MAXIM I LIEN
sion de leur avènement à la couronne de Castille: il n'avait quitté l'Espagne que peu de temps avant la mort de Philippe. La relation qu'il fit au sénat de celte ambassade a été publiée par M. Albèri '.
Le 23 octobre 1306 la Seigneurie le nomma son ambassadeur près l'empereur iMaximilien. en remplacement de Pietro Pasqualigo. Il ne fit pas un long séjour à la coxir impériale : un décret du sénat du 20 novembre 1S07 le rappela à Venise '. Il faut donc regarder comme inexacte la date de 1510 donnée, dans le manuscrit, à sa Relation : c'est vraisemblablement à la fin de lo07. ou au commencement de 1508. qu'elle aura été lue au sénat.
QuiRiM commence son rapport en annonçant que. comme les guerres qui ont troublé l'Europe ont procédé du roi des Romains, il rendra au sénat des choses de la Germanie un compte tel que cette illustre assemblée en soit bien instruite. « Pour procéder en la forme ordinaire, dit-il. « je m'efforcerai de lapportcr tout ce que j'ai pu comprendre de la gran- » deur. du gouvernement, de la puissance et des coutumes de toute l'Alle- » magrie: ensuite la qualité et le pouvoir de la Majesté Impériale, et en n quelle situation elle s'est trouvée et se trouve à l'égard des princes et » Etats de l'Empire, ainsi que des Suisses. Je ferai connaître, en dernier n lieu. les dispositions de l'Empire et du roi envers cette république et » les autres potentats chrétiens, et ce que Sa Majesté est en mesure de » pouvoir faire en ce temps \ »
Entrant en matière, l'ex-ambassadeur fait une description assez étendue de l'Allemagne, de la manière dont elle est gouvernée, des mœurs des peuples qui l'habitent; il donne de longs et intéressants détails sur les milices allemandes. Il passe, après cela, à la deuxième partie de sa Relation et trace en ces termes le portrait de Maximilien :
« Ce roi des Romains — dit-il — est de très-noble race: il est fils du der
' Relazioni degli ambnscialori Veneli, clc, sér. I, t. I, pp. 1-30, el appendice, pp. 1-19.
' Archives de Venise.
• » Pcr procéder ordiiiariaiiicntc . nii sforzaro narrar quanto ho polulo comprender délia grandezza, dcl govcrno, dcUa polenlia e de i coslunii di tulta Germania; dopoi la qualilà, il potcr délia .Maeslà Cesarea, et in quai essere la si ha trovato el si atlrova con li principi el Stali iinpcriali et eliam con li Suisseri; ultiniamenle qnal sia la dispositione dell' Impcrio et del rc verso qiiesla repubblica et il rcsto de' potcntati chrisliani, et quellu che Sua Maeslà sia per poter far a queslo tempo, ■>
98 HISTOIRES. RKLATIOINS, MEMOIRES.
nier empereur Frédéric, de la maison d'Autriche, et de la sœur du feu roi Alphonse de Portugal. Il est âgé d'environ cinquante ans. Sa personne n'a rien de distingué; il n'est pas très-bien de figure, mais il est bien proportionné, très-robuste, de complexion sanguine et colérique et fort sain pour son âge, car il n'a à se plaindre que d'un peu de catarrhe qui continuellement lui descend, et c'est pourquoi il a pris l'habitude de faire un grand exercice dans les chasses. En ce qui regarde sa nature, il est trèshumain, agréable, affable avec tout le monde, plutôt prodigue qu'avare, propre au.\ choses de la guerre et, dans la conduite des armées, plus qu'aucun autre capitaine d'Allemagne, soigneux, vigilant et d'un très-grand courage. Ce à quoi il s'entend particulièrement, c'est à toutes les sortes d'artillerie : il sait mieux les manier que les maîtres mêmes qui les font et les emploient. Il jouit d'un crédit inestimable auprès de tous les gens de guerre allemands, qui ont vu, par une longue expérience, qu'il ne recule devant aucun danger, et que jamais il n'abandonne les siens dans une affaire. Il est encore aimé et craint parce qu'il donne tout ce qu'il a et quelquefois ce qu'il n'a pas, et qu'envers ceux qui lui désobéissent il est d'une justice très-sévère. H est doué de beaucoup d'intelligence et si fécond en ressources que, mieux qu'aucun des siens, il trouve des expédients pour toutes les nécessités. Mais en une chose il laisse à désirer, et c'est que de tous les expédients qu'il imagine, il n'en sait employer aucun à temps; et de même qu'il abonde en inventions, dans l'exécution il est toujours en défaut. Et bien que. quelquefois, deux ou trois remèdes s'offrent à son esprit pour une seule chose, et qu'il en adopte un comme le meilleur, il n'y donne pas suite, parce que, au moment où il allait le faire, il lui vient en tète quelque autre dessein qui lui parait préférable; et il va tant du meilleur au meilleur qu'il laisse passer le temps et l'occasion de faire quelque chose. Et ce défaut naturel qu'il a autorise à dire qu'il n'est pas en tout prudent; et il en résulte que, n'exécutant pas à temps la détermination qu'il a prise, il saule d'un parti à un autre : ce qui fait qu'il est tenu de chacun pour un homme très-léger. Outre toutes ces conditions, le susdit roi des Romains a cette disposition naturelle, qu'avant de concevoir de l'inimitié contre quelqu'un, il en souffre beaucoup d'injures, mais que, une fois qu'il l'a conçue, il est presque inq)ossible de le détourner de chercher à se venger de l'offense qui lui a été faite, comme il le montre présentement à l'égard