet d'une imagination troublée ? Et quand vous en reconnaîtriez la vérité, cette vision, qui serait certaine pour vous, le serait-elle pour vos semblables ? Les autres libertins s'en rapporteraient-ils à vous? Votre témoignage, et même votre serment, rendrait-il votre prétendue vision plus croyable à leur égard que ne le sont les visions attestées par l'Ecriture ? Auriez-vous parmi eux un autre crédit et un autre nom que celui d'un visionnaire et d'un insensé? Dieu qui aurait eu la complaisance de faire ce miracle exprès pour vous convertir, pourrait-il refuser d'en faire autant pour la conversion des autres? N'auraient-ils pas droit d'en exiger un pareil de sa bonté ? Les miracles et les visions deviendraient donc ainsi les ressorts communs du gouvernement de sa Providence, et la foi ne serait plus l'âme et le fondement de la religion. Mais enfin, cette foi de l'enfer et du paradis, vous l'avez trouvée constamment établie dans l'univers quand vous y êtes entré. Quel miracle avez-vous vu de vos yeux pour vous y faire renoncer? C'était là cependant que vous deviez en attendre un, qui vous déterminât à no pas croire ce que vous aviez toujours cru, et ce que tout le monde croit. Il fallait un miracle, au moins, pour vous autorisera démentir la foi universelle et publique. Cependant, sans vision, sans miracle, et même sans l'appui d'aucune raison, vous traitez d'insensés les sages de tous les temps sur la croyance de l'enfer, parce que, s'il y en a un, les remords de votre mauvaise vie vous font sentir que c'est pour vous. C'est uniquement cela qui vous fait contester la vérité de l'enfer. Est-ce une raison pour ne le pas croire et pour vous tranquilliser sur votre incrédulité? (Le P. de la Rue, Carême.)

| Supplices des réprouves.] — Les peines des damnés sont en très-grand nombre ; elles sont extrêmes, elles ne sont adoucies par aucune consolation, et, pour comble de misère, elles n'auront jamais de fin. Elles sont en

très-grand nombre, parce que tous les sens du corps, toutes les puissances de Tàme ont leur tourment. Pesons ici chaque parole de la sentence que le Fils de Dieu prononcera contre les pécheurs : Ite, maledicti, in ignem (bternum: Allez, maudits: au feu éternel. C'est-à-dire, soyez séparés éternellement de la compagnie des saints; soyez privés de la vue de Dieu, et par conséquent de la souveraine et essentielle béatitude pour laquelle vous avez été créés. Allez, maudits, et n'attendez plus que le ciel verse sur vous des bénédictions. Il n'y a plus désormais de salut pour vous, plus de pénitence, plus de pardon, plus de grâces, plus de bonnes œuvres. Vous ne recevrez jamais d'en haut aucun rayon de lumière, et celui qui est descendu du ciel pour y attirer tous les hommes ne vous favorisera jamais d'aucune visite. N'espérez plus ni biens du corps ni biens de l'àme, ni biens temporels ni biens spirituels. Vous n'aurez, dans toute l'éternité, ni richesses ni délices; et, semblable à ce figuier que je maudis autrefois et qui sécha tout d'un coup jusqu'à la racine, vous ne serez bons qu'à jeter au feu. Allez donc, maudits, allez brûler dans cette fournaise dont le feu ne s'éteint point, et qui ne tourmente pas seulement une partie de l'homme, mais qui le pénètre et l'embrase tout entier. En un mot, allez au feu éternel, que le souffle du Dieu tout-puissant a allumé dans sa fureur, et qu'il entretiendra dans tous les siècles des siècles. Allez, malheureux ! et sachez que, comme vos crimes ne s'effaceront jamais, votre peine aussi durera toujours. Oh i que le prophète avait raison de s'écrier tout tremblant: Quis ex vobis habitare poterit cum igné décorante, cum ardoribus sempiternis ? Qui de vous pourra supporter le feu dévorant ? Qui de vous pourra demeurer dans des flammes éternelles ? Comme s'il disait : Ce ne sera qu'avec des transports de rage, de fureur et de désespoir, que les damnés souffriront, mal gré qu'ils en aient, l'ardeur de ce feu qui les brûlera éternellement sans les consumer. Leur ver, ajoute le même prophète, ce ver qui les ronge ne mourra point, le feu qui brûle ne s'éteindra point. Paroles terribles, que le Fils de Dieu a prononcées luimême plus d'une fois, pour nous imprimer une crainte salutaire de ses jugements. Ainsi, les pécheurs, outre tant d'autres cruels tourments, auront ce ver insatiable et immortel, qui ne leur donnera point de repos, parce qu'ils ne pourront oublier que leurs péchés sont cause de leur malheur, et que, s'ils eussent voulu, il leur eût été facile d'éviter des tourments si insupportables, et de mériter des biens qui ne finiront jamais. (Bellarmin, Opuscules. )

