PREFACE. XXI
Le premier soin du. commissaire, dans chaque dépôt, était de. dresser un inventaire (lorsqu'il n'en existait point) des pièces qui avaient quelque rapport au droit public ou contenaient des renseignements historiques de quelque valeur, et principalement de celles qui pouvaient intéresser la France. Il envoyait cet inventaire au contrôleur général des finances, qui le remettait à l'académicien Secousse : celui-ci indiquait, à la marge, si les pièces devaient être extraites du dépôt en original, ou s'il suffisait qu'on en prit copie.
On verra plus loin, en détail, (|uels furent les résultats des opérations de d'Esnans en ce qui concerne les inventaires et les pièces copiées.
Celles qu'il mit à pari dans les dépôts de Bruxelles, et qui étaient presque toutes originales, formaient des séries considérables. Lorsqu'on apprit que la paix était sur le point de se conclure à Aix-la-Chapelle, il songea au moyen de les eidever; pour cela il les fit renfermer dans des caisses au nombre de huit. Le barpn de Lados, chargé de la garde des .\rchives du gouvernement des Pays-Bas, aurait pu s'opposer à un acte qui devait en tout cas éveiller ses défiances, ou tout au moins en donner avis aux ministres impériaux à Aix-la-Chapelle : afin qu'il ne le fit pas, d'Esnans le persuada que les documents placés dans les caisses resteraient en dépôt à Bruxelles jusqu'à l'évacuation de cette ville par les Français, et qu'alors le départ s'en ferait de concert entre les ministres du roi très-chrétien et ceux de l'impératrice reine. Lados eut la bonhomie de se payer de ces raisons ' :, il donna par là le droit à d'Esnans d'écrire triomphalement au contrôleur général des finances : « J ay si bien pris mes n mesures que le secret m'a esté exactement gardé jusquicy par M. le » baron de Lados et par ceux que j'ay employés. Rien n'en a transpiré ni. » à Aix-la-Chapelle ni à Vienne, et tout se passe avec une aisance admi- » rable. On me laisse une liberté presque entière, soit pour le mis à part
' Lettre de d'Esnans du 13 septembre I74S au contrôleur général des Cnances. (MS. cité.)
PRÉFACE
.) des pièces, soit pour les éiwiicialions équivoques insérées dans nwn .. invenlaire dune façon inintelligible à tout autre qu'à moi '. »
La paix fut signée le 18 octobre 174S. Lartide 11 du traité stipulait u que tous les papiers, lettres, documents et archives qui s'étaient trou- .. vés dans les pays, terres, villes et places qui devaient être restitués. .) et ceux appartenants aux pays cédés, seraient déli>rés ou fournis » respectivement de bonne foi dans le même temps, s'il était possible, de » la prise de possession, ou au plus tard deux mois après l'échange des .) ratifications. "
>"e tenant pas plus de compte de cette stipulation que de ce qui avait été convenu dans la capitulation de Bruxelles, l'intendant de Séchelle donna, le 29 octobre, l'ordre suivant :
Eli consêquonfc des ordres du roy, il a été lait une iccherclie, dans les diflerents dépôls do Bruxelles, des litres et papiers qui concernent les pays qui ont été cédê.s au fou rov Louis \1V par les traités de Munster, de Nimèguc et Ryswiek, et dont la France est rosioe on possession en vertu du traité dTlreoht, ces titres ayant dû être remis en conséquence de ces traités, qui en contiennenrdes stipulations expresses.
M. dEsnans en a fait faire des inventaires en présence do MM. Le Roy oi do Lados, ot ces papiers oui été remis dans huit caisses , lesquelles doivent être déjuisées dans le bureau de la régie de Bruxelles, en romeiiant, par M. dEsnans, à MM. Le Roy et do Lados, si fait n'a été, chacun pour oo qui le concerne, un double do rinveniaire desdits litres et du procès-verbal de la remiso qui en a été faite en huit caisses par eux scellées, aliii de leur servir de dotharge.