[Reconnaissance.] — Soyez à jamais béni , ô mon Dieu ! de m 'avoir fait connaître ce que c'est que d'être damné ! Quelles actions de grâces ne dois-je point vous rendre, de ne m'avoirpas déjàprécipité dans les enfers, comme je l'ai mérité tant de fois par mes infidélités? Il y a déjà longtemps que je serais dans ces prisons éternelles, si, par un effet tout particulier de vos miséricordes, vous ne m'aviez secouru, et si vous ne m'aviez con-

serve la vie, dans le tempe même que j'en étais plus indigne. N'écoutez pas, Seigneur, la voix de mes iniquités, qui crient vengeance contre moi; mais n'écoutez que la ?ois de votre miséricorde, qui vous demande grâi e pour un misérable péoheur. Ne souffrez pas qu'ayant été jusqu'à pn comblé de vos bienfaits, je devienne un jour l'objet de votre colère et la victime malheureuse de voire justice. Accablez-moi, mon Dieu, accablezmoi plutôt de toutes les maladies les plus affreuses ; faites-moi souffrir tout ce qu'il vous plaira en cette vie, pourvu que vous me fassiez miséricorde dans l'autre : Hic tire, lue seca, hic nihilparcas, ut in œternumparcas. (S. Aug.) Si vous prévoyez, ô mon Dieu, qu'en vivant [dus longtemps je doive être assez infortuné pour me perdre, donnez-moi plutôt dès maintenant la mort : je l'accepterai avec joie ; ce sera pour moi une marque visible de votre protection, et un effet de votre miséricorde. (Considérations chrétiennes. )

[Le glaive de la colère.] — Le supplice des réprouvés ne sera pas seulement d'être enfermés; ils seront encore livrés au tranchant de l'épée : tradentur in manusgladii. Tremblez à l'aspect de cette épée vengeresse, dit le saint homme Job, de cette épée qui est le jugement de Dieu (Job xix). Oh ! qui peut expliquer la moindre partie des maux que cette épée causera! Hic est gladius occisionis magnœ . (Ezech. xxi). C'est ce glaive à deux tranchants, qui perce également le corps et l'âme, qui porte des coups d'autant plus terribles, qu'il est manié par le bras du Dieu fort. Qui est-ce donc qui lui résisterait? Allez, glaive, à droite et à gauche; donnez de toutes parts. Pour voir finir le carnage, il faudrait que le Seigneur cessât de frapper; et il n'y a nulle espérance de ce côté-là. Que toute chair sache, dit le même prophète, que j'ai tiré l'épée, pour ne la plus remettre dans le fourreau. — L'unique remède pour nous à ces maux, dont les réprouvés ne se peuvent plus garantir, c'est d'éviter maintenant de les mériter comme eux. L'épée du Seigneur est affilée pour percer les victimes de sa colère, et elle est polie pour briller. Il la fait aujourd'hui briller à nos yeux; il nous menace, il tâche de nous inspirer de la terreur par la voix de ses ministres : qu'attendons-nous pour éviter ses châtiments ? Ne sera-ce pas notre faute , si nous tombons un jour sous ses coups ? Tradentur in manus gladii. (Ségneri, Méditations.)

[léuèkes de l'enfer.] — Une des grandes peines des réprouvés dans l'enfer ce sera d'y être enveloppés de ténèbres : ténèbres qui formeront comme un orage : Procella tenebrarum. Ténèbres extérieures, qui feront le supplice du corps ; ténèbres intérieures, qui feront le supplice do l'âme. Prions le Seigneur de nous éclairer pour bien comprendre les unes et les autres, et en même temps pour les craindre. Les ténèbres extérieures, dont Jésus-Christ nous parle dans l'Evangile, viennent, premièrement, de la disposition du lieu où les pécheurs seront enfermés. L'enfer est un

abîme creuse au centre de la terre, afin que les damnés soient le plus qu'il est possible éloignés des bienheureux. C'est une espèce de sépulcre fermé de toutes parts, afin que le moindre rayon de lumière n'y puisse pas pénétrer. En second lieu, les ténèbres extérieures viennent de la situation où les réprouvés sont en enfer: ils y sont comme des cadavres entassés et pressés les uns sur les autres. C'est en cet état qu'un prophète se représentait les pécheurs, on disant que Dieu en foulera aux pieds la masse corrompue : Cakavi eos in furore meo. Enfin, les ténèbres extérieures de l'enfer sont causées par la vapeur épaisse de l'étang bridant de feu et de soufre, où les impies sont jetés tout vivants. Un feu dévorant et obscur enverra sans cesse des tourbillons de flammes, mêlées d'une fumée noire; et ce sera là cette tempête ténébreuse réservée aux pécheurs pour l'éternité. Que serait-ce de vous, si vous vous trouviez maintenant en cet état? Remerciez le Seigneur de vous en avoir préservé jusqu'ici, et craignez ces affreuses ténèbres autant qu'elles le méritent.

Les ténèbres de l'âme sont encore plus terribles que les autres, quoique nous les appréhendions moins. Voici d'où naissent ces ténèbres dansl'àme des réprouvés. Ils n'auront aucune de ces pensées consolantes qui adoucissent les maux pendant la vie ; ils ne verront en Dieu qu'un vengeur sans pitié, qu'une justice sans miséricorde. La violence des tourments les rendra incapables de s'occuper jamais d'autre chose que de leur misère. Enfin, leurs propres passions les troubleront jusqu'à ne se plus connaître, et de-là surtout s'élèvera le tourbillon de ténèbres qui leur est réservé. Si une seule passion peut affaiblir la raison de l'homme le plus sage, conformément à ces paroles de Job, L 'indignation m'a obscurci les yeux, que deviendra-t-elle, cette raison, dans l'enfer? La rage, le désespoir, la haine implacable pour Dieu, sont les mouvements furieux qui agiteront les réprouvés. Quoiqu'ils sachent que Dieu les châtie avec raison, ils vomiront néanmoins contre lui d'horribles blasphèmes, comme s'il était injuste à leur égard; ces impies ne voudront jamais se soumettre à Dieu, quoiqu'ils sentent jusqu'à quel point ils sont humiliés. Malheureux, hélas! celui qui éprouve maintenant ces choses ! Afin de ne les pas éprouver vous-même, gémissez, pleurez, en voyant votre Dieu si injustement maltraité par ces créatures insensées. Car Dieu ne mérite pas moins d'être glorifié pour les châtiments que sa justice exerce dans l'enfer que pour les récompenses que sa bonté répand dans le ciel. (Ségneri, Méditations )

[Augmenlalion des souffrances.] — Il y a 'des âmes dans les enfers qui souffrent encore pour les crimes qui se commettent tous les jours sur la terre par leurs parents, leurs amis, leurs compagnons, et qui crient sans cesse, comme le mauvais riche, qu'on leur envoie quelqu'un de l'autre monde qui expose leur état malheureux à ceux qui sont en danger de se perdre. Peut-être que cet impie, qui vous a appris à douter le premier de la foi

de vos pères et à vous railler des vérités de notre sainte religion, crie depuis le premier moment de son supplice, et élève sa voix da rans-

ports de fureur et de rage, pour demander à Dieu qu'il envoie quelqu'un vous détromper de vos erreurs, vous affermir dans votre loi ; peut-être que cet écrivain lascif, dont les ouvrages font autant d'impudiques que de lecteurs, pousse des cris vers le ciel pour qu'il lui soit permis de vous envoyer quelques compagnons de son supplice, afin de vous faire entendre les peines que lui coûtent ses ouvrages pernicieux à l'innocence de tant déjeunes cœurs, et vous instruise de sa malheureuse destinée. Peut-être que l'inventeur de ces spectacles profanes, où vous venez réveiller le feu de vos passions, à mesure que ses ouvrages d'iniquité portent le poison dans vos âmes, fait retentir sa voix du fond de son abîme afin qu'il lui soit permis de paraître lui-même , avec ce cadavre hideux, sur ces théâtres infâmes, et de le montrer ainsi pour effrayer ses spectateurs, et leur donner de l'horreur pour l'effrayante image des supplices qu'il endure, et qu'ils endureront après lui. (Anonyme).