El le présont ordre sera oxoculo demain , 50 de ce mois.
Fait à Bruxelles, le 29 octobre 1748.
{Signé) De Séchelle.
Quelques jours après de Séchelle fit diriger les huit caisses sur Lille. Là
' I.iltrc Ju -i octobre 1748. (MS. cilé.)
PREFACE. xxn.
les documents qu'elles contenaient furent déposés dans les archives de lancionne chambre des comptes de Flandre '.
Le gouvernement autrichien, loi-squ'il eut repris possession des Pavs- Bas, réclama contre cet enlèvement; il renouvela ses réclamations à plusieurs reprises : toujours elles furent vaines jusqu'à ce que par le traité de Versailles du 16 mai 17C9 un arrangement eut été fait entre les cours d'Autriche et de France touchant les archives des Pays-Bas sur lesquelles les deux cours formaient respectivement des prétentions par rapport aux provinces ou aux districts de ces pays qu'elles possédaient: alors se fit le départ, entre les archives belges et françaises, par des commissaires nommés ad hoc, des titres enlevés de Bruxelles en 1748.
Les inventaires que le conseiller dEsnans avait dressés ou fait dresser, les copies de documents qu'il avait rassemblées, furent transportés à Paris et déposés à la Bibliothèque du roi. Ils formaient une collection immense: d'Esnans, aussitôt après son retour dans cette capitale, s'occupa d'y mettre de l'ordre. 11 venait à peine d'en commencer le classement lorsqu'une décision ministérielle lui donna une autre destination. 11 fut remplacé, dans ce travail, par Godart de Clamecy, de l'Académie de Soissons, qui l'acheva au bout de quatre années. Godart distribua les inventaires selon l'ordre des dépôts où ils avaient été faits: il rangea les copies de documents par ordre de matières d'abord, puis il soumit à l'ordre chronologique toutes les pièces relatives à la méine matière.
' En même temps que les huit caisses d'archives, l'intendant de Séchelle flt aussi transporter à hilie les plus beaux manuscrits de la Bibliothèque de Buiirgognc que le conseiller d'Esnans avait également mis à piirl ; ceux-ci furent envoyés à Paris, où on les réunit à la Bibliothèque du roi.
PREFACE
La Collection d'Esaans se divise donc en deux parties distinctes : la première comprenant les inventaires des archives belgiques, la seconde des copies de documents conservés dans ces archives.
Première Partie. — Inventaires. — Les inventaires forment vingt et un volumes . dont les dix-sept premiers sont relatifs aux archives du gouvernement qui étaient conservées à Bruxelles. J'indiquerai le contenu de chacun d'eux :
Vol. I. Inventaire des archives du conseil d'Etat et de l'audience.
Vol. 2. Inventaires des chartes originales des ducs de Brabant: des titres originaux de la chambre des comptes de Brabant.
Vol. 5. Tables des registres aux chartes de la chambre des comptes de Brabant, depuis 1406.
Vol. 4. Tables des registres de la chambre des comptes de Brabant concernant les aliénations des domaines: inventaire des chartes originales des ducs de Luxembourg.
Vol. 0. Table d'un registre de la chambre des comptes de Brabant contenant les privilèges, titres et exemptions de divers prélats, nobles, villes et particuliers apportés en cette chambre en vertu des lettres patentes de 1498 et IdOO: tables des registres aux affaires particulières de la même chambre: inventaire des cartes et plans conservés par la même chambre.
Vol. 6. Tables des registres de la chambre des comptes de Brabant pour les affaires des monnaies, depuis 1406; tables des registres aux placards de la même chambre.
Vol. 7. Tables des registres 7wirs et autres registres ilivers de la chandirc des comptes de Brabant.
\'ol. 8. Tables des registres de la chambre des comptes de Brabant pour les affaires de Luxembourg.