[Le mauvais riche.] — Considérez, je vous prie, d'un côté le mauvais riche, et le pauvre Lazare d'un autre côté. Où sont les délices, les festins, la musique, la pourpre, et tout l'appareil et le cortège de ce riche impitoyable ? et, d'un autre côté, où sont maintenant la nudité, la pauvreté, les misères, les plaies, la faim du pauvre Lazare? Tout le passé s'est changé en un présent contraire ; et ce présent s'est fixé dans une éternité immuable, qui n'est plus sujette aux révolutions ni aux changements. Ce riche impitoyable, du paradis de ses plaisirs qui n'a duré qu'un moment, est passé dans un perpétuel enfer de peines et de tortures ; ce pauvre, au contraire, de cet enfer d'un moment de ses peines et de ses souffrances est passé dans un perpétuel paradis de plaisirs. Dans cette considération de l'un et de l'autre état, c'est bien merveille si vous ne vous écriez avec saint Jean-Chrysostôme : 0 infelix félicitas, quœ divitem ad œternarn infelicitatem traxit ! o felix infelicitas, qua: pauperem ad œternitatis félicitaient perduxit ! Bonheur infortuné d'un moment, qui as précipité le mauvais riche dans un abîme éternel de malheurs ! O bienheureux malheur d'un moment, qui as mérité au pauvre Lazare des délices éternelles, et un paradis qui n'aura jamais de fin.

S. Augustin, parlant de cette goutte d'eau, qui est refusée au mauvais riche, dit ces paroles : De frigidâ illâ aquâ quœdam flamma surrexit, quœ etiarn frigida hominum pectora ad misericordiœ opéra facienda, spe cœlestis mercedis, accenderet. Que si ce grand saint fait sortir de cette goutte d'eau une flamme de feu pour enflammer le cœur de ses auditeurs, par l'espérance d'une récompense éternelle, à gagner le ciel par les œuvres de miséricorde, à qui est-ce que la pensée de ces feux, qui causent une telle ardeur et une telle soif, n'éteindra pas toute la soif et l'ardeur pour les plaisirs de cette vie, en considérant qu'on refusera pendant toute l'éternité une goutte d'eau à ce mauvais riche, qui la demandera du milieu de r. m. 43

ses flammes, et qui conjurera, par tout ce qu'il y aura de plus capable d'émouvoir, qu'on lui envoie Lazare pour mettre seulement le bout du doigt dans l'eau, afin de lui rafraîchir la langue dans ces ardeurs intolérables : et cependant il ne l'obtiendra jamais !

Tout l'enfer ensemble n'est pas si insupportable que ce funeste recordarei que le saint patriarche Abraham répondit au mauvais riche : Recordare, filî,quia reccpisli bona in vitâ tua. Recepïsti : tu as reçu; et ce passé est continuellement présent dans la mémoire et dans 1« souvenir d'un damné. Recepisti bona in vitâ tuâ : cette parole retentit éternellement aux oreilles de chaque damné, et pendant l'étendue de tous les siècles, elle les jeitera dans un cruel désespoir, de ne trouver jamais non-seulement de fin dans leurs tourments, mais même aucun soulagement ou aucun rafraîchissement dans cette ardeur qui les consumera. Us demanderont éternellement une goutte d'eau pour tempérer l'ardeur de leurs flammes, c'est-àdire qu'ils soupireront éternellement après le moindre soulagement dans les supplices qu'ils endurent. Et de quoi leur servirait cette goutte d'eau, dans cet embrasement furieux, puisque quand tout l'Océan serait versé sur leurs brasiers, il n'y ferait pas plus d'effet qu'une goutte d'eau ! Ah t c'est pour ôter toute espérance d'obtenir jamais le moindre soulagement, la moindre diminution de leurs peines, (Bartoli, Les conseils de l'éternité.)

